Une fois de plus, possédés par le Grand Esprit Hip-Hop de la forêt, Tupak TV, Le Blavog et Captcha Magazine ont uni leurs forces. Bon, en vrai, c’est surtout Tupak TV et Le Blavog, et nous on s’est contenté d’envoyer notre logo pour qu’il soit incrusté dans la vidéo.
Moi j’ai pas pu y aller, et pourtant j’avais une super question à lui poser : est-ce qu’avec tes hormones de meuf, il y a 3-4 jours par mois où tu rappes super vener ?
Spleenter : Ca fait plusieurs fois qu’on nous dit que tu ne veux plus trop faire d’interview.. Pourquoi ?
Ca me saoule… plus d’interviews… bon c’est pas vraiment terminé regarde, je suis avec vous. Peut être que j’en ferai une, une dernière vidéo, à un moment donné. Enfin je sais pas encore, c’est flou.
Téobaldo : C’est tout l’aspect promo qui te fait chier, ou seulement les interviews ? Parce que je me souviens que tu as été un des premiers, à la sortie de L’Empereur, à inonder de vidéos, de freestyles , de trucs improvisés…
C’était marrant quand j’avais 23, 24 ans, mais là, maintenant que j’en ai 33, c’est moins marrant. J’ai d’autres préoccupations que d’aller me promener devant des journalistes, faire du spectacle devant une caméra, comme j’ai pu le faire auparavant. Disons que je veux êre efficace directement avec des morceaux, des clips. C’est pour ça, je fais des vidéos où je rappe, comme j’ai fait avec le freestyle Booska-p, j’essaie de rapper en fait. Ca ne m’intéresse plus trop de parler, je pense que je me suis assez exprimé. Puis si c’est pour faire comme tous les autres rappeurs… se plaindre… Ca ne m’intéresse pas.
Genono : Il n’y aura pas de série de vidéos comme « Les Marches de l’Empereur » ?
Non je ne pense pas. Il y aura peut être des freestyles vidéos où je rappe. Peut être une interview ou deux, filmées, pour l’Orgasmixtape 2 et pour La Dernière Valse. Mais les interviews comme ça à tous bouts de champs, ça ne m’intéresse plus. Les radios c’est pareil, j’y vais pour rapper, et plus pour parler.
Teobaldo : Quand t’as commencé le rap, c’est toi qui a démarché des rappeurs pour poser sur leurs projets..t’as jamais prétendu être « tombé » dans le rap par hasard.
Mais je le fais encore aujourd’hui ! Et à l’heure où je te parle il y a encore de l’amour. De l’amour du rap. Au début quand j’ai commencé, je savais pas qu’il y avait de l’argent, je faisais ça vraiment par amour. Je kiffais ça ! Après il y a eu une période où il y a eu des sous, après il n’y en a plus trop eu, et aujourd’hui je suis content comme ça. Je prends le peu qu’il y a, les miettes. Elles me suffisent, j’ai un travail, cet argent me suffit !
Teobaldo : Et quand t’étais jeune, qu’est ce qui t’a motivé à faire du rap ? Tes influences ?
Ce qui m’a fait kiffer le rap, je crois que c’est le Wu Tang, Yo Mtv Rap, une émission nocturne sur M6 aussi, je sais plus le nom, vers 1992, 1993.
image : Wild-Sketch
Genono : Donc si je comprends bien là il va y avoir « L’Orgasmixtape 2 », « La Dernière Valse », et c’est terminé ?
C’est fini, exactement. Quand j’étais jeune je disais que je rapperai jusqu’à la fin de mes jours, mais après le côté rêveur part. On devient réaliste.
Spleenter : Tu réalises que quand tu vas arrêter, beaucoup de gens qui te calculaient pas vont dire « ah c’est dommage qu’il ait arrêté », un syndrome Alpha 5.20…
Ah ça c’est un bon exemple. Ce que je respecte c’est les mecs qui ont arrêté comme lui, comme Larsen, qui sont pas revenus. Ils ont trouvé la paix ailleurs, ils ont compris la vraie vie. T’as des mecs ils arrêtent, ils reviennent, eux je les respecte pas. Il ne faut pas faire ça. Revenir à 45 ans ? C’est bon, il faut passer à autre chose… le rap c’est pour les jeunes. Moi je suis trop vieux là, c’est l’heure de passer le relais. Je me sens complétement has been, dépassé par les évènements. J’ai fait du rap quand j’étais jeune, maintenant que je le suis moins, il faut passer à autre chose, s’avouer vaincu, relax Max. C’est cool.
Spleenter : Tu t’avoues vraiment vaincu ? Ou tu penses avoir atteint certains objectifs ?
Dans la vie de tous les jours, même dans une défaite je vois de la victoire. Je vois le bien partout. Il y en a, je te dis, c’est fini l’époque des rappeurs qui se plaignaient, je suis quand même content. C’est des souvenirs ! Des souvenirs pour moi, pour mes enfants, mes petits enfants si Dieu veut. Les pochettes de mes cd ce sont des souvenirs. C’est comme ça que je vois le truc.
Spleenter : J’ai l’impression que tu n’es pas trop concerts. Tu manques de plans ou ça te saoule aussi ?
Ouais en vérité j’ai pas trop de plans. Sinon je suis ouvert, tant que je touche un billet. C’est pareil pour les feat. Pendant longtemps je me suis permis de vivre du rap. Je travaillais pas, pendant très longtemps. Pour une apparition sur scène pendant vingt minutes je prenais 3500 euros, et même maintenant… c’est les tarifs. Après pour un feat je dis 1500 euros, mais je m’arrange avec le mec, s’il a un peu moins… je prends un peu moins. On s’arrange, sans ssoucis, mais je feat pas gratuitement.
Genono : La série de mixtapes « Bande de putains » mixée par Vincenzo, c’est un truc dans lequel tu es impliqué ?
Non, je n’ai rien à voir là dedans, je ne sais pas qui est ce mec. Je ne sais pas ce qu’il fait. Pourtant je fais encore des apparitions sur des tapes. A droite à gauche. Là j’apparais sur l’album d’Infinit, sur le projet de mon pote Idjil, sur des sons de Weedim, sur l’album de Seth, et sur encore d’autres trucs que j’ai pas en tête ! Il y a un projet commun, « Néo6 » avec Seth Gueko, Jason Voriz… en cours d’enregistrement. J’ai posé sur trois sons là pour le moment. C’est un truc pour mettre en avant les mecs du 06 et en même temps ceux de Néochrome, Joe Lucazz, 25G, SKP2JV…
Teobaldo : Et avec Joe Lucazz justement, il y a d’autre duos prévus ?
Ouais on en a un dans « L’Orgamixtape 2 », et il est encore plus lourd que le précédent. Deux fois plus lourd. On se connaît depuis très très longtemps, bien avant Néochrome ! Depuis l’époque des K7. On se croisait dans les studios souterrains, les caves, que dans des endroits comme ça. J’étais avec l’Unité 2 Feu, lui avec son groupe de l’époque, Buffalo Soldiers. Et on se croisait à chaque fois, mais on n’avait jamais collaboré ensemble jusqu’à ce que sortent les mixtapes Rap De Banlieusards. On se connaissait bien par contre.
Spleenter : Si t’es le nouveau Gainsbourg, comme tu l’as souvent écrit, c’est qui ta Whitney Houston ?
Rihanna. C’est elle la Whitney Houston du moment. Ce serait pas la mienne, mais je pense que c’est la Whitney Houston actuelle.
Genono : Et Gainsbourg, il penserait quoi d’Alkpote ?
Il en aurait rien à foutre de moi, ce batard raciste. Je pense qu’il serait sionniste. Gainzbeur c’était un délire. Qu’il aille se faire enculer. Je me suis inspiré de mauvaises personnes dans ma vie. C’est pas un bon exemple. A un moment donné j’étais dans ce délire là, de m’autodétruire. C’était une autodestruction pour la création, se défoncer à mort pour pouvoir créer. Je me reconnaissais dans Gainsbourg, mais aujourd’hui déjà je me défonce moins, et je l’emmerde. J’emmerde sa fille plutôt, vu que j’emmerde pas un mort.
Teobaldo : « C’est Alkpote, le nouveau Doc Gynéco », il fait partie de tes influences ?
J’aime bien son côté nonchalant, chanté… j’aime bien ce délire là, défoncé à mort
Spleenter : C’est quoi l’impact de la boisson et de la drogue sur ton écriture ?
Je dirais que c’était complétement nécessaire à la création. A un moment donné dans ma vie si j’avais pas de l’alcool et de la drogue à consommer, je n’arrivais pas à écrire. C’est une réalité, et je trouve que mes meilleurs textes, mes meilleurs morceaux, ont été créés sous drogue, sous alcool. C’est triste mais je me suis rendu compte de ça. Après « L’Empereur contre attaque » je l’ai fait plus ou moins à jeun. Je me suis aperçu que j’arrivais à écrire sans drogue. C’est psychologique tout ça. Mais j’avoue que pour écrire, fumer un gros pilon de la mort ça m’aide toujours. Mais bon, même sans, je peux le faire.
Teobaldo : Les sons de Memphis, ça t’avait bien parlé, c’est des sonorités influentes pour toi ?
Le meilleur survivant de ces trucs là c’est Juicy J ! Ouais c’est un délire que j’ai kiffé, leur musicalité, leurs ambiances, ils étaient défoncés à je sais pas quoi. Il y a un côté malsain, maléfique, Dj Paul il lui manque une main, il a un triple six de fou tatoué sur le dos, l’autre il a un os de pygmé dans le nez, c’est des monstres ! Crunchy Black tu pouvais rêver de lui la nuit, des têtes comme ça dans vois pas à tous les coins de rue. Project Pat ! Franchement c’était une équipe incroyable. C’était comme le Wu Tang sauf qu’ils étaient tous forts ! Un autre délire. C’est comme ça que j’ai kiffé, je les voyais comme un autre Wu Tang, d’un autre coin.
Spleenter : Du coup si on fait l’historique de tes influences, au début c’était très New York…
(Il coupe) Staten Island, ouais. Et c’est toujours resté New york, jusqu’à aujourd’hui. Atlanta aussi, quand même. On peut pas éviter ça. Trop de mecs qui tuent à Atlanta. Peewee Longway, Young Scooter, il y a trop de vedettes là bas !
