Auteur : captchamagazine
All This Shit Without Codeine Vol.4 – Jorrdee, Jul, L.O.A.S, Hamza
Casey de retour avec ‘Places Gratuites’
Il y a bien longtemps qu’on n’a pas entendu Casey seule derrière un micro. Après une alliance éphémère sous la banniére de l’Asocial Club il y a deux ans, il est temps semble-t-il de donner une suite à l’excellent Libérez la bête. Ce premier extrait nommé Place Gratuites laisse supposer que la phase de gestation d’un hypothétique troisième album touche à sa fin. Dieu merci, rien de nouveau sous la grisaille : s’il est clair que le rap français à entamé une nouvelle page de son histoire, on se réjouit que Casey reste insensible aux mutations incontrôlées et garde son propre cap, tapi dans l’ombre comme elle l’a toujours fait. C’est le retour dans le monde réel d’une chimère dont tout le monde ou presque avait oublié l’existence. Un rap sombre et amer, un flow versatile toujours aussi millimétré, et une plume qui écrase sans forcer l’immense majorité du rap français. Casey est de retour, sans la moindre trace de rouille dans les entrailles. Les démons vont bientôt regagner la surface : réjouissons-nous.
Lacraps : « Je souhaite réussir artistiquement, pas devenir célèbre » | Interview
La semaine dernière, Lacraps a ”ressorti” 42 Grammes, son album entièrement produit par Mani Deïz. Le rappeur héraultais s’était notamment déjà fait remarquer avec le street album Machine à écrire dès 2014. De passage sur Paris le temps de la promotion de l’album, il nous a semblé important de revenir sur certains aspects de sa musique, de son rapport aux mots, à son époque, ou encore de l’image très professionnelle que renvoie son label LaClassic . Il paraissait peu évident qu’un nouvel album de boom bap puisse faire à ce jour des étincelles dans le rap français, c’était sans compter sur la détermination des deux acolytes, qui avec 42 Grammes, renouent avec une certaine tradition du rap français, tout en y conservant une touche textuelle des plus actuelles. Avec Lacraps, s’effectue en quelque sorte un retour vers le présent des plus réussis. 42 Grammes est une sortie que l’on pourrait qualifier de culottée au vu de sa pleine maîtrise et de son juste équilibre : sortir un album boom bap de ce calibre en 2016 relèverait presque d’une prouesse dont peu de rappeurs peuvent se targuer. Rencontre avec une personne humble et passionnée.
Ça va la promo, pas trop fatigante ?
Ça va, tout se passe bien. Même si plein de questions reviennent, vous avez tous un style différent. J’essaye de répondre le plus amplement possible et cela me permet également d’avoir les retours directement à chaud des personnes du milieu, donc ça c’est plutôt plaisant.
Le fait de passer par une structure comme Musicast en terme de promotion et de distribution, est-ce que ça influe d’une quelconque manière sur ton processus créatif et artistique ?
En réalité, le projet 42 grammes est déjà prêt depuis le 21 janvier dernier via notre label LaClassic. Musicast nous a ensuite contacté suite aux bonnes ventes réalisées en physique mais également sur Itunes. Mais d’un point de vue purement créatif, ça ne changera jamais ma façon de faire du son. Hormis le fond qui restera sensiblement identique, peut-être que la forme sera amenée par la suite à changer et à se détourner du côté boom bap que je lui favorise jusqu’à présent.
Est-ce que tu peux nous expliquer ce parti pris intégralement boom bap tout au long de l’album ?
C’est tout simplement ce que je kiffe depuis toujours. Il y a quand même le dernier morceau de l’album, Insurgé, au bpm plus réduit et à l’aspect sonore plus new school avec toujours Mani Deïz à la prod, que je ne rentrerais pas dans ce style. Le boom bap, c’est ce que j’ai toujours écouté depuis que je suis minot, même si j’aime écouter toutes sortes de styles de rap différents, c’est clairement celui que j’aime le plus.
En tant qu’artiste en 2016, t’as pas peur de perpétuer ce style de rap qui peut paraître à la fois anachronique, voire même issu d’une époque et un âge d’or désormais révolus ? Ton ressenti par rapport à cette question m’intéresse beaucoup.
Je n’y pense pas trop, même si dans le fond je me doute qu’en premier lieu, les plus jeunes auront sans doute un peu plus de mal à accrocher à ce style. Ce qui peut par la suite poser un éventuel problème purement business, et influer de manière négative sur les ventes d’un album. Mais après la musique en tant qu’artiste, je ne peux pas l’imaginer comme un business, ça reste avant tout de la musique. Je ne pense pas qu’être aujourd’hui un rappeur boom bap soit entièrement rédhibitoire pour le public, cela reste avant tout de la musique, il faut donc l’écouter dans son intégralité, la forme s’accompagne toujours d’un fond susceptible de ramener un public plus large que prévu. Comme toujours, le public jugera.
Tu dis écouter ce style de rap depuis tout jeune, quelles sont pour toi les plus grandes influences françaises ?
Il y en a tellement… Le Beat de Boul à l’époque, Salif, NTM, la FF, Arsenik, toutes les grosses compils… C’était vraiment différent quand même, cette musique change tellement vite. C’est à la fois tellement proche et tellement loin. Nan mais attends, on dirait que je parle comme si j’avais 70 ans là (rires).
