On fêtait le Gucci Day la semaine dernière, le 17 Octobre. Gucci a sorti récemment son Autobiographie et j’ai vu passer une playlist Gucci Mane – The Autobiography qu’on peut télélourder ici.
L’année derniere, j’avais compilé quelques titres pour une jeune femme qui ne s’était pas encore convertie au culte du Brick Squad ; titres qui ont rythmé mes écoutes depuis 2009, depuis que Gucci est présent dans mes playlists et mon univers musical.
Je repasse vite fait pour vous proposer cette sélection Gucci Mane chérie du Barbouze, deux heures de Guwop dans les oreilles -j’ai mis Gucci Terentino – Free Bricks deux fois parce qu’une fois ne suffisait pas.
Longue vie a Mr Zone 6.
Cliquer ici sur la cover pour accéder à la sélection :
Contrairement aux anciens écrivains underground de romans policiers, pour la plupart rémunérés au mot, j’écris ici pour la gloire … Du coup, ci-joint non pas 10, mais 5 Commandements au rabais. Sorte de G-code maison qui énumère certaines règles à ne pas transgresser si tu veux prospérer sur le biz bien établi du rap et de la vie, quitte à devenir blindé comme Jé$u$ tout en restant intègre comme Cré$u$. Ou le contraire. En piste.
1er Commandement : « Ne prends pas de drogues avec tes ennemis »
Bon, tu n’es plus en 1960/1970, fiston. L’autodestruction est devenue à peu près aussi subversive que Miley Cyrus. En plus, l’herbe n’est plus synonyme de partage et convivialité. Rappelle-toi, les amérindiens ont partagé le calumet avec les colons Blancs dans la backroom de leurs tipis à la forme pyramidale. Résultat des courses : massacres, puis ségrégation !
Depuis la kush a poussé des idiots qui ne fumaient pourtant pas à dire bon nombre d’inepties. Jadis, le « Mc Carthy de la drogue » Harry Anslinger (1892-1975) avait légiféré sur l’effet nocif de l’herbe sur les communistes et les « races dégénérées » (sic) dixit :
« Leur musique satanique, jazz & swing, est le résultat de leur consommation de marijuana. Cette marijuana pousse les femmes blanches à entretenir des relations sexuelles avec les négros, les gens du spectacle et les autres. L’herbe fait penser à ces négros qu’ils sont l’équivalent des Blancs ! »
Bon, vas-y mollo avec le très addictif syrup, lequel te rendra aussi lent que le Marseille-Vintimille, puis, à la longue, te fera ressembler à une barrique. Vigilance sur les drogues synthétiques à moins que tu veuilles ressembler à Charly Sheen. Oui, sauf que Charly est fils de Martin, sa star de daron auquel il a volé la carte bancaire pour s’envoyer son premier rail de coke et négocier son dépucelage avec une prostituée de Las Vegas. C’est bien simple, Charly Sheen peut se défoncer en toute liberté vu qu’il n’a pas/plus d’ami depuis qu’il ruiné sa carrière d’acteur en vivant une vie sans le moindre mensonge, existence aux proportions homériques qui captive les âmes damnées.
Bref, si tu as le moindre doute, (ré)écoute feu Notorious Big qui racontait ceci dans « Warning »:
« It’s the one’s that smoke blunts withcha, see your piccha, now they wanna grab they gunz and come and getcha … »
2ème Commandement : « Serpent qui danse n’évoque pas obligatoirement amour charnel et passionnel »
Rappelle-toi, le Serpent du Jardin d’Éden est l’initiateur du mensonge. Depuis, les afro-américains l’ont cuisiné à leur propre sauce, faisant du serpent une connotation sexuelle familière et implicite. En fait, l’imagerie animale issue de l’ensemble des croyances importées d’Afrique enrichissait la chanson de superstitions obscures et de métaphores zoomorphiques. Il fut une époque où tout le monde se bidonnait en écoutant ces mélopées qui parlaient de « serpent noir qui rampe le long de son gros cul » (sic), oui tout le monde … sauf les Blancs et les enfants. Imaginez une seule seconde la saveur du truc !
