Riski, Oh Mon Dieu : Prières éparses

[Tout ce qui est écrit dans cet article – un potage de spéculations hasardeuses, il faut bien le dire – est imputable à son auteur].

 

https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=1270583952/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=0687f5/artwork=small/transparent=true/La légende veut qu’il soit vain d’écrire à propos de Riski. Perceval du journalisme rap, je tente l’aventure. Ce n’est sans doute pas raisonnable, mais le désir de le faire résiste et persiste. Et on ne cède pas sur son désir, comme dirait l’autre. Mais avec quel angle d’attaque ?

Par pur hasard, je tombais, durant l’écoute d’Oh Mon Dieu, sur un article/interview de Vice dont le sujet était Julien Rochedy, ex-membre du FNJ. Le jeune loup vient de monter son école de « virilité »,  baptisée « Major ». Regardant une de ses vidéos sur les 10 pensées qu’un homme doit apparemment connaître et s’approprier pour être un homme et affligé par le caractère absolument risible de la chose (pour le monsieur apparemment une pensée se résume à une citation du type « l’homme est un loup pour l’homme »), remarquant donc que le garçon était sérieusement travaillé par la question de l’homme, j’eus une étincelle : et si on écoutait ce que Riski nous dit à ce propos ? La « question de l’homme » étant passe-partout, évidemment qu’il en disait quelque chose, mais Riski peut-être plus que quiconque. Mais l’homme non pas comme idéal de perfection ; l’homme dans sa merde quotidienne, débrouillard autant qu’il le peut, écartelé entre hier, aujourd’hui, demain.

Cinq morceaux : autant de pistes pour retrouver le « qui » du EP, son auteur. Enquête d’autant plus pertinente que de fils de Riski en père de Metek on finit, de fait, par se perdre. Pour autant, et c’est là que la chose est encore plus intéressante, il ne s’agit pas de « personnage », ou « d’alter ego ». Il y a filiation au sein du même, et donc une identité commune. Encore faut-il la saisir.

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ESTHÉTIQUE DE LA CONFUSION

Le morceau éponyme introduit à l’univers foutraque, indiscernable, « ésotérique » (pour reprendre son mot) de Riski.

Avec « China club », on poursuit sur un story-telling de sous-sol tamisé de bar branché. Une tranche de taf narrée avec précision et finesse. Pris en tenaille entre la directrice, le collègue et les clients, sur une prod assourdissante (qui évoque la musique de fond de ce genre d’établissement), l’isolement du serveur se fait sonore autant que relationnel. Isolement du serveur qui fonde aussi le sentiment de solitude, sentiment qui prendra un sens bien plus fort dans le dernier morceau. Solitude accrue par la vaine attente du pourboire. Présent oppressant que l’on veut fuir. On déboule alors sur le troisième morceau, « Une petite chanson négative », rassurant et maîtrisé : c’est le passé qu’on met en boîte. D’induction en déduction ( « Si j’suis pote avec lui, ça veut pas dire j’suis ton pote » ; « Parce qu’on n’est plus des potes, t’as jamais été un frère » ), on navigue avec facilité dans la logique bien huilée de l’enfance et de la jeunesse. En revanche, en ce qui concerne l’actualité, on se meurt de fatigue et d’angoisse, sans perspective d’avenir. On chute.

La logique des relations passées, aisément discernable avec le recul de l’âge, laisse donc place aux sentiments, autrement plus tortueux et actuels. Le prosaïsme des deux morceaux sus-cités est retravaillé dans les deux derniers titres. « L’Amour » et « Orphelin » resaisissent le monde vécu par  Riski d’une manière différente, avec recul et affect ; ce n’est plus le serveur, ce n’est plus l’homme endeuillé par son passé, mais Riski le rappeur qui chante. Ce qui, en fait, ne change rien à la complexité du truc, voire la renforce.

Dans « L’Amour », titre mélancolique, on apprend que les mots sont d’un autre monde. L’Amour, l’Homme, deux fictions désastreuses, parce qu’elles nous hantent malgré tout. L’Amour est bien moins palpable qu’une facture EDF, et pourtant les deux choses tourmentent avec autant de force. Ni idéaliste, ni matérialiste, ou plutôt les deux à la fois, Riski porte un regard désorienté, en quête d’on ne sait trop quoi. Des petits rires s’entendent dans le fond du morceau, dans l’écho, soulignant le risible de la quête. Quête risible, absolument insensée, qui révèle son véritable visage dans le dernier morceau : une chute sans atterrissage.

