Quuuuèèèèèlèèèèèèeuuuuuuffff éééést claaaaeuuuuremeeeent l’aaalbeuuuuuuuuuum euuuveuuuunemennnnnt deuuuu l’aaaannéééééé deuuuuux-miii-miii-miiiiiiiille-queuuuuuuhiiiiiinzz-zz-zzeee. Touuuuuuuuut leuuuuuuh mooooond’ eeeen peuuuuhaaaaarle, deuuuuuh l’euuuuuubééécééédèèèèèèère à Euuuuuulivieeeeer Caaaaach-ch-chhhhhhiiiiin, eeeeet pouuuuur fêuuuuuuuuuter çaaaa, leuuuh céleuuuuubre Aaaaaaaaa-aaaa-aaa-trèèèèèèèze aaahaaaa deuuuuucidéééééé deuuuh raaaleuuuheeeennnntiyiyiyir léééeeees deuhouuuuze piiiiiyyyiiiistes queuuuuhiiiii compoooosent l’aaalbeuuuuuuuuuum :
Clip : Youno – Go Slow | Prod : Frencizzle – Real : Les Chimistes
« Le dernier qui éjacule, il mange la biscotte ». On savait que Youno Heisenberg (Sémaphore) était un mec pas très net, mais là, il franchit un point de non-retour.
Go Slow, produit par Frencizzle, est extrait d’aucun album, c’est un titre pour le plaisir, histoire de conclure l’été et de bien démarrer l’automne.
Une minute trente avec Niska (interview)
Vu que l’interview est super courte, j’ai brodé une super longue intro pour meubler. Si tu veux juste lire les 3 questions-réponses, va directement en bas de la page.
« Niska vous invite à la présentation exclusive de sa mixtape Charo, en studio, et en sa présence« . Même si j’apprécie le personnage -et son je m’en-foutisme qui me rappelle inévitablement Gradur-, je ne suis pas un grand fanatique de Niska. Cependant, une session studio organisée par une maison de disques, c’est aussi et surtout l’occasion de taper un buffet gratuit, raison suffisante pour faire le déplacement.
J’ai donc pris sur mon épaule Le Jeune Did (le mec a un blaze pourri mais quand tu te fais appeler Genono, commencer à critiquer le pseudo des autres est la pire des idées qui soit) et Singe Mongol (ce mec sans qui Ténébreuse Musique n’aurait jamais vu le jour), et on a débarqué avec une bonne heure de retard, en loupant la moitié de la mixtape. On imagine qu’être en studio avec Niska, c’est être assis au milieu de 15 charognards défoncés qui s’échangent des substances prohibés … que nenni ! Ambiance feutrée, un genre de salle de classe avec une trentaine d’élèves studieux, tous assis à gratter du papier. La crème du journalisme français (nan je déconne, y’avait vraiment de tout, même un mec de Melty Buzz), j’aurais rêvé d’y croiser Olivier Cachin, parce que le voir bouger la tête sur du Niska, bordel ça doit être beau à voir. La plupart de ces gens beaucoup trop professionnels pour moi passaient leur temps à prendre des notes, y’a même un mec qui a gratté deux pages-double … Bordel qu’est ce que tu peux avoir à raconter après une seule écoute d’une mixtape ? Perso j’ai sorti un bouquin et j’ai fait semblant de lire, mais c’était uniquement pour construire ma légende en mode les gens auront des anecdotes à raconter sur moi. « Genono ? Un jour je l’ai croisé, il lisait Baudelaire en écoutant Niska. C’était incroyable, il dégageait une telle sérénité. »
Pour parler de musique, disons que cette mixtape a plutôt la gueule d’un album : c’est bien produit, c’est super efficace, les ambiances varient mais c’est toujours très énergique, et le single avec un clip tourné au Sénégal va super bien fonctionner. Pour schématiser, disons que Charo Life c’est un peu L’homme au bob, en plus excessif. Perso, je pense que j’ai passé l’âge pour écouter ça en boucle, mais les lycéens vont se jeter dessus. Une fois l’écoute terminée, c’était un peu la cour de récré, tous les « journalistes » présents venaient me serrer la main en mode « t’es une légende, mec », y’a même un mec qui s’est évanoui. Par contre, pas de buffet gratuit, juste des canettes à volonté -et du champagne pour les alcooliques que sont Le Jeune Did et Singe Mongol. En attendant que Niska arrive (oui, parce qu’un rappeur français qui arrive à l’heure, ça n’arrive que dans les bons films de Tim Burton -c’est à dire : jamais), on s’est tous réuni autour de Tonton Marcel pour qu’il nous conte des anecdotes. Dans la vraie vie, Tonton Marcel est très fidèle à lui-même, mêmes qualités et mêmes défauts, y’a pas tromperie sur la marchandise. Dans quelques semaines il sera chef d’un nouveau resto, on a pas encore l’adresse mais si vous la voulez vraiment on va vous la trouver. Mon acolyte Did était comme un môme dans un magasin de jouets, il courrait partout, il serrait des mains à tout le monde comme s’il était en campagne présidentielle. « Waouh mec t’es producteur ? C’est génial, j’ai plein de questions à te poser », « Waouh meuf t’es attachée de presse ? Incroyable, je peux te poser des questions ? » … Tant d’innocence dans son regard, c’était beau à voir. Pendant ce temps, Singe Mongol rien qu’il descendait à lui seul la bouteille de champagne en disant à tous ceux qui lui adressaient la parole « laisse-moi tranquille, je suis pas journaliste je veux juste boire ».