T’as déjà samplé des trucs comme Booba ou Hifi, donc ta réponse surprend peu, en revanche pour tes influences boom bap cainris, c’est moins évident …
Comme tout le monde j’ai eu une grosse période Wu-Tang. Dernièrement parmi tant d’autres on peut citer Kendrick. Je trouve sa démarche musicale vraiment intéressante, c’est souvent hybride, et ça donne par moment une espèce de boom trap super contemporaine. Après je vais pas te mentir, je reste vraiment plus axé rap français. Quand j’écoute les cainris ça va être avant tout pour l’aspect technique, les différents flows, ou tout simplement pour m’ambiancer. Après, même si je comprends globalement l’anglais, j’ai toujours ce besoin de capter toutes les paroles et donc d’aller checker l’ensemble de leurs textes afin de ne rien rater. Alors qu’avec un rappeur français, rien ne m’échappera,. Dès la première écoute, je vais prendre le texte direct, d’une traite, ce sera tout de suite plus percutant dans mes oreilles.
C’est pas étonnant de t’entendre dire ça car ton style de rap laisse la part belle aux mots et au texte. Le résultat final est souvent conséquent, du coup, tu procèdes comment niveau écriture ?
Je gratte beaucoup, presque autant que je jette… Même si ce que j’écris en studio, j’essaye de faire en sorte de le garder. Mais oui, j’écris tout le temps, que ce soit en studio, ou même chez moi, avec ou sans instru. En fait je ne fais presque que ça, encore plus en ce moment depuis que mon rap s’est professionnalisé. C’est devenu comme un taff entre guillemets, même si ce taff là ne me rapporte pas autant qu’aller tous les jours que Dieu fait à l’usine. L’écriture, les ventes d’albums, le merch, les dates qu’on fait, ça commence à nous faire vivre. Je kiffe ça, ça me laisse encore plus de temps qu’avant pour écrire. Ce qui est sûr, c’est que comparé à plein d’autres emcees, je prends beaucoup plus de temps. Après, c’est toujours variable : des fois il suffit d’une session studio et tu ponds un texte que tu poses aussitôt et en même pas deux heures tu as un morceau alors que la prod venait d’être finalisée le jour même ! A contrario, des fois je peux mettre plusieurs jours pour donner au texte le rendu final que je souhaitais.
Quelles plumes t’ont marquées plus que d’autres ?
Salif m’a beaucoup marqué, après aujourd’hui il y a par exemple L’Indis avec qui on vient tout juste de tourner un clip à l’instant. Nakk j’adore son écriture aussi… Mais c’est cruel, aujourd’hui je cite ces artistes, demain d’autres. Je peux citer Paco, Lino, tous les emcees cités sont vraiment doués dans leur style respectif. Puis bien sûr Booba, on aura beau dire ce qu’on veut sur lui, il est complet : sens de la formule, multis, beauté des rimes. Même si je n’aime pas tout ce qu’il peut faire aujourd’hui, un morceau comme 4G, c’est un gros track niveau plume. Son style est tellement différent de morceau en morceau, et d’époque en époque. C’est pour ça qu’il n’y a pas de règle musicale pré-établie dans le rap : tu peux aimer des styles de rap tellement différents musicalement, ce qui reste et ne trompe pas en revanche, ce sera toujours la plume.
Le résultat final de 42 grammes est vraiment de grande qualité, ce que je trouve cruel, c’est qu’à mon sens, cet album n’a rien à envier à ses illustres aînés, si ce n’est de ne sortir ”que” cette année. Et que par conséquent, une partie du grand public, ou même du public rap tout court risque malheureusement de passer à côté.
En ce qui nous concerne avec LaClassic, on a déjà développé notre propre circuit. On est tous les week-ends en concert, ces dates sont grâce à Dieu toujours pleines. Le public, je ne me fais aucun souci, on l’a. Ce qu’il nous manque, c’est sûrement d’avantage de visibilité. C’est justement la raison pour laquelle on a atterri chez Musicast. On cherche d’avantage à diffuser notre musique via cette structure plutôt que de la vendre. Quant à la musique qu’on réalise, on la réalise d’abord et avant tout pour nous, car elle nous fait kiffer, à partir de là on peut ensuite la partager avec les auditeurs.
Ce modèle économique développé avec ton label, ça rappelle forcément celui de La Scred.
J’aurais d’ailleurs largement pu les citer juste avant !
Hormis l’influence évidente musicalement, moralement et même visuellement, quels sont les rapports que tu entretiens avec eux ? Car dans ta Poignée de Punchlines tu poses à côté de Koma. Tu dévoiles jamais totalement ton visage, comme eux à l’époque, ton morceau La Galère ça fait inconsciemment penser au Zonard d’Haroun. Ou encore dans le morceau Double Dragon tu dis ”un amoureux de la caisse claire et un mec scred qui veut pé-ra”… Y a tellement de clins d’œil !
C’est simple, sans La Scred je pense qu’on ne serait pas là, que ce soit nous ou plein d’autres. Ils ont tellement marqué le rap. Avant même d’être de véritables artistes, ce sont des personnes superbes et tellement humaines. Ils sont justes dans la simplicité, avec eux, ce n’est jamais compliqué. J’ai proposé à Koma de faire la Poignée, et il a accepté tout de suite l’invitation alors qu’on avait du se voir qu’une fois ou deux auparavant.
Ça pourrait aboutir sur d’éventuels morceaux en collaboration avec eux ?
J’ai déjà enregistré un track avec Mokless qui devrait logiquement apparaitre sur mon prochain projet. Mais … attends, ça en fait il ne faut pas que j’en dise trop (rires). Non mais voilà, La Scred, que dire de plus qui n’a pas été encore dit sur eux ? Un maximum de force pour eux !