« Orphelin », c’est le sentiment, l’affect avant tout. Je « sens » que je chute, c’est à dire que je ne me raccroche à rien. Sentiment paradoxal, puisque provenant de l’absence de sensation : la chute, c’est le vide autour de soi. Vide physique, mais aussi dissolution de tous les liens, jusqu’au cordon ombilical. « Orphelin », c’est à dire sans passé, et face à un avenir imprévisible. La chute (qu’elle soit due au péché originel ou qu’elle découle de la « merde d’hier »), c’est le destin de tout orphelin, sinon de tout homme : retrait du père, retrait de Dieu. [Rappelons que le père de Riski a été assassiné peu de temps avant sa naissance. Ce qui rajoute un énième niveau de lecture, davantage biographique].

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CINQ MORCEAUX, CINQ BRANCHES, POINT DE RÉDEMPTION

Du premier au dernier morceau, l’auditeur baigne dans la confusion : la voix qu’on écoute se fait tout à la fois père, serveur, adulte (et donc en deuil de son enfance), et pour finir, orphelin. Qu’une chronique cherche à y mettre de la cohérence, ça peut paraître prétentieux, et tant mieux parce que ça l’est. Et pourtant, c’est bien le sixième morceau, le morceau manquant mais contenu en puissance dans les autres, la branche manquante pour achever l’étoile qu’il nous faut trouver. Tâche impossible et arbitraire, absolument spéculative.

Confusion, mélange des genres, œuvre émiettée. Il n’y a pas de pureté dans la production musicale de Riski, « pureté » au sens d’artifice, de production aseptisée, épurée, dénuée  d’imperfections (et donc de singularité). Les morceaux de Riski ne correspondent à aucun canon esthétique, non pas à dessein, c’est à dire par pur effet de style, mais par nécessité. Le paradigme du tube est trop superficiel, si peu adapté à une musique qui sans cesse se cherche. Musicalement, physiquement aussi (« 9000 pompes, autant d’abdos, même tractions n’y ont rien fait de plus »), la chose est la même : on laisse les charges wagnériennes et les corps huilés aux Rochedy et consorts.

En ce sens, disons avec PureBakingSoda* que la musique de Riski n’est pas vraiment (auto)biographique, non pas parce qu’il ne raconte pas son passé, mais parce qu’il n’y a pas « un » sujet bien défini et contemplatif de sa propre histoire ; parce que le sujet, celui qui dit « je », est justement en question. Subjectivité éclatée, dont il revient peut-être à l’auditeur de recoller les morceaux. Aucune morale, aucun sous-texte, mis à part celui que chacun peut y voir, y mettre (moi le premier). Subjectivité éclatée qui se dit au jour le jour, comme en témoigne le nombre de morceaux ou de petits EP que Riski dissémine sur la toile depuis bientôt quatre ans, sans véritable arrêt ni reprise de carrière.

Les repères habituels s’évaporent et tourbillonnent ; tout se confond ; l’identité se perd ; le père, le fils ; le fils, le père ; dans l’attente messianique de l’unité. On en revient alors au premier morceau, à la première prière : « Oh Mon Dieu ». Appel à l’unité après la dispersion dans le monde, accumulation des jobs, prolifération des responsabilités.

Et c’est cela qui est appréciable aussi dans sa musique : la confusion, c’est ce fait que tout s’interpénètre, que l’anecdote, la question basse et matérielle interroge les convictions, les repères métaphysiques. Dans l’anecdote, dans le détail de la fiche de paie s’annonce le destin, le suc de la vie. Courir après la paie, les jobs, courir après les pourboires ici et là. Espérer s’en sortir. Dispersion, réparation, rédemption : Tikkun Olam, comme disent les kabbalistes de Safed.

« Oh mon Dieu », c’est donc un agrégat de cinq titres ouverts à tous les horizons, un agrégat musical   fragile dans son unité, parce qu’en transit. Et ça, ça a quand même plus de gueule qu’un « babtou solide »  pitoyablement arboré sur le tee-shirt.