A un moment y’a Tonton Marcel qui a perdu son portable, il bougeait dans tous les sens comme quand tu sors un poisson de l’eau, je commençais à me dire « si y’a un mec qui lui a volé, il va trouver des dossiers de ouf dedans ». Au bout d’un moment il s’est carrément mis à fouiller dans la poubelle, et là son visage s’est illuminé comme celui de Jacob Singer quand il revoit sa fille en sortant du purgatoire : il avait retrouvé son téléphone. Ensuite (j’ai bientôt fini avec ma liste d’anecdotes hein) on a appris que Niska était bloqué dans les embouteillages à cause du bail avec les tracteurs … hashtag rap français. Heureusement les maisons de disques ont des moyens dignes d’Hollywood, et on a carrément envoyé un hélicoptère scooter à Niska pour qu’il puisse esquiver la circulation.
Après y’a une meuf qui a dit « bon faut que je parte, j’habite loin … métro Anvers ». J’ai ri comme Jared Leto dans le trailer de Suicide Squad. On était à Porte Maillot, je viens de Mantes la Jolie, et j’ai mangé 66 euros d’amende dans le train en venant. J’avais un seum de fou, rien que je noyais mon chagrin dans le Minute Maid Pomme. Niska est finalement arrivé, Le Jeune Did sortait des toilettes et lui a serré la main directement. Selon sa version des faits, il s’était lavé les mains, mais hassoul à vous de juger.
On nous a donc proposé d’interviewer Niska, sauf que notre professionnalisme sans faille nous a empêché de préparer des questions à l’avance. S’en est suivie une réunion de crise à base de :
« – T’as des questions, gros ?
– Nan, et toi ?
– Nan, en plus je sais vraiment pas quoi lui demander.
– Fais comme tout le monde, pose-lui une question sur ses influences US.
– OUAI !
– Moi je vais lui poser une question sur Alkpote !
– … »

INTERVIEW
Alors à partir de là, Niska passe en mode pilote automatique. Il est en promo, il répond aux questions comme un footballeur dans une interview d’après-match : « l’important c’est les 3 points », « on a essayé d’appliquer les consignes du coach », et « il faut prendre les matchs les uns après les autres ».
Le Jeune Did : A quelques semaines de la sortie de ta mixtape, quel est ton ressenti sur le travail accompli jusqu’ici ?
Niska : Je suis serein, je pense qu’on a bien travaillé. L’équipe au complet a charbonné, tout le monde a fait du bon charbon. On a pas lâché, on a mis de nombreux morceaux de côté parce qu’on a considéré qu’ils n’étaient pas à la hauteur de la mixtape. Pour moi, c’est un projet carré, on a fait ce qu’il fallait.
Le Jeune Did : On ressent bien le côté « charo », justement.
Niska : Ca me fait plaisir que tu dises ça, parce que c’est exactement ce que je voulais. C’est ce que je cherchais avec cette mixtape, et si tu me le dis, c’est que le travail a payé.
Le Jeune Did : « Dans la surface comme Filippo » … Cette référence à Pippo Inzaghi, c’est une illustration de ce qu’est la mentalité « charo » ?
Niska : C’est exactement ça, Inzaghi il est charo.
Le Jeune Did : Tu travailles avec une équipe restreinte, il y a peu de feats dans ta tracklist … c’est vraiment une volonté de ta part ?
Niska : Exactement, je ne voulais pas me disperser. C’est mon premier vrai projet, je voulais montrer l’origine de ce que je suis, d’où je viens, qui me supporte, comme quand j’invite mes potes sur le morceau PSG. C’est nous qui avons bossé sur ce projet, donc je voulais que ce soit moi, que ce soit nous, qui soyons mis en avant. Il devait juste y avoir un feat avec XVBARBAR, mais on l’a retiré au dernier moment parce que la prod était une face B, et qu’on ne voulait pas avoir de soucis de droits.
Le Jeune Did : Il y a quelque chose que j’ai apprecié dans ta mixtape, c’est que tu cites Skippa da Flippa, alors que jusqu’ici dans tes interviews tu ne parlais pas trop de tes influences US. Est-ce qu’on peut envisager de te voir collaborer avec lui sur ton prochain album (qui devrait logiquement suivre la mixtape) ?
Niska : C’est possible. Inviter un américain … que ce soit lui ou un autre, pour moi un featuring c’est quelque chose qui se fait dans la tendance. Mais ça se fabrique pas comme ça ! Aujourd’hui, les gens pensent que parce que je suis en maison de disques, je peux avoir un feat américain en claquant des doigts … mais ça marche pas comme ça ! Et de toute façon, de mon point de vue, je ne vois pas de feat américain qui m’intéresse plus qu’un autre. Pas pour l’instant, du moins. Après, collaborer avec Skippa, bien sûr, pourquoi pas. Mais ce qui me plait chez lui, c’est surtout sa gestuelle, plus que son côté artistique. Il y a des sons à lui que j’aime beaucoup, d’autres que j’aime moins. Je suis compliqué, niveau musique.
