Le clip de Choppin’ Blades vient tout juste de sortir. Pour les retardataires, cette chanson provient du dernier projet de Mike Will : Ransom, sorti dans un mois de décembre dernier très généreux en bons projets.
Sans surprise, Riff Raff est drôle dans n’importe quelle situation. Ici, en vendeur douteux de voitures d’occasion, toujours aussi fluorescent. D’ailleurs, depuis son album Neon Icon, on n’avait pas entendu le White Wesley Snipes rapper aussi bien. La prod de Mike Will y est surement pour quelque chose. Comme ce qu’il fait de mieux, Jody Highroller parle de faire ses courses sur Mars, de sirop, fait des références à des joueurs NBA (personne ne fait ça mieux que lui) et évidemment, donne de l’amour aux jantes énormes dont raffolent tous les rappeurs. La présence du jeune Slim Jxmmi (la moitié de Rae Sremmurd, le groupe aux noms les plus imprononçables du game) prouve une nouvelle fois que ces gosses sont talentueux, sacrement précoce et très bien encadrés -qu’on aime ou pas leur musique. La voix de Slim pousse les murs à la fin de la plupart de ses couplets.
Si vous ne l’avez pas déjà fait, je vous conseille vivement d’aller jeter une oreille sur Ransom. Sans refaire son parcours intégral (le reportage de Noisey Atlanta épisode 9 explique ça très bien), le jeune producteur d’Atlanta a vraiment explosé aux États-Unis, et est considéré a juste titre comme un des meilleurs en activité, malgré la rude concurrence.
Dans Ransom il se place en chef d’orchestre, et sculpte lui-même l’architecture du projet : les productions, le choix dans les regroupements des différents artistes, tout a -semble-t-il- été étudié au millimètre pour livrer un produit fini de très bonne qualité, avec une variété d’univers et d’artistes. La liste des invités est logiquement prestigieuse. On retrouve donc ses deux nouveaux poulains (No Type, No Flex Zone). Habilement il a envoyé Swae Lee aux cotés de Future, et ce n’est peut être pas innocent. Par certains aspects, Swae Lee partage des atouts communs avec son ainé : un bon sens du refrain et une voix assez atypique. Le résultat donne Drink On Us, une chanson hypnotisante. Ajoutez à cela un banger de Juicy J (Don’t Trust) (best rapper alive) iLoveMakonen (Swerve) Future et Young Thug (California Rari) et Migos (l’excellente In My Hands) ce projet peut aussi permettre de découvrir quelques artistes moins exposés. Mention spéciale pour le très mongol Game For Lame de Bankroll Fresh, qui use les cervicales.
Si vous êtes client de rap américain mais que vous n’avez ni le temps ni l’envie de creuser pour trouver des bons morceaux, je vous recommande vivement l’écoute de ce projet tant il est dense et homogène. Aussi, si vous ne connaissez pas le travail que fourni Mike Will c’est une parfaite porte d’entrée pour découvrir ses talents de producteur et de directeur artistique. Typiquement une mixtape qu’on fait tourner de bout en bout. Du travail propre et gratos : consommez. Cliquez pour télécharger.
Atlanta semble être une source inépuisable de talent. Et cela depuis des décennies. A l’heure ou le monde découvre à peine Young Thug, les rues d’ATL on déjà en leurs seins des gargouilles qui crèveront probablement les écrans d’ici quelques mois. Le nom d’OG Maco circule depuis déjà quelques mois, et c’est finalement avec la sortie de son dernier projet, sobrement nommé OG Maco EP, que j’ai appris son rapprochement avec la structure Quality Control Music, label indépendant rendu célèbre par les trois Migos.
