Alkpote : « J’aimerais échanger mon corps avec celui de Netanyahu » | Interview Captcha Mag

Excepté ton apparition dans l’émission La Sauce (OKLM), tu ne fais aucune interview pour ce projet. T’es fatigué qu’on s’intéresse plus à toi pour tes interviews que pour ta musique ?

Alkpote : Je suis complètement épuisé, j’ai plus de forces. On me prend pour un comique, alors que je suis un rappeur hors-pair, voire le meilleur.

T’as pas l’impression de l’avoir un peu cherché ? Quand tu fais des interviews, t’es toujours en train d’assurer le show.

Alkpote : Nan, même pas, j’essaye juste de m’exprimer naturellement. Mais je me rends compte que les gens préfèrent ma façon de m’exprimer que ma façon de rapper. Ca m’attriste un peu. Donc maintenant, je vais me concentrer sur la musique. Plus d’interviews, uniquement des freestyles. D’ailleurs le prochain, je te le dis en exclu, c’est pour OKLM.

T’as quand même fait l’émission La Sauce.

Alkpote : Voila, et je pense que ce sera la seule émission durant laquelle je me serai exprimé au sujet de Sadisme et Perversion. J’en ferai pas d’autre. Désormais je ne m’exprime qu’avec toi, parce que je t’aime beaucoup.

Du coup, tu fais une promo uniquement musicale, avec les Marches de l’Empereur et des freestyles annexes ?

Alkpote : Voila, musique et réseaux sociaux. Rien d’autre. De toute façon, t’as vu le message que Fred (Musa) m’a envoyé.

Ouai, mais je vais pas le publier.

Alkpote : Ah si, bien sûr, tu peux le publier. Je te l’offre, c’est un cadeau. Il me sert à rien dans mon téléphone, alors autant qu’il serve dans une interview.

alkpote fred musa captchamag

 

T’as pensé quoi quand t’as reçu ce message ? Ça t’a plutôt fait rigoler, ou t’as juste trouvé ça pathétique ?

Alkpote : En fait, au début j’ai eu Fred au téléphone, il m’a dit que c’était ok, qu’il devait juste me confirmer. J’ai attendu, attendu, aucune réponse. Je l’ai relancé plusieurs fois, mais aucun retour. Et du jour au lendemain, je reçois ce message … Bon, c’est sûr que ça m’a fait rigoler. Mais dans le fond, ça m’étonne pas.

Tu penses qu’ils ont réellement reçu des plaintes, ou c’est juste un prétexte pour ne pas te recevoir ?

Alkpote : Je suis pas au courant, je suis jamais au courant de rien. Mais je m’en tape, c’est leur problème à eux.

Ok. Pour revenir aux Marches de l’Empereur, tu comptes faire combien d’épisodes ?

Alkpote : Treize épisodes, comme la saison 1. Comme les treize degrés de la pyramide des illuminatis.

Est-ce que t’estimes pas que ça aurait pu être plus judicieux de balancer les premiers épisodes plus tôt, pour préparer le terrain ? Parce que là, le premier épisode a été diffusé quelques jours seulement avant la sortie du projet, ça n’a pas contribué à faire monter l’attente.

Alkpote : C’est vrai que ça aurait été plus judicieux, hélas l’équipe de Daymolition a un emploi du temps très chargé. Et avec moi, ils bossent bénévolement, juste avec le cœur.

Donc tu t’es adapté à eux.

Alkpote : Exactement. C’est plus moi qui m’adapte à eux que le contraire. C’est logique, étant donné que je ne les rémunère pas.

Pour la première Marche de l’Empereur, t’as remixé un titre de 13Block. C’est un groupe que t’apprécies ?

Alkpote : De ouf. En ce moment, j’écoute qu’eux, en rap français. Franchement, c’est lourd de ouf.

Je suis content que tu me dises ça, j’ai l’impression d’être le seul à les écouter.

Alkpote : J’ai fait le titre insomnie, mais j’aurais pu faire Vrai Négro, ou Les Keufs tournent en boucle. Toute la mixtape Violences Urbaines Emeutes, c’est lourd de fou. Les quatre sont aussi forts les uns que les autres, c’est les meilleurs dans le délire trap.

Du coup tu comptes collaborer avec eux, à l’avenir ?

Alkpote : C’est prévu. Je sais pas quand sortiront les prochaines Marches, mais …

… y’en aura une avec eux, c’est ça ?

Alkpote : Tout est envisageable.

Ok. Les prochaines Marches, ce sera comme la dernière, avec des invités ? Ou tu vas en faire d’autres en solo ?

Alkpote : Y’aura de tout. A l’heure où on parle, il y a déjà deux épisodes en ligne, le prochain, je te le dévoile, ce sera un featuring avec la MZ. Mais oui, il faut s’attendre à voir beaucoup d’invités dans les prochaines.

Et donc, ce sera uniquement de la musique ?

Alkpote : Principalement. En tout cas, dans chaque épisode, il y aura un morceau.

Sadisme et Perversion est sorti pendant le ramadan … Est-ce que tu t’es posé la question, comme beaucoup de rappeurs, de retarder la sortie pour ne pas tomber en plein mois saint ?

Alkpote : Écoute … La pochette de Sadisme et Perversion représente des diables et des meufs qui se galochent. Le titre veut tout dire. Et il sort un vendredi, en plein ramadan. Le rap, c’est satanique. J’ai vu tous les signes, mais j’ai laissé couler. Ce que je fais, c’est haram. Si je l’avais sorti hors-ramadan, ça aurait été haram aussi. Donc ça ne change rien.

J’ai lu pas mal de retours critiques très positifs sur ce projet. Tu t’attendais à ça ?

Alkpote : (il hésite) … Nan, je crois pas. En fait, je m’attends à rien. Tout ce que je veux, c’est faire plus de ventes que mes ennemis. Et encore, si tu regardes bien, j’ai aucune promo. Pas de radio, de Planète Rap ou de Générations, aucun clip sur Trace TV … Je sais de quoi je suis capable avec les moyens que j’ai. Et je suis content de ce que je vends.

Ok pour les ventes, mais sur le plan purement critique ? Beaucoup considèrent que c’est ton meilleur disque depuis belle lurette.

Alkpote : Ils doivent sûrement dire ça parce qu’il n’y a pas de featurings. Les gens voulaient plus de solos, moins de feats, j’ai vraiment senti cette demande. Avec Weedim, on a décidé de suivre leurs conseils et de ne faire aucun feat. Désormais je vais faire plus de solos.

Avant qu’on commence l’interview, tu m’as dit que tu bossais déjà sur le prochain projet. Nouvelle Orgasmixtape ?

Alkpote : Vous verrez bien … De toute façon, toutes mes mixtapes sont orgasmiques.

Quand tu dis que tu bosses sur la suite, le prochain disque est déjà embrayé, ou c’est encore en phase d’écriture ?

Alkpote : C’est ça, je suis en phase d’écriture. Mais je suis productif, j’écris tout le temps, j’enregistre tout le temps. J’écris des rimes le matin, le soir, à la maison, au travail, en sortant du travail … Les rimes pleuvent. Elles tombent du ciel.

C’est Weedim qui te pousse à être productif, ou c’est naturel ?

Alkpote : Nan, même pas. J’ai ce pouvoir. J’ai ce don inné. Et je l’utilise à bon escient. J’écris des rimes tout le temps.

Sur Sadisme et Perversion tu insistes énormément sur les multisyllabiques. Je veux dire … là, c’est vraiment flagrant. J’ai l’impression que t’en fais encore plus qu’avant.

Alkpote : J’ai jamais calculé ça, j’te jure. Ça sort tout seul. C’est comme si je devais faire rimer « Genono », je vais le faire rimer avec « les homos », tu vois c’que je veux dire ? « J’kiffe Genono, mais nique les homos », par exemple. Tu vois, je vais pas faire rimer juste le o. Il faut que je fasse aussi rimer le « é ». J’aime faire rimer les mots. Je suis à la recherche de la rime parfaite. Mais je t’accorde que dans cet album j’ai fait de belles rimes. Quand je dis « ambiance reggaeton orientale, tes seins sont orientables » … je trouve que c’est une belle rime.

Dans Pyramides, tu dis « J’ejacule vite, je suis si rapide » … c’est une dédicace à tous les mecs précoces du monde ?