Quant au rap, il a inventé le « snake azz nigga » – antithèse du « main nigga » – ou l’esprit pervers qui te sourit à pleines dents mais qui ondule, rampe et finit par s’enrouler autour de ton cou … dixit Kevin Gates dans « Snake Nigga »
«Snake nigga’s try to put my money in a ceiling / Pow, pow, nigga that’s the main missing / You wish nigga out of too families / My mama she told me go get it / Conviction, convictions go get it / Go get it, go get it, go get it / Conviction, convictions go get it. »
3ème Commandement : « Range ta banane si tu ne possèdes pas la carte bancaire qui fait Trap, Boom, Bling ! »
On te l’a dit et répété mille et une fois : « L’amour n’est pas un bouquet de violette, fiston ! ». Si tu persévères, tu vas l’apprendre à tes dépends. J’ai entendu dire que tu la joues clubbish sans les pourliches, que tu rappes à demi-mots et n’as pas la glace trois-boules tatouée sur la joue ? Brrrr … Tu vas droit dans le mur mon garçon. L’humour et le baratin ça va cinq minutes … les filles te le diront mieux que moi.
Hein, tu me traites de rabat-joie ? Ouvre grandes tes esgourdes, dans « Face Card » le trap king explique de A à Z en quoi consiste la flambe clubbish:
« New Gucci boots but fuck the shoe laces / Smoking on purp that smell just like grapes / And I don’t smoke mid, I don’t like the taste / Buy my ace of spades by the case and I don’t have to pay I just use my face. »
4ème Commandement : « Ne soutiens jamais un candidat politique ou tu deviendras une sorte de ‘pimp cheap’ de la rime centriste ! »
Pas envie de les nommer. Tu les reconnaîtras, ils parlent haut et fort. Ils ne parlent pas uniquement de ces rappeurs illustres qui en disent plus sur notre époque que les plus brillants développements, ils jactent à la télé quand tu es absent. On sait tous ce que deviennent les MC’s politico-médiatiquement engagés. Centre gauche ? Divers droite ? W9, CNN, Canal +, Captcha TV … Le Cirque Pinder tout ça. Quand ils intègrent le truc , pour ne pas se tromper, ils doivent se rappeler la morale des autres. Un calvaire, fiston, les compromis ça les abîme.
Ils leur est publiquement interdit de dire de leurs patrons qui les emploient que « leurs femmes sont laides, leurs mentalités à chier, que leurs vies sont minables ! » Je te jure, la prison n’est rien à côté.
Tous ont oublié que la vie du G est en tout point semblable à la solitude du coureur de fond … oublié qu’on demeure seul pour survivre, seul pour crever. C’est pas seulement moi qui le dit, il y a aussi Z-Ro dans « Happy Alone » :
« I’m cool as a popsicle, in the freezer in the winter time / But I’m a damn fool, and I have about respect so give me mine (…) My attitude is leave me the fuck alone / I know they don’t give a fuck about me / I promise I’ll be happy alone / Whether you see me on TV or these streets / I’m not a rapper homie, I’m just a G. »
5ème Commandement : « Remballe ton pistolet à eau, puis en ce qui concerne les cookies, ralenti, fiston, ralenti … »
Bon, je sais, je ne suis ni ton père, ni ton frère. Pourtant, sais-tu que tu vas faire de la peine à ta mère si tu files du mauvais coton ? J’ai entendu dire que tu trimballes un glock dans la poche de ton futal et que tu incarnes à toi tout seul, Franck Matthews, Supreme Mc Griffith et Curtis Snow réunis ? Ralenti, fiston ralenti, la rue est un vrai schmilblick. Tu es un condamné à mort qui ne vaut pas le prix du projectile qui va trouer ta carcasse de gangster en goguette.
