Podcast – French Kiss | Kekra et Hits Alive (et Les Chimistes, un peu)

On a longtemps du se coltiner les mêmes animateurs à la con accompagnés des mêmes chroniqueurs rincés et corrompus par le système, mais grâce à internet et à la bonne volonté de jeunes gens motivés, on a aujourd’hui droit à une chiée de podcasts de grande qualité. Ambiance talk-show chez Ca parle Hip-Hop, découverte de talents underground et méconnus chez French Kiss, amour et dérision chez Le Mike et L’enclume, et comparaisons improbables chez No Fun Show.

On a donc pris la décision de réunir tous ces podcasts au même endroit, au sein d’une liste absolument pas exhaustive à cause que flemme de mettre à jour à chaque nouvelle émission.

Voici donc : French Kiss !

« L’émission démarre sur l’interview de Rezinsky que l’on avait rencontré lors de leur show au 88 Live Club.

Si vous voulez savoir si Pepso est nu sous sa salopette, c’est le moment de prendre connaissance de cette interview.

Suite à la retransmission de notre rencontre avec le duo renno-angevin, l’équipe s’attarde sur le nouveau projet de Kekra: Vréel. Après l’excellent Freebase Vol. 2, Vréel est-il à la hauteur de nos attentes?

Cette dernière semaine sortait également le projet du duo de beatmaker Hits Alive: les enfants du diable. Une sortie sombre et dérangée, belle surprise de ce milieu d’année.

De belles autres découvertes au programme également: Milk, Coffea & Sugar dont Gaël Faye et enfin Koriass le québéquois. »

http://www.radiocampusrennes.fr/player.php?podcast=15139

Podcast : French Kiss | Mafia 667

On a longtemps du se coltiner les mêmes animateurs à la con accompagnés des mêmes chroniqueurs rincés et corrompus par le système, mais grâce à internet et à la bonne volonté de jeunes gens motivés, on a aujourd’hui droit à une chiée de podcasts de grande qualité. Ambiance talk-show chez Ca parle Hip-Hop, découverte de talents underground et méconnus chez French Kiss, amour et dérision chez Le Mike et L’enclume, et comparaisons improbables chez No Fun Show.

On a donc pris la décision de réunir tous ces podcasts au même endroit, au sein d’une liste absolument pas exhaustive à cause que flemme de mettre à jour à chaque nouvelle émission.

Voici donc : French Kiss !

« Cette semaine, nos tympans ont pris le métro et s’arrêtent longuement station 667, le crew de Jorrdee et de ses acolytes. Notre premier morceau est interprété par Zuukoo Mayzie en solo, quant au second, nous y retrouvons Jorrdee, Congo Bill et Slim C sur Pas le moral.

Prochaine station: les ténèbres habitées par un monstre à la plume plongée dans un baril de pue, le bien nommé Vîrus. Aucun autre morceau que son Champion’s League ne pourrait mieux dépeindre la situation actuelle. 

On reprend le wagon, bien dépressifs suite à l’écoute de Vîrus. Notre prochaine destination est la station des gants puants. Pour illustrer le film Creed, le S-Crew a chanté Jusqu’au bout.

On quitte les souterrains moisis pour l’éther en s’écoutant le morceau Lunar du strasbourgeois Ash Kidd. Surfant sur la tendance Cloud Rap, le beatmaker/rappeur nous emmène loin, très loin. Une bien belle découverte de Gaz’L.

Parce que les métros permettent de passer d’un lieu à un autre, c’est l’occasion de passer un morceau de Riski traitant du Courage de fuir. Un morceau touchant pour un personnage hors norme. Autre courage, celui d’ériger l’album Si c’était à refaire de Kery James comme étant le meilleur de la carrière de celui-ci. L’occasion de se rappeler de la beauté du morceau Parce que.

et aussi la MZ, Laylow … »

Dispo ici, chez Radio Campus Rennes.

http://radiocampusrennes.fr/player.php?podcast=15114style=width:800px;border:none;height:850px;

Cinéfilou x Game of thrones | Interview de MISSANDEI (Nathalie Emmanuel)

Suite et fin des interviews du casting de Game of thrones avec Cinéfilou. C’est Nathalie Emmanuel, interprète de Missandei (l’interprète d’une interprète, c’est pas banal) qui conclut cette rencontre en revenant sur les spécificités de son personage. En espérant que ça vous ait plu. De toute façon l’important c’est que l’intervieweur a eu ce qu’il voulait. Ou pas.

