L’album de PNL, c’est le feu

30 Novembre 2014

– « Tu connais PNL ? Non ? Tu devrais t’y intéresser, c’est très bon
– Ouai, là j’écoute l’EP de DJ Weedim, mais je vais y jeter une oreille ».

16 Janvier 2015

-« Alors, t’as écouté PNL ?
– Nan là je suis à fond dans l’album de Joe Lucazz, mais juste après j’écoute ton PSF là
– Nan, PNL
– Ouai, si tu le dis »

25 Février 2015

-« T’as toujours pas écouté PNL ? Y’a de nouveaux extraits de l’album en ligne et …
– Attends frère, je viens de recevoir le nouvel album d’Ali »

19 Mars 2015

– « L’album de PNL est sorti !
– Ah ouai … Mais l’EP de Riski il défonce, nan ? »

2 Avril 2015

-« Tu devrais vraiment écouter Que la famille, il défonce.
– Ouai, j’finis mon article sur Alkpote et je l’écoute »

8 avril 2015, 15h57

– « Bon, je lâche l’affaire, tu veux pas les écouter, c’est dommage pour toi.
– Ok, vas-y, je viens de le télécharger, je presse play. »

8 avril 2015, 15h58

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8 avril 2015, 16h02

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8 avril 2015, 16h10

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8 avril 2015, 16h31

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L’album « Que pour la famille » de PNL est dispo sur itunes et la plupart des plate-formes de téléchargement légal ou illégal. Faites pas comme moi, allez l’écouter tout de suite. Vraiment, c’est le feu.

Et puis, la cover défonce :

Cover

Des clips :

 

D’autres clips ici.

La nouvelle trap d’Orléans | Dosseh – Pérestroïka (chronique)

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Impossible de passer à côté de la sortie d’un album annoncé depuis au moins 2 ans. Ce n’est plus un secret pour personne, je suis assidument la carrière et l’évolution de Dosseh depuis la première claque que j’ai reçu en écoutant la compilation One Beat. J’ai tout de suite été frappé par deux points forts chez Dosseh : son écriture et son interprétation de ses textes. Du coup, j’ai suivi d’un œil inquiet son évolution vers la trap ces derniers mois. Je n’ai rien contre, en soi, mais je trouvais dommage de ne pas plus mettre en avant son écriture, notamment sur les premiers extraits de la tape. D’autant qu’on se rend compte que certains sites (et une partie du public) ne semblent pas connaitre son parcours, et se permettent du coup ce genre d’irrespect digne de Morandini :

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C’est donc avec inquiétude que j’attendais la sortie de cette mixtape, en préférant les hors séries balancés régulièrement sur Youtube plutôt que les extraits officiels, notamment l’excellente reprise du sample de Nirvana qui méritait largement sa place dans l’album.

Malgré ces a priori, cette mixtape est une excellente surprise : les extraits étaient simplement en deçà du reste de la galette. Mention spéciale à Scarla, Yuri Negrowski et surtout l’excellent L’Age de nos Actes. D’ailleurs, on pourrait presque faire un article entier dédié à ce morceau aux ingrédients qui rappellent une certaine idée du rap de la fin des années 90. Première réussite : cette prod de Redrum, avec ces sonorités asiatiques, cet extrait de film culte des années 90, et cette jolie boucle d’Eric Clapton à la toute fin. Tout en gardant un flow et une écriture actuels, Dosseh explicite clairement le changement lié à ce premier projet, et en profite pour rappeler qu’il n’a plus le temps de jouer. Ce morceau est d’ailleurs une véritable pause avant un enchainement de bangers. Des titres moins variés, avec moins de prises de risques, qui ne mettent pas en avant le talent d’écriture du bonhomme. En gardant en tête une certaine indulgence, due format du CD (mixtape, et non album), et certaines attentes concernant les prochaines sorties, on attend pourtant beaucoup plus de la part de Dosseh. Espérons que les critiques positives autour des hors-séries l’inciteront justement à partir sur plus de variété sur l’album prévu en fin d’année.

5e6dad0a5ca3855f28f582bb9d780a0a.960x932x1Autre conséquence positive suite à cette première sortie signée : la perspective de le voir enfin tourner sur scène. Avec plus 10 années passées en indé, les dates de Yuri sur scène se comptent sur les doigts d’une main. L’occasion idéale pour voir si les bonnes choses entendues sur CD se confirment sur scène. D’ailleurs, lui même le disait dans une interview au Blavog : « c’est sur scène qu’on voit réellement si un artiste procure les même émotions que sur CD ». La seule réelle crainte sur cette tournée annoncée, c’est qu’elle soit trop focalisée sur la mixtape, alors que Dosseh compte des tonnes de titres qui mériteraient une vie sur scène : Igo, 1001 questions, Prototype, Aigle Royal, Mon Gang …

Si le public est maintenant ouvert à la trap, avec -notamment- les succès de Kaaris ou Gradur, il faut reconnaitre que Dosseh emmène le genre à un autre niveau, garce à sa qualité d’écriture toujours intacte. Passée la crainte, et la petite déception des premiers extraits, on se fait finalement plutôt bien à l’évolution de l’artiste. Pérestroïka est une bonne nouvelle de plus pour le rap français en ce début d’année. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, Summer Crack 3, nouvelle mixtape gratuite, est déjà annoncé pour cet été … avant la sortie de l’album en fin d’année. Si on n’avait pas peur de paraitre trop exigent, on ne s’en contenterait pas et on réclamerait la suite de Karma.