Son clan : OGG pour Originality Gains Greatness, est arrivé dans le game après un coup d’éclat, comme toujours. U Guessed It, titre que Maco avoue sans mal avoir enregistré ivre mort. Un titre trés facile à résumer : 4 notes de piano, une grosse basse et un aliéné qui en une seconde passe d’un crie sauvage à un murmure. Son « You is right » restera dans les mémoires. Ce titre est aussi simple et efficace que brutal, on aime ou on déteste, vous serez vite fixé. Mais aux états-unis quand on aime on ne fait pas semblant : a l’heure qu’il est, le titre comptabilise presque 20 millions de vues sur Youtube. En cause, un vrai banger, mais aussi comme de plus en plus souvent un bon buzz sur Vine (#freeShmurda). Preuve de son succès, c’est finalement 2 Chainz qu’on retrouve sur le titre de l’EP.
Les titres Want More et Fuck Em (avec Migos) dégagent la même énergie dévastatrice, qui donne envie de fumer du napalm. Là aussi les notes sont simples, et restent dans la tête avec la même persistance que les cris qui les accompagnent. Pour s’en convaincre, il suffit de voir l’énergie que ses titres dégagent quand la joyeuse bande pousse la chansonette. Épique. Mais on s’apperçoi vite que Maco n’est pas bon qu’a crié comme un pestiféré. Parfois, il serait même plutôt mélodieux (Road Runner). Que serait un rappeur d’atlanta sans parler de cocaïne ? Depuis le bonhomme de neige Jeezy et Tonton Guwop (#freeGucci ), c’est semble-t-il un passage obligatoire. Maco le fait avec brio sur 12 Bricks, et me fait penser que la ville de Coca Cola devrait peut être un jour changer d’icône, et ce n’est pas la nouvelle série de Noisey qui me contredira. Comme ce n’est pas la moitié d’un idiot, Maco n’a pas raté l’occasion de déclarer de la plus belle des manières, son amour pour le sirop codéiné, avec la festive et conviviale 2 Bars. Médicament toujours, Human Nature est une chanson que semble-t-il, les spécialistes semblent oublier. Sorte de réflexion mélancolique sur fond d’ordonnances médicales, cette chanson est l’exemple parfait de son potentiel versatile.
OG Maco est donc un jeune à surveiller, en partie car on ne sait pas vraiment ou il peut nous emmener. Mais pour découvrir un autre facette de sa musique, il faut creuser un peu. Pas loin. Il collabore régulièrement (depuis peu) avec Rome Fortune, autre rappeur d’Atlanta qui apprécie lui aussi se « détacher » sensiblement de la mode trap. Sur sa dernière mixtape Smal VVorld (à la pochette magnifique) que je vous conseil d’aller écouter, OG Maco est invité 3 fois, dont sur le très bon 4 Seasons. Les deux semblent très bien s’entendre, même si Rome Fortune est sur un créneau assez différent, en partie a cause des prods qu’ils utilisent, tantôt planantes tantôt un peu psyché (Why / Second Chance) et aussi des ses refrains chantonnés. Sans lui volé la vedette, c’est intéressant de savoir que Maco peut aussi faire des bonnes choses dans ce genre d’ambiance. Preuve de leur bonne entente, ils ont sorti un projet commun assez sympathique : Yep. Au menu, le sympathique Pearls sur un prod de Childish Major, le très bon Sex et le violent Riot. Une seule chose est sure, le bougre a du talent. Maintenant qu’il est affilié a Quality Control Music, il a toutes les clefs en main (prods / feat ) pour fournir des bons produits.
« This tape is a culmination of every failure and lesson it ever took to achieve victory with my team, with my family and for the world. » – OG Maco
H-Town, Hate Town, City of Syrup, Screwston, Hustletown … il existe autant de manières de la nommer qu’il existe de manières de danser et rapper à Houston. Art du emceeing et de la secousse corporelle issus des temples périphériques de la culture hip hop, c’est à dire des Fith Ward, Third Ward et South Park, lieux où clubs et strip-clubs ont poussé comme des champignons à partir du moment où le mogul Ray Burnett a décidé de les empiler de la même façon qu’il collectionne les Rolls Royce … A cet instant, DJ Darryl Scott fait office de jeune pygmalion du deejaying avant d’être celui de la « slow down music » locale, exercice de style sur platines qui va séduire un adorateur de musique classique, un certain Robert Earl Davis Jr. alias DJ Screw qui vient de débarquer de son Smithville natal … Tout cela bien avant Jack It Up de Captain Jack, Rock It de K-Rino ou Car Freak des Ghetto Boys, les premiers hits rap de la ville.