Ténébreuse Musique : la version Chopped & Screwed

Ténébreuse Musique est probablement le projet original le plus enthousiasmant de ces dernières années en France. Il semblait donc tout à fait logique qu’il finisse screwisé, et comme bien souvent, c’est A13 qui s’y est collé. Coeurs sur lui, coeurs sur Alk, coeurs sur Sidi, coeurs sur Dela.

https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=2332976526/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=0687f5/transparent=true/

Express Bavon – La Cuisine | Prod Tahiti Boï | Clip : Diez Films

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=> Notre interview d’Express Bavon par Le Jeune Did et SingeMongol <=

Cinéfilou : Top 5 Spécial Fête des mères

Dimanche prochain c’est la fête des mères et Cinéfilou ne pouvait pas laisser passer ça sans une vidéo un peu spéciale : un top 5 des meilleures mamans du cinéma et de la télévision.
On vous a donc fait un top 5 pas piqué des hannetons, d’ailleurs si vous regardez bien, c’est un top 10 déguisé en top 5, parce que dans Cinéfilou, il y a filou.
Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur les films et séries d’où sont issues ces sympathiques mamans :

Terminator 2 – je vais pas vous insulter en résumant le film (classique du cinéma d’action s’il en est, sorti en 91) ou en vous expliquant qui est Sarah Connor, mais le trailer est là http://www.dailymotion.com/video/x4d05yg_terminator-2-le-jugement-dernier-bande-annonce-1991_shortfilms sinon rien à voir mais ne regardez jamais le dernier Terminator en date. Just don’t.

Vendredi 13 – premier volet de la saga de Jason (le fameux tueur au masque de hockey avec le QI d’une sauterelle, « héros » de 11 films pour l’instant) sauf que Jason n’apparaît qu’à la fin où il tue la dernière survivante. Le film date de 1980 et c’est un slasher franchement pas terrible mais qu’il faut voir quand même parce que c’est comme ça. Et puis il faut rendre hommage à la mémoire de Betsy Palmer, l’actrice qui joue la maman, décédée l’année dernière. Trailer : http://www.dailymotion.com/video/x4d05yb_vendredi-13-bande-annonce-1980_shortfilms

Serial Mother – une comédie d’horreur de John Waters, qui a légèrement mal vieilli mais qui fonctionne toujours tellement tous les actes de l’héroïne sont extrêmes. La prestation de Kathleen Turner y est pour beaucoup. Trailer : http://www.dailymotion.com/video/x4d05yf_serial-mother-bande-annonce_shortfilms

Archer – une série d’animation qui fait partie de la génération post-South Park, avec tout ce que ça implique d’irrévérence, de gags absurdes et de mongoleries. Le casting voix est très bon, composé en partie de seconds couteaux des comédies américaines. Aperçu de Archer traumatisé par sa mère : http://www.dailymotion.com/video/x4d05y7_archer-et-sa-mere_tv

Banshee – une série très bourrine qui défoule bien, sur un taulard qui se retrouve shérif d’un bled paumé. Et à chaque épisode il se retrouve en conflit avec des gens tout aussi dangereux que lui, pour une raison qui échappe à toute logique. Seul bemol : la 4e et dernière saison (sauf grosse surprise) est décevante. Mais genre décevante level Parti Socialiste. Trailer : http://www.dailymotion.com/video/x4d05ya_carrie-hopewell-banshee_tv

South Park – on est dans du classique, 19 saisons à leur actif, depuis Scott Tenorman 0 défaite. Si tu connais pas c’est qu’une partie de ta jeunesse ou ton enfance a dû être tristounette. Baroud d’honneur de maman Cartman : http://www.dailymotion.com/video/x4d05yc_cartman-et-sa-mere-une-certaine-vision-de-l-amerique_tv

Boardwalk Empire – série produite par Scorsese, centré sur le destin croisé de plusieurs personnages d’Atlantic City qui sont pour la plupart liés à la mafia. Ca démarrait bien mais ça s’est vite cassé la gueule. Trailer : http://www.dailymotion.com/video/x4d05y8_boardwalk-empire-decryptage-de-l-episode-23-de-la-saison-2_tv

La Dernière Maison Sur La Gauche – 1er film de Wes Craven (1972), maître de l’horreur aujourd’hui décédé. Tourné comme un docu alors qu’il s’y passe des choses atroces, ça raconte l’histoire de 3 voyous qui martyrisent 2 ados innocentes avant de se retrouver par hasard dans la maison des parents d’une d’entre elles. Quand les darons découvrent ce qu’ils ont faits, ils décident de se faire justice eux-même. Et là ça devient cracra. Trailer : http://www.dailymotion.com/video/x4d05yd_la-derniere-maison-sur-la-gauche-bande-annonce-1972_shortfilms

