A relire : notre interview de Djé, avec deux mots de Mala dedans.
Clip : B.e.Labeu – Happy Beuday
Prod : Frencizzle x Gsnype
Clip : Les Chimistes
Rap Fury Road, la playlist rap français du premier semestre 2015.
On va me dire que c’est pour faire comme l’Abcdr, et ouai c’est un peu le cas, aucun scrupule. C’est surtout l’occaz d’essayer Soundsgood et d’inaugurer la catégorie Playlist, que l’on ambitionne de faire vivre régulièrement, mais qui va rapidement être lamentablement abandonnée, comme toutes les rubriques qu’on a lancé jusqu’à maintenant.
Ce premier jet regroupe donc tout ce qui s’est fait de mieux dans le rap français depuis janvier. 50 titres, soit 3 heures 30 de musique. PNL, forcément, du Rufyo, Djé, Vald, Zekwe, Juicy P, DFHDGB, Rochdi, Cokein … et puis aussi des mecs que personne connait, parce que sinon ce serait pas glop.
Y’a même un titre de Jul à un moment, parce que YOLO.
Et ça s’appelle Rap Fury Road, parce que Mad Max Fury Road est de loin le film le plus marquant de ce premier semestre 2015. Et puis surtout parce que ça me permettait de faire une cover flinguée avec Immortan Joe dessus, et que si on fait un volume 2, obligé je fous le bébé barbu avec une longue vue.
Clip : Juicy P feat Siboy – Mollo
Extrait de Bi-bi-bi-bi-Bicrav Tour, la compil.
Clip : Nylz Neves – Possédé | Prod : Zekwe
Extrait de Crise d’identité (aucune date annoncée pour le moment)
Clip : Aelpéacha – Pourquoi aller quelque part ?
Extrait de Ride Estivale.
Clip : Yuri G – Pop mon bail
Apres sa mixtape Texas Tea, Yuri G libère petit à petit des nouveaux morceaux. Après J’vais Mourir, il revient avec un nouveau clip « Pop mon bail » : deuxième extrait de son prochain projet intitulé Smelly Proof Stories, qui sortira à la rentrée. Sample de Three 6, basses lourdes, phrasé imbibé d’acide, teintes fluorescentes : bienvenue dans le monde de Yuri, là où les Pokemons côtoient les démons les plus malsains. Le clip a été réalisé par LK (Hôtel Moscou) et la prod par le jeune Yawata. Du violet, du vert et du Sprite. What else ?
Rufyo, 00h92 : dialectique pour trouver le sommeil
Il est de ces nuits où l’on dort mal. Il est de ces nuits où l’on se réveille en sursaut, en sueur, les draps trempés et le corps poisseux. on boit un verre d’eau, on se rafraîchit, puis on se recouche. Mais, rien à faire, de nouveau étendu, c’est l’angoisse, bien avant le sommeil, qui s’empare de nous. On est toujours en sueur, poisseux, et désormais angoissé. Angoissé par tout, par rien, par le passé, par l’avenir, par le lendemain. Angoissé par le temps… Sans doute est-ce une de ces nuits qui a motivé l’écriture de 00h92.
Problème initial : angoisse et grosse soif
Ce n’est pas par hasard si cet EP débute par le morceau intitulé funambule. Car le fil rouge du projet, c’est justement l’angoisse du funambule. Rufyo avance en équilibriste sur un fil suspendu défiant le vide vertigineux. A sa gauche, le présent en fuite perpétuelle, à sa droite, le passé d’ores et déjà révoqué.
Le rappeur est sans cesse balancé entre la nostalgie de son enfance et la frustration face à un présent insaisissable, un monde moderne qui lui file entre les doigts. Les blanches neiges côtoient les tainp’ – deviennent des tainp’ – et Clark Kent, le héros de sa jeunesse révolue, n’est plus qu’un employé de bureau. Il stagne entre les deux, il est dans l’attente : « Et j’attends de toucher le Soleil… « , « Le jour point à l’horizon mais je bouge pas…« .
Plus encore, le rappeur ne sait que faire entre rêver, ou se laisser gagner par les cauchemars et garder « la lumière allumée « , histoire de se refuser tout repos afin de rester constamment connecté au temps présent. Les rêves sont faux et sont une perte de temps, mais en fin de compte le réveil est tout aussi décourageant. On se réveille, et même à minuit, la rue est saturée d’éclairages artificiels, ce qui est notamment très perceptible dans les clips, comme si le monde continuait de tourner sans nous. Le monde n’appartient plus à ceux qui se lèvent tôt. En fait il n’appartient plus à personne. Il nous file entre les doigts, il ne nous est plus possible de le suivre. Chez PNL, on récuse cet état de fait, chez Rufyo, on le constate plus que tout. Les rêves offrent de faux espoirs, et la réalité impose de vraies désillusions.