Entends-tu sonner le glas de « Scary » de feu Doe-B. La rue il a connu, il a payé cher sa dette. En ce qui concerne les cookies, mets un bémol une bonne fois pour toutes … Puis remballe ton pistolet à eau, fiston.
« I bet that white bitch ain’t no human, we bring her down to pieces and spread her out to the community. »
Rangeons d’office Young Dolph parmi les sophomores. Même s’il n’a pas encore une énorme exposition outre atlantique, le jeune rappeur de Memphis commence à se faire un nom, du moins dans le sale sud des Etats-Unis. En témoignent ses nombreuses collaborations avec des noms qui vous seront surement familiers : Juicy J, Project Pat, 8 Ball & MJG dans un premier temps, Memphis 10 affiliation. Young Scooter et aussi surtout Gucci Mane, proche voisins d’Atlanta.
Après avoir vu le nom de Dolph traîner discrètement sur les nombreuses cassettes de l’homme au cône glacé, les deux rappeurs ont finalement sorti une mixtape en commun sobrement appelée EastAtlantaMemphis. Des rumeurs ont même circulé dans les internets à propos d’une signature de Young Dolph chez Bricksquad. Même si au final, cette histoire est restée au stade de rumeur (et peut être tant mieux finalement), ça peut vous aider à évaluer le potentiel du jeunot. Rappelez-vous que Waka Flocka, Future et dans un avenir proche (sans prendre trop de risques) Young Scooter ont tous été plus ou moins mis dans le rap jeu grâce à tonton Gucci. Rentrons dans le vif du sujet : qui est-il ? D’où vient-il ?
J’ai découvert Dolph en errant sans but dans les suggestions Youtube (un job a plein temps) et en tombant sur le titre I Think I’m Sprung. Des basses plus lourdes que les fesses de Cherokee , Juicy J en LV qui rappe un puissant couplet devant une Bentley, un refrain qui rentre dans le crâne sans plus jamais vouloir sortir … Ca parlait d’herbe, d’argent sale, avec des punchlines mongoles à souhait (le gimmick de Dolph est d’ailleurs : STUUUUUUPID), ça dansait des coudes … Il n’en fallait pas plus. Sur la première ligne (à l’époque) de son CV figurait High Class Street Music 2. Une cassette pas exceptionnelle mais qui laissait par quelques indices, espérer du très bon à l’avenir. Dans le désordre, le street banger Gangsta (avec l’intro de son clip que je vous laisse savourer), son amour pour les polos Ralph, un son avec Drumma Boy (excellent producteur, originaire de Memphis lui aussi ), I need my medecine, un feat avec 2 Chainz (époque T.R.U Realigion) un flow nonchalant à souhait … Et l’intime conviction que les cris insupportables de Dj Scream était finalement des douceurs pour les oreilles à côté des beuglements insupportables de Bigga Rankin (#teamNODJ).
Deux mixtapes plus tard, Young Dolph est passé de futur bon potentiel au statut d’un prétendant d’un pick parmi les 5 premiers choix de la draft. A Time 2 Kill est le projet de plus de 20 titres qui est probablement encore aujourd’hui sa meilleure ogive. Si vous voulez vous faire une idée fidèle de ce que Dolph Gabbana a sous le capot, c’est ce qu’il faut écouter en priorité. Le street single A-Plus leaké juste avant la sortie de la K7 annonçait la couleur : enchainement de titres puissants (Sky High), savant mélange entre le spectre de Memphis et la trap music moderne purement Géorgienne. Tout y passe. Apologie au statut d’auto-entrepreneur : Money Talk avec Don Trip, Money Money Money, Clientele, Booked Up avec Gucci Mane. L’addiction aux diverses drogues locales (Hella Stoned) et les histoires de rues toujours bien décrites, avec souvent, Oncle Vick comme point central : Runs Thru My Blood, Survival Of The Fittest et Linvin’ My Life. Orchestré de très près par Dj Squeeky qui signe 80% des prods, vieux mais néanmoins talentueux DJ originaire de … Memphis.
