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Bootleg: Osirus Jack – NO FUGAZI

Bootleg réalisé par: Crem / Cover: Thomas / Texte: Napoléon LaFossette

Est-il aussi fucked up qu’ODB? On ne sait pas vraiment. Autant habité par le bien que le real OG Osirus? On en doute. En tout cas, une chose est sûre: on en sait peu sur Osirus Jack. Si le 667 est le groupe phare de l’underground français, personne plus que lui ne semble l’incarner. Des flows hypnotisants, une plume imparable, un langage cryptique. Des présences sur les projets des membres du crew, dont le Projet Blue Beam sorti en ce début de mois. Sur quelques mixtapes collectives aussi, dont le déjà culte ‘F.F.O’ du CFR. Mais rien en solo, nada, walou, peanuts. Sa première mixtape ‘Niburu’, c’est l’arlésienne. Le bonhomme n’ayant pas de réseaux, dur d’éclairer nos lanternes d’Indiana Jones. Ce qui est bien dommage pour le seul membre du collectif capable de rivaliser avec Freeze dans ce style heenokio-newyorko-killuminatique.

Alors, CaptchaMag a décidé de vous offrir ce bootleg. 27 pistes diggées partout où le Sirus avait laissé ses traces sur le web. N’étant jamais à l’abri d’un écoulement des ténèbres sur notre monde de mortels, ça serait con de mourir sans avoir du Osirus en un bloc à laisser trôner au sommet de nos bibliothèques iTunes.

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Veust – Mix en attendant le Chapitre Automne

Mix: Tibo / Cover: Dirt Noze

Quatre gros EP et un album. Telle est la promesse de Veust pour l’année à venir.

Une tétralogie vivaldienne puisque ces quatre formats courts porteront le nom des différentes saisons. Le premier chapitre, « Automne », est d’ailleurs attendu début décembre. Cependant la comparaison avec Vivaldi s’arrête ici. Ici il s’agira très peu de violons, ou alors les étuis des musiciens seront remplis de roquettes et autres ogives. Car oui, ce dont on peut être sûr dès q’il s’agit de Veust, c’est que des flammes vont être crachées.

En attendant on vous a concocté ce petit mix (avec l’aide de 2 crocos de chez SwampDiggers) pour patienter avant l’arrivée de l’automne.

 

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Mes petits frères, les Alchimistes

J’écoute le dernier projet Antisocial des Alchimistes. A ce qu’il paraît c’est une mixtape. Pour moi c’est plutôt un album mais on va pas relancer le débat futile sur la différence entre une mixtape et un album. Le projet dure juste un peu moins de quarante minutes pendant lesquelles, à chaque écoute je me repose la même question : « entre Rizno et Ruskov, lequel des deux est le plus baisé de la tête ?». Peu importe la réponse, ce qui compte c’est la question parce que tous ceux qui ont écouté les Alchimistes savent que la question restera sans doute à jamais sans réponse.

Ruskov c’est celui qui crie au micro mais n’aimerait pas être enfermé dans cette case. Rizno c’est celui qui débite huit mesures sans reprendre sa respiration. Rizno devrait être le mec posé qui canalise son pote Ruskov. C’est ce qu’on se dit jusqu’à se rendre vite à l’évidence que Rizno est au moins aussi cramé du cerveau que Ruskov quand il se met à balancer au début du troisième morceau : « Hé sale fils de pute hé regarde dans notre sang si y a rien de méchant».  La suite va vous étonner. Je vais pas vous la raconter, à ce stade je suis déjà dépassé. Tout ça n’a aucun sens, un peu comme mon existence de daron qui se demande au milieu de la nuit comment il est passé à travers un divorce, reparti sur un deuxième mariage pour en être rendu à la crise de la quarantaine avec un goût un peu trop prononcé pour la bouteille et la baston et se retrouver avec  trois enfants à charge qui lui disent qu’après tout, ils pourraient avoir pire comme père.

Les Alchimistes c’est pas parce que le ying et le yang ou parce qu’il y en a un qu’est le côté clair et l’autre le côté obscur. Ils ont juste mis leur folie à tous les deux dans un chaudron commun, ils ont fait leur sauce et la servent à qui veut bien les écouter : elle est là l’alchimie, celle de deux vieilles âmes jumelles dans des corps encore jeunes qui se sont trouvées pour traîner les casseroles de leur enfance ensemble, aller aux putes, tomber dans la drogue, faire du sale, de la musique et boire de la vodka Beluga. Poutinos, la belle équipe. Il y en a qui vont me dire, rien à voir, il y en a un qui est blanc et l’autre noir, il y en a un qui vient de Russie et l’autre de RDC, mais c’est comme le ying et le yang, après une écoute d’Antisocial, plus personne n’en a rien à foutre, c’est la fusion dans ce chaudron de Bruxelles par une nuit froide et pluvieuse. Ça réchauffe, ça fait chaud au cœur parce qu’il a beaucoup trop d’humanité dans leurs paroles, des mots d’amour pour leur mère qui s’inquiète, de la tristesse pour Delphine, des appels à l’aide, des questions existentielles, les explications sincères de l’un sur son état mental chez le psychiatre, des bisous et une main tendue de l’autre parce qu’il a du mal à tenir sur ses jambes parce qu’il a trop de merde dans le sang (je vous laisse deviner qui c’est).

 

On est à Bruxelles et c’est à peu près le seul point de repère à l’écoute de ce projet. Il y a qu’à Bruxelles que deux types peuvent sortir une musique dans laquelle on retrouve les accents du Grand Jacques, n’est-ce pas ? Il y a qu’à Bruxelles que l’ambiance est si noire et que tout le monde sait qu’elle ne va pas changer, n’est-ce pas ?  Il y a qu’à Bruxelles, qu’un rappeur va finir ses phases par n’est-ce pas, n’est-ce pas ? Il est temps de rendre à la Belgique ce qui appartient à la Belgique, des monuments comme Brel et les frites trempées deux fois dans l’huile à des températures différentes. Il est temps de reconnaitre que ces belges ils sont dans une autre dimension quand il s’agit de la folie : ils l’entretiennent comme une raison de vivre et la confessent à voix haute. Ces belges qui trouvent leur réconfort dans une bouteille de vodka Beluga, refaits quand ils passent la douane française qui, quand ils parlent de drogue parlent de drogue dure peu importe qu’ils la bicrave ou qu’ils la consomme, qu’elle soit brune ou blonde, noire ou blanche, sous la forme d’un sachet ou de sexe tarifé, ils sont si proches et en même temps beaucoup trop loin.