 

 

Mido Ban

Riski : Matière noire et puzzle de pensées

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Je pense qu’on peut analyser la musique avec une tonne d’outils différents et avec plus ou moins de pertinence, mais ce qui compte au final, ce sont les émotions qu’elle créé. Je pense que la musique de Metek créé des émotions incroyables sur une palette de couleurs qui va du rouge au violet en passant par le vert.
Je pense que Tony Soprano et James Gandolfini sont la même personne. Je pense que cette personne a continué à vivre sa vie après cet écran noir de 6 minutes, et qu’elle est morte d’une crise cardiaque à Rome le 19 juin 2013.
Je pense que Metek, a pris énormément de risques artistiques sur un laps très court de 5 pistes. Je pense qu’il s’en bat les couilles et je pense qu’il a complètement raison de s’en battre les couilles.
Je pense que Metek, qu’on appelle maintenant Riski, s’en bat également les couilles de savoir s’il fait du rap ou autre chose. Je pense qu’il fait de la musique instinctivement, comme il la sent sur l’instant, sans se demander si quelqu’un comprendra ce qu’il a voulu faire. Je pense que chacun peut comprendre ce qu’il veut dans la musique comme dans la peinture, et donc dans l’art en général. Je pense que c’est particulièrement vrai dans la musique de Riski.
Je pense qu’on peut considérer ça comme de l’art ou comme de la branlette d’auditeur de rap.
Je pense qu’un Kaaris x Riski ce serait super frais, au moins autant qu’un Alizée x Riski. Un Kaaris x Riski x Alizée serait encore meilleur, mais que ça évoquerait beaucoup trop de fantasmes trop avouables à mon pote Vincent Galand. Je pense qu’on devrait avoir le droit de dédicacer ses potes dans les chroniques d’albums comme le font les rappeurs dans les livrets de leurs albums, quand ils ont la chance de pouvoir les sortir en physique et pas uniquement dans un format dématérialisé volatil sur bandcamp.
Je pense qu’il importe peu que la vie dure 20 ou 100 ans. Peu importe que Matière Noire dure 18 minutes ou un million. Une vie bien vécue en vaut 100. 5 titres réussis en valent 1000.

Riski - matiere noire UNE CAPTCHAMAG
Je pense que la drogue pure a des effets beaucoup trop forts et trop naturels pour un junkie habitué à consommer de la merde synthétique coupée. Je pense que Matière Noire est un concentré beaucoup trop fort pour un amateur de musique diluée.
Je pense que Matière Noire est un disque extrêmement difficile à appréhender si on a une quelconque attache au monde réel. Je pense que Matière Noire est le meilleur disque du monde pendant les dix-huit minutes qu’il dure, à partir du moment où l’on a compris que la musique n’était que la mise bout à bout d’un ensemble de vibrations d’ondes invisibles et intangibles.
Je pense qu’en 2017 on va encore bien se faire baiser. Je n’ai jamais voté de ma vie et je pense qu’un EP 5 titres réussi peut m’apporter cent fois plus de bonnes choses que 100 politiciens de droite, de gauche ou d’ailleurs.
Je pense que Riski, anciennement Metek, n’est pas le rappeur le plus fort du monde, ni le plus technique, le plus fou, ou le plus impressionnant. Je pense qu’il a quelque chose d’incroyablement unique, que n’a absolument personne, en France. Je ne sais pas ce qu’est cette chose, et je pense que ce serait une erreur de chercher à comprendre ce que c’est. Je pense que le jour où on cherchera à comprendre ce qui fait la singularité d’une chose si instinctive, on finira comme Benjamin Chulvanij : riches mais pas plus fiers qu’un patron de supermarché.
Je pense que Riski ne se pose pas la question de savoir s’il fait du rap ou autre chose. Je pense qu’il fait de la musique, et que c’est tout ce qu’il faut retenir. Je crois que je l’ai déjà dit un peu plus haut, mais je sais que ça n’a pas la moindre importance. Je suis enrhumé et le week-end n’est que dans une trentaine d’heures, mais hamdullah. Il y a des choses plus graves dans la vie, et si l’Etat Islamique veut vraiment faire sauter la tour Eiffel, il va leur falloir un super grand trampoline.
Je pense que Bad Cop Bad Cop est un label minuscule qui fait un travail gigantesque.
Je pense que les juifs noirs qui font de la musique sont peu nombreux. En fait, je n’en connais que deux : Riski, et Sammy Davis Junior. Je pense qu’il devrait y avoir plus de juifs noirs dans le monde de la musique. Je pense que s’il n’y avait que des Riski et des Sammy Davis Junior, notre environnement sonore serait submergé de bonnes vibrations.

Butter Bullets – Memento Mori (chronique)

2015 démarre sur les chapeaux de roues. Le chapeau à 1 million de Joe Lucazz, le bonnet sur la tête d’Adebisi, le lapin mort sous le chapeau d’un magicien défoncé à la coke. Après No Name, premier chef d’œuvre de l’année -auquel Sidisid et Dela ont participé avec les prods de Gatsby et Pharell-, nos deux nécromanciens dévoilent la fabuleuse folie planquée depuis deux ans sous leur couvre-chef.

Qu’est ce que la nécromancie ?  Une pratique occulte qui consiste à parler aux morts afin de prédire l’avenir. Sidisid parle bien à un public mort -ou, au mieux, comateux-. Pas de temps à perdre au milieu des vivants, « c’est du rap pour les pompes funèbres« .Mais à la différence du nécromancien classique, c’est lui qui annonce l’avenir et répond aux questions qu’il pose. « Quelle heure est-il ? L’heure de faire de l’argent« .butter bullets

Absent de la tracklist, mais planant sur Toute la nuit, Doc Gynéco est le premier mort appelé à participer à la fête. Pas le Gynéco quarantenaire, bedonnant et si peu neuronné, que l’épreuve du temps nous a laissé sur le bas-côté d’une route à peine goudronnée et même plus éclairée. Non, ici Butter Bullets rappelle le spectre du Gynéco insolent d’une Première Consultation aussi marquante que la première fois d’une jeune fille de quinze ans -qui ne dira rien à ses copines pour que tu ne dises rien à ses parents. Ce Gynéco mort, déjà rappelé de son Nirvana sur Peplum, retrouve ici le rôle de Celui qui vient chez toi (quand tu n’es pas là), et dans cette cuisine Mobalpa, qui, quinze ans plus tard, sent toujours les spaghetti. La tequila de Bruno est devenue un bon douze ans d’âge, et si Gynéco la jouait discrète « tu ne me connais pas, ta femme me connait« , notre White Pimp C joue de sa petite notoriété : « Tu lui diras, c’est Sidisid, tu sais, Titanic« . Un grand gamin, qui, une fois de plus, s’amuse avec la mort : « j’aime la roulette russe« . Nouvel hymne au suicide (et nouvelle filiation avec le Nirvana de Bruno), 123457 est une déclaration d’amour au repos éternel, une glorification enchanteresse de l’auto-homicide volontaire. Plus que ta femme, la Grande Faucheuse est la meilleure amante de Sidisid et Dela. Plan à 3, étalé sur 18 pistes, et tourné comme un bon gros porno hardcore, avec gros plans et ralentis en screwed and chopped disséminés tout au long de ces 70 minutes de pellicule.

