Mais pourquoi le nouvel album de Lino est-il si décevant ?

Je ne l’ai jamais caché, je suis ce genre d’auditeur qui considère un pet de Lino comme un coup de génie lyrical. Un Radio Bitume à moitié terminé et sans le moindre mixage avait suffit à m’achever, c’est donc peu dire que j’attendais Requiem comme d’autres attendent Detox. Et logiquement, plus hautes sont les attentes, plus dure peut-être la déception. Alors qu’il était appelé à devenir au minimum le meilleur album de l’année, Requiem n’est devenu que le troisième meilleur album de la journée du lundi 12 janvier 2015, derrière Joe Lucazz et Karlito. Requiem a fait de moi un auditeur déçu, voici pourquoi.

lino gun

N’y allons pas par quatre chemins : le véritable suicide commercial de cet album, c’est la direction artistique. Clairement LE gros défaut de Requiem. Lino est fort. Lino est exceptionnel. Mais Lino rappe sur des instrus qui ne ressemblent à rien. J’ai lu un mec dire sur twitter « la plume de Lino avec les prods de la Team BS« . C’est terrible à dire, mais c’est putain de juste. La moitié de l’album pue juste clairement la merde. C’est arbitraire, mais il n’y a pas besoin du moindre argument. Lancez juste l’écoute de 7 milliards sous le ciel, ou De rêves et de cendres, et dites moi que Sindy et Fababy n’auraient pas leur place là-dessus. Bien sur, Lino reste bon quoi qu’il arrive, il ne va pas perdre son talent d’écriture uniquement parce qu’il pose sur de la soupe. Mais musicalement, ces morceaux sont simplement inécoutables. « Dites aux trentenaires qu’ils peuvent rallumer la radio » … non, Bors, ce type de son parlera à une lycéenne, pas à un père de famille. On sait bien qu’il faut des titres avec une petite meuf sans âme au refrain pour tourner en radio et vendre des disques, mais après Suicide Commercial, ça semble presque ironique.

requiemEt c’est malheureux, parce que cet album comporte tout de même son lot de grosses frappes. Le Flingue à Renaud, Choc Funèbre, Ne m’appelle plus rappeur, Narco (je reconnais que l’idée de reprendre La bicrave est dans ma tête est fabuleuse) … Cette tracklist est composée comme une putain de montagne russe : une frappe atomique, un son de merde, une frappe atomique, un son de merde, une frappe atomique, un son de merde. Au final, Requiem est l’album le plus frustrant depuis une décennie. Quand on sait ce dont Lino est capable, on a l’impression de le voir tirer à blanc avec un M16.

Ce dont Lino est capable, c’est peut-être bien le fond du problème. Depuis bon nombre d’années, on se tue à dire que Lino donne de la confiture à des cochons, tellement il est bon, et tellement le public suit peu. Alors, soit il a voulu se mettre au niveau du public, en descendant d’un cran, soit on en attendait trop de lui. Peut-être aussi qu’à force de s’entendre dire qu’il était si exceptionnel, il s’est installé dans un certain confort. Difficile de se remettre en question quand tout le monde est sur ta bite. Du coup, si on excepte le thème de Suicide Commercial, aucune prise de risque. Requiem est un album convenu et balisé, qui ne sort jamais des clous. Ce coté très solennel qu’on a parfois beaucoup aimé chez Bors devient ici handicapant tant il est omniprésent. Piano-violon, piano seul, chœurs, samples de musique classique … C’est triste à dire, mais on se fait chier.

Lino mise énormément sur sa plume, forcément. Comment pourrait-il en être autrement ? Le premier problème, c’est qu’elle ne peut pas tout le temps faire toute la différence à elle seule. Le second problème, c’est que même cette plume, aussi exceptionnelle soit-elle, n’arrive plus à nous surprendre. Chaque texte est parfait, à la syllabe près. Ce n’est pas un grief -ce serait un comble !-, mais une piste de plus. La perfection n’est pas humaine. Un peu à la manière d’un Messi ou d’un C.Ronaldo dans le monde du football, à qui l’on ne peut rien reprocher d’autre que le manque d’émotions procurées par leurs performances hors-normes, on peut se demander si Lino n’est juste pas trop déshumanisé. Requiem est LINO_aka_Mr_BORS_by_shaolinblediaun disque sans émotions. Et même l’habituel lot de punchlines de Monsieur Bors manque d’impact. Les punchs sont bonnes, excellentes, même. Mais noyées dans un disque trop insipide, elles n’ont pas le même retentissement.