DJ Fournier, répression policière et nightclubbing.
DJ Fournier.
Avant que le rap n’électrise entièrement le hood, circa 1985/86, KB Da Kidnappa veut être joueur de basket-ball, Gangsta NIP quant à lui est une jeune et humble drum-major. Il faut dire qu’il n’existe que deux ou trois clubs dans le Third Ward, le club Riddims dans le Southwest, le Club 808 (South Park), le Northside de son côté possède le club Palladium. C’est là que le hip hop survit dans la marginalité, avec comme seul et unique mandataire un DJ blanc : Steve Fournier. D’ailleurs, Fournier doit débattre avec le chef de la police chaque fois qu’il distille ce rap cellulaire de ses platines, lui qui a déjà passé quelques séjours dans les chiourmes de la ville du fait de son entêtement à jouer cette musique de « négros ».
Récalcitrants à cette pandémie sonore en provenance de New York qui permettent aux Noirs de surmonter le rigorisme reagannien, les flics rednecks enfoncent régulièrement la porte des clubs, ordonnant aux DJ’s d’éteindre les platines et contraignant les night clubbers de s’allonger sur le sol pendant parfois une bonne heure. Deejay multi disciplinaire, Fournier anime le Rap Attack Contest qui rassemblent les tribuns mais aussi les groupes de break et autres arabesques Hip Hop des quatre pôles de la ville. Tout le monde peut autant danser que rapper lors du Contest, mais il est strictement interdit de blasphémer. En fait, chauffé à blanc par le beat, chaque fois qu’un MC enfreint la règle de la sobriété verbale en balançant un truc profane, Fournier le menace de détourner le micro de sa bouche.
Le système répressif local ne peut cependant rien contre ce Cheval de Troie au galop qu’est le Hip Hop, encore moins contre la renommée grandissante du Grammy’s, club où il faut être si l’on veut bien figurer au sein de la scène rap locale. En 1987, Willie D, futur membre des Geto Boys, y gagne toutes les battles auxquelles il participe semaine après semaine. On y croise le blafard et arrogant Vanilla Ice. Sézigue atteint quelques finales durant lesquelles les MC’s noirs mettent un point d’honneur à lui botter le cul.
Autres grands clubs, autres grands défis. Les clubs notoires du North East tels que le Boneshakers et surtout le Rhinestone Wrangler peuvent accueillir plus de 1300 personnes. Ce dernier est le terrain des affrontements épiques entre Willie D et le duo Royal Flush, entre Romeo Poet et autres MC’s des North, East et Southside qui rappliquent afin de se confronter sur les rythmes binaires du early rap. On y croise J-Prince en train de monter un label de rap : Rap-A-Lot. Celui-ci permet au nordiste Raheem d’enflammer les pistes de danses moyennant le bien-nommé Dance Floor (1988), à jamais son plus grand hit.
K-Rino [circa 1980’s]
Pour le moment, à moins d’être un tantinet démerdard, pas le moindre kopek à récolter dans le coin. Les MC’s rappent généralement pour la gloire hormis dans deux clubs : le club Oasis au sud, et le Chocolate Town au nord où il est possible d’empocher entre 1500 et 2000 dollars.
Comme un peu partout, Sucker MC’s de Run DMC a indiscutablement posé les bases de la culture DJ à Houston. Seulement l’apparition des tous premiers amateurs des OG swangers – Fat Pat, E.S.G. et Corey Blount – va changer à tout jamais la donne en ce début des 90’s. D’abord ils sapent puis maquillent leurs rutilantes poubelles comme des putes de luxe (cf. candy paint / El Dorado Biarritz, T-Tops, Regals, Cadillacs), puis installent le gros son dans le coffre de celles-ci. Le carjacking n’est pas encore en vogue, les caméras de surveillance sont inexistantes, aussi les OG’s déambulent dans le hood, coudes à la portière, basses vrombissantes, faisant du moindre parking ou coin de rue des pistes de danse pour le moins improvisées.