70 minutes, c’est facilement 20 de plus que la plupart des albums qui sortiront cette année. Un exploit qui n’a d’intérêt que si quantité rime avec qualité. Memento Mori est un disque dense, avec pour seuls temps morts MOR -interlude instrumentale torturée qui fait le lien entre le concupiscent Toute la Nuit et le retentissant Olivier Machin– et 14 avril -date de collision entre le Titanic et son slim Icerberg-, outro hypnotisante pianotée par un virtuose du XXIème siècle.

 

Rare pic of Sidisid
Rare pic of Sidisid

« Musique rap, rap, musique de merde« . Sidisid méprise le rap français (« l’rap c’est rempli de tapettes et de pédés« ), une musique qui « fonce droit dans le mur, comme Diana« . Alors, Docteur Sid s’emploie à sauver ce qui peut encore l’être. Sadique, il l' »opère comme dans Hostel« . Comme pour imposer leur vision torturée de la musique, Young Sid et Jérémie Dela découpent, tailladent, transforment et dénaturent les sonorités qui osent s’approcher trop près de leur centre gravitationnel. « Oh rap français, si tu savais tout le mal que je vais te faire » … Le Marquis de Sade fait groupe de rap, quelque part entre Leopold von Sacher et Joffrey Baratheon. Lyricisme cruel et vicieux, mais pas seulement. Du grain de voix nasillard et nazillon de Sidisid, aux ambiances funestes distillées par Dela, en passant par l’interprétation perverse des morceaux, tout, dans la musique de Butter Bullets, est démoniaque. Écoutez ce « Coucou c’est nous, comme Christophe Dechavanne » (Pimp C). Il aurait pu sonner gay, ridicule ou cocasse, avec tout autre rappeur. Ici, il sonne diabolique. Butter Bullets est le serpent, la pomme, et le pêché originel. Quand Sidisid et Dela sont en studio, Belzebuth est le troisième larron.

« Même devant les portes de l’enfer, j’roule un petit bédo« . Qui mieux qu’Alkpote -« le nouveau Doc Gynéco« – pour escorter des âmes perdues vers le précipice ? S’il n’a pas l’impact incroyable de Chiens, Prêt pour la guerre est une nouvelle preuve de l’excellence du binôme Alk-Sid. Les deux dévoreurs d’âmes se nourrissent l’un de l’autre -en toute hétérosexualité, attention- et nous font regretter un peu plus l’existence avortée du projet Ténébreuse Musique. Beaucoup, beaucoup moins prévisible, l’association Lalcko-BB est l’exemple parfait de ce que doit être une collaboration entre un pur lyriciste et un trappeur axé sur la technique. Sans que ni l’un, ni l’autre, ne dénaturent leur travail, le rapprochement se fait, et ce passage de témoin, où chacun répond dans son style, vaut son pesant d’or : « Ils disent que Colal dans un stud’, c’est comme Sarkozy à l’Assemblée / Resserrez vos cravates, on va carotter, on va faire du blé / J’suis un hustler, je sais que même dans les pâtes y’a du blé » (Lalcko) ; « Ils disent que Sidi dans un stud’, c’est comme Dominique au Sofitel / Desserrez vos ceintures, on va faire du sale, on va vous faire mal / J’suis un hustler, tu sais que même dans ta chatte y’a mon nez » (Sidisid)

Troisième featuring, et troisième ambiance : Zekwe. Sur Mademoiselle, l’ambiance est salement romantique, ou romantiquement sale. Éloge de la muse en Louboutin, Mlle aurait aisément pu figurer sur Seleçao 2, bien calé entre Premier Metro et La fille d’à côté. Prod douce et envoutante, punchlines ramossiennes (« Crache le maximum de fois avant que ta femme revienne« , « transforme vite ton RSA en RS4 si tu veux que cette garce écarte les pattes« ) … La grande qualité de Butter Bullets, c’est de savoir s’adapter aisément au style et à l’univers de chaque invité. Un mimétisme impressionnant, qui atteint, forcément, son apogée, quand Gangsta Boo entre en scène. Car après Project Pat sur Peplum, nos deux compères continuent de se faire plaisir, en collaborant avec un autre membre notoire de la Three 6 Mafia. Si l’ambiance des rues et cimetières de Memphis tend à planer sur la globalité de l’album -voire même sur toute la discographie récente du groupe-, on sent Young Sid et Dela véritablement investis à faire les choses en grand dans 12345666, affublés de leurs meilleurs masques de clowns-tueurs.

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« Place aux jeunes, c’est pas mardi-gras« . Olivier Cachin, pauvre victime de l’un des meilleurs titres de Memento Mori, n’appréciera certainement pas ce refrain tout en adlibs, ni cette prod un brin minimaliste. Pourtant, si l’on fait fi du thème et des paroles, Olivier Machin est une démonstration. Dans l’interprétation comme dans l’ambiance, tout est incroyablement maitrisé. C’est une tendance générale sur cet album : le savoir-faire du duo a gommé un à un chaque défaut de l’opus précédent : les prods paraissent moins saturées, les rimes faciles ont été mises de côté, et la direction artistique est parfaitement définie, sans faux pas, de la première à la dernière piste. Butter Bullets, après un parcours hors-normes, arrive enfin à maturité.

Car comme Cell, BB est passé par plusieurs stades. De Tekilatex et bonbons colorés à Alkpote et pilon bien gras, la mue est achevée. Un à un, Sidisid a absorbé l’âme et les pouvoirs de chacun de ses invités. Avec sa queue. Comme Cell. Mais toujours en toute hétérosexualité, et j’insiste, parce que c’est important. Quelques années en arrière, Sidisid aurait pu passer pour un vulgaire Marc-Olivier Fogiel du rap, avec cet air hautain et moqueur. Ou pour un Lorant Deutsh en Ralph Lauren, avec ses références à Louis XVI et Marie-Antoinette. On n’aurait pas pu éviter des comparaisons foireuses avec Orelsan, un blanc qui parle de sa bite, Seth Gueko, un blanc qui parle de sa bite, ou Jul, un blanc qui chantonne sous autotune. Aujourd’hui, Sidisid se présente comme le Pimp C blanc. Pimp-Sidisid. On n’oserait même pas le contredire. Paris n’est pas Memphis, mais les vices et les cimetières sont les mêmes.