J’écoute ces deux là le matin en buvant mon café après une nuit d’insomnie. Les prods passent crème tout au long du projet, la ligne de basse vibre en continu sur les quarante minutes. Est-ce que ce projet a des gros défauts ? Là encore, c’est pas la bonne question. Est-ce qu’on peut reprocher à la jeunesse d’avoir cette d’énergie brutale, la sincérité désarmante d’un Ruskov, la débaucherie d’un Rizno, non attends, la sincérité désarmante d’un Rizno et la débaucherie d’un Ruskov ? Je sais plus. J’ai l’impression de me retrouver plus de vingt ans en arrière quand mes idoles étaient les Clash, les Cure, la Mano Negra et les Béruriers Noirs. Ces deux jeunes sont d’authentiques punks , ce genre de petits frères qui viennent sonner à ma porte sans prévenir, avec assez de sommeil pour squatter une semaine sur le canapé, assez de soif pour finir mon stock de whisky et de cognac, une dalle à manger le plat de hachis parmentier en un seul repas expédié, et des poches assez vides pour me taper un billet de deux-cent avant de partir ‘en attendant de se refaire’.

J’ai envie de leur dire de ménager les nerfs de leur daronne, de changer de paires de chaussettes au moins une fois tous les deux jours bordel, c’est pas la fin du monde quand même.  J’ai envie de leur dire que si on survit la vingtaine, à la trentaine on devient son pire ennemi et, à la quarantaine on se demande comment on est encore en vie. J’imagine qu’ils vont me dire d’arrêter de raconter ma vie, qu’à mon âge ils seront morts de toute façon et Ruskov d’en rajouter : « tire-toi une balle t’auras plus mal yo ! ». Rock n’ Roll est l’attitude, survet-cheveux teints, bonne route et longue vie à ces deux têtes brûlées.

 

Chronique: Rekta – BOYZ N THE HOOD

A peine un an après un album remarquable, Hustle Life, Rekta rempile avec une mixtape grimée de l’imagerie du légendaire Boyz’n the Hood. Sur la pochette donc, Rekta et Ice Cube prennent place à l’avant d’un lowrider et braquent un hélicoptère, armes de poing à la main, mépris peint sur les visages. L’appel à ces références est malin tant le film est fédérateur pour une génération entière. Mais aussi, cela permet de comprendre pour un non initié à la musique de Rekta, en un coup d’œil, que l’univers de celui-ci est résolument californien, entièrement tourné vers la célébration du son propre à la West Coast.

Pourtant, s’il y a un film avec Los Angeles pour terrain de jeu et qui soutient davantage la comparaison avec le parcours de Rekta, il s’agit plutôt de « Les Princes de la Ville », autre fresque sur le quotidien des ghettos, des gangs et de la violence inhérente. Comme son personnage principal nommé Miklo, Rekta est d’abord un étranger, un paria venu d’ailleurs et qui se retrouve plongé dans un monde que ses semelles n’auraient jamais dû fouler. Miklo doit trouver sa place dans un gang latino malgré sa peau blanche et ses origines, il accumulera alors les souffrances et les deuils jusqu’à devenir au fil des épreuves le prince de la ville. Un statut qui lui coûtera cher ; la couronne au prix du sang et du devoir.

Le parallèle avec l’histoire de Rekta est facile. Quelle était la probabilité qu’un MC issu de Bretagne, c’est-à-dire la région pas la plus hip-hop de base et à laquelle on associe toujours 20 ans après le rap à Manau, fasse son trou à LA, avec une telle réussite qu’il collaborera avec des pointures telles que Nancy Fletcher, G Perico, Tray Deee ou encore les fils d’Easy E ? Plus fort même, le rap de Rekta, son appropriation de la culture G n’a rien de cartoonesque, elle s’inscrit en dur dans les vapeurs de LA. Rekta, ambassadeur français de la ville ?

C’est donc en toute cohérence que la mixtape qui nous intéresse ici reprenne davantage les codes américains que français. Si elle apporte des inédits, elle est surtout portée par des remix et laisse une grande place aux featurings. Globalement donc, pour ceux qui auraient déjà décrasser Hustle Life, Ce BOYZ N THE HOOD peut sembler dispensable. Et pourtant. Non seulement les remix apportent une réelle fraîcheur aux titres originaux (et sont même souvent meilleurs, ce qui est plutôt rare quand il s’agit de remix), mais certains d’entre eux arrivent même à renverser les sensations d’écoute.

Prenons l’exemple de l’excellent Vivre et Mourir à LA en collaboration avec la reine Nancy Fletcher. Le morceau original, issu de Hustle Life, est porté par une production légère et lumineuse faisant apparaître à l’esprit des images « carte postale » de Los Angeles. Soit le soleil, la plage et ses bikinis, et ce même malgré le lifestyle OG que Rekta communique à travers le texte. Il s’agit typiquement d’un morceau qui trouve sa place dans les playslist estivales pour animer un barbecue entre potes. Sur BOYZ N THE HOOD, le titre provoque d’autres sensations et dévoile le côté plus obscur de la ville. Le remix repose, en effet, sur une production plus inquiétante sans être encore tout à fait sombre. Le crépuscule semble tomber sur la ville et ses vices apparaissent laissant la carte postale et ses stéréotypes en cendre. C’est South Central qui tire sur Santa Monica et ses maillots rouge sang.

La mixtape porte donc une intelligence du remix. Pour autant, il perdure un sentiment légèrement désagréable : pratiquement tous les featurings prestigieux de Rekta ont trouvé leurs places dans la tape comme s’il avait voulu les recycler pour poser leurs noms sur la pochette. Business is Business.

Heureusement pour les plus difficiles, avides de viande de fraîche, ce BOYZ N THE HOOD contient aussi des inédits. Et encore une fois, Rekta n’a pas fait les choses à moitié en continuant d’approcher des rappeurs bien connus de Los Angeles pour collaborer, comme s’il remplissait son Pokedex. Cette fois, c’est l’étoile montante de Los Angeles, G Perico, qui performe aux côtés de Rekta et d’August Bleu sur une production léchée et qui constitue le tube de l’album. Par ailleurs, si la qualité des featurings est aussi bonne, c’est aussi parce que l’on sent que les rappeurs invités ne sont pas là par appât du gain. Il y a une cohésion avec Rekta, un respect mutuel que l’on suppose via les différentes phases, une implication de chacun pour s’approprier le morceau au-delà d’une simple apparition. Preuve aussi que Rekta, à l’instar de Miklo, a été intégré au groupe qu’il convoitait et fait partie intégrante du paysage rap californien tout en ne quittant pas la sphère française.