Autant Pocket Full Of Stones de UGK (1992) est l’écho du changement des mentalités dû au marché du crack récemment implanté par les colombiens de Miami, autant Sippin Codine (1996) est adapté à cette pandémie à la fois mauve, lente et pacifiée contenues dans les cassettes grises que DJ Screw va multiplier comme les pains de Jésus. La screwploitation est en marche, et les danses se nourrissent de la nonchalance des instrus du pontife de la S.U.C. quotidiennement propagés par les ondes radio de 97.9 Screw…The Box.
Puis, provoquée par la forte crue des Remix chopped & screwed des rivaux nordistes Michael « 5000 » Watts et OG Ron C de Swishahouse records (1996), ce sont des fleuves entiers de syrup qui vont couler dans les gosiers texans les plus endurcis. Enfin, du Sud au Nord, de l’Est à l’Ouest du pays US, le twist syrupé de Houston a fini par influencer la musique de club dans son ensemble, faisant du strip-club une des dernières opportunités pour les rappeurs et deejay’s qui ne parviennent pas à se faire entendre.
Les Strip Clubs
Au début des années 90, lorsque vient le week-end, le pouls de la ville s’accélère, notamment dans le Third Ward où la culture strip club est en train de s’émanciper tandis que se dresse la première chapelle du go-go dancing en tenue d’Ève : The Big House. En fait, The Big House n’est pas un boui-boui ordinaire ouvert à un public mainstream. Ici, les filles qui évoluent sont nues. Sans jeu de mots, il faut être un membre plus que régulier pour y être admis, les autres, les intrus, restent à quai sur le Styx des activités noctambules de H-Town. A n’en pas douter, il leur faudra user de leurs relations sinon redoubler de roublardise pour s’introduire dans un lieu où l’on paie pour voir, mais aussi pour palper, caresser, voire se frotter contre les filles qui s’ébattent sur fond de beats siliceux.
Étant donné que la fermeture des clubs dits réguliers est fixée à deux heures du matin, ne reste que le dit strip club, dernier endroit où l’on peut boire de l’alcool, fumer de l’herbe, écouter la slowdown music et draguer les filles pour le restant de la nuit. Agrippées à ce mat de cocagne dirty, défiant les lois de la pesanteur, tournoyantes sous une pluie de billets verts, les strip-teaseuses ou pole dancers sont d’excellentes et incontournables ambassadrices en ce qui concerne le son d’un artiste. Le fait qu’elles changent assez souvent de club les contraint à faire suivre une liste de raps sur laquelle elles exercent leur talent. Car pour exceller de la sorte dans leurs derniers retranchements pudiques, ce sont elles qui ordonnent au deejay le choix et l’ordre de titres à jouer. Au final, ce mouvement perpétuel fait office de chaîne carbonée dans le marché underground du disque. Le clip Gangsta Party du pitbull de Boss Hogg Outlawz et membre avéré des Crips, J-Dawg, montre à quoi ressemble ces réunions sensiblement viriles où vibe de la basse, pills et autre « molly » font onduler les corps, durcir les chibres et valser les « greens » ou biftons verts.
Les invérifiables desiderata concernant la musique jouée dans les strip clubs renforcent le contrôle des promoteurs. Ici, nulle loi n’entrave cette belle mécanique de l’entertainment et le flouze coule à flot. Il va sans dire qu’aucun artiste ou producteur n’a le droit de négliger cette filière du business du rap. Si certains producteurs privilégient la manne mainstream, d’autres ont opté à 100 % pour le Mix clubbish et ne sortent que rarement de ce créneau fort lucratif. (cf. BeatKing, DJ Chose et le vétéran DJ Gold de la Screwed Up Click).