Butter Bullets n’est qu’amour pour l’argent, les trucs rasés à blanc, les moteurs allemands. Les tickets de métro, les petites shneks et les gros chèques. Louis XVI et Stanley Kubrick, Ghostface et les taspé lubriques.
Butter Bullets, c’est l’odeur de la mort et l’amour du trépas. Rien de sinistre … A la limite, peut-on y voir du cynisme. Butter Bullets, c’est le nouveau romantisme. Souviens-toi que tu vas mourir. Memento Mori.

 « Si tu me cherches, j’suis au dessus du soleil, toujours en Ralph Lauren »

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Je ne trouve rien à dire sur le nouvel album de Karlito

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Karlito, c’est ce mec dont tout le monde connait le nom, dont peu de monde sait réellement qui il est, et dont encore moins de monde l’écoute.

Syntaxiquement, je ne suis pas certain de la justesse de cette première phrase. En revanche, je suis bien certain de ce que j’avance : vous etes bien peu nombreux à avoir pris la peine d’écouter Impact, son deuxième album solo. Alors j’ai voulu chroniquer ce CD, parce que c’est vraiment un bon produit, et que pousser trois ou quatre personnes à découvrir de la musique de qualité, c’est une des seules raisons qui me poussent à maintenir une activité sur ce site qui ne me rapporte rien. Le problème, c’est que je ne trouve vraiment rien à dire.

Impact est sorti lundi 12 janvier, le même jour que Requiem et No Name. Difficile de ne pas passer inaperçu, avec une telle concurrence. Pour faire court, Impact n’est pas aussi follement exceptionnel que No Name, mais est incroyablement moins décevant que Requiem. Il faut dire qu’il était moins attendu par le public rap français, qui prend toujours bien soin de citer Lino, Lalcko ou Flynt quand on lui parle de lyricisme, mais qui ignore invariablement l’existence de Karlito. Il faut reconnaitre que le boug ne fait rien pour rappeler au monde qu’il est toujours en vie, puisque ses apparitions depuis 2005 peuvent se compter sur les doigts d’une main. Le « secret le mieux gardé du rap français » avait finit par devenir un véritable mystère, une légende qui commençait même à s’effacer de la mémoire des anciens.

Généralement, quand on ne sait pas quoi dire sur un album, on commence par le comparer au précédent projet de l’artiste. Concernant Karlito, Contenu sous pression date de 2001. Porté par les prods de DJ Mehdi, l’orlysien survolait ces douze pistes avec une véritable aisance, livrant un premier opus solo marquant, qui semblait annoncer une belle carrière. Collectif, il avait alors choisi de mettre ses talents au service de ses compères de la Mafia K1fry, en épaulant tour à tour Rohff, Manu Key, et Intouchable, avant de quasiment disparaitre des radars jusqu’à aujourd’hui. Que vaut donc Impact face à Contenu sous pression ? Difficile de dire que ce nouvel album est intrinsèquement moins bon que le précédent. L’analyse est rendue difficile par les évolutions récentes de la tendance rap français. Alors que Contenu sous pression était un disque parfaitement ancré dans son époque, Impact semble lui appartenir à la décennie précédente -voire même celle d’avant-. Mais Katana, notamment, a prouvé l’an dernier que l’on pouvait encore surprendre et taper pas mal de monde avec des sonorités presque boom-bap.

Impact n’est donc pas un album très moderne musicalement. Pas obligatoirement un mauvais point, mais simplement un handicap certain dans la course aux auditeurs. Continuons le remplissage de cet article. Deuxième méthode basique pour décrire un disque : qualités et défauts. Du coté des qualités, la première chose qui vient en tête quand on parle de Karlito, évidemment, ce sont les lyrics. De ce point de vue, le MC n’a rien perdu de son talent, et envoie une flopée d’images fortes enveloppées dans une prose toujours aussi raffinée. Introspectif et réfléchi, mais jamais conchiant ni pompeux, Karlito est un vrai écrivain de la rue. Son univers, toujours collé au bitume, avec ce coté lascar à l’ancienne, correspond parfaitement à l’ambiance musicale un peu « 90’s streets », alternant moments sombres et moments légers. Attention tout de même à ne pas tomber dans la caricature du « tout lyrical » : Karlito a travaillé ce flow un peu rugueux et cassant qui lui avait été reproché en 2001, et sa maitrise, sur ce point, est indéniable. Quelques coups de génie, notamment ce O’Dog Psycho, bourré de références et d’analogies judicieuses au mythique Menace II Society.

karlito impact civerCoté défauts, citons ces refrains trop souvent indigestes, qui rendent certains titres étouffants malgré des couplets réussis. Ces refrains, c’est en fait LE gros défaut d’Impact. Karlito a probablement cherché à intégrer un brin de musicalité pour ne pas s’enfermer dans un album trop rigide, mais la démarche n’a pas l’effet escompté. Au final, le verre est n’est qu’à moitié plein. Même réflexion concernant les featurings : si Rocé et Dry sont excellents et apportent une vraie plus-value (A la kiss et Affranchis sont d’ailleurs parmi les meilleurs pistes de l’album), Ruff D et la petite meuf dont j’ai oublié le nom font des apparitions plutôt irritantes et dénotent avec l’impression d’ensemble.

Impact n’aura pas l’impact (ok, elle est facile celle-là) de Contenu sous pression, et restera probablement un album assez confidentiel. S’il n’est pas exempt de tout reproche, ce second projet solo de Karlito mériterait tout de même que du monde s’y arrête. Les amoureux de lyrics y trouveront de quoi s’extasier, les puristes apprécieront ce retour aux fondamentaux, et la nouvelle génération gagnera à découvrir un artiste qui a marqué, dans l’ombre, une grande époque.

EDIT : Certains me font remarquer à juste titre que j’ai complètement zappé la période Ozas de Karlito. C’est un oubli inconscient, mais quelque part vous pouvez aussi remercier ma mémoire sélective de faire comme si ce projet n’avait jamais existé.

Mais pourquoi le nouvel album de Lino est-il si décevant ?

Je ne l’ai jamais caché, je suis ce genre d’auditeur qui considère un pet de Lino comme un coup de génie lyrical. Un Radio Bitume à moitié terminé et sans le moindre mixage avait suffit à m’achever, c’est donc peu dire que j’attendais Requiem comme d’autres attendent Detox. Et logiquement, plus hautes sont les attentes, plus dure peut-être la déception. Alors qu’il était appelé à devenir au minimum le meilleur album de l’année, Requiem n’est devenu que le troisième meilleur album de la journée du lundi 12 janvier 2015, derrière Joe Lucazz et Karlito. Requiem a fait de moi un auditeur déçu, voici pourquoi.

