Le Bruit De Mon Ame est-il meilleur qu’Or Noir ?

On pourrait s’interroger sur la pertinence de comparer entre eux deux albums d’un même artiste, mais faites pas chier.

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Avant de détailler les qualités intrinsèques de ces deux disques, il convient de contextualiser leurs sorties. En 2013, quand Or Noir déboule, Kaaris jouit d’une attente quasiment jamais vue dans l’histoire du rap français -et je pèse mes mots. Depuis deux ans, il préparait le terrain : quelques gros freestyles, une série de featurings avec des noms relativement importants (Despo, Dosseh, Sazamyzy, Alkpote …), et Z.E.R.O -qui reste pour moi, à l’heure actuelle, son meilleur projet. Puis, le passage à la vitesse supérieure, symbolisé par deux featurings avec Booba : Criminelle League d’abord, puis, surtout, Kalash. En un seul couplet sur l’album du rappeur le plus médiatisé de France, Kaaris a attiré toute l’attention sur lui. A l’époque, personne ne s’est encore engouffré dans les sonorités trap comme Kaaris. Même s’il ne fait qu’adapter des codes venus de Chicago ou d’Atlanta, il donne aux oreilles françaises une véritable impression de nouveauté. En important des sonorités pourtant déjà vues et revues aux Etats-Unis, il a presque révolutionné à lui-seul le rap français. Il faut dire que Kaaris est doué.

illustration-kaaris-olivier-devaureix-306x350Extrêmement bien gérée, la période promotionnelle fait monter la sauce de manière exponentielle. Zoo est un tube incroyable qui finit d’assoir la popularité du rappeur sevranais, les interviews sont méthodiquement distillées, et les polémiques sont évincées comme si elles n’avaient jamais existé. Chaque extrait précédent la mise en bacs est parfaitement choisi (Binks, AMG 63 …), et achève à chaque fois un peu plus l’attente homérique autour de la sortie d’Or Noir. Et puis, il y a ce personnage, sorte de Black Terminator, qui semble aussi insensible qu’impitoyable. Excellent rappeur, style révolutionnaire, personnage captivant … je ne vais pas vous refaire l’histoire, mais il est important de bien se rappeler dans quel contexte est sorti Or Noir : rarement l’attente autour d’un premier album de rappeur français avait été à ce point phénoménale.

Le contexte autour de la sortie du Bruit de mon Âme était bien différent. D’abord, parce qu’en un peu plus d’un an, Kaaris était devenu un rappeur confirmé, et un poids lourd de l’industrie de la musique. Difficile de surprendre quand tout le monde connait ses moindres faits et gestes, et quand chacune de ses mesures est décortiquée comme si les commentateurs de Rap Genius étaient rémunérés. Kaaris attire moins la curiosité, parce qu’on sait tous de quoi il est capable. La vraie difficulté, cette fois, était de confirmer après un premier album presque unanimement qualifié de classique instantané.

 

Attention, je ne dis pas que le contexte de sortie de LBDMA est plus compliqué que celui d’Or Noir. Car l’attente fabuleuse autour du premier album a généré une pression pas forcément facile à gérer. Et surtout, qui dit grosse attente, dit très gros risques de déception. LBDMA était moins attendu, et risquait donc moins de décevoir. Mais il avait également un peu plus de chances de laisser indifférent. En fait, les craintes concernant les réelles qualités de cet album sont nées avec les premiers extraits, pas franchement flamboyants. D’abord, aucun tube universel façon Zoo. Ensuite, une impression de redite biaisée d’Or Noir, avec du French Chiraq (Sevrak, Magnum), et aucun titre vraiment porteur.

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Une fois l’album lancé, les doutes s’envolent pourtant rapidement. Dès l’intro, on comprend d’ailleurs immédiatement où se situent les différences entre les deux albums : Bizon était un coup de pression incroyable, avec deux grosses minutes de puissance brute sans la moindre respiration, comme un enchainement de droite-gauche-crochet interminable. Kadirov est également très dur et énergique, très rentre-dedans, mais fonce moins tête baissée. BPM moins élevées, plus d’espace entre les mesures -et donc un peu plus le temps de rependre son souffle entre chaque droite-, mais aussi plus d’effets sonores. Cette distance entre les deux premières pistes, c’est l’analogie parfaite de la distance entre les deux albums. Kadirov est intrinsèquement aussi bon que Bizon, mais il ne provoque pas le même effet chez l’auditeur. Bizon clouait au sol, alors que Kadirov nous laisse le temps d’apprécier ses qualités. Cette analogie se retrouve tout au long de l’album, même si on ne peut pas la reporter piste par piste, bien sûr. Cela n’aurait aucun sens. La plupart des titres sont trop singuliers pour être comparés à d’autres. Zoo n’a pas d’équivalent sur LBDMA, de la même manière que 80Zetrei n’a pas d’équivalent sur Or Noir.kaaris-est-en-studio-et-prepare-son-prochain

Mais on retrouve par exemple le même type de différence sur les deux titres éponymes : Or Noir et Le Bruit de mon Âme. Deux titres plus posés et plus introspectifs, qui dénotent avec le reste de l’album, et qui mettent l’accent sur d’autres qualités de Kaaris -son écriture, en premier lieu. L’un ou l’autre toucheront différemment l’auditeur en fonction de ses sensibilités et du contexte, mais Le Bruit de mon Âme est clairement mieux maitrisé : plus musical, avec un refrain bien plus abouti, et une prod moins minimaliste. LMDMA est beaucoup moins instinctif qu’Or Noir, mais il est beaucoup mieux pensé. Comme si la créature surpuissante mais complètement incontrôlable du premier opus avait appris à maitriser ses super-pouvoirs. Or Noir était en quelque sorte un enchainement de bangers : grosses gifles (si ce n’est plus …) de la première à la dernière piste. Le problème de ce type d’album -un album extraordinaire, pas de doute là-dessus-, est qu’il est typiquement un produit consommable. Or Noir s’écoute énormément, se savoure à grosses doses, mais ne dure pas réellement. Or Noir part.2 a été un second souffle fabuleux, mais toujours sur ce modèle de bangers qui s’empilent les uns sur les autres, sans réel sens à la construction.