Spleenter : Et la trap c’est un truc qui te correspond plus au niveau de tes textes ?
Oh je sais pas ce qui me correspond le plus… J’peux rapper sur tout…Acappella, trap, westcoast, moi je m’en fous, tant que ça me plaît.
Teobaldo : Tes instrus tu les choisis comment , t’as des demandes particulières ou tu fais selon ce qu’on t’envoie?
Ca dépend, on m’en envoie pas mal, des fois je demande des trucs, c’est un peu tout ça.
Teobaldo : Pour « Nimporte quoi » par exemple, ça s’est passé comment ?
C’était un truc que Zekwe Ramos m’avait passé. Il m’avait fait un dossier avec pas mal d’instrus et celle là trainait, j’avais utilisé presque tout le reste et j’ai pris celle ci pour l’Orgasmixtape. Je l’avais depuis longtemps l’instru. Après j’ai rappé dessus avec le flow qu’elle créait.
Genono : Pour les prochains projets tu vas t’entourer encore de Dj Weedim, Butter Bullets etc. ?
Exactement. Ces deux là principalement, et sûrement des ptits lulus à droite à gauche. Ils sont toujours les bienvenus, tant que c’est du bon son, tant que c’est du lourd. Je ne suis pas compliqué, je cherche même pas en fait. Ca arrive à moi, tant mieux, si ça n’arrive pas, j’en ai rien à foutre !
Je bosse avec Hits Alive aussi. J’ai plusieurs instrus à eux que j’ai pas encore utilisées. Sur l’Orgasmixtape je crois que j’en ai qu’une, « Egaré ». Je vais en utiliser d’autre pour L’Orgasmixtape 2.
Genono : Ce projet ce sera que des feats ?
Non. Il y en aura beaucoup mais pas que. C’est en cours de construction mais je peux déjà te dire qu’elle est deux fois meilleures que la première, alors qu’elle n’est même pas finie.
Teobaldo : Aujourd’hui il y a un truc qui marche bien c’est les phrases un peu gogoles, marrantes. Mais toi t’as toujours développé ça.
La Fouine a popularisé ça, mais on faisait ça bien avant. Qu’est ce que tu veux que je dise ? Quand tu m’en parles ça m’y fait penser. A l’époque on faisait ça anonymement, aujourd’hui tout le monde le fait. C’est comme ça, il n’y a rien qui nous appartient. Nous même on ne s’appartient pas…On appartient tous au Créateur, alors c’est pas des textes, des flow ou autres qui vont nous appartenir. J’en ai inspiré, plus d’un, plus de deux, beaucoup plus.
Teobaldo : Niveau technique, faire des rimes à plusieurs syllabes, c’est un truc qui te vient du 91 ?
J’ai appris récemment que ça s’appelait « multisyllabique ». C’était naturel chez moi. J’avoue qu’avant il y avait Nubi qui faisait ça. Il le faisait naturellement, moi aussi. A la base je rimais toujours avec des consonnes. « Boum / Bim / Bam », « Toc / Tuc / Tec ».. et après j’ai rimé en voyelle, un peu plus tard, « Bam / Chatte ».
Spleenter : Dans une très vieille interview, un mec te parlait du caractère marrant de ton nom « Alkpote »
(Il coupe) T’es marrant comme intervieweur toi, t’as une tête marrante ! Même toi avec tes cheveux d’argent (désignant Téobaldo) mais je vous ai déjà vus à Goom Radio.
Spleenter : Ouais (rires). Mais donc tu lui avais dit « non c’est pas de l’humour c’est juste que pour baiser les mc’s je me protège ». Avec le temps, t’as plus assumé le côté déconne de ta musique.
Ah oui je m’en souviens de celle à, je crois que c’était pour Rap1pulsif, ou Enmode.fr. Oui c’est spur que dans la vie de tous les jours je suis pas Alkpote. Alkpote c’est du spectacle. Dès qu’il y a une caméra devant moi, un micro. Mais quand je suis en famille… Alkpote…
Genono : On dirait que des fois le personnage prend le dessus sur la musique.
C’est vrai. Je sais même pas si dans mon public certains sont pas là parce qu’ils aiment bien les insultes, le personnage, les mots clefs que j’envoie, plutôt que la technique qui se cache derrière. Les rappeurs le savent que je suis un technicien hors pair, que je sais rimer comme eux ne savent pas le faire. Je vais pas dire que je suis le meilleur non plus. En tout cas je rime mieux que la relève.
Et pas mal d’anciens. Et pas mal de ma génération.
Genono : Dans la « relève » certains te parlent un peu ?
Ouais j’aime bien, Sadek, L’Entourage, voilà. Infinit aussi. Sidisid, j’adhère totalement, je retrouve de moi en lui. Je kiffe beaucoup ce qu’il fait, je kiffe Sidisid. Franchement on aurait pu faire un groupe avec ce mec là. Un duo, un tandem flamboyant. Ca aurait été mieux qu’avec Katana.
Téobaldo : Ah carrément ?
J’ai plus points communs avec Sidisid que j’en ai avec Katana ! De ouf. Il n’y a pas photo. Les points communs qui nous unissaient avec Katana c’est qu’on était du même quartier, du même square, de la même école et qu’o nétait des amis d’enfance. Quand on a grandit, qu’on est devenu adolescent, ça a changé. On a fait deux cd’s de l’Unité 2 Feu. Aujourd’hui ça n’existe plus. C’est fini. C’est que des souvenirs. Pas de mauvais souvenirs. Mais des souvenirs quand même. Les deux morceaux sur Mazter Chef et celui sur Néochrome All Star c’est les derniers sons que t’entendras d’Unité 2 Feu. Les derniers vraiment, où on s’est retrouvé en studio.
Spleenter : Revenons au personnage Alkpote. Quand est ce que tu as eu le déclic de le créer ? C’est progressif ? A force on dirait presque que t’es un Gilles de La Tourette du rap.
Ouais ça s’est fait progressivement. Ce personnage c’est une part de moi aussi. J’ai des points commun avec lui. Il y a une part de vérité dans chaque blague, mais c’est exagéré sur plein de points. Moi je trouve que je m’améliore. Il y a des fans, j’entends souvent ils demandent pourquoi je rappe pas comme avant. Mais moi je trouve que je suis mille fois plus fort. J’écris mille fois plus vite, mes rimmes elles sont mille fois plus technique. J’estime que je m’améliore tout le temps. Demain peut être je vais fumer une bonne frappe qui va me faire encore progresser.
Spleenter : Tu rigoles quand t’écris ?
Ouais des fois j’écris une rime et je me fais rire moi même. Quand c’est ça c’est qu’elle est bonne ! Les rappeurs en général ils arrivent pas à me faire. Récemment il y a 6 coups mc qui m’a fait rire là, l’enfoiré. Avec « Allez tous au bois 2 », il a réussi à me faire rire, il est fort Six coups, très fort. Ils y arrivent pas les nouveaux rappeurs, c’est ce que je disais à ma femme.
Spleenter : Dans ta voix et ton interprétation t’as un truc très froid, déshumanisé, tu fais exprès ?
Non je crois que j’ai ça naturellement parce que même les meufs à l’époque elles me disaient ça. « Tu dis pas je t’aime, tu dis rien, t’en as rien à foutre ». J’ai ça en moi en fait, on me l’a beaucoup dit ça. Mais je pense pas être plus froid qu’un autre. Je suis normal en fait. J’peux paraître comme ça, froid, mais c’est pas le cas.
Spleenter : A une époque t’avais parler de faire des titres dansants, voir électro, c’était une connerie ?
J’ai fait, et j’ai jeté. J’ai tenté mille est un trucs. Mais dans La dernière valse il y a des morceaux qui risquent de vous surprendre ! Les instrus, la façon de poser, même moi mes morceaux me surprennent. Ils on rien à voir avec tout ce que j’ai fait ! C’est des sons déjà prêts, mixés et masterisés !
Spleenter : A un moment aussi tu parlais de faire des clips avec des guests, je pense à « Peep show » avec Salif, pourquoi ça ne s’est pas fait ?
C’est surtout à cause du manque de moyens. Si ça ne tenait qu’à moi je ferais des clips d’enfoiré ! Par exemple le clip « Dans le sas » de l’Orgasmixtape, nécessiterait un budget, ne serait ce que pour un sas, un sas de banque. Mais qui nous prêterait un sas de banque, nous autoriserait à tourner ? Lui d’un côté du sas, moi de l’autre, c’est tout con.
Spleenter : Concernant les références, le name dropping, ça balaie plein de truc dans ton rap, télé-réalité, dessins animés…
Ah ça y va ! Je m’inspire de tout ce que j’aime regarder. En ce moment il y a Madame est servie qui repasse sur je-ne-sais quelle chaine, et j’aime pas regarder ça. C’est trop nostalgique. Je regardais récemment Notre belle famille … ça me rappelle trop de souvenirs, je peux pas. Juste la façon dont ils sont habillés, avec les chemises rentrées dans le pantalon, le pantalon remonté jusqu’au nombril … J’essaye de vivre avec mon temps. Le passé, ça me fait mal au cœur. La nostalgie, ça me fait mal au cœur, je sais pas comment t’expliquer ça. C’est un truc que j’ai en moi. Il y a des morceaux, et pas forcément de rap, que je peux pas réécouter aujourd’hui. Si je les réécoute, ça va me rappeler une époque de ma vie, des ambiances que j’ai pas envie de revivre. C’est louche, ça va me rappeler des souvenirs, des moments où je marchais dans le froid. Je ne supporte pas la nostalgie.
Image : Wild Sketch
Genono : T’as cité Dumb & Dumber comme un de tes films préférés, tu penses quoi de la suite, prévue pour bientôt ?
Je suis curieux, c’est toujours Jim Carrey et l’autre les acteurs ? Ouais ? Alors ça va être une tuerie.
Genono : Et Les Tortues Ninjas ?
J’ai vu une bande annonce, ça tue. Quand il s’éjecte sur la camionnette, ça tue. Et à la fin, quand il enlève son masque, que la meuf s’évanouit, c’est magnifique. Je suis pressé de le voir.
Spleenter : T’étais plutôt Tiny Toons ou Animaniacs ?