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N’y allons pas par quatre chemins : le véritable suicide commercial de cet album, c’est la direction artistique. Clairement LE gros défaut de Requiem. Lino est fort. Lino est exceptionnel. Mais Lino rappe sur des instrus qui ne ressemblent à rien. J’ai lu un mec dire sur twitter « la plume de Lino avec les prods de la Team BS« . C’est terrible à dire, mais c’est putain de juste. La moitié de l’album pue juste clairement la merde. C’est arbitraire, mais il n’y a pas besoin du moindre argument. Lancez juste l’écoute de 7 milliards sous le ciel, ou De rêves et de cendres, et dites moi que Sindy et Fababy n’auraient pas leur place là-dessus. Bien sur, Lino reste bon quoi qu’il arrive, il ne va pas perdre son talent d’écriture uniquement parce qu’il pose sur de la soupe. Mais musicalement, ces morceaux sont simplement inécoutables. « Dites aux trentenaires qu’ils peuvent rallumer la radio » … non, Bors, ce type de son parlera à une lycéenne, pas à un père de famille. On sait bien qu’il faut des titres avec une petite meuf sans âme au refrain pour tourner en radio et vendre des disques, mais après Suicide Commercial, ça semble presque ironique.

requiemEt c’est malheureux, parce que cet album comporte tout de même son lot de grosses frappes. Le Flingue à Renaud, Choc Funèbre, Ne m’appelle plus rappeur, Narco (je reconnais que l’idée de reprendre La bicrave est dans ma tête est fabuleuse) … Cette tracklist est composée comme une putain de montagne russe : une frappe atomique, un son de merde, une frappe atomique, un son de merde, une frappe atomique, un son de merde. Au final, Requiem est l’album le plus frustrant depuis une décennie. Quand on sait ce dont Lino est capable, on a l’impression de le voir tirer à blanc avec un M16.

Ce dont Lino est capable, c’est peut-être bien le fond du problème. Depuis bon nombre d’années, on se tue à dire que Lino donne de la confiture à des cochons, tellement il est bon, et tellement le public suit peu. Alors, soit il a voulu se mettre au niveau du public, en descendant d’un cran, soit on en attendait trop de lui. Peut-être aussi qu’à force de s’entendre dire qu’il était si exceptionnel, il s’est installé dans un certain confort. Difficile de se remettre en question quand tout le monde est sur ta bite. Du coup, si on excepte le thème de Suicide Commercial, aucune prise de risque. Requiem est un album convenu et balisé, qui ne sort jamais des clous. Ce coté très solennel qu’on a parfois beaucoup aimé chez Bors devient ici handicapant tant il est omniprésent. Piano-violon, piano seul, chœurs, samples de musique classique … C’est triste à dire, mais on se fait chier.

Lino mise énormément sur sa plume, forcément. Comment pourrait-il en être autrement ? Le premier problème, c’est qu’elle ne peut pas tout le temps faire toute la différence à elle seule. Le second problème, c’est que même cette plume, aussi exceptionnelle soit-elle, n’arrive plus à nous surprendre. Chaque texte est parfait, à la syllabe près. Ce n’est pas un grief -ce serait un comble !-, mais une piste de plus. La perfection n’est pas humaine. Un peu à la manière d’un Messi ou d’un C.Ronaldo dans le monde du football, à qui l’on ne peut rien reprocher d’autre que le manque d’émotions procurées par leurs performances hors-normes, on peut se demander si Lino n’est juste pas trop déshumanisé. Requiem est LINO_aka_Mr_BORS_by_shaolinblediaun disque sans émotions. Et même l’habituel lot de punchlines de Monsieur Bors manque d’impact. Les punchs sont bonnes, excellentes, même. Mais noyées dans un disque trop insipide, elles n’ont pas le même retentissement.

 

« La rue attend mon album comme Scarface 2« . Pour ma part, c’était le cas. Et j’ai effectivement l’impression d’avoir vu la suite de Scarface. Vous savez, cette suite rincée sur Playstation 2, avec Rohff dans la BO. Je dis beaucoup de mal de Requiem, et ça peut sembler exagéré. Ce n’est pas un mauvais disque. Il est juste terriblement handicapé par cette direction artistique catastrophique. Et si je n ‘en attendais pas autant, je considèrerais peut-être que c’est juste un album moyen d’un grand rappeur. Bien sur, j’avais eu quelques frayeurs, quand la tracklist a fuité : Youssoupha, Corneille, Zaho, Manon … putain, c’est dur. Je m’attendais à devoir zapper sans vergogne trois ou quatre pistes, disons que je considérais ça comme le prix à payer pour avoir douze ou treize autres bons titres. Le problème, c’est qu’en mettant de coté tous les titres fades, je me suis retrouvé avec un EP 6 titres sous la main. Allez, peut-être 7 ou 8, en poussant un peu. C’est bien maigre.

« J’monte trop haut dans leur estime, j’en viole l’espace aérien« . Du coup, t’es redescendu d’un cran. Le plancher des vaches est encore loin, t’en fais pas, ça doit te faire bizarre d’apercevoir le commun des mortels. Allez, Bors, on est prêt à oublier Requiem si tu nous sors une réédition masterisée de Radio Bitume.

EDIT :

Suite à la publication de cet article, j’ai été invité par l’émission de radio ‘Ca parle hip-hop’ pour un petit débat sur Requiem. A écouter ci-dessous, de 0’37 à 0’47 :

https://w.djpod.com/player/?podcast=caparlehiphop&id=103765

Joe Lucazz – No Name (chronique) | Joe est-il humain ?

La première fois que j’ai entendu Joe Lucazz, j’avais un duvet brun en guise de moustache, et pas de poils à la bite. Et surtout, la première fois que j’ai entendu Joe Lucazz, je me suis dit « putain, il sait pas rapper ! » mais en même temps je me suis aussi dit « putain, il rappe mieux que n’importe qui ! ». Un concept étonnant que Kery James a matérialisé quelques années plus tard avec le « j’rappe tellement bien qu’on me dit que je rappe mal » que personne n’a compris. Moi, j’ai compris : il parlait de Joe.

La première fois que j’ai entendu Joe Lucazz, je me suis dit « mais il est complètement off-beat, qu’est ce que c’est que ce bordel ? ». Puis j’ai réécouté le morceau, parce que quand même, je me disais « c’est le meilleur rappeur off-beat que j’ai jamais entendu ». Au bout de 3-4 écoutes, j’ai fini par comprendre que c’était le beat qui était off-Joe, et pas le contraire.