Que ce soit les collaborations ou les remix, BOYZ N THE HOOD est finalement très généreux et régale l’auditeur. Reste encore à dire en ce qui concerne Rekta et sa performance individuelle. Il est clair que celui-ci s’est complètement approprié le style californien jusque dans les textes. Ces derniers sont exclusivement descriptifs, font la promotion d’un monde de vie OG jusqu’au-boutiste. Le champ lexical se borne aux filles, aux armes, aux potes et aux caisses et bien sûr à la ville. Pas de métaphores ou autres figures de style. Cet état de fait pourrait en déconcerter certains parce qu’entendre un français dans ce registre peut sembler sonner faux et relever du fantasme. Pourtant, à l’inverse, ces mêmes personnes n’auraient aucun mal à écouter des rappeurs de la West Coast rapper ces mêmes phases en anglais. En ce sens, la posture de Rekta est difficile à tenir parce que le français le met presque en situation de handicap.

Et c’est finalement parce qu’il l’assume pleinement que la musique de Rekta s’écoute avec plaisir, une fois qu’on en a fait l’acceptation. Son titre (inédit), Moi et ma Bitch, est en ce sens un parfait exemple de ce que le rap US francisé peut apporter d’intéressant. En résulte à la fois un morceau misogyne au possible qui ferait passer Orelsan pour de la musique de chambre auprès d’une féministe, et à la fois, du point de vue de Rekta, il s’agit d’une déclaration, ce n’est rien d’autre qu’un bouquet de fleurs sonores offert par un PIMP à sa gagneuse. La grande force de Rekta est de proposer tout simplement autre chose que ce que le rap français générique offre à écouter.

Ce BOYZ N THE HOOD s’avère donc être une mixtape bienvenue qui permettra d’accompagner les sorties estivales. Le travail réalisé sur les productions est remarquable et le fait que les remix ne soient pas inutiles aide vraiment au plaisir de l’écoute. De plus, pour les retardataires passés outre Hustle Life, cette mixtape constitue donc une excellente session de rattrapage. Reste que la soif de nouveautés peut se faire sentir. Espérons que Rekta posera à nouveau sa niche au cœur de LA pour nous raconter à nouveau ses péripéties californiennes en toujours bonne compagnie.

Riski, Oh Mon Dieu : Prières éparses

[Tout ce qui est écrit dans cet article – un potage de spéculations hasardeuses, il faut bien le dire – est imputable à son auteur].

 

https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=1270583952/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=0687f5/artwork=small/transparent=true/La légende veut qu’il soit vain d’écrire à propos de Riski. Perceval du journalisme rap, je tente l’aventure. Ce n’est sans doute pas raisonnable, mais le désir de le faire résiste et persiste. Et on ne cède pas sur son désir, comme dirait l’autre. Mais avec quel angle d’attaque ?

Par pur hasard, je tombais, durant l’écoute d’Oh Mon Dieu, sur un article/interview de Vice dont le sujet était Julien Rochedy, ex-membre du FNJ. Le jeune loup vient de monter son école de « virilité »,  baptisée « Major ». Regardant une de ses vidéos sur les 10 pensées qu’un homme doit apparemment connaître et s’approprier pour être un homme et affligé par le caractère absolument risible de la chose (pour le monsieur apparemment une pensée se résume à une citation du type « l’homme est un loup pour l’homme »), remarquant donc que le garçon était sérieusement travaillé par la question de l’homme, j’eus une étincelle : et si on écoutait ce que Riski nous dit à ce propos ? La « question de l’homme » étant passe-partout, évidemment qu’il en disait quelque chose, mais Riski peut-être plus que quiconque. Mais l’homme non pas comme idéal de perfection ; l’homme dans sa merde quotidienne, débrouillard autant qu’il le peut, écartelé entre hier, aujourd’hui, demain.

Cinq morceaux : autant de pistes pour retrouver le « qui » du EP, son auteur. Enquête d’autant plus pertinente que de fils de Riski en père de Metek on finit, de fait, par se perdre. Pour autant, et c’est là que la chose est encore plus intéressante, il ne s’agit pas de « personnage », ou « d’alter ego ». Il y a filiation au sein du même, et donc une identité commune. Encore faut-il la saisir.

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ESTHÉTIQUE DE LA CONFUSION

Le morceau éponyme introduit à l’univers foutraque, indiscernable, « ésotérique » (pour reprendre son mot) de Riski.

Avec « China club », on poursuit sur un story-telling de sous-sol tamisé de bar branché. Une tranche de taf narrée avec précision et finesse. Pris en tenaille entre la directrice, le collègue et les clients, sur une prod assourdissante (qui évoque la musique de fond de ce genre d’établissement), l’isolement du serveur se fait sonore autant que relationnel. Isolement du serveur qui fonde aussi le sentiment de solitude, sentiment qui prendra un sens bien plus fort dans le dernier morceau. Solitude accrue par la vaine attente du pourboire. Présent oppressant que l’on veut fuir. On déboule alors sur le troisième morceau, « Une petite chanson négative », rassurant et maîtrisé : c’est le passé qu’on met en boîte. D’induction en déduction ( « Si j’suis pote avec lui, ça veut pas dire j’suis ton pote » ; « Parce qu’on n’est plus des potes, t’as jamais été un frère » ), on navigue avec facilité dans la logique bien huilée de l’enfance et de la jeunesse. En revanche, en ce qui concerne l’actualité, on se meurt de fatigue et d’angoisse, sans perspective d’avenir. On chute.

La logique des relations passées, aisément discernable avec le recul de l’âge, laisse donc place aux sentiments, autrement plus tortueux et actuels. Le prosaïsme des deux morceaux sus-cités est retravaillé dans les deux derniers titres. « L’Amour » et « Orphelin » resaisissent le monde vécu par  Riski d’une manière différente, avec recul et affect ; ce n’est plus le serveur, ce n’est plus l’homme endeuillé par son passé, mais Riski le rappeur qui chante. Ce qui, en fait, ne change rien à la complexité du truc, voire la renforce.

Dans « L’Amour », titre mélancolique, on apprend que les mots sont d’un autre monde. L’Amour, l’Homme, deux fictions désastreuses, parce qu’elles nous hantent malgré tout. L’Amour est bien moins palpable qu’une facture EDF, et pourtant les deux choses tourmentent avec autant de force. Ni idéaliste, ni matérialiste, ou plutôt les deux à la fois, Riski porte un regard désorienté, en quête d’on ne sait trop quoi. Des petits rires s’entendent dans le fond du morceau, dans l’écho, soulignant le risible de la quête. Quête risible, absolument insensée, qui révèle son véritable visage dans le dernier morceau : une chute sans atterrissage.