Les deux tapes suivantes symboliseront la vitesse de croisière de Young Dolph. C’est solide et homogène. Blue Magic (bel hommage a Frank Lucas, d’Harlem pas de Star Wars) se verra doté d’un peu moins de prod de Squeeky et d’un peu plus de Drumma Boy. High Class Street Music 3 : Trapin Out A Mansion la dernière en date, est objectivement un niveau en-dessous malgré quelques pépites. No Sleep, Insane, Grew Up… Si Dolph n’avait cesser de crier à longueur de morceau «I should do a movie» pour je ne sais quelle raison, sa prochaine sortie ira dans ce sens : South Memphis Kingpin sort aujourd’hui chez tous les bons crémiers, et sera accompagné par un DVD disponible sur iTunes (et donc payant probablement) le 19 #YOUSMELLME ?!
Comme d’habitude, votre site favori vous livre une mixtape qui vient tout juste de sortir du four : EXTRA STUPiD MiXTAPE, YOUNG DOLH & FRiENDS. Cliquez mes jeunes, c’est gratuit et non-imposable. Vous pourrez écouter ce que peux produire Young Dolph en dehors de ses propres mixtapes et sans son « entourage habituel » : Dj Squeeky et Drumma Boy particulièrement. Entre les synthés des prods de Zaytoven et les notes de piano estampillé Speakers Knockers, vous retrouverez des featurings avec des rappeurs assez méconnus sur notre coté de la planète : Don Trip, Starlito, Peewee Longway, Scooter, Zed Zilla… STUUUUUUUPiD !
Ça y est, le 22 Septembre est passé, les nichons, les décolletés qui laissent entrevoir grave du nichon, les glaces à l’italienne qui dégoulinent sur les nichons et tous les autres plaisirs estivaux sont désormais loin derrière nous avec l’arrivée de l’Automne. On a tous notre façon de remédier à ce coup dur qu’est la vague de froid qu’on va se prendre dans la gueule à la vitesse d’un service de Nadal sur terre-battue. Certains profitent des joies du torrent pour oublier le malheur le temps de quelques galipettes d’Abella Anderson, d’autres se goifrent d’Apéricubes en regardant des photos de leur ex, la larme à l’œil (ouais yen a qui font ça) et toi, tu as décidé d’optimiser ton temps de vie en cliquant sur ce lien pour te remémorer le temps de quelques minutes une sélection de quelques sorties de l’été qui valaient vraiment le coup d’oreille.
Earl Sweatshirt – DORIS
Une envie de suicide ? Tu ne comprends rien à l’amour mais tu as des sentiments pour ta meuf ? C’est dans ta mocheté que réside ta beauté (tu comprendras la référence à Atef) ? Ou tu es simplement un Gremlins ?
L’écoute de cet album te sera donc fortement conseillée par le docteur Gonzo. Le membre le plus prometteur de l’OF a réussi à produire une bonne quarantaine de minutes de chaos (à seulement 19 ans) qu’il vaudrait mieux ne pas louper sous peine de finir heureux à un moment ou un autre.
A$AP Ferg – Trap Lord
Certains crieront au scandale se disant que ce tocard de gros lardon doté d’une voix de transexuel ne mérite sa place dans aucun top tellement la place de Trap Lord est déjà prise par quelques types qui postent des photos d’eux se faisant sucer sur instagram ou même d’autre avec des tatouages de gourmandise sur la gueule ou au nom futuristique. J’ai aussi rechigné avant d’écouter cet album, mais franchement je ne regrette pas de l’avoir fait. Son phrase, ses rimes ainsi que ses rebondissements inattendus font vraiment de Trap Lord un album qu’il aura fallu écouter cet été, ne serait-ce que pour voir le génie certes passager, mais tout de même sympathique de l’A$AP Mob.
Fat Trel – SDMG (mixtape gratuite)
Ne tournons pas autour du pot. SMDG étant l’acronyme utilisé pour désigner les plaisirs simples de la vie que sont Sex Drugs Money Guns, je pense qu’il n’y a pas besoin de faire d’exposé pour expliquer à quel point Fat Trel trappe durement, et même si parfois ça foire un peu, l’ensemble est vraiment salement bon.
Gucci Mane – #WW3
Le 12 Août 2013, Guwop a sorti 3 mixtapes (soyons clairs, l’équivalent d’une soixantaine de sons quoi) avec pour titre commun « WW3 ». Chacune se différencie par le biais d’un sous-titre portant le nom d’une drogue : « Gas » (la fumette), « Lean » (la fameuse boisson codéinée) et « Molly » (la MDMA). A vous de choisir votre mixtape, personnellement j’ai salement poncé la dernière citée, et ça colle parfaitement à l’ambiance. Vive Gucci Mane, vive les addictions, vive le Lady’s Dallas et vive la mort à 33 ans.
El-P & Killer Mike – Run The Jewels (mixtape gratuite)
En France on attend désespérément un nouveau projet de l’U2F (on prie aussi discrètement chaque jour pour que le groupe d’Orelsan et Gringe implose suite à un diagnostic du cancer de la gorge des deux « rappeurs » pour qu’ils ne puissent plus jamais approcher un micro) pendant qu’outre Atlantique nos bien heureux confrères américains peuvent profiter les oreilles grandes ouvertes de Run The Jewels, projet établi par nos deux rappeurs/producteurs, qui est selon moi la vraie perle de l’été. A mi-chemin entre la drogue, les femmes, la rue et la trisomie, nos 2 compères arrivent largement à nous chier un magnifique tableau de leur quotidien loin du calme et des massages thaï.
Kevin Gates – Stranger Than Fiction
La rue rappée et chantée comme si on y était avec pour chef d’orchestre Mr. Gates, c’est dur de trouver mieux.
Drake – Nothing Was The Same
Je hais Drake. Je maintiendrai mes positions jusqu’à ma mort en affirmant que c’est le chef du club des transformistes du rap-game. Ce mec n’a aucune crédibilité, il a joué dans Degrassi, il fait de la musculation seulement la période avant l’été, il a un double menton, le regard tombant et doit être aussi puissant qu’un moineau cuit. Mais bon, avec son nouvel album ce sale bâtard lance encore une fois un nouveau pavée dans l’océan de cyprine de toutes ses conquêtes. Donc voilà la clef du sexe pour fin 2013, c’est le nouvel album de notre transformiste Drake qui fait le même effet qu’une intraveineuse de gingembre.
Forest Swords – Engravings
Un petit anglais (un de plus) a un jour décidé de se lancer dans de la musique conceptuelle en donnant des noms imprononçable à la plupart de ses chansons. Il avait même décidé de choisir son nom de scène après avoir fumé 4 ou 5 joints d’héro. Et voilà, le mec se fait encenser de partout, il tire des meufs à gogo, c’est la fête. N’empêche qu’au final cet album vaut vraiment le coup. Il s’adapte dans toutes les circonstances, si tu dois bosser sur un truc mais que t’as besoin d’un fond musical, si t’invites des gens chez toi et qu’ils ne sont pas fans des « sucez » d’Alkpote, ou même si tu cherches un peu de douceur après le choc post-éjaculatoire, fonce mon ami.
On présente pas Muddy Waters. Si on connait pas Muddy Waters on google Muddy Waters. Pas loin de la source de la musique noire américaine on trouve Muddy Waters. Quand je parle de source, je parle de source de courant électrique. Muddy Waters, a.k.a the Mannish Boy a.k.a Hoochie Coochie Man a été un des premiers bluesmen à électrifier le blues au grand dam des puristes de l’époque, ces blancs qui réussirent à niquer le Jazz avec 1. des grands ensembles orchestraux et 2. en lui enlevant sa rythmique. Le Jazz doit son salut à des artistes comme Charlie Parker. Google aussi Charlie Parker, mais bon on est pas là pour parler de Charlie Parker. Pour les puristes du blues, à l’époque, le blues ça devait être joué et chanté par un noir en salopette avec une guitare folk. J’imagine que le Hoochie Coochie Man se foutait des puristes. Lui il a fait son truc à la guitare électro pour parler de femmes, d’alcool et de dope entre autres : « Donne-moi du champagne quand j’ai soif donne-moi un splif quand je veux me mettre bien (…) Et chaque fois que je me mets bien, je pose ma tête sur ses seins, ouais tu sais je me pose au calme, j’essaie de prendre un peu de repos ». Muddy Waters avait le sens des priorités.