Suite à cette drôle de révélation, j’ai passé la moitié de ma vie à attendre un album de Joe Lucazz. Il y a eu des projets un peu disparates, en solo ou en groupe, avec ETA, Buffalo Soldiers, de Rencontre avec Joe à So Parano, et je crois que la moitié de la discographie de Joe Lucazz est composée de bootlegs compilés par Le Blavog. D’un point de vue purement honorifique, c’est mieux que d’être compilé par Booska-P, sauf si tu veux que des gens t’écoutent. Il y a eu aussi un nombre incalculable de featurings éparpillés, d’apparitions dans des compilations plus ou moins exposées, et puis de longues périodes d’absence où Joe était soit en prison, soit dans autre chose que le rap.

joe lucazz 1Vouloir décrire le style de Lucazzi, c’est comme vouloir définir avec certitude la position et la vitesse d’une particule quantique. Au-delà du fait de vouloir me la raconter, c’est une métaphore un peu pompeuse pour dire que c’est impossible, mais qu’on peut essayer, si on n’a pas peur de l’incertitude. Joe aime se définir comme un lyriciste. Quand on s’arrête sur ses textes, bien entendu, on ne peut pas lui donner tort, mais on se dit que c’est quand même un peu réducteur, et qu’il est bien plus que ça.

L’aspect vraiment frappant dans le Joe’s rap, c’est cette manière de punchliner. La plupart des rappeurs font de la punchline sur une mesure tout au plus, parce qu’ils se disent certainement qu’une phrase courte a plus d’impact. Ça suit un peu le principe selon lequel une droite bien balancée ne laisse pas le temps au mec en face d’esquiver. Joe, lui, fait ça sur plusieurs mesures d’affilée, et je crois qu’hormis Despo, et peut-être Lalcko d’une manière différente, personne ne peut prétendre faire durer aussi longtemps la punchline avant la retombée, sans prendre le risque de perdre l’auditeur en chemin.

Un exemple m’a particulièrement marqué l’année dernière, sur Marche Arrière, un morceau tiré de la compilation du Gouffre :

Si j’devais m’réincarner en objet ?
Sans hésiter j’dirais un glock 17, discret
Dans la poche d’un moins de 17

Déjà, là, c’est très fort. Non seulement d’un point de vue technique c’est une sacrée mise à l’amende, mais au niveau du sens, ça t’en met une sacrément violente dans le nez.
Sauf que c’est pas fini. Alors qu’il vient de t’en coller une de face, Joe, ne te laisse pas le temps de te relever, et t’en balance une derrière la nuque.

Attends j’ai mieux
Une grenade dans la bouche d’un juge ou d’un commissaire

Je pourrais remplir encore une trentaine de paragraphes à parler de Joe Bonhomme de Neige Lucazzi, mais 1. j’ai pas que ça à foutre, 2. ça ne servirait pas à grand chose. J’ai plein d’anecdotes, genre Joe & Cross se sont rencontrés sur les bancs de la Fac, ou l’avocat de Joe s’appelle Maitre Le Bras, mais Joe c’est pas Booba, on s’en bat les couilles de savoir s’il se déguise en Batman pour Halloween. Ce qui compte avec Joe, c’est ce qu’il envoie quand il entre en cabine.

Je ne vais donc pas m’amuser à détailler tout ce qui fait de No Name le meilleur album de 2015, quelles que soient les sorties à venir pendant les onze prochains mois. On pourrait parler des prods un peu intemporelles, des feats aussi peu nombreux que parfaits (Cross deux fois, parce que des collabs Cross-Joe dans un album de Joe Lucazz, c’est tout ce qu’on attendait, et Express Bavon, absolument PAR-FAIT sur Corner), recenser tous les thèmes abordés, ajouter un mot sur l’ambiance super posée et à la fois super brute … Ça ferait beaucoup de remplissage, et je pourrais être satisfait d’avoir écrit une chronique de plus de 3000 caractères, mais ici je suis pas payé donc cette phrase fera office de conclusion.

10 choses à retenir de l’album de Jason Voriz

1. Non, ce n’est pas un album de Seth Gueko

Difficile de présenter le personnage de Jason Voriz sans tomber dans d’inévitables clichés : rappeur français exilé en Thaïlande, amateur de tapins bon marché et de Jack Daniels, proche de l’écurie Neochrome, adepte de rimes salaces. Une description qui colle en tous points à celle de Seth Gueko, son alter-égo rapologique, omniprésent sur Brute Épaisse, que ce soit en tant que rappeur (3 pistes) ou en tant que réalisateur. Et comme si ça ne suffisait pas, l’autoproclamé « Professeur Punchline » est également présent sur la cover. On n’est pas face à un projet commun, mais la ligne directrice est clairement guidée par Seth. Alors forcément, avec deux univers si semblables, un tel rapprochement est logique, mais on aurait aimé voir Voriz un peu plus livré à lui-même.

2. En revanche, c’est bien un album Neochrome

L’ensemble manque donc un brin de diversité, d’autant que la quasi-totalité des prods sont signées Cody Mac Fly. Pour fuir la monotonie, on se réfugie donc dans les featurings. Hormis Seth, on n’est aucunement surpris de retrouver Alkpote et 25G, véritables piliers de l’écurie Neochrome. L’Empereur fait évidemment la différence à chaque apparition, et 25G surprend avec un style moins rentre-dedans qu’à l’accoutumée. Un peu plus surprenants, la présence sur la tracklist des noms d’Escobar Macson et Rim’K. Bien qu’on les ait déjà vu collaborer régulièrement avec Neochrome, on les imaginait mal mêler leurs univers à celui si particulier de Voriz. Pourtant, les connexions fonctionnent parfaitement, et permettent à Jason de diversifier un peu les ambiances. Plus tranchant et crapuleux avec Rim’K, plus énergique avec Escobar, on apprécie de le voir enfin quitter les bars thaïlandais et tenter autre chose.

3. Freko Ding’ !

C’est l’excellente surprise de cette tracklist : Freko Ding est toujours vivant. Et on le retrouve exactement comme on l’avait laissé, en mangeur de pierres for life, puant la rue au sens le plus strict, avec ce brin de folie dans la voix, cet instinct canin imprévisible qui dissuade toute envie de croiser le bonhomme dans une quelconque ruelle sombre. Au milieu des habituelles connexions Neochrome, on apprécie d’entendre un featuring presque improbable. Freko se fait malheureusement trop rare, et chacune de ses nouvelles apparitions est à apprécier comme il se doit.