Les Soprano – avec Oz et The Wire c’est LA série culte HBO qu’il fallait voir dans les années 2000. Sur le podium avec les 2 autres sans souci. La performance de James Gandolfini (RIP) reste inégalée mais une actrice arrivait à sa hauteur : Nancy Marchand (RIP aussi), qui jouait sa mère. Le décès de l’actrice a forcé toute l’équipe à réécrire la saison suivante et chose rare, ils ont réussi à rester cohérent (et n’ont pas fait la connerie de recaster le personnage). Nancy en action : http://www.dailymotion.com/video/x4d05yh_the-sopranos-goodbye-little-livia_tv

Rosemary’s Baby – quand Roman Polanski ne fait pas des soirées pyjama avec des mineures, il réalise des chefs d’œuvre comme ce film (1968) centré sur une femme enceinte qui subit un voisinage ultra-angoissant et énigmatique. Trailer : http://www.dailymotion.com/video/x4d05ye_rosemary-s-baby-bande-annonce-vostfr_shortfilms

Alien – Si vous l’avez pas vu : Allez. Voir. Ce. Film. 1979 et déjà plus d’idées que 90% de tout ce que la SF a produit depuis. Une des masterpieces de Ridley Scott avec Blade Runner. Trailer : http://www.dailymotion.com/video/x4d05uh_alien-le-huitieme-passager-bande-annonce-vost_shortfilms

Bisoux, Joyeuses fêtes à toutes, et n’oubliez pas d’éduquer vos gosses avant qu’ils deviennent des fils de pute.

Mais qui est Sfera Ebbasta, ce rappeur italien en feat sur Anarchie ?

Le premier album tant attendu de Sch sortira le 27 mai -rappelons qu’A7 n’était qu’une mixtape. Au début du mois, le premier single, Anarchie, est sorti accompagné d’un clip, et dans la foulée, le rappeur marseillais-ou-presque a publié la tracklist de ce premier projet, plutôt étonnante : en effet, le seul featuring s’appelle Sfera Ebbasta, un nom quasiment inconnu de la part du public français. Jeune artiste italien, il forme un duo fixe avec son producteur, Charlie Charles, lui aussi présent sur le tracklisting et crédité pour la production de la piste 4, Cartine Cartier.

Le rap italien et le rap français ont connu quelques rapprochements timides l’année dernière, grace à Gué Pequeno et Fabri Fibra. Le premier avait accueilli Joke sur le titre Tu non sai, pour l’une des meilleurs pistes de son dernier album, intitulé Vero (Vrai en français, Vrai Vrai en grygnois). Quelques mois plus tard, Fabri Fibra décrivait de la meilleure des manières ce qui allait se passer en collaborant avec Youssoupha :

“Vuoi la prova che si è aperto il mercato?
Sulla stessa base c’è Fibra con Youssoupha”

En somme, et sans vous faire l’affrontt d’une traduction littérale : le marché des transferts entre rap français et rap italien est enfin ouvert. 2015 a donc été une mise en bouche de ce qui allait se passer l’année suivante, et qui, pour un rappeur italien, n’était pas arrivé depuis belle lurette -à un niveau suffisamment mainstream, avec implication des majors et tout le tralala. La passion -ou du moins l’intérêt- de Sch pour l’Italie s’est révélé avec l’un des singles extraits d’A7, Gomorra, dont le clip a été tourné entre Marseille et Scampia -donc Naples, donc l’Italie.

Mais ce que beaucoup prenaient pour un simple one shot matérialisant la passion de Sch pour les Savastano et l’univers du milieu napolitain était en fait un prélude à une collaboration internationale. Evidemment, à ce point, vous vous demandez qui sont Sfera Ebbasta et Charlie Charles. On y arrive.

En novembre 2014, une première vidéo a été publiée sur Youtube par Sfera, la première d’une longue -et heureuse- série de vidéos. Sfera Ebbasta est un rappeur milanais, qui compte alors à son actif une seule mixtape, dont plus personne -ou presque- n’a de trace aujourd’hui. Il est accompagné de Charlie Charles, un producteur qui s’est fait remarquer avec quelques productions comme celle-ci, mais qui, à cette époque pas si lointaine, n’était encore qu’un illustre inconnu.

A partir de cette première vidéo, les noms de Sfera Ebbasta et Charlie Charles ont fini sur les bouches de tous les italiens de moins de trente ans en quelques mois seulement -le genre d’explosion soudaine que l’on pourrait comparer à celles de Niska ou MHD en France. La recette du succès : un projet en téléchargement gratuit, une signature chez Roccia Music -un roster dont la tête d’affiche s’appelle Marracash, l’un des plus gros vendeurs du rap transalpin-, mais surtout un personnage jamais vu en Italie.