Le Jeune Did : T’écoutes aussi beaucoup Gucci Mane ? Le titre On veut du Yellow m’a fait pensé à Lemonade.
Niska : Ah ouai, tu trouves ? Nan, c’est pas inspiré par Lemonade … Gucci Mane, j’aime beaucoup le personnage. Peut-être un peu moins la musique, mais j’aime vraiment le personnage.
Le Jeune Did : Après la sortie de la mixtape, tu enchaines sur un album ?
Niska : Voila, on commence déjà à bosser dessus, on espère le sortir courant 2016.
Le Jeune Did : Comment tu comptes le différencier de la mixtape ?
Niska : On travaille justement là-dessus, la mixtape était très axée sur l’imagerie « charo », là on commence à réfléchir à ce qu’on va faire sur l’album. Je peux pas encore te dire grand chose là-dessus, c’est vraiment une phase de réflexion, je voudrais pas te dire un truc qui ne sera plus vrai dans une semaine.
Genono : A l’ancienne tu posais avec Alkpote, récemment on t’a vu avec Juicy P, et globalement t’as toujours été proche -dans le rap- de la scène du 91 … Maintenant que t’es monté, est-ce que t’as envie de donner de la force à ces mecs-là, en retour ? (Là faut savoir que Niska m’a lancé un regard bref mais hostile que j’ai interprété comme « enculé, tu veux me baiser ma promo avec ta question à la con ? »)
Niska : Tu sais, moi j’aime beaucoup mettre la lumière sur ceux qui sont dans l’ombre … Après, les Alkpote, les Juicy P, on les connait déjà. Peut-être des nouveaux, il y en a d’autres qui ont des choses à dire, donc pourquoi pas les mettre en avant.
Le Jeune Did : Merci d’avoir répondu à nos questions.
Niska : C’était pour quel site déjà ?
Le Jeune Did : Captcha Magazine.
Niska : Je connais pas, mais merci les gars.
Jul, la musique au cœur pur
Dans la nuit du 11 au 12 juin 2014, à Asnières, un homme du nom de Karim Tir est assassiné. Ceux qui savent qui il est l’appellent Charly. Au volant d’une modeste voiture louée, Charly, originaire de Marseille, est criblé de balles. Tout laisse penser à un règlement de comptes. Un de ceux que Karim Tir voulait éviter en s’éloignant quelques temps de la cité phocéenne, sa famille ayant déjà été endeuillée à deux reprises par ce genre de drame. Charly n’a que 31 ans quand il perd la vie. Il était le manager de Jul, son mentor. Le rappeur marseillais voit alors l’un des êtres les plus chers à son cœur quitter ce monde. Quatre jours plus tard, sort sa mixtape Lacrizeomic, dont la promotion est fortement troublée par cette disparition. La semaine de Planète Rap durant laquelle Jul devait défendre son disque sur Skyrock est annulée. Il ne se rendra pas dans ces studios où quelques mois plus tôt on l’entendait chanter « Cagoule, paire de gants, arme de guerre, GP800, embrouille, pour l’argent, on t’laisse couvert de sang, couvert de sang, couvert de sang ... »
La mort de son manager aura inspiré à Jul la tristesse la plus productive qui soit. « J’peux pas tourner la page, j’peux pas oublier le manager. » Dans son malheur, à 24 ans, le garçons écrit. Il écrit, encore. Et il écrit, toujours. Jambes tramblantes, estomac noué, visage livide, mal de crâne. Des nuits passées sur une feuille, devant un ordinateur. Jul compose une mélodie pour ses textes, il met en musique sa peine. « J’vais là où la vie me mène, et j’suis malade, sans mon manager que j’aime …»
PLEURS, SIGNES ET HALLUCINATIONS
Enfin … Ce n’est pas là l’unique source d’inspiration du rappeur, puisque ce n’est pas sa seule douleur.. « Pourquoi dans ma vie il y a eu tant de drames ? Pourquoi nos mères pleurent elle tant de larmes ? » Une existence traversée de beaucoup de misères. Sans trop parler au paternel, avec maman et le petit frère. C’est trop pour un seul cœur. Jul a écrit une chanson pour le petit, derrière les barreaux à seize ans. « Avec maman on serre, les voisins on les évite, avec elle il faut que tu parles, on est mieux quand le cœur est vide…» Et Jul de se souvenir. Perquisition, arrestation. Le jeune Mathieu, dit « Le Corse », menotté sous les yeux de sa mère. « J’avoue, j’suis triste, que tu finisses dans une histoire de grands. » Les jeux d’enfants ressurgissent, les yeux s’humidifient. Il y a les lettres. Un peu de lecture, et quelques songes. « Obligé de rêver pour voir le sourire de mon frère, au réveil j’suis peiné, je n’sais plus comment faire, j’essuie mes larmes et j’me rendors. »
En cas de pareille affliction, il n’y a souvent que deux chemins. L’autodestruction au bout de l’un, quand le second mène au Divin. Jul avance un peu sur le premier, recule parfois sur l’autre. Et saute sans cesse de doutes en incertitudes. « Personne me croit j’ai vu des signes, heureusement que Dieu me guide. » Comme Malik dans Un Prophète, banquette arrière, un pistolet sur la joue droite, et une prémonition. Un signe, les animaux vont traverser. Dans le mille, et le sang va couler. Il y a des présages qu’on aimerait mieux ne pas avoir. Jul ne dit même pas en quel Dieu il croit. L’essentiel est qu’Il lui évite les Judas, et que la foi se forge. Puisse-t-elle permettre de ne pas trop s’enfoncer dans les sables mouvants, ceux de l’alcool, de la drogue.
