Cinéfilou est donc toujours en vie comme Ras’al Ghul, malgré quelques difficultés audiophoniques.
#CinéFilou – Interview Ricky Gervais
Rap Game Frantz Fanon, ou l’expression de l’identité noire dans le rap français
Les U.S.A sont définitivement dans le futur. Là -bas, tout le monde est en avance. Les renois de l’autre côté de l’Atlantique semblent avoir développé des capacités extraordinaires. On dirait qu’une bonne partie d’entre eux dégage un champ électromagnétique distinctif qui attire un métal particulier. Le métal des balles de la police. Une sorte de super-pouvoir tah Magneto dans les X-men, le prochain stade de l’évolution de l’homme noir : attirer le plomb par mutation génétique. En France nos noirs arrivent encore à maintenir un taux de plomb policier relativement bas dans leur composition corporelle, de quoi rester à peu près en vie. Quand un noir clamse à cause de la police ici, c’est encore à cause d’un bon vieux tabassage dans les règles de l’art.
Évidemment la situation de la communauté noire (si tant est qu’elle existe) en France ne laisse pas indifférents nos amis les rappeurs. Car on ne va pas se mentir, des noirs dans le rap français, il y en a beaucoup, et originaires de pleins de pays d’Afrique différents en plus. Paname c’est la champion’s league, le rap jeu c’est la Coupe d’Afrique des Nations.
Hip-Hop et identité noire sont très tôt allés de pairs dans l’histoire du rap, depuis les cellules souches du mouvement à New York jusqu’à aujourd’hui dans la cité Rougemont de Sevran où ça freestyle devant les halls. On nous décrit souvent le rap comme moins engagé aujourd’hui qu’à ses débuts, ouais parce que avant le rap délivrait des vrais message t’as vu. Le rap à changé de moules mais textuellement les revendications sont toujours là. « On a assez travaillé pendant l’esclavage » côtoie « tu me suce et j’éjacule sur ta carie » dans le même morceau. Au fond le rap ça à toujours été peu ça.
Quand on est issu d’un peuple qui a connu l’esclavage, la colonisation,le VIH et le logobi, au bout d’un moment les cordes vocales nous titillent, on veut cracher sa haine et affirmer son identité. Surtout en ce moment, où non seulement le climat ne semble pas être très sûr pour les peaux à forts taux de mélanine, mais aussi où le rap français semble avoir repris des couleurs africaines dans les sonorités (MHD, Niska…). La revendication identitaire est aussi présente dans les textes, en témoigne le titre on ne peut plus explicite Noir c’est noir de la MZ.
Frantz Fanon, docteur en psychatrie / combattant du FLN algérien / Tiers-mondiste martiniquais (allez sur Wikipédia bordel) est sans doute le boug qui a le mieux écrit sur les rapports noir/blanc, colonisateur/colonisé, dans ses ouvrages les plus connus Peau noire, masques blancs (1951) et Les damnés de la Terre(1962). Armé de quelques-unes de ses punchlines les plus percutantes et de lointains souvenirs de la catégorie Ebony de ton site préféré, nous allons tenter de décrypter quelques éléments de l’expression de l’identité noire dans ce rap francophone.
« Pour le colonisé, la vie ne peut surgir que du cadavre en décomposition du colon » ( Les damnés de la Terre, 1962)
Bon, un tas de punchlines et de rappeurs du 93 me viennent à l’esprit quand je lis cette phrase de Fanon. Parmi les plus récents, celui qui correspond le mieux est l’albinos cagoulé zaïrois de Sevran, peau blanche, masque noir : Kalash Criminel. « Africain sauvage, franchement on est trop fier » (93 Empire) (la fierté, on la sent bien). Chaque phrase est un gros mollard sur les pages des manuels europeano-centrés de l’éducation nationale : « Ma prof d’histoire connaissait pas Thomas Sankara, j’trouve ça regrettable », un écrasement de tête sur le crâne de l’ex-colonisateur: » Baise la mère à Léopold II, baise la mère à tout ceux qui nous ont colonisé« . C’est simple, violent, plein de références historiques, efficace et encore violent. Rien que pour la dédicace à l’ancien roi belge/ancien propriétaire du Congo, il mérite largement sa médaille officielle de l’Union Africaine. Comment autant de négritude peut sortir d’un corps aussi albinos ? Crimi fait du rap-vengeance. Il ne réclame pas réparation, il vient arracher violemment son dû des mains du néo-colonialisme (et en plus, il baise sa daronne).
« Le colonialisme ne se contente pas de constater l’existence de tribus, il les renforce, les différencie » (les damnés de la Terre, 1962)
Depuis les fusillades entre les Bloods et les Crips jusqu’aux massacres inter-ethniques d’Afrique centrale, le champ lexical du conflit dans l’imagerie historique afro n’est clairement pas difficile à trouver. Dans le rap, l’égotrip et les clashs sont monnaie courante. Et quand on mélange « petites embrouilles de rappeurs » et « génocide subsaharien » dans un bender, ça donne Benash (92i, 40K gang). Solennellement autoproclamé C.D.G (chef de guerre) dans tous ses sons, le renoi en utilise le champ lexical pour sublimer ses phases sanglantes : Kalashnikov, enfants soldats, pillages, massacres à la machette, tout l’imaginaire de la hass des conflits africains est invoqué par le rappeur. Nash-bé transpose une réalité ultra-violente très africaine (c’est pas partout comme ça, hein) dans le décor de la banlieue parisienne. Son ethnie devient le 92i et le pays à conquérir, le rap jeu. Benash défend sa tribu avec « le coeur d’un enfant soldat » (Larmes) : « Négro » par ci « négro » par là, Benash est tout à fait conscient de sa condition de noir (difficile de faire autrement de toute façon). Une sorte de déterminisme le pousse à suivre la logique ethnique, il est prêt à en découdre avec les autres chefferies, et de manière très bre-som : « J’vais les fumer, les fumer, les fumer, comme un Hutu fume un Toutsi » (Larmes). Simple déferlement de violence verbale ou véritable exposition consciente des sempiternelles problèmes du continent noir ? Sans doute un peu des deux. Il n’en demeure pas moins que l’imagerie invoquée s’implante violemment dans nos cerveaux et s’inscrit dans une revendication identitaire africaine claire: « Congo, Camer, Niger, Rwanda, ouais négro on avance seul »
« Ils nous faut perdre l’habitude maintenant que nous sommes au coeur du combat de minimiser l’action de nos pères, ils se sont battus comme ils le pouvaient » (Les damnés de la Terre, 1962)
Parlons vrai, c’est le clip Zifukoro de Niska qui m’a fait penser à faire un lien entre le rap français et tonton Frantz. Déjà une phase du titre semble directement répondre à l’univers guerrier de Benash: « À qui ils vendront les armes, si nous arrêtons d’faire la guerre ? Négro trop dupe, négro trop con, négro trop fier ».