S’il fallait vraiment trouver une signification et une raison à l’explosion du phénomène Sfera et Charlie -en plus de la musique- il faudrait s’intéresser à leur imagerie, et à la manière dont l’univers du personnage s’est deployé. Ce qui était jusqu’ici quelque chose d’assez commun pour le reste du monde a fait en Italie l’effet d’une révolution, en se présentant à la fois en avance sur les tendances du moment, mais aussi en reprenant et en remettant au gout du jour des codes un peu vieillots et oublié par tous.

C’est cet univers fait de vestes Marcelo Burlon -genre de Philippe Plein local- et de Sprite codéiné -c’est là que tu vois que les mecs sont en retard- qui a probablement contribué à créer un intérêt très neuf pour le duo. Sfera et Charlie ont  adopté des attitudes typiques du rap français, mais largement inspirées par des rappeurs comme Future ou Lil Durk, et des producteurs comme Metro Bloomin. S&C ont jusqu’ici parfaitement géré leur background et leur promotion, avec une attention toute particulière portée à leur stratégie, qui se place exactement à mi-chemin entre le calcul réel et la spontanéité.

L’une des autres raisons de ce parcours qui sent bon la réussite est la volonté de s’appuyer sur une équipe ressérée de collaborateurs : à la base, le duo ne s’est appuyé que sur lui-même et le réalisateur de clips Alessandro Murdaca. Ensemble, les trois compères ont réussi à créer un univers très cohérent.et facilement identifiable, en balançant une vidéo par mois, et en créant ainsi une petite hype parfaitement nourrie et parfaitement exploitée.

On ne peut cependant pas résumer tout ce buzz à la puissance de l’univers visuel et imaginaire de Sfera Ebbasta. Les thèmes ont évidemment un rôle prépondérant, et si l’on demande au rappeur quel est son titre préféré parmi sa discographie, il repond sans l’ombre d’un doute “Ciny” :

“Le signe C (avec la main), c’est d’où l’on vient, Ciny, Ciny (c’est à dire Cinisello Balsamo, un quartier de Milan)” est le gimmick favori du duo, un peu comme le YOLO de Drake, le Ouloulou de Booba, ou le signe Jul. La raison pour laquelle ce titre a si bien fonctionné est très simple : toute l’Italie est divisée entre quartiers, “”bourgs”” et banlieues, et pourtant le fameux rap de rue, l’identité des quartiers, était quelque chose qui était en train de disparaitre -du moins, au niveau mainstream. Ramener les mecs du ghetto et les blocs de banlieues dans ses vidéos est un retour à un immaginaire unique, parce que même s’il n’existe pas deux quartiers identiques, la plupart se ressemblent, et les histoires des ghetto youth se ressemblement toutes un peu.

Il y a quelques jours, Sfera a évoqué cette collaboration improbable : “Effectivement je suis le seul et unique featuring présent dans le nouvel album de Sch, sur une co-production de Charlie. J’ai encore du mal à y croire, parce qu’il ne s’agit pas d’un arrangement entre label et manager … il nous écoute tout le temps, et c’est bien lui qui nous a voulu sur son projet. Nous sommes le seul featuring de son album, tu comprends ? C’est absurde ! Shablo (manager de S&C, et beatmaker célèbre en Italie) m’a appelé à 3 heures du matin et m’a dit “Mon pote, demain tu pars pour Paris, Sch te veut sur son disque”. Je réponds “QUOI ?” et quelques heures plus tard, je suis en train de discuter avec lui, en train de me dire qu’il tourne dans Marseille en voiture avec Ciny à plein-volume. La même chose que nous faisons avec ses morceaux, parce que franchement, qu’est ce qu’on en a à foutre de comprendre les textes ? Ce genre d’artiste, on peut l’écouter aux Etats-Unis, en France et même pourquoi pas au Japon.”

Comme le prouve le clip ci-dessus -BRNBQ, son dernier single-, on retrouve chez Sfera comme chez Sch ce même style très ancré street à la base mais de plus en plus ouvert sur d’autres univers. Le titre est un acronyme de Bravi Ragazzi Nei Brutti Quartieri, ce qui signifie très simplement “Des gentils garçons dans des vilains quartiers”. Il y aurait énormément de choses à dire à propos de ce titre, mais en tant que français vous n’en avez probablement rien à foutre … et puis surtout, cette image vaut tous les discours :

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Heureusement pour tout le monde, la voiture est louée pour les besoins du clip, mais voir quelqu’un rapper assis sur le toit d’une Alpha Romeo de la Police, est une image qui a beaucoup d’impact pour nous en Italie. Et cette manière de monter d’un cran à chaque fois dans l’envie de surprendre avec ce genre de petit détail, est probablement l’un des plus grands mérites de Sfera. Finalement, il n’est pas si étonnant qu’il se retrouve à collaborer avec un rappeur comme Sch, qui s’est quasiment donné pour mission de surprendre à chaque apparition.