« Orphelin », c’est le sentiment, l’affect avant tout. Je « sens » que je chute, c’est à dire que je ne me raccroche à rien. Sentiment paradoxal, puisque provenant de l’absence de sensation : la chute, c’est le vide autour de soi. Vide physique, mais aussi dissolution de tous les liens, jusqu’au cordon ombilical. « Orphelin », c’est à dire sans passé, et face à un avenir imprévisible. La chute (qu’elle soit due au péché originel ou qu’elle découle de la « merde d’hier »), c’est le destin de tout orphelin, sinon de tout homme : retrait du père, retrait de Dieu. [Rappelons que le père de Riski a été assassiné peu de temps avant sa naissance. Ce qui rajoute un énième niveau de lecture, davantage biographique].

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CINQ MORCEAUX, CINQ BRANCHES, POINT DE RÉDEMPTION

Du premier au dernier morceau, l’auditeur baigne dans la confusion : la voix qu’on écoute se fait tout à la fois père, serveur, adulte (et donc en deuil de son enfance), et pour finir, orphelin. Qu’une chronique cherche à y mettre de la cohérence, ça peut paraître prétentieux, et tant mieux parce que ça l’est. Et pourtant, c’est bien le sixième morceau, le morceau manquant mais contenu en puissance dans les autres, la branche manquante pour achever l’étoile qu’il nous faut trouver. Tâche impossible et arbitraire, absolument spéculative.

Confusion, mélange des genres, œuvre émiettée. Il n’y a pas de pureté dans la production musicale de Riski, « pureté » au sens d’artifice, de production aseptisée, épurée, dénuée  d’imperfections (et donc de singularité). Les morceaux de Riski ne correspondent à aucun canon esthétique, non pas à dessein, c’est à dire par pur effet de style, mais par nécessité. Le paradigme du tube est trop superficiel, si peu adapté à une musique qui sans cesse se cherche. Musicalement, physiquement aussi (« 9000 pompes, autant d’abdos, même tractions n’y ont rien fait de plus »), la chose est la même : on laisse les charges wagnériennes et les corps huilés aux Rochedy et consorts.

En ce sens, disons avec PureBakingSoda* que la musique de Riski n’est pas vraiment (auto)biographique, non pas parce qu’il ne raconte pas son passé, mais parce qu’il n’y a pas « un » sujet bien défini et contemplatif de sa propre histoire ; parce que le sujet, celui qui dit « je », est justement en question. Subjectivité éclatée, dont il revient peut-être à l’auditeur de recoller les morceaux. Aucune morale, aucun sous-texte, mis à part celui que chacun peut y voir, y mettre (moi le premier). Subjectivité éclatée qui se dit au jour le jour, comme en témoigne le nombre de morceaux ou de petits EP que Riski dissémine sur la toile depuis bientôt quatre ans, sans véritable arrêt ni reprise de carrière.

Les repères habituels s’évaporent et tourbillonnent ; tout se confond ; l’identité se perd ; le père, le fils ; le fils, le père ; dans l’attente messianique de l’unité. On en revient alors au premier morceau, à la première prière : « Oh Mon Dieu ». Appel à l’unité après la dispersion dans le monde, accumulation des jobs, prolifération des responsabilités.

Et c’est cela qui est appréciable aussi dans sa musique : la confusion, c’est ce fait que tout s’interpénètre, que l’anecdote, la question basse et matérielle interroge les convictions, les repères métaphysiques. Dans l’anecdote, dans le détail de la fiche de paie s’annonce le destin, le suc de la vie. Courir après la paie, les jobs, courir après les pourboires ici et là. Espérer s’en sortir. Dispersion, réparation, rédemption : Tikkun Olam, comme disent les kabbalistes de Safed.

« Oh mon Dieu », c’est donc un agrégat de cinq titres ouverts à tous les horizons, un agrégat musical   fragile dans son unité, parce qu’en transit. Et ça, ça a quand même plus de gueule qu’un « babtou solide »  pitoyablement arboré sur le tee-shirt.

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* Dans son papier sur Metek paru en 2015 sur son site [https://purebakingsoda.fr/?p=5641].

Visuel : Singemongol

Le bilan du 1er semestre 2018 du rap français

Utopie – Check-Out

La page bandcamp d’Utopie est une mine d’EP brillants. Cette année, une nouvelle gemme, plus grosse que les autres, a pris place au cœur de la joaillerie virtuelle. L’album, intitulé Check-Out, est musicalement parfait et permet à Utopie d’explorer différents genres. Si globalement, le rap d’Utopie peut être qualifié de classique, à l’image du titre Lazarus et de son sample issu de Life’s Bitch de Nas, l’album fait la part belle à d’autres ambiances plus modernes et éthérées comme Bolivar. En bref, Utopie continue son évolution opérée depuis le EP Revivre sans Remords tout en gardant son identité. Sa discographie gagnerait en tout cas à être plus connue.

https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=2579581002/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=0687f5/artwork=small/transparent=true/Hachill YS

Alkpote va vous rappeler quelle heure il est

Alors je sais pas si vous avez remarqué mais Alkpote a une rolex au poignet, un signe extérieur de richesse qui démontre qu’il gagne donc très bien sa vie aujourd’hui avec le rap, alors qu’il était encore obligé de taffer à l’usine il y a trois ans, et ça, bah ça fait vachement plaisir.

Genono

MAES – Réelle vie 2.0

MAES, quatre lettres qui ont émergées au début de l’année 2018 sans crier gare. Une petite « hype », comme on dit, dans le milieu journalistique rap. Rap de rue, survêt’ et lunettes de luxe, une gueule carrée et désabusée, à rappeler celle de NOS.

Entre flow énervé, verbe autotuné, phases chuchotées, le garçon arrive à créer quelque chose de singulier. L’écriture est extrêmement calculée, épurée, rationalisée : suppression des déterminants, juxtaposition d’images… La pratique répétitive, carrée, millimitrée de la bicrave s’est métamorphosée en esthétique littéraire : de la nonchalance, du verbe aiguisée. On va droit au but. Une fois le style posé, le propos s’autorise quelques libertés : mélancolie, amertume. Mais loin de tout romantisme. Bref, c’est bien.