Dans l’attente, et le temps passe. Et le temps, lui, n’attend pas, il prend la fuite et sème au passage notre ami : « Le temps a pris la fuite et ne se retourne pas ! « . Rufyo est perdu, et ça s’entend : »Et qui je suis ? En vérité personne… » ; « Mais putain fréro j’suis vide… Putain fréro j’suis vide ! «
On entend déjà les critiques : « Oh le pauvre gars ! Mais c’est du rap de babtou fragile ! De la m**** ![…] ». Mais le gars en question n’en reste pas là, et heureusement.
D’ailleurs, si c’est le temps des critiques, on peut aussi en évacuer une autre. Là où d’aucuns, forcément malveillants, verraient la preuve d »un matérialisme bêné lorsque Rufyo nous parle de monnaie : « Et j’veux d’l’argent, beaucoup d’argent, j’cours après mes rêves, j’cours après l’argent…« , les vrais bougs comprendraient qu’il s’agit simplement d’une échappatoire, en tant que l’argent est une valeur sûre, lorsqu’il est question de mener une vie tranquille, sans vague, sans se poser de question. Lorsqu’il faut mettre à l’abri la mif’ quoi, comme dirait l’autre.
Mais, soyons clairs (et naïfs, juste le temps d’un EP), ce n’est pas cette solution qu’il faut retenir de 00h92.
Négation : tise et petites convoitises
La tumeur cernée, cette connerie d’angoisse qui gangrène l’existence, il s’agit d’y trouver une solution. La première option est moche et barbare comme une amputation. Mais oublier, c’est facile et efficace.
Et Rufyo n’est pas le dernier à nous dire qu’on peut noyer ses soucis dans l’alcool : « perdu dans ma bouteille, perdu dans ma bouteille… » ; « Noyé dans une fontaine de rosé « . Titubant entre tequila et jéroboam, et pourquoi pas jéroboam de tequila tant qu’on y est. L’angoisse perd de sa superbe avec trois litres d’alcool dans le sang. Les proportions s’inversent et l’univers rétrécit quand les belles formes monopolisent le regard : « Tes louboutins qui te rendent si grande quand le ciel me paraît si bas « . Que dis-je, quand les belles formes monopolisent la totalité des cinq sens : « J’te baise, j’te laisse à l’hôtel « , pour sampler un de ces compatriotes du 92.
La tise comme anesthésiant, et les rêves de gosse en guise de gerbe. Histoire de faire table rase du passé. On oublie les rêves d’enfance, on abandonne ses héros Marvel : « Noyé dans un souvenir depuis que j’ai enterré mes héros ! « . On tente de faire le deuil d’une décennie d’innocence et d’illusion de toute-puissance : « Combien de billet je dois brûler, pour oublier qu’mes rêves ont fâné …« .
Confronté au monde et à son immensité, Rufyo ne peut que déclarer forfait. Réaction plutôt lucide, malgré l’ivresse qui n’est jamais très loin. Il revoit ses projets à la baisse, et se nourrit alors d’ambitions plus modestes, plus mesurées. Il ne rêve plus de niquer la Terre entière, si tant est qu’il en ait déjà rêvé. Désormais il ne convoite plus qu’une entité à taille humaine, de manière sobre et respectable, ai-je envie d’ajouter : « T’es pas parfaite mais tes défauts me plaisent « ; « Danse et danse pour moi…« .
Bon ok, c’est cool, c’est respectueux, mais ça ne suffit pas à composer un EP d’exception.
Et en vrai il n’y a aucun mérite à amputer, ni aucun challenge à tiser. Il y a encore autre chose dans cet EP.
Négation de la négation : les quatre-vingts douze coups de minuit
Et c’est là que ça devient vraiment intéressant…
00h92 est sans aucun doute une oeuvre dialectique. Ou plutôt, une oeuvre qui est l’aboutissement d’une dialectique. Il va sans dire que mélancolie et modernité sont les maîtres mots de cet EP. C’est entre ces deux pôles que Rufyo évolue, tour à tour malmené par l’un et l’autre. Pathétique au milieu de ces deux monstres, finalement encore plus pitoyable une fois saoûl, le salut se trouve ailleurs, pour quelques billets et beaucoup de talent, dans une écriture, un logiciel autotune et des prods de haut vol.
Le monde est clairement trop gros, alors on se recentre sur soi-même, on fait avec ses propres moyens. Ainsi produit-il un projet plutôt humble et modeste en quantité (sept morceaux), mais ce format concentré permet d’obtenir un résultat cohérent et efficace. Tous les morceaux sont très travaillés, et s’ils explorent chacun une voie différente, ils gardent quelque chose en commun dans la thématique.