Alkpote : Nan, c’est une référence à ma productivité. Une métaphore sexuelle. Quand un rappeur fait 3 ou 4 morceaux, bah moi je fais 3 ou 4 projets. Mes projets, c’est vos morceaux.

//platform.twitter.com/widgets.js

Y’a un truc qui m’a déçu dans Sadisme et Perversion : tu fais aucune référence aux NinjaGo.

Alkpote : Ah merde, c’est vrai. J’y fais référence dans mon prochain morceau.

Extrait d'une interview réalisée en décembre 2015 mais jamais sortie.
Extrait d’une interview réalisée en décembre 2015 mais jamais sortie.

Dans l’intro, y’a des skratchs. C’est Weedim qui les a fait ? L’idée vient de lui ?

Alkpote : C’est Weedim, sur ma demande.

Ta démarche, c’est de remettre ça au gout du jour ? Parce qu’en 2016, plus personne ne fait ça.

Alkpote : Le projet était terminé, il manquait plus qu’une intro et une outro. Il me dit « je fais quoi en intro ? ». Bah prends une prod, et mets des skratchs dessus. J’aime bien, même si ça se fait plus trop. Il l’a fait, il me l’a envoyé, j’ai validé … c’est aussi simple que ça.

L’idée de sampler le début de ton émission avec l’abcdrduson, ça vient de toi aussi ?

Alkpote : Nan, ça vient de Weedim.

Vous les avez prévenu avant ?

Alkpote : Nan, on a rien demandé, aucune autorisation. Mais on a vu Mehdi quand on a fait l’émission OKLM, il était content.

L’année dernière, dans le titre Marianne tu disais « J’regrette j’aurais dû faire de longues études ». Cette année, tu reprends la même phase dans Alksimodo. On sent que c’est un vraiment regret, que ça te tient vraiment à cœur.

Alkpote : Bah ouai, je regrette à mort. J’ai aucun diplôme, j’ai aucune licence. J’ai rien du tout, j’aurais tant aimé avoir un diplôme … j’ai tant de regrets, et celui là est très fort.

T’es pas vieux, tu te sens pas capable de te motiver à reprendre des études ?

Alkpote : Nan, j’ai aucune motivation. J’ai pas le temps, je dois ramener des sous, j’ai des enfants à nourrir. Tu sais, j’ai arrêté l’école à 16 ans. Et à 20 ans, je regrettais déjà. J’te jure, je voyais tous mes potes aller en cours, et je moi je galérais, je faisais rien de ma vie. Je fumais des joints à la gare tous les matins, et je regrettais.

A 20 ans, sans famille à assumer, t’aurais pu reprendre les cours, nan ?

Alkpote : C’est vrai, mais j’ai fait une autre erreur : je me suis lancé dans le rap. C’est ma plus grande erreur.

« J’aurais tant aimé être docteur, un grand chirurgien ». Si t’avais fait des études, t’aurais voulu t’orienter vers la médecine ?

Alkpote : Je pense, ouai. J’aurais aimé. Le corps humain, c’est quelque chose qui m’intéresse de ouf. La création de Dieu … c’est une création parfaite. Le Créateur a fait une créature parfaite. Des oreilles aux ongles en passant par les poils pubiens et tous les orifices. Et même à l’intérieur, les organes, l’organisation du corps … tout est parfait.

La médecine, c’est aussi l’idée de te rendre utile aux autres. Un chirurgien, c’est plus utile qu’un rappeur.

Alkpote : Aussi, ouai, peut-être. Sauver des vies, c’est mieux que fumer des joints. A la place, je soigne des malades avec mes morceaux. Je suis pas certain que ce soit mieux.

Quand tu sors un truc comme « J’vais aller me tatouer une croix gammée », comment réagit Weedim ?

Alkpote : Il a crié, il était fou de joie, heureux. Il a applaudit … comme tout le monde dans le studio. Mais après mure refléxion, il me l’a ressortit, avec une petite liste de 3 ou 4 phases, en me disant « attention sur celles-là, on devrait peut-être mettre un bip ». Mais nan, je m’attends pas à avoir des retours là-dessus. Aucun problème.

La croix gammée, c’est parce que le motif te plait ?

Alkpote : (rires) Exactement ! T’aimes pas, toi ? C’est symétrique, je trouve ça assez beau.

Dans Survivant de l’enfer tu dis « je suis fataliste ». Tu peux développer ?

Alkpote : Je me dis que tout est écrit, que la fin du monde approche. On est en train de vivre les derniers … enfin, pas forcément les derniers temps, mais on sent que la fin est proche. Même si on meurt, on approche de la fin des temps. Dans pas longtemps. « Je fume du cannabis, je suis fataliste » … je sais que c’est cuit. Je le disais déjà dans le morceau Chiens, « L’ombre de la mort plane sur le navire, mais je monte à bord » …

Tu vois pas de lueur d’espoir ?

Alkpote : Nan … j’aperçois une lueur de loin, mais c’est juste l’étincelle d’un briquet qui allume un joint.

C’est sombre dans ta tête.

Alkpote : C’est noir de fou.

Pareil, dans Zone Mortuaire, tu dis « j’essaye d’y arriver mais je suis trop déprimé »

Alkpote : C’est vrai …

T’es déprimé, carrément ?

Alkpote : Ouai … J’ai pas la plus belle des vies, mais j’ai pas la plus moche non plus.

T’as une famille, des gosses, la santé, un taff. Qu’est-ce que tu veux de plus ?

Alkpote : Nan mais c’est clair, en vrai t’as raison. Je suis pas un malade mental qui va finir à l’asile. Hamdullah.

Alors pourquoi tu parles de déprime ? Y’a bien une raison.

Alkpote : C’est juste que … Je réussis pas toujours ce que j’entreprends, c’est ça qui me déprime. Mais c’est des petites dépressions, pendant des courtes périodes.

Tu réussis pas … dans le rap, ou dans autre chose ?

Alkpote : Nan, pas dans le rap. J’en ai rien à foutre du rap. C’est dans la vraie vie que je ne réussis pas tout. Mais t’inquiète.

Dans le rap, t’es satisfait de la place que t’occupes ?

Alkpote : Je suis pas content de la place que j’ai mais … je m’en contente. Je te l’ai déjà dit, je suis content de pas avoir percé. Et même le message de Fred, dont on parlait tout à l’heure … c’est une chance. C’est une chance de ouf. Comme je te l’ai dit, je vais plus faire d’interviews. Je vais faire comme PNL, je vais envoyer un animal sauvage à ma place.

(rires) C’était tellement beau.

Alkpote : A quoi ça sert d’aller dans leurs locaux ? Franchement ? Je suis content, je suis dans mon coin, j’ai mon réseau.

fred musa singe

J’ai le sentiment que Skyrock perd de plus en plus en influence, que Planète Rap est beaucoup moins prépondérant.

Alkpote : Dieu merci. Maintenant c’est Mehdi, notre Fred Musa à nous.

En hétérosexuel.

Alkpote : Exactement, en hétérosexuel. En jeune. En frais.

Tu m’as dit que t’étais heureux de tes 500 ventes en milieu de semaine. T’estimes pas pouvoir viser plus ?

Alkpote : On en avait discuté au téléphone, j’avais calculé que si je faisais 400 en première semaine, j’étais content. Parce que j’ai pas de promo, pas de Planète Rap, rien. Et des mecs qui ont des médias de ouf font 400 ventes en ce moment. J’ai que toi, Mehdi, et les réseaux sociaux. Etant donnée la conjoncture actuelle, je m’attendais pas à faire plus. Donc là, 500 en milieu de semaine … ça tue.

Comment t’expliques cette conjecture, avec des très grands écarts entre ceux qui font 30000 ventes en première semaine, et derrière, tous les autres qui galèrent à faire 1000 ventes ?

Alkpote : Y’a 1001 explications, mais la principale, selon moi, c’est que le rap est une musique de jeunes. Une musique d’enfants. Si t’as pas les enfants dans ta poche, t’es cuit. C’est les enfants qui regardent ton clip à la recré avec tous leurs potes, qui allument tous leur téléphone en même temps pour regarder le même clip. Et si t’as pas ce public là, t’es cuit. Jul est sorti le même jour que moi, vendredi. En trois jours, j’ai fait 500. Il a fait 30000. On peut pas lutter.

Jul, ça te parle, à toi ?

Alkpote : Disons qu’il force le respect.

Par ses ventes, ou par sa musique ?

Alkpote : C’est un ensemble … je suis pas forcément fan de tout ce qu’il fait, mais il est impressionnant. Je le respecte de ouf.