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* Dans son papier sur Metek paru en 2015 sur son site [https://purebakingsoda.fr/?p=5641].

Visuel : Singemongol

De l’Orgasmixtape Vol.1 à Boulangerie Française : la folle année de DJ Weedim

Pour écouter et télécharger Boulangerie Française gratuitement : rendez-vous sur Haute-Culture

« You make me feel so good » … Depuis le premier volume de l’Orgasmixtape, il est devenu impossible de passer à côté de ce drop, sorte de « May-may-maybach muusic » à la française. En un peu plus d’un an, DJ Weedim s’est taillé une discographie longue comme le bras à Dhalsim. Même s’il n’a rien d’un nouvel arrivant dans le grand échiquier du rap-jeu, sa notoriété à passé un gros cap dans un laps de temps très court. Weedim est partout, et chez tout le monde en même temps. Ses prods sont placées dans un nombre incalculable de projets : Alk, Sidisid, Infinit, Aketo, Driver … la liste est longue. D’ailleurs pour les néophytes, sachez que cette omniprésence ne fait aucunement d’ombre à la qualité de son travail : Weedim n’a aujourd’hui plus rien à prouver en tant que producteur. Dans ce domaine, il a placé lui-même son nom dans la liste des plus grands talents français.

Devenu le producteur le plus en vue du marché français, il est l’un des seuls à savoir allier influence sérieuse sur le rap hexagonal et visibilité internationale. Capable de concocter un EP sur-mesure à Infinit’ comme d’ambiancer 2000 personnes en première partie des Migos ou de Big Sean, Weedim est l’archétype de l’artiste stakhanoviste. Un genre de Dj Scream français, la casquette de producteur en plus, les cris insupportables en moins. La sortie récente de Boulangerie Française est l’occasion de revenir sur les derniers projets du bonhomme, avec pour dénominateur commun, forcément, Alkpote.

Avril 2014 : L’Orgasmixtape Vol.1

Connecter avec DJ Weedim est peut-être la meilleure chose qui soit arrivée à Alkpote ces dernières années. Connecter avec Alkpote est peut-être la meilleure chose qui soit arrivée à DJ Weedim ces dernières années. L’hyper-productivité du DJ pousse le rappeur à enchainer les projets, à empiler les featurings et les apparitions. Alk se nourrit de Weedim comme Weedim se nourrit d’Alk. La créativité monstrueuse de l’Aigle de Carthage est sublimée par le rendement frénétique de son beatmaker désormais attitré. L’Orgasmixtape Vol.1 est considérée par beaucoup comme le meilleur projet d’Alkpote depuis L’Empereur. Inutile de revenir une fois de plus sur ce qui fait de cette mixtape l’un des meilleurs disques de l’histoire du rap français … A l’origine de la plupart des prods, Weedim pose ici la première pierre de l’édifice qu’il est en train de construire sur la dépouille du rap français.

https://soundcloud.com/dj-weedim/alkpote-d-sanussage-prod-dj

Juin 2014 : Les frères Pétard, Volume Beu

A l’image d’Infinit’, Be.labeu a du attendre une polémique un brin désuète pour faire parler de lui en dehors de la petite frange d’initiés aux vapeurs anesthésiques des Frères Pétard Vol.1 et de B.E.P Beu. Titre phare du volume 2 des Frères Pétard -subtilement nommé « Volume Beu »-, le titre Yvan Colonna attire les mêlées pseudo-journalistiques comme le miel attire les abeilles. Pourtant, B-E a bien plus à faire valoir que ce que pourrait laisser croire ce petit buzz sans grandes conséquences. Volume Beu -mixtape entièrement produite par DJ Weedim- est un excellent condensé de l’univers de Labeu : on y retrouve pêle-mêle, plusieurs centaines de références à la culture cannabique -jusqu’au moindre détail, chaque lettre « b » étant prononcée « beu »-, quelque tribute à Young thug, et un casting monstrueux coté featurings (Green Money, Aketo, Infinit’, Atis …). Et le rôle de Weedim dans tout ça ? Producteur attitré de l’intégralité des tracks (plus une collab avec Glitchy Mac Fly), il sert à merveille le macrocosme embrumé du rappeur, entre gros beats trap, véritables remixs, et ambiances plus planantes. A venir pour B.E : un EP en commun avec Wacko, et, forcément, un Frères Pétard Volume 3 … intitulé « Jamais Beu sans moi ».