Vladeck Trocherie

La Hyène, roi de la savane

Le charognard a surpris son monde en ce début 2018 avec son disque Thugz. Si à part l’aspect street, on ne comprend pas bien pourquoi le projet porte ce nom, on ne doute cependant pas du bien-fondé du pseudonyme porté par le rappeur. En effet, La Hyène a les crocs et profite de ces 15 pistes pour laisser libre court à sa rage intérieure. Les textes tranchant, proférés avec vélocité, laisse l’auditeur à vif au milieu du carnage musical. Brut dans le fond et la forme, Thugz est un disque frénétique avec peu de temps morts, rendant les écoutes tout aussi éprouvantes que plaisantes, entre plaisir et souffrance. Si l’écriture peut sembler simpliste, elle se révèle en réalité très imagée et La Hyène fait part d’un sens de la comparaison assez génial. A coup sûr, dans le melting-pot musical que contient Thugz, chaque auditeur y trouvera son bonheur.

Hachill YS

C.Sen, l’héritage du XVIIIe

Pour son troisième album, le C.Sen reprend les codes typiques de son arrondissement. Après un disque aux tonalités électro de Toxic Avenger sur Le Tunnel, le parisien renoue avec ses origines pour notre bien. Globalement, Vertiges est un excellent album qui prend sens et relief au fil des écoutes. La plume de C.Sen est toujours aussi précise, simple et trempée dans le métal de l’authenticité chère à son quartier. Certifié rap de daron. Seule déception, Vertiges manque de pistes aux accents de hit sur lesquelles on aime retourner à l’écoute, tremblant au moment d’appuyer sur play, comme cela pouvait être le cas pour Correspondances.

Caballero & JeanJass – Double Hélice 3

A trop mettre d’eau dans son vin on finit par boire de la piquette, et ça c’est dégueulasse …

Crem

Budy x Salem – Morceaux II

Alors en gros c’est un EP mis en images, et le tout constitue un court-métrage hyper-chelou façon les $uicide Boy$ revisitent Blair Witch, globalement les mecs parlent surtout de torturer des âmes innocentes et de réduire des corps en charpie, mais y’a aussi des moments de détente.

Genono

13 Block – Triple S

La nouvelle salve de 13 Block aura fait couler beaucoup de sang d’encre. Court, à la fois puissant et plein de finesse, Triple S ressemble à cet uppercut discret qui achève l’adversaire au dernier round. Les 4 lascars, accompagnés d’Ikaz Boi, dessinent une imagerie brutale sans artifices, ancrée dans la rudesse du quotidien. Cette impression d’authenticité est d’ailleurs finement contrebalancée par des tubes explosifs aux allures hollywoodiennes. Triple S ou quand la rue côtoie le fantasme. 13 Block signe donc une dope sonore bourrée de testostérones. Avec un tel album dans les oreilles, même un cul-de-jatte court le marathon sans problème.

Hachill YS

TRIPLEGO – #EnAttendantMachakil

Retour de Triplego dans le bilan Captchamag. Petit projet de six titres, dont la moitié est clipée et disponible sur Youtube. Les deux premiers extraits, « Connect » et « Internet », de par le flow un peu trop saccadé, ont pu perdre les auditeurs habitués à des ambiances plus fluides et éthérées, ambiances qui ont fait la renommée du groupe. « Ma Potogo »  remet un peu de rythme après l’enchaînement des morceaux précédemment cités, mais c’est vraiment « Medellín » qui vient conclure cet EP sur une note musicale sombre et entraînante. De quoi mettre l’eau à la bouche. Nous sommes prêts pour Machakil.

Vladeck Trocherie

Le savoureux mélange d’Express Bavon

Tahiti Bob et Express Bavon remettent ça après Préliminaires, EP grandement qualitatif d’il y a deux ans. Dans cet album, la recette est la même : hymne à la liberté et au plaisir des sens. Express Bav’ nous fait voyager de Paris à la Martinique, multipliant les ambiances, jonglant parfaitement avec ces deux identités, si bien que l’on passe de la froideur dégagée par l’intro « Snow » à la chaleur des îles avec le morceau clôturant le disque « Ressourcer » sans attraper la turista. Le mélange est donc particulièrement bien équilibré. Par ailleurs, il devient nécessaire qu’Express et Joe Lucazz s’associe sur un long format tant le duo fonctionne à merveille autant sur ce Mélange que sur le No Name 2.0 de Joe via le titre « Méchanceté gratuite ».

Hachill YS

Marty – Violence Partout

Violence Partout, premier EP solo du rappeur principal du groupe lyonnais LUTECE, surprend par l’amplitude doucereuse qui le caractérise. Marty rappe le retour à l’enfance, les sentiments simples, la chaleur familiale, comme s’il cherchait une absolution par la musique. Rares sont les rappeurs qui regardent la jeunesse non pas avec nostalgie, mais avec envie, comme si elle n’avait jamais existé, ou plutôt qu’elle a existé trop longtemps, et s’est interrompue beaucoup trop tôt. Marty, c’est l’apologie de l’inadéquation, du refuge, de la solitude aussi (la pochette est claire : l’ourson bonbon seul au milieu d’un néant couleur pastel), d’un ennui très «classe moyenne», intouchable mais pénétrant. Et l’émotion étreint quand l’enfant seul se fait témoin d’un monde qui tourne sans lui, et que les spectres deviennent ses seuls alliés («J’entends parler quand je suis pas là/ Il pleut des larmes, j’sais c’est pas grave»). Violence Partout ne s’écoute nulle part ailleurs que la nuit sous les draps, à la lumière de la lampe torche. Dédié à tous les Kids Seeing Ghosts.

 Clément Apicella

Consécration

Difficile de ne pas sentir le bonheur emplir son être quand on se retrouve à son insu dans le clip d’un morceau qui répète 13 fois « comment ça, tu veux pas lécher mes couilles ? ».

DIXON – HITSALIVE

Vous avez peut-être sursauté en voyant cette entrée, mais rassurez-vous, il s’agit là – pour l’instant – d’un non-événement, vous n’avez rien raté. Simplement, on attend avec impatience ce projet qu’on aurait bien voulu voir sortir en ce début d’année. Alors on essaie de précipiter les choses comme on peut.

Vladeck Trocherie

Moïse the Dude, the Keudar Knight Rises

Enfilant son meilleur costume, celui de l’amertume rugueuse, Moïse soigne ses blessures de cœur dans son EP cathartique KEUDAR, rendant les coups et crachant de jolies phrases crasseuses. Avec son ambiance sombre et chaude, KEUDAR est une traversée nocturne, solitaire et désinhibée, ponctuée de violence gratuite. Laissant un arrière-goût acre de fer dans la bouche à l’écoute, il n’en reste pas moins que l’on revient sans cesse à l’EP comme hypnotisé par tant d’aigreur. Sûrement parce que KEUDAR est une porte ouverte à la hache sur l’intimité d’un homme estropié.