Le rappeur d’Evry nous livre vraiment son intimité généalogique comme pour rendre hommage à la fierté des ancêtres. On vient mettre une couronne sur la tombe des anciens mort au combat : « Mon arrière grand-mère s’est faite tourner, à travers mon teint t’aperçois qu’je suis colonisé« . Sans détour, c’est violent mais tellement réel et en même temps d’ordinaire tellement refoulé.
Niska n’hésite pas à aller sur un terrain plus que glissant et assez tabou, la religion: « J’fréquente beaucoup les mosquées, ou sont passés les imams noirs ? » (Tchibili Tchabala sur Charo Life). Dans le même genre, seul un Despo Rutti sembe pouvoir allez aussi loin dans la revendication en s’en battant les couilles des non-dits et des gènes des codes des quartiers français. Il faut ABSOLUMENT écouter Que la Paix soit sur vous tous, c’est trop difficile de ne choisir qu’une phrase. Dans le genre, une phase d’Alpha Wann m’a bien fait golri aussi « Les renois sont rarement les grossistes, même dans le drogue game on a rien »(Alph Lauren)
« Des Noirs veulent démontrer aux Blancs coûte que coûte la richesse de leur pensée, l’égale puissance de leur esprit. Comment s’en sortir ? ». (Peau noire, masques blancs, 1951)
Cette volonté peut paraitre ridicule mais elle est le fruit d’un processus de désaliénation du dominé qui est sans doute une étape nécessaire (si j’ai bien compris Fanon, vous foutez pas de ma gueule) vers l’universalisme . En attendant le volonté est d’exalter la fierté noire à travers l’histoire d’un peuple, ses champions, sa culture. Les références sont pleines dans le rap francophone. Dans l’espace mental créé par les rappeurs, les chefs guerriers zoulous côtoient les joueurs de foot africains et les souverains médiévaux d’Afrique de l’ouest tapent la discute avec les mannequins afro-descendants.
Damso : « Tout est noir comme Noémie Lenoir » (Autotune)
Booba : « Mon super héros c’est Shaka Zulu pas Belmondo » (Salside)
Bassirou « Rendez nous l’or, Kankou Moussa sorti d’tombe pour gifler Bille Gates » (Le score feat Dosseh)
Gradur : « Sheguey j’suis Black, frais talentueux un peu come Paul Pogba » (Terrasser)

« J’avais besoin de me perdre dans la négritude absolument. » (Peau noire, masques blancs, 1951)
Frantz a clamsé il y a pas mal de temps, que tout le monde soit rassuré : il parle du mouvement littéraire d’Aimé Césaire, pas de l’album de Youssoupha.
La négritude n’est pas seulement à chercher dans un passé et des références communes, elle est aussi métaphorique. Dans le rap, elle se manifeste dans l’utilisation du mot noir et du champ lexical du bre-som. L’album Néro Némésis de B20 en est un bon exemple, parce que le nombre incroyable d’utilisation du mot « noir » et des ses variantes couplée aux prods ténébreuses assombrissent l’épiderme dès la première écoute: « Mélodie Noire, comme à Grand Dakar » (3G, c’est pas sur NNMS mais ça colle trop bien donc bat les couilles)
« Noire est la liste, noir est l’artiste » (Attila) : l’adjectif permet non seulement de se référer à la fierté ethnique mais également au sale, à l’illicite au ténébreux. Pour un rappeur c’est tout bénef. Une stylisation de sa condition qui l’a rend presque cartoonesque mais qui est sans doute nécessaire pour se perdre dans cette négritude métaphorique.
« C’est en dépassant la donnée historique instrumentale que j’introduis le cycle de ma liberté. » (Peau noire, masques blancs, 1951)
Cependant la négritude n’est pas une fin en soi : il s’agit d’une étape nécessaire, pas d’une fin en soi. Une échelle pour atteindre l’universel. L’homme ne doit pas être prisonnier de son passé et être fixé à celui-ci dans par symboles révolus. L’homme noir doit construire son avenir, sans renier sa culture mais toujours en regardant vers l’avant (pour ainsi dépasser sa condition ?). Peut être que les textes de rap du futur seront témoins de cette évolution … Sans doute d’abord au States, ils sont toujours en avance.
#CinéFilou TOP 5 – Les prêtres
A l’image du moine cénobite décrit par Rochdi, la figure du prêtre au cinéma est entourée d’un brouillard de fantasmes, d’une aura de mystère, mais aussi et surtout d’une prédisposition au contre-emploi : prêtres tueurs, prêtres obsédés sexuels, prêtres sur-armés … Une bien belle sélection, coachée par le vénérable Père Yérim.
Le premier semestre 2016 du rap français
Y’a des doublons parce que flemme, et la mise en page est dégueu parce qu’on aime rendre hommage au Blavog. Lire la suite « Le premier semestre 2016 du rap français »
Double #Cinéfilou : Anton Yelchin et Bud Spencer
Cette semaine, deux acteurs morts pour le prix d’un, et Yérim qui danse sur du Jul. Fantastique.