Septembre 2014 : Petits Meurtres Entre Amis

Aketo, Sidisid. A priori, l’association ne coule pas de source. Il faut tout le flair de Weedim pour réunir ces deux rappeurs que l’on présumerait antithétiques. Mais quand un bon rappeur rencontre un bon rappeur, l’alchimie ne peut que fonctionner. Idéalement chaperonnés par Weedim, et épaulés par Infinit’, BeLabeu, et, forcément, Alkpote, le demi-Sniper et le demi-Butter Bullets lourdent un 9 titres qui flirte plus d’une fois avec le génie. Point d’orgue de cette association fructueuse : le titre Joeystarr, avec son concept magistral, parfait condensé du savoir-faire de chacun des trois hommes, dans lequel Weedim sert -en plus de cette prod énergique- des ambiances pétulantes au refrain.

Mars 2015 : 5 Panel Vol.2

70CL. Un nom qui évoque un crew un peu indéfinissable, pas mal de prods placées chez Lalcko, Riski ou S.Pri Noir, et pas mal de rappeurs dont on ne sait jamais trop s’ils font partie intégrante du groupe, ou s’ils sont juste affiliés de près ou de loin. Lorsqu’ Atis, principale tête d’affiche du crew, a décidé de donner une suite à l’excellent premier volume de 5Panel (avec notamment cet excellent feat avec Zekwe et S.Pri Noir), il a jugé bon de confier toute la direction artistique à DJ Weedim. Décision judicieuse, puisque les 5 titres de cet EP frôlent tous l’excellence, portés par les prods plurivalentes du DJ parisien. Apposant tour à tour des ambiances festives, pesantes, intimistes ou puissantes, Weedim sublime les qualités d’Atis, qui peut alors se consacrer à développer pleinement son univers et son écriture sans se soucier des à-côtés.

Écouter et télécharger gratuitement 5Panel Vol.2 sur Haute Culture

Avril 2015 : Plusss

Peut-être qu’un jour, Infinit’ sera sur tous les plateaux télé, à se pavaner entre Enora Malagré, Daphné Burki et Arthur, évoquant le bon souvenir d’une polémique un peu absurde lancée par le trop susceptible Christian Estrosi. En attendant cette époque dorée, le rappeur niçois entame sa mue avec Plusss, après trois mixtapes gratuites qui ont suffit à lui bâtir une réputation solide. Entièrement produit par Weedim, le changement de cap est impressionnant, et illustre à merveille la différence entre un rappeur à fort potentiel en manque de structure, et un rappeur à fort potentiel bien aiguillé et bien produit. En une dizaine de pistes, Infinit’ prouve qu’il peut duetter aussi bien avec Alkpote qu’avec Alpha Wann, et surtout, qu’il maitrise à merveille un panel incroyablement large, en passant de l’ambiance un brin romantique de Aussi au plus bourru En pleine montée. Et là encore, le rôle de Weedim est primordial. Infinit’ est l’un des meilleurs faiseurs de « rap chantonné » en France, et l’évolution récente des tendances ne peut que le servir.

Mai 2015 : L’Orgasmixtape Vol.2

Un peu plus de douze mois après le premier volume, Weedim boucle la boucle d’une année presque trop chargée. Sur L’Orgasmixtape Vol.2, il produit presque 50% des pistes, avec une efficacité assez monstrueuse. Sans forcément sortir des sentiers battus, il démontre une fois de plus que son entente avec Alkpote est superlative. Formule 1, Marianne, Pleurez, Papiers Violets … le beatmaker sert à son emcee des tubes sur-mesure, laissant à d’autres le soin d’emmener Alk sur des charmilles moins usitées (Butter Bullets sur Miroir, Rozca sur Pluie Diluvienne). Si l’univers hyper-riche de Jonathan H se suffit à lui-même, on peut tout de même se demander si ce deuxième volume de l’Orgasmixtape aurait pu voir le jour sans l’hyper-productivité de Weedim.