Toujours dans les inévitables questions liées aux connexions, tu apparais sur la mixtape Nous contre eux de Char du Gouffre avec le morceau J’me laisse aller, tu peux nous raconter comment ça s’est fait ?
Il y a beaucoup de monde qui m’a déjà invité, généralement quand on m’invite je réponds présent. Après Mani connaît bien Char, Le Gouffre, Paco tout ça, ce sont des vraies connaissances, tu vois ? Dès qu’il y a un concert ils peuvent passer directement nous voir, car au delà du côté purement musical il y a inévitablement de réelles affinités qui se sont créées.
Mani Deïz produit l’intégralité de l’album, comment s’est passée votre entente artistique ?
De plusieurs façons. Certaines fois Mani m’envoyait les prods avec directement des idées de thèmes qu’il avait déjà en tête. Et des fois inversement, j’avais déjà gratté des textes et je passais commande, du genre il me faudrait telle sorte de prod. Plus classique, parfois il m’envoyait toute une palette de prods et je n’avais plus qu’à choisir. L’entente s’est vraiment bien passée du début à la fin. Après, je ne voulais pas apparaître seul sur le projet alors j’ai invité les membres de LaClassic à venir poser sur les interludes 21 grammes, il a fallu aussi expliquer le concept des 42 grammes directement dans le disque. On en a beaucoup discuté. On ne voulait pas que l’auditeur ne capte pas forcément le concept.
Je t’avoue qu’au début j’étais un peu sceptique je pensais que c’était encore un truc pas très subtil qui allait parler de grammes de drogue.
D’ailleurs ça me refait penser à mon premier projet. Je l’avais intitulé Premier Jet pour le jeu de mot, même si sur la pochette c’est un pochon de weed avec un gramme dedans. Mais ouais là il fallait pas prendre le risque qu’on se dise ”non mais genre ils vont fumer 42 grammes”.
Pour les interludes 21 grammes qui introduisent à chaque fois un membre de LaClassic posant son 16, le concept est plaisant. Tu pourrais brièvement nous présenter l’équipe ?
Exceptionnellement DJ Rolex qui est le DJ de Demi Portion a posé sur une de ces interludes et il fait aussi parti de LaClassic, sinon pour le reste en emcees il y aura donc Sega, Melis, Nedoua et Starline. Après en beatmaker, il y a OBL qui est aussi actionnaire majoritaire car c’est devenu une entreprise à part entière, il y a aussi VDS Music, Laoud, y en a plein en fait.
C’est prévu du coup de développer ces artistes de manière à ce qu’ils puissent sortir un ou plusieurs projets ? Et est-ce que vous auriez pas prévu de sortir un projet commun en mode supergroupe, ou alors une compil’ réunissant toute l’équipe ? Même si c’est hypothétique, vous y avez déjà songé ?
Tous les emcees sortiront un projet, et il y aura même des projets de beatmakers. En fait on se voit tout le temps, on fait tous de la musique et on est tous sur Montpellier sauf pour Starline qui est la dernière à nous avoir rejoint et qui est basée sur Lyon. On s’est tous rencontrés par rapport à la musique donc on aime faire du son ensemble. Je suis le premier à avoir intégrer LaClassic et c’est moi qui ai ramené chaque membre les uns après les autres car j’aimais avant tout leur rap tout comme leur personnalité. Quand tu es tout le temps avec quelqu’un physiquement, il faut avant tout que ça colle humainement. Je pense très sincèrement qu’il n’y a aucun déchet d’un point de vue purement rap dans LaClassic.

Tout au long de l’album, tu laisses une grande place à l’amertume et la tristesse magnifiées par les boucles de Mani qui produit tout l’album, et ça m’a vraiment étonné car sur le papier, tu viens de Montpellier, donc je m’attendais vraiment à retrouver une touche peut-être plus sudiste et méditerranéenne, tu n’as d’ailleurs pas du tout l’accent du sud, et ton album fonctionne vraiment très bien sous la grisaille.
C’est parce que je viens de Roubaix à la base. De l’Alma plus précieusement.
Ah, vraiment ? Je connais très bien cette ville ! Je m’attendais beaucoup plus à un côté à la fois rue et … je sais pas comment dire, coloré, peut-être dans la lignée de la FF, et surtout du Rat Luciano … Mais maintenant que tu me dis que t’es roubaisien à la base, tout semble tellement plus évident. Tu étais connecté avec les membres de 59 Grammes ou avec Foudealer ?
Non, je vois très bien ce qu’ils font mais à l’époque c’est clair que sur Roubaix, c’était Foudealer ! L’approche de la musique entre le nord et le sud est totalement différente. Ça fait plus de 10 ans que j’ai quitté le nord, et même si je kiffe les gens dans le nord et tous mes gars là-bas, je suis content d’avoir pu partir de l’Alma, toi en plus tu sais très bien comment c’est là-bas. Mais sinon je n’étais pas connecté avec quiconque en rap à Roubaix car je n’ai véritablement commencé à rapper qu’une fois arrivé à Montpellier. C’est là que j’ai commencé à écumer les open-mics et à y rencontrer tout le monde avec qui je bosse désormais. Il faut pas croire, je me suis vraiment bougé le cul ! De toute façon je suis comme ça, tu ne me verras jamais poser un texte mal travaillé où il n’y aura pas de rimes vraiment léchées ou alors sortir une phase cramée. J’essaye toujours d’être le plus précis et le plus méticuleux possible afin de me donner les moyens de réussir. Je souhaite vraiment réussir artistiquement, mais aucunement devenir célèbre.