DJ Gold
Nombreuses sont les jeunes filles qui désertent les bourgs des campagnes environnantes, attirées par les lumières de Houston synonymes de narcissisme secondaire et de lucrative renommée … S’il leur faut surmonter les nombreux écueils inhérents à la profession de strip-teaseuse – drogues, viol, sida, prostitution – cela peut devenir un marche-pied pour d’autres activités tout aussi fructueuses (cf. la rappeuse floridienne Trina). Seulement rares sont celles qui entrevoient d’autres horizons que la barre lustrée de leur club respectif. Posséder une plastique de rêve est un élément crucial dans une profession qui réclamera tôt où tard les artifices siliconées pour non seulement être, mais rester un peu plus longtemps dans le coup. S’apparenter esthétiquement à une star du porno accapare les esprits des bitches de l’entertainment, et cela du moindre clip vidéo VIP jusqu’au dernier des infâmes bouis-bouis du Southside. Car à Houston comme ailleurs, avoir le cul à Nicki Minaj et les seins à Rihanna font parti intégrante du Rêve Américain new age. Seulement siliconage et autres remodelages corporels valent la peau des fesses, en conséquence, il n’est pas rare que la grande majorité des strip-teaseuses y laissent leur budget.
En 2012, la Cour suprême des États-Unis a décidé de ne pas intenter un procès envers l’industrie du divertissement pour adultes – impôt de l’État demandant 5 $ par patron de club de strip-tease – Car après que les législateurs aient adopté le Sexually Oriented Business Fee Act – ou « pole tax » – au cours de la session législative de 2007, les propriétaires de clubs ont immédiatement contesté la taxe en cour, faisant valoir la liberté d’expression voulue par le Premier Amendement .
La taxe visait non pas l’expression de la danse nue, mais les «effets secondaires de la danse nue lorsque l’alcool est consommé ». Quant au produit de la taxe, il devait soutenir les assurances santé à faible revenu et les programmes de lutte contre les agressions sexuelles.
« Le Texas a fait un pas de plus vers une source de financement durable pour les centres de crises pour viol, et surtout, pour soutenir les victimes d’agression sexuelle dans leur rétablissement» avait préalablement déclaré Annette Burrhus Clay, directrice exécutive de l’Association du Texas contre l’agression sexuelle (cf. TAASA).
Atlanta continue sa route dans la course de la ville la plus prolifique de ce rap jeu. Qu’on aime ou pas le son de Géorgie, force est de reconnaître que l’effervescence perpétuelle de cette scène est fascinante. Il y a toujours des nouvelles modes, des nouvelles prods, des nouveaux flow, des nouveaux rookies. ATL bouillonne comme de la coke au bain-marie et c’est tout benef’ pour les amateurs de bonne musique que nous sommes.
Il y a à peine un an, je présume que très peu d’entre vous avaient déjà entendu des noms comme Migos, Young Scooter, Young Thug ou Peewee Longway. Toute cette joyeuse marmaille est en fait plus ou moins les derniers rejetons de la grande famille Bricksquad. Sorte de clan Corleone aux multiples entités, mais avec des dreads et de l’herbe dans les poumons.