Rufyo se désintéresse de la lutte, nécessairement vaine, pour le trône. Son écriture dénuée de démonstration technique, et plutôt fluide, traduit son détournement de la compétition. Il débarque de nul part, certes, mais il n’a rien à prouver, car il laisse le soin à d’autres de conquérir le monde. Il use d’une liberté de ton totale, mais ne tombe jamais dans l’excès. Il ne cherche pas à être le plus vulgaire, ou à l’inverse, le plus littéraire : il manie un style léger, simple, mais en fin de compte assez subtil et efficace. Ses métaphores, énoncées avec un naturel apaisant, offrent autant d’opportunités pour faire travailler l’imagination : « Poudre aux yeux pour aveugler un camé… » ; « j’vois l’avenir dans ton boul’, mais j’me méfie des faux rebonds…« .
Et tandis qu’il joue avec ses hantises par la mise en forme rythmée et « rimée » de son écriture, il saute à pieds joints dans le présent et l’actualité – certains diraient dans le futur – lorsqu’il fait montre de sa maîtrise du logiciel autotune.
Mais la dualité mélancolie/modernité, ou temps passé/temps présent, se retrouve aussi dans les productions de Frensh kyd. On y trouve de la modernité et du romantisme, enfin du romantisme au sens qu’on donnait à ce terme au XIXè siècle, c’est à dire la conscience d’être un individu seul et fini face à l’Immensité. Modernes car planantes et rythmées, un peu cloud rap, et c’est sans doute la raison pour laquelle Thomas Blondeau parlait de « productions futuristes » dans les Inrocks. Et romantiques car évocatrices de la condition humaine. En tout cas, c’est ce que peuvent évoquer, peut-être à tort, les notes de piano perdues au milieu de silences et de souffles profonds, qui introduisent les morceaux « Funambule », « Danse pour moi », « Quand la nuit vient », ainsi que l’écho répété au début du morceau « 00h92 ».
La modernité est donc assumée dans le choix des prods aux tendances cloud, mais aussi dans le choix du rappeur de mêlé rap, chant et artificialité de l’autotune.
Autre aspect de son esthétique, les clips constituent une belle métaphore de son univers. on y constate la modernité, l’artificialité, et on y adhère pour la mettre en chair, la faire sienne. C’est ainsi que les boulevards vides truffés de mille et un lampadaires éblouissants sont traversés pied au plancher et pleins phares par un vieux modèle de Ford Mustang, au volant duquel se trouve sans doute Rufyo. De même, l’imaginaire enfantin y est perverti : ces saintes, toutes de blanc vêtues, révèlent par la suite une autre nature, créatures de chair et de désir (mais pas non plus vulgaires, aucune ne porte de string, il s’agit de simples sous-vêtements blancs. Quand je vous dis qu’il est subtil).
L’écriture, l’autotune et le beat. Trois flèches pour deux monstres.
00h92, c’est donc à l’évidence un titre qui met l’accent sur la question du temps. Le temps qui passe et le temps passé. Et cette heure fictive qu’annonce Rufyo s’entend comme une abstraction, comme un temps mort qui, le temps d’un EP, offre une alternative loin des agendas, loin des réveils. Sentiment décuplé lorsque le projet tourne en boucle. Rufyo s’attaque et se libère de cette angoisse intrinsèque à la condition humaine, celle de la conscience du temps qui file et défile devant nous jusqu’au jour dernier, lui qui se dit, pour finir, « mort à la vie » sur un beat claironnant et victorieux.
Et si Salif n’avait jamais arrêté le rap ?
Cinq ans. Il y a très exactement cinq ans que Salif n’a plus donné de nouvelles au public. Un quinquennat complet. A l’époque, Nicolas Sarkozy était encore Président de la République, Dominique Strauss-Kahn était pressenti pour lui succéder, et Mouammar Khadafi rêvait encore d’unir l’Afrique. Alpha 5.20 venait d’annoncer la fin de sa carrière de rappeur, Kery James aussi. Le Blavog était au sommet de sa gloire, Big Flo fêtait ses 15 ans, Oli ses 12 ans, et l’usage du vocoder était encore sujet à controverse.
Qui m’aime me suive a donc été la dernière étape du parcours de Fon. Une carrière de quinze ans, conclue sur L’Homme Libre, seizième piste d’un projet hybride mal compris par le public, malgré les 20000 exemplaires vendus. Un public qui n’a jamais vraiment su cerner correctement Salif, lui réclamant à tort et à travers de revenir au style de Tous ensemble Chacun pour soi, quand lui considérait ce premier album comme le moins représentatif de son personnage. Résultat, Salif s’en est allé sans faire d’annonce, et ses plus fidèles haters ont été les premiers à reconsidérer son impact sur l’histoire du rap français. Comme Alpha 5.20, il a été sacralisé. Le public s’est rendu compte a posteriori qu’il tenait là deux des plus grands rappeurs français de l’histoire. « On ne reconnait ton génie qu’après ta mort« , disait Despo. Retourné auprès du commun des mortels, Salif est désormais gérant d’une sandwicherie. Sans le prévoir, il avait déjà annoncé sa reconversion quelques années plus tôt : « la rue m’a dit : blanchis ton gen-ar, ouvre un grec« .