Franchement, les deux. Tiny Toons, c’était bien, Animaniacs aussi … les deux frères juifs, Warner Bros. Y’avait Minus et Cortex dans les Animaniacs, c’était bien.
Spleenter : DBZ ou Chevaliers du Zodiaque ?
Les deux, à mort. Mais si je dois choisir, Chevaliers du Zodiaque. Même si c’est trop … malsain. Les hermaphrodites, et tout … Je comprenais pas, à l’époque, pourquoi le Chevalier du Poisson c’était une femme, avec une voix d’homme. Y’a plein de trucs comme ça. Y’avait aussi un mec qui était « trop beau ». Ils disaient tous « il est trop beau, sa beauté va nous ensorceler, faut pas le regarder ». Mais y’a pas que les Chevaliers du Zodiaque, même Tristan, de Tristan et Matias … cheveux violets, longs … c’est suspect.
Spleenter : Quand tu vois des mecs comme La Fouine, Booba, Kaaris, sortir des phases très sales, que t’aurais pu sortir, est-ce que tu te dis que toi t’es arrivé trop tôt ? Ou alors t’es trop spé pour passer auprès des médias ?
Je ne dirais pas que je suis spé, c’est du rap que je fais. Il peut y avoir du rap doux, du rap dur, mais ça reste du rap. Je sais pas si j’étais là en avance … nan, je pense pas. Mais je pense que, comme on le disait tout à l’heure, quand je vais arrêter, on va dire «l’enfoiré, il était pas si mauvais, il va nous manquer, cette sale race ». « Merde, il a pas été assez exploité ce mec là, il a pas exploité tout son potentiel » (rires).
Spleenter : Tout le délire autour de « sucez », ça t’est venu comment ? Au début, c’était par-ci par-là, mais aujourd’hui on t’identifie vraiment comme « le gars qui dit « Sucez » à tous bouts de champ ».
C’est un mot-clef. J’ai toujours rappé comme je rappe, puis à un moment je me suis rendu compte que ça fonctionnait d’utiliser ces mots-clefs : pute, salope, bite, chatte, anus … ces mots-clefs ont fait tilt, alors je les ai introduits. Après, comme on disait tout à l’heure, peut-être que certains ont été plus attirés par ça, et n’ont pas vu la technique. D’autres ont vu qu’il y avait un technicien derrière, et au final, peu importe, du moment qu’ils ont été là. Mais aujourd’hui, je veux plus d’eux, je te jure que c’est vrai. Je trouve que j’égare les gens, ce que je fais c’est pas une bonne chose. Moi-même je suis égaré, et j’égare les gens avec moi. La meilleure chose, c’est de pas du tout écouter de rap. C’est mauvais. Spleenter : Dans tes morceaux récents, j’ai l’impression que t’es plus orienté bouffe que sexe …
Je suis un fin gourmet. J’ai toujours été épicurien. A la base, mon album devait pas s’appeler La Dernière Valse, parce que pour moi c’était pas le dernier, je voulais l’appeler Epicurisme. J’ai toujours été épicurien, j’aime la bonne bouffe, j’aime la vie, j’aime profiter de la vie. J’aime toutes les joies que la vie peut t’offrir, même si c’est pas ça la vérité. C’est dur, de résister. Aujourd’hui, je résiste un peu plus aux tentations, mais ça n’a pas toujours été le cas.
Spleenter : L’Orgasmixtape c’est un peu un retour à la base, dans le sens où tu fais juste ce que tu veux, tu dis ce que tu veux, sans te prendre la tête ?
Ouais, je me suis dit que j’allais faire un truc vraiment dans l’esprit mixtape, avec des sons hardcores, en invitant plein de gens … alors que La Dernière Valse, c’est plus ouvert. Il n’y aura sûrement pas d’invités. Tiens, je peux vous donner le nom des invités de l’Orgasmixtape 2 si vous voulez : un duo avec Seth Gueko, un duo avec Nubi, un son avec Sadek et Sidisid … Joe Lucazz, comme je te l’ai dit tout à l’heure, Infinit, Selim du 94 … et puis des mecs d’Evry. J’ai invité mes amis, ceux que j’aime bien, ceux avec qui j’aime bien collaborer. C’est une sorte de jubilé. Ceux qui m’aiment bien, qui aiment mes mots-clefs, et qui aiment la technique, ils vont être servis. Ils vont même être super-servis.
Genono : Sur le remix de Mongoldorak, il parait qu’il devait y avoir Canardo. Où est-il passé ?
C’est pas plus mal, nan ?
Genono : Moi je suis un grand fan de Canardo, donc j’étais déçu (rires).
Chacun ses goûts … Pour être franc, je l’ai invité par l’intermédiaire de sa mannageuse, et il m’a snobé. Donc c’est pas plus mal.
Spleenter : Le story-telling de « Dans le sas », ultra-mongol, vous l’avez écrit comment ?
En studio, et Granit y est pour beaucoup. Il nous disait « faites comme ci, dites comme ça » … et en plus ça a pas duré longtemps. On avait déjà fait 2-3 morceaux dans la journée, et celui-là a dû prendre deux heures, pour l’écriture et l’enregistrement.
Spleenter : Le passage où tu dis « J’ai l’cœur qui palpite et la bite toute dure », et où Zekwe répond « Quoi, c’est quoi le rapport ? », c’est génial. C’est un truc qu’on aurait pu écrire dans nos dialogues à la con.
Genono : Du coup avec Alpha Wann et Nekfeu, ça s’est vraiment passé comme ça ?
(rires) Ca s’est pas passé comme ça mais … pas loin !
Spleenter : Y’a un truc assez bizarre avec ce morceau, c’est que toi tu parles d’exploser des diaphragmes et d’Aziz au pays des merguez, et Nekfeu arrive derrière et parle de la mort de son grand-père … Il était au courant que ton couplet c’était ça ?
Ouai, je l’ai fait devant lui. Le refrain, les couplets … on a tout fait ensemble.
Genono : Dans le clip de Chiens, c’est un uniforme nazi que tu portes ?
Ouais, c’est un uniforme à moi. C’est nazi, je suis habillé en Adolf Hitler, dans la forêt de Saint-Geneviève des Bois.
Genono : Tu vas collaborer à nouveau avec Kevin El-Amrani à l’avenir ?
Là, il veut bosser avec moi. Il me dit « viens, je te clippe tel morceau » … il est bon, je sais pas s’il se défonce, mais il est bon. J’ai fait pas mal de clips, y’a d’ailleurs celui de « N’importe quoi » qui devait sortir, avec le rappeur Vald qui jouait mon rôle. Mais j’ai pris la décision de ne plus sortir de clips. Au vu de mes vues, je sais m’avouer vaincu. Y’a des clips où je peine à dépasser les 50000 vues … à l’époque de Yonea chez Neochrome, je faisais le double en une seule journée. Bon, y’a bien un moment donné où je vais en balancer quand même, il va y avoir l’Orgasmixtape 2, je vais devoir balancer 2-3 trucs avant.
Genono : T’es un peu obligé, non ?
Ouais, mais ça fait pas de vues, c’est triste.
image : Wild-Sketch
Spleenter : Un jour un mec m’a dit « j’aime beaucoup Alkpote, mais faut vraiment qu’il arrête de rapper en arabe, son accent est pourri ».
J’avoue, mon accent n’est pas parfait. Mon arabe n’est pas parfait, je le reconnais volontiers, mais je rappe pas tellement beaucoup en arabe.
Spleenter : T’as fait pas mal de morceaux avec des rappeurs tunisiens, ou d’origine tunisienne. Ca compte, pour toi, de représenter ?
Ouais, on peut dire que oui. J’ai toujours bien aimé Balti, Mokless, Haroun … C’est vrai, j’aime bien les rappeurs tunisiens. Kalash l’Afro, Selim du 94 … je les aime bien.
Teobaldo : T’as même rappé avec des allemandes …
Je suis ouvert, je suis prêt à collaborer une personne avec qui il manque un œil, un mec qui ne sait pas rapper, ou un enfant de 5 ans, ou même avec une vieille … c’est un travail, de faire des collaborations, et je peux travailler avec n’importe qui. Je suis un mercenaire de la rime, si t’as besoin de moi, je suis là pour toi.
Spleenter : Au niveau de ton discours, t’as toujours été plus ou moins dans la norme, et sur « L’Orgasmixtape », j’ai l’impression qu’il y a eu un ras-le-bol, notamment autour des médias et du sionisme.
Moi aussi, en réécoutant le projet en entier, j’ai remarqué ça. J’en suis arrivé à la conclusion que j’avais peut-être mûri, que j’avais pris de l’âge. Ca se ressent beaucoup, c’est vrai, mais c’est pas quelque chose que j’ai recherché. Je m’en suis rendu compte après coup.
Spleenter : Le morceau « Liberté d’expression », on a presque l’impression que tu l’as écrit juste après l’affaire Dieudonné.
Il y a eu de ça, aussi. Je suis à fond dans Dieudonné, je le soutiens à 300%. D’ailleurs j’ai bien aimé le morceau de Sadek à ce sujet. J’aime les mecs qui portent leurs couilles, qui assument leurs positions. Nous, les rappeurs, on doit prendre position, dire des choses. C’est bien de rigoler, mais c’est bien aussi de dire les choses, de dire que les sionistes sont des fils de putes.
Spleenter : Y’a aussi le name-dropping avec Fabius et Jack Lang dans Vomissure, ça m’a éclaté.
Ouais, c’est pas mal.
Genono : Tu cites également Alain Soral dans l’intro. C’est une influence pour toi ?
Alain Soral, je l’aime bien. C’est une influence. Ce que j’aime chez lui, ou chez Tariq Ramadan, c’est leur intelligence. C’est ça qui me charme, leur façon de s’exprimer, leur intelligence, leur répartie. J’aime bien les mecs qui savent s’exprimer.
Genono : T’as pas eu de retours de la LICRA suite à ce genre de morceaux ?
Nan, je suis un petit poisson. Je suis pas bien méchant . Ils vont aller voir les RG demander combien je gagne ? … Je vaux rien, pour eux.
Genono : Tu parlais déjà de Manuel Valls en 2009 dans tes interviews, et tu l’insultais déjà. T’es un visionnaire sur ce coup.
C’était le maire d’Evry à l’époque, et il a jamais été très cool avec les Pyramides. Il a jamais rien fait pour eux, contrairement à d’autres quartiers d’Evry, où il faisait implanter des maisons de quartiers, des MJC, etc. Nous, on a jamais rien eu. Mais j’ai vu une vidéo de lui à l’ancienne où il parlait de la Palestine, et j’étais choqué. Je me suis dit « il est pas si mauvais à la base ». Je me suis dit qu’à la base c’était un bon, et que l’argent et les sionistes l’ont charmé. Résultat, il a retourné sa veste, et maintenant il est de leur côté. Alors qu’à la base, il les aime pas, ces mecs là. Ils l’ont charmé, il s’est marié avec une sioniste …
Genono : Est-ce que tu pourrais te lancer en politique et faire une campagne avec le slogan « Sucez-moi avant la présidentielle » ?
Peut-être, mais avec un autre mot. Dans le même concept, mais sans le « sucez-moi », c’est peut-être un peu trop. Je trouverais une autre formule, moins choc. « L’orgasmixtape » à la base devait s’appeler » Re-sucez moi avant l’album », ou « Sucez moi encore ». Sur mon iphone j’ai tout une liste de noms de mixtapes.
Illustration : Singe Mongol
Spleenter : C’est quoi les films qui t’ont marqué dernièrement ?
Chaud… j’en regarde trois par nuit. Des récents ? Robocop est pas mal, avec les poumons et tout là. La scène elle tue, quand il a pas de mains et tout. Du coup j’ai revu l’ancien. Il était sanglant de ouf ! J’ai apprécié ça. J’aime bien quand c’est sanglant Game Of Thrones. Ma famille est choqué parce que j’rigole que quand il y a du sang.
[S’en suit une séquence très violente où Alkpote décrit une scène de GoT et demande qu’on ne retranscrive pas ses propos spoilant la série, en expliquant qu’il supprime régulièrement des gens sur ses réseaux sociaux car ils lui pourrissent la vie avec leurs spoils]
Spleenter : T’écoutes quoi en ce moment ?
J’écoute de tout, tout le temps. J’écoute un peu moins de musique ces derniers temps parce que j’ai beaucoup de travail. Mais quand mon fils regarde les chaines musicales j’écoute. En rap, j’écoute de tout, beaucoup de sons d’Atlanta en ce moment, Future, Migos, les trucs que tous les cons écoutent. Je suis fan de Gucci, de 1017 Brick Squad. Je suis pas trop dansl e son de Chicago par contre.
Spleenter : Et Young Thug, tu vois qui c’est déjà physiquement ?
Ouais il ressemble un peu à Joe Lucazz. Mais c’est une sacré bébête, une sacré bestiole, asexuée, il représente bien les temps. Mais son rap, aussi, il est super fort.
Teobaldo : T’as encore des morceaux jamais sortis en stock ?
Quasiment aucun, j’ai vidé mes cartouches. Il me restait « Bande de putains remix », avec Niro, Sidisid, Tige la Rafale, que j’avais envoyé à l’époque mais qui n’était jamais sorti sur aucun support. Y’a encore un ou deux morceaux que je vais placer sur La Dernière Valse etL’Orgasmixtape 2, mais c’est tout. Pour le reste, ce sera que de l’exclu.
Genono : Il y avait pas un projet d’album Ténébreuse mafia ?
Oui, pas mal de mes projets ont avorté, et c’est peut être pas plus mal. Ténébreuse Mafia n’existe plus, c’est mon invention et c’est ma déstruction. C’est comme le label Ténébreuse musique, j’avais inventé ça pour mon groupe la ténébreuse unité 2 feu, juste avant qu’on signe chez Néochrome, pour Haine misère et crasse. Plusieurs personnes voulaient nous sortir, Nouvelle Donne, d’autres encore, mais rien ne s’est fait. A la fin comme il n’y avait personne on s’est dit qu’on allait mettre des sous nous mêmes. Jeunes et motivés ! Puis Yonea est arrivé il a u qu’on payait nous même nos séances studios, il a dit « arrêtez de payer, c’est bon je vais vous le sortir » mais en revanche la contrepartie était que je sorte directement après un solo. Il n’était pas interessé par Katana, il voulait qu’Alkpote. Il a sorti le groupe Unité 2 Feu pour me faire plaisir. Mais moi j’ai jamais eu dans ma tête l’envie de sortir unalbum d’Alkpote, pour moi, c’était Unité 2 feu. L’Empereur on m’a forcé un peu à le faire. Mais après je me suis pris au jeu.
Genono : T’as pas eu une période où tu voulais monter une association type Resto du cœur aussi ?
Ouais, à une époque j’avais tellement d’envies et de désirs… mais ça a été abandonné. Les idées c’est pas ce qui manque, mais les fonds … il faut des investisseurs.
Téobaldo : Si t’avais percé…
Pour percer j’aurais été avec des sionnistes. Les investisseurs je les aurais trouvés mais ça aurait été des sionnistes. Tu vois c’est pas plus mal de pas avoir percé. Je suis heureux de pas être dans ce milieu malsain. C’est très malsain le rap, plus malsain que les autres milieux, la drogue, le foot, le cinéma sont des milieux moins malsains ! Même la variet ‘ ! Pourtant il y a de la drogue un peu partout, dans la variet’ , mais le rap… de la trahison, des trucs spéciaux. Il y en a qui sont pas assez forts psychologiquement. Certains vont en asile, se font interner, camisoler, prennent des médocs. Il y en a qui abandonnent, qui reviennent, c’est dur le rap.
BONUS : LE SUPER QUIZZ DE SPLEENTER
La règle du jeu : Spleenter balance des lyrics un peu sales, et Alk doit deviner si elles sont de lui ou d’un autre rappeur.
Spleenter : « Dégage de mon lit salope si t’as tes règles »
Alkpote : Ca aurait pu être moi, mais non, j’ai jamais dit ça de ma vie.
Spleenter : C’est La Fouine.
Alkpote : Ca m’étonne pas.
Spleenter : « Les gouttes de sperme coulent sur ton nez, tu comprends qu’on va te surplomber »
Alkpote : (rires) C’est bien moi, je l’oublierai jamais de ma vie celle là.
Spleenter : « Tu fais le gangster, j’te laisse du sperme dans le zen »
Alkpote : Ouais, c’est moi, sur L’envahisseur.
Spleenter : Nan, c’est Salif, dans Peep Show.
Alkpote : J’ai confondu avec « tu fais tes emplettes en string panthère »
Spleenter : « On encule les pterodactyles »
Alkpote : C’est moi, dans C’est le retour de l’U2F . C’est à cause de mon fils il est fan des dinosaures, j’ai jamais vu ça !
Spleenter : « Elle est où ta tétête, que je m’égoutte la kekette »
Alkpote : J’ai rien à voir avec ces mots-là !
Spleenter : C’était Seth Gueko. « Un doigt de génie rectal en guise de tendresse ».
Alkpote : Connais pas.
Spleenter : Kaaris. « Je fais d’une pierre deux coups, et d’une capote deux trous »
Alkpote : Ca, c’est moi. Elle est fantastique.
Spleenter : « Mon membre se rallonge, même si je suis pas Piccolo »
Alkpote : C’est bien moi, avec la rappeuse allemande.
Spleenter : « C’est moi qui raque si t’as le boule à Shakira »
Alkpote : Nan, connais pas.
Spleenter : Abis. « Ma bite et ton cul s’emboitent »
Alkpote : Ah, ça c’est beau … c’est moi, et je l’ai utilisé deux fois : une avec Zesau, et une dans Neo Come Back.
Spleenter : « Je vais tellement t’enculer que quand tu bailleras on verra le jour »
Alkpote : Je connais pas, mais c’est sympa, j’aime bien.
Spleenter : C’est le père, dans Bernie, le film. « Suce nos bites, salope, lèche nos boules de bowling »
Alkpote : C’est Mister You.
Spleenter : « J’te fais mouiller avec un couteau rouillé »
Alkpote : C’est bien moi, sur Bande de Chiennasses.
Spleenter : « J’te prends en levrette, laisse-moi mettre le doigt »
Alkpote : C’est Booba, ça, nan ?
Spleenter : Ouais. « J’éjacule sur tes taches de rousseur »
Alkpote : C’est moi, Bande de Putains de Putes Remix.
Spleenter : « Suce mon réglisse, mes dragibus »
Alkpote : Double-brochette !
Spleenter : « C’est dans le parking qu’on finit le casting »
Alkpote : Connais pas.
Spleenter : C’est Koma. « Mets-toi à 4 pattes, que je brûle ta cellulite »
Alkpote : C’est pas moi, mais j’ai l’impression de connaître.
Spleenter : C’est Rohff. « Ouvre-la seulement pendant les douches de sperme »
Alkpote : C’est bien moi.
Spleenter : « Montre-moi ta shnek sur ta webcam »
Alkpote : C’est moi, dans Solitaire.
Spleenter : « J’te parle de sexe sans honte, j’aime la cyprine »
Alkpote : Gainzbeur !
Spleenter : « T’auras le droit que des regards très sombres, à des claques sur le boul, et à beaucoup de foutre »
Alkpote : Connais ap.
Spleenter : Dosseh. « Bitch dead dans les toilettes, bite grosse comme une canette »
Alkpote : … non
Spleenter : C’était Joke.
Alkpote : Joe Lucazz ?
Spleenter : Non, Joke.
Alkpote : Ah …
Spleenter : « Tu seras ma petite chienne et je serai ton gentil maitre »
Alkpote : Je connais pas.
Spleenter : Orelsan. « Si t’es un fin gourmet, tu vas sucer des longues queues »
Alkpote : C’est bien moi (rires)
Spleenter : « Mon soce s’éclate avec une étudiante à 4 pattes »
Alkpote : Non, pas moi.
Spleenter : C’était Express D. « Passe la vaseline pour qu’on aille plus loin »
Alkpote : Non, pas moi.
Spleenter : Melopheelo. « Suce ma bite jusqu’à vomir ton suc gastrique »
Alkpote : African G’z !
Spleenter : « Je suis qu’on obsédé mais ton mec c’est qu’un pauvre pédé »
Alkpote : Belle rime, mais elle est pas de moi. Obsédé/gros pédé, c’est bien.
Spleenter : C’était Sheryo. « Si t’es cheum, juste tu me branles »
Alkpote : Si t’es cheum, juste tu me branles … je réfléchis si j’ai jamais dit ça … nan, j’en ai pas le souvenir.
Spleenter : Bien joué, c’était 25G. « Ramène ta femme, on lui ????
Alkpote : C’est pas moi … mais tu me fais hésiter, comment tu me regardes.
Spleenter : « Frotti-frotta sur la piste, et pas de slip »
Alkpote : La compagnie créole ?
Spleenter : (rires) Nan, Ol Kainry. “J’aime pas les meufs plates qui sont plein de chichis”
Alkpote : Je sais pas.
Spleenter : Alpha 5.20. « Tu peux me sucer avec ton appareil dentaire »
Alkpote : C’est bien moi !
Spleenter : « Je passe par derrière, je m’en fous de l’odeur »
Alkpote : C’est moi aussi !
Spleenter : « Coiffe les poils de ta chatte »
Alkpote : Voltaire !
Spleenter : « T’as qu’à dresser la patte pour que je vienne te caresser la chatte »
Alkpote : « Ce n’est que moi »
Spleenter : « Ta pétasse de chiennasse, je lui casse les reins »
Alkpote : La plus belle des crasses.
Spleenter : « Belek à pas te manger un zizi de travelo »
Alkpote : C’est moi.
Spleenter : « Ouvre ta chatte ma pétasse »
Alkpote : C’est bien moi dans Frissonnez « neochrome, ouvre ta chatte ma pétasse », C’est des mots-clefs, chatte, pétasse …
Spleenter : Bah voila, on a fini.
Alkpote : C’est tout ? Bah c’était sympa.
Zekwe, mort de rire : Nan, mais elle est pas mal aussi ! La pire de toutes, pour moi c’est : « Salut Zekwe, tu peux te présenter ? ». Nan, fais une introduction, « Zekwe t’as fait ça l’année dernière, on t’a vu là, etc ». « Présente-toi », on dirait que je passe un casting !
Spleenter : Quel est ton parcours ?
Zekwe : (rires) Quel est ton parcours, t’es né où, etc. Va te faire enculer ! Ils sont oufs les mecs !
Genono : Pendant la promo de Neochrome Hall Stars, t’as parlé de titres supplémentaires, qui devaient sortir après l’album. Je les ai jamais entendus.
Zekwe : C’est là que réside toute la magie de Neochrome ! On en a pas vraiment parlé dans les interviews, mais y’a eu une 1ère version du CD qui a été faite, et qu’on a décidé de ne pas sortir. Avec le recul, c’était vraiment le CD que les gens attendaient de Neochrome : un truc crado. Un peu trop crado même, résultat on a tout jarté, on a gardé que deux titres, et on a refait tout le reste. Quant à savoir si les titres sortiront un jour, d’une manière ou d’une autre … j’ai bien peur qu’ils soient tombés dans les abysses les plus profonds du rap français.
Teobaldo : Qui a décidé que ce serait cette version qui sortirait, et pas la première ?
Zekwe : Pour être franc avec toi, un peu tout le monde. On a écouté le truc, on s’est dit « ça tue, mais les gens vont s’attendre à ça ». Est-ce que c’était la bonne décision ? Je sais pas, certains ont aimé, d’autres ont trouvé que c’était pas assez crado, pas assez Neochrome … Les deux galettes envoient 2 émotions différentes.
Teobaldo : Donc c’était quoi le but recherché, la démarche autour de cet album ?
Zekwe : Le but, on va pas se mentir, c’était de passer en radio. On voulait vendre, tout simplement. Après, bien sur, on voulait pas faire des trucs débiles non plus, on voulait que ce soit homogène. Il faut essayer de passer par plusieurs chemins, bon, on s’est planté, ça n’a jamais marché … On reste Neochrome, quoi qu’il se passe. Même si on faisait un truc super musicalement, je pense pas que les radios suivraient, parce qu’on est Neochrome.
Genono : Quand tu dis que vous vous êtes plantés, c’est niveau ventes, niveau réception du public ..?
Zekwe : On s’est plantés dans la démarche, tout simplement ! Le fait d’essayer de nouvelles choses, clairement, ça n’a pas fonctionné. Y’a des gens qui ont aimé, y’en a même qui sont venus à nous alors qu’ils ne faisaient pas partie de notre public de base, mais le fan de Neochrome, celui qui s’attend à voir le Président de la République se faire insulter pendant soixante minutes, il est déçu.
Genono : Du coup si l’album était à refaire, tu le ferais, ou plutôt vous le feriez différemment ?
Zekwe : Je vais pas parler pour les autres, mais en ce qui me concerne, oui. Sincèrement, je vais être très franc avec toi, je pense que les gens attendaient plus un CD avec uniquement Al-K et Seth. Parce que moi, je peux pas m’empêcher de ramener de la musicalité, et c’est pas toujours compatible. Y’a eu des réussites, sur certains titres, mais d’autres, avec le recul, ça n’a pas marché.
Teobaldo : Mais je t’ai vu sur scène, jouer des morceaux de cet album. Tu les assumes.
Zekwe : Bien sur, moi je les assume ! Si je fais de la musique, personne ne me force à faire quoi que ce soit. On a fait un morceau sur les meufs, on sur l’ère Sarkozy, c’est des trucs que j’assume, et que j’aime faire. Mais avec le recul, il aurait fallu donner autre chose. Après, il est jamais trop tard, si demain il y a un Neochrome Hall Stars vol.2, vol.3, à faire, et qu’il faut donner une autre face, on y va. Mais je comprends ce que vous essayez de me faire dire, ça ressemble pas à du Neochrome, et je vous comprends !
Teobaldo : Nan, c’est même pas ça. Y’a une démarche pensée, c’est bien. Après, elle se comprend ou elle se comprend pas, mais ça part d’une vraie démarche.
Zekwe : Hé frère, à un moment t’as la dalle ! Le lait Guigoz dans le biberon de tes enfants, c’est pas « salope », « grosse pute », et « fuck Sarkozy » qui vont le payer ! Y’a un moment où tu tentes des choses, après c’est pas non plus une catastrophe, on s’en est bien sortis, on a fait une tournée, des clips, y’a des bons trucs … Je regrette rien du tout. Mais, si j’étais producteur de Neochrome –et je ne suis pas producteur de Neochrome !- j’aurais donné autre chose.
Teobaldo : En plus y’avait Yonea qui était ultra-présent chez Neochrome, et qui quitte le navire quelques temps avant la sortie de l’album … ça donne une impression un peu bancale.
Zekwe : Je pense que Yonea aurait aussi voulu faire quelques essais sur certains titres, mais il aurait aussi appuyé le coté sale. Il a toujours été comme ça : (il se met à imiter la voix aiguë de Yonea) « ajoute des insultes, insulte toute la terre, ça tuuue ! », « faut qu’on fasse des t-shirts avec TOUTES tes phases, faut qu’on bicrave tout ! » … il nous aurait poussé là-dedans ! « Zekwe, dis que t’es un portugais qui fait du tunning tous les dimanches, et toi, Alk, fais l’arabe qui insulte tout le monde ! ». Après, est-ce que ça aurait plu à Laurent Bouneau … C’est le problème de l’horrible France ! Écoute les américains, ils passent à la radio, ils sont libres, ils disent ce qu’ils veulent. Musicalement ça tue, le public suit, hop, on exploite ça commercialement. Ici, c’est pas pareil. On est dans le politiquement correct, on peut pas se permettre de dire et faire n’importe quoi.
Zekwe : Ça tue ! C’est une victoire pour moi, pour le rap français, pour le hip-hop ! Cet horrible mot, que personne ne veut prononcer … mais c’est ça, l’esprit hip-hop ! Prendre une mentalité qui vient d’un milieu social spécifique, et l’imposer à tout un pays … c’est une réussite, c’est une victoire ! Je serai toujours à fond derrière Kaaris, toujours, je valide à 300%. Après, musicalement, y’a peut-être des titres qui me parlent moins que d’autres, mais dans la démarche, « j’emmerde toute la terre entière », « j’arrive sur les plateaux télé en faisant des doigts » … c’est Gainsbourg ! Gainsbourg, je le voyais quand j’étais tipeu, je bougeais plus … ils sont passés où ces mecs là ? Maintenant, ils sont tous en cravate, ils se tiennent bien … j’aime bien les grandes gueules, qui viennent foutre un peu le zbeul sur les plateaux télé.
Spleenter : T’as commencé en t’appelant Kevin, ensuite y’a eu un freestyle où Seth te présentait en disant « Zekwevinho Ramazzotti » … ça vient de là ?
Zekwe : Plus ou moins, mais « Zekwe » ça a toujours été là. C’était la période « La cité de Dieu », où tout le monde était à fond dedans … donc Zekwe, c’est un peu un mélange entre Kevin et Ze Pequeno. Et puis, étant données mes origines –ma mère est cap-verdienne-, je parle portugais, et il m’est arrivé de regarder le film en version originale … ils parlent comme des tapettes ! Enfin, comme des brésiliens quoi (il se lance dans une imitation splendide de l’accent brésilo-tafiole), ils se tirent dessus … c’est un peu n’importe quoi.
Teobaldo : T’es beaucoup allé au Cap-Vert ?
Zekwe : J’y suis allé une fois dans ma triste vie. Ma famille y va tous les étés, ils ont construit des baraques là-bas, à chaque fois ils me disent « qu’est ce tu fous, viens ! » … J’aimerais y aller, mais je suis dans le rap, la vie est dure ! J’aimerais bien aller au Brésil aussi ! C’est pas exactement la même langue, mais ça se rapproche vraiment. Nous c’est du créole en fait ! On est les antillais du Portugal (ça fait pas rêver putain)
Spleenter : Niveau écriture, t’es beaucoup dans les multisyllabiques. C’est un truc qui te vient du 91, parce que c’est très fréquent là-bas, ou de Neochrome ? Ou les deux ?
Zekwe : Franchement, les 2. Un des premiers mecs que j’ai écouté, et qui faisait ça, c’était Nubi, dans l’album de Futuristiq, Demain c’est maintenant. Et puis même avant, dans Time Bomb, Ill fonctionnait un peu comme ça. Je l’ai toujours plus ou moins fait, finalement, avant l’Unité de Feu, à une époque où eux étaient plutôt dans les assonances, etc.
Teobaldo : « Minotaure / mine à terre » …
Zekwe : Exactement ! Donc voila, ça me vient du 91, de Neochrome, des mes influences précédentes comme Time Bomb … du moment que les mots sonnent, c’est pas compliqué, la musique fonctionne comme ça. Il faut de la musicalité, c’est bête mais y’en a beaucoup qui ne pensent pas à ça. Regarde Despo, je le respecte à fond parce que jamais j’arriverai à écrire comme lui, mais y’a aucune musicalité dans ce qu’il fait. Il te dit des trucs super sensés, logiques, intelligents … mais c’est pas musical ! Même si ce qu’il fait, il le fait bien.
Spleenter : Quand je t’ai découvert, ça devait être sur des feats avec l’U2F, je te trouvais un peu banal en tant que rappeur. Et petit à petit, t’as commencé à mettre plus de punchlines, et aussi pas mal d’humour dans tes textes. Ça t’est venu comment ?
Zekwe : Faut savoir que quand j’ai commencé, je produisais plus que je rappais. C’est des mecs comme l’Unité de Feu qui m’ont dit « Zekwe, tu sais rapper, faudrait que tu t’y mettes un peu » … mais moi je m’en battais les couilles, j’étais jeune, je préférais baiser des meufs et regarder des séries. Puis à force, je suis rentré dedans. Tu t’entraînes, tu façonnes un personnage qui te correspond, avec ton vécu, avec ton entourage, etc. Seth et Alk, c’est 2 bons exemples qui montrent que l’humour ça marche bien, dans le rap. Kaaris, c’est pareil : c’est violent, mais y’a de l’humour, et au final c’est efficace. Ce qu’il faut, c’est que les gens te retiennent. Il faut transmettre des émotions ! Kaaris, il fait rire, mais il fait un peu peur, aussi … c’est un mix des deux, on sait pas, c’est Chuck Norris un peu. Fais rire, fais peur, fais réfléchir, fais pleurer … mais transmet des émotions ! Mais je suis d’accord avec toi, mes premiers morceaux, même moi, je les réécoute, j’entends juste un mec qui sait faire des rimes. Les 1ers trucs que t’as écoutés de moi, j’étais super jeune.
Teobaldo : Haine, Misère et Crasse, t’as 20 piges …
Zekwe : Dix-neuf ! Mais quand je te dis que j’étais jeune, c’est surtout dans la manière d’écrire. Mais c’est comme tout, tu t’entraînes, et tu progresses.
Teobaldo : C’était quoi ton rôle avec l’Unité de Feu ?
Zekwe : Producteur. J’ai produit un peu plus de la moitié de l’album. Je leur ai donné une âme, j’ai apporté une couleur à l’album.
Teobaldo : Tu bosses beaucoup avec des samples.
Zekwe : Surtout à cette époque-là. J’ai pas vraiment eu d’éducation musicale, j’ai fait qu’une année de solfège, parce que ma mère est dans la musique, mon père aussi … ils m’ont poussé là-dedans, mon père me disait des trucs de ouf genre « ça coûte une fortune, si tu rates un seul cours, je t’encule ta mère ! » (rires). Il me mettait des coups de pompe au cul, du coup j’allais là-bas, j’ai appris deux-trois trucs, telle note ne s’accorde pas avec telle note, etc, mais au final, j’en suis ressorti avec pas grand-chose de solide. Le sample, c’était réellement le truc le plus accessible. Tu prends une mélodie, tu colles, tu coupes, tu rajoutes un beat, c’est pas compliqué, tu peux faire ça avec trois fois rien. J’avais un PC, c’était une antiquité.
Teobaldo : A la même époque, t’avais placé des prods sur l’album de Dany Dan …
Zekwe : C’était l’époque où on traînait chez un mec qui s’appelle Dave Daivery, qui faisait des prods, et qui est aujourd’hui DJ pour Disiz, il l’accompagne sur sa tournée. Dave s’est retrouvé à composer, enregistrer, maquetter, l’album d’Ol Kainry et Dany Dan … et moi je suis là, à 18-19 ans, au milieu de mecs que j’écoute depuis des années, qui m’ont grave influencé, et qui commencent à me dire « elles sont bien tes prods, je prendrais bien celle-là, et celle-là » … c’est là que tu te rends compte que tu peux faire quelque chose de sérieux. C’est de là que c’est parti ! S’ils m’avaient dit, à cette époque là « c’est de la merde, retourne jouer à la Playstation », j’aurais peut-être pas eu la même vie. Dany Dan m’a pris Ne me pousse pas, ça a donné un super titre, alors que moi j’avais juste pris un sample et un beat, le truc le plus simple à faire.
Teobaldo : D’ailleurs sur Rap de Banlieusard, tu reprends cette instru, et tu reprends aussi Chevalier de ciment. C’est toi qui avais fait celle-là ?
Zekwe : Chevalier de ciment, c’est moi, avec un sample des Chevaliers du Zodiaque. C’est les influences, les trucs avec lesquels t’as grandi. T’as une boucle, tu te dis « ça tue », et c’est parti.
Spleenter : D’ailleurs, plus récemment, tu l’as refait avec Parker Lewis, sur Kubiak, même si c’est pas une boucle, on l’entend en fond.
Zekwe : Voila, et c’est la preuve qu’on calcule pas vraiment, tu prends des trucs de ta jeunesse, qui t’ont marqué … c’est pas quelque chose qui s’apprend ! Aujourd’hui tu vas dans un collège, tu dis « Parker Lewis », le tipeu il t’encule, ou du moins il te crache dessus. Les Chevaliers du Zodiaque, c’est pareil.
Teobaldo : Les Chevaliers du Zodiaque, faut les découvrir petit, parce que si tu découvres ça quand t’es ado, ça fait vraiment pédé.
Zekwe : De ouf !
Teobaldo : D’ailleurs dans Génération Club Dorothée tu parles de « l’armure de Ikki », et dans le clip on voit Saga. Faute grave.
Zekwe : La magie Neochrome, frère ! (rires)
Genono : Du coup si t’avais eu les moyens d’Orelsan, t’aurais pu faire un clip comme lui ?
Zekwe : Direct ! Mais direct ! Avec le moule-bite, tout, j’en ai rien à foutre ! Il tue son clip, j’étais le premier à lui dire, il a tout tué. Même le dernier, en Transformers … c’est une tuerie. Il a tout mon respect, niveau image comme niveau rap. Tiens, je vais te raconter un truc à propos d’Orelsan. (chouette, une histoire ! merci Père Castorama)
Entre Rap de Banlieusard et Seleçao 1, j’ai voulu arrêter le rap. J’étais concentré sur d’autres trucs qui rapportent un peu plus d’argent, qui se fument et qui sentent bon. Et quand j’allais dans mon petit labo, je galérais, parce que depuis chez moi y’avait beaucoup d’heures de route. Je me suis arrêté dans une station-service au milieu de nulle part, et j’avais envie d’écouter un truc nouveau. J’ai pris le CD d’Orelsan, son 1er, Perdu d’avance … je savais même pas qui c’était. Je me suis pissé dessus sur la route ! Ce mec était trop fort, trop marrant, et j’ai écouté cet album pendant des mois. Et je suis content de voir là où il est aujourd’hui, parce que même s’il fait des trucs grand public, ce gars-là, il est comme nous. Il est drôle, il rappe, il construit bien ses rimes, il fait de la punchline … c’est un tueur. C’est un peu un Kaaris, mais d’un autre monde. Et son évolution, là où il en est aujourd’hui, c’est un bon point pour le rap français.
Teobaldo : Musicalement, ce qu’il fait maintenant, ça te parle toujours ?
Zekwe : Carrément. En solo comme en groupe, ça me parle à fond. Après, bien sur, les tubes qui tournent en boucle à la radio, comme La terre est ronde, je vais les écouter 2-3 fois et je vais passer à autre chose, c’est des trucs qui sont destinés à un public pas forcément spécialisé dans le rap. Mais c’est ça aussi, un album. J’ai toujours écouté des albums, surtout dans le rap américain, où les mecs n’ont pas peur de faire une chanson pour la radio, une pour la rue, une pour les boites, une pour leur daronne … en France, on a peur de faire ça. De la piste 1 à la piste 19, on reste dans le même créneau … sinon on a peur de vendre son slip.
Spleenter : Niveau rap cainri, c’est quoi ta came ?
Zekwe : C’est dur à définir. A l’époque, c’était New-York, le Queens plus précisément. Les boucles, les caisses, Mobb Deep, Alchemist, Infamous Mobb. J’ai pas mal écouté le Wu-tang aussi, mais j’ai jamais été fan d’un seul groupe, d’un seul rappeur. Actuellement, j’aime bien le virage que ça a pris, la trap, l’électronique, etc.
Teobaldo : Sur Rap de Banlieusards t’avais fait un morceau « anti-dirty », tu semblais encore pas mal cantonné au son de New-York …
Zekwe : Bah si t’écoutes ce morceau, tu te rends compte que l’instru est un peu spéciale, elle se rapproche de ce qui se faisait à cette époque-là, avec un beat un peu plus ralenti. Le message de ce morceau, c’était plutôt une critique des codes que les mecs adoptaient, à parler de coke, etc. Mais musicalement, j’ai toujours été ouvert, même sur ce qui se fait aujourd’hui, tu peux prendre un beat trap, mélanger avec un sample … ça tue. Pour finir de répondre à ta question : A$ap Mobb, qui mélange justement plusieurs trucs, ça me parle. Kendrick Lamar aussi, en fait j’aime bien toute la nouvelle vague. Je suis pas difficile, en musique. Quand c’est bon, je prends.
Teobaldo : Même Swaggman ?
Zekwe : Franchement, je te jure, le dernier Swaggman, je l’ai écouté en boucle. Il m’a eu, c’est un pouvoir qu’il a ! Après, j’achèterais peut-être pas son album, mais ouais, il a quelque chose.
Genono : Tu parles de Black Card ou Suicidey ?
Zekwe : Suicidey, putain je l’écoute en boucle, avec ses rimes en –ey … il tue, frère !
Genono : Autant Black Card j’ai kiffé, autant celui-là, il est horrible.
Zekwe : « Tatoué de la tête aux crottes de nez ! ». Ça se respecte, gros ! Il fait que des rimes en –é, c’est le seul mec avec Magic System qui arrive à tout niquer avec des rimes en –é. Après, je suis pas fan du bonhomme, mais dans la démarche, un OVNI comme lui, un peu débile, qui insulte tout le monde, et qui arrive à aller sur les plateaux télé, c’est une bonne chose. J’essaye de trouver du positif partout … avec certains c’est dur, mais on y arrive.
Genono : Swaggman, c’est un personnage hyper-caricatural. Toi, tu parlais de « façonner ton personnage », et je trouve que tu te lâches un peu moins que d’autres, on peut penser à Kaaris, à Alkpote, à Seth Gueko. Est-ce que c’est volontaire, dans le sens où tu ne veux pas tomber dans la caricature ?
Zekwe : C’est une bonne question que tu me poses là (pas vraiment, mais c’est gentil). Je me dis que ma mère est dans la musique, et je peux lui faire écouter mes sons. Y’a toujours cette espèce de … retenue. Mais ça dépend des titres, c’est comme dans la vie réelle : le samedi t’es avec tes potes, et tu fais des trucs complètement débiles, et le dimanche tu vas manger chez maman et t’es tout sage. Je trouve ça un peu hypocrite de faire un album où, de la piste 1 à la piste 19, t’es énervé, t’insultes tout le monde … c’est un choix de vie. Des fois j’ai envie d’être débile, des fois j’ai envie d’être réfléchi, ou de te faire chialer, ou rire … C’est vrai que Zekwe est peut-être un personnage moins prononcé, mais moi j’ai aussi le coté prods, la musique, pour combler ce truc-là. Ça m’intéresse pas forcément, parce que quand tu joues trop le rôle d’un personnage, tu peux finir comme … le Roi Heenok par exemple. Un mec dont on va regarder les vidéos, mais le jour où son CD sort, y’a que son cousin et sa tante qui l’achètent. Il a du talent, mais il a trop misé sur son personnage, pas assez misé sur sa musique.
Teobaldo : D’ailleurs il est sur Rap de Banlieusard 3. Comment s’est faite la connexion ?
Zekwe : Par Tony Danza, aka Sadik Asken. C’est lui qui gérait plus ou moins la réalisation du CD, et il était en contact avec Heenok, à qui il a fait écouter des sons à moi. Le mec a kiffé, il a voulu faire un morceau … il a choisi une horrible instru, il a fait son truc (rires). C’est Heenok, quoi ! Un vaisseau spatial ! Il te dit « je veux ça », tu lui dis ok, mais y’a pas de caisse claire, il répond « je m’en fous, je veux ça ! » (rires)
Spleenter : Pour revenir à ma question sur les rappeurs US, niveau beatmakers, qui t’a le plus impressionné ?
Zekwe : Y’en a tellement … Alchemist, DJ Premier, Just Blaze … beaucoup de samples au final. Un mec comme Lex Luger, sur 3-4 morceaux ça peut tuer, mais après, faut qu’il me laisse tranquille. Qui d’autre … Dre. Il traverse les époques, il est trop fort, même si on sait que c’est un peu un faussaire. Après y’a plein de mecs inconnus au bataillon, qui te font qu’une seule prod de ouf et dont on entend plus parler.
Spleenter : Niveau structure, t’as fait partie de French Kick … c’est terminé ?
Zekwe : C’est fini, ça s’est dissout comme une pastille au lavage.
Spleenter : Et aujourd’hui, t’as un pôle de beatmakers avec toi, tu peux nous les présenter ?
Zekwe : Ça s’appelle Beat Mac. On est 3, c’est pas compliqué : en dehors de moi, y’a mon gars Yoro Glyphe, qui a produit dans Selecao 2, qui a fait également le dernier Zesau, Dirty Zoo, de la piste 1 à la piste 19, il a tout fait. Et y’a aussi mon gars Boudjéma, qui, si je dis pas de conneries, a fait ses 1ers pas sur Neochrome Hall Star, avec J’suis die, Walkman-cassette … C’est des pattes différentes, Glyphe est très trap, Boudjéma est plutôt dans le sample, il est aussi très fort dans les accords, le solfège, etc. Lui et moi, on est assez complémentaires, on joue beaucoup avec les instruments, on s’envoie des trucs, on s’échange des sons … on essaye d’imposer une touche un peu spéciale.
Spleenter : Neochrome, aujourd’hui, c’est juste Seth Gueko, Alkpote et toi ?
Zekwe : Y’a aussi 25G, qui recommence à écrire, et qui prépare des trucs. Y’a aussi Waybess, que j’ai plus ou moins fait entrer dans le label … c’est un belge, de Wallonie. Il a un délire un peu différent du notre, avec des flows rapides, même s’il garde ce délire de rimes neochromiennes un peu bizarres …
Spleenter : Bah il est noir.
Zekwe : Pardon ?
Spleenter : Il est noir ?
Zekwe : J’ai pas compris …
Spleenter : Waybess, il est noir.
Zekwe : Nan, il est blanc.
Spleenter : …
Zekwe : Dommage, mec. C’est un belge d’origine marocaine. En Belgique, si t’es pas belge, t’es soit congolais, soit marocain.
Spleenter : Et donc, Neochrome, vous êtes encore en recherche d’artistes à développer ? Vous ne voulez pas de noirs ?
Zekwe : Sans cesse ! Neochrome, c’est une usine, un centre de formation. Neochrome, leur objectif, c’est de déceler quelque chose en toi, le développer, et le vendre à une maison de disques. Chacun gratte son billet, on se serre la main, et bonne route.
Genono : Y’a Bilel qui est passé chez vous, nan ?
Zekwe : Ça c’est compliqué … Y’a une époque où Yonea mettait le cachet Neochrome sur pas mal de clips, mais je sais pas vraiment … Sincèrement, Bilel, je l’ai jamais rencontré de ma vie, je pourrais pas te dire. La magie Neochrome !
Spleenter : Est-ce que t’as un truc contre le Père Noel ? Parce que t’as quand même fait 2 morceau contre lui, un avec U2F, et un autre avec Niro.
Zekwe : Je m’appelle Kevin, comme le petit dans Maman j’ai raté l’avion. Ses Noël à lui, ils étaient toujours mystiques. Bah moi, c’est pareil ! C’est plus un amusement en fait, même si ça cache une petite vérité, mais je vais pas faire le pleurnichard, à dire « ouais, j’ai pas eu ce que je voulais pour Noël, j’ai eu une enfance malheureuse » … Mon grand regret a été que mes parents se soient séparés, j’ai été trimballé d’appartement en appartement, j’ai été élevé par ma grand-mère, mes tantes … donc les Noel en famille, ça me dit rien de spécial. Après, ça reste de l’amusement, et puis les films d’horreurs avec des Pères-Noel méchants, c’est super marrant, ou des comédies avec des Pères-Noel renois. Niro est venu me voir, il m’a dit « faut que tu regardes Bad Santa »… on en a parlé, il m’a proposé l’idée du morceau, j’ai signé direct. On s’est démerdé, le clip a coûté 0 euro.
Spleenter : Et alors qu’est devenu « Ce rêve vert », avec Niro ?
Zekwe : On l’a charcuté, on l’a mis à la poubelle, puis on l’a ressorti, retravaillé, et ça a donné un nouveau morceau.
Zekwe : Exactement. D’ailleurs, Incessamment sous beuh, c’est le titre original. Et c’est Glyphe qui a fait l’instru.
Teobaldo : T’as produit quand même, sur Selecao 2 ?
Zekwe : (rires) « t’as branlé quelque chose sur Selecao 2, au moins ? » Bah en fait, Glyphe il en a fait qu’une seule, plus une qu’on a co-produite. Y’en a une de Boudjéma (Le début de la faim), une de Hits Alive (Extra Large), et tout le reste, c’est moi.
Teobaldo : D’ailleurs sur Le début de la faim, je sais pas qui t’a donné l’idée de faire rimer Patate de Balrog avec Putain de Blavog, mais c’est très bien.
Zekwe : Ça sort de mon cerveau … Non merci, (un joint est tendu à Zekwe), je fume plus, j’ai arrêté y’a quelques temps. C’est galère de te réveiller à 4h du matin pour préparer un biberon quand t’es à moitié défoncé.
Zekwe : On zieutait le film avec Katana, et il m’a dit « putain, ça tue, faut le sampler » … je me suis dit « mais non, on peut rien faire avec ça ». Mais il m’a pris la tête, et au final on a réussi à chier ce truc là. Mais à la base, c’était un morceau de Katana et moi, avec Alkpote aussi, et au final je me suis arrangé avec lui pour récupérer le son.
Zekwe : Il enregistre des sons. Il est produit par Le Gouffre, un groupe de chez nous, qui a sorti un projet récemment (Marche Arrière) qui a super bien marché, ils ont vendu 10000 exemplaires avec une boite de jeu, des t-shirts, un jeu vidéo … un merchandising de ouf. Et là, ils ont décidé de miser sur Katana, qui devrait donc sortir 3 projets avec eux. C’est bien, il va enfin sortir des morceaux qui sont prêts depuis longtemps. Bon, après faut s’attendre à des prods sorties de 1992, mais ils arrivent à toucher un public comme ça, respect à eux. Katana est partisan de ce merdier… ce mec, c’est un génie. Des fois il me sort des phases, je lui dis « reviens sur cette planète » (rires). Il est super talentueux, après je trouve qu’il se limite un peu musicalement, mais il fait le son qui lui plaît et c’est de loin le plus important.
Spleenter : T’es fier de « J’y arriverai » ?
Zekwe : A mort ! Y’a plein de gens que ça a touché, et d’ailleurs beaucoup de monde m’a demandé pourquoi je l’avais pas fait en solo… Seth et Alk sont un peu sortis de leur registre, et se sont aventurés sur un truc qu’il n’auraient pas osé faire sur leurs albums solo. Ce projet-là, c’était ça l’excuse, se dire « venez, on tente un truc ». Ça c’est le genre de morceau, tu le fais écouter à ta daronne, elle te dit « ah, tu sais faire ça toi ? C’est bien » par contre tu le fais écouter à ton pote, il te dit « ah tu fais ça toi, fils de pute ?! ».
Spleenter : Si t’étais dans la situation du mec de 127 heures, tu te couperais le bras aussi ? Et la question d’après c’est : « et si c’était ta bite ? »
Zekwe : (rires) Le bras, ouais… la bite… la corde aurait pas été assez large pour me faire un garrot à la bite. Loooool ! (oui, Zekwe a vraiment dit « Loooool », on a une vidéo pour le prouver)
Zekwe : Je crois que c’est les réalisateurs du clip, 420. Et puis Seth aussi, il avait mis l’idée sur la table, ils ont du en discuter entre eux.
Genono : 420, ils font tous vos clips quasiment.
Zekwe : Ouais, ils ont un espèce de contrat d’exclusivité avec Neochrome, donc ils font à peu près tout. J’aime bien la couleur de ce qu’ils font, c’est pas dit que je fasse appel uniquement à eux pour mes clips à moi, mais en tout cas pour Neochrome Hall Star je trouve que ça collait super bien, y’avait une vraie alchimie. Ils ont plein d’influences différentes, ils font aussi des clips pour la MZ, et pour d’autres artistes… ils ont une touche, mais ils arrivent à l’adapter, c’est très fort.
Genono : Sur les 3 têtes d’affiche de Neochrome (toi, Alk et Seth), t’es le seul qu’on n’a pas encore vu avec Butter Bullets. Est-ce que c’est parce qu’ils ont des têtes de nazis ?
Zekwe : Nan, c’est juste que tu le sais pas encore. C’est déjà fait, c’est pas encore sorti, donc t’as bien visé. Dela m’a envoyé une prod, et j’ai donc fait le morceau avec Sidi Sid. C’est un morceau qui parle d’une meuf, on l’a appelé Mademoiselle chante le flouze. Le titre parle de lui-même, je suis content du résultat, et même lui m’a dit que ça ressortait un peu, par rapport à ses horribles chansons de nazis.
Genono : Du coup c’est sur leur prochain album ?
Zekwe : C’est ça ! Respect à eux, j’apprécie ces ovnis, ces zombies, ces nazis.
Spleenter : Parce qu’après y’a Guizmo sur le son, donc ça sonne très homosexuel.
Zekwe : Mais non, il est pas dans ce morceau, Guizmo ! C’est pas dans ce son que je dis ça, c’est dans celui avec Sofiane. Mais faut que les gens comprennent hein, Guizmo, avant d’être un rappeur, c’était un personnage du film Les Gremlins … Mais j’ai quand même une peluche de Guizmo dans mon lit.
Teobaldo : Celui du film ?
Zelwe : … oui.
Teobaldo : Ah on sait pas, avec le merchandising …
Zekwe : Ah, Yonea il pourrait … (il prend la voix) « Ça tuuuue ! Guizmo, une peluche avec des grandes oreilles, ça tuuuue ! »
Teobaldo : Pour revenir à ma question, je pensais à la phase d’Alpha Wann, qui dit « Le jour je suis Alfred, la nuit je suis Batman » … Batman, c’est pas Alfred.
Zekwe : Je pense qu’il le savait, il a pas pu faire une horrible erreur comme ça … C’est plus dans l’image, peut-être qu’avant il bossait au Mac Do, et maintenant c’est un super-héros du rap, il fait des tournées, il rentre de l’argent comme personne.
Genono : A ce propos, t’as dit en interview que t’aimais bien l’Entourage… Pourquoi ?
Zekwe : Putain, t’es dur, direct. Je suis pas dans le côté social, dans le sens où je déteste cette façon de dire « tel rappeur correspond à tel type d’auditeur ». Si je partais là-dedans, j’écouterais pas Orelsan, ou d’autres. La musique, ça me parle, je veux pas me mettre de barrières, un mec comme Alpha, je le trouve doué. Deen, pareil. Après, je suis pas fan de tous les mecs de l’Entourage … mais je suis obligé de respecter des mecs qui étaient fans de oim, et qui aujourd’hui vendent 10 fois plus de CDs que moi. Soit je les respecte, soit je les déteste, et les détester, ça fait fils de pute. Ils ont pas besoin des maisons de disques, ils se gèrent tous seuls, ils sortent des CDs quand ils veulent, ils se remboursent largement, ils partent en vacances … ils vivent de la musique !
Genono : Mais… leur musique te parle ?
Zekwe : Ouais, leur musique me parle. Peut-être pas tout, le boom-bap de 1992, ça me casse vite les couilles. Mais genre un de leurs derniers trucs, Caramelo, t’as un sample, avec des rythmiques actuelles, c’est bien fait. Après, comme je te dis, je suis pas fan de chaque mec de l’Entourage, mais je respecte leur façon de faire. Je préfère écouter 10 fois un album de 1995 qu’un titre de Zifou.
Spleenter : T’arrives à te mélanger avec tout type de rappeur, tu peux rapper avec Niro, comme avec l’Entourage, comme avec des anciens comme Nakk … T’es pas trop « cases » en fait.
Zekwe : Je déteste ça. Mais après, ça peut aussi te jouer des tours. C’est ce qu’on disait tout à l’heure, effacer le personnage pour laisser place à la musique, ça t’ouvre ce genre de porte : tu peux rapper avec tout le monde. Mais le revers de la médaille, c’est que tu peux pas cibler ton public. Zekwe, ça parle à qui ? Aux skateurs, aux cailleras, aux bourgeois ? Tu sais pas trop, du coup quand tu vas démarcher une maison de disques, ces horribles fils de pute, c’est la 1ère chose qu’ils te demandent. Ils vont sur ton skyblog, ton myspace, ton twitter. Ils regardent combien t’as de followers, ils regardent la gueule des mecs qui te suivent. Mais je t’emmerde, moi je fais de la musique ! Je fais des chansons pour la radio, mais je fais aussi d’autres trucs. Je fais des remix où t’as Alpha Wann, juste après t’as Alkpote, et juste après t’as L’Indis. C’est pas tout le monde qui peut se permettre de faire ça.
Spleenter : Sur la pochette de Neochrome Hall Star, t’avais une crête. Pourquoi ?
Zekwe : Parce que j’étais beau, mec ! Plus sérieusement, tu peux regarder 15 de mes clips, j’ai jamais la même gueule. Ça revient encore à ce qu’on disait tout à l’heure, tu dessines ton personnage au fur et à mesure, et sur le moment c’est ce que je voulais, cette horrible crête d’arabe-juif –grec… bon, après t’as toutes les petites beurettes qui te font (et là, grand moment, Zekwe prend une voix de petite beurette) : « Zekwe, nan mais arrête, t’es trop beau, garde ta crête » (rires). C’était sympa sur le coup mais j’ai abandonné, j’ai rasé tout ça.
Spleenter : Sur Selecao 2, le côté « Justin TimberZek » est plus assumé, avec des chansons sur les meufs, etc.
Zekwe : Ça, c’est un truc que je prends du plaisir à faire. Ça fait longtemps qu’on me dit de le faire, de miser là-dessus. Premier métro, par exemple, c’est plus ou moins une histoire vraie. La meuf un peu caillera, qui réserve l’hôtel, t’arrives, tu mets ton coup de rein, et c’est elle qui disparaît … c’est un peu remixé, mais ça se base sur une histoire vécue. La fille d’à côté, par contre, c’est une fiction, mais c’est des trucs qui sont déjà arrivés à tout le monde. Fantasmer sur ta voisine, ça parle à tout le monde. L’amour, les relations hommes/femmes, les divorces, les enfants … Stromaé a construit toute sa carrière là-dessus.
si tu sais pas d’où vient cette photo t’es un sacré petit sac à merde
Genono : Dans Premier métro tu dis « elle sait ce que j’aime, elle se déshabille mais elle garde ses chaussures » … t’es fétichiste ?
Zekwe : Ouai, j’suis fétichiste, de ouf ! Les talons, tout ça, les beaux ongles … c’est un kiff. Après y’en a qui en ont rien à foutre, d’ailleurs à voir ta tête, tu t’en bats les couilles.
Genono : Je t’avoue que c’est pas trop mon délire, mais je ne juge pas.
Spleenter : Le côté « chanté », c’est un truc que tu faisais déjà un peu sur Selecao 1, mais maintenant t’as l’air complètement décomplexé par rapport à ça. T’as fait un genre de coming-out, comme Abdelkrim dans Les Kairas ?
Zekwe : (rires) Putain la phase, après les talons, les gens vont imaginer des trucs de ouf … Nan mais t’as raison, tu te décomplexes au fur et à mesure. Pourquoi se priver, alors que des mecs qui connaissent la musique te disent que ce que tu fais, ça tient la route ? J’ai confiance en moi, je tente des trucs, mais parfois je tente des trucs sans trop savoir quoi en faire par la suite. Mais je suis pas un chanteur… je saurais même pas me définir, je compose, je rappe, j’essaye de faire des bonnes chansons, transmettre des émotions.
Teobaldo : T’as ce côté self-made-man.
Zekwe : Un peu. Tu me fous en studio tout seul pendant un mois, c’est bon. Y’a d’autres trucs pour lesquels j’ai besoin d’aide : la communication, l’image, les visuels, les clips. Mais c’est vrai que dans un studio, je fais tout, de l’instru à la réalisation.
Teobaldo : Ça t’a jamais tenté de passer du coté de l’image ? Réaliser des clips, etc.
Zekwe : Si, ça me tente beaucoup. J’ai les idées, j’ai beaucoup d’idées, mais il me faudrait une équipe technique. Parce que reprendre tout un travail technique, se former là-dedans … c’est comme si tu me disais de repasser le bac, je te dirais d’aller te faire enculer. Y’a plein de petits trucs à connaître qui ne s’improvisent pas, genre la lumière … Regarde les clips de rap français, c’est toujours la même chose : les mecs sont face à la caméra. Les cainris, ils sont jamais face-caméra, y’a des angles différents, etc. Y’a beaucoup de mecs qui adaptent les codes du cinéma aux clips en fait, c’est fait proprement, mais ils ont pas les codes qu’il faut. Les ralentis, les effets, les angles … c’est ça qu’il faut apporter.
Quelques jours après la sortie de son deuxième album, Itinéraire Bis, nous avons rencontré Flynt. Un long entretien (3 heures) retranscrit intégralement, l’occasion d’évoquer Alchemist, Youssoupha, Booba ou encore Félina.Lire la suite « Interview : Flynt (partie 1/3) »→