LBDMA, malgré quelques gros bangers devenus inévitables, est plus dilué. Les titres ne s’empilent pas les uns sur les autres, mais se complètent, afin de former un ensemble plus solide. On le ressent même dans la structure des morceaux, plus denses et plus variés. Kaaris change 4 ou 5 fois de flow sur quasiment chaque titre, c’est réellement impressionnant. Il le faisait également sur Or Noir, bien sûr, mais il semble avoir passé un palier avec ce nouvel album. Il pourrait presque sortir d’une école de commerce tellement il est méthodique. Certains vont même jusqu’à lui reprocher ce côté « envie de trop bien faire ». C’est caustique. On irait presque jusqu’à lui reprocher de trop bien faire son travail.

 

Si le Kaaris d’Or Noir était Avon Barksdale, toujours prêt à entrer en guerre sans besoin de personne, le Kaaris de LBDMA serait Stringer Bell : posé, réfléchi, prêt à s’associer avec les bonnes personnes, et faisant passer les affaires avant la rue. Ou alors, il est peut-être plus simplement cette synthèse des deux qu’est Marlo Stanfield : ambitieux et impitoyable, incapable de faire des concessions, et prêt à tuer celui qui l’a pris sous son aile.

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la suite de ça
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Nous revoici dans l’hézélizipozorteuzeur du SHIZIELD, où le directeur général Booba Fury est en colère. Et au passage, on dit directeur général mais c’est bien plus que ça. Il est directeur mais aussi général. Les 2. Donc le jour où il passe PDG je vous dis pas le merdier.

Booba -Mais qu’est-ce que tu fous là, toi ?
Zekwe -Je viens du futur en Delorean, comme Marty MacFly….
Booba -Faux ! C’est moi qui suis dans le futur, pas toi. Bâtard, c’est mon futur ! Surtout celui là. Et ça explique pas comment t’es arrivé à bord de mon super Héliziporteur en plein vol.
Zekwe -Peut être parce que la Delorean peut voler ?
Seth Gueko -Et qu’est-ce que t’es venu foutre là, ma couillasse ?
Zekwe –J’ai la richesse d’être libre donc techniquement, je fais ce que je veux.
Seth Gueko -Avec tes cheveux ? Ça explique la crête ! ZBLAX !
Zekwe -Très marrant. Non en fait je suis venu pour la fille d’à côté. De toi.
Shay -Moi ? Tu peux toujours rêver si tu veux un feat.
Zekwe -Non, je sais que tu es un T800 venu du futur.
Shay -Ouais, T800 version feumeu.
Kaaris -Toi aussi t’es venue du futur pour baiser Sarah Connor ?
Booba -Fermez là avec vos conneries ! Y a que moi qui vient du Futur ici ! C’est même le blase de mon album.
Zekwe -En fait je me surnommais « Mr Futur » bien avant et…
Booba -Je m’en branle, c’est moi le plus connu. Si c’est comme ça je vais aussi prendre des gimmicks de chez toi genre « Zere ». Et toc, bien feinté l’asticot.
Zekwe -Je viens d’Evry, moi. Pas de Grigny.
Booba – MAIS C’EST PAREIL PUTAIN
Kennedy -Je suis désolé de casser l’ambiance, mais moi je disais déjà « On m’appelle Kennedy ou Futur » et c’était en 2005. Donc ça veut dire que, techniquement, je vous ai pompé. Je suis désolé.
Booba -…
Zekwe -…
Shay -…
Kaaris -…
Dosseh -…
Nessbeal -…
Niro -…
Issaka -…
Mala -…
Djé – »’
Grodash -…
Smoker -…
Seth Gueko -Non, alors je t’ai déjà expliqué, ma couillasse, mon julot, mon potogo. Une bonne fois pour toutes : pomper quelqu’un c’est ce que tu fais d’habitude en reprenant des phases que les gens ont sorti AVANT toi. Pas après.
Kennedy -Ah ok… Mais du coup, si on la sort tous les 2 en même temps ?
Zekwe -Bon allez, j’en ai raz le cul ! Je reprends ma Delorean et je vais remonter le temps avant d’avoir cette conversation avec vous.

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Booba -Bref. Quelqu’un ici n’a pas suivi le plan, quelqu’un ici a trahi, quelqu’un ici a poussé le bouchon beaucoup trop loin sans s’appeler Maurice. Et c’est toi, Niro !
Niro -Quoi ?! La vie de ma mère que je suis pas un teutrai, reste tranquille !
Booba -Tu as franchi la limite !
Niro -Mais c’est quoi la limite ?
Booba -Ne pas feater le rappeur pointeur !
Niro -Le feat avec La Fouine ?
Booba -Si si.
Djé -Pas dire je veux, mais Grodash, Kennedy, Seth, Smoker et surtout Nessbeal aussi l’ont déjà fait.
Booba -Allez hop ! Tous par dessus bord et toi aussi, Djé, parce que j’aime pas les gens trop fidèles non plus ