Chronique : Ciro – Tasgall

Difficile de cerner Ciro. Rappeur qui déteste les rappeurs, pratiquant passionné de musique, suivant la sunna mais aussi la thuglife … le bonhomme semble naviguer entre les contradictions. Pourtant, en creusant bien, cette somme de non-sens ne semble que la résultante logique du parcours atypique du Normand, qui nous est conté partiellement dans Tasgall.

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9 projets en 3 ans

La première chose qui frappe chez Ciro, c’est sa détermination. Si les rappeurs en rotation possédaient la moitié de son opiniâtreté, nul doute que la musique française vivrait un âge d’or, loin de la prétendue crise du disque dont souffre atrocement Richard Branson. Double-album en autoprod (soit deux heures trente de son), plus un bonus gratuit de 22 titres, pour un total de 7 mixtapes et 2 albums en 3 ans seulement, rares sont les bougs capables de se vanter d’une telle productivité, sans aucune structure ni aucun support. A vrai dire, personne, en France, n’en fait autant. Car en plus de rapper, Ciro occupe absolument toutes les casquettes nécessaires à la production d’un disque : beatmaking, mix et mastering, mais également réalisation de ses propres clips, de ses photos et artworks promotionnelles … Considérons que les présentations sont faites, et parlons musique.

Trente-cinq titres, c’est beaucoup. L’occasion pour Ciro de faire le tour de toutes les facettes de son univers, et de sa personnalité. Et elles sont nombreuses. Car, comme tout rappeur, Ciro est complètement schizophrène. A l’instar d’un Housni, Kacim est capable de te certifier qu’il peut te sodomiser avec force et vigueur, puis de faire une déclaration d’amour à l’Islam, avant de traiter ta meuf d’avaleuse de sperme, puis de demander pardon à Dieu pour ses pêchés. Et franchement, pas besoin d’aller écouter les textes du bonhomme pour s’en rendre compte, un simple coup d’oeil à la tracklist suffit : « A3oudoubillah » et « Pute de femme » s’y côtoient, en toute décontraction.

« Etre cohérent, c’est se mutiler » (Clarice Lispector)

Mais au fond, un rappeur cohérent, est-ce vraiment cohérent ? Tasgall est un disque qui reflète en tout point son environnement et son époque. Un monde insensé peut-il inspirer un album complètement rationnel ? Au fond, Ciro a le mérite d’être sincère, et d’assumer chacun des pendants de sa schizophrénie. Après tout, « de l’homme à l’homme vrai, le chemin passe par l’homme fou » (Michel Foucault). Gageons que notre rappeur normand n’est pas encore au bout de son parcours, et que cette personnalité bigarrée, distendue et tiraillée, n’est que la latence d’un esprit rassi et averti.

Comme dit quelque lignes plus haut, trente-cinq titres, c’est beaucoup. L’avantage évident : pouvoir développer, étendre son discours, offrir le temps de présence nécessaire à chaque facette de son personnage. Le revers de la médaille, c’est justement le danger de trop se disperser. Parfois, un EP 8 titres, dense et bien ciblé, s’avère plus pertinent qu’un album complet, trop éparpillé, inconsistant et éthéré. Tasgall évite plutôt bien le piège, s’appuyant pendant 150 minutes sur un rythme varié mais soutenu, sans temps morts et sans écarts discordants. Sa véritable réussite, c’est la justesse avec laquelle sont distillés les featurings, tout au long des deux galettes. D’une part, en contribuant à l’homogénéité de l’ensemble, et d’autre part, en permettant à Ciro de souffler, en s’appuyant sur chacun des intervenants pour créer une diversité bienvenue, et ainsi éviter toute lassitude dans interprétation.

On pourrait citer chaque nom, détailler chaque featuring, mais retenons l’essentiel : l’uniformité des performances, la pertinence des collaborations, et enfin, la capacité de Ciro de tenir tête à n’importe qui, mic en main. On sent très clairement l’influence de Seno dans le flow de Kacim Cirovelli. Le emcee rouennais sait tout faire, et surtout, il sait varier. Accélérations, flow forcé, apathies dépressives … On peut ne pas apprécier le discours, la personnalité, ou les choix musicaux, mais personne ne peut dire qu’il ne sait pas rapper.

Un disque imparfait, mais abouti et réussi.

Une fois n’est pas coutume, l’homogénéité louée dans le paragraphe précédent s’avère peut-être le point le plus pénalisant de Tasgall : à force d’aligner les bonnes pistes, Ciro se maintient à un certain niveau, sans jamais passer la vitesse supérieure. Aucun son ne se détache véritablement de l’ensemble : on finit le disque avec l’impression d’avoir écouté trente-cinq bons titres, mais sans en retenir un en particulier. Le sentiment un poil frustrant qu’il manque un morceau-porteur, qui tire le reste du projet vers le haut.

Côté prods, quand on sait que Ciro fait tout lui-même, on en peut que saluer le travail accompli. De la superbe mélodie de Sarah’s Power, empruntée à Ludovico Einaudi, à l’énergique Blasphemy, gros travail sur le sample de Profondo Rosso (Goblin), Tasgall, une fois de plus, joue avec les nuances, oscillant entre beats dirty, prods puissantes, et complaintes fuligineuses. L’ensemble, peu enjoué, se veut sombre, plus teinté de noir et grisâtre que de couleurs fluorescentes. Ciro est misanthrope, pessimiste quant à l’avenir de la race humaine, et sa musique s’en ressent forcément. S’il était cinéaste, sa caméra se situerait à mi-chemin entre un David Lynch et un Nicolas Winding Refn.

Au final, que retient-on de Tasgall ? Parfaite carte de visite d’un MC polyvalent, ce double-album est à ranger dans la catégorie « hors-tendance ». Puisant allégrement son inspiration chez Tupac comme chez le Ghetto Fabulous Gang, Ciro crache sa haine et son dégout du monde, de l’homme, de la femme, et des modèles artificiels qui s’imposent en piliers fantomatiques d’une société qui n’a pas été construite pour lui. Bien meilleur que la majorité des productions actuelles, mais encore trop imparfait pour taper dans la case « classiques », Tasgall est assurément une galette qui mériterait plus de reconnaissance, et par extension, plus d’exposition.

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Seth Gueko – Bad Cowboy (chronique)

C’est l’été. Peu de sorties, peu d’actu, pas grand chose à se mettre sous la dent. L’occasion pour nous de faire du frais avec du réchauffé, en chroniquant ces albums dans les bacs depuis quelques semaines/quelques mois, et qu’on a pas eu le temps de chroniquer au moment de leur sortie. Zblex ! Lire la suite « Seth Gueko – Bad Cowboy (chronique) »

Critique ciné : Karma

Le film estampillé « rap français », cet étrange objet cinématographique, éveillant irrémédiablement la curiosité des auditeurs, et décevant presque immanquablement les attentes. Hormis African Gangster, un long-métrage qui, sans révolutionner le genre, et sans éviter son lot de clichés, parvient tout de même à tenir la route, les exemples à ne pas reproduire sont légion, de Comme un aimant à La Vengeance, en passant par Cramé ou l’insipide Conte de la frustration, à tel point qu’il est devenu commun de considérer Rap Intégral comme le « film avec des rappeurs dedans » le plus crédible.

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Karma se présente donc avec cette étiquette-rap, une particularité à double-tranchant. Le rappeur lambda, excellent lorsqu’il s’agit de jouer la comédie derrière un micro, devant un photographe, ou en interview, n’est pourtant pas réputé, à une ou deux exceptions près, pour sa maitrise de la méthode Actors Studio. Et si, effectivement, aucun protagoniste du film ne sera nommé aux Cesar, il faut reconnaitre que la partition est globalement très décente. Le manque d’expérience d’acteur de la plupart des interprètes du film ne se fait nullement sentir, et l’impression habituelle de textes récités et de regards perdus ne se ressent aucunement ici.

Les rappeurs présents

Dosseh : En tant qu’instigateur du projet Karma, il est logique que Dosseh porte le film sur ses épaules. C’est donc lui qui endosse le rôle principal, et force est de reconnaitre qu’il s’en sort avec les honneurs. Campant un personnage suffisamment travaillé, il a l’humilité de ne pas se donner le beau rôle, préférant jouer avec les faiblesses et les travers d’un jeune rappeur qui monte, mais qui joue sur plusieurs tableaux, et qui mange pas mal de coups de pression.

Escobar Macson : Peut-être bien le meilleur acteur du film. Son jeu froid, tout sur la retenu, est d’une pertinence et d’une intelligence tout à fait bienvenues, là où les non-initiés à la comédie surjouent quasi-systématiquement. Balançant les punchlines comme en studio (ou en interview), sa présence est un véritable plus. Mention bsahtek, félicitations.

Lalcko : Lalcko, il pourrait faire une pub pour les serviettes hygiéniques, il serait toujours crédible. Le mec a une aura, c’est comme ça, on y peut rien. Parfois tu l’écoutes rapper, tu comprends rien, c’est trop mystique, trop torturé, et malgré ça, tu te dis « putain il est trop fort ». Devant une caméra, c’est pareil. Le mec est là, il est loin, quoi qu’il fasse.

Bassirou : Pas le plus connu du casting, mais pas le moins déméritant. Si son personnage, manquant quelque peu d’épaisseur, n’est qu’un auxiliaire éventuellement dispensable, ce n’est nullement la faute de son interprète. Prestation propre et sans bavures.

Seth Gueko : Une seule apparition, pour une scène de quelques minutes, mais suffisante pour comprendre ce que vaut le Gueko. Forcément, c’est surjoué, mais c’est à l’image du bonhomme, et à la limite, il n’en fait même pas trop. S’appuyant sur un phrasé connu de tous, naviguant entre le patois, le raboin, le vieux françois, et d’autres influences linguistiques indéfinies, Seth s’éclate. On sent qu’en tirant moins le trait sur la caricature, il pourrait faire ça très bien.

Niro : Un rôle de guest, dans une scène qui ne semble là que pour pouvoir mettre en scène le rappeur de Blois, et afficher son nom au casting. Difficile de juger ses qualités ou défauts, le boug a une bonne tête de crapule, et on aimerait voir ce qu’il peut donner de bon avec un peu plus de présence à l’écran.

Sofiane : Anecdotique. Deux apparitions furtives, trois mots prononcés, là aussi, on sent qu’il n’est là que pour pouvoir être cité au moment d’attirer le spectateur.

"Si l'rap ça coule, j'fais des films pornos"
« Si l’rap ça coule, j’fais des films pornos »

Mise en scène et réalisation

Réalisé par Karim Meg (qui s’accorde d’ailleurs un rôle dans le film), valeur montante du vidéo-jeu français, plus connu jusqu’ici pour son travail sur des clips (La Fouine, 1995), et quelques bons travaux en stop-motion sur le skateboard, Karma se présente comme un produit au rendu très propre. Loin de la qualité disparate d’un film comme La Vengeance, la mise en scène est parfaitement cohérente, professionnelle de bout en bout. Et tout la crédibilité du projet tient dans cet état de fait : du cadrage au montage, rien n’est laissé au hasard. Et même si le manque de moyens se fait parfois ressentir (en guise d’exemple, notons qu’aucune mort n’est montrée directement, faute de possibilités en termes de maquillage, trucage, et effets spéciaux nécessaires), l’ensemble pourrait presque se vanter d’un certain cachet. Notons par ailleurs que le long-métrage a le bon goût de ne durer qu’une heure et quinze minutes, là où d’autres auraient tiré la corde pour grappiller un quart d’heure supplémentaire. On évite ainsi quelques longueurs qui auraient été malvenues, et malgré un ou deux temps morts, le rythme est maintenu jusqu’au bout.

Un scénario judicieux

992785_417434651688098_55525103_nMais le point crucial, celui qui fait passer Karma du statut de bon petit film, à celui de très bonne surprise, c’est la qualité du scénario. Pas que celui-ci soit particulièrement exceptionnel, captivant ou surprenant : dans un autre contexte, on aurait pu le considérer comme prosaïque et quelconque, limite insipide. Mais ici, il y a un élément particulier à prendre en compte : le lien vivace entre le film et son univers direct, à savoir le rap. Alors que le sujet est habituellement très inadéquatement traité (soit complètement mis de côté, en se contenant d’une bande-son rap –African Gangster, Cramé-, soit trop au centre de l’histoire –De l’encre, 8 Mile), il est ici parfaitement intégré à la trame scénaristique, et soulève même des questions aussi valables qu’appropriées, explorant la thématique « être rappeur (et donc tête connue) et dealer (donc voué à la discrétion) en même temps, est-ce possible ? ».

Alors, n’y a-t-il que du bon dans Karma ? Évidemment non, on ne fait pas sans son petit lot d’imperfections, de légères incohérences, et de raccourcis scénaristiques parfois un peu gros, surtout sur la fin. Mais l’ensemble n’en souffre aucunement, et l’addition des qualités du long-métrage pèse éminemment plus lourd que celle de ses défauts. Cerise sur la gâteau : la bande-son est excellente, bien qu’étonnamment peu marquée par les morceaux issus de la BO. Les sonorités sont souvent soul, donnant au film une ambiance clairement appréciable, et lorsque l’on entend enfin un peu de rap français, on ne peut que sourire en reconnaissant le timbre de voix de Booba époque Temps Mort.

Alkpote – Mazter Chefs Muzik vol.1 (chronique)

5 euros 99 mon salaud. Moins cher que ton paquet de clopes. Et c’est garantit sans substances cancérigènes.

Alkpote est productif. Depuis l’Empereur contre-attaque, l’aigle de Carthage n’a pas cessé de planer sur le rap français. Quelques mois seulement après l’excellent Neochrome Hall Star, il est déjà de retour, avec un projet sans grandes prétentions : Mazter Chefs Muzik volume 1. Seize titres, inédits pour la plupart, et quatre instrus. Parfait pour continuer à occuper le terrain avant l’été.

Monsters (Alkpote, Zekwe, Waybess)

L’entrée en matière est monstrueuse : sur une prod angoissante, Zekwe (présent au total sur 6 pistes) et Waybess viennent prêter main forte à Atef.  « Difficile monnaie, difficile life » : la singularité du label est réaffirmée une fois de plus. Les punchlines sont toujours aussi déglinguées, Atef maitrise toujours aussi bien son personnage décalé : « Si c’est Halloween j’mettrai le masque de Nina Roberts ».

Mongoldorak (Alkpote)

Premier extrait de la tape, Mongoldorak est un morceau difficile à appréhender : nombreux sont les auditeurs déstabilisés par le flow ultra-saccadé d’Alkputaindepote. Pourtant, il y a dans Mongoldorak tous les ingrédients du bon classique alkpotien : de la crasserie sexuelle (« j’fourre même des moches, cougars, vieillasses, camionneurs »), des phases complètement hallucinées (« un sachet de weed et un carré de kiri »), et une débilité génialement assumée (« on protège les bonnes sœurs tout comme Woopy Goldberg … salope ! »). Ajoutez à cela une prod hyper lourde signée Zekwe, un refrain entêtant, et vous aurez le morceau le plus écouté de ma playlist récente.

Kubiak frappe (25G, Zekwe)

« On reprend Tupac Back, on remplace par Kubiak frappe ». La recette est simple, le résultat efficace. La rage habituelle de 25G, le rappeur préféré de Fdesouche, à qui l’on reproche souvent son côté « je gueule au micro et tant pis pour tes oreilles » est ici assez contenue pour rendre le morceau agréable à l’écoute, même s’il dénote un peu avec le reste de la galette. Toujours aussi franchouillard, on l’aurait bien vu en feat sur l’album de Seth Gueko.

La France qui se lève tard (Alkpote, Joe Lucazz, Zekwe)

Que ça fait plaisir d’entendre un nouveau couplet de Joe Lucazz, « un Abd al Malik sous alcool ». Dans son style toujours atypique, sa présence est une vraie valeur ajoutée, le genre de guest qui fait gagner énormément de crédibilité à une digitape sans prétentions. Cerise sur le gâteau : Zekwe vient taper un coup de crampon dans la fourmilière de rumeurs qui entoure les raisons de l’incarcération de Joe : « il était bourré, il a touché les seins d’une keuf qui l’a contrôlé ». Lucazzi la légende !

Pas facile (Zekwe, Hayce Lemsi)

Prod festive, flows énergiques, bourrés d’accélérations et de variations bienvenues : une réussite de plus. Hayce Lemsi, pour sa seule apparition sur la tape, fait le taff. Avec un refrain chantonné entrainant, Pas facile est le genre de titre parfait pour s’ambiancer, pieds dans le sable, soleil sur la peau, GHB dans le verre de ta voisine de plage. Après cinq pistes, Mastez Chefs Muzik fait un sans-fautes.

Protège ta nuque (Alkpote)

« Protégez vos petites sœurettes » … non, La Fouine n’a pas été invité sur Mazter Chefs Muzik. Protège ta nuque s’inscrit dans le plus pur style alkpotien : instru sombre et sale et punchlines crasseuses (première phrase du morceau : « maintenant c’est l’heure de la sodomie »). Ce genre de son aurait parfaitement collé à l’ambiance de l’Empereur contre-attaque. Prendre des risques, varier, s’essayer à des nouveaux styles, c’est très bien, mais on apprécie qu’Alk n’oublie pas de revenir de temps en temps à du très classique, et à ce qui a fait ses premiers succès.

Douille pleine (Waybess)

On va pas te mentir : avant Mazter Chefs Muzik, on connaissait pas Waybess. Il se présente ici avec un égotrip très classique. Pas complètement fou, sans pour autant être mauvais ou insipide, le titre est à ranger dans la catégorie « pas grand-chose à en dire ». Ca se laisse écouter, mais ça ne restera pas dans les mémoires.

Prêt à faire feu (Alkpote, Katana)

Même si les apparitions de l’U2F se distillent au compte-goutte, l’équipe est toujours prête à défourailler. Katana-Alkpote, c’est une association qui fonctionne toujours. Encore une grosse saveur, et une fois de plus, on se prend à rêver d’un nouvel album Atef-Serge.  Alk, fais pas la sourde oreille, on sait que tu vas lire ça. Cette connexion camerouno-tunisienne est aussi nécessaire pour le rap français que l’association oxygène-azote dans le putain d’air qu’on respire.

Agas (Dinos Punchlinovic)

Bon, Dinos, on a rien contre toi, mais si t’as la prétention de t’appeler Punchlinovic, faut assurer derrière. T’as pas le choix, t’es obligé de balancer des phases de fou dans chacune de tes mesures. Et franchement, c’est pas le cas. Sur trois minutes de son, ok y’a quelques rimes sympas, mais rien d’assommant. En plus t’as pas de chance, tu tombes juste derrière l’U2F, qui balance un nouveau classique, et en plus, tu te tapes la prod la moins intéressante de toute la tape.

H.A.T.F.R (Zekwe, Waybess)

Le même effet que Douille Pleine. Pas mauvais (d’ailleurs Zekwe fait toujours forte impression mic en main), mais loin d’être transcendant. Le genre de son qui ne fait pas de mal, mais qui ne s’avère pas nécessaire, et n’apporte rien de particulier à la galette finale.

Juste à côté Remix (Alkpote, Zekwe, Seth Gueko)

Un remix peu judicieux. Ca reste bon, mais c’est un cran en dessous de l’original, qui était l’un des morceaux les plus réussis de Neochrome Hall Star. Il aurait peut-être été plus intéressant de s’intéresser à une autre track de l’album.

Tour de passe-passe (Alkpote, Katana)

Après quelques pistes en deça des attentes, l’U2F revient mettre les pendules à l’heure. C’est crasseux (« de mauvaise humeur, comme si j’avais des menstruations »), technique, pertinent. Les métaphores sont folles, la prod de Zekwe tabasse, et Katana confirme pour l’énième fois qu’il est vraiment le partenaire idéal pour l’esprit psycho-troublé d’Alkpote. Alk, fais pas la sourde oreille, on sait que tu vas lire ça.

Phuket Finest (Seth Gueko, Jason Voriz)

Phuket, nouvel amour du gueko. Le son, issu de la mixtape gratuite « Manstrr » de Jason Voriz date de décembre 2012. On le connait déjà bien, on se demande s’il apporte vraiment quelque chose à la tape, ou s’il est juste là pour ajouter une piste à la tracklist.

91-93 (Alkpote, Sadek)

Sadek, qui nous offre une magnifique danse du ventre dans le clip de Mongoldorak, est la vraie bonne surprise de Mazter Chefs Muzik. Sur une nouvelle prod très réussie de Zekwe, il apporte une véritable énergie à un son qui s’impose comme l’un des plus réussis de la digitape.  On regrette presque de ne l’entendre que sur une seule piste, tant son apport sur ce featuring est visible.

J’suis pire que ça (Sadik Asken)

Sadik Asken ! Le vétéran rappeur- producteur, jamais mieux servi que par lui-même, pose sur une prod de Tony Danza. Forcément, c’est du sur-mesure, et sans poser le morceau de l’année, il nous gratifie d’une prestation de qualité. On aurait aimé le voir participer d’avantage au reste du projet, poser sa patte sur plus de tracks.

Violentissime (Alkpote, Demon One, Selim du 94)

Deux noms ronflants de plus pour venir gonfler la liste des invités. Demon One fait du Demon One, ni plus, ni moins. C’est très bien. Selim du 94 fait du Selim du 94. C’est pas terrible. Finalement, c’est peut-être la piste qui résume le mieux l’ensemble du projet : du bon, du moins bon, sans grosses prétentions, et sans révolutionner le genre, le rendu est propre et efficace.

Evil Dead, mort d’ennui

Si t’aimes les chroniques de films argumentées et objectives, passe ton chemin, je m’en vais déverser un flot de merde.

Je sors du ciné, et fallait que ça sorte. Je fais ça quand j’aime pas un film. Lis ma chronique de Looper ici pour t’en apercevoir. Quand j’aime bien un film, je le regarde, je kiffe, et j’en fais pas un article. Si ca te va pas, j’enfile ton ascendance en brochette.
Mais là … Comment dire … Une collègue m’a traîné au ciné. Première question, première réponse : non je l’ai pas niquée. Deuxième question, deuxième réponse : non je suis pas pédé et je t’emmerde. On peut aller au ciné avec une meuf sans l’espoir de se faire lustrer le manche.

Nan en vrai je suis un mytho. Mais c’est pas le propos.
Evil Dead, j’ai jamais vu l’original. J’aime pas les films d’horreur parce que majoritairement ça me fait marrer et si j’ai envie de me marrer, je regarde « Le flic de Beverly Hills 2 ». Donc là on m’a amené voir un film « d’horreur ». Ca commence gentiment, c’est un frère et sa soeur, et la soeur est accro à la coke. Alors le frère, sympa, emmène sa soeur une fois de plus dans la cabane familiale au milieu des bois pour la sevrer. Il n’y vas pas seul bien sûr, il amène sa pote afro-américaine tellement bonne qu’elle pourrait voler avec la patrouille de France. Il amène aussi sa meuf, un genre de blonde qui a en tout et pour tout 16 lignes de texte dans le film. Et un pote hipster qui se dit professeur – surement en 3ème techno à Genneviliers vu la suite des événements. Le gars, je précise, c’est le sosie de Pedro Winter avec des lunettes de vue Ray Ban Aviator. Tasj’veux dire ou t’as pas c’j’veux dire ?

Publicité mensongère
Publicité mensongère

Toute cette bande de joyeux fils de putes drilles compte donc passer un week end sevrage dans les bois, dans une cabane pourrie où même quand il fait beau dehors, y’a pas de lumière dedans. Déjà les connards n’ont jamais vu un film d’horreur. On sait tous très bien que les cabanes dans les bois, c’est LE repaire des connards qui veulent se faire occire. Bah nan, les mecs y vont quand même.
Le prof découvre un vieux grimoire satanique, utilisé dans la scène pré-générique pour désenvouter une jeune vierge par le feu dans la même cabane, dans laquelle le week end doit se dérouler. Tu suis ? C’est bien.

Bien évidemment, la soeur va se retrouver possédée. Première image gore du film : un truc chelou lubrifié à la 15W40 lui rentre dans la chatte. DANS LA CHATTE mon pote. Y’a plus de respect. Je passe bien sûr sur les nombreux clichés : le hipster qui, au lieu de se protéger, tente de déchiffrer le vieux grimoire en faisant des décalcomanies, la pute blonde qui s’arrange pour se retrouver seule alors que tout le monde crève autour d’elle (connasse), la soeur possédée qui attaque tout le monde mais qui arrive quand même à attirer la pute blonde en lui faisant croire qu’elle est redevenue normale … Palme du ridicule : le frère stéréotype du beaugosse au grand coeur qui, alors que tout le monde meurt autour de lui, fabrique un défibrilateur avec deux seringues, une batterie et du gros scotch. Batard va, c’est McGyver le truc ou bien ?

………..

Je te spoile ? C’est bien, remercie moi, je t’économise 11 Euros.

Alors tu l’auras compris, ce film est merdique. Il est juste sauvé du naufrage par des maquillages vraiment très bons, des effets spéciaux de bonne facture et par une réalisation propre quoique manquant cruellement de suspense dans les phases les plus importantes.
Autant te dire que j’ai pris plus de plaisir avec « La vérité si je mens 3 ».

Ce qui, on en conviendra tous, fait de moi un honnête fils de pute.

Critique ciné : The Hole

Écrire des films d’horreur tout public ? C’est là le défi qu’aura essayé de relever Joe Dante tout au long de sa carrière. C’est une nouvelle fois la contrainte qu’il s’est imposé avec la réalisation de The Hole ; contrainte qu’il lui aura souvent permis de se transcender …

The Hole raconte l’histoire d’une famille monoparentale, composée d’une mère et ses deux fils, emménageant dans une petite ville de banlieue. L’un de ses deux garçons est un enfant, l’autre un ado. Lucas et Dane – les deux fils donc – font rapidement la connaissance de leur voisine, ayant approximativement l’âge du plus âgé, qui flashera d’ailleurs très vite sur elle. La bande découvre un trou sans fond dans la cave des nouveaux arrivants.

On comprend assez vite que ce trou va faire ressortir les plus grandes peurs de ces jeunes. On alterne ensuite les séquences de groupe, dans lesquelles les personnages vont tenter de comprendre ce mystère ; avec des séquences plus axées horreurs dans lesquelles les personnages devront affronter leurs phobies. Le tout est bien mené, les parties aventures sont prenantes, on a nous aussi envie de comprendre ce mystère, malgré des personnages un peu insipides, et pas forcément bien incarnés … Les séquences d’horreur sont aussi bien maîtrisées, grâce à une bonne gestion du montage et de la réalisation.the-hole-still-5

La narration reste assez convenue, et il est vrai qu’on est assez déçu lorsque Dane vient nous expliquer très clairement le principe du film. Toujours difficile d’avaler le fait qu’on nous prend pour des cons incapables de comprendre les enjeux d’un scénario … D’autant plus que l’on saisit assez rapidement quelles sont les peurs de l’adolescente et du jeune garçon. Pour les esprits tordus comme moi, la phobie de l’adolescent semble elle aussi assez évidente : il a peur de la pénétration (quoi de mieux qu’un trou pour symboliser ça ?). Et c’est là que le film surprend !

J’éviterais de vous raconter le dénouement mais le film prend une toute autre tournure, et l’on comprend que The Hole est en fait un film sur le poids des blessures enfantines, et la nécessité de les affronter pour évoluer. Ce fameux dénouement comprend quelques très belles idées visuelles, et d’autres plus moyennes, notamment à cause d’effets spéciaux un peu cheap.

Bon tant pis, il n’y aura pas de cul. Malgré tout, The Hole reste un bon petit divertissement, bien exécuté, avec sa part de surprises. Il est toujours intéressant de voir des réalisateurs jouer avec les contraintes pour le bien de leur œuvre, et on peut dire que sur cet aspect là, Joe Dante est admirable.