Deux composantes majeures de ce qu’écrit Jul. Fumer du shit et boire de l’alcool fort. Ce n’est que le quotidien de milliers de jeunes après tout. Peut être pour ça que le rappeur parle à tant de monde. Lui qui clame être « comme un autre », l’est aussi dans ses vices. « J’suis en fumette en travers dans le virage », « En buvette sur l’autoroute à deux cents ». Excès de vitesse et descente de polonais, poumons noircis et cœur pur. Mauvais mélange, résultat les larmes coulent. Les dialogues avec un flash de sky sont rarement productifs. Au moment où le J&B se verse dans le coca, les disparus s’assoient sur la banquette et la buvette se fait bien sombre. Quelques feuilles à rouler plus tard et la fumée prend des formes étranges. Le visage d’un ami mort qui sort du pétard. Et c’est triste jusqu’au lever du soleil, pourtant on se force à rire.
80’S, JAMES BLUNT, PLUTON …
Car non, la musique de Jul n’est pas faite que de pleurs. Il y a aussi le soleil. Son rap est profondément méditerranéen, une rencontre de la Corse et de l’Algérie à Marseille. Et comme Aznavour, Jul veut vivre la misère au soleil. C’est même pour ça qu’il vend des disques. « J’veux m’tailler j’sais pas où, j’suis cramé de partout, j’veux m’retrouver sous l’soleil, chapeau de paille et gros pétou. » Quitte à parler de chanteurs français d’un autre temps … Autant évoquer Brassens.
L’enfant de Sète, celui qui rappait l’accent chantonnant, sa haine de la maréchaussée, et son amour pour les douces filles de nos contrées. Cette petite frappe devenu superstar du rap qui chantait tantôt les frères morts tantôt les poivrots du quartier. D’où il est, Brassens regarde tendrement Jul, ce garçon qui « ne voulai[t] pas travailler, ne voulai[t] faire que ça, du rap ».
Jul lui, quand il parle de ses influences musicales, se fait peu loquace. Il faut dire qu’en général, il n’est pas du genre bavard. Plutôt discret le gadjo. Concernant les artistes qu’il aime donc… Il évoque parfois Meek Mill, le plus français des rappeurs américains, sans spécialement étayer. Il parle aussi de Future, qu’il aurait bien aimé avoir en featuring un jour. L’usage intensif d’autotune n’est sans doute pas étranger à cet affection. Et puis, comme l’américain, Jul aime chanter dans les étoiles. « Je tends le doigt je touche Pluton. »
Sur son dernier album en date, Je tourne en Rond, éploré il reprend, mot pour mot le refrain de James Blunt, « Goodbye my friend, goodbye my lover ». Pourtant il y a en parallèle un aspect festif indéniable sur un certain nombre de titres. « J’peux rapper terter et en même temps t’faire bouger, c’est normal, c’est nouveau c’est frais, le game est couché. » Son plus gros hit de l’année 2015, sur la mixtape d’Alonzo à venir, est une reprise des « Démons de Minuit » d’Emile et Images. Sur « Le temps passe », issu de l’album gratuit sorti en début d’année, il transpose les paroles du tube de Début de soirée, « Nuit de folie », pour en faire « Et j’m’en tape tape tape, c’est ma façon d’aimer, les frères s’charclent charclent charclent, au lieu d’s’entraider. »
… ET LA PLANETE MARS
Côté rap français, une figure majeure inspire Jul, et elle est évidente à l’écoute de sa musique : Le Rat Luciano, le légendaire rappeur de la Fonky Family. Traumatisme pour tout le rap français, encore plus fort à Marseille. Jul l’a invité sur son troisième album, pour le morceau, « Mets les en I » qui est l’un des tous meilleurs du disque. Ils ont tous deux la rue en eux, le réel gravé sur le visage, et Marseille ancré au plus profond d’eux mêmes.
Jul vient d’un petit parc HLM des quartiers sud de la cité phocéenne, Saint Jean du Désert. 13500. Sa rencontre avec le label Liga One, qui intervient après douze ans passés à rapper dans son coin, le pousse à bouger vers les quartiers nords. Les nouveaux associés de Jul sont de Font Vert, dans le 14 ème arrondissement. Un des coins les plus durs de la ville aux 111 quartiers. Un petit périmètre où se concentrent les pires éléments du Marseille moderne. Les armes en quantité, de poings ou de guerre, la drogue en quantité, douce ou dure. Les coups de filets, les réglements de compte, les assassinats. Font Vert est le triste symbole d’une jeunesse marseillaise décimée par les kalash et l’argent. Impossible d’ailleurs de ne pas se souvenir de ce clip de Khalif Hardcore, un des co-fondateur de Liga One. Le morceau s’appelait « Marseille La kalash Liga One », et son clip mettait en scène un règlement de compte. La victime fictive, un jeune homme prénommé Nabil, fils d’une certaine Bahia, qui elle tenait le rôle de nourrice pour le clip, a été retrouvée dans un coffre quelques mois plus tard, à moins de 20 ans. La musique de Jul porte en elle cette rencontre tragique entre la fiction et le réel.