Cette authenticité que tu affirmes dans tes morceaux laisse penser que tu désires apporter une touche de réalisme à ta musique, c’est quelque chose d’important pour toi ? Tu souhaiterais pas plus tard te servir de ta musique pour créer un personnage ou une histoire de toute pièce ?
J’essaye effectivement de ne pas trop m’éloigner de moi même, je suis Ali dans la vraie vie comme je suis Lacraps. Il y a toujours des choses que je ne pourrai jamais mettre en musique car ça restera trop personnel et intime, même s’il m’arrive déjà de me livrer beaucoup, de manière introspective. Je n’ai pas envie de me mentir à moi même tout simplement. Si je suis faux, je sonnerai faux, et cela déteindrait de façon négative sur ma musique. En fait, je n’ai pas envie de réussir artistiquement en jouant un rôle, je souhaite qu’on reconnaisse ma musique et qu’on nous suive pour ce qu’on est et ce qu’on représente. Effectivement, je rappe ce que je vois, ce que je pense, ce que je dis, comme dans la vie de tous les jours. Le témoignage que j’effectue à travers mes lyrics correspond ainsi à ce que tous les auditeurs voient de leurs propres yeux dans leur quotidien, on peut se reconnaître facilement dedans. Je retranscris des émotions via le rap. Même si j’adore l’aspect purement technique de l’écriture, ce qui m’importe c’est de réussir à maîtriser les émotions, quelles qu’elles soient : amour, joie, colère, haine, désespoir. Ce sont ces émotions universelles et ancrées dans notre quotidien à tous qui m’amène à les retranscrire en musique. Je n’ai donc pas besoin de passer par un personnage pour cela. Au delà de ça, il y a aussi l’aspect schizophrénique, je ne souhaite pas m’égarer sur ce terrain là, il faut que je puisse me reconnaître dans ma musique. Je rappe juste ce que j’aime, et ce que je suis.
Tu laisses justement une grande place à des émotions telles que la tristesse, le pessimisme, l’anxiété. Ce que je trouve agréable et réussi, c’est que tu t’aides de ces émotions pour porter tout au long de l’album un constat alarmiste, et pas du tout moraliste.
Exactement. Ça me fait penser à une phase dans le morceau Écoute-moi, j’y dis ”je sais que c’est utopique mais je rêve d’éveiller les consciences ». J’aimerais vraiment que la masse se pose davantage de questions, sur tout un tas de sujets. C’est comme pour le morceau Sous pression, j’aime ce texte, car je n’y parle pas de moi, mais de plein de personnes opprimées, je pointe le doigt sur des sujets qui peuvent déranger. On aura beau dire ce qu’on veut, mais je trouve cela très important dans la musique.

Ton projet m’a quand même bien foutu le cafard par moment, et ce n’est pas forcément ce que je préfère en tant qu’auditeur. Au début, cela m’agaçait. Et plus je l’écoutais, plus je ressentais un sentiment de malaise, ou de contrariété. Et ce qui m’agaçait, j’ai réalisé que c’était ce qui faisait en fait la force de l’album. Tu réussis à mettre l’auditeur dans un état de mal-être, ou de désarroi vraiment maitrisé. Par la suite, tu ne désirerais pas sortir d’avantage de ce schéma thématique et musical via notamment des sonorités moins caisses claires et 90 bpm ?
J’aime aussi poser sur des prods plus trap… Dans mon premier projet Premier Jet, il y a déjà un morceau, Le ciel brille, avec un refrain posé au vocoder. Je me suis vraiment ouvert musicalement ces dernières années, mais je sais surtout ce que j’aime avant tout. En vrai, tant que le track reste chaud, je suis ouvert à tout.
Après 42 Grammes, tu penses désormais évoluer de quelle manière artistiquement ?
C’est vraiment pas évident de se projeter ainsi, mais par exemple récemment j’ai posé le freestyle daymolition sur une prod de Nizi.
Sur une prod beaucoup plus 808 que MPC pour le coup.
Le morceau a été très bien accueilli, je vais évoluer en restant tel que je suis, sans jamais non plus forcément suivre la tendance. Il peut très bien y avoir des backs au vocoder, ou au refrain, rien n’est interdit et tout cela sera forcément testé en studio. Il faut juste que je sois fier du résultat afin de pouvoir le partager au plus grand nombre. Pourquoi pas par exemple faire un jour un double album avec une face old school, et une autre new school. Ça pourrait être intéressant. En tout cas, je suis tous les jours dans la créativité, tous les jours au studio, j’espère pouvoir enchaîner le plus vite possible et sortir un projet au mieux dans 6 mois.
Pour conclure, j’ai une question de la part de Genono : faut-il voir dans Lacraps une quelconque référence à Mr Crabs de Bob l’éponge ?
(rires) Il m’a tué. Grosse dédicace et de la force à Genono ! Lacraps c’est une référence à la crapule, c’est le surnom qu’on donnait à mon grand frère, juste un nom de quartier que j’ai voulu conserver. Ça correspond à mon vécu, à une époque.
En toute simplicité et à l’image de ta musique, merci beaucoup pour tes réponses.
Merci à toi et à Captcha.