Alkpote : « J’aimerais échanger mon corps avec celui de Netanyahu » | Interview Captcha Mag
Excepté ton apparition dans l’émission La Sauce (OKLM), tu ne fais aucune interview pour ce projet. T’es fatigué qu’on s’intéresse plus à toi pour tes interviews que pour ta musique ?
Alkpote : Je suis complètement épuisé, j’ai plus de forces. On me prend pour un comique, alors que je suis un rappeur hors-pair, voire le meilleur.
T’as pas l’impression de l’avoir un peu cherché ? Quand tu fais des interviews, t’es toujours en train d’assurer le show.
Alkpote : Nan, même pas, j’essaye juste de m’exprimer naturellement. Mais je me rends compte que les gens préfèrent ma façon de m’exprimer que ma façon de rapper. Ca m’attriste un peu. Donc maintenant, je vais me concentrer sur la musique. Plus d’interviews, uniquement des freestyles. D’ailleurs le prochain, je te le dis en exclu, c’est pour OKLM.
T’as quand même fait l’émission La Sauce.
Alkpote : Voila, et je pense que ce sera la seule émission durant laquelle je me serai exprimé au sujet de Sadisme et Perversion. J’en ferai pas d’autre. Désormais je ne m’exprime qu’avec toi, parce que je t’aime beaucoup.
Du coup, tu fais une promo uniquement musicale, avec les Marches de l’Empereur et des freestyles annexes ?
Alkpote : Voila, musique et réseaux sociaux. Rien d’autre. De toute façon, t’as vu le message que Fred (Musa) m’a envoyé.
Ouai, mais je vais pas le publier.
Alkpote : Ah si, bien sûr, tu peux le publier. Je te l’offre, c’est un cadeau. Il me sert à rien dans mon téléphone, alors autant qu’il serve dans une interview.

T’as pensé quoi quand t’as reçu ce message ? Ça t’a plutôt fait rigoler, ou t’as juste trouvé ça pathétique ?
Alkpote : En fait, au début j’ai eu Fred au téléphone, il m’a dit que c’était ok, qu’il devait juste me confirmer. J’ai attendu, attendu, aucune réponse. Je l’ai relancé plusieurs fois, mais aucun retour. Et du jour au lendemain, je reçois ce message … Bon, c’est sûr que ça m’a fait rigoler. Mais dans le fond, ça m’étonne pas.
Tu penses qu’ils ont réellement reçu des plaintes, ou c’est juste un prétexte pour ne pas te recevoir ?
Alkpote : Je suis pas au courant, je suis jamais au courant de rien. Mais je m’en tape, c’est leur problème à eux.
Ok. Pour revenir aux Marches de l’Empereur, tu comptes faire combien d’épisodes ?
Alkpote : Treize épisodes, comme la saison 1. Comme les treize degrés de la pyramide des illuminatis.
Est-ce que t’estimes pas que ça aurait pu être plus judicieux de balancer les premiers épisodes plus tôt, pour préparer le terrain ? Parce que là, le premier épisode a été diffusé quelques jours seulement avant la sortie du projet, ça n’a pas contribué à faire monter l’attente.
Alkpote : C’est vrai que ça aurait été plus judicieux, hélas l’équipe de Daymolition a un emploi du temps très chargé. Et avec moi, ils bossent bénévolement, juste avec le cœur.
Donc tu t’es adapté à eux.
Alkpote : Exactement. C’est plus moi qui m’adapte à eux que le contraire. C’est logique, étant donné que je ne les rémunère pas.
Pour la première Marche de l’Empereur, t’as remixé un titre de 13Block. C’est un groupe que t’apprécies ?
Alkpote : De ouf. En ce moment, j’écoute qu’eux, en rap français. Franchement, c’est lourd de ouf.
Je suis content que tu me dises ça, j’ai l’impression d’être le seul à les écouter.
Alkpote : J’ai fait le titre insomnie, mais j’aurais pu faire Vrai Négro, ou Les Keufs tournent en boucle. Toute la mixtape Violences Urbaines Emeutes, c’est lourd de fou. Les quatre sont aussi forts les uns que les autres, c’est les meilleurs dans le délire trap.
Du coup tu comptes collaborer avec eux, à l’avenir ?
Alkpote : C’est prévu. Je sais pas quand sortiront les prochaines Marches, mais …
… y’en aura une avec eux, c’est ça ?
Alkpote : Tout est envisageable.
Ok. Les prochaines Marches, ce sera comme la dernière, avec des invités ? Ou tu vas en faire d’autres en solo ?
Alkpote : Y’aura de tout. A l’heure où on parle, il y a déjà deux épisodes en ligne, le prochain, je te le dévoile, ce sera un featuring avec la MZ. Mais oui, il faut s’attendre à voir beaucoup d’invités dans les prochaines.
Et donc, ce sera uniquement de la musique ?
Alkpote : Principalement. En tout cas, dans chaque épisode, il y aura un morceau.
Sadisme et Perversion est sorti pendant le ramadan … Est-ce que tu t’es posé la question, comme beaucoup de rappeurs, de retarder la sortie pour ne pas tomber en plein mois saint ?
Alkpote : Écoute … La pochette de Sadisme et Perversion représente des diables et des meufs qui se galochent. Le titre veut tout dire. Et il sort un vendredi, en plein ramadan. Le rap, c’est satanique. J’ai vu tous les signes, mais j’ai laissé couler. Ce que je fais, c’est haram. Si je l’avais sorti hors-ramadan, ça aurait été haram aussi. Donc ça ne change rien.
J’ai lu pas mal de retours critiques très positifs sur ce projet. Tu t’attendais à ça ?
Alkpote : (il hésite) … Nan, je crois pas. En fait, je m’attends à rien. Tout ce que je veux, c’est faire plus de ventes que mes ennemis. Et encore, si tu regardes bien, j’ai aucune promo. Pas de radio, de Planète Rap ou de Générations, aucun clip sur Trace TV … Je sais de quoi je suis capable avec les moyens que j’ai. Et je suis content de ce que je vends.
Ok pour les ventes, mais sur le plan purement critique ? Beaucoup considèrent que c’est ton meilleur disque depuis belle lurette.