Quand tu vois que les gens sont prêts à donner 15000 euros pour Tenebreuse Musique mais qu’ils sont pas motives à aller acheter tes disques, ça t’inspire quoi ? Tu te dis qu’il y a peut-être un autre modèle économique à développer, autre que la vente de disques ?

Alkpote : Je me suis jamais trop posé de questions, et c’est pas aujourd’hui que je vais me poser ce genre de questions. J’ai vu tellement de supports mourir sous mes yeux … laisse-moi voir le disque mourir, et on passera à la suite. Je suis même pas au courant de mes chiffres de streaming. Mais regarde juste mes vues Youtube. J’ai fait deux clips, y’en a un à 160000, l’autre 100000. Ca veut tout dire.

A propos de clips, comment tu fonctionnes ? Je me rappelle notamment des clips de l’Orgasmixtape 2, où l’on sentait une forte volonté de développer un univers visuel (Tourbillon, Meilleur Lendemain).

Alkpote : Il faut plus saluer les réalisateurs que moi … Kevin el-Amrani pour Tourbillon, Julius de PTPFG pour Meilleur Lendemain.

Ils sont arrivés avec leurs idées, et t’as suivi ?

Alkpote : Pour ces deux clips là, ouai. Par contre, pour mes deux derniers clips, toutes les idées sont de moi. Amsterdam, c’est mon idée, je voulais absolument faire un clip là-bas. Et pour Pyramides, j’ai eu l’idée de filmer au drone, je voulais vraiment le faire. C’est une idée simple, mais y’a pas forcément besoin d’aller chercher trop loin.

Dans « plus pure » tu parles de la couverture que t’avais fait chez Groove, avec l’Unité de Feu. Quels souvenirs tu gardes de cette époque la ?

Alkpote : C’est des bons souvenirs. En plus, je crois que c’était pour une compil de Skyrock (rires). Y’avait tout le monde : Tandem, Sinik, KenyArkana … C’était la première fois que j’étais en couverture de magazine.

 

Bon ok c'est pas cet article en vrai, mais j'ai pas retrouvé la couverture.
Bon ok c’est pas cet article en vrai, mais j’ai pas retrouvé la couverture.

T’as ressenti de la fierté à ce moment-là ?

Alkpote : Nan, même pas. Tout ce que j’ai accompli dans le rap, j’en suis pas fier. Y’a rien de ouf là-dedans … ce qui peut paraitre ouf aux yeux des autres, j’en suis pas fier.

T’en es pas fier, ok, mais t’en as pas honte non plus ?

Alkpote : Nan, j’en ai pas honte. C’est fait.

Dans Zone Mortuaire, tu dis « bientôt la trap sera démodée ». Comment tu vois le rap évoluer dans les prochaines années ?

Alkpote : Peu importe comment il évoluera … Tant que je serai dedans, je serai dans le coup. J’ai toujours su m’adapter : j’ai été inspiré par le Wu-Tang, par la Three Six Mafia, par Rich HomieQuan … j’ai toujours su m’adapter.

T’as pas mal investi le délire trap ces dernières années. En disant qu’il sera bientôt démodé, t’anticipes la suite ?

Alkpote : Je sais pas vraiment … je fais ça au feeling. Les prods qui me plaisent en ce moment sont plutôt trap, c’est vrai. Mais j’attends qu’un nouveau rappeur américain amène une nouvelle mode, et je m’engouffre dedans directement. J’essaye de rester dans le coup.

Ok, donc t’es vraiment dans une optique qui consiste à suivre ce qui marche aux Etats-Unis. Tu cherches absolument pas à innover, ou à faire quelque chose de neuf.

Alkpote : Nan, je réfléchis pas trop.

J’ai l’impression que c’est un peu pareil dans ta manière de construire tes albums, dans le sens où j’ai senti les deux Orgasmixtapes vraiment drivées par Weedim, et Ténébreuse Musique presque comme un album de Butter Bullets avec toi en featuring sur toutes les pistes. Tu te laisses un peu porter.

Akpote : C’est pas con ce que tu dis. C’est pas faux … c’est pas faux du tout. En tout cas, pour Ténébreuse Musique, je suis d’accord. Je suis venu, j’ai posé … ça s’est fait super vite, en un temps record. Pour l’Orgasmixtape, par contre … peut-être que t’as cette impression, mais je le vois différemment. Oui, j’avais l’aide de Weedim, mais je savais où je voulais aller, je savais quelle direction donner. Par exemple, Tourbillon, c’est moi qui l’a fait, mais sur une autre instru. Après, Butter Bullets a repris mes acapella et les a placé sur une autre prod. Marianne, c’est pareil. J’ai tout réalisé, et après Weedim a ramené sa prod. Donc pour les deux premières Orgasmixtapes, je considère que c’est vraiment moi le réalisateur.

Par contre, pour Sadisme et Perversion, Weedim est vraiment là de A à Z. C’est lui qui gère tout. Il a tout drivé, jusqu’aux refrains. Il a trouvé des refrains, des flows … Des titres comme Plus Pure, ou Plan à Dix, c’est entièrement lui. Il est arrivé avec le flow, l’instru, il m’a dit « pose de telle manière ». Je l’ai suivi, c’est allé super vite.

C’est juste parce que tu lui fais entièrement confiance, ou c’est aussi un peu de fainéantise ?

Alkpote : Je lui fais confiance à 191% … de ouf.

La critique qui revient souvent au sujet des prods de Weedim, c’est leur côté un peu générique. Tu comprends ce reproche ?

Alkpote : Weedim, il est comme moi : il réfléchit pas. Il a pas le temps de réfléchir. Par contre, il connait la musique … de ouf. Mais quand je te dis qu’il connait … c’est incroyable. Quand il me fait écouter une prod qui me plait, je lui dis « mets-la de côté ». Il m’en fait écouter 4 ou 5 autres, je lui dis « remets la première » … impossible de la retrouver. Alors il m’en fait écouter des dizaines d’autres, et elles défoncent toutes. Il a tellement de prods ! On est pareil là-dessus : il fonctionne avec ses prods comme moi je fonctionne avec mes couplets. On triche pas : si la prod est bien, on la garde, je pose dessus, et on passe à la suite. Donc ceux qui trouvent ses prods génériques … ils peuvent me faire la même remarque, et dire que mes couplets sont génériques aussi.

Il t’a aussi aidé à maitriser l’autotune ? Parce que c’est un truc auquel tu sembles t’être adapté super naturellement.

Alkpote : J’avais essayé sur L’Empereur Contre-Attaque, sur le morceau Voltaire. C’est vraiment un test, pour moi c’était un truc de ouf de me lancer là-dedans à l’époque. Et puis, petit à petit, tu comprends comment ça fonctionne … Le déclic, ça a vraiment été Ténébreuse Musique. J’ai compris que c’était un instrument moderne. Faut vivre avec son temps, et l’autotune c’est un super outil, un super bonus.

Ca s’est fait naturellement, ou c’est un truc que t’as bossé ?

Alkpote : Nan, j’ai jamais bossé ça de ma vie. Mais moi, dans le rap, je bosse rien du tout. Je te jure que c’est vrai Je vais en studio, je pose, j’écris … ou alors j’écris chez moi. Mais tout ce que tu peux appeler bosser, pour moi, c’est écrire des textes. Je fais rien d’autre qu’écrire des textes. L’autotune, j’ai pas besoin de le bosser. Je suis en studio, j’essaye un truc, si c’est bien on le garde, sinon on l’enlève. C’est pas plus compliqué que ça.

 

 

alksn

« Vous voulez changer de corps avec le mien comme Ginyû ». Si tu pouvais changer de corps avec quelqu’un tu choisirais qui ?

Alkpote : Pourquoi pas un sioniste, comme … Benyamin Netanyahu. Il doit être en pleine forme, en bonne santé. Il doit avoir les meilleurs médecins.

Tu fais des références à Abdeslam, à Coulibaly, à Merah … Je me souviens que le soir des attentats t’étais dégoûté parce que la finale de Secret Story était annulée. Comment tu juges la situation en France en ce moment, avec la menace terroriste, et toutes ces conneries ?

Alkpote : Franchement, ça m’inquiète, notamment parce que les premières victimes, c’est nous, les musulmans. Quand un prêtre tombe dans la pédophilie, c’est lui seul qui paye, et pas toute la communauté catholique. Mais quand un barbu tue, même s’il tue des musulmans comme nous, on le fait payer à toute notre communauté. C’est insensé.