TripleGo : Lana del Rey, les Indiens et le rap conscient | Interview et chronique
« Eau Max » de TripleGo est peut-être le meilleur projet de rap conscient depuis bien longtemps. Que les haters calment leur haine, les arguments seront présents en nombre, et la conclusion sera implacable. Sorti le lundi 14 mars, le 12 titres du duo montreuillois composé de Sanguee et de MoMo Spazz possède la densité de l’album-somme, qui réunit tous les thèmes vus précédemment tout en insufflant des influences, des sentiments, des nuances inconnus jusqu’alors dans leur discographie. TripleGo délivre avec « Eau max » une oeuvre inclassable et pourtant universellement actuelle , un oasis de douceur mélancolique qui fleure bon la weed, les amours expéditives et l’innocence de la jeunesse mais qui n’oublie pas que tout cela n’est guère plus que de la vanité. Entretien et chronique sous le signe du Memento Mori avec des épicuriens convaincus, entre introspection et Lana del Rey.
Est-ce que vous êtes satisfaits des premiers retours du projet ? Vous semblez avoir plus de promos que les précédents projets c’est tout bon non ?
Sanguee: On a eu que des retours positifs quasiment c’est fou ! Franchement, on est plus que satisfait on sent que le son circule dans toute la France, en Suisse et Belgique et ça fait super plaisir !
Toujours sur le projet, pourquoi avoir continué à le « lâcher » gratuitement ? est-ce que « eau max » est considéré comme une sorte d’album ou il en annonce un au contraire ?
MoMo Spazz: On l’a lâché gratuitement car on veut que la vague se propage sans barrieres !
S: Eau max annonce notre retour! On voulait revenir avec un projet qui ressemble a ce qu’on est aujourd hui et que tout le monde puisse l’avoir facilement donc la gratuité etait adapté! Après, pour ce qui va suivre on sait pas encore! En tout cas on bosse déjà sur du nouveau.
Les pistes d’introduction des projets offrent toujours un point de vue particulier sur l’oeuvre en question. En ce sens, « Sahara », la première goutte d' »Eau max« , a presque tout de l’insolent contre-pied, de l’antonyme qui s’oppose au squelette de l’album pour en poser au contraire les bases et les enjeux. Le renversement de valeur est signifiant. Il est même primaire. Le Sahara, le plus grand désert du monde, l’hostilité faite paysage, un bloc de sécheresse qui inaugure une étendue liquide à perte de vue. « Sahara » est une salve introductrice, qui, par son titre même, est à la fois la pierre fondatrice et le dernier acte de sabotage. Une ambiance ouatée pour commencer, rapidement évacuée par des percussions arabisantes qui vont crescendo, avant que Sanguee rappe en arabe. On saluera l’audace de l’entreprise, le résultat étant superbement psychédélique. Mais le plus fort reste le couplet plus « classique », incroyablement technique, dénué de toute volonté de détente. C’est une déclaration martiale, une entrée en matière sans compromis, où, désabusé ( » J’Goûte son miel, je n’vois qu’elle, à croire qu’elle m’a coupé les ailes« ), Sanguee se confronte à un monde qu’il ne cautionne guère plus et qu’il considère avec dédain ( » Le Seigneur m’a fait plus intelligent que tous ces cons, que tous ces gens »). Sèche comme le désert, iréelle, fuyante, étouffée comme une tempête de sable, la voix de Sanguee déploie tout son panel cryptique pour annoncer que tout n’est peut-être pas si rose au royaume du chill. A moins que tout cela ne soit qu’un mirage.
Car TripleGo développe depuis leurs précédents projets une image de stoners lunaires, enfumés en permanence, empereurs de la paresse et apôtres du Carpe Diem. Le groupe est surtout l’un des premiers en France à oser le cloud rap, à poser sur des beats lents, planants, lancinants et structurés.
L’idée de faire du cloud rap est venue instantanément ? C’est hyper marginal en France (en tout cas c’était), c’était un style de son que vous écoutiez particulièrement ?
S: Honnêtement a l’epoque à laquelle on faisait ca personne le faisait en France donc ca passait pour de l’expérimental mais on fait ça depuis toujours! On a juste voulu faire un truc qui nous ressemble et sur lequel tu peux fumer (e)au calme.
M: Ouais c’etait assez instinctif !
Clairement, je parle pour moi, Drake m’a influencé dès 2009, « So far gone « m’a mis une baffe ! Ensuite j’ai eu droit à Kid cudi, the Weeknd etc, et depuis je quitte plus les nuages.
Du coup vous répondez en partie à ma prochaine question : est-ce que vous vous considérez comme les vrais pionniers du genre en France, et comment vous voyez l’éclosion de Jorrdee ou même de PNL par exemple, qui jouent avec les codes du cloud aussi ?
S: C’est pas à nous de dire si on est pionniers j’pense. Par rapport aux artistes que t’as cité, c’est cool parce que ça a ouvert le public à ce style de son mais nous on ne fait pas spécialement du cloud mais de la musique émotionelle de la street.
« Musique émotionnelle de la street »: le terme est peut-être celui qui représente le mieux non seulement la musique de TripleGo, mais peut-être aussi tout un pan de la scène rap actuelle.