Alkpote : Ils doivent sûrement dire ça parce qu’il n’y a pas de featurings. Les gens voulaient plus de solos, moins de feats, j’ai vraiment senti cette demande. Avec Weedim, on a décidé de suivre leurs conseils et de ne faire aucun feat. Désormais je vais faire plus de solos.
Avant qu’on commence l’interview, tu m’as dit que tu bossais déjà sur le prochain projet. Nouvelle Orgasmixtape ?
Alkpote : Vous verrez bien … De toute façon, toutes mes mixtapes sont orgasmiques.
Quand tu dis que tu bosses sur la suite, le prochain disque est déjà embrayé, ou c’est encore en phase d’écriture ?
Alkpote : C’est ça, je suis en phase d’écriture. Mais je suis productif, j’écris tout le temps, j’enregistre tout le temps. J’écris des rimes le matin, le soir, à la maison, au travail, en sortant du travail … Les rimes pleuvent. Elles tombent du ciel.
C’est Weedim qui te pousse à être productif, ou c’est naturel ?
Alkpote : Nan, même pas. J’ai ce pouvoir. J’ai ce don inné. Et je l’utilise à bon escient. J’écris des rimes tout le temps.
Sur Sadisme et Perversion tu insistes énormément sur les multisyllabiques. Je veux dire … là, c’est vraiment flagrant. J’ai l’impression que t’en fais encore plus qu’avant.
Alkpote : J’ai jamais calculé ça, j’te jure. Ça sort tout seul. C’est comme si je devais faire rimer « Genono », je vais le faire rimer avec « les homos », tu vois c’que je veux dire ? « J’kiffe Genono, mais nique les homos », par exemple. Tu vois, je vais pas faire rimer juste le o. Il faut que je fasse aussi rimer le « é ». J’aime faire rimer les mots. Je suis à la recherche de la rime parfaite. Mais je t’accorde que dans cet album j’ai fait de belles rimes. Quand je dis « ambiance reggaeton orientale, tes seins sont orientables » … je trouve que c’est une belle rime.
Dans Pyramides, tu dis « J’ejacule vite, je suis si rapide » … c’est une dédicace à tous les mecs précoces du monde ?
Alkpote : Nan, c’est une référence à ma productivité. Une métaphore sexuelle. Quand un rappeur fait 3 ou 4 morceaux, bah moi je fais 3 ou 4 projets. Mes projets, c’est vos morceaux.
Alkpote c le seul mec ki peut dire
« J’éjacule vite, je suis si rapide » et ke ça sonne kom un bête d’égotrip
T là, tu veux faire pareil— Un étrange individu (@_Teobaldo_) 26 juin 2016
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Y’a un truc qui m’a déçu dans Sadisme et Perversion : tu fais aucune référence aux NinjaGo.
Alkpote : Ah merde, c’est vrai. J’y fais référence dans mon prochain morceau.

Dans l’intro, y’a des skratchs. C’est Weedim qui les a fait ? L’idée vient de lui ?
Alkpote : C’est Weedim, sur ma demande.
Ta démarche, c’est de remettre ça au gout du jour ? Parce qu’en 2016, plus personne ne fait ça.
Alkpote : Le projet était terminé, il manquait plus qu’une intro et une outro. Il me dit « je fais quoi en intro ? ». Bah prends une prod, et mets des skratchs dessus. J’aime bien, même si ça se fait plus trop. Il l’a fait, il me l’a envoyé, j’ai validé … c’est aussi simple que ça.
L’idée de sampler le début de ton émission avec l’abcdrduson, ça vient de toi aussi ?
Alkpote : Nan, ça vient de Weedim.
Vous les avez prévenu avant ?
Alkpote : Nan, on a rien demandé, aucune autorisation. Mais on a vu Mehdi quand on a fait l’émission OKLM, il était content.
L’année dernière, dans le titre Marianne tu disais « J’regrette j’aurais dû faire de longues études ». Cette année, tu reprends la même phase dans Alksimodo. On sent que c’est un vraiment regret, que ça te tient vraiment à cœur.
Alkpote : Bah ouai, je regrette à mort. J’ai aucun diplôme, j’ai aucune licence. J’ai rien du tout, j’aurais tant aimé avoir un diplôme … j’ai tant de regrets, et celui là est très fort.
T’es pas vieux, tu te sens pas capable de te motiver à reprendre des études ?
Alkpote : Nan, j’ai aucune motivation. J’ai pas le temps, je dois ramener des sous, j’ai des enfants à nourrir. Tu sais, j’ai arrêté l’école à 16 ans. Et à 20 ans, je regrettais déjà. J’te jure, je voyais tous mes potes aller en cours, et je moi je galérais, je faisais rien de ma vie. Je fumais des joints à la gare tous les matins, et je regrettais.
A 20 ans, sans famille à assumer, t’aurais pu reprendre les cours, nan ?
Alkpote : C’est vrai, mais j’ai fait une autre erreur : je me suis lancé dans le rap. C’est ma plus grande erreur.
« J’aurais tant aimé être docteur, un grand chirurgien ». Si t’avais fait des études, t’aurais voulu t’orienter vers la médecine ?
Alkpote : Je pense, ouai. J’aurais aimé. Le corps humain, c’est quelque chose qui m’intéresse de ouf. La création de Dieu … c’est une création parfaite. Le Créateur a fait une créature parfaite. Des oreilles aux ongles en passant par les poils pubiens et tous les orifices. Et même à l’intérieur, les organes, l’organisation du corps … tout est parfait.
La médecine, c’est aussi l’idée de te rendre utile aux autres. Un chirurgien, c’est plus utile qu’un rappeur.
Alkpote : Aussi, ouai, peut-être. Sauver des vies, c’est mieux que fumer des joints. A la place, je soigne des malades avec mes morceaux. Je suis pas certain que ce soit mieux.
Quand tu sors un truc comme « J’vais aller me tatouer une croix gammée », comment réagit Weedim ?
