Un jour d’été en Haute-Savoie, je me suis rendu chez un pote à moi qui avait UTorrent avec une idée précise en tête : qu’il me télécharge Convictions Suicidaires. Le clip de « Dangeroots » tournait un peu à la télé, et ce mec au flow heurté me donnait l’impression d’être un homme beaucoup plus intéressant et talentueux que La Fouine. Une fois l’album téléchargé dans mon MP3 qui débordait de sons de Canardo ou de la Sexion, je me suis mis en route pour mon tour de vélo quotidien, musique à fond dans les oreilles.
En pleine ascension, la lecture aléatoire a choisi de passer « Innenregistrable ».
Depuis, j’écoute du rap tous les jours, et Despo a toujours eu dans mon cœur une place particulière.
J’ai saigné son album jusqu’à connaître toutes les chansons par coeur, j’ai économisé pour acheter sur Internet Les Sirènes du Charbon, je regardais les clips, les interviews, les freestyles. Sans m’identifier, je comprenais que le rap, c’était plus qu’un mode de vie, parce que si on pas besoin d’être drogué à l’absinthe et au spleen pour aimer Baudelaire, on peut comprendre Despo en tant qu’ado blanc de la classe moyenne. Despo était un cri de douleur sourde dans un rap qui me semblait déjà follement aseptisé.
« Apocalypto » fut un morceau décevant, l’album avec Guizmo et Mokless une erreur artistique. Despo n’existait plus dans cet art mouvant où l’auditeur a bien souvent une mémoire sélective ou inexistante. Des rumeurs couraient qu’il était fou, et je me sentais coupable de penser que ça ne pourrait faire que du bien à sa musique, que ses fêlures seraient des portes d’entrées vers une nouvelle esthétique de la douleur.
Et puis est arrivé Majster.
Que dire de Majster ? Que c’est le plus grand album de rap de l’année, et par son ampleur, l’un des plus grand album TOUT COURT ? Que c’est le testament artistique d’un rappeur que les problèmes, les doutes, les souffrances ont fini par dépasser, à tel point que ce sont elles qui le nourrissent et non l’inverse ? Que c’est le seul album assez fou pour contenir des chansons de 17 minutes, et qui relègue un feat avec Kaaris au rang de chanson d’appoint ?
Tout ça à la fois, mais aussi plus et moins. Majster EST Despo, dans son exagération, dans ses boursouflures, dans ses états de grâce.
Alors pourquoi personne n’en a parlé ? Beaucoup d’auditeurs, sur les réseaux sociaux, se sont plaint du silence médiatique vis-à-vis de l’album, comme si un avis « éclairé » s’imposait, comme si une grille de lecture façonnée par un esprit critique averti suffisait à déchiffrer une oeuvre plus cryptée que la pierre de Rosette. La vérité, et je ne pense pas me tromper en disant cela, et que parfois l’art dépasse la propre critique qu’on peut en faire. A l’écoute de « Risperdal », quoi dire de pertinent ? « Despo parle de l’hôpital psychiatrique, de ses délires paranoïaques, de ses addictions, d’une manière si personnelle et poignante qu’on se sent nécessairement oppressé pendant l’écoute ? » C’est à la fois paraphraser et dévaluer la portée de la chanson.
Despo a crée un monstre avec Majster, et on n’apprivoise pas un monstre.
Le problème est que le monstre a apprivoisé Despo. Ce qu’on reproche le plus à Despo, et à juste titre, ce sont ces dérapages sur Facebook, ses « révélations » ridicules sur tout et n’importe quoi, son soutien à Sarkozy, ses piques surréalistes envers Ferré et Brassens. Pour qui aime un tant soit peu Despo, c’est d’une tristesse insondable, c’est à en pleurer. Mais sans cette débauche auto-destructrice, pas de Majster. Il ne se sacrifie pas pour son art ; mais l’art est indissociable du sacrifice entrepris, il en est le résultat sans filtre, la plus pure nudité.
C’est pour cela que Majster est hors-normes, boursouflé, aussi plein de défauts que rempli de qualités. Chaque mot est une entaille, chaque mot est un calcul, un acte de bravoure, une déclaration, un hommage, une défaite, un regret, un souhait, une crainte, une terreur. Majster est autant le fleuve et abscons « King Zion » que le quasi-commercial « La dose ». C’est pour cela qu’on passe à l’une des plus belles chansons jamais écrites sur l’acte sexuel « Dans les Yeux » à un morceau introspectif brûlant de froide nostalgie qu’est « La Rage de Vaincre ». Kaaris, Machiavel, le judaïsme, la maladie mentale: ça n’est pas un patchwork opportuniste, c’est la vérité. La vérité de Despo. Le soldat sans grade est dans le dénuement complet, et là où paradoxalement, ses albums précédents, introspectifs mais aussi manifestes d’émancipation, cherchaient, par la violence des mots et des images, à réunir, à rassembler, et à recueillir un artiste plus faible qu’il n’y paraissait, ici, il est tout seul.
Même en featuring, il n’y a que Despo. Kaaris, Seth Gueko, Lino et Mc Jean Gab’1 ne peuvent pas endosser la solitude que porte sur son dos l’artiste qui les invite ; esseulés, ils disparaissent, à l’exception d’un MC Jean Gab’1 au moins aussi torturé. Il n’y a pas de place pour feindre, et pourtant Despo tente de prouver qu’il va bien. Mais impossible de le croire, face à un tel bloc de tristesse. Le poète français Jules Laforgue disait que « les petits morts-nés ne se dorlotent guère ». Alors que peut-être que dans Majster, se joue le drame d’une « Douleur de croissance » qui ne peut se cicatriser. Peut-être. On ne sait pas et je ne sais pas. Peut-être que ce regret éternel de n’avoir pas eu « ce grand frère de la street » est une marque d’échec. Toujours est-il qu’avec Majster, Despo semble avoir ouvert ses entrailles dans un acte sacrificiel formidablement émouvant.
Peut-être que j’exagère, ou que je surinterprète. Peut-être Despo n’est-il plus qu’un pantin à sermons débiles, tout juste bon à utiliser son oeuvre à des fins de propagande, pour une religion ou pour Sarko. Si écrire autant sur Majster ne rime à rien, il faut peut-être s’arrêter, en disant que « seule la musique compte », mais la musique ne compte pas chez Despo, elle n’est pas moyen, elle est fin. Écouter Despo, c’est déjà en parler, c’est déjà construire un raisonnement, c’est déjà se mouiller.
« Dans la haine, je cherche la paix », écrit-il dans « She Hates Me ». Du coup, peut-être que tout cela, haine de soi, de son art, des femmes, n’est que une volonté de se retrouver, de revivre à travers la musique…
Oui, mais dans Risperdal: » Elle me reflète, ma musique, trop mystique, I’m Sick »… Alors peut-être que c’est la musique qui l’ostracise, et que donc il ne peut vivre que seul dans son art, les gens ne pouvant pas comprendre son altérité… et que la musique lentement le tue…
Bref, il est impossible de dégager une ligne directrice claire de Majster, et peut-être que c’est cela qui fait l’impossibilité herméneutique, cet hermétisme par trop d’ouvertures. Mais une chose est sûre: avec cette oeuvre qui repousse les limites du rap, qui éructe autant de bêtises qu’il émeut aux larmes, qui prouve que la folie est bien la matrice de toute création incroyable, Despo continuera de réactiver en moi ce sentiment de pleine conscience ressenti sur un vélo l’été de mes 13 ans.
Et si cette sensation existe chez quelqu’un d’autre, et quelqu’un d’autre, et quelqu’un d’autre encore, alors c’est peut-être ça, la vraie force de Majster.
Sur le même sujet :
Mouv – La malédiction de Despo Rutti
OKLM – #LaSauce du 17/10/16 : chronique de Majster (Genono)
OKLM – #LaSauce du 12/12/16 : Majster album de l’année (Genono)
Jamais 2 sans 3, Zekwe revient pour vous parler de ses influences musicales niveau beatmaking et de son point de vue sur certains collègues (Kaaris, Seth, Al K, Orelsan, L’Entourage, Dinos, Sinik, Diam’s…)
et ça c’est un quizz sur les voyages dans le temps, qu’on a donc décidé d’appeler MacFly Quizz, pour être sûr que personne ne comprenne bien de quoi il s’agit. D’ailleurs à un moment ça parle de Quick.
A l’occasion de la sortie de Super Nova, on a interviewé le mc préféré des forums rap en 2002 : Nakk Mendosa. Première impression : le bonhomme a l’air de clairement péter dans la soie, se paie un Sundae au caramel (qui avait l’air dégueulasse, preuve que les rappeurs français ont encore du chemin à faire pour être respectés dans ce pays), nous offre un ice-tea et un jus d’orange. Pour ne pas perdre la face Teobaldo a insisté pour lui laisser son stylo avant de partir. A un moment un type est venu nous interrompre pour nous demander le code de la porte des chiottes du Macdo, mais on l’a pas retranscrit par respect pour les lecteurs.
Teobaldo : Nakk, présentation ?
Nakk : Nakk Mendosa, rappeur solo depuis 1999, originaire de Bobigny. Supernova dans les bacs depuis le 18 mars.
N : C’est mon 1er groupe, on a sorti un album en 1998, sur le label de Menelik. C’est là que j’ai fait mes premières armes … en gros, la première fois qu’on m’a entendu rapper, c’est grâce à Menelik !
N : Ouais, Lindis rappait depuis 89. Il avait 13 ans, il écrivait ses bouts de textes dans sa chambre, mais moi ça m’impressionnait, parce que c’était le seul mec que je connaissais qui rappait. A l’époque, c’était tabou !
T : T’as jamais voulu monter un groupe avec eux ?
N : Bah, j’étais déjà avec Soldafada. Mais ça aurait pu se faire, et qui sait, ça se fera peut-être, il n’est pas trop tard.
T : Lavokato a dit plusieurs fois qu’il arrêtait le rap …
N : C’est un menteur ! (rires) Il aime trop ça. Si on lui amène un projet bien pensé, qui tient la route, peut-être qu’il sera intéressé. Enfin, c’est à lui de voir !
T : On connait surtout le 93 pour ses rappeurs un peu hardcores… On a l’impression que Bobigny c’est plus doux.
N : Parce que tu connais Les 10 et moi, et qu’on n’est pas vraiment dans ce délire là, mais y’a plein de groupes un peu plus hardcores à Bobigny, c’est juste qu’ils ont pas émergé.
Spleenter : t’es le cousin de Mac Tyer… du coup t’es aussi le cousin de Gab’1 ?
N : Aucun lien de parenté.
S : Durant toutes ces années, aucun gros morceau MacTyer/Nakk, pourquoi ?
N : Comme quoi, la famille ça fait pas tout ! (rires) Faut trouver le morceau, le projet, etc. Mais on le fera je pense !
N : Il habitait pas loin de chez moi à la base. Un jour, il m’a invité sur sa mixtape. C’est une époque où je rappais pas trop, on sortait beaucoup en boite. Dans le rap, c’est un des mecs avec qui je suis le plus proche humainement. On a pas juste une relation « collègues de rap ».
D’ailleurs, mon tout 1er feat avec lui, c’est un des premiers morceaux que mes fans m’ont reproché. Ça parlait de meufs, c’était un peu egotrip. Le mec parle de ça, je vais pas parler de prairie sur le même morceau !
S : le clip Gangsta rap au champagne toujours de Mike, certains de tes fans ont pas du tout kiffé, comme les mecs qui se coupent les veines suite à la photo de Bieber qui bedav.
N : ah oui, c’était un sacrilège de ouf pour eux, c’était la fin de Nakk. « comment il peut faire ça nanana » (rires).
S : Invicibles remix, le clip : c’était obligé le côté solennel, avec le violoniste, le côté « regardez on sait écrire » ?
N : Ouais, ça faisait vraiment le truc « réunion de tous les lyricistes » … c’était pas voulu, mais je vois ce que tu veux dire. Après, le clip reste dans l’ambiance, on allait pas faire un clip avec une capuche et des lunettes.
T : J’aime beaucoup le morceau original, y’avait une poésie. Sur le remix, ok y’a de la technique, des messages, des noms, mais on perd cette poésie et ce côté planant.
N : Mais moi je voulais pas qu’ils fassent un truc calqué sur mon morceau. Je voulais que chacun arrive avec son univers. Pour moi ça reste un gros morceau. Dans 5, 6, 7 ans, on s’en souviendra comme d’un gros morceau.
S : Ça, c’est parce qu’il y a Mouloud.
N : (rires) On retrouve l’humour du Blavog ! Sérieusement, c’est un morceau qui m’a fait du bien, niveau image j’ai grimpé des échelons.
T : Dans « Invincibles Remix », les connexions se passent comment ?
N : Je connaissais surtout Dixon et Mokless. Red-K un peu, Youssoupha aussi, Lino pas du tout … C’était dur de tous les réunir ! C’est quelque chose que je referai plus.
S : En plus Jeff le nerf il posait plus trop à ce moment là ?
N : Bah c’est le premier qui m’a envoyé son couplet ! 2 ou 3 jours après que je lui ai envoyé l’instru. Et dix mois après, Lino m’a envoyé le dernier couplet ! Dix mois ! Mais ça valait le coup. En fait Lino, au-delà de tout ce qu’on peut dire sur lui, son problème c’est qu’il est presque « trop » fort : ce qu’il fait, la qualité qu’il met dans ses textes, ça sert limite plus à rien pour l’auditeur d’aujourd’hui, il est noyé. Même moi, j’écoute Radio Bitume, parfois c’est « trop ».
N : Ça s’est fait direct ! Un truc de ouf, tout le monde en studio le même jour ! Par contre pour faire le clip avec les petits jeunes, c’est une galère : y’en a un qui veut plus trop voir l’autre, etc. Les anciens, tu leur dis un jour et BIM ils sont tous là. Mais c’est normal, c’est des premiers de la classe.
T : Tu dis « Le rap français me fait chier, j’aurais dû naître à Brooklyn ». Même aujourd’hui, ta préférence reste à New-York ?
N : J’aime beaucoup les rappeurs de Brooklyn. On me reproche souvent « tu bouges pas derrière le micro, c’est mou ! » … mais les Fabolous, les Jay-Z, ils bougent pas, on dirait qu’ils vont s’endormir ! T’as l’impression qu’ils rappent allongés ! J’aime ce côté nonchalant.
S : Dans une interview, tu disais que tu devais parfois te forcer à ne plus écouter de rap français pendant une période pour éviter le mimétisme…
N : Maintenant j’ai plus ce problème : j’en écoute plus ! (rires) Quand ça passe à la radio, j’écoute, mais fumer un album tout seul chez moi comme je le faisais avant, c’est terminé. J’y arrive plus ! Je trouve ça trop moyen. Même les mecs qui sont forts à la base, sortent des skeuds pas terribles. A part Despo … quand je l’écoute, je suis comme un enfant ! Il est à la limite entre la folie et le génie, c’est extraordinaire. Il est borderline !
T : Dans la nouvelle génération, y’a beaucoup de mecs qui reconnaissent ton taf, ce qui n’était peut-être pas le cas il y a 6-7 ans. Ça te motive ?
N : J’ai l’impression de mener une deuxième carrière. J’ai un vent de fraicheur, l’envie de rapper. On a reproché à des rappeurs de ne pas m’avoir invité sur leurs albums, mais c’était une période où je ne rappais même plus ! Tu vas pas m’inviter sur ton album si tu vois que je suis toute la journée chez moi, la main dans le caleçon, une bière à la main en train de mater le Bigdil. Si tu bouges, que tu sors des projets, les mecs t’entendent sur des morceaux … là, si ça leur plait, ils t’invitent ! Mais si tu fais rien, ils vont pas t’inviter !
Je me considère un peu comme un rappeur « du peuple », en opposition avec les rappeurs « du rap game ». Je suis pas bankable pour un rappeur ! Tu m’invites, je vais pas t’apporter grand-chose. J’ai pas le côté caillera qui va plaire à untel, je suis pas assez connu du grand public pour un autre … J’suis underground.
S : Pendant pas mal d’années, t’as pas mal gravité autour de Neochrome.
N : Neochrome, tu viens pour poser un couplet, tu te retrouves dans 5 morceaux différents ! Ils m’ont tenu en vie, c’est eux qui m’ont redonné envie. Des gens comme Seth ou Zekwe, je les connais via Neochrome. A une époque, ils voulaient même me signer.
T : D’ailleurs, Street Minimum a plus ou moins été annoncé chez eux.
N : Au niveau des contrats, c’est bizarroïde. Je m’y connais pas trop en juridique, mais je sais quand c’est bizarroïde. Et puis au niveau de l’image, ça allait pas. Ils essayaient de me convaincre, mais c’était pas cohérent. « Mais si, tu colles à l’image neochrome » (rires).
Les seuls contrats que j’ai signé, c’est avec Kaz par Kaz (Menelik) et avec BMG. C’est tout.
S –Et avec Casa One, c’était une coprod ?
N -C’était une mission d’intérim. On sort le projet après on voit. C’est grâce à Casa One que je me suis rendu compte que je pouvais le faire tout seul. Là, demain j’ai envie de clipper un titre, je le clippe ! J’ai pas à attendre l’aval de X ou Y.
N : Non, je le connais depuis Bombattak. Quand ils faisaient Joe & Cross. Joe Lucazz a un truc… plus fort que les punchlines. Un champ lexical super intéressant. C’est un bon, Joe !
N : (il coupe) ah je veux pas parler de ça (sourire). franchement ça m’a… viens on parle d’autre chose. Elle m’a volé ma vie cette meuf, alors qu’elle en a déjà une (rires).
S : Pourquoi le morceau Vacances avec Dany Dan a été sous-exploité ?
N : Il a pas été sous-exploité, mais carrément inexploité ! C’est le genre de morceau qui est bien quand t’es en major, mais en indé, ça sert à rien de les exploiter. T’as pas le réseau pour, il va pas passer en radio …
T : Y’a des mecs que t’aimerais feater ?
N : J’aimerais bien faire un remix avec des anciens : Akhenaton, Kery James, Oxmo …
T : Faudra faire le clip dans une maison de retraite du coup.
N : Mais moi aussi, je suis quand même un ancien, même si je fais beaucoup de feats avec la nouvelle génération.
T : T’as dit que t’avais beaucoup saigné Les Sages Po’ à une époque …
N : Surtout le 1er album en fait, après un peu moins. Moi c’est surtout AKH qui m’a vraiment marqué, au niveau de la construction de son rap.
S: ça ce sera coupé.
N: ah, t’aimes pas akhenaton ?
S: non je rigole. par contre je préfèrerais que tu dises que ton influence vient de Dany Dan.
N: C’est Dany Dan qui m’a donné envie de rapper ! Ce mec, c’est un extra-terrestre. Après, y’a beaucoup de mecs très forts, mais tu vas pas forcément accrocher sur tout un projet. Tu retiens des couplets, mais pas l’album complet. Ils savent rapper, mais ils savent pas faire un bon morceau.
S : T’étais un grand amateur de Jay-Z. C’est toujours le cas ?
N : Déjà j’ai toujours plus été Nas que Jay-Z. Déjà, son côté businessman, même si je trouve ça bien pour lui, ça me fait pas du tout rêver. Il sait ce que les gens attendent, et il le fait proprement.
S : Qu’est ce que t’écoutes en ce moment, que ce soit français ou ricain ?
N : Drake, j’aime bien. Kendrick Lamar, Nas, Jay-Z, Lil Wayne, Rick Ross. Que ce soit nouveau ou ancien, j’écoute ce que je considère comme de la bonne musique. Rick Ross, pour moi, il fait de la bonne musique. En français, j’écoute presque plus rien. J’ai beaucoup écouté Socrate, les anciens albums de Booba. Mais sinon, j’écoute plus de rap français.
S : Pourquoi tu ferais pas un feat avec Casey ? (oui, cette question sort de nulle part)
N : Pourquoi pas, mais elle doit pas me trouver assez militant. Pourtant, on a fait beaucoup de scènes ensemble.
S : Niveau prods, t’es assez inclassable, c’est dur de t’identifier …
N : On me l’a dit y’a pas pas longtemps ! On m’a dit que c’était un défaut, que j’avais pas de couleur. Je prends les prods qui m’inspirent. Mélancolique, rythmée, hardcore … je prends ce qui m’inspire.
S : T’as posé sur des prods de Therapy. Vous vous êtes connus comment ?
N : On était au collège ensemble ! Sinon, jamais il me donne des prods ! C’est clair que maintenant c’est un peu « le beatmaker de Booba » pour les gens… Les autres rappeurs me demandent comment j’ai fait pour les obtenir, j’en profite pour me la raconter un peu, genre « Ah je sais pas, il a décelé chez moi quelque chose qu’il n’y a pas chez vous » (sourire)
T : Dans « Darksun », tu dis « Dans l’désert frère, il faut un touareg c’est tout ». Dans un autre morceau de l’album, « Puma », tu reprends quasiment la même phase : « J’traversais l’désert, j’étais pas en Touareg ». Tu veux t’acheter la voiture, c’est ça ?
N : (rires) Tu m’as cramé, c’est pas bien ! Faudra couper ça au montage ! Si t’écoutes bien, même dans Supernova, je reprends des trucs que j’ai déjà dit dans Darksun. Parce qu’au final, on raconte toujours un peu la même chose.
S : Depuis Darksun, j’ai l’impression que tu te lâches un peu plus en egotrip.
N : Ouais, j’me dis que maintenant j’ai un peu de bouteille, je peux me permettre ce genre de truc. Puis ce genre de phrases « vos punchlines, c’est mes ratures », ça va, c’est pas comme si c’était le premier venu qui sortait ça non plus.
S : Supernova, c’est un gros EP, ou un mini-album ?
N : C’est un EP ! C’est juste la continuité de Darksun. J’avais 7 ou 8 titres, je me suis lâché un peu, je suis allé jusqu’à 10. C’était juste un truc histoire de rester dans l’actu. Après y a des gens qui me disent « Mortel ton album » Je vais pas les contredire. C’est pas important, finalement. Ce qui est plus gênant c’est ceux qui voient les chiffres et me disent d’un air désolé « putain c’est dur », mais non, j’en ai mis 3000 en bacs, c’est normal que je tape pas 14 000 en première semaine. Après c’est vrai qu’ils peuvent pas savoir.
T : Le schéma : un morceau egotrip, un morceau un peu conscient comme premiers extraits, c’est pas un peu répétitif ?
N : Non pas vraiment, sur Darksun par exemple c’était pas le cas (Mad Max et Au calme). Pour Supernova, je voulais revenir avec un egotrip (Mendosalve), pas avec un morceau comme Devenir quelqu’un, même si c’est un bon morceau.
N : Nan, c’est juste que j’ai pas trouvé d’idée intéressante. Pour Darksun, j’en ai pas trouvé, pour Supernova non plus.
T : Le truc qui ferait chier ta fanbase, c’est que t’en fasses un avec Monseigneur Mike.
N : En plus, je voulais en faire un avec lui. je voulais l’inclure dans un clip
T : Mais Surnakkurel, c’est des trucs qui te sont arrivés à toi, à tes potes ?
N : Non, à personne ! Pour Surnakkurel 4, j’ai repris une histoire de Biggie. Il avait raconté le même genre de truc, avec un basketteur. Je l’ai adapté à ma sauce. J’aimerais bien en faire un nouveau pour mon album, mais faut que le truc soit original.
T : T’es tenté par l’autotune ?
N : J’en ai fait un peu, j’ai pas de problème avec ça.
T : Dans Darksun, d’où sortent les refrains de Zaggin et de Au calme ?
N : C’est mes beatmakers qui recherchent des voix cainris libres de droits. J’espère que personne ne va m’attaquer.
T : T’as remarqué que Sinik sur son dernier album, le reprend ?
N : Ça c’est parce que le beatmaker se croit en Jamaïque, il croit que tout le monde peut faire les mêmes refrains. Moi je m’en fous un peu, ça doit être pour Sinik que c’est plus compliqué, parce que même si je suis moins connu que lui, y’a des gens qui vont lui dire « Nakk il a fait le même refrain ».
T : Je pense qu’aujourd’hui, vous avez le même nombre d’auditeurs. Y’a plus grand monde qui écoute Sinik.
N : Tout à l’heure j’étais au téléphone avec Ol Kainry, on se disait qu’il y a des mecs qui ont moins la côte parce qu’ils ont sorti moins de bons morceaux, tout simplement. Les gens, si tu leur donnes pas des trucs pour les faire vibrer, ils lâchent. Sinik, même s’il a été beaucoup critiqué, il avait quand même une plume, il était fort.
T : dans « Jour férié » (Street Minimum) : « Fuite rime vite avec école, ils veulent aller en taule et faire un feat avec Akon ». Tu penses qu’il y a des mecs qui sont perdus à ce point dans le rap ?
N : Franchement, je pense que ça a traversé l’esprit de plein de mecs.
S : Une question de notre ami Big Paul Castellano : à quand un clip avec des meufs en string ?
N : C’est pas mon délire du tout, ce serait incohérent. Le seul cas où je pourrais le faire, ce serait pour un clip complètement décalé, un truc marrant.
T : Si t’avais vraiment les moyens, ton clip idéal ce serait quoi ?
N : Bah justement, un clip décalé. J’aimerais clipper « Ze Best », dans ce délire-là. Même un dessin-animé, ou je sais pas… c’est un morceau un peu bizarre, l’instru change, il faut un clip qui aille avec le concept. Pour l’instant j’ai Pourquoi et Dans ma zone qui vont être tournés..
S : Tu t’es fait connaitre aussi grâce à tes punchlines. Aujourd’hui, le terme n’est pas un peu galvaudé ?
N : Carrément ! T’as des mecs qui font juste une rime, ils appellent ça punchline ! J’en parlais avec Lino une fois, on comprenait plus. Certains textes, on sait pas trop, c’est des trucs que moi je garderais pas dans un texte. Du tout. Mais apparemment c’est des punchlines.
T : Rocé disait récemment « ce que vous appelez punchline, j’appelle ça écrire ».