J’ai quand même l’impression que tu le prends avec pas mal de détachement. C’est plus pour jouer sur ton personnage, ou t’étais vraiment dégouté que Secret Story ne soit pas diffusé ce soir là ?

Alkpote : Nan, ça c’est pas une blague, j’étais vraiment dégouté. Je suis à fond dans Secret Story. Je suis fasciné par Endemol et leurs super-pouvoirs. Je suis moins dedans qu’avant, mais je suis quand même dans cette merde.

T’es sur quoi en ce moment ?

Alkpote : J’aime bien Moundir et les apprentis aventuriers. Tu regardes ?

Nan, je peux pas. C’est trop. J’ai essayé, une fois. J’ai eu l’impression de subir une lobotomie, j’ai senti mon cerveau fondre en direct.

Alkpote : C’est ça … c’est exactement ça. Je veux juste me divertir, et ne penser à rien. J’allume mon joint, je me pose devant ça, et mon cerveau se met en veille. Je rigole comme un débile sans même m’en rendre compte, c’est fascinant. Je veux juste oublier toute ma vie et tout le reste.

T’aimerais bien participer à ce genre de programme ?

Alkpote : Nan, je veux juste être spectateur. Je reste à ma place.

Merci Alk, j’ai fait le tour de mes questions.

Illustration : @LELEADERMERGUEZ
Illustration : @LELEADERMERGUEZ

Alkpote : Putain, c’est trop court.

Tu dis ça parce que c’est pas toi qui va te taper la retranscription.

Alkpote : Pose-moi une dernière question, même si elle est pourrie.

Ok. Tu regardes quoi comme série en ce moment ?

Alkpote : Game of Thrones, comme tout le monde. Mais ma série préférée, c’est Tout le monde déteste Chris. Je la regarde en boucle, sur BET. Sinon je regarde les Kardashian, ou la série sur Caitlyn Jenner.

Y’a une série sur « elle », carrément ?

Alkpote : Elle est encore plus connue que Kim maintenant. Elle a plus de followers que Kim, elle a tous les plus grands couturiers qui lui offrent des robes de ouf. Et il va à la piscine avec un maillot une pièce, et une couche.

Une couche ?

Alkpote : Ouai, il met une couche. Une couche Pampers, comme tu mettais à tes enfants quand ils étaient petits. Une grosse couche. L’argent peut te faire exaucer tous tes rêves. Tu peux être champion olympique  un jour et devenir une femme qui met des couches à la piscine le lendemain.

 

Méthylamine : l’insolent rap d’apprentissage de Youno

Lendemain de la Fête de la Musique difficile ? Choc thermique entre le glacial début de mois et l’irradiant début d’été ? Baccalauréat qui tape encore sur le système nerveux ? L’organisme peut parfois sembler être affaibli, et alors là l’auditeur de rap français se saisit de son plus grand courage, ouvre avec détermination sa boîte à pharmacie, et s’installe confortablement afin de bénéficier des effets secondaires délirants de ce nouveau produit que l’on nomme le rap antibiotique. Dopage ? Pas vraiment. Plutôt un projet sérieux mais drôle, débridé mais construit, une aventure qui entraîne qui veut bien s’y laisser prendre dans une sorte de vortex remplie de formes géométriques, d’équations saugrenues, de références interstellaires. Entre trip sous LSD et travaux pratiques de chimie moléculaire, il est aujourd’hui question de Méthylamine, la première sucrerie solo de Youno.

http://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=3408094357/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=7137dc/artwork=small/transparent=true/

Si l’on connaissait déjà Youno à travers les collectifs  » Sémaphore » et « Les Chimistes », il était intéressant de voir comment allait se sortir le laborantin de l’épreuve d’un projet solo consistant, qui demande du coup une cohérence et une mécanique précise, afin d’être entraînant de la naissance au dernier soupir. Force est de constater que le pari est relevé haut-la-main, les 8 morceaux s’enchaînant extrêmement bien, donnant ainsi une consistance quasi scénaristique au projet. L’univers déjà extrêmement construit qu’avaient réussi à distiller Les Chimistes en quelques sorties est ici fidèlement restitué, mais n’est pas calqué pour autant, comme une facilité. Il est proposé à l’auditeur devenu cobaye de prendre part encore plus profondément à cet environnement, d’évoluer dans ce monde parallèle en compagnie du guide des lieux. Youno invite ses auditeurs dans un monde de l’autre côté du miroir, entre l’utopie psychédélique d’un Alice au pays des merveilles et la déprime morbide du Septième Sceau. Mais que trouve-t-on dans cette antre caverneuse ?

On pourrait rire en caractérisant le rap de Youno comme un rap de scientifique. En effet, le projet entier baigne dans une atmosphère chimique et numérique, comme si la réalité matérielle et organique était mise à nue et laissait entrevoir, comme dans Matrix, des colonnes de chiffres dévitalisées en lieu et place du rassurant monde réel. Dès le titre du projet, le ton est donné: Méthylamine. Ce mot beaucoup trop compliqué, donne lieu à un titre éponyme, le premier, rampe de lancement de l’expérience. Mais ici, pas de rap d’intello pour autant. La science de Youno est une science de branleur, plus encline à se défoncer le crâne qu’à ingurgiter des tonnes de théorèmes. « Cuisiner des lloux-cai », refrain exalté du premier morceau, semble provenir, avec ses poussées de voix, d’un savant fou qui éructe, sardonique, face à sa future réussite. Evidemment, la drogue est alors partout dans le projet, au point de parfois apparaître comme une obsession. Mais là où le rap français actuel a tendance à dénigrer la drogue et ses méfaits dans un rapport fascination-répulsion parfois un brin hypocrite, aucune considération de ce genre chez Youno. Elle peut être ludique (à travers les parodiques « Obiwan Cannabis et Severus Drogue »), unificatrice (« J’fume des zdehs avec des sunnites, et je fume avec mes chimistes » dans l’excellent Coruscant), ou bien mercantile (« Olivettes se bibi comme les marrons chauds » dans U Know). Jamais elle n’est vue comme accessoire, elle fait partie de la vie, et là aussi se dessine un aspect mathématique dans cette vision. Il n’y a plus de jugements de valeurs dans un monde régi par les lois, et la drogue n’est alors vue négativement que parce qu’on la considère comme telle.

Mais il n’y a pas que la drogue qui transparaît dans l’Ep comme en manque de vie. « Et les sentiments sont mécaniques », s’entend dans Méthylamine. La résurgence des maths, de la drogue, de la mort aussi (il n’y a qu’à voir l’esthétique glaçante du clip de Voila), créent un sentiment de malaise, comme si l’auditeur, du haut de la falaise (ou de la Burj Khalifa), observait l’apocalypse et la décadence. Il y a un vrai pessimisme dans le projet, une manière de relativiser la vie sur Terre ( « Initialement, t’étais qu’un filament »), le meilleur étant peut-être à venir ailleurs (« Rallonge ta vie si tu le souhaites, moi j’raccourcis ma mort »). Les femmes ne sont pas glorifiées, et elles ont même le droit à une chanson en forme de déclaration d’amour à l’envers, entre femme-objet matérialiste et incapacité d’aimer. Il ne faut voir nul sexisme ici, seulement l’expression nihiliste d’un « Rien à foutre  » généralisé, où seul émerge un idéal franc de réussite, matérialisée par la Burj Khalifa, cette tour si près du ciel, inaccessible métaphore de succès et de reconnaissance. Ni tout à fait le nôtre, mais suffisamment ressemblant pour s’y laisser perdre, le monde nihiliste, au bord de la réification total, serait-il alors dénué de toute forme d’humanité, Youno prenant à bras le corps le rôle d’oracle de la désolation ? Bien sûr que non, Youno n’est pas Rochdi, et Méthylamine lui permet également de montrer, en opposition, le revers de sa médaille, plus guillerette, plus insolente, et plus drôle.