4. Jason Voriz a vraiment une voix marrante

C’est vrai, il devrait faire des doublages de dessin-animés.

5. Il devrait aussi taper plus d’accélérations

Niveau flow, Jason Voriz n’est pas à proprement parler un génie : il pose correctement, bien sur, mais avec une petite tendance à la linéarité, ce qui, à la longue, crée une légère monotonie. Pourtant, le boug sait varier, et est notamment très bon quand il se lance des des flows à accélération. On aimerait donc l’entendre un peu plus souvent dans ce registre.

6. Les français exilés en Thaïlande sont complètement baisés

Jason Voriz nous avait déjà fait part de son amour pour les prostituées, de sa passion pour les massages avec finition, mais n’en avait visiblement pas fini avec la vulgarité grasse. Piste 3 de Brute Épaisse : « Gros seins« , et son refrain « grosse paire de seins, une grosse paire de seins, je peux tout donner si t’as une grosse paire de seins« .

7. La Fouine avait raison : avant l’enfer, y’a Pattaya

Bon, on n’a pas attendu Jason Voriz pour savoir que la Thaïlande était la résidence secondaire du Sheitan sur terre. Mais le rappeur confirme et entérine le constat : pour un européen exilé, Phuket et Pattaya ne sont que luxure, débauche et décadence. Rien d’autre à gratter. Résultat, Brute Épaisse baigne dans cette atmosphère un peu perverse, où les prostituées font cinquante kilos dont trente de silicone, et où l’alcool se consomme comme si toutes les sources d’eau potable étaient taries.

8. Voriz sait punchliner

L’influence de Seth Gueko sur Jason Voriz se ressent jusque dans l’écriture, avec cette structure faite d’une tentative de punchline par mesure. Forcément, ça ne fait pas toujours mouche, mais c’est tout de même moins forcé que chez Seth, et on note quelques phases vraiment pas piquées des hannetons (« ma bite dans la gorge t’as une pomme d’adam » ; « y’a plus de règles, comme ta mère qui a eu sa ménopause » …)

9. Si t’aimes pas Voriz, passe ton chemin

Premier long format solo réellement exposé, Brute Épaisse est un bon produit et une excellente carte de visite. Pour qui connaissait et appréciait déjà le style de Voriz, aucune surprise, aucune déception. En revanche, pour les hermétiques, nul besoin de vous attarder sur cet album : votre aversion pour le timbre rustaud du bonhomme ne sera pas guérie. Au contraire : plonger dans son univers pourrait provoquer un véritable rejet à vos esgourdes.

10. Conclusion

Brute Épaisse correspond à tout ce que l’on pouvait attendre d’un album de Jason Voriz : un bon petit produit qui confirme tout le bien, ou tout le mal, selon l’auditeur, que l’on pouvait penser du personnage. Pas d’extravagance directe, mais quelques noms ronflants en featuring viennent apporter leur petit lot de surprise. Brute Épaisse n’est pas l’album de l’année, mais mérite bien quelques écoutes.

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L’EP ‘Petits Meurtres entre amis’ de DJ Weedim est un véritable massacre

Le bon Mugen m’a devancé, et vous a présenté hier 15 bonnes raisons d’écouter Petits Meurtres entre amis, l’excellent EP signé DJ Weedim, en collaboration avec Aketo et Sidisid. Mais il existe encore de nombreuses raisons de l’écouter. Les voici :

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Je ne me suis jamais vraiment intéressé à Aketo. A l’époque de Sniper, j’avais 13 ans et un duvet noir en guise de moustache, et je me sentais trop ghetto pour écouter un groupe qui tournait sur Skyrock. Par la suite, j’ai toujours gardé cette image d’un Aketo gentillet, genre de rappeur grand-public, très loin de ce que j’ai l’habitude d’écouter. Son interview pour l’abcdr l’année dernière a été l’élément déclencheur. Non seulement j’ai trouvé le bonhomme sympathique, avec énormément de recul sur sa carrière et celle de son groupe, mais j’ai aussi été surpris par ses vrais bons gouts musicaux -Memphis en tête-, à des années-lumière de ce que j’imaginais, venant d’un ex-Sniper. Sur Petits Meurtres entre amis, Aketo se lâche complètement. Je débarque probablement quinze ans après la tempête, mais je me rends compte que c’est un vrai putain de bon rappeur, excellent techniquement, loin de l’idée « flow monocorde » qui m’était restée de Pris pour cible. mqdefaultConséquence directe du point précédent : sur Petits Meurtres entre amis, Aketo se lâche vraiment. Non seulement il fait le son qu’il aime, mais en plus, « ce genre de prod qui l’inspire » lui donne envie d’écrire « les pires saloperies ». Et niveau saloperies, Aketo n’est pas un débutant. Son image très lisse s’est légèrement fissurée il y a quelques années, avec une sextape mémorable en featuring avec Tunisiano et une groupie très vorace. De l’eau ayant coulé sous les ponts depuis, Aket s’en amuse enfin, et parsème l’EP de références pas cachées du tout à cet épisode : « J’ai même fait dans le porno, qu’est ce que je peux faire de pire ? J’suis un Sniper mais j’ai souvent du rectifier le tir » ; « Je me suis fait pépom comme Gucc’, mais c’était pas Nicki Minaj »

L’autre grand protagoniste de cet EP, c’est Sidisid. Évidemment, c’est toujours le même problème avec : soit on apprécie son style singulier et son timbre de voix particulier, soit on passe son chemin. Pour qui sait se rendre à l’évidence, aucun doute : Young Sid est clairement un des mecs les plus techniques du circuit. Le boug bouffe des influences à longueur de journée (« J’suis plus Pimp C, Trillshit, qu’Illmatic« ), les digère et les recrache, toujours en apportant cette sid-touch faite de références invraisemblables, d’arrogance sadique, et de satanisme ludique. Contrairement à Aketo, il n’a pas le souci de l’image lisse à défaire, et reste parfaitement fidèle à ce qu’il fait depuis quelques années. Son entente avec l’ancien-Sniper, aussi improbable puisse-t-elle être, fonctionne à merveille : on sent que les deux compères se butent au même son, naviguent sur les mêmes influences, et tirent tous deux dans la même direction.