N : Voilà !
S : L’évolution de ta carrière est atypique : pour caricaturer, t’as commencé dans un délire « musicalement commercial »
S : puis t’as eu une phase « rappeur technique » …
N : (il coupe, en riant) Ah, je mettais la dose à l’époque ! Quand je me réécoute, je me fatigue ! Je me prenais vraiment la tête !
S : donc c’est vraiment conscient d’avoir allégé depuis ?
N : Complètement. J’ai lu une interview de Jay-Z où il disait « les rappeurs sont tellement techniques qu’ils oublient de raconter des trucs » c’est exactement ça ! Avant je cherchais la rime, et après seulement, ce que j’avais à dire. Maintenant, c’est le contraire : je cherche un truc à dire, et après, j’en fais des rimes.
S : Après Street Minimum, même si t’étais entre 2 trucs, la prédominance c’était le rap « conscient », et maintenant, t’entends carrément « Nakk c’est le poète du rap français » … tu te situes où par rapport à tout ça ?
N : Tout ce que je peux te dire, c’est que depuis ma première apparition jusqu’à aujourd’hui, j’ai toujours mis l’écriture en avant. Tu peux me critiquer sur tout ce que tu veux : les prods sont dégueulasses, le flow, le machin … mais pas sur l’écriture. C’est ça ma force. Quel que soit le thème, tu peux mettre une plume. Même sur de l’egotrip. Le côté poète … c’est parce que j’ai fait des morceaux comme « Devenir quelqu’un », en plus dans le clip je suis en cravate, ça rajoute encore plus dans le côté solennel, témoin de Jéhovah tout ça (sourire) Mais c’est pas quelque chose que je revendique.
c’est pas la peine de cliquer c’est pas une vidéo
S : Des rappeurs se sont engouffrés dans ce côté « poète », parce que ça permet de s’ouvrir à un certain public. Toi, c’est compliqué : t’es pas assez street pour plaire à un public un peu dur, mais trop street pour t’ouvrir au grand public.
N : Je me suis déjà posé la question. Faudra que je le fasse, pour l’album, c’est évident. là je m’amuse mais c’est évident que je dois passer de l’autre côté à un moment. Mon but c’est pas que les cailleras m’écoutent dans leur voiture. Enfin, j’aime bien quand ça arrive, mais mon salut il est plus dans le grand public. Je peux être écouté par une caillera ou une meuf de 16ans, mais mon salut passe par le grand public, les trentenaires. Si demain je veux passer chez Ruquier ou Denisot, je suis obligé de passer de l’autre côté, à un moment. Bon après il y en a qui abusent de ce côté là. Mais sur mes derniers projets, je peux pas le faire de toute façon.
S : Rien ne t’empêche d’alterner les 2.
N -Voilà. c’est ce que je fais. Ce que j’essaie de faire en tout cas. Mais sur l’album, y aura beaucoup plus de « devenir quelqu’un » que du trap, forcément. Sinon je suis foutu, je suis le rappeur lambda.
T –Mais y en aura quand même un peu, des trucs plus patate ?
N -Oui, oui ! y en aura quand même un peu. Mais Supernova, c’est mon premier projet où c’est vraiment du kif kif. Enfin je pense. L’album sera vraiment orienté plus posé. Mais je vais pas le rendre chiant quand même !
S – niveau feat, Ladea et Spri Noir…
N – c’était les plus réactifs, tout simplement. Et puis évidemment j’aime bien leur travail.
S –Y a qui en producteur sur Supernova ?
N -Bah déjà y a Lazy T, c’est lui (il montre le gars qui vient d’arriver dans le macdo, ça c’est du timing). Diakar qui avait fait la prod de « Au calme ». y a Zekwe qui a fait « Mendosalve » Y a Twister qui fait « devenir quelqu’un ». Sonar a fait « Dans la zone » et « Ze best » et Track Invaders a fait « Pourquoi ». Ça c’était un morceau à Mike, on va le clipper, normalement.
S : Comment tu t’es retrouvé sur le cd ?
Lazy-T : en fait Super Nova est mon 1er vrai projet, et j’y suis allé au culot, j’ai balancé des beats via twitter, ça lui a plu et voilà. C’était vraiment un plaisir parce que Nakk c’est quelqu’un que j’écoute depuis longtemps. J’ai fait les prods de Windows et Espace.
N : il est gentil, il dit ça parce que je suis là. Il est très bon !
S : en plus vous êtes en train de signer des papiers, donc c’est déclaré votre truc.
N : il faut, il faut. On fait de la musique, faut être professionnel, c’est le minimum.
S : sur Le Syndrome du trom, à un moment tu dis « en plus, amuse toi à faire rimer Ourcq ». T’aurais pu dire que le type en face de toi « ressemble à Mickey Rourke », c’était pas si dur que ça.
N: ouais mais à l’époque, Mickey Rourke il avait pas la tête en mousse, la tête de ouf qu’il a maintenant. Donc j’y ai pas pensé. Et puis de toute façon je dis direct après sur la mesure suivante, « pour que », je commence par ça. Histoire de dire, vous inquiétez pas les mecs, en vrai je suis fort quand même !
S : T’as une relation un peu bizarre avec ta fan-base. T’avais carrément des fanatiques.