Et si tout cela n’était jamais arrivé ? Et si le public avait suivi Salif sur Qui m’aime … ? Et si Salif n’en avait simplement pas eu ras le bol de ce maudit rap-jeu ?
Septembre 2010. Qui m’aime me suive est dans les bacs depuis quelques semaines. Pas refroidi par l’accueil mitigé reçu par le disque, Salif embraye, et annonce déjà la suite. Face à la caméra de Fif, il annonce : « Je peux pas encore te dire si ça sera une mixtape ou un album, mais ça va arriver vite, t’auras pas le temps de me voir venir. Comme quand tu chécra par surprise et que t’as oublié le latex : ça aboutit sur un beau bébé. Un bébé avec un uzi. Draaah !«
Salif tient parole : neuf mois plus tard, le bambin est prêt. Quelques soucis de distrib retardent la sortie, forcément, mais l’essentiel est là : le 20 juin 2011, La Fleur au Uzi est dans les bacs. « Pourquoi je l’ai pas appelé La Fleur au Fusil ? Parce que La Fleur au Fusil, ce sera mon vrai album. L’album que le public attend que je lui livre depuis des années. Je sais que Curriculum Vital n’a pas convaincu tout le monde, j’ai peut-être trop cherché un format qui me correspondait pas« . La Fleur au Uzi -mixtape dont le format rappelle vaguement Prolongations– est avant tout l’occasion de mettre en avant des talents franciliens pas forcément exposés, du moins selon Salif. « Sur ma mixtape, j’ai invité Niro, Lacrim, Butter Bullets … Tous ces mecs là, ils ont du talent, fréro, mais personne veut leur donner leur chance. La Fleur au Uzi, c’est fait pour ça. Le rap français, c’est en train de devenir comme le cinéma français. On veut pas de nouvelles têtes, faut toujours que ce soit le fils d’untel qui prenne la place d’un autre … La rue, c’est pas ça. Tu viens, tu prends ta place, point barre. Et si le mec en face est pas content, tu l’allumes. Dans le rap, bientôt, t’auras plus que des dinosaures, les mecs veulent pas lâcher le steak. Mais les petits, en bas, ils coupent leurs barrettes au rasoir ! Faut les faire croquer, bordel. C’est comme toi, Fif : toujours à mettre en avant les mêmes têtes sur ton site. Mets Lacrim en avant par exemple ! Mais nan, toi, tu préfères attendre qu’il nage dans la merde, et le jour où il va faire un disque d’or, là tu vas lui dire « viens, on fait une semaine spéciale rien que pour toi ».«
La Fleur au Uzi ne fonctionne que partiellement, le public jugeant trop obscur ce format où Salif ne s’autorise que 4 solos. Plus qu’une mixtape, il s’agit presque d’une compilation. Le public réclame du Salif en solo, mais lui n’en a que faire. Le rap est un sport d’équipe, et son meilleur coéquipier reste et restera Exs. Celui qu’on n’avait plus entendu depuis Sisi la Famille est remotivé par l’envie débordante de son binôme : en 2012 sort 15 ans plus tard. Annoncé comme un projet solo d’Exs, cet album est quasiment un nouveau projet de Nysay : Salif y apparait sur 12 des 15 pistes, Exs ne s’autorisant que 2 solos -le dernier titre étant un featuring avec Ali et Wallen. Et dans le même temps, Salif continue de rafaler : il apparait sur Neochrome Hall Stars Game, sur Peplum, ou encore sur la réédition de Paraplégique.
Stakhanoviste, Salif balance des l’année suivante La Fleur au Zizi, un EP trivial et réservé aux oreilles averties. Face aux critiques des internautes considérant qu’il s’est perdu à vouloir faire du « rap rigolo », Salif s’emporte face à la caméra du Blavog et de Captcha Mag : « Donc Michaël Youn, un mec qui n’a rien à voir avec le rap, a le droit de venir chez nous, rigoler de notre musique, et baiser tout le monde en prenant des centaines de putains de milliers d’euros … et moi, après tout ce que j’ai fait, après quinze putains d’années de carrière, après avoir poussé des mecs qui avaient rien et qui aujourd’hui font des disques d’or … moi, Salif, j’ai pas le droit de faire du rap en rigolant ? Mais allez vous faire enculer ! Et je vous le dis, j’te le dis à toi avec ta caméra et tes cheveux grisonnants, mais je le dis surtout aux auditeurs : si vous avez rigolé sur les chansons de Michaël Benayoun, et que vous venez critiquer mon EP, vous êtes des fils de putes. Nan, nan je vais pas dire fils de pute, parce que vos daronnes y sont pour rien. Mais vous êtes de vraies putes ingrates« . Malgré un single porteur avec Alkpote (« La fleur au zizi, tu pleures comme Suzie, effleure mon uzi, j’fume fort la cheezy« ), le succès n’est pas au rendez-vous.