Alkpote devenu, pour une nouvelle génération de rappeurs, une source inépuisable d’inspiration, il est difficile de voir d’autres rappeurs prendre son créneau principal qui est, sans être réducteur, situé entre mongoleries hilarantes et name-dropping insolites. Youno s’insère pourtant sans mal dans ces ambiances, dans cet humour gras, gratuit parfois, mais aussi politisé, et toujours avec un détachement pince-sans-rire d’une insolence bienvenue. Quel rappeur pourrait balancer au détour d’un morceau plutôt sérieux au demeurant, une phrase génialement absurde comme  » La chose qui me tracasse quand j’y pense, c’est de savoir si mes couilles sont équidistantes » ? Complètement tarée, la phase fait basculer n’importe quel auditeur dans un fou rire incontrôlable, surtout qu’elle arrive comme un cheveu sur la soupe. L’irrévérence débile mais assumée ouvre à un nouveau moyen de voir la chanson, le comique pouvant surgir de n’importe où sans considération de cohérence, ce qui ouvre la porte à une infinité de possibilités de combinaisons, dans un jubilatoire défilé de références. Irrévérence qui peut aussi se distinguer par le recours à des métaphores politiques clivantes, certes presque toujours justes, mais qui teignent Méthylamine d’une couleur plus acide, d’un humour noir anticonformiste réjouissant et régressif mais ultra-précis et référencé, comme si Pierre Desproges avait mangé un atlas de géopolitique.

Au final, le projet est une vraie réussite par sa tenue et sa cohérence: les prods sont assez semblables mais dans le bon sens du terme, puisqu’elles donnent du liant entre les chansons, tantôt mélancoliques comme dans Voilà, ou plus sautillantes, scintillantes même, comme dans Coruscant, meilleur morceau du projet tant l’alchimie avec Obi est parfaite, entre rap et tentation de la chanson. Les refrains sont bien rendus par la voix toujours traînante de Youno, parfois même presque jusque dans des montées lyriques étonnantes, dans U Know ou dans Méthylamine par exemple. Cette cohérence atteint son paroxysme quand on songe qu’en fait, le projet peut être considéré comme un rap d’apprentissage. Là où la confection de drogue, le travail, le labeur, sont caractérisés par le premier titre, au nom scientifique évocateur, témoin studieux d’un idéal à atteindre, le but final peut être la Burj Khalifa, titre de l’avant-dernier morceau. Tout cela entre amourettes sans amour (La Bohème), reconnaissance jetée à la face du monde vu comme témoin (U Know), et voyage intergalactique sur Coruscant transformé en Amsterdam de l’espace (Coruscant). Mais comme dans les films de Scorsese, il y a, après la gloire, la chute. Espérons que Youno ne finisse pas gros et seul sur une île à la Hugo Reyes, mais plutôt comme un Rastignac qui, sorti de sa province, se dirigerait vers la capitale, un sourire au coin des lèvres et de la codéine dans le sang.

A lire, sur le même thème : Les Chimistes, voyage au bout de l’idiocratieleschimistes-820x304

Ténébreuse Musique : la version Chopped & Screwed

Ténébreuse Musique est probablement le projet original le plus enthousiasmant de ces dernières années en France. Il semblait donc tout à fait logique qu’il finisse screwisé, et comme bien souvent, c’est A13 qui s’y est collé. Coeurs sur lui, coeurs sur Alk, coeurs sur Sidi, coeurs sur Dela.

https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=2332976526/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=0687f5/transparent=true/

Mais qui est Sfera Ebbasta, ce rappeur italien en feat sur Anarchie ?

Le premier album tant attendu de Sch sortira le 27 mai -rappelons qu’A7 n’était qu’une mixtape. Au début du mois, le premier single, Anarchie, est sorti accompagné d’un clip, et dans la foulée, le rappeur marseillais-ou-presque a publié la tracklist de ce premier projet, plutôt étonnante : en effet, le seul featuring s’appelle Sfera Ebbasta, un nom quasiment inconnu de la part du public français. Jeune artiste italien, il forme un duo fixe avec son producteur, Charlie Charles, lui aussi présent sur le tracklisting et crédité pour la production de la piste 4, Cartine Cartier.

Le rap italien et le rap français ont connu quelques rapprochements timides l’année dernière, grace à Gué Pequeno et Fabri Fibra. Le premier avait accueilli Joke sur le titre Tu non sai, pour l’une des meilleurs pistes de son dernier album, intitulé Vero (Vrai en français, Vrai Vrai en grygnois). Quelques mois plus tard, Fabri Fibra décrivait de la meilleure des manières ce qui allait se passer en collaborant avec Youssoupha :

“Vuoi la prova che si è aperto il mercato?
Sulla stessa base c’è Fibra con Youssoupha”

En somme, et sans vous faire l’affrontt d’une traduction littérale : le marché des transferts entre rap français et rap italien est enfin ouvert. 2015 a donc été une mise en bouche de ce qui allait se passer l’année suivante, et qui, pour un rappeur italien, n’était pas arrivé depuis belle lurette -à un niveau suffisamment mainstream, avec implication des majors et tout le tralala. La passion -ou du moins l’intérêt- de Sch pour l’Italie s’est révélé avec l’un des singles extraits d’A7, Gomorra, dont le clip a été tourné entre Marseille et Scampia -donc Naples, donc l’Italie.

Mais ce que beaucoup prenaient pour un simple one shot matérialisant la passion de Sch pour les Savastano et l’univers du milieu napolitain était en fait un prélude à une collaboration internationale. Evidemment, à ce point, vous vous demandez qui sont Sfera Ebbasta et Charlie Charles. On y arrive.

En novembre 2014, une première vidéo a été publiée sur Youtube par Sfera, la première d’une longue -et heureuse- série de vidéos. Sfera Ebbasta est un rappeur milanais, qui compte alors à son actif une seule mixtape, dont plus personne -ou presque- n’a de trace aujourd’hui. Il est accompagné de Charlie Charles, un producteur qui s’est fait remarquer avec quelques productions comme celle-ci, mais qui, à cette époque pas si lointaine, n’était encore qu’un illustre inconnu.

A partir de cette première vidéo, les noms de Sfera Ebbasta et Charlie Charles ont fini sur les bouches de tous les italiens de moins de trente ans en quelques mois seulement -le genre d’explosion soudaine que l’on pourrait comparer à celles de Niska ou MHD en France. La recette du succès : un projet en téléchargement gratuit, une signature chez Roccia Music -un roster dont la tête d’affiche s’appelle Marracash, l’un des plus gros vendeurs du rap transalpin-, mais surtout un personnage jamais vu en Italie.

S’il fallait vraiment trouver une signification et une raison à l’explosion du phénomène Sfera et Charlie -en plus de la musique- il faudrait s’intéresser à leur imagerie, et à la manière dont l’univers du personnage s’est deployé. Ce qui était jusqu’ici quelque chose d’assez commun pour le reste du monde a fait en Italie l’effet d’une révolution, en se présentant à la fois en avance sur les tendances du moment, mais aussi en reprenant et en remettant au gout du jour des codes un peu vieillots et oublié par tous.

C’est cet univers fait de vestes Marcelo Burlon -genre de Philippe Plein local- et de Sprite codéiné -c’est là que tu vois que les mecs sont en retard- qui a probablement contribué à créer un intérêt très neuf pour le duo. Sfera et Charlie ont  adopté des attitudes typiques du rap français, mais largement inspirées par des rappeurs comme Future ou Lil Durk, et des producteurs comme Metro Bloomin. S&C ont jusqu’ici parfaitement géré leur background et leur promotion, avec une attention toute particulière portée à leur stratégie, qui se place exactement à mi-chemin entre le calcul réel et la spontanéité.

L’une des autres raisons de ce parcours qui sent bon la réussite est la volonté de s’appuyer sur une équipe ressérée de collaborateurs : à la base, le duo ne s’est appuyé que sur lui-même et le réalisateur de clips Alessandro Murdaca. Ensemble, les trois compères ont réussi à créer un univers très cohérent.et facilement identifiable, en balançant une vidéo par mois, et en créant ainsi une petite hype parfaitement nourrie et parfaitement exploitée.

On ne peut cependant pas résumer tout ce buzz à la puissance de l’univers visuel et imaginaire de Sfera Ebbasta. Les thèmes ont évidemment un rôle prépondérant, et si l’on demande au rappeur quel est son titre préféré parmi sa discographie, il repond sans l’ombre d’un doute “Ciny” :

“Le signe C (avec la main), c’est d’où l’on vient, Ciny, Ciny (c’est à dire Cinisello Balsamo, un quartier de Milan)” est le gimmick favori du duo, un peu comme le YOLO de Drake, le Ouloulou de Booba, ou le signe Jul. La raison pour laquelle ce titre a si bien fonctionné est très simple : toute l’Italie est divisée entre quartiers, “”bourgs”” et banlieues, et pourtant le fameux rap de rue, l’identité des quartiers, était quelque chose qui était en train de disparaitre -du moins, au niveau mainstream. Ramener les mecs du ghetto et les blocs de banlieues dans ses vidéos est un retour à un immaginaire unique, parce que même s’il n’existe pas deux quartiers identiques, la plupart se ressemblent, et les histoires des ghetto youth se ressemblement toutes un peu.