Texte : Tommaso Naccari
Traduction : Genono

Kino, l’empailleur de monde | Portrait de la nouvelle ogive de Katrina Squad

Kino, à première vue, c’est l’archétype même du rappeur de 2016. Soit, un mélange indigeste et désormais banal de vocodeur, de visage masqué, de fusil à pompe, de beuh. Mais ça, c’est en grande partie du visuel. Car, dès la première écoute, on perçoit déjà l’originalité de la jeune signature de Katrina Squad. A la prétention lyrique se substitue l’exigence mélodique.

Masqué et armé, voilà comment il apparaît pour le moment. De came, de flingue, de bifton, voilà de quoi il parle. Le pitch tient en une ligne.

Et effectivement, on ne trouve absolument aucune volonté d’être original dans son discours : « ce monde est pourri » ; « la vie c’est dure » ; « on rentre en cellule pour des histoires de came » ; « Tu sais très bien qu’on s’tape, pour la monnaie-monnaie » etc… A peine énoncés, ses propos tombent la banalité la plus fade du rap français, et Kino le sait. Et c’est pour cette raison qu’il travaille non pas le sens, mais les sons. Tout chez lui repose dans une inlassable production de nuances dans le vocodeur. Il reprend les lieux communs les plus éculés du rap français pour les altérer de toutes les manières possibles. A la recherche de la nuance parfaite. Travail très minutieux, et plutôt réussi.

Le discours est devenu une simple matière qu’il s’agit de modeler. Matière reprise en boucle, que Kino fait varier, chuter. Tout est pure technique, et les quelques clips en ligne matérialisent bien cette artificialité. Le rappeur apparaît essentiellement seul, cagoulé donc sans visage, dans des décors sans vie. Il rappe sur les vestiges du langage, comme il s’amuse sur une carcasse de voiture carbonisée, ou dans des bâtiments désaffectés.

941063_258924757774113_2339896992373750689_nD’ailleurs, lui-même revendique cette technique à outrance, ce rapport calculateur et dépassionné au monde : « J’suis trop technique », annonce-t-il dans « Interstellaire », ou bien encore « ce monde est pourri, j’l’ai analysé », dans « Paralyser ». Toujours dans ce dernier morceau : »Il y a des corps à terre, c’est moi le décorateur ». Le monde est pourri, le monde est mort, de même pour le langage, et on les dissèquent. Une fois épuré et esthétisé, Kino l’empailleur remonte le décor au vocodeur. Quant à lui, désormais que le monde terrestre n’est plus un lieu habitable, c’est au-delà de la stratosphère qu’il se voit : « J’roule un teh c’est l’heure, voyage interstellaire », dans le morceau justement intitulé « Interstellaire », ou bien encore « J’vise la lune, car si j’la rate je serai parmi les étoiles » dans « Tu veux quoi ? ».

Adieu au monde, adieu au langage aussi. Kino « laissera parler les métaux », et c’est la meilleure chose à faire, se taire, du moins taire le sens. Puisqu’il sera toujours question de faire du bruit, de produire du son. A l’évidence, les sonorités obtenues atténuent, cachent la brutalité du propos. En ce sens d’ailleurs, le vocodeur et la prédominance des sonorités sur le discours vont lui valoir quelques comparaisons avec le rap américain. Enfin, le rap américain (on sait pas trop lequel d’ailleurs) écouté et fantasmé par des français non-bilingues.

En somme, Kino fait preuve de sagesse, et dans son usage plutôt sobre du vocodeur, et dans son rapport à la langue : cette matière morte et désarticulée avec laquelle il joue, et par laquelle il exprime brièvement son désir de quitter le globe. D’ailleurs la magnifique faute de conjugaison dans le clip « Tu veux quoi » illustre à merveille la nonchalance avec laquelle il s’empare de la langue française, ce qui fait, définitivement, très rap français.

A ce jour, aucun projet de Kino n’est encore sorti, et seuls quelques titres sont disponibles sur Youtube et sa page Facebook. Mais d’après ses dires, un EP ne devrait pas tarder.