Alkpote : Il a crié, il était fou de joie, heureux. Il a applaudit … comme tout le monde dans le studio. Mais après mure refléxion, il me l’a ressortit, avec une petite liste de 3 ou 4 phases, en me disant « attention sur celles-là, on devrait peut-être mettre un bip ». Mais nan, je m’attends pas à avoir des retours là-dessus. Aucun problème.
La croix gammée, c’est parce que le motif te plait ?
Alkpote : (rires) Exactement ! T’aimes pas, toi ? C’est symétrique, je trouve ça assez beau.
Dans Survivant de l’enfer tu dis « je suis fataliste ». Tu peux développer ?
Alkpote : Je me dis que tout est écrit, que la fin du monde approche. On est en train de vivre les derniers … enfin, pas forcément les derniers temps, mais on sent que la fin est proche. Même si on meurt, on approche de la fin des temps. Dans pas longtemps. « Je fume du cannabis, je suis fataliste » … je sais que c’est cuit. Je le disais déjà dans le morceau Chiens, « L’ombre de la mort plane sur le navire, mais je monte à bord » …
Tu vois pas de lueur d’espoir ?
Alkpote : Nan … j’aperçois une lueur de loin, mais c’est juste l’étincelle d’un briquet qui allume un joint.
C’est sombre dans ta tête.
Alkpote : C’est noir de fou.
Pareil, dans Zone Mortuaire, tu dis « j’essaye d’y arriver mais je suis trop déprimé »
Alkpote : C’est vrai …
T’es déprimé, carrément ?
Alkpote : Ouai … J’ai pas la plus belle des vies, mais j’ai pas la plus moche non plus.
T’as une famille, des gosses, la santé, un taff. Qu’est-ce que tu veux de plus ?
Alkpote : Nan mais c’est clair, en vrai t’as raison. Je suis pas un malade mental qui va finir à l’asile. Hamdullah.
Alors pourquoi tu parles de déprime ? Y’a bien une raison.
Alkpote : C’est juste que … Je réussis pas toujours ce que j’entreprends, c’est ça qui me déprime. Mais c’est des petites dépressions, pendant des courtes périodes.
Tu réussis pas … dans le rap, ou dans autre chose ?
Alkpote : Nan, pas dans le rap. J’en ai rien à foutre du rap. C’est dans la vraie vie que je ne réussis pas tout. Mais t’inquiète.
Dans le rap, t’es satisfait de la place que t’occupes ?
Alkpote : Je suis pas content de la place que j’ai mais … je m’en contente. Je te l’ai déjà dit, je suis content de pas avoir percé. Et même le message de Fred, dont on parlait tout à l’heure … c’est une chance. C’est une chance de ouf. Comme je te l’ai dit, je vais plus faire d’interviews. Je vais faire comme PNL, je vais envoyer un animal sauvage à ma place.
(rires) C’était tellement beau.
Alkpote : A quoi ça sert d’aller dans leurs locaux ? Franchement ? Je suis content, je suis dans mon coin, j’ai mon réseau.

J’ai le sentiment que Skyrock perd de plus en plus en influence, que Planète Rap est beaucoup moins prépondérant.
Alkpote : Dieu merci. Maintenant c’est Mehdi, notre Fred Musa à nous.
En hétérosexuel.
Alkpote : Exactement, en hétérosexuel. En jeune. En frais.
Tu m’as dit que t’étais heureux de tes 500 ventes en milieu de semaine. T’estimes pas pouvoir viser plus ?
Alkpote : On en avait discuté au téléphone, j’avais calculé que si je faisais 400 en première semaine, j’étais content. Parce que j’ai pas de promo, pas de Planète Rap, rien. Et des mecs qui ont des médias de ouf font 400 ventes en ce moment. J’ai que toi, Mehdi, et les réseaux sociaux. Etant donnée la conjoncture actuelle, je m’attendais pas à faire plus. Donc là, 500 en milieu de semaine … ça tue.
Comment t’expliques cette conjecture, avec des très grands écarts entre ceux qui font 30000 ventes en première semaine, et derrière, tous les autres qui galèrent à faire 1000 ventes ?
Alkpote : Y’a 1001 explications, mais la principale, selon moi, c’est que le rap est une musique de jeunes. Une musique d’enfants. Si t’as pas les enfants dans ta poche, t’es cuit. C’est les enfants qui regardent ton clip à la recré avec tous leurs potes, qui allument tous leur téléphone en même temps pour regarder le même clip. Et si t’as pas ce public là, t’es cuit. Jul est sorti le même jour que moi, vendredi. En trois jours, j’ai fait 500. Il a fait 30000. On peut pas lutter.
Jul, ça te parle, à toi ?
Alkpote : Disons qu’il force le respect.
Par ses ventes, ou par sa musique ?
Alkpote : C’est un ensemble … je suis pas forcément fan de tout ce qu’il fait, mais il est impressionnant. Je le respecte de ouf.
Quand tu vois que les gens sont prêts à donner 15000 euros pour Tenebreuse Musique mais qu’ils sont pas motives à aller acheter tes disques, ça t’inspire quoi ? Tu te dis qu’il y a peut-être un autre modèle économique à développer, autre que la vente de disques ?
Alkpote : Je me suis jamais trop posé de questions, et c’est pas aujourd’hui que je vais me poser ce genre de questions. J’ai vu tellement de supports mourir sous mes yeux … laisse-moi voir le disque mourir, et on passera à la suite. Je suis même pas au courant de mes chiffres de streaming. Mais regarde juste mes vues Youtube. J’ai fait deux clips, y’en a un à 160000, l’autre 100000. Ca veut tout dire.
A propos de clips, comment tu fonctionnes ? Je me rappelle notamment des clips de l’Orgasmixtape 2, où l’on sentait une forte volonté de développer un univers visuel (Tourbillon, Meilleur Lendemain).
Alkpote : Il faut plus saluer les réalisateurs que moi … Kevin el-Amrani pour Tourbillon, Julius de PTPFG pour Meilleur Lendemain.
Ils sont arrivés avec leurs idées, et t’as suivi ?