 

« La rue attend mon album comme Scarface 2« . Pour ma part, c’était le cas. Et j’ai effectivement l’impression d’avoir vu la suite de Scarface. Vous savez, cette suite rincée sur Playstation 2, avec Rohff dans la BO. Je dis beaucoup de mal de Requiem, et ça peut sembler exagéré. Ce n’est pas un mauvais disque. Il est juste terriblement handicapé par cette direction artistique catastrophique. Et si je n ‘en attendais pas autant, je considèrerais peut-être que c’est juste un album moyen d’un grand rappeur. Bien sur, j’avais eu quelques frayeurs, quand la tracklist a fuité : Youssoupha, Corneille, Zaho, Manon … putain, c’est dur. Je m’attendais à devoir zapper sans vergogne trois ou quatre pistes, disons que je considérais ça comme le prix à payer pour avoir douze ou treize autres bons titres. Le problème, c’est qu’en mettant de coté tous les titres fades, je me suis retrouvé avec un EP 6 titres sous la main. Allez, peut-être 7 ou 8, en poussant un peu. C’est bien maigre.

« J’monte trop haut dans leur estime, j’en viole l’espace aérien« . Du coup, t’es redescendu d’un cran. Le plancher des vaches est encore loin, t’en fais pas, ça doit te faire bizarre d’apercevoir le commun des mortels. Allez, Bors, on est prêt à oublier Requiem si tu nous sors une réédition masterisée de Radio Bitume.

EDIT :

Suite à la publication de cet article, j’ai été invité par l’émission de radio ‘Ca parle hip-hop’ pour un petit débat sur Requiem. A écouter ci-dessous, de 0’37 à 0’47 :

https://w.djpod.com/player/?podcast=caparlehiphop&id=103765

Ministère A.M.E.R : l’héritage de 95200 expliqué aux fans de Jul

Ce soir (22 septembre) à l’Olympia aura lieu le concert évènement du Ministère Amer. Pourquoi évènement ? Car il célébrera les 20 ans d’un album mythique, 95200, mais aussi parce que contrairement à ses contemporains (IAM, NTM …), ce groupe n’a jamais eu l’occasion de faire énormément de scènes pour défendre cet album.

secteur a

Alors t’auras surement l’occasion de lire 150 articles sur le même sujet d’ici le concert, et à chaque fois on va te dire à quel point le Ministere Amer -et par extension, le rap- c’était mieux avant. Ça ne sera pas le cas ici. Mais pour toi, fan de Jul qui tombe ici par accident, je vais t’expliquer ce qu’est le Secteur A. Pour faire simple, c’est un label rap qui a permis de faire émerger énormément d’artistes à la fin des années 90 : Neg Marrons, Arsenik, Doc Gyneco, La Clinique, etc. En somme, c’est un peu le Wati B de l’époque, mais sans le côté variété, zumba, et musique de camping. L’apogée de ce label sera atteint avec la création de la chaine de télévision Trace, et le concert à l’Olympia à l’occasion du 150 ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage.

Personnellement, c’est vraiment la période qui m’a le plus éduqué au rap, et même venant de Marseille j’ai plus écouté les albums du Secteur Ä que L’École du Micro d’Argent, c’est dire. Sans jouer l’habituelle flute « le rap c’était mieux avant », énormément d’albums et de compilations sortis par le label sont pour moi de grands classiques, jusqu’à l’excellente compilation Première Classe qui avait pour principe de mélanger tous les artistes du Secteur Ä avec des rappeurs d’horizons différents (IAM, Fonky Family, La Rumeur …).

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En réécoutant 95200, que je considère comme réellement le point de départ de cette épopée, j’ai réalisé un truc : c’est peut être bien l’album qui a été le plus référencé dans le rap français -principalement les par les ex-membres du Secteur-. Petite liste non exhaustive des phases que tu as surement entendu dans ta vie sans forcément connaitre leurs origines :

Lino : VLB


Exemple le plus récent : le dernier clip de Lino, qui au passage est une merveille de référence aux 90’s sans pour autant tomber dans le pompeusement nostalgique à la 1995. Tout le long de ce clip, Lino arbore de jolies et éclatantes baskets blanches. A la fin du morceau, on entend la fameuse phrase de Passi « et mes baskets blanches vont encore morfler ».

C’est une référence au premier morceau de l’album « Plus vite que les balles », qui est un story telling d’une poursuite à pied entre Passi, Stomy et les forces de l’ordre … «  Les bleus bourrés au blanc ont vu rouge ».