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Juger le travail de DJ Weedim est une tache à la fois très simple, et très compliquée. Compliquée, parce qu’à la différence d’un rappeur, on ne dispose pas des mêmes critères-bateau pour l’évaluer : quantité de punchlines, qualité du flow, thèmes abordés … C’est très réducteur, mais au final, jauger le niveau d’un MC se limite souvent à ça. Pourtant, du moins concernant cet EP, la tache est très simple : les prods de Weedim sont absolument toutes excellentes, disposent d’une vraie identité commune, et l’ensemble est aussi lourd que cohérent. Au delà du simple travail de beatmaking, Weedim a assuré toute la direction artistique du projet, on sent que tout est pensé, et que chaque détail est tout sauf laissé au hasard. Comme un chef d’orchestre, il a dirigé chaque instrument, chaque back en off, chaque réglage d’autotune, chaque répétition, avec la minutie d’un horloger et la rigueur d’un dictateur allemand.classic-weedim

 

 

Quid des figurants ? La Weedim-family est nombreuse, et on prend plaisir à retrouver les habituels B.E.Labeu et Infinit, toujours efficaces, et surtout en parfait accord avec les thèmes abordés (oui, B.E.Labeu aime parler de drogue, ce n’est plus un mystère pour personne). On retrouve également Daddy Jokno, l’ex AfroJazz, dont on avait quasiment oublié l’existence, Nathy Boss, qui a bien grandit depuis Le son qui tue, et surtout, Alkpote. Si on connaissait déjà La Crise depuis un bon moment, on ne se prive pas d’un nouveau couplet sur l’excellent Grinder Remix, véritable pièce-maitresse de ce 9 titres. Cerise sur le gâteau, c’est lui qui conclu l’EP, nous gratifiant encore de quelques phases pas piquées des hannetons (« J’ai de l’herbe fraiche et des Kinder Délice« )

Un mot sur ce qui est, pour moi, le meilleur morceau du projet : Joeystarr. Déjà, le thème est fou. Ensuite, il est traité de la meilleure manière possible -comprenez : de manière complètement débile- avec punchlines dans tous les sens (« J’suis malin comme un singe, à la Joeystarr« ), jeux de mots aussi faciles que drôles (« J’ai toujours la dalle, comme Béatrice« ), et refrain très, très entêtant (« Chi-chi-chi-chicots en or, comme Joeystarr« ). Autre belle pièce de cet EP : Carolean, solo autotuné de Sidisid, dans un style romantique … à sa façon. En dehors de ce « Vanessa » moderne sous codéine, l’autotune est omniprésent sur Petits Meurtres entre Amis, et c’est franchement une très bonne chose. Pour qui est encore réfractaire à l’utilisation de cet outil, l’écoute de cet EP devrait, en toute logique, vous convaincre. Pour une fois, il n’est pas un simple accessoire censé combler les lacunes phoniques des rappeurs frileux, mais une véritable valeur ajoutée.

Pas de conclusion, fin de l’article.

Riski et moi

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A la base, j’avais pas prévu d’écouter Riski. Tout ça parce que, comme une bonne frange du rap-game, Metek s’était aventuré dans un tweetclash avec moi (mon amour pour les nazis est incompréhensible pour certains, soit). Je me suis dit « quel connard ce boug, jamais j’écouterai son album ». Le souci, c’est que ce connard rappe très bien. Alors forcément, quand la moitié de mes contacts est en sang sur sa dernière production, je finis par me dire que finalement, je vais peut-être y jeter une oreille. Surtout que les dernières sorties rap français ne m’enthousiasment pas le moins du monde. Après tout, si je n’écoutais que les rappeurs qui m’aiment bien, je n’écouterais plus grand monde.

http://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=3783729674/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=333333/artwork=small/transparent=true/

J’ai donc lancé l’écoute de ce Riski. Et merde, le produit est bon. Alors une fois l’écoute terminée, je l’ai re-lancée. Puis encore une fois, et encore une autre. Quinze, ou vingt écoutes plus tard, je ne sais toujours pas quoi en penser. Une position que Pure Baking Soda a parfaitement résumé : « dur d’oser donner un avis sur ce disque, il est tellement personnel« . La seule chose dont on puisse être certain, c’est que Riski est un très bon disque. La première remarque je me fais, c’est qu’après un nombre conséquent d’écoutes complètes, je ne suis pas lassé. Contrairement à une majorité d’albums récents, très bons, certes, mais qui saturent trop rapidement, Riskavi s’apprécie sur la durée, au fur et à mesure qu’il se découvre. En exagérant l’idée, on pourrait considérer Riski comme l’antithèse d’Or Noir. Or Noir tabasse dès la première écoute, met des grosses baffes à chaque mesure, mais tourne rapidement en rond une fois que la surprise est passée. Au final, on l’écoute de moins en moins au fil des mois. Un album consommé jusqu’à l’os, puis jeté parce que devenu incapable de nous surprendre.

Riski est donc tout le contraire : il faudrait un bon millier d’écoutes pour tout comprendre. Et encore, on pourrait y revenir dans dix ans, et capter encore un quelconque sens caché, une référence dissimulée sous l’herbe, une phase mal comprise pendant les 999 premières écoutes. Pour autant, ce n’est pas non plus un disque complètement inaccessible. Metek a eu la bonne idée de combiner ses textes ultra-personnels avec des mélodies extrêmement porteuses. Ça parait simple : le fond est travaillé, la forme aussi. Mais pourquoi tous les rappeurs ne font pas ça ?

Deuxième remarque : Riski est ce genre de disque intemporel, qu’on résumerait presque par un caricatural « ni old-school, ni futuriste ». Pas de boom-bap à la con, pas non plus de gros beats trap, d’adlibs dans tous les sens, ou de sur-abus de voix autotunées. Juste des refrains chantonnés, des couplets denses, un flow technique et quelques belles accélérations bien dosées. Merde, je vous jure que cet article n’est pas sponsorisé. Riski m’a complètement convaincu.

Tiens, à l’instant, mon collègue entre dans le bureau, entend le refrain de Payer tes dettes, et me lâche un « ça fait quinze secondes que je l’entends, et je l’ai déjà dans la tête. C’est qui ? Metek ? Connais pas ». Metek est peut-être un petit con sur les réseaux sociaux, mais le public français gagnerait à écouter sa musique.

Rien à ajouter.

A lire : une très très bonne chronique de Riski par Paperboys