Les fantasmes n’en sont plus, et ce qu’écrit le rappeur colle à 100% à la réalité de Marseille. Celle ci s’entend notamment dans son langage, quasiment incompréhensible par moments, si l’on est pas familier de l’argot local. « Tu m’emboucanes », une « folle », un « BDH » (« Bandeur D’Hommes »), « se languir », « j’suis fané », « des déguns », « faire le gros » « serrer »… et bien d’autres expressions participent à la construction d’un rap purement et profondément marseillais. Et c’est aussi ça qui rend Jul intéressant. Certes, il conte le quotidien le plus banal d’un vingtenaire des années 2010, mais les ingrédients de sa recette sentent le Vieux Port et les ruelles sales sous le soleil.
JEUNE, SIMPLE ET INCOMPRIS
A cela s’ajoute une admirable humilité. Celle d’un homme conscient de n’avoir rien fait de plus qu’un autre. Celui qui n’a que son cœur pour aimer et ses yeux pour pleurer. En introduction de son morceau « C’est ça que j’te reproche », Jul dit, sans fierté ni honte: «Moi elle est fausse ma Rolex, personnellement, j’tourne en location.» Il pourrait incarner le mythe du self made man, celui qui a pété le score, non seulement sans maison de disque, mais qui plus est avec un entourage assez peu investi dans le milieu musical. « Des fois je m’enregistre seul, je fais des mises à plat de mes sons. J’appuie rec et j’pars en courant dans la cabine. » Il faut préciser que le bonhomme compose également ses beats à près de 100%. « A l’aise, sur une jambe au planète rap, j’fais mes instrus ils aiment trop », et il ajoute ne pas savoir ce qu’est une clé de sol.
Malheureusement, la tristesse n’est pas prête de mourir pour Jul. A ce jour le rappeur marseillais se trouve dans des tourments judiciaires, entre avocats, communiqués internet foireux et insultes en ligne. L’aventure humaine avec Liga One a pris fin, il n’y a qu’à prier pour que la rupture contractuelle se passe au moins pire. En attendant il n’est pas trop tard pour s’attarder, et longuement, sur ce rappeur excessivement moqué car profondément incompris. Il faut écouter Jul, et non pas s’arrêter à quelques tubes, une chemise à fleur et des mèches blondes. Il n’y a aucun effort à faire pour comprendre et aimer Jul, si ce n’est celui d’ouvrir son cœur à la pureté. Mac Tyer en parlait il y a des mois déjà: « Il y a des gens qui ne comprennent pas la musique de Jul, je pense que ce sont des gens qui ne partagent pas sa peine. On entend beaucoup de peine dans sa musique.»
Et aussi longtemps qu’il aura du souffle, Jul écrira sa peine avec maladresse et sincérité, et il ira plus loin que les autres. « Le cœur sur la main, j’avance même s’il est cassé, j’m’envole, laissez moi passer. »
Clip : DTF – Oh Oui
J’entends souvent des « DTF, les clones de PNL », mais allez vous faire foutre : techniquement ils faisaient du PNL avant PNL. Et puis de toute façon, ils sont potes. Donc au final, c’est plus un mélange d’influences qu’une pale copie. D’ailleurs Ademo apparait dans le clip, et la villa du clip « J’suis PNL » également.
Longue vie à DTF.
L’EP » Le H avant le B » sera disponible à la fin de l’année 2015.
PNL : 4 titres en chopped and screwed
Fallait bien que quelqu’un le fasse à un moment ou à un autre, alors bravo à A13 -que l’on avait interviewé ici– et à Tis -qui a notamment mixé notre bootleg de Djé-.
Et ça, c’est le dernier clip de N.O.S et Ademo, J’suis PNL :
Et ici, Baptiste Biarneix en parle chez SURL Mag.
Hervé, le yencli – Plus Police que Sosa (parodie PNL)
Les trois quarts du temps, on ne lit même pas les messages privés que vous nous envoyez sur facebook, parce que ça se limite à « voici mon nouveau son, merci de le partager sur votre page ^^ :p »
Et puis aujourd’hui, il y a eu ça.
Que dire, à part « HAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHA » ?

De l’Orgasmixtape Vol.1 à Boulangerie Française : la folle année de DJ Weedim
Pour écouter et télécharger Boulangerie Française gratuitement : rendez-vous sur Haute-Culture
« You make me feel so good » … Depuis le premier volume de l’Orgasmixtape, il est devenu impossible de passer à côté de ce drop, sorte de « May-may-maybach muusic » à la française. En un peu plus d’un an, DJ Weedim s’est taillé une discographie longue comme le bras à Dhalsim. Même s’il n’a rien d’un nouvel arrivant dans le grand échiquier du rap-jeu, sa notoriété à passé un gros cap dans un laps de temps très court. Weedim est partout, et chez tout le monde en même temps. Ses prods sont placées dans un nombre incalculable de projets : Alk, Sidisid, Infinit, Aketo, Driver … la liste est longue. D’ailleurs pour les néophytes, sachez que cette omniprésence ne fait aucunement d’ombre à la qualité de son travail : Weedim n’a aujourd’hui plus rien à prouver en tant que producteur. Dans ce domaine, il a placé lui-même son nom dans la liste des plus grands talents français.