Juin 2015 : Go Fast

On se demandait si on entendrait Driver rapper encore, ou s’il fallait se résoudre à le voir tour à tour dans le raggaeton, la salsa, ou qui sait, la bossa nova. Et puis … Weedim est arrivé, lui a fait écouter une prod, puis deux, puis trois … En vingt minutes, Le Maire de la Ville était convaincu, et partait s’enfermer en studio pour kicker une -peut-être- dernière fois. Un EP gratuit -comme la plupart des projets de Weedim- qui recèle, malgré le peu de prétentions apparentes, quelques pépites (Bad Girl, Franck Lucas …). On se prendrait presque à rêver d’un Go Fast Vol.2 pour l’été prochain, voire même d’une franchise que l’on retrouverait à la même date chaque année.

Écouter et télécharger gratuitement Go Fast sur Haute Culture

Juillet 2015 : Boulangerie Française

DjWeedimUn projet qui fera certainement date. L’initiative n’a d’ailleurs rien de courant à notre époque, où les  compilations de ce genre sont devenues très rares. Si aujourd’hui, quelqu’un avait la possibilité de réunir autant de rappeurs émérites sur une seule et même galette c’est bien Weedim et son carnet d’adresse rempli de bons rappeurs d’horizons différents -ce qui ajoute du charme au projet-. Pour servir cette équipe d’Avengers, 15 prods de qualité sans aucun déchet. Du vrai travail d’orfèvre : en véritable seigneur de guerre, Weedim a fourni armes et munitions à tout ce beau monde. Résultat des courses ? Probablement un des meilleurs projets de rap francais de l’année, qui ira s’accrocher directement dans le panthéon des grandes compilations rapologiques.
Au programme du menu XXL :
En entrée, une prod pour partir à la guerre et un Alkpote qui marche sur l’eau. Véritable démonstration technique, le partenaire préféré de Weedim enchaine les lignes fantasques (« Super ninja fou, nique les homos farceurs comme Elie Kakou« ) avec une maitrise incroyable, et occupe l’espace offert par la prod comme personne.
On retrouve ensuite un Joe Lucazz comme on l’aime : dans la cuisine, bicarbonate de soude sous les ongles, toujours à cœur ouvert. Toujours avec son flow déstructuré et sa froide sincérité, Joe enchaine les punchlines (« Je ne fais aucun faux pas, t’en fais pas si je boite, c’est un faux plâtre, à l’intérieur j’ai le Guatemala« ) et les références à de vieilles rimes (« je m’étais juré de peser, bientôt une pesette à mon nom« ). Si l’hyper-productivité de Weedim déteint sur lui, le rap français est sauvé à tout jamais.
Troisième petit bijou : Écailles. Ca y est, Vald a entamé sa première mutation : les brides techniques qui le muselaient jusqu’ici ont sauté, ce que beaucoup attendaient. En roue libre totale, décomplexé, le bonhomme fait parler la folie pure pendant 4 minutes. Vald part dans tout les sens et c’est tant mieux : NQNT 2 est imminent, et même si ses fans de la première heure grincent de plus en plus des dents, le blondinet est justement en train de s’attirer doucement les louanges d’un nouveau public, plus demandeur de son double torturé.
Autre grosse curiosité : Junkie, véritable OVNI dont on ne saurait absolument pas définir le genre musical.  On y découvre un Metek murmurant des petits chants à peine autotunés et pas forcément intelligibles. Après Lexotril et Matière Noire, Riski pousse encore un peu plus loin ses expérimentations musicales, on l’imagine presque entrer en transe en studio, à deux doigts de quitter notre continuum trop limité pour s’envoler vers une cinquième dimension cabalistique, où les ondes musicales chevauchent les trois dimensions d’espace et l’unique dimension de temps.
Parmi les autres pépites de Boulangerie Française : Mon Style (BeLaBeu-Alkpote), Gouter (Bifty, incroyable surprise), et bien évidemment Laisse pas rentrer les démons (Jordee). Et pour finir, l’apothéose. Monsieur L’Agent : 4 minutes de haine gratuite de la police, dans la grande lignée des classiques du rap français que sont Sacrifice de Poulet ou P.O.R.C, le tout orchestré de main de maître par un Sidisid décidément très brillant (et très méchant) cette année.
A quand remonte la dernière compilation de haut standing de rap français ? Longue vie à Dj Weedim. Le gazier a rallumé la flamme des compils de qualité. Le peuple réclame des Boulangerie Française vol.2, 3, 4, 5, 6. Puisse-t-il être contenté.