Salif disparait pendant 12 mois, laissant pour seule trace un featuring avec Kaaris sur Or Noir part.2 (Chargé), et deux avec Alkpote sur L’Orgasmixtape (Hors-jeu -fabuleux trio Alkpote/Salif/Joe Lucazz-, et Mongoldorak Remix). En décembre 2014, il annonce une série de 13 freestyles avant un nouveau projet. « Ce sera un album avant l’album, un peu comme quand j’ai fait Boulogne Boy. Sauf que l’album arrivera directement derrière, y’aura pas trois ans d’attente comme la dernière fois. La Fleur au Fusil est enregistré, mixé, terminé. Mais je peux pas le balancer comme ça, faut que je prépare le terrain« . En mars, après 13 freestyles clippés qui ont laissé le public bouche bée, Le Pompe est Chargé, l’album avant l’album, est dans les bacs. Gros beats trap, autotune dans tous les sens, Salif s’est éclaté comme jamais. Considéré comme son meilleur projet depuis Prolongations par le public comme par la critique, Le Pompe est Chargé est pourtant celui qui se vend le moins. Un véritable échec, puisque les frais engagés pour l’enregistrement, les clips, la promo et la distrib -Salif fonctionne toujours en indé- sont à peine remboursés. Il se consolera avec l’énorme succès du single Red Zone, en feat avec Lacrim et Nessbeal, sur R.I.P.R.O vol.1.
Déçu mais pas résigné, Salif embraye et balance en juin un premier extrait de La Fleur au Fusil. La trap a été mise de côté, les sonorités fleurtent du côté du dubstep, même si un gros solo de guitare électrique vient conclure le morceau. Évidemment, le public ne s’y retrouve pas. Un mois plus tard, le deuxième extrait, en feat avec Isleym, divise encore : les trentenaires réclament le Salif de Tous Ensemble, quelques mecs là-bas au fond (moi, surtout) réclament le Salif de Sisi la Famille, et tous les autres continuent à rêvasser d’un Prolongations 2.
Fatigué de toutes ces conneries, Salif ne sortira plus rien. Sans faire d’annonce, sans communiqué de presse, sans tweet ni statut facebook. La Fleur au Fusil ne verra jamais le jour, et la carrière du plus grand rappeur de l’histoire du rap français s’achèvera dans le silence. Quelques mois plus tôt, sur le plateau de l’Abcdrduson, il déclarait au sujet de Prolongations 2 : « Si je veux servir du réchauffé, autant ouvrir une sandwicherie …«
PNL : l’appel de la jungle | Dialogue infructueux et véritablement abject
C’est l’histoire de deux mecs. Non, il ne s’agit pour l’instant ni d’Ademo et ni de Nos, j’essaie juste de planter le décor de mon article. Donc c’est l’histoire de deux mecs. Appelons-les Romarin et Igor Illitch. Comme chacun se doute, ils ne sont pas assis côte à côte au pied d’un arbre, mais plutôt en lisière d’une jungle luxuriante, et surtout, farouche. Une jungle à laquelle ils tournent le dos, qu’ils feignent d’ignorer, mais qui pourtant est là, massive.
Ah oui, autre détail aussi, ils ont écouté les tracks de PNL, qu’ils passent désormais en boucle. Mais cette obsession n’est pas sans tourmenter Igor Illitch …
ROMARIN
(Au hasard d’une énième conversation à propos de PNL.)
…Il y a de fortes chances qu’ils percent et qu’ils aillent loin, très loin.
IGOR ILLITCH
En tout cas, c’est pas l’ambition qui leur manque ! Mais gros… Leur succès pose question quand même…
Igor Illitch, ce cher Igor Illitch, ce pauvre Igor Illitch qui ne peut se défaire de l’idée que tout s’explique nécessairement et rationnellement, se lève alors et entame les cents pas, pensif et perplexe. Pauvre Igor Illitch. Le voici qui tourne sur lui-même. Les yeux desespérement fixés sur ses pieds, intriguante créature que la jungle semble observer avec étonnement.
IGOR ILLITCH
Crois-tu, toi, qu’il ne puisse y avoir aucune logique derrière ce phénomène musical ? Pire encore, comment se ferait-ce qu’on puisse adhérer sans réserve à ce flot d’insanités abjectes sans raison aucune ? Souffrirait-on du syndrome de Stockholm ?
Pauvre Igor Illitch, qui espère à terme faire entrer PNL dans les structures de l’entendement humain. Il tourne, il s’arrête. Puis il reprend son chemin de croix, il tourne, il s’arrête de nouveau. Après avoir suffisamment remuer sa propre matière grise, Igor Illitch en arrive à une conclusion.
IGOR ILLITCH
Bon… Il faut tout de même noter que, lyricalement, littérairement, il y a 3-4 trucs intéressants. Au-delà de l’abjection apparente, il y a un fil rouge dans leur oeuvre, qui ne se limite pas à la bicrave. Je parle de Mowgli et de Simba.