N : C’est vrai. Youssoupha m’a dit « j’ai lu des commentaires de tes fans, c’est carrément des hooligans, je te les envie pas ». J’ai l’impression que j’ai les fans les plus chauds du rap français. Je vais utiliser un mot un peu fort, mais ils m’ont presque sacralisé. Si je voulais jouer la sécurité, je ferais un projet avec que des « Devenir quelqu’un ». Je pourrais le faire ! Mais ça me plait pas de faire ça. J’ai d’autres trips, j’ai envie de faire d’autres trucs.
S : On a l’impression que pour des gens, ta meilleure période, c’est celle où on t’entendait juste sur des tapes, que tu sortais pas de projets, en gros quand tu parlais à 700 personnes quoi.
N : Plus t’es connu, plus on va te critiquer. Les mecs vont jusqu’à se voiler la face, jusqu’à me dire que des vieux morceaux à moi vraiment pas terribles sont meilleurs que ceux présents sur Darksun et Supernova… Ils veulent que je ressorte les trucs que je rappais il y a 15 piges, mais ça existe pas les mecs qui rappent pendant 15 ans de la même manière ! T’es obligé d’évoluer.
T : « C’que tu racontes c’est pas d’la merde, mais on s’en bat les reins » (Invincible) et « L’avenir, je leur en parle. Ils me disent que je suis pas leur renpas. Leur seul rempart c’est rester en bas et faire de l’or en barre » (Au moment où j’parle)… T’as conscience que les jeunes écoutent pas les conseils.
N : Bien sûr ! C’est comme le cinéma : t’as des mecs qui en ont rien à foutre des films d’auteur, ils veulent juste se taper une barre devant un film comique, ou voir Bruce Willis péter la gueule à plein de monde. Bah la musique c’est pareil : t’as des gens qui en ont rien à faire de la morale, du message, ils veulent juste écouter le dernier La Fouine ou le dernier Booba. Même des meufs ! Y’a des meufs qui veulent écouter que des rappeurs violents.
T : même Morsay arrive à vendre.
N : en fait Morsay je l’ai rencontré en vrai à une session studio de C’est nous les reustas remix. Je savais même pas qu’il était sur le morceau. J’arrive, je le vois je me dis « tiens il doit être venu voir quelqu’un ». Après je le vois en cabine « ah ouais, il prend la confiance quand même, on bosse, là ». Et là il pose son intro, tout le monde le félicite, Youssoupha était là « ouais grand gesteur ! ». J’ai pas trop capté sur le coup. Y’avait Disiz aussi, il est passé par toutes les couleurs de l’arc en ciel (rires). Ceci dit, Morsay il a beau parler comme il parle, t’inquiètes que lui et son équipe ils sont grave lucides et savent faire du business, complètement.
S –Ton rapport à la scène ? Vous semblez bien rodés avec Les 10.
N -Là, au Divan du monde, j’étais super super crevé mais c’est vraiment ça que je préfère. J’ai hâte d’avoir le temps de bien mettre ça en place, de faire de bons shows, parce que c’est ce qu’il y a de mieux en vrai : quand j’ai fait « Dans la zone » en live alors que personne l’avait encore écouté. L’impression, c’est là que tu peux l’avoir, les yeux des gens quand ils écoutent. Y’a que la scène où tu peux avoir la réaction directe. Quand y a une punch, là y a un mec il rigole, l’autre crie, etc.
S : pour revenir sur l’actu, est-ce que t’es jaloux du buzz de la basket du pote de Booba ?
N : (sourire) en fait ce clash au début c’est bien, on est tous friands de ça ; le truc c’est que là ça dure quand même depuis super longtemps, et personne en sortira indemne… enfin remarque, Booba a un bon marabout : je marchais l’autre jour, je tombe sur un kiosque à journaux, je le vois en couv’ de GQ. Je suis rentré chez moi (rires) qu’est-ce que tu veux faire ?
S : On te voit toujours souriant même quand on te pose des questions de merde. T’es vraiment sympa, ou c’est juste pour la promo ?
N : Je me dis surtout que c’est que de la musique ! Je vais pas faire le mec sérieux, tu peux te planter, c’est pas grave. Je vais pas faire le mec vénère ! Des fois on me pose des questions à l’ouest, j’arrondis les angles. J’ai fait une interview pour TéléSud, la journaliste comprenait pas du tout ce que je lui racontais parfois. J’aurais pu l’embrouiller « mais madame t’as pas compris euh », j’ai essayé d’aller dans son sens quand même. Même avec vous, je fais ça depuis le début les mecs. C’est juste que vous avez pas remarqué.
T : Demain soir (interview réalisée jeudi 21/03/13) tu vas faire la Nocturne de Skyrock. C’est la première fois ?
N : Ouais. L’an dernier, ils auraient pu le faire, avec Darksun ! Sur le coup, j’étais pas content. Le mec doit recevoir des messages sur Twitter genre « pourquoi Nakk a pas son Planète Rap ? » … au bout d’un moment il lâche une petite heure dans la Nocturne, histoire de donner quelque chose, et qu’on arrête de lui casser les couilles. Après c’est clair que si je signe en major, demain je fais un Planète Rap. Mais comme j’ai dit quand on m’a parlé de ça, je pourrais gagner au Loto aussi tant qu’on y est !
S : « Street Minimum », « Le monde est mon pays », « Darksun », « Supernova » : tu passes de la rue, à la planète entière, au soleil, à la supernova … le prochain titre, ce sera quoi ?