Riski : Matière noire et puzzle de pensées

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Je pense qu’on peut analyser la musique avec une tonne d’outils différents et avec plus ou moins de pertinence, mais ce qui compte au final, ce sont les émotions qu’elle créé. Je pense que la musique de Metek créé des émotions incroyables sur une palette de couleurs qui va du rouge au violet en passant par le vert.
Je pense que Tony Soprano et James Gandolfini sont la même personne. Je pense que cette personne a continué à vivre sa vie après cet écran noir de 6 minutes, et qu’elle est morte d’une crise cardiaque à Rome le 19 juin 2013.
Je pense que Metek, a pris énormément de risques artistiques sur un laps très court de 5 pistes. Je pense qu’il s’en bat les couilles et je pense qu’il a complètement raison de s’en battre les couilles.
Je pense que Metek, qu’on appelle maintenant Riski, s’en bat également les couilles de savoir s’il fait du rap ou autre chose. Je pense qu’il fait de la musique instinctivement, comme il la sent sur l’instant, sans se demander si quelqu’un comprendra ce qu’il a voulu faire. Je pense que chacun peut comprendre ce qu’il veut dans la musique comme dans la peinture, et donc dans l’art en général. Je pense que c’est particulièrement vrai dans la musique de Riski.
Je pense qu’on peut considérer ça comme de l’art ou comme de la branlette d’auditeur de rap.
Je pense qu’un Kaaris x Riski ce serait super frais, au moins autant qu’un Alizée x Riski. Un Kaaris x Riski x Alizée serait encore meilleur, mais que ça évoquerait beaucoup trop de fantasmes trop avouables à mon pote Vincent Galand. Je pense qu’on devrait avoir le droit de dédicacer ses potes dans les chroniques d’albums comme le font les rappeurs dans les livrets de leurs albums, quand ils ont la chance de pouvoir les sortir en physique et pas uniquement dans un format dématérialisé volatil sur bandcamp.
Je pense qu’il importe peu que la vie dure 20 ou 100 ans. Peu importe que Matière Noire dure 18 minutes ou un million. Une vie bien vécue en vaut 100. 5 titres réussis en valent 1000.

Riski - matiere noire UNE CAPTCHAMAG
Je pense que la drogue pure a des effets beaucoup trop forts et trop naturels pour un junkie habitué à consommer de la merde synthétique coupée. Je pense que Matière Noire est un concentré beaucoup trop fort pour un amateur de musique diluée.
Je pense que Matière Noire est un disque extrêmement difficile à appréhender si on a une quelconque attache au monde réel. Je pense que Matière Noire est le meilleur disque du monde pendant les dix-huit minutes qu’il dure, à partir du moment où l’on a compris que la musique n’était que la mise bout à bout d’un ensemble de vibrations d’ondes invisibles et intangibles.
Je pense qu’en 2017 on va encore bien se faire baiser. Je n’ai jamais voté de ma vie et je pense qu’un EP 5 titres réussi peut m’apporter cent fois plus de bonnes choses que 100 politiciens de droite, de gauche ou d’ailleurs.
Je pense que Riski, anciennement Metek, n’est pas le rappeur le plus fort du monde, ni le plus technique, le plus fou, ou le plus impressionnant. Je pense qu’il a quelque chose d’incroyablement unique, que n’a absolument personne, en France. Je ne sais pas ce qu’est cette chose, et je pense que ce serait une erreur de chercher à comprendre ce que c’est. Je pense que le jour où on cherchera à comprendre ce qui fait la singularité d’une chose si instinctive, on finira comme Benjamin Chulvanij : riches mais pas plus fiers qu’un patron de supermarché.
Je pense que Riski ne se pose pas la question de savoir s’il fait du rap ou autre chose. Je pense qu’il fait de la musique, et que c’est tout ce qu’il faut retenir. Je crois que je l’ai déjà dit un peu plus haut, mais je sais que ça n’a pas la moindre importance. Je suis enrhumé et le week-end n’est que dans une trentaine d’heures, mais hamdullah. Il y a des choses plus graves dans la vie, et si l’Etat Islamique veut vraiment faire sauter la tour Eiffel, il va leur falloir un super grand trampoline.
Je pense que Bad Cop Bad Cop est un label minuscule qui fait un travail gigantesque.
Je pense que les juifs noirs qui font de la musique sont peu nombreux. En fait, je n’en connais que deux : Riski, et Sammy Davis Junior. Je pense qu’il devrait y avoir plus de juifs noirs dans le monde de la musique. Je pense que s’il n’y avait que des Riski et des Sammy Davis Junior, notre environnement sonore serait submergé de bonnes vibrations.