Mais il s’avère tout à fait vrai qu' »Eau Max » est un album qui joue sur des codes bien définis, sur des thématiques précises qui reviennent hanter chaque morceau. La drogue bien évidemment. Dans un environnement où la codéine coule à flot et où l’avenir se voit de la fumée devant les yeux, les psychotropes sont au coeur de l’écriture des rappeurs, qui voit en elle un exutoire parfait. TripleGo est un groupe qui parle de drogue mais qui refuse la dénonciation complaisante ou la caractérisation outrancière; elle est, elle fait partie de nos vies, mais sans excès et avec un raffinement qui confine au dépouillement (« J’veux juste ma brune et ma cigarette »). Une chanson comme « Hippie du neuf-trois », détendue, sautillante, immature, regorgeant de figures de style, est significative d’une version de TripleGo sensiblement différente de celle entraperçue auparavant, qui va toujours à l’essentiel, mais avec joie, humour et confiance. C’est le son du début de l’été, du retour du beau temps, un son guilleret, d’une chillance absolue. On peut également citer « Favela » et son incursion électro, ou » Cigarette », et son épicurisme latent, le groupe distillant ça et là des pastilles rafraîchissantes comme une eau de source. Et l’oisiveté va crescendo pour s’achever dans un feu d’artifice lumineux, « Eau sauvage », où l’extase se confond, se mêle au morbide « Et je meurs tout l’été », « Je me noie dans une au sauvage », quitte à s’en remettre presque à l’ailleurs, à l’occulte « J’suis à cinq lunes de mon rivage ». Le psychédélisme irrigue tous les canaux jusqu’à l’au-delà, presque jusqu’à l’abstraction, ce qui explique la voix de Sanguee, que les mauvaises langues pourraient qualifier de neurasthénique (des mauvaises langues lettrées), alors qu’au contraire, elle est vivante d’autant plus qu’elle est floue et bien lointaine. TripleGo est alors plus qu’un simple rap de drogués sympas, mais presque une leçon de vie jusqu’à l’ataraxie, comme si leurs auteurs eux-mêmes semblaient dénués de toutes formes de trouble. C’est pourtant oublier le caractère schizophréniquement plurivoque du projet aquatique.
Justement, j’ai trouvé « Eau max » toujours street, mais avec un côté peut-être plus apaisé (je pense à Eau Soleil par exemple), qui passe par les prods mais aussi par un flow plus souple, c’était un objectif ?
Sanguee: C’est une facette de notre musique qui date pas d’hier, on a toujours fait ce genre de son mais on affine la qualité ! Faut aussi se dire qu’on a grandi et mûri donc notre approche du son et notre discours a changé en conséquence.
MoMo: C’était pas forcèment un objectif en soit ! On a continué à faire ce qu’on sait faire tout en évoluant artistiquement et humainement et si ça se ressent c’est cool. Le seul objectif est de faire de la bonne musique.
Du coup un morceau introspectif et nostalgique comme » Auparavant », ça s’explique aussi par cette maturité que vous ressentez ? Quelle est la part autobiographique de cette chanson d’ailleurs ?
Sanguee: Ca s’explique par le fait qu’on sait laisser le temps de vivre et faire nos expériences dans la vie. J’ai pas envie de rapper pour rien dire. Dans toute nos chansons c’est des moments de vie qu’on partage, et tout est autobiographique de A a Z . On ne décrit pas la vie des autres ou des scènes de films comme les 3/4 du rap français ! Dans ce son en l’occurrence, je parle d’un moment où tes potes deviennent des putes et que t’es seul avec toi même.
MoMo: On a pris énormement du recul durant la creation du projet.
Justement, le caractère plurivoque de TripleGo se voit précisement dans ce qu’un morceau-pivot comme « Auparavant » apporte à l’édifice « eau Max ». La scène dépeinte ici n’est pas très originale, presque récurrente dans le rap français. Mais elle est vue avec un tel détachement introspectif que lorsque le refrain apparaît, sorte de vague « pinkfloydienne », le message est passé, mélancolique, spleenétique à coûp sûr, sans jamais pourtant avoir bousculé dans le larmoyant côté obscur. « Mirroir » creuse également le même thème, y ajoutant une coloration existentielle. TripleGo n’est certes pas là que pour amuser la galerie et allumer son ter, mais loin d’eux l’envie de s’ériger en rois du misérabilisme. Rapper sa vie telle qu’elle est, tel est le leitmotiv.
La drogue, le spleen, tout ça fait sans doute possible partie de l’ADN GoGoGo. Mais un thème encore plus récurrent, central, s’impose comme le véritable discours des Aquamen: évidemment, ce sont les meufs. Citer serait trop long, fastidieux et inutile, surtout qu’ils en parlent le mieux et de manière laconique mais imparable. C’est parti :
Au niveau des prods, on voit aussi plus de risques, ce qui pousse le côté expérimental encore plus loin. Est-ce que, quand vous mettez de la techno dans ‘favela’ ou un sample de saxo je crois dans ‘mierda’, c’est parce que vous écoutez ce genre de son ou parce que ça colle à l’atmosphère du morceau ? Surtout que ce qui est fort, c’est que Sanguee t’es jamais en train de te battre avec l’instru, on dirait que ta voix est un instrument à part entière.
MoMo: On ecoute de l’electro comme du jazz, ce sont des influences qu’on cuisine à notre sauce, et forcement on cherche à aller plus loin dans notre création.
Sanguee: On se met aucune limites ! J’peux ecouter du Bones, du Juicy J et enchaîner avec Lana del Rey.
D’ailleurs les meufs sont toujours aussi importantes dans « eau max » mais comme souvent, elles sont à la fois inatteignables et pas farouches. Ca représente quoi pour vous, parler de meufs dans une chanson ?
MoMo: On parle principalement de ce qui nous procure des émotions, et quoi de plus émotionnel qu’une femme.