 

Le bilan : Jacky et Ben J 

Surement le titre le plus connu de cette sélection. Véritable tube à son époque, qui connait un succès auprès d’un large public, ce single va permettre d’imprimer dans toutes les têtes le fameux « Parler des histoires d’avant comme si on avait cinquante ans« , une phase issue du titre « un été à la cité ». Pour moi, le meilleur morceau de 95200, qui raconte tout simplement comment se passe l’été dans les cités pour les lascars qui ne partent pas en vacances. L’outro reste mythique, et retranscrit une scène que chaque habitant de cité a du vivre au moins une fois dans sa vie … et qui nous amène au prochain morceau (ça c’est de la transition mon pote).

 

Stomy Bugsy (feat. Ministere Amer et Les Sales Gosses) – Mélange Explosif

Extrait de l’excellent dernier album de Stomy Bugsy, «  Rimes Passionnelles », ce morceau est présenté officiellement comme un featuring entre le Ministère Amer et Les Sales Gosses (anciennement La Clinique -les génies qui avaient fait ça ou ça-). Ce morceau s’introduit donc sur une insulte directement issue de l’outro d’ »Un été à la cité » : « Ta grand mère, ta mère et ta mère ». Ce qui est magique dans tout ça, ce n’est pas l’utilisation de cette insulte plus de 15 ans après, mais c’est surtout qu’on ne comprend toujours pas le sens ni la logique de cette insulte.

Stomy Bugsy – Brève évasion

Dans tous les sites et blogs sur le rap Français lorsqu’on demande quels sont les albums classiques du rap Français on ne site jamais « Quelques balles de plus pour le calibre … qu’il te faut ». Pourtant, c’est selon moi l’un des meilleurs et des mieux produits. Parmi les perles qui composent cet album figure un titre qui donne de l’écho au tube de Passi « Le maton te guette ». En effet, le titre « Brève évasion » semble avoir été écrit pendant la période de détention de Passi. Sur un air de Johnny Hallyday (c’est très effrayant, dit comme ça) , Stomy déclare en demi-sanglot « dur dur de passer au cachot quand il fait chaud », une référence directe, une fois de plus, à 95200. La petite ironie de l’histoire c’est que cette phase avait initialement été chantée par Passi, la boucle est donc bouclée.

Stomy Bugsy – Sois Hardcore

Premier extrait de l’album Rimes passionnelles, le titre « Sois Hardcore » nous ramène encore des années en arrière. En plus d’avoir un Stomy qui prend une voix de femme pour s’auto-admirer, on retrouve dans le refrain une phrase sortie tout droit de « Chapitre 2 acte 20 ». Un titre assez court qui fait une liste de plusieurs préceptes de vie sous forme de tables de lois : « Acte 19 : qui vole un œuf, vole un bœuf, qui butte un keuf gagne un cabriolet tout neuf ». Différentes affaires judiciaires étant passées par là, le refrain est volontairement censuré … dommage.

Doc Gyneco – Nirvana

Première consultation est surement l’album le plus abouti de cette période Secteur Ä, et également le plus grand succès d’un rappeur du collectif. Doc Gyneco n’hésite pas à dédicacer le Ministere Amer sur pratiquement chaque morceau. Là aussi en plus de ses diverses dédicaces, on trouve une petite phrase subtile dans le titre Nirvana : « je flirte avec le meurtre, je flirte avec mon suicide ». Référence directe à un bon titre plein de haine « Flirt avec le Meurtre », construit sous la forme d’une comptine où Stomy dresse la liste de tout ce qui lui fout la rage. Avec un passage issu directement du dictionnaire des synonymes pour nous clamer tout son amour pour les forces de l’ordre : « C’est ce qu’emploient les condés les kisdés les flics les keufs les poulets
 … Arrghhhhhh. Je me suis pris la tête, j’avais qu’à dire les enculés »

Arsenik – Une saison blanche et sèche

L’intro de cet album se veut comme un message codé pour la résistance. « Les lascars parlent aux lascars », une intro qui pose beaucoup de questions et nous prévient de l’hostilité du gouvernement à notre égard. Un message reçu 5/5 par Arsenik qui en fera un titre dénonçant le racisme dans certaines institutions françaises quelques années plus tard.

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Plus qu’un album classique, plus qu’une célébration marketing, le concert de ce soir nous permettra donc de se replonger dans les classiques et nombreux tubes d’une période forte du Rap Français.

 

Comics et rap game (2)

Un titre lamentable, un montage d’images hideux : tu ne te trompes pas, il était grand temps de refaire des parallèles entre rappeurs et superhéros (ou autres). C’est la suite de ça en fait. C’était la partie 1 et on s’est rendu compte que y’avait jamais eu de partie 2. Comme quoi c’est fou la vie des fois. Donc quel mc correspond à quel perso de comics, round 2, c’est parti mon kiki, au boulot mon coco.