N : On me l’a fait remarquer récemment, c’était même pas fait exprès. Le prochain, je casse tout, je l’appelle « Cuillère en bois » !
S : Y’a un mec qui nous a filé un t-shirt « Nakk c’était mieux avant ». T’en penses quoi ?
N : Putain, sérieux ?! (il y croit vraiment)
S : Nan.
N : (rires) J’étais en train de me dire « oh le ouf ! ». Bien sûr qu’il y a des gens qui pensent que Nakk c’était mieux avant, mais en ce moment ça se passe relativement bien pour moi, j’ai pas à me plaindre. Et mieux ça va aller, plus y’aura de monde pour dire « Nakk c’était mieux avant ». C’est mathématique, c’est français. Et limite, plus j’entends ça, plus c’est bon signe. Si on me disait « Nakk c’est à l’ancienne, il a pas bougé d’un iota » … nan, ça m’irait pas. Nakk, ce sera mieux dans 6 mois ! Après je peux comprendre. Moi je préfère le Booba d’avant ! Ou y’a d’autres trucs que j’ai kiffé, et je suis plus dedans maintenant. Donc je comprends que ça puisse être pareil pour moi. Mais en même temps, je vais pas revenir en arrière pour leur faire plaisir. Je vais pas faire « Le syndrome du trom 2 », « la Tour 14 » ! Je suis un raciste du passé ! J’ai horreur du passé. Surtout dans la musique, quand tu commences à faire des Best-Of, c’est le début de la fin.
S : Sur Le monde est mon pays, y’a beaucoup de morceaux qui datent un peu, ça donne l’impression que t’as des références ringardes, mais en fait c’est juste que tu les as écrits bien avant ? Genre John Q…
N : Bah John Q, c’est un film que j’ai découvert sur le tard, et j’ai trouvé l’histoire très intéressante. Mais je cite aussi des films plus anciens, genre Les Evadés, mais ça c’est différent, c’est un classique.
S : C’est quoi ton genre de film ?
N : Tu vas me dire que je suis un ouf, mais je kiffe les films d’auteur français. Les titres chelous genre « Ferme le frigo, il fait froid ». Dès que je vois ça, je coupe tout, je regarde le film jusqu’à la fin. Y’a toujours des dialogues qui m’inspirent de ouf ! Les films français, c’est vraiment mon truc. Après je suis pas fermé, récemment j’ai vu Django Unchained et c’était très bien.
S : … (il réalise qu’il ne pourra pas parler de Batman ou de Kick-Ass avec cet individu)
N : Nan, c’est fini le catch. Enfin lui, il est plus dedans en tout cas.
T: ah.(cette réponse déprime légèrement Teobaldo)
[spoiler intro= »La y a une question sur The Wire » title= » avec plein de spoilers dedans, donc si tu veux pas lire, tu cliques pas et puis c est tout »]
T : tu dis que t’as « plus pleuré la mort de Stringer Bell que celle de ton couple »… parle nous un peu du personnage.
N : Ça m’a fait mal. C’est un petit bâtard, mais c’est un personnage extraordinaire. C’est comme Boyz in the hood, à chaque fois que je le regarde, j’espère qu’il ne va pas se prendre une balle à la fin. Et à chaque fois, je suis super triste, alors que je l’ai déjà vu dix fois ! Pour Stringer Bell, pareil. Je me doutais qu’il allait se faire canner, mais je me suis menti jusqu’au bout. C’est un méchant qui est dans l’intellect, un vicieux. Pour comparer, la mort de Prop Joe, j’étais moins triste. Celle de Boddie, un peu ouais. Il est mort en soldat ! Omar, j’étais super choqué. Pour Snoop, j’étais content, elle était soulante à vouloir buter tout le monde ! Cheese, j’étais content aussi. C’est un gag ce mec ! Elle m’a perturbé cette série, j’étais à fond dedans.
[/spoiler]
S : Le mot de la fin ?
N : Je te fais le truc classique : Supernova dans les bacs, allez soutenir, blablabla.
S : t’as pas mieux que ça ?
N : Si : les interviews aussi c’est mieux maintenant je trouve. Parce que moi, durant des années, on m’a sorti la question « mais alors c’est pas trop dur de pas avoir percé ? C’est dommage quand même, non ? », on me disait ça super gentiment en plus ! C’est comme si tu perds un billet qui s’envole et pendant toute la journée ton pote est là « merde c’est pas de chance hein ? Tu te rends compte, t’aurais pu t’acheter… » c’est bon c’est passé (rires).
et ouais, on s’est même retenus de lui poser la question « quand t’épelles ton blase t’es obligé de dire N.A caca ou c’est comment ? tu dis Na2k ? ». Pro jusqu’au bout sur ce coup là. (pour rappel, si vous aussi vous désirez une interview, nos tarifs sont ici. Certes ce n’est pas donné, mais la qualité a un prix.)
Un titre lamentable, un montage d’images hideux : tu ne te trompes pas, il était grand temps de refaire des parallèles entre rappeurs et superhéros (ou autres). C’est la suite de ça en fait. C’était la partie 1 et on s’est rendu compte que y’avait jamais eu de partie 2. Comme quoi c’est fou la vie des fois. Donc quel mc correspond à quel perso de comics, round 2, c’est parti mon kiki, au boulot mon coco.