Alkpote : Pour ces deux clips là, ouai. Par contre, pour mes deux derniers clips, toutes les idées sont de moi. Amsterdam, c’est mon idée, je voulais absolument faire un clip là-bas. Et pour Pyramides, j’ai eu l’idée de filmer au drone, je voulais vraiment le faire. C’est une idée simple, mais y’a pas forcément besoin d’aller chercher trop loin.
Dans « plus pure » tu parles de la couverture que t’avais fait chez Groove, avec l’Unité de Feu. Quels souvenirs tu gardes de cette époque la ?
Alkpote : C’est des bons souvenirs. En plus, je crois que c’était pour une compil de Skyrock (rires). Y’avait tout le monde : Tandem, Sinik, KenyArkana … C’était la première fois que j’étais en couverture de magazine.

T’as ressenti de la fierté à ce moment-là ?
Alkpote : Nan, même pas. Tout ce que j’ai accompli dans le rap, j’en suis pas fier. Y’a rien de ouf là-dedans … ce qui peut paraitre ouf aux yeux des autres, j’en suis pas fier.
T’en es pas fier, ok, mais t’en as pas honte non plus ?
Alkpote : Nan, j’en ai pas honte. C’est fait.
Dans Zone Mortuaire, tu dis « bientôt la trap sera démodée ». Comment tu vois le rap évoluer dans les prochaines années ?
Alkpote : Peu importe comment il évoluera … Tant que je serai dedans, je serai dans le coup. J’ai toujours su m’adapter : j’ai été inspiré par le Wu-Tang, par la Three Six Mafia, par Rich HomieQuan … j’ai toujours su m’adapter.
T’as pas mal investi le délire trap ces dernières années. En disant qu’il sera bientôt démodé, t’anticipes la suite ?
Alkpote : Je sais pas vraiment … je fais ça au feeling. Les prods qui me plaisent en ce moment sont plutôt trap, c’est vrai. Mais j’attends qu’un nouveau rappeur américain amène une nouvelle mode, et je m’engouffre dedans directement. J’essaye de rester dans le coup.
Ok, donc t’es vraiment dans une optique qui consiste à suivre ce qui marche aux Etats-Unis. Tu cherches absolument pas à innover, ou à faire quelque chose de neuf.
Alkpote : Nan, je réfléchis pas trop.
J’ai l’impression que c’est un peu pareil dans ta manière de construire tes albums, dans le sens où j’ai senti les deux Orgasmixtapes vraiment drivées par Weedim, et Ténébreuse Musique presque comme un album de Butter Bullets avec toi en featuring sur toutes les pistes. Tu te laisses un peu porter.
Akpote : C’est pas con ce que tu dis. C’est pas faux … c’est pas faux du tout. En tout cas, pour Ténébreuse Musique, je suis d’accord. Je suis venu, j’ai posé … ça s’est fait super vite, en un temps record. Pour l’Orgasmixtape, par contre … peut-être que t’as cette impression, mais je le vois différemment. Oui, j’avais l’aide de Weedim, mais je savais où je voulais aller, je savais quelle direction donner. Par exemple, Tourbillon, c’est moi qui l’a fait, mais sur une autre instru. Après, Butter Bullets a repris mes acapella et les a placé sur une autre prod. Marianne, c’est pareil. J’ai tout réalisé, et après Weedim a ramené sa prod. Donc pour les deux premières Orgasmixtapes, je considère que c’est vraiment moi le réalisateur.
Par contre, pour Sadisme et Perversion, Weedim est vraiment là de A à Z. C’est lui qui gère tout. Il a tout drivé, jusqu’aux refrains. Il a trouvé des refrains, des flows … Des titres comme Plus Pure, ou Plan à Dix, c’est entièrement lui. Il est arrivé avec le flow, l’instru, il m’a dit « pose de telle manière ». Je l’ai suivi, c’est allé super vite.
C’est juste parce que tu lui fais entièrement confiance, ou c’est aussi un peu de fainéantise ?
Alkpote : Je lui fais confiance à 191% … de ouf.
La critique qui revient souvent au sujet des prods de Weedim, c’est leur côté un peu générique. Tu comprends ce reproche ?
Alkpote : Weedim, il est comme moi : il réfléchit pas. Il a pas le temps de réfléchir. Par contre, il connait la musique … de ouf. Mais quand je te dis qu’il connait … c’est incroyable. Quand il me fait écouter une prod qui me plait, je lui dis « mets-la de côté ». Il m’en fait écouter 4 ou 5 autres, je lui dis « remets la première » … impossible de la retrouver. Alors il m’en fait écouter des dizaines d’autres, et elles défoncent toutes. Il a tellement de prods ! On est pareil là-dessus : il fonctionne avec ses prods comme moi je fonctionne avec mes couplets. On triche pas : si la prod est bien, on la garde, je pose dessus, et on passe à la suite. Donc ceux qui trouvent ses prods génériques … ils peuvent me faire la même remarque, et dire que mes couplets sont génériques aussi.
Il t’a aussi aidé à maitriser l’autotune ? Parce que c’est un truc auquel tu sembles t’être adapté super naturellement.
Alkpote : J’avais essayé sur L’Empereur Contre-Attaque, sur le morceau Voltaire. C’est vraiment un test, pour moi c’était un truc de ouf de me lancer là-dedans à l’époque. Et puis, petit à petit, tu comprends comment ça fonctionne … Le déclic, ça a vraiment été Ténébreuse Musique. J’ai compris que c’était un instrument moderne. Faut vivre avec son temps, et l’autotune c’est un super outil, un super bonus.
Ca s’est fait naturellement, ou c’est un truc que t’as bossé ?
Alkpote : Nan, j’ai jamais bossé ça de ma vie. Mais moi, dans le rap, je bosse rien du tout. Je te jure que c’est vrai Je vais en studio, je pose, j’écris … ou alors j’écris chez moi. Mais tout ce que tu peux appeler bosser, pour moi, c’est écrire des textes. Je fais rien d’autre qu’écrire des textes. L’autotune, j’ai pas besoin de le bosser. Je suis en studio, j’essaye un truc, si c’est bien on le garde, sinon on l’enlève. C’est pas plus compliqué que ça.