Devenu le producteur le plus en vue du marché français, il est l’un des seuls à savoir allier influence sérieuse sur le rap hexagonal et visibilité internationale. Capable de concocter un EP sur-mesure à Infinit’ comme d’ambiancer 2000 personnes en première partie des Migos ou de Big Sean, Weedim est l’archétype de l’artiste stakhanoviste. Un genre de Dj Scream français, la casquette de producteur en plus, les cris insupportables en moins. La sortie récente de Boulangerie Française est l’occasion de revenir sur les derniers projets du bonhomme, avec pour dénominateur commun, forcément, Alkpote.
Avril 2014 : L’Orgasmixtape Vol.1
Connecter avec DJ Weedim est peut-être la meilleure chose qui soit arrivée à Alkpote ces dernières années. Connecter avec Alkpote est peut-être la meilleure chose qui soit arrivée à DJ Weedim ces dernières années. L’hyper-productivité du DJ pousse le rappeur à enchainer les projets, à empiler les featurings et les apparitions. Alk se nourrit de Weedim comme Weedim se nourrit d’Alk. La créativité monstrueuse de l’Aigle de Carthage est sublimée par le rendement frénétique de son beatmaker désormais attitré. L’Orgasmixtape Vol.1 est considérée par beaucoup comme le meilleur projet d’Alkpote depuis L’Empereur. Inutile de revenir une fois de plus sur ce qui fait de cette mixtape l’un des meilleurs disques de l’histoire du rap français … A l’origine de la plupart des prods, Weedim pose ici la première pierre de l’édifice qu’il est en train de construire sur la dépouille du rap français.
https://soundcloud.com/dj-weedim/alkpote-d-sanussage-prod-dj
Jordee, le fossoyeur du rap français
Jordee, Jordy, Jorrdee, Lestat De Lyoncourt, NRM … Non seulement toutes les déclinaisons orthographiques sont acceptées, mais en plus, Jordy joue avec ses pseudonymes comme le Diable s’amuse sous le nom de Satan, Sheitan, Shaytan, Belzebuth ou Lucifer.
Tout, chez Jordee -convenons de cette orthographe- est atypique. Son univers, d’abord : truffé de références pas toujours faciles à déchiffrer pour le profane, avec cette obsession cardinale pour le triptyque drogue/sexe/alcool -dans cet ordre ou dans un autre, et si possible, en les mélangeant. Mangas, ésotérisme et pop-culture viennent grossir le compendium de Jordee, et complètent à merveille son catalogue d’ambiances. Ses influences, à mi-chemin entre les cimetières de Memphis, le screwed de Houston, et la drill chicagoan, créent une macédoine de sonorités tout à tour hallucinées, funestes ou codéinées. « Le rap français est mort, j’en ai marre d’être nécrophile » clame-t-il face à son miroir, clairvoyant comme s’il portait l’œil de Sauron à droite et l’oeil d’un Shinigami à gauche.
Et puis, il y a cette voix pincée, qui lui vaudra malheureusement des rapprochements maladroits avec Swaggman. Ce grain phonique un brin maigrichon est bien le seul point commun entre les deux hommes. On ne sait pas trop si Jordee rappe dans les temps, d’ailleurs, on ne sait pas vraiment si Jordee rappe ou se contente de mâchonner son micro. A l’instar du Chief Keef de Go to Jail, il ne s’embarrasse pas des artifices de langage que sont l’éloquence et l’articulation. Jordee bouffe ses mots, se contente d’une soupe de syllabes pas toujours bien distinctes, et empreinte à Young Thug ses onomatopées pâteuses et ses aboiements à la limite de la lamentation. Et puis, il y a aussi ces moments où il se découvre l’âme d’un Rolling Stone, et chantonne comme si la vie de sa dulcinée en dépendait. Derrière l’apparent romantisme de cette belle histoire d’amour, on imaginerait bien aisément Jordee dans une relation à la Never Die Alone de Donald Goines.
Jordee est un mangeur d’âmes. Il aspire les influences de toutes parts, les mastique, et les recrache à moitié digérées, dans un flow de bile et de liquides pas forcément bien définis. Impossible de résumer son style en une seule liste exhaustive de qualificatifs. Le lugubre côtoie le burlesque, l’inertie se confond avec le cynisme, l’amour avec les obédiences occultes. Et la promiscuité d’éléments chimiquement incompatibles va bien plus loin : car Jordee, dit Lestat De Lyoncourt, aime brouiller les pistes. A la fois rappeur et producteur, il concocte ses propres ambiances enfumées, sans toujours se créditer. Schizophrénie ou simple désordre créatif, toujours est-il que Jordee, dit Jordy, dit Jorrdee, dit Lestat De Lyoncourt, dit NRM, est le seul acteur de chacune des étapes du processus de fabrication. Il est entièrement responsable de sa folie. Lui, et toutes les âmes qui le possèdent.