Parce que derrière les « Onga ! Onga ! « , Mowgli et Simba, c’est tout de même le récit d’une enfance innocente, et gavée de Disney, jetée par nécessité dans le monde réel de la fracture sociale, d’une jeunesse abandonnée à elle-même, et donc en dernier ressors, le monde de la débrouille, pas nécessairement légal. En bref, dans le monde sauvage de la bicrave. « J’vends d’la drogue, c’est pas un hasard » nous dit N.O.S dans « J’comprends pas ». Pour moi, Mowgli c’est le retour à l’état de nature, à la loi du plus fort, mais il faut s’imaginer cette fois que ni Bagheera, ni Baloo ne sont là pour protéger le petit homme des mauvaises intentions de Kaa et autre Sherkan. C’est donc en partant de Mowgli qu’on peut arriver à PNL, à comprendre leur logique. L’univers est sale et sauvage, mais le petit homme n’y est que par contrainte, et ne doit y rester que provisoirement. PNL c’est ça. On vend, mais c’est avant tout pour mettre à l’abri la mif. On ne le fait pas par plaisir. Il faut forcément mettre les mains dans le camboui s’y on compte faire démarrer le monospace familial. Tout ça parce qu’on avait promis à Simba le trône, traduisons par la réussite, mais c’était sans compter sur Scar. Mais tant pis, on lui a promis, alors Simba va la chercher, cette réussite, peu importe les moyens… Bon voilà, ça c’était pour le fil rouge… Et le petit homme pour se faire entendre dans cette nature crie « Onga ! Onga !« .
ROMARIN
(sceptique.)
Ouais, ouais… Certes, certes…
IGOR ILLITCH
Bon le problème, c’est quand on commence à faire du charme à Mowgli. C’est quand les mauvaises herbes, carnivores et voraces avec ça, se personnifient en créatures plantureuses. Et c’est quand maman n’est malheureusement plus dans le coin : « Pas besoin des bras d’une femme, j’connais pas ceux de ma mère. « . Alors, certes, chez PNL on se passe de l’amour sincère des femmes. Mais pas du charme de certaines d’entre elles. Ainsi, comment ce fragile Mowgli peut-il ne pas succomber à la beauté naturelle et sauvage de dame Misère & dame Haine ? A leurs baisers pleins de vie ? « A bout de souffle ma Haine me redonne de l’oxygène« .
ROMARIN
Ouais enfin t’enflammes pas, ce sont deux figures de style éculées au sein du rap français….
IGOR ILLITCH
Ouais peut-être… Mais là je m’oppose quand même à une chronique du site Lerapenfrance.com, qui ne voyait ni métaphores ni subtilités chez PNL. Certes ils ne pensaient pas à mal, mais j’estime qu’ils ont tort. La subtilité, elle est dans ce petit homme, ce Mowgli des temps actuels, qui traverse les morceaux, confronté sans cesse à la tentation symbolisée par les deux femmes fatales que j’ai précédemment évoquées. Alors qu’on vienne pas me dire qu’il n’y a pas de contenu chez PNL !
« Et j’suis la pomme pourrie qui s’écarte du panier !« . PNL, c’est simple. C’est Mowgli qui s’est perdu dans la jungle. C’est Tony Montana les mains dans la merde. La question est : comment on trouve la sortie ? Et là, PNL nous propose deux réponses. Concrètement, la bicrave. Et de manière plus abstraite, celle qui nous intéresse car c’est celle qui constitue l’essence même de leur musique, par l’esthétisation de la merde. On part de la merde comme matière première et on la sublime. D’où le fait qu’on ne peut s’arrêter à l’abjectitude du propos si on veut pouvoir saisir l’essence de PNL. Pour les écouter, il faut faire une concession en tant qu’auditeur, là où les deux essoniens n’en font aucune. Le verbe grossier et obscène est de la partie, parce que la matière première que le groupe malaxe et cherche à mettre en forme, c’est la merde.
On ne nie donc pas la merde : au contraire on la scande en long, en large et en travers. » J’ferme les yeux, j’vois la merde, j’ouvre les yeux, j’vois la merde ! » On ne la nie pas, on la sublime.
Et alors, les moyens pour sublimer cette merde sont plutôt nombreux, et je ne peux en rendre compte de façon exhaustive, mais j’ai déjà quelques idées…
ROMARIN
Putain dis-le si tu comptes faire une thèse !