Hachill YS

404Billy – Hostile

404Billy brise ton ordinateur, c’est lui l’erreur et la solution. Son rap brutal et déchaîné est peut-être la plus réjouissante nouvelle de 2018 : il existe encore quelqu’un qui, au fond de sa gorge et de son âme, a autre chose à foutre que caresser le spectateur dans le sens du stream. La vie sans fards et sans couleurs, il brise les carreaux et s’inscrit pourtant pleinement dans un carcan qu’il ne cherche pas à dépasser : s’il était né dix ans plus tôt, il aurait déjà sorti un street-album légendaire et introuvable. En 2018, l’environnement lui est Hostile, et il ne se prive jamais de le dire dans des morceaux-freestyle inégaux mais tournoyants. Billy apparaîtra sur le prochain album de Siboy, daté au prochain semestre – et si comme le disait André Gide «on ne fait pas de la bonne littérature avec de beaux sentiments», la rencontre est déjà mémorable.

Clément Apicella

Sameer Ahmad déterre son hash de guerre

L’an dernier, Ahmad se dédoublait pour former le groupe fictif Un Amour Suprême et dans la foulée nous offrait le premier volet d’un diptyque : le Jovontae EP. Si cette nouvelle formule d’Ahmad fonctionnait bien, le projet s’avérait cependant moins marquant que le précédent album, Perdants Magnifiques. Jovontae EP, malgré sa prise de risque et sa fraîcheur, souffre effectivement de la comparaison. Cependant, alors que le Ezekiel EP était annoncé, Ahmad sort sous son nom propre un nouveau morceau en ce mois de juin : Sitting Bull.

Avec ce titre, Sameer Ahmad reprend les codes de PM pour mieux les sublimer. A nouveau, une figure symbolique est invoquée, en la personne de Sitting Bull, permettant d’explorer un certain nombre de thèmes. Ici en l’occurrence, le combat, mais aussi la question de la filiation et du cheminement intérieur. On y retrouve alors tout ce qui fait la finesse et la patte d’Ahmad : name-dropping, jeux de mots, croisement des références culturelles et des phases à tomber par terre comme « à l’endroit de ton placenta, j’y loge tout mon love, improvise un berceau sur mon avant-bras ». Bref, encore un morceau magnifique qui justifie un écrin dans cet article à lui seul mais dont il y aurait encore beaucoup à dire.

Hachill YS

LTA – Méridien

Une boucle de piano sur une rythmique. Deux couplets sans refrain. Peut-être bien les deux minutes et douze secondes les plus marquantes de ce premier semestre.
A contre courant de cette frénésie ambiante (qui veut qu’un rappeur doit sortir un album, deux mixtapes et apparaître en feat. une dizaine de fois par an pour exister), LTA prouve encore une fois que la quantité ne surpassera jamais la qualité.
Habitué de ces sorties au compte goutte, il faut bien avouer qu’avec  »Méridien » Le Téléphone Arabe fait fort. Très fort. Chaque mots, chaque phrases, tout tombe parfaitement. Ça a la justesse et la simplicité d’un titre classique. Ce sentiment est immédiat.
Bref, le premier titre de la cuvée 2018 LTA est à écouter en boucle. Peut-être y aura-t-il une ou deux sorties de plus… Je ne sais pas. Et si par bonheur un EP apparaît sur Bandcamp avant la fin de l’année, on aura le droit de s’estimer chanceux. Et c’est très bien comme ça.

Crem

Laylow – .RAW.

Si en 1910, Georges Claude a inventé la lampe au néon, c’était certainement pour donner une couleur, une substance aux rêveries brumeuses et désenchantées de Laylow. Dans .Raw, son troisième projet, il rappe la gueule cassée, la gorge noueuse, les ultimes paroles nocturnes avant que le jour ne les flétrissent. La vision rouge comme HAL de 2001, sa voix machinique et pourtant si humaine prouve bien qu’au coeur de la nuit, tout se mêle, les boîtes de nuits deviennent pandémoniums, les naïades perdent leurs charmes dans la vénalité, les rêves se fondent dans la vanité du monde. A l’heure du rap de fausse bonne humeur, Laylow chante l’aurore qui suit la débauche, et sa vision holographique du monde («téma mes éléphants dans la clairière») témoigne de la dé-pixellisation des êtres. Ultra-moderne solitaire, fêtard triste au dernier degré d’alcool, Laylow panse les plaies d’un outre-monde, exsangue, digital, dangereux car absorbant. Et même ses émotions d’ordinateur font de lui un être plus humain que les sirènes fantomales (du succès?) qui l’attirent toujours plus vers les profondeurs. Laylow relève in fine la tête – vers de nouvelles aventures diurnes ? Vers de fumeuses odyssées nocturnes ?

 Clément Apicella

Cheeko au pays des fils de pute

Savant mélange de rap et de pop, Le Merveilleux Voyage de Cheeko au Pays des Fils de Pute ne ressemble à aucun autre projet cette année. Energique, coloré, sans toutefois passer pour un album superficiel, Cheeko réussit haut la main le pari de réunir différents publics. Outre la personnalité de Cheeko, il faut reconnaître que la qualité du projet doit beaucoup son architecte musical en la personne de Blanka. Les ambiances sixties et pop côtoient des sons plus insidieux et rap sans qu’aucune faute de goût ou de cohérence vienne gâcher l’écoute. Album à recommander sous le cagnard d’été arrosé de bières bien fraîches et de saucisses grillées.

Hachill YS

CUBE – NOSTA

De l’efficacité. C’est ça qu’on aime.

On aurait pu croire que les références partaient en couilles (de Scooby Doo à Napoléon Bonaparte en passant par Balzac), et on aurait eu raison.