Même si ses premières créations datent d’il y a maintenant plus de deux ans, le premier projet de Jordee est sorti très récemment : La Nuit Avant Le Jour. Les nombreux titres de ses débuts, seuls vestiges de cette période qu’on pourrait comparer à une première naissance, apparaissent aujourd’hui comme des lointains souvenirs. Hyper productif, cette longue période n’était en fait pour lui qu’une phase d’expérimentation : le lutin lugubre nourrissait déjà à cette époque des ambitions bien plus grandes. Le talent était la, l’insolence aussi, mais c’est l’emballage qui pouvait paraître un peu indigeste pour les auditeurs … Heureusement, Jordee est un enfant qui grandit vite. Ce premier projet est donc beaucoup plus facile à digérer, et l’auditeur peut aisément en discerner les contours. Un titre, une tracklist, un artwork et surtout un ensemble très homogène … tout baigne dans la même ambiance générale : des douces ballades aux BPM lents, des silhouettes féminines omniprésentes, et quelques belles fulgurances.
Siboy x L.O.A.S : Hystérie of violence
Evidemment, associer dans une chronique Siboy et L.O.A.S ne va pas de soi. D’une part, parce que ces deux gars n’ont a priori pas grand chose à voir en terme d’univers. D’autre part, parce que séparer L.O.A.S de Hyacinthe et refuser le rapprochement Siboy/Booba s’apparenterait à un contre-pied trop brusque vis-à-vis de la masse des médias-rap. Ca tombe bien, : ce qui lie nos deux rappeurs, Siboy et L.O.A.S, donc, c’est justement une histoire de rap et de paradoxe. Parce qu’a priori tout les oppose, mais qu’en creusant un peu, tout les rassemble. A commencer par leur hystérie.
Hystérie, violence et destruction
Des univers opposés, donc, raccordés par la même rage et la même violence. Hystérie, violence et destruction. Tel est le tryptique qui peut être esquissé pour définir ce qu’ont en commun nos deux rappeurs. Ces trois aspects, profondément liés, se retrouvent chez L.O.A.S comme chez Siboy. L’hystérie compose, chez chacun d’eux, la dimension sensible de la violence et du désir de destruction. Un peu trop sensible lors de la première écoute, lorsque la voix très aiguë de L.O.A.S vient violer nos tympans. Chez Siboy, on crie aussi, mais l’hystérie est plutôt portée par un timbre de voix excité et enroué, par des sonorités irritantes, avec des « r » des « z » et des « t » dans tous les sens : « Pétasse, à c’qui paraît, mon son tourne dans toutes les cités / Masta, j’t’ai déjà dit, j’suis pas au max de ma capacité !« .
La violence est incarnée, non plus seulement dans les paroles, mais dans la voix même, dans l’interprétation des artistes. Les rappeurs osent, tentent, violent les règles établies. C’est l’instabilité du flow, la montée dans les aiguës, les sonorités sifflantes, qui dérangent désormais l’écoute. Mais ce parti pris tournerait à vide s’il ne s’agissait pas de mettre en forme une idée, qu’ils ont (encore ?!) en commun : le désir de destruction, voire d’autodestruction. Evidemment, une première dimension de leur destruction est celle qui fait appel aux sapeurs les plus connus du game : Drogue et Alcool. Codéine, MDMA et autres substances stupéfiantes farcissent leurs textes. Jusqu’ici, rien de bien original. Quel rappeur aujourd’hui n’est pas un camé alcoolique avec de la haine à revendre ?
Passons. Et revenons-en à l’idée d’hystérie et de destruction. Comprenons ici l’hystérie comme l’expression d’une crise qui voit s’affronter deux pulsions contraires (définition aussi chiante que celle du Larousse). Alors, l’hystérie apparaît comme le compromis qu’ils trouvent tous deux pour mettre en lumière ce paradoxe presque aporétique -d’où la crise hystérique, d’ailleurs- entre leur désir de destruction et l’acte de création. « … l’obscurité me rassure, je représente l’empire du côté absurde » : absurde, c’est le mot. Fonder toute son oeuvre sur l’idée du saccage systématique, en effet, c’est absurde.
L’hystérie ambiante est donc ici symptomatique du paradoxe évoqué dans l’introduction : la pulsion de destruction, sublimée par la création artistique. Et L.O.A.S en a pleinement conscience lorsqu’il lâche un titre comme « Bagdad Wagner ». Bagdad, la ville bombardée, et donc détruite, et Wagner, le compositeur, l’artiste, adulé par les nazis, soit les chantres même de la destruction.
Là où Siboy et L.O.A.S se quittent, c’est sur la nature de cette destruction.
Destruction instantanée contre désir latent
C’est ici que se séparent les voies de nos deux amis, pour trouver leur univers respectif. « Détruire pour reconstruire, quoi, t’as cru qu’j’étais portugais ?« . Effectivement, Siboy n’est pas portugais. Le gars n’envisage ni moyen ni fin. Siboy construit pendant qu’il détruit. Cette destruction instantanée s’explique par le fait que les productions de Siboy se composent pour beaucoup de freestyles (d’ailleurs si ça ne tenait qu’à moi elles porteraient toutes cette dénomination). Et il redonne au passage sa véritable définition à ce format, devenu pour beaucoup de rappeurs un simple moyen de promotion, en en faisant le lieu d’une exécution rythmée, directe et autonome. Une exécution sans concession. Et on repart aussi vite qu’on est arrivé. Cette déshinibation totale qui s’exprime au présent chez Siboy, se perçoit certes dans la voix, mais aussi dans la gestuelle. Chacune de ses apparitions est marquée par cette cagoule, ces dents acérées et surtout ce geste frénétique et brutal du coude. En parlant d’apparition, le clip de « Lelo » -mais aussi le clip de « Doué », dans une certaine mesure-, tourné dans un bâtiment industriel en friche taggé en long en large et en travers, est symbolique de l’univers de Siboy : incarné sans être vraiment personnel, et en permanente auto-destruction.