IGOR ILLITCH
Ecoute, écoute… J’ai envie de dire : ouais, les paroles sont abjectes, obscènes, vulgaires, grossières et débiles chez PNL – du moins à la première écoute – en témoigne cette mesure choisie au hasard : « Les putains tournent en rond pour attraper ma queue ! « . Mais ils ont leur propre écriture, même si elle est crue. La merde, lorsque l’un ou l’autre rappeur lambda de je ne sais quelle contrée la raconte, est souvent lourde, pesante, basse de plafond. Chez PNL, j’ai plus la sensation d’une légère abjectitude, ou plutôt d’une abjectitude rendue légère. Au fait, je dis « abjectitude » et non « abjection », parce qu’en soi, justement, leur taf artistique n’est pas une abjection. Tout leur effort artistique consiste en effet à rendre la merde légère, volatile, afin de s’envoler loin, loin des bâtiments cafardeux du 91. Ce n’est plus Mowgli, c’est Aladin. Bon, bref, alors comment en arrivent-ils à ce résultat, lyricalement parlant ? En faisant une analyse très scolaire, on remarquera, cher ami, que l’architecture de leur écriture est très anti-narrative. Ce qui rend par ailleurs l’écoute assez ardue. Une difficulté d’écoute aussi accrue par une écriture farcie d’un argot dont la signification m’échappe parfois.
Tout d’abord, ils semblent faire régulièrement fi des déterminants. Pourquoi ? Peut-être pour affranchir le substantif, l’amener sans garniture, sans ambages superflus, bref qu’il tombe d’un coup brutal, qu’il martèle. » Sang sur l’pull, Sang sur l’pull, Sang sur l’pull… » Je vais pas faire un inventaire, réécoute les morceaux tu t’en rendras compte.
Deuxièmement je…
ROMARIN
(Il coupe la parole d’Igor Illitch.)
Mec tu pars dans un truc hyper-scientifique alors que c’est juste une affaire de sensibilité !… T’as cru que N.O.S et Ademo se mettaient autour d’une table et réfléchissaient tous les matins à comment ils allaient faire au déterminant près pour savoir comment créer l’effet qu’ils veulent ? Non ! Ils couchent sur le papier comme ça vient, et par chance ça vient comme il faut ! « Je crains surtout que tu ne voies un raisonnement subtil dans ce qui n’est que l’expression du plus violent sentiment de mon âme. » C’est dans un livre de Gide. Je pense que tu fais la même erreur avec PNL… T’as trop bédave toi !

IGOR ILLITCH
Ta gueule et écoute ! Parce que si eux écrivent instinctivement, il est nécessaire pour moi de trouver d’où vient cette sensation de légèreté et de toute puissance ! Deuxièmement donc, ils éclatent, ou plutôt devrais-je dire en toute rigueur ils disloquent leurs phrases en les distillant sur plusieurs mesures. Où commence et où s’arrête donc la phrase ? Tel est un autre de leurs moyens pour se libérer d’une narration trop plate. « On est loin / De la vie / A Tony / Fuck Sosa . » ; ou bien encore « J’ai pas d’Audi TT / J’pars pas, pas l’choix / j’bibi c’t’été » , ou encore « En photo sur Facebook, sur Twitter et en fait / Pas 36 solutions, en photo jusqu’au 36 des orfèvres « . Après va réécouter par toi-même si t’es pas satisfait de mon explication. Enfin, le dernier pilier de cette architecture anti-narrative consiste en la destruction du traditionnel schéma « sujet-verbe-complément ». Avec PNL on débute régulièrement une phrase par un complément. On complique de ce fait la narration. »Pour les autres, on s’enjaille » ; » Quelques euros, j’prends ma part » ; » Le coeur délogé, ils ont cassé ma tour » ; » Encore en retard, j’arriverai pas à l’heure » ; » Un destin, mais y’a hummmm… » ; « Rouleau de scotch, pour pas que tu gueules » ; etc….
En bref je défend l’idée qu’il s’agit d’une écriture ambiguë qui à première vue verse dans le banal et l’abject mais qui une fois le recul pris acquiert une originalité et une certaine grandeur dans la récurrence de certains thèmes au fil des morceaux et dans une architecture de l’écriture qui amène une autre dimension….AHAAAAH…. Sa mère ! Ça essouffle !
ROMARIN
Mouais… Tu surinterprètes un peu à mon avis, surtout avec ton idée d’ « architecture anti-narrative » là… La légèreté de cette « abjectitude », comme tu dis, elle est plus à chercher dans les instrus, l’autotune, voire dans les clips aussi… Mais j’avoue que t’as dû bien taffer pour accoucher de cette réflexion… Même si elle peine à tenir debout.
IGOR ILLITCH
Je t’en remercie cher ami. Et tu as raison, l’autotune et les instrus constituent les deux matériaux indispensables, que dis-je, les deux mamelles pleines et voluptueuses qui permettent au groupe d’accéder à cette sensation de légèreté. Les prods sont planantes et travaillées, et l’autotune, maîtrisée à la perfection, éloigne nécessairement des voix graves et rauques habituelles du rap français. Et effectivement les clips contribuent aussi à alimenter leur esthétique. Honnêtement, c’est peut-être le seul groupe que je connaisse auquel je peux rattacher une esthétique propre dans les clips. J’entends par là que leurs clips ne ressemblent à nuls autres dans le rap français. A côté des plans classiques en bas des tours avec les potes du quartiers, chez eux on trouve aussi une photo ultra léchée, au ralenti, marquée par des couleurs très vives et blanches, qui est associée à un minimalisme volontaire : une couronne ensanglantée, une sphère, un écran sur lequel apparaît Vegeta, une larme de sang qui coule du pec’, une paire de basket devant un commico…
Loin des clips banals et ultra-matérialistes, je dirai que PNL nous offre plutôt des figures allégoriques. Des génies te dis-je ! Regarde les clips et dis-moi combien de Kalachnikovs tu recenses ?? Zéro !