Riski et moi

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A la base, j’avais pas prévu d’écouter Riski. Tout ça parce que, comme une bonne frange du rap-game, Metek s’était aventuré dans un tweetclash avec moi (mon amour pour les nazis est incompréhensible pour certains, soit). Je me suis dit « quel connard ce boug, jamais j’écouterai son album ». Le souci, c’est que ce connard rappe très bien. Alors forcément, quand la moitié de mes contacts est en sang sur sa dernière production, je finis par me dire que finalement, je vais peut-être y jeter une oreille. Surtout que les dernières sorties rap français ne m’enthousiasment pas le moins du monde. Après tout, si je n’écoutais que les rappeurs qui m’aiment bien, je n’écouterais plus grand monde.

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J’ai donc lancé l’écoute de ce Riski. Et merde, le produit est bon. Alors une fois l’écoute terminée, je l’ai re-lancée. Puis encore une fois, et encore une autre. Quinze, ou vingt écoutes plus tard, je ne sais toujours pas quoi en penser. Une position que Pure Baking Soda a parfaitement résumé : « dur d’oser donner un avis sur ce disque, il est tellement personnel« . La seule chose dont on puisse être certain, c’est que Riski est un très bon disque. La première remarque je me fais, c’est qu’après un nombre conséquent d’écoutes complètes, je ne suis pas lassé. Contrairement à une majorité d’albums récents, très bons, certes, mais qui saturent trop rapidement, Riskavi s’apprécie sur la durée, au fur et à mesure qu’il se découvre. En exagérant l’idée, on pourrait considérer Riski comme l’antithèse d’Or Noir. Or Noir tabasse dès la première écoute, met des grosses baffes à chaque mesure, mais tourne rapidement en rond une fois que la surprise est passée. Au final, on l’écoute de moins en moins au fil des mois. Un album consommé jusqu’à l’os, puis jeté parce que devenu incapable de nous surprendre.

Riski est donc tout le contraire : il faudrait un bon millier d’écoutes pour tout comprendre. Et encore, on pourrait y revenir dans dix ans, et capter encore un quelconque sens caché, une référence dissimulée sous l’herbe, une phase mal comprise pendant les 999 premières écoutes. Pour autant, ce n’est pas non plus un disque complètement inaccessible. Metek a eu la bonne idée de combiner ses textes ultra-personnels avec des mélodies extrêmement porteuses. Ça parait simple : le fond est travaillé, la forme aussi. Mais pourquoi tous les rappeurs ne font pas ça ?

Deuxième remarque : Riski est ce genre de disque intemporel, qu’on résumerait presque par un caricatural « ni old-school, ni futuriste ». Pas de boom-bap à la con, pas non plus de gros beats trap, d’adlibs dans tous les sens, ou de sur-abus de voix autotunées. Juste des refrains chantonnés, des couplets denses, un flow technique et quelques belles accélérations bien dosées. Merde, je vous jure que cet article n’est pas sponsorisé. Riski m’a complètement convaincu.

Tiens, à l’instant, mon collègue entre dans le bureau, entend le refrain de Payer tes dettes, et me lâche un « ça fait quinze secondes que je l’entends, et je l’ai déjà dans la tête. C’est qui ? Metek ? Connais pas ». Metek est peut-être un petit con sur les réseaux sociaux, mais le public français gagnerait à écouter sa musique.

Rien à ajouter.

A lire : une très très bonne chronique de Riski par Paperboys