C’est peut-être bien pour ça que TripleGo est en fait un groupe de rap que l’on pourrait qualifier de « conscient », tout comme l’est PNL ou Jorrdee. Et pour ça, prenons un exemple: le rap d’avant, qui existe toujours sous des formes beaucoup moins populaires, c’est le combat dialectique par excellence: le rappeur-l’état, le rappeur-la police. Loin de critiquer ce système qui a eu ses orfèvres en la matière, on peut en fait dire que le rap conscient est un western vu du côté des Indiens, face aux cow-boys. La démarcation est claire, et le manichéisme présent (qui je le répète, quand il est bien dosé, n’est pas une tare), donne un aspect engagé indiscutable. Le rap actuel, celui de TripleGo ou de PNL, prend le point de vue unique et double à la fois des Indiens laissés à eux-mêmes dans une réserve. Ils vivent , s’amusent souvent, communient avec leurs familles (« QLF »), mais n’ont pas (plus) d’ennemis visibles extérieurs à leur psyché. La douleur est mentale, dû à l’univers en vase clos, à l’autarcie qui libère mais cristallise les peurs et les joies mêlées. Le « vrai » rap, celui que les puristes à moitié autistes portent aux nues, ce n’est pas uniquement du boom-bap triste qui name-droppe dans des loghorrées verbales ininterrompues des torrents de références politiques, c’est le rap, qui patiemment, avec humilité et respect, se raconte de l’intérieur, se décrit sans complaisance, avec les tourments et les succès, les cascades d’eau turquoise comme les étendues désertiques. Et si « Eau max » est un projet gratuit d’une densité digne d’un album, à la qualité extraordinaire, c’est parce qu’il réussit l’exploit de prendre à bras le corps toute la psychologie de leurs interprètes sans avoir l’air d’y toucher véritablement. Mêlant admirablement flow cryptique et bienveillant et productions vaporeuses et rêches, le paradoxe « Eau Max » est peut-être la plus belle carte de visite possible pour Sanguee et MoMo Spazz. Et leur rap, un peu comme une averse libératrice lors d’un été caniculaire.
Moise The Dude – Dudelife | Chronique
Après deux bons EP solo (The Dude Vol 1 & 2) et Bohemian Club avec David Gourmette, Moise The Dude revient à nos oreilles avec un album (son premier) sobrement titré Dudelife. Deux bonnes nouvelles accompagnent cette heureuse naissance : la dose est de qualitée et gratuite de surcroît. Pourquoi se priver ?
https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=2308416156/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=7137dc/artwork=small/transparent=true/Ceux qui connaissent l’univers de Moïse ne seront pas dépaysés. Toujours aussi doué quand il s’agit de chanter de lentes ballades ensoleillées et mélancoliques, on plonge dans les souvenirs du Dude pour découvrir son périple en terres texannes. Le clip bricolé de Lone Star met en image d’authentiques vidéos, comme des petits bouts de mémoires qu’on lui envie sans rougir. Les origines du titre titre Palm Trees prennent quant à elles leurs racines du côté de la Floride, la terre des Everglades. Un morceau qu’on réécoutera sans se faire prier dès que la chaleur reviendra sous nos latitudes maudites.
Dudelife transpire le soleil par petites touches, mais ce qui marque le plus ici, c’est le temps qui passe, inexorablement, et les traces qu’il laisse dans les couloirs d’une vie normale. Vouloir sans cesse repousser le coup de sifflet final, c’est donc ça le caprice de mortels. La géniale maxime Vivre lentement mourir vieux nous apparaît comme un peignoir taillé sur mesure pour le Dude. Il n’y’a malheureusement pas de russe blanc dans la fontaine de Jouvence, le temps nous met des grosses tartes.
Initiation au rap créole, de Basse-Terre à Haïti
https://www.youtube.com/watch?v=omEZAx0Ds9o
BONUS GUADELOUPE
BONUS MARTINIQUE
BONUS HAITI
Les Chimistes : Voyage au bout de l’idiocratie
« Narnia c’est juste un délire, libre à l’auditeur d’interpréter le morceau comme bon lui semble. Il peut y avoir un côté pessimiste et sombre, mais c’est pas une volonté de départ, c’est un constat. Il y a des images dans le texte, à vous de les comprendre ou de passer à coté. » Lire la suite « Les Chimistes : Voyage au bout de l’idiocratie »
Vald, interview Hip Opsession | ‘J’ai la chance de pouvoir vivre du rap, c’est incroyable !’
Au service de NQNT2, l’album de VALD, je l’écoute me parler de ses morceaux, avant son entrée en scène pour la Hip Opsession -festival mythique de Nantes. J’ai pris la liberté d’ausculter chaque titre afin d’en extirper les tripes, voir jusqu’où il n’y a Ni Queue Ni Tête, dans l’écriture et la production.
1. LE RETOUR
Dans l’introduction, j’ai été étonnée d’entendre la voix de Michel Houellebecq « J’accepte cette domination avec calme » ?
VALD : C’est très étonnant effectivement, c’est le beatmaker, BBP, qui avait ce sample sous la main et il l’a mis sur la prod. ça correspondait parfaitement. Je ne savais pas qui était Michel Houellebecq, je l’ai découvert grâce à ça, j’ai regardé un peu ses interviews, il a l’air d’avoir de la ressource. Je trouve ça assez intéressant les gens qui s’énervent face à lui alors qu’il reste très calme, c’est bizarre, c’est pour ça que je l’ai gardé.
Par contre, je ne pense pas qu’on puisse faire un parallèle entre mon travail et la littérature, la forme est différente.
2. BONJOUR
Est ce qu’à travers ce morceau tu prends de la distance par rapport aux codes mis en place « il a pas dit bonjour, du coup il s’est fait niquer sa mère »?