Vladeck Trocherie

Riski – Tercian

La musique de Riski est toujours aussi unique. Ses textes insaisissables et raffinés ont trouvé un nouveau disque sur lesquels se poser début 2018. Tercian rassemble cinq titres dont le très bon Riski Money produit par Frencizzle. Si le projet peut paraître peu copieux, il faudra en réalité plusieurs écoutes pour en capter les subtilités. Si Tercian est excellent, Riski reste cependant une énigme au talent certain mais qui ne s’exprime pas totalement, encore contenu, comme si le rap ne méritait pas qu’il en fasse davantage. Il semble pouvoir en offrir beaucoup plus même à un tel niveau. Mais déjà, son prochain EP Oh Mon Dieu montre le bout de son nez… Espérons que Riski y démontrera toute l’étendue de son génie.

https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=3203662929/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=0687f5/artwork=small/transparent=true/Hachill YS

PNL – Nouvelles nuances de « ouais »

Deux ans après DLL, les deux frères remettent le couvert avec le morceau « À l’ammoniaque ». Qu’ils éclatent les scores ne doit étonner personne. La grande question, c’était : quel retour ? Du mieux, du moins bien, du différent ? Comment faire du PNL qui soit différent et mieux que du PNL ? Les ralentis de Kamera meha, le hall d’immeuble, la file de yenclis pour garder contact avec les débuts. Le sable, le cheval, le poor lonesome cow boy, le naufragé pour ne pas perdre de vue que l’objectif, c’est le monde. Oui, mais qu’est-ce que le monde ? Une idée transcendantale dirait Kant. Et donc rien de moins qu’une illusion qui s’évapore quand on désire la saisir. Dans le cas de PNL donc, une quête infinie (tant mieux pour nous). Enfin bref, le bac de philo est passé, revenons à nos moutons.

Entre ambition artistique et simplicité médiatique les deux frères cuisinent un savant mélange qui suffit à ringardiser le reste de la concurrence. Leur gestion du temps absolument à contre-courant des stratégies commerciales habituelles procurent deux avantages. Le premier, c’est l’attente créée, qui fait exploser les compteurs une fois celle-ci satisfaite. Autre avantage : les apparitions au compte-goutte structurent aussi la réception de leur taf. Depuis QLF, les deux garçons semblent nous raconter une histoire, avec ses différentes péripéties, mais surtout avec une réelle unité, une réelle progression. Il y a eu QLF, il y a eu Le monde Chico, il y a eu DLL : à chaque fois une nouvelle étape, une nouvelle escale dans l’aventure PNL. Autrement dit, Ademo et Nos ne produisent pas des albums, ils nous envoient des cartes postales.

Vladeck Trocherie

 

Bootleg: 13 Block – Apocalypse

Bootleg réalisé par: Crem / Cover: Thomas / Texte: Luciano

On raconte qu’avec l’Apocalypse vient quatre cavaliers aux chevauchées simultanées : la Conquête, la Guerre, la Famine et la Mort. Lâchés sur Terre, leur seul but est de tout détruire. C’est un peu l’effet qu’a fait V.U.E (Violence Urbaine Emeute) sur le rap français à sa sortie en 2016. Un seize titres complet, maîtrisé, ambitieux, où Oldpee, Zed, Zefor et Detess se mêlent l’un à l’autre en une parfaite symbiose. 1 heure et 9 minutes plus tard, un présage est annoncé : Vers l’Enfer.

Si l’époque était sujette à une dictature sonore, le quatuor a monté un putsch, assez important pour s’imposer comme les Princes de la drill, alors même que Gradur, Niska, XV Barbar et tant d’autres avaient de semblables ambitions. Le succès n’était que d’estime, encore caché, et si l’on pensait que leur troisième mixtape, Ultrap, allait leur donner la reconnaissance qu’il méritait alors, on s’est vite rendu compte que 13 Block était maudit, comme condamné à ne jamais trouver la clé du succès commercial.

Surgit alors un cinquième cavalier, déjà bien avancé dans la course : Ikaz Boi, le virtuose. Derrière Somme et Vide, il ratisse le terrain et offre aux quatre funestes cavaliers les instruments nécessaires pour montrer toute l’étendue de leur puissance. Ne reste plus qu’à attendre Triple S, quatrième projet du groupe, exclusivement produit par Ikaz, mais en sachant que vous êtes de petites âmes impatientes, on vous a concocté le meilleur bootleg téléchargeable sur Internet. Un grand cru de morceaux hors-albums et mixtapes, où retentit cette ténébreuse et démoniaque violence, celle qui glace le sang dès la première écoute, celle qui n’est que de mauvaise augure.

Avis aux amateurs.

TELECHARGER LE BOOTLEG

Chronique: Moïse The Dude – KEUDAR

La pluie tapissant la nuit froide d’une fin de partie de sexe joue les notes d’une musique brisée en tombant sur le sol. Un beat discret accompagne la chute de ces perles d’eau suivant le rythme des derniers coups de boutoirs de la silhouette du Dude. Accroché au collier de gemmes d’une autre ombre inconnue et transpirante, plutôt que de se retirer, Moïse jouit dans sa chatte. Ambiance paradoxalement chaude et sombre, le dernier tir de Moïse the Dude au sobriquet justifié de KEUDAR est une boîte de Pandore d’où s’échappe des sentiments antagonistes, des pulsions hybrides (autant animales qu’humaines), ainsi que les relents de l’amour en putréfaction.

« Y a qu’quand elle a ma queue dans la bouche que j’aime son discours sur le Girl Power »

Au premier abord, KEUDAR semble travestir sa tristesse en se parant de rutilantes phases machistes et obscènes. Le rappeur, bien inspiré, prend les atours d’un chantre de l’immoralité sexuelle, gourou d’un machisme dominateur auprès d’une gente féminine qui n’inspire que lubricité crasse. Ce déguisement de sentiments plus profonds provoque un étalage de phases mémorables. Si les mots sont crus, les images parfois violentes, ce sont surtout les intentions de Moïse, ses pulsions à la frontière entre destruction et accaparement du corps de l’autre, qui donnent à ce projet une aura particulière : « Je te propose un coït qui n’a rien de pacifique […] Je suis un monstre, je brutalise, j’asphyxie », « Comme j’étais bien dans ta chatte, ta bouche et le reste / Quand je te baisais en pacha sans tabou c’est vrai ».

Concomitant aux errances sexuelles omniprésentes, le goût âcre du sang s’invite épisodiquement aux effluves de fluide corporelle. Au fil de l’écoute, la haine saignante de Moïse gonfle et le sexe fort est invectivé physiquement, notamment les autres rappeurs : « Je te souris, morceau de chair entre les chicots », « La prochaine fois que tu vas m’appeler ma caille / Se pourrait qu’un bouquet de phalanges viennent s’en mêler » ou encore « Quand tu te sens bien plus thug qu’il y a 15 ans / Quand tu te sens prêt à casser quelques dents ».

Par le fait, KEUDAR bénéficie d’une atmosphère délicieusement glauque. Les images sexuelles s’entrechoquent et Moïse apparaît en Jim Jones apathique guidant son troupeau de précieuses vers des salles de douces tortures type Fistinière. Pour autant, il serait trop simple de limiter l’intérêt de ce projet aux pulsions contradictoires du Dude, entre amour et haine, fessées et caresses. Car ce patchwork d’images dures et sensuelles n’est que la conséquence directe de ce qui gangrène le cœur du rappeur.