Le tragique et définitif divorce entre les clans Ice Cream Cone et Waka Floqué n’ont heureusement pas eu trop d’influence sur les sorties, ni sur la qualité des différents projets des membres les plus éminents … ouf. Gucci et Waka devront se disputer la garde de Wooh Da Kid et consorts, mais quoi qu’il arrive, il y aura toujours des choses à se mettre dans les oreilles. Gucci étant d’ailleurs réputé comme étant un scout redoutable dans le sud : Waka, Scooter, Future, Zaythoven sont autant de noms que Gucci a plus ou moins poussé dans le grand bain, avec un sans faute à chaque fois. Les deux prochains de la liste sont Peewee Longway et Young Thug…
Si je devais vous expliquer qui est Young Thug, ou ce qu’est Young Thug en moins d’une minute, je vous dirais que c’est un genre de clone dégénéré de Future qui a trempé dans l’acide trop longtemps, comme Double-face. Sauf que lui, en plus de lui avoir grillé les neurones, ses cordes vocales ont aussi des grosses séquelles, ce que vous remarquerez à la première écoute. Sa voix si particulière fait que même sans connaître sa musique sur le bout des doigts on le reconnait parmi 1000. D’ailleurs, sa voix a une autre particularité : elle semble camoufler un léger accent qui à mon avis prend racine beaucoup plus bas que l’État de Géorgie. Ça ne m’étonnerait pas qu’il soit originaire d’un pays des caraïbes, d’après mes informateurs secrets, il serait originaire Haïtienne. L’intéressé explique que son « slang » est dut aux nombreuses femelles de différentes espèces qu’il a fréquenté… En tendant bien l’oreille d’ailleurs, dans son flow, son attitude et sa diction, on reconnaît des similitudes avec la musique jamaïcaine moderne, celle qui se rapproche le plus du rap. Sizzla et Capleton ne font pas partie de le même école que Vybz Kartel, pour vous donner une idée.
Refermons cette parenthèse culturelle et revenons-en aux faits. Le jeune natif de Jonesboro zone 3 a donc tout un arsenal d’armes blanches quand il rentre dans la cabine pour enregistrer. Il peut et sait quasiment tout faire. Le génial Loaded avec Peewee Longway (son alter-ego), Danny Glover extrait de la mixtape de Southside et TM88 (ces deux là ne font pas que boire du thé non plus au passage) : un mélange de nonchalance et une voix aiguë plaintive, presque comme des gémissements. Young pue la rue par tous les pores de sa peau, et en même temps on a l’impression que sa musique vient d’une autre planète. L’effet produit est un peu le même que celui quand on écoutait Future la première fois. Je me demandais qui était ce gars qui chantait sur ces refrains (seul Z-Ro avait ce privilège) fan de Jimmy Hendrix et qui ne jurait que par l’immensité de l’espace et le sirop pour la toux. Young Thug est un autre genre d’ovni mais tout aussi fascinant à écouter. Ça part vraiment dans tous les sens, des cris, des bruits on ne sait même plus vraiment : on frôle le génie et la folie pure at the same damn time. Il n’est définitivement pas tout seul dans sa tête. On sent que le bonhomme ne maîtrise pas tout ce qu’il dit ni ce qu’il fait, et je le soupçonne de prendre autant de drogue que Gunplay dans sa grande époque -des quantité astronomiques-. J’avais déjà évoqué le côté tribal voodoo de Chief Keef avec des titres comme Go To Jail : Thug, véritable tête de crackhead, boxe un peu dans la même catégorie.
Sans prendre le moindre risque on pourrait dire que Young Thug ne percera probablement jamais à grande échelle comme un Rick Ross ou Jay-Z , mais il est fort probable que son infini potentiel soit un jour exploité et maitrisé au mieux et que cela lui rapporte une grande quantité de benjamins franklin. Young Thug risque de tous nous péter à la gueule dans les prochains mois, et internet l’attend avec impatience. Rattrapez votre retard car c’est pour très bientôt. Prions pour que la sainte mère du Trap continue à mettre au monde des mutants aussi fascinants et atypiques, par amour pour la science et la bonne musique.
Je vous conseille l’écoute de sa dernière mixtape en date, 1017 Thug. Pour le reste, j’ai cuisiné un court mix d’inédits récents. Disponible en streaming sur soundcloud ou en téléchargement, directement prêt pour vos iTunes. L’artwork est fait pas le Garçon Emeraude Holos Graphein , as usual.
Kevin Gates est décidément bon partout ou il passe. Ce petit gravi les échelons rapidement, interdiction de s’endormir dessus. On aura surement l’occasion d’en reparler plus longuement …