Et le fait qu’il n’y ait pas pour l’instant chez Siboy la volonté de donner une cohérence entre ses productions, confère l’idée que chacun de ses freestyles est un commencement et un aboutissement. Et c’est en ce sens que Siboy développe une hystérie exclusivement de surface. Et il n’y a rien de péjoratif là-dedans, c’est pour ça que je ne dis pas « superficiel ». Je dis « de surface » en ce sens qu’il n’y a pas de véritable fil rouge qui se dessine au travers de ses morceaux -mis à part qu’il s’agit à chaque fois d’exploser la concurrence.

En clair, chez Siboy, tout est explicite (« Je sors de ma tanière« ), et tout est dans l’instant (« Tu me cherches, mais je suis là, là, là ! « ). Une instru, une caméra, un stud’, et Siboy lâche une « barbarie » sans concession, sans retenue, sans bienséance, sans hors-champ. Chaque clip est un condensé de violence. Mais il y a tout de même chez Siboy quelque chose de léger : ses morceaux se suffisent à eux-même, et donc on sort de son univers comme on y rentre : en un clic.
Tout autre est l’univers de L.O.A.S. Le rappeur de DFH&DGB façonne un univers personnel, autour duquel gravitent des têtes désormais connues : Hyacinthe, Krampf. Enfin, « façonner » n’est pas vraiment le terme approprié, sachant que le boug en question est lui aussi dans une démarche systématique de destruction. Mais là où il s’écarte de Siboy, c’est sur les raisons de ce désir. L.O.A.S développe un étrange mélange d’amour et de haine. Bon, étant deux passions contraires, il n’y a rien de vraiment étonnant à les lier. Mais chez L.O.A.S, on ne les oppose pas, ils deviennent un seul et même sentiment. D’où l’univers un peu délirant, et le sentiment de confusion. Dans le morceau « Quand tu m’tueras », le crime passionnel se révèle comme l’acte suprême, fusion parfaite entre amour et haine : « J’laisse la porte ouverte la nuit quand je dors, j’espère que tu me surprennes quand tu m’tueras !« . D’un morceau à l’autre de NDMA, on change de ton, on passe d’une voix et d’un flow plutôt apaisés – avec des nuances d’excitations par-ci par-là bien entendu, ça reste du L.O.A.S – (« Parce que » ; « Quand tu m’tueras »), à une ambiance totalement hystérique (« NDMA », « Les lingots », « Svastika Bambaataa »). Le mec vacille entre guerre et paix, entre vie et mort aussi, hésitations qui constituent sans nul doute la trame de fond de son projet. Et c’est cette profusion de sentiments contraires qui condamne notre ami à l’absurde. Absurdité qu’incarne – pour en revenir au point de départ – ce blitzkrieg musical caractérisé par une hystérie déjantée et abrutissante (encore et toujours). Amour et Haine s’affrontent et s’accouplent comme deux titans dans l’oeuvre de celui qui « n’aime que le chaos et met le désordre en scène« .
Chaos et Harmonie
L.O.A.S comme Siboy apportent l’un comme l’autre de l’eau au moulin des caricatures : d’un côté, le rappeur blanc est forcément mongol, consomme drogues et meufs comme si c’était légal, et vit loin, très loin du périphérique ; de l’autre, le rappeur bazané marche en bande, vend de la drogue et sort les armes comme si c’était légal. Le style de L.O.A.S suggererait presque un trentenaire parisien de base, qui pourrait inspirer une vie rangée si sa musique n’évoquait pas une violence si frénétique. L.O.A.S, c’est Axel De Large dans Orange Mécanique. En face, la cagoule de Siboy évoque nécessairement l’imagerie du gangster, le style est celui d’un jeune loup qui marche en meute. Un ghetto Nicky Santoro, à la plumepas forcément très fine, sauf quand elle termine sa course dans ta jugulaire. L.O.A.S et Siboy ne croiseront peut-être jamais le fer sur disque, mais le résultat et aisément prédictible. Car cette violence brute n’est que l’expression d’une hardiesse flagrante. Chez Siboy comme chez L.O.A.S, on crie délivrance et liberté sur les beats assourdissants comme sur les barricades. Parce qu’après tout, « la musique adoucit les meurtres « .
Un projet qui fera certainement date. L’initiative n’a d’ailleurs rien de courant à notre époque, où les compilations de ce genre sont devenues très rares. Si aujourd’hui, quelqu’un avait la possibilité de réunir autant de rappeurs émérites sur une seule et même galette c’est bien Weedim et son carnet d’adresse rempli de bons rappeurs d’horizons différents -ce qui ajoute du charme au projet-. Pour servir cette équipe d’Avengers, 15 prods de qualité sans aucun déchet. Du vrai travail d’orfèvre : en véritable seigneur de guerre, Weedim a fourni armes et munitions à tout ce beau monde. Résultat des courses ? Probablement un des meilleurs projets de rap francais de l’année, qui ira s’accrocher directement dans le panthéon des grandes compilations rapologiques.