VALD : C’est surtout quelque chose qui n’est pas fait exprès que je n’arrive pas vraiment à analyser, j’aime bien que les gens y réfléchissent pour moi … En réalité, dans tout les cas c’est quelque chose…C’est très dur de prendre ça au premier degrés, extrêmement dur …
J’écris toujours tout et n’importe quoi, j’aime qu’on me laisse faire, à force je me dis que les gens comprendrons …

3. INFANTICIDE
Qui est Suikon Blazad, le rappeur avec qui tu est en featuring sur ce titre ?
VALD : C’est un grand ami à moi, on rap depuis toujours ensemble, il n’ a jamais développé de projet, mais il est toujours là dans mon entourage et avec moi sur scène. Il est sur tous mes projet, partout où je suis il est là.
Une fidélité incassable, éternelle, très important la fidélité.
4. QUIDAM
A l’écoute de ce titre on a vraiment l’impression que tu te joue de la sonorité du mot avec une forme d’ironie ?
VALD : Oui, il marche très bien avec « qui dorme ici » ça tombait très bien avec un rythme géométrique et redondant, pour le coup c’est très mathématique.
/. NICHON
Bon après il y a Nichon, là aussi une curiosité du mot ? Celui là tu voulais l’évincer ?
VALD : Grand morceau, curiosité du mot encore! C’est un des morceaux cachés, je voulais en mettre plus encore. C’est destiné aux amateurs qui vont écouter l’album du début à la fin. C’est une sorte de privilège pour ceux qui prennent vraiment le temps d’écouter ce qu’on fait, c’est une bonne volonté.
Après, Nichon, c’est une invention, une espèce d’horrible histoire que tu pourrais entendre dans un bar : « tu connais pas la mère Nichon, elle est morte » … une histoire à dormir debout.
5. CARTE SOUS LE COUDE
Tu joues quelle carte avec le rap ?
VALD : La carte de ne pas transpirer, c’est important, ça ne m’intéresse pas. J’ai envie de le faire seulement pour le sport!
J’crois que c’est surtout ça ma carte, le rap, j’ai la chance de pouvoir en vivre, c’est incroyable ! J’ai tout un tas d’idée, un tas de morceaux en tête, c’est aussi dans le sens, vous pouvez pas me piéger, c’est un peu ça l’idée de carte sous l’coude.
6. URBANISME
Il s’agit de la complainte d’un vieillard envers la jeunesse de son quartier ?
VALD : C’est un discours déjà entendu, c’est interminable, les vieux qui se plaignent des jeunes et des jeunes qui se plaignent des vieux, surtout en quartier c’est exacerbé! Je n’ ai pas voulu mettre en avant le coté communautaire qu’on peut imaginer, c’est surtout les conneries des gens qui ne se comprennent pas, parce qu’ils ne se parlent pas finalement. J’ai de l’affection et une espèce de dégoût pour ça, un paradoxe présent dans beaucoup de mes morceaux.
7. SELFIE
Comme pour « Selfie » que j’ai retourné sous toutes les coutures, si je peux me permettre … Peut-on y voir une critique du paraitre, un parallèle entre le public et le privé? Et aussi les caractéristiques du mec qui grossi ses exploits sexuels auprès de ses potes, alors que derrière il fait des « bisous quand ils marchent dans le bourg » ?
VALD : Tout à fait en « se tenant la main » ! En réalité, je pense que j’ai beaucoup moins réfléchi au contenu qu’à la forme pour celui là, c’était vraiment une volonté de faire de la soupe, faire l’archétype de la soupe. Une méga mélodie redondante, sur une horrible boucle de guitare. Au final je trouve ça très intéressant.
Finalement, c’est presque de la publicité pour la bienséance, je préfère ça aux gens qui s’exhibent et disent tous et n’importe quoi, justement qui étalent leurs vies privées. J’aime beaucoup qu’on fasse n’importe quoi en privé…en même temps…je pense que tout ça est très peu contrôlé.
8. BARÈME
Disséquer ton quotidien avec cette dérision ça te permet de le trouver moins accablant ?
VALD : A mon avis quand tu fais de la musique, tu dois parler de ce qui t’entoure, d’ailleurs dans tout ce que tu fais. Et la dérision Je pense que j’y suis obligé, je ne peux pas faire autrement. C’est ma seule manière de pouvoir en parler, je n’ arrive pas à en parler sinon, c’est d’un ennui mortel, mais il est toujours aussi accablant, étouffant, l’engrenage insupportable.
9. TAGA
Un classique ?
VALD : Un morceau très old school

/. POISSON
Encore un morceau caché…Il y a une forme d’urgence, j’ai l’impression, dans ton processus de création des morceaux ?
VALD : Ouiiii … faut le dire tout de suite « tac-tac » ! C’est vrai, quand on a une idée faut y aller tout de suite. D’ailleurs ce morceau a été enregistré chez moi et on l’a masterisé pour le rendre clair.
10. PROMESSE
Au début du morceau tu dis « tout ça c’est du cinéma en vérité » tu parles de quoi ?
VALD : De l’étalage de la drogue dans la musique, il y a beaucoup de cinéma. C’est des phrases très peu réfléchies, en début de morceau, généralement je suis derrière le micro et je dis une connerie, je veux juste faire rire l’ingé son. Au final ça a un écho et on le garde !
11. JOFFREY
« J’crache des poèmes comme une saleté de bohémien » … Accroché à la poésie ?
VALD : Le mot est important on ne peux pas s’en détacher, mais le niveau des poètes qu’on a comme référence, faut pas se voiler la face, ça n’a rien à voir. On est à des années lumières. On fait des rimes voilà.
12. OGRE
Alors ce soir l’ogre ?
VALD : Ce soir je ne me suis pas cassé la voix, je compte mes cigarettes. On a fini les balances je le sens bien.
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