Il y a quelques jours, Sfera a évoqué cette collaboration improbable : “Effectivement je suis le seul et unique featuring présent dans le nouvel album de Sch, sur une co-production de Charlie. J’ai encore du mal à y croire, parce qu’il ne s’agit pas d’un arrangement entre label et manager … il nous écoute tout le temps, et c’est bien lui qui nous a voulu sur son projet. Nous sommes le seul featuring de son album, tu comprends ? C’est absurde ! Shablo (manager de S&C, et beatmaker célèbre en Italie) m’a appelé à 3 heures du matin et m’a dit “Mon pote, demain tu pars pour Paris, Sch te veut sur son disque”. Je réponds “QUOI ?” et quelques heures plus tard, je suis en train de discuter avec lui, en train de me dire qu’il tourne dans Marseille en voiture avec Ciny à plein-volume. La même chose que nous faisons avec ses morceaux, parce que franchement, qu’est ce qu’on en a à foutre de comprendre les textes ? Ce genre d’artiste, on peut l’écouter aux Etats-Unis, en France et même pourquoi pas au Japon.”

Comme le prouve le clip ci-dessus -BRNBQ, son dernier single-, on retrouve chez Sfera comme chez Sch ce même style très ancré street à la base mais de plus en plus ouvert sur d’autres univers. Le titre est un acronyme de Bravi Ragazzi Nei Brutti Quartieri, ce qui signifie très simplement “Des gentils garçons dans des vilains quartiers”. Il y aurait énormément de choses à dire à propos de ce titre, mais en tant que français vous n’en avez probablement rien à foutre … et puis surtout, cette image vaut tous les discours :

Schermata 2016-05-16 alle 23.21.47

Heureusement pour tout le monde, la voiture est louée pour les besoins du clip, mais voir quelqu’un rapper assis sur le toit d’une Alpha Romeo de la Police, est une image qui a beaucoup d’impact pour nous en Italie. Et cette manière de monter d’un cran à chaque fois dans l’envie de surprendre avec ce genre de petit détail, est probablement l’un des plus grands mérites de Sfera. Finalement, il n’est pas si étonnant qu’il se retrouve à collaborer avec un rappeur comme Sch, qui s’est quasiment donné pour mission de surprendre à chaque apparition.

Texte : Tommaso Naccari
Traduction : Genono

Kino, l’empailleur de monde | Portrait de la nouvelle ogive de Katrina Squad

Kino, à première vue, c’est l’archétype même du rappeur de 2016. Soit, un mélange indigeste et désormais banal de vocodeur, de visage masqué, de fusil à pompe, de beuh. Mais ça, c’est en grande partie du visuel. Car, dès la première écoute, on perçoit déjà l’originalité de la jeune signature de Katrina Squad. A la prétention lyrique se substitue l’exigence mélodique.

Masqué et armé, voilà comment il apparaît pour le moment. De came, de flingue, de bifton, voilà de quoi il parle. Le pitch tient en une ligne.

Et effectivement, on ne trouve absolument aucune volonté d’être original dans son discours : « ce monde est pourri » ; « la vie c’est dure » ; « on rentre en cellule pour des histoires de came » ; « Tu sais très bien qu’on s’tape, pour la monnaie-monnaie » etc… A peine énoncés, ses propos tombent la banalité la plus fade du rap français, et Kino le sait. Et c’est pour cette raison qu’il travaille non pas le sens, mais les sons. Tout chez lui repose dans une inlassable production de nuances dans le vocodeur. Il reprend les lieux communs les plus éculés du rap français pour les altérer de toutes les manières possibles. A la recherche de la nuance parfaite. Travail très minutieux, et plutôt réussi.

Le discours est devenu une simple matière qu’il s’agit de modeler. Matière reprise en boucle, que Kino fait varier, chuter. Tout est pure technique, et les quelques clips en ligne matérialisent bien cette artificialité. Le rappeur apparaît essentiellement seul, cagoulé donc sans visage, dans des décors sans vie. Il rappe sur les vestiges du langage, comme il s’amuse sur une carcasse de voiture carbonisée, ou dans des bâtiments désaffectés.

941063_258924757774113_2339896992373750689_nD’ailleurs, lui-même revendique cette technique à outrance, ce rapport calculateur et dépassionné au monde : « J’suis trop technique », annonce-t-il dans « Interstellaire », ou bien encore « ce monde est pourri, j’l’ai analysé », dans « Paralyser ». Toujours dans ce dernier morceau : »Il y a des corps à terre, c’est moi le décorateur ». Le monde est pourri, le monde est mort, de même pour le langage, et on les dissèquent. Une fois épuré et esthétisé, Kino l’empailleur remonte le décor au vocodeur. Quant à lui, désormais que le monde terrestre n’est plus un lieu habitable, c’est au-delà de la stratosphère qu’il se voit : « J’roule un teh c’est l’heure, voyage interstellaire », dans le morceau justement intitulé « Interstellaire », ou bien encore « J’vise la lune, car si j’la rate je serai parmi les étoiles » dans « Tu veux quoi ? ».

Adieu au monde, adieu au langage aussi. Kino « laissera parler les métaux », et c’est la meilleure chose à faire, se taire, du moins taire le sens. Puisqu’il sera toujours question de faire du bruit, de produire du son. A l’évidence, les sonorités obtenues atténuent, cachent la brutalité du propos. En ce sens d’ailleurs, le vocodeur et la prédominance des sonorités sur le discours vont lui valoir quelques comparaisons avec le rap américain. Enfin, le rap américain (on sait pas trop lequel d’ailleurs) écouté et fantasmé par des français non-bilingues.

En somme, Kino fait preuve de sagesse, et dans son usage plutôt sobre du vocodeur, et dans son rapport à la langue : cette matière morte et désarticulée avec laquelle il joue, et par laquelle il exprime brièvement son désir de quitter le globe. D’ailleurs la magnifique faute de conjugaison dans le clip « Tu veux quoi » illustre à merveille la nonchalance avec laquelle il s’empare de la langue française, ce qui fait, définitivement, très rap français.

A ce jour, aucun projet de Kino n’est encore sorti, et seuls quelques titres sont disponibles sur Youtube et sa page Facebook. Mais d’après ses dires, un EP ne devrait pas tarder.

Shay – Garcement Vôtre | Bootleg Captcha Mag

On sait peu de choses à propos de Shay, mais ce peu est très convaincant. Très efficace.
Ce dernier terme semble d’ailleurs le plus approprié pour définir sa musique. Chaque titre est juste, et donne l’impression d’être travaillé, re-travaillé, affiné. Le temps est sûrement l’ami de Shay, mais attention : la rappeuse est généreuse. Dans ses formes, et dans sa violence.
Le plus troublant c’est cette ambivalence à propos du temps. Malgré cette productivité elle semble en manquer. Cette sensation est perceptible à travers son style. Direct. L’argent de la drogue,
la faiblesse de l’amour. Les prods sans fioritures, sans concessions. Telle est Shay.
Shay, c’est seulement huit titres en cinq ans. Ce bootleg les réunit.

TELECHARGER LE BOOTLEG 
Cover

Bigg Meuj – 100 000 (Clip)

Il y a trois ans (déjà) Bigg Meuj sortait Gros Gramme 1.1 : excellent projet de 6 titres, qu’on a tous oublié un peu vite. Espérant entendre un jour une suite à des petits bijoux comme Jour et Nuit ou Quartier (avec Joe Lucazz) il fallait s’armer de patience, car visiblement l’ours aime prendre son temps. L’argent passe avant la musique : on le comprend. Gros Gramme 1.2 est dans le four et devrait sortir dés la rentrée prochaine. Minimum 100 000 est le premier extrait et il est plus qu’encourageant. Le Big revient solide, avec des légères touches d’autotune et un flow qui n’a pas pris une ride. Ajoutez à cela une prod préparée aux petits oignons par Germs & Jimmy Jaxx et vous avez un morceau de rap à écouter très fort dans la voiture, et une bonne occasion pour relancer 1.1 en attendant la rentrée.