« Vous voulez changer de corps avec le mien comme Ginyû ». Si tu pouvais changer de corps avec quelqu’un tu choisirais qui ?
Alkpote : Pourquoi pas un sioniste, comme … Benyamin Netanyahu. Il doit être en pleine forme, en bonne santé. Il doit avoir les meilleurs médecins.
Tu fais des références à Abdeslam, à Coulibaly, à Merah … Je me souviens que le soir des attentats t’étais dégoûté parce que la finale de Secret Story était annulée. Comment tu juges la situation en France en ce moment, avec la menace terroriste, et toutes ces conneries ?
Alkpote : Franchement, ça m’inquiète, notamment parce que les premières victimes, c’est nous, les musulmans. Quand un prêtre tombe dans la pédophilie, c’est lui seul qui paye, et pas toute la communauté catholique. Mais quand un barbu tue, même s’il tue des musulmans comme nous, on le fait payer à toute notre communauté. C’est insensé.
J’ai quand même l’impression que tu le prends avec pas mal de détachement. C’est plus pour jouer sur ton personnage, ou t’étais vraiment dégouté que Secret Story ne soit pas diffusé ce soir là ?
Alkpote : Nan, ça c’est pas une blague, j’étais vraiment dégouté. Je suis à fond dans Secret Story. Je suis fasciné par Endemol et leurs super-pouvoirs. Je suis moins dedans qu’avant, mais je suis quand même dans cette merde.
T’es sur quoi en ce moment ?
Alkpote : J’aime bien Moundir et les apprentis aventuriers. Tu regardes ?
Nan, je peux pas. C’est trop. J’ai essayé, une fois. J’ai eu l’impression de subir une lobotomie, j’ai senti mon cerveau fondre en direct.
Alkpote : C’est ça … c’est exactement ça. Je veux juste me divertir, et ne penser à rien. J’allume mon joint, je me pose devant ça, et mon cerveau se met en veille. Je rigole comme un débile sans même m’en rendre compte, c’est fascinant. Je veux juste oublier toute ma vie et tout le reste.
T’aimerais bien participer à ce genre de programme ?
Alkpote : Nan, je veux juste être spectateur. Je reste à ma place.
Merci Alk, j’ai fait le tour de mes questions.

Alkpote : Putain, c’est trop court.
Tu dis ça parce que c’est pas toi qui va te taper la retranscription.
Alkpote : Pose-moi une dernière question, même si elle est pourrie.
Ok. Tu regardes quoi comme série en ce moment ?
Alkpote : Game of Thrones, comme tout le monde. Mais ma série préférée, c’est Tout le monde déteste Chris. Je la regarde en boucle, sur BET. Sinon je regarde les Kardashian, ou la série sur Caitlyn Jenner.
Y’a une série sur « elle », carrément ?
Alkpote : Elle est encore plus connue que Kim maintenant. Elle a plus de followers que Kim, elle a tous les plus grands couturiers qui lui offrent des robes de ouf. Et il va à la piscine avec un maillot une pièce, et une couche.
Une couche ?
Alkpote : Ouai, il met une couche. Une couche Pampers, comme tu mettais à tes enfants quand ils étaient petits. Une grosse couche. L’argent peut te faire exaucer tous tes rêves. Tu peux être champion olympique un jour et devenir une femme qui met des couches à la piscine le lendemain.
Méthylamine : l’insolent rap d’apprentissage de Youno
Lendemain de la Fête de la Musique difficile ? Choc thermique entre le glacial début de mois et l’irradiant début d’été ? Baccalauréat qui tape encore sur le système nerveux ? L’organisme peut parfois sembler être affaibli, et alors là l’auditeur de rap français se saisit de son plus grand courage, ouvre avec détermination sa boîte à pharmacie, et s’installe confortablement afin de bénéficier des effets secondaires délirants de ce nouveau produit que l’on nomme le rap antibiotique. Dopage ? Pas vraiment. Plutôt un projet sérieux mais drôle, débridé mais construit, une aventure qui entraîne qui veut bien s’y laisser prendre dans une sorte de vortex remplie de formes géométriques, d’équations saugrenues, de références interstellaires. Entre trip sous LSD et travaux pratiques de chimie moléculaire, il est aujourd’hui question de Méthylamine, la première sucrerie solo de Youno.
Si l’on connaissait déjà Youno à travers les collectifs » Sémaphore » et « Les Chimistes », il était intéressant de voir comment allait se sortir le laborantin de l’épreuve d’un projet solo consistant, qui demande du coup une cohérence et une mécanique précise, afin d’être entraînant de la naissance au dernier soupir. Force est de constater que le pari est relevé haut-la-main, les 8 morceaux s’enchaînant extrêmement bien, donnant ainsi une consistance quasi scénaristique au projet. L’univers déjà extrêmement construit qu’avaient réussi à distiller Les Chimistes en quelques sorties est ici fidèlement restitué, mais n’est pas calqué pour autant, comme une facilité. Il est proposé à l’auditeur devenu cobaye de prendre part encore plus profondément à cet environnement, d’évoluer dans ce monde parallèle en compagnie du guide des lieux. Youno invite ses auditeurs dans un monde de l’autre côté du miroir, entre l’utopie psychédélique d’un Alice au pays des merveilles et la déprime morbide du Septième Sceau. Mais que trouve-t-on dans cette antre caverneuse ?