ROMARIN
Ouais. Enfin moi, je pense qu’ils se réfèrent juste à leurs méthodes de dealers pour le processus de création artistique. Comme ils ont sans doute l’habitude de couper la merde qu’ils vendent, et ben ils font pareils pour le rap. Ils racontent la merde dans laquelle ils sont, et ils la coupent à l’autotune, entre autres. C’est comme ça qu’ils subliment la merde, ces gars.
IGOR ILLITCH
Ouais enfin ça c’est un peu ce que je voulais dire !
Aussitôt qu’il prononce ces paroles, un souffle glaciale émane de la jungle et paralyse leurs corps, tout d’un coup refroidis. Une frayeur les traverse alors.
IGOR ILLITCH
(sur ses gardes.)
T’as senti toi aussi ??
ROMARIN
(finalement rassuré.)
Ouais… Ca fait du bien cet air frais, j’étouffais…
IGOR ILLITCH
A moi ça ne me plait guère !….
ROMARIN
Décontracte-toi mec ! Laisse-toi bercer par cet étrange composition qui nous caresse les tympans. On croirait entendre nos deux rappeurs…
Effectivement, cette bouffée d’air frais parvenait des profondeurs de la jungle. Il paraissait s’agir d’une remontée, bientôt tambourinante, des exhalaisons les plus acides auxquelles s’était couplée une douce pureté sauvage.
« … Ce soir, j’fume un gros, gros deh / J’téma ton postérieur, j’veux l’même en po-poster ! «
ROMARIN
Sérieusement gros, pourquoi tu cherches à tout t’expliquer ? Il suffit de kiffer sa race tranquille ! T’écoutes le morceau et t’apprécies, c’est tout. Pas besoin de traduire en parole cette sensation de plénitude. Surtout qu’elle risque d’être incomprise…
IGOR ILLITCH
Ouais… Je sais pas… T’as peut-être raison… J’m’embarque sans doute à tort dans une spéculation délirante… Enfin bref, akhi, la seule chose dont je suis sûr, c’est que cette passion est pleine de paradoxes. Et au moins en cela elle a un intérêt…

J’ai bien peur que notre Igor Illitch ne se trouve ici face à une aporie. Ses tentatives plus ou moins laborieuses de rendre intelligible sa passion pour PNL semblent être malvenues, manquer de pertinence, comme l’affirme Romarin, car il ne s’agit pas dans les morceaux de PNL de transmettre un quelconque « message » destiné à la raison de tout un chacun, bien au contraire. Tentez donc vous-même d’expliquer pourquoi vous kiffez à un proche qui n’a jamais écouté. Ce n’est pas la bonne solution pour partager votre passion. Non, il faut tendre un guet-apens à ce proche, de telle sorte que sans mot dire, il se retrouve brutalement en train d’écouter « Je vis, je visser ». De cette manière seulement il pourrait vous comprendre. Mais si le rap de PNL ne semble pas s’adresser à la raison, il s’agit donc de toute autre chose. Mais quoi ? Telle est la question qui demeure sans réponse, et qui effraie Igor Illitch.
Puis, soudain, de la jungle s’élève une douce partition, cliquetante, composée de cordes pincées et d’un souffle apaisant qui happe immédiatement l’ouïe des deux énergumènes.C’est alors qu’à cette douceur introductive s’additionne désormais un flot de mesures puissant, sauvage, ô combien désinhibant et libérateur.
« …J’veux du L, j’veux du V, J’veux du G, pour désapper ta racli ! / Igo on est voué à l’enfer, l’ascenseur est en panne au paradis !… »
Comme envoûtés, Igor Illitch et Romarin d’un geste pressé et maladroit retirent leurs vieilles guêtres, vulgaires oripeaux d’un pastiche de civilisation, et, torses bombés, s’élancent déchaînés, quadrupèdes, à toutes jambes, à toutes mains, à travers la jungle trop longtemps ignorée, au rythme des basses merveilleusement abrutissantes.
Ainsi gambadent-ils à la poursuite de cette mélodie étrangement hypnotique, lâchant de compulsifs « Onga ! » ; tous deux poussés par un instinct profondément humain, profondément animal, profondément sauvage. Poussés par l’instinct dionysiaque, dirait Nietzsche.
Ce qui était alors répugnant, considéré avec dédain, devient subitement sous l’égide des deux alchimistes Ademo et N.O.S, hypnotique, addictif. Le rap de PNL, c’est plus Kaa que Mowgli, en somme.
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