 

 

Top 50 : Nakk Mendosa

Soit autant de (bonnes) raisons de se (re)plonger dans l’oeuvre de l’artiste le plus humain, et donc logiquement le plus sous-estimé du rap jeu.
50) Jour férié : Parce que le son tue, et parce que faire un son qui tue avec Brasco au refrain est un acte de sorcellerie pure.
49) Nakk Q : En fait, Nakk est le Musset contemporain et ses « Confessions d’un enfant d’un siècle », le XXème siècle, expose une réalité poussée aux tripes, où plus rien n’a de sens, et où l’autodestruction n’est que la seule issue possible ou presque. Dans cet environnement délétère, une prise d’otage est un jaillissement de vie qui refuse de se soumettre. Même pas besoin de forcer le syndrôme de Stockholm pour apprécier.
48) J’crois pas en l’homme : « Quand je les entends crier A-i tréma-e, je jouis, comme un huissier à Ikea vieux »
47) Keskya : Nakk et la célébrité, une isotopie récurrente, où la haine a très souvent supplanté l’amour. Dès son premier Ep, le jeune rappeur met en garde son auditoire (ou lui-même ?) contre les dangers du star-system. Le sujet ne réinvente pas la roue, et se sauve (encore une fois) par l’écriture au cordeau de Mendosa, parfaite de précision et d’humour grave.
46) Windows : Pas (ou peu) de thème, Nakk juxtapose des idées sur la nostalgie, le passé, le fait de vieillir sur le rap, le besoin de liberté, tacle avec humour Lil Wayne… Un son classique, et malgré tout: ça tue.
45) NDE : Un single sans surprise, balisé, mais efficace , et où Nakk fait une utilisation plutôt pertinente de l’autotune. Et l’idée d’un Nakk qui pose en cabine en costume correspondrait bien à l’image de dandy du rap qu’il a souvent semblé donné.
44) Je vise la lucarne : Un son propre, sans ratures, classique, rien à dire en fait. A l’image de nombreux sons de Nakk, le bail est bon sans être époustouflant, comme une frappe dans le petit filet nécessaire pour viser plus tard la lucarne.
43) Homme à part : Un morceau qui n’est pas intemporel est un morceau qui laisse des traînées, tantôt comiques, tantôt futiles, tantôt grotesques, mais qui a comme avantage d’être un témoin qui ne triche pas d’un monde qui n’est plus. Et c’est ce qu’est  » Homme à part », un son totalement ringard, et qui s’en trouve d’autant plus intéressant.
42) Prendre du fun : De Soldafada aux mésaventures en label, nakk profite d’une production soul vaporeuse pour jeter un coup d’oeil amusé mais lucide et acerbe sur l’industrie de la musique, sans tomber dans l’aigreur gratuite, ce qui est un exploit. Il préfère ne garder qu’un amour indéfectible envers le rap, ce qui est tout à son avantage.
41) Surnakkurel 4 : Comme la saison 2 de Twin Peaks: le son est bon, mais comment ne pas faire moins bien que le (presque) original?
40) Au calme : « Oh merde, j’m’éloigne de la Sacem de Billie Jean ». Nakk continue sa variation sur « Qu’est-ce qu’être un homme? » à travers de ses thèmes de prédilection: l’amour, l’argent, le succès. Sans ratures (ni fausses blessures).

39) Coincé dans ce monde : Nakk-Despo: la montagne accouche d’une belle souris, mais d’une souris tout de même. Un peu fainéant, le son ne répond pas aux attentes qui étaient certes irréalisables. A l’image de Darksun, « Coincé dans ce monde » est excellent, mais manque d’âme. Un comble, avec deux des rappeurs les plus incarnés du rap jeu.
38) La bête : PLus Ken Loach que la Haine, ici se joue la description d’une vie déterminée où les petits larcins mènent à la folie pour « la Bête », la rue. Un exercice de style toujours terrifiant quand il est bien mené, et où Nakk se fait chroniqueur bienveillant d’une jeunesse désoeuvrée.
37) Citoyens : « Et en 2020, on aura une vie d’chien et un autre De Villepin » Le contraste entre un Nakk désabusé mais mesuré et un Alkpote au flow vindicatif et aux menaces en tous genres et le principal intérêt de « Citoyens », gaché par le refrain affreux de Brasco. On est en mesure de regretter le relativement faible nombre de feats Nakk-L’empereur, tant leurs univers a priori dissonents ont beaucoup à voir.
36) Juste un rêve : Un sample légendaire (il paraît), un exercice de style utopique intéressant et maîtrisé de bout en bout, du name-dropping en pagaille: efficacité est le maître mot.
35) Mon ex :  » La métaphore filée (substantif féminin), association des mots de métaphore et du verbe français filer (au sens de poursuivre une œuvre, un processus) est une figure de style constituée d’une suite de métaphores sur le même thème. La première métaphore en engendre d’autres, construites à partir du même comparant, et développant un champ lexical dans la suite du texte. Bien que distincte, on rapproche la métaphore filée de l’allégorie. »
34) Darksun : La voix vissée devant la guitare électrique, Nakk oublie le format standard et se livre, sans juguler le flux de ses pensées, dans un long flot de phases sans refrain rafraîchissant. La détermination chevillée au corps, prêt à partir au combat, mais pas « En Ferrari, y a pas d’place pour le siège auto »
33) On se reverra là-haut : Terrifiés par la mort, cherchant le salut de leur âme et désespérés de voir les autres partir, Lavokato, l’Indis et Nakk, portés par la voix de Wallen, s’ouvrent à l’introspection la plus pure et la plus spirituelle possible. L’occasion de prouver que le deuil, et sa résilience, a toujours crée chez Nakk une force créatruce incroyable, et qui fait très cla irement se mêler sa vie publique aux soubresauts chaotiques du train de sa vie.
32) Ils disent : La catharsis par l’art ultime, à tel point que l’énumération de clichés racistes finit par donner le vertige. Nakk psychanalyse toutes les minorités de France avec talent.
31) Ne me juge pas : « J’baigne dans l’sang d’encre ». Rare de voir un Mendosa aussi vif, tranchant, multipliant les figures de style. Et un Lino comme très souvent efficace et hypnotique. Un titre martial.
30) La sentence : Plus que tout, ce qui frappe ici c’est la récurrence du « bordel », quand Nakk a toujours plus ou moins cultivé une image fédératrice et pacifique. Ici, la Sentence, qu’elle soit divine ou étatique, n’empêche paés l’irrépréssible besoin de foutre le « del-bor ». Une chanson qui déborde un peu du cadre Nakkien, une oeuvre un peu de guingois, même si le lyrisme familial surgit (Toujours cette larme dans les yeux, quand je pense à la resseu).

29) Invincible : C’que tu racontes c’est pas de la merde, mais on s’en bats les reins » Peut-être la meilleure syntèse possible du « problème  » Nakk, et qui provient de l’une des meilleures synthèses du style Nakk. Instru envoûtante, lyrics imagés comme un poème, pertinence et niveau d’exigeance constants, Invincible n’a pas de défauts, à part peut-être de ne pas en avoir. Nakk, un rappeur trop parfait ?
28) Dans la zone : Quel plaisir de voir une présence vocale comme celle de Grodash couplée au rassurant Nakk, parler de drogues et du côté pile, parano presque, du bon samaritain. Et ce ne sont pas les anges exterminateurs de l’instru qui diront le contraire.
27) Anges avec des air max : La métaphore est belle, n’est pas un miracle du tout. Nakk a parfois un aspect christique assez impressionnant: même idée du sacrifice, même utilisation de paraboles pour expliciter les abstractions, même forme de magnanimité. Et voir des anges en air max est peut-être bien voir la vie résolument du côté vie, avec ou sans postulat de départ religieux. Juste du côté de la vie et de l’espoir.
26) J’kiffe : Je sais pas pourquoi, mais j’adore cette chanson. Un vrai plaisir coupable.
25) Mourir en chantant : Belle manière de clôturer un album clairement décevant, Nakkos délivre un très bel épilogue, soutenu par une production sautillante mais mélancolique à souhait, et qui redonne de la sincérité et du concret à un projet finalement assez peu consistant.
24) Conséquences : Pourquoi les fleurs du cimetière sont si jolies ? Peut-être en partie pour donner lieu à des textes introspectifs incroyables ?
23) Nakk intro : Pour « Cultivé, je sais dire « nique sa mère » en latin ».
22) Rêve : La rencontre entre Tony et Virginie, celle entre deux coeurs brisés que la vie a abîmé, et qui se jouent à présent des vicissitudes de la vie pour construire un avenir ensemble. Le génie de Nakk est probablement de transformer des synopsis de téléfilm dominical en des tranches de vie lyriques, par une finesse d’écriture et de descriptions des sentiments humains, surtout féminins d’ailleurs. La chanson pourrait paraître à l’eau de rose (elle l’est un peu), mais il évite l’écueil misérabiliste avec brio.
21) On fait les bails : En 2016, un feat Alkpote-Joe Lucazz-Nakk serait un sacré évènement. Il y a près de 10 ans, cela donnait lieu à un excellent morceau à l’instru des plus calme, où un Alkpote toujours aussi technique croise le fer avec un Nakk élégant et un Joe Lucazz qui a le bon goût de commencer son couplet par « Testa di cazzo ». Que du positif.
20) Plan b : « Mon plan B, c’est respecter le plan A » est la phrase la plus doucement égotrip possible. Nakk varie les thèmes, l’argent, la célébrité, l’avenir dans le rap, un florilège des thèmes chers au rappeur. Et cerise sur le gâteau, un putain de bon refrain chantonné par Mac Tyer, jamais pareil en featuring que quand il est forcé à sortir de sa zone de confort