« Je n’ai pas le cœur à la plaisanterie / Femme de ma vie est partie »

A demi-mot, comme une énigme dispatchée sur l’ensemble de KEUDAR entre deux rimes gratuites, Moïse semble nous dire que sa femme renarde est partie avec un autre. Si dans l’introduction du EP le rappeur ne semble pas particulièrement touché, probablement le temps d’accuser le coup : « et elle s’inquiète et je me marre / pour une fois que c’est moi qui rentre tard », la sensation de liberté laisse très vite la place aux remords et aux pensées sombres dès le morceau éponyme de l’album.

C’est donc bien d’amour dont il s’agit ici. Loin de l’image idéalisé du flirt et de la vie à deux, Moïse est au contraire dans le creux de la vague lorsque la liberté gagnée devient solitude subie. C’est sur les revers de l’amour qu’est construit subtilement ce KEUDAR, sur le côté sombre des sentiments d’attahce et qui nous font ressentir ce qu’il y a de plus noir, jusqu’à souhaiter la mort de l’être perdu. Moïse transforme en effet à la fin son ressentiment en vengeance : « J’aurais préféré que tu crèves / Que tu te foutes en l’air en caisse… ». Entre temps, le Dude ressasse des parties de sexe, continue de les fantasmer, et tente de « ne pas se laisser abattre en se faisant sucer par une autre en repensant aux fois où elle suçait complètement rabat ». KEUDAR se présente ainsi comme une partouze vengeresse sur la face cachée de la lune de miel.

Plus donc que la gratuité des actes de Moïse, c’est la tristesse de la perte d’un amour qui semblait passionné, sans tabou, plein de la magie des cabrioles qui importe dans cet EP. Moïse the Dude n’est pas finalement le monstre qu’il s’échine à dessiner. Au contraire, il raconte les tréfonds d’un homme délaissé en assumant ses faiblesses et les démons que nous avons déjà tous ressenti. Dans le brouillard entre alcool et stupéfiants, la princesse devient la pute qui devient la muse, paradoxalement attirante et repoussante à la fois : « Rien qu’elle me racontait ses plans à trois / Ça me dégoute et ça m’excite / Moi aussi je veux la baiser à trois ».

« D’où vient ce sentiment d’avoir raté sa vie tout en ayant l’impression d’être au-dessus de la mêlée ? »

Une lueur d’espoir finie par scintiller avec le titre Pas mon heure concluant KEUDAR. Moïse, comme se réveillant d’un cauchemar ou d’un lendemain difficile, pose un regard critique sur l’errance destructrice qu’il a distillé sur son projet intime : « Instinct animal / J’ai fait des erreurs ». Mais le Dude reste le Dude et la lose s’accroche à ses grôles car, intelligemment, l’instrumentale de l’intro et celle du dernier morceau sont la même, ce qui pourrait montrer que les affres de l’amour sont cycliques et que l’on en sort finalement véritablement jamais. Qui sait, peut-être Moïse The Dude nous offrira un jour un KEUDAR 2 suite à une nouvelle rupture ?

Pour les habitués du Dude, nul doute que KEUDAR trouvera leurs approbations tant celui-ci sublime une discographie déjà bien remplie. Ce nouveau projet pourrait bien être son meilleur. Projet s’écoutant à la fois en entier pour capter l’évolution du personnage dans ses ténèbres jusqu’à l’en voir sortir (et jusqu’à la prochaine tempête), et à la fois en piochant dans les morceaux indépendamment les uns des autres tant chacun possède sa propre puissance. D’ailleurs, KEUDAR dispose de deux gros tubes en présence du morceau éponyme d’abord, KEUDAR, et BRESSOM; morceaux qu’ils seraient légitimes de revoir dans les tops de fin d’année.

Sans s’écarter de son style habituel, Moïse propose finalement un projet original. Pas de rupture donc avec les anciennes moutures, mais avec KEUDAR, le rappeur semble avoir passé un niveau. L’écriture toujours très propre flirtent entre la beauté des images et les sensations primitives : « le chat ronfle à contretemps comme s’il jouait un skank me rappelant la rythmique de nos coups de rein ». Quant à l’ambiance musicale, elle traduit parfaitement les démons de l’amour qui dansent frénétiquement dans la tête du protagoniste. Tous ces éléments participent de fait à peindre des toiles représentant parfaitement ce qu’est l’amour vécu viscéralement, capable de rendre à chacun sa primitivité, sa partie bestiale et qui épanche la fausse noblesse des sentiments en vraies scènes de sexe conjuratrices. Porno Psy Choc.

 

 

Gagne tes places pour le concert Alkpote / Kalash Criminel / Oboy au Palais de Tokyo !

Vous trouverez difficilement meilleur line-up cette année, et comme on vous aime beaucoup, on vous fait gagner des places.

Pour participer, deux possibilités :

– Si tu possèdes un compte twitter, follow @Captchamagazine et partage ce tweet.
– Si non, like Captcha Mag sur Facebook et commente ce statut avec ta punchline préférée d’Alkpote.

Dans les deux cas, un tirage au sort aura lieu le 27 mars pour désigner les vainqueurs.

CP

 

Lien Billetterie : http://ypl.me/6qc
Lien Événement : https://www.facebook.com/events/147450009272342/

M16 Masqué by Captcha Mag & TupakTV

Voici le nouveau concept tenant de la collaboration de Captcha Mag et de TupakTV : M16 Masqué, une série de cypher vidéo, réalisé en partenariat avec l’équipe GMP (réalisateur de plusieurs clips de qualité, notamment RC x ING), dont le but est de rassembler plusieurs rappeurs, connus comme confidentiels, sous le signe du masque et d’autres objets apparentés.

Une seule règle à respecter: 4 rappeurs, une prod, un masque et tu peux rentrer dans l’arène.

Ici, l’objectif est double : en premier lieu, de faire découvrir des rappeurs inconnus au bataillon, et aussi, de faire parler le talent, et rien d’autre (d’où les masques)…

Alors, enfilez vos plus beaux masques vénitiens et vos plus belles cagoules brodées à la main, et préparez-vous à voir des rimeurs decoupés des beats.

 

EPISODE 1 : Criminls – Kiddy – RAD – Tchakop

 

TEASER

 

CONTACT RAPPEURS & BEATMAKERS

Mail : contactm16masque@gmail.com

Youtube : M16 Masqué

Twitter : @m16_masque

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