“Yeah bring me champagne when I’m thirsty.
Bring me reefer when I want to get high.
(…) Everytime I get high
I lay my head down on my baby’s breast.
Well you know I lay down be quiet
Tryin’ to take my rest.”
Comme le dit la chanson, Muddy Waters était issu du Delta du Mississipi. En 1943 il est parti chercher fortune à Chicago avec son blues électrifié. The rest is history. Gucci Mane lui venait de l’Alabama quand il a débarqué à onze ans dans la zone 6 d’Atlanta. The rest is aussi history. Je présente pas Gucci Mane non plus. On présente pas Gucci Mane. Si tu connais pas Gucci Mane c’est sûrement que t’as atterri sur Captcha Magazine après une recherche Google du type « Nazi Zoophile mangeur d’utérus ». Muddy Waters et Mr Zone 6 ont en commun, en plus de leurs origines rurales du sud des Etats-Unis, un véritable charisme, un air un peu ahuri, une dose de j’m’enfoutisme qui cache une maîtrise trop bien exercée de leur art et une vie qui colle à leur œuvre comme l’a écrit PureBakingSoda à propos de Gucci dans cet article. Mais surtout le Hoochie Coochie Man comme Gucci Mane ont redéfini les termes de leur musique, le blues et la trap, en y imposant leurs propres codes. Muddy Waters déclarait en 1969 « I am the blues » comme aujourd’hui Gucci nous le fait savoir à travers sa trilogie de mixtapes Trap God, que – deux points, ouvrez les guillemets – La Trap c’est moi. A la manière d’un Roi Soleil.
Sur le morceau Get Money N***a issu du premier volume Trap God sorti en 2012 qui feat. un Meek Mill en grande forme, dès les premières secondes ce qu’on entend chez Gucci c’est la voix et le jeu de phrases d’un bluesman qui a un peu trop vécu : un brin de lassitude mêlée à une vieille détermination. « Je suis dans la froidure de la baraque à dope et j’ai turbiné toute la journée, je suis le Amstrong du bicarbonate de soude, cette merde se vend avant qu’elle sèche », demandez pas si c’est Lance, Neil ou Louis Amstrong, à l’intonation de sa voix fatiguée on perçoit les stigmates de l’autodestruction propre aux véritables artistes. Le personnage de Cartoon Guwop a laissé le registre au truand et quand le truand s’exprime chez le rappeur bipolaire, pas besoin d’en faire des tonnes pour que ça sonne juste. Gucci Mane est authentique et à l’évidence, au grand dam des puristes HipHop , un digne héritier du Hoochie Coochie Man.
“I’m in the trap house with my long johns
and I been trapping all day long
they call me baking Soda Amstrong
before it dry that shit be gone”
Tel père tel fils, on salue la mémoire de Muddy et on souhaite une longue vie à Gucci.
(bonus à écouter le matin au réveil à volume élevé)
Je confirme : la beef, la vraie, est devenue une denrée rare. Quelque part, personne ne s’en plaindra vu les dégâts intimes mais aussi collatéraux qu’elle a souvent occasionné. En général, c’est le consensus qui a pris le pas sur l’effort permanent des labels pour développer une stratégie de l’embrouille instinctivement ancrée dans la texture acrimonieuse du rap de genre. Lire la suite « BLACK MICMACS : 4 beefs du Dirty south ! »→