19) J’suis un lion : Seth Gueko avant son pacte faustien avec Bigard, Dosseh toujours très fort, un Nakk fidèle à lui-même: trois si bons kickeurs ne peuvent faire un son décévant. Et puis si on peut se foutre de la gueule de Skyrock…(On m’a dit Nakk, pas d’Planète Rap, c’est la semaine de Tony Parker).
18) Pourquoi : Pour le coup, le délire mainstream est poussé à son paroxysme. On frise la mièvrerie avec ce choeur d’enfant, ces « pourquoi? » anaphoriques comme autant de critiques faussement naives, mais au détour d’une rime, personne n’est à l’abri d’une introspection beaucoup moins candide (Pourquoi le top album n’est pas en mode Jacques Brel, ne me quitte pas ?). Un morceau beaucoup plus intéressant et pertinent qu’il n’y paraîtrait.
17) Mama : Passé la surprise de l’instru et d’un flow inédit, la chanson séduit par son story-telling bien construit et extrêmement émouvant. Un très bel hommage, par un rappeur qui a toujours su parler de son cas particulier pour atteindre son auditoire au plus profond de lui-même.
16) Juste humain : 2min30 de métaphores. Peu savent le faire, et pourtant pour Nakk c’est un morceau comme tant d’autres.
15) Mendosalve : Un freestyle introductif pour l’album le moins « sans concession » de Nakk, cascade de punchlines à l’appui, et où chaque rime semble vouloir écraser un peu plus son adversaire. Un combat de boxe où il ressort vainqueur haut la main.
14) Nakk outro : Sur une production fantomatique, qui patiente dans le couloir de la mort, Nakk clôt « Le Monde est mon pays » sans rire une seule fois, grave et poignant, hanté par la mort, le sexe sans amour, les amours qui déperissent. Un pessimisme culminant à la volonté martiale de mater l’échec et de combattre tout en restant pur et vrai. L’outro comme voeu chevaleresque, et un grand acte d’intelligence, magnifiée par une incarnation parfaite du morceau
13) Un morceau : Un hymne à la création artistique, une tribune à tous les rappeurs, même ceux du dimanche, une preuve de maturité évidente pour tenir la distance sur un unique concept pendant quatre minutes, « Un morceau » est la quintessence du savoir-faire nakkien, et un (très grand) morceau.
12) Nakkos : Voilà de l’incarnation pure. Un refrain martial, spartiate dans le dépouillement comme dans la force, des couplets comme des shoots d’adrénaline contrastés par des lucidités fulgurantes ( En narguant mon putain de destin, je sais que j’ai dû le froisser), « Nakkos » est la parfaite symbiose entre nostalgie et ras-le-bol (Des fois, rien à foutre de mon d’artiste, c’est Tonton Narcisse) et d’égotrip comme force motrice (Je suis le boss, j’ai envoyé un mail à Bruce Springsteen). Pas la meilleure de Nakk au niveau des multisyllabiques, mais un vrai morceau de bravoure, concret et puissant.
11) PIB : Cela serait trop difficile d’énumérer toutes les punchlines, n’en gardons aucune et laissons ceux qui connaissent hocher de la tête en silence, tandis que les néophytes dénicheront chacun leurs sentences préférées. Même si soyons honnêtes: le meilleur couplet, c’est celui de Despo.
10) Les yeux de la colère : Un Nakk désabusé qui fait ses comptes, de paranoia en véhémence, de violence (De la haine avec une grande Hache) à l’exortation populaire (On doit avoir les yeux de la colère, couleur rouge vif). Excellement bien troussée, la chanson démontre une fois de plus les qualités d’écriture incroyable de Nakk, Georges Perec du rap en français.

9) Sale Histoire : Le Nakk scénariste. Une dissertation tripartite sur les cadavres dans le placard, sur la culpabilité, sur la tristesse. Jamais moralisatrice, l’interprète omniscient voyant toutes les saynètes presque avec bienveillance, bien aidé par un texte excellent, comme toujours avec Nakk, imagé mais sec quand il le faut. Un classique.
8) Devenir quelqu’un : Eviter la putasserie de la chanson triste version 2.0 en piano-violon est un exploit.
7) Comme un poisson : Qui n’a jamais eu la chair de poule en écoutant « Comme 1 Poisson » ne peut pas comprendre l’oeuvre de Nakk. Une chanson extraordinaire aux allures de film noir, un poids lourd d’émotion brute, de regrets éternels et de résignation qui montre que la vraie prison n’est pas matérielle.
6) Chanson triste : Le « N°10 » de Nakk en fait: un son lourd, calibré pour l’être, un classique qui s’impose dans l’inconscient collectif comme étant LE son caractéristique connu et reconnu par le maximum de personnes, et qui ainsi perd son côté authentique original pour devenir une carte de visite parfois un peu pesante. Mais ne boudons pas notre plaisir, et même si on l’écoute beaucoup moins, « Chanson triste » est indéniablement une réussite à tout points de vue.

5) Le syndrome du trom : Peut-être moins populaire pour les parisiens, « le syndrome du trom » en tant que provincial, m’a toujours fait extrêmement rire. Toujours avec son art sidérant du détail et de la petite anecdote hilarante, Nakk nous expose un monde underground rempli de (gentils) vices, de personnages-phénomènes, et en profite pour nous montrer l’étendue de son humour, entre espièglerie, grivoiserie et causticité. Un son à écouter aux heures de pointe, évidemment.
4) Mon fils ce héros : Quel dommage que cette chanson soit atypique dans le rap hexagonal.
3) La tour 20 : On a tout dit sur la Tour 20. Que c’était un chef d’oeuvre, que le texte était même disséqué en cours de français, que la fougue de Nakk et son talent de conteur fait de ce single un instantané de la vie en Habitation à Loyer Modéré. Tout est vrai, et dans 100 ans, peut-être que le morceau sera étudié par des sociologues en pamoison devant cette description si fidèlement respectueuse d’une réalité populaire. « Mon HLM » de Renaud fait par quelqu’un de légitime et de talentueux.
2) Surnakkurel 3 : « Et j’ai dit à plus cousin, et j’parlais pas de mon groupe sanguin ». Chimène Badi, kick-boxing, Moktar le videur, les soirées interlopes de Nakk sont plus dangereuses que les vôtres. Pourtant, Nakk est comme vous, et sa couardise est universelle ( à plus de trois, t’entends le bruit de mes pas). Surnakkurel est un chef d’oeuvre d’écriture, un joyau, un diamant. Drôle de bout en bout, il montre à quel point il est difficile, même pour trois minutes trente, d’être dans la vie, dans la composition, plutôt que dans la juxtaposition et dans l’egotrip.
1) Dites-leur : De l’instru, narguante-insolente, aux interprétations parfaites de Nysay, « Dites leur » est une décharge brute de rancoeur, de violence, de haine larvée, de puissance textuelle, de génie musicale. Salif déboîte tout avec un couplet moyen mi-Booba mi-Rohff, mais en mieux. Le son est trop court, comme tous les chefs d’oeuvre. Pas besoin de donner la Légion d’Honneur, « pas besoin de traces de gland sur les lèvres ».