On pourrait rire en caractérisant le rap de Youno comme un rap de scientifique. En effet, le projet entier baigne dans une atmosphère chimique et numérique, comme si la réalité matérielle et organique était mise à nue et laissait entrevoir, comme dans Matrix, des colonnes de chiffres dévitalisées en lieu et place du rassurant monde réel. Dès le titre du projet, le ton est donné: Méthylamine. Ce mot beaucoup trop compliqué, donne lieu à un titre éponyme, le premier, rampe de lancement de l’expérience. Mais ici, pas de rap d’intello pour autant. La science de Youno est une science de branleur, plus encline à se défoncer le crâne qu’à ingurgiter des tonnes de théorèmes. « Cuisiner des lloux-cai », refrain exalté du premier morceau, semble provenir, avec ses poussées de voix, d’un savant fou qui éructe, sardonique, face à sa future réussite. Evidemment, la drogue est alors partout dans le projet, au point de parfois apparaître comme une obsession. Mais là où le rap français actuel a tendance à dénigrer la drogue et ses méfaits dans un rapport fascination-répulsion parfois un brin hypocrite, aucune considération de ce genre chez Youno. Elle peut être ludique (à travers les parodiques « Obiwan Cannabis et Severus Drogue »), unificatrice (« J’fume des zdehs avec des sunnites, et je fume avec mes chimistes » dans l’excellent Coruscant), ou bien mercantile (« Olivettes se bibi comme les marrons chauds » dans U Know). Jamais elle n’est vue comme accessoire, elle fait partie de la vie, et là aussi se dessine un aspect mathématique dans cette vision. Il n’y a plus de jugements de valeurs dans un monde régi par les lois, et la drogue n’est alors vue négativement que parce qu’on la considère comme telle.
Mais il n’y a pas que la drogue qui transparaît dans l’Ep comme en manque de vie. « Et les sentiments sont mécaniques », s’entend dans Méthylamine. La résurgence des maths, de la drogue, de la mort aussi (il n’y a qu’à voir l’esthétique glaçante du clip de Voila), créent un sentiment de malaise, comme si l’auditeur, du haut de la falaise (ou de la Burj Khalifa), observait l’apocalypse et la décadence. Il y a un vrai pessimisme dans le projet, une manière de relativiser la vie sur Terre ( « Initialement, t’étais qu’un filament »), le meilleur étant peut-être à venir ailleurs (« Rallonge ta vie si tu le souhaites, moi j’raccourcis ma mort »). Les femmes ne sont pas glorifiées, et elles ont même le droit à une chanson en forme de déclaration d’amour à l’envers, entre femme-objet matérialiste et incapacité d’aimer. Il ne faut voir nul sexisme ici, seulement l’expression nihiliste d’un « Rien à foutre » généralisé, où seul émerge un idéal franc de réussite, matérialisée par la Burj Khalifa, cette tour si près du ciel, inaccessible métaphore de succès et de reconnaissance. Ni tout à fait le nôtre, mais suffisamment ressemblant pour s’y laisser perdre, le monde nihiliste, au bord de la réification total, serait-il alors dénué de toute forme d’humanité, Youno prenant à bras le corps le rôle d’oracle de la désolation ? Bien sûr que non, Youno n’est pas Rochdi, et Méthylamine lui permet également de montrer, en opposition, le revers de sa médaille, plus guillerette, plus insolente, et plus drôle.
Alkpote devenu, pour une nouvelle génération de rappeurs, une source inépuisable d’inspiration, il est difficile de voir d’autres rappeurs prendre son créneau principal qui est, sans être réducteur, situé entre mongoleries hilarantes et name-dropping insolites. Youno s’insère pourtant sans mal dans ces ambiances, dans cet humour gras, gratuit parfois, mais aussi politisé, et toujours avec un détachement pince-sans-rire d’une insolence bienvenue. Quel rappeur pourrait balancer au détour d’un morceau plutôt sérieux au demeurant, une phrase génialement absurde comme » La chose qui me tracasse quand j’y pense, c’est de savoir si mes couilles sont équidistantes » ? Complètement tarée, la phase fait basculer n’importe quel auditeur dans un fou rire incontrôlable, surtout qu’elle arrive comme un cheveu sur la soupe. L’irrévérence débile mais assumée ouvre à un nouveau moyen de voir la chanson, le comique pouvant surgir de n’importe où sans considération de cohérence, ce qui ouvre la porte à une infinité de possibilités de combinaisons, dans un jubilatoire défilé de références. Irrévérence qui peut aussi se distinguer par le recours à des métaphores politiques clivantes, certes presque toujours justes, mais qui teignent Méthylamine d’une couleur plus acide, d’un humour noir anticonformiste réjouissant et régressif mais ultra-précis et référencé, comme si Pierre Desproges avait mangé un atlas de géopolitique.
Au final, le projet est une vraie réussite par sa tenue et sa cohérence: les prods sont assez semblables mais dans le bon sens du terme, puisqu’elles donnent du liant entre les chansons, tantôt mélancoliques comme dans Voilà, ou plus sautillantes, scintillantes même, comme dans Coruscant, meilleur morceau du projet tant l’alchimie avec Obi est parfaite, entre rap et tentation de la chanson. Les refrains sont bien rendus par la voix toujours traînante de Youno, parfois même presque jusque dans des montées lyriques étonnantes, dans U Know ou dans Méthylamine par exemple. Cette cohérence atteint son paroxysme quand on songe qu’en fait, le projet peut être considéré comme un rap d’apprentissage. Là où la confection de drogue, le travail, le labeur, sont caractérisés par le premier titre, au nom scientifique évocateur, témoin studieux d’un idéal à atteindre, le but final peut être la Burj Khalifa, titre de l’avant-dernier morceau. Tout cela entre amourettes sans amour (La Bohème), reconnaissance jetée à la face du monde vu comme témoin (U Know), et voyage intergalactique sur Coruscant transformé en Amsterdam de l’espace (Coruscant). Mais comme dans les films de Scorsese, il y a, après la gloire, la chute. Espérons que Youno ne finisse pas gros et seul sur une île à la Hugo Reyes, mais plutôt comme un Rastignac qui, sorti de sa province, se dirigerait vers la capitale, un sourire au coin des lèvres et de la codéine dans le sang.
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#Cinéfilou HS – Des Trailers WTF de films qui sortiront pas en salle
Que des bêtes de trailers de films qui défoncent mais qu’on ne verra probablement jamais. Et c’est vraiment horriblement triste parce que des légumes qui se font torturer, des saucisses nazies, et des indonésiennes agentes secrètes, c’est clairement beaucoup mieux que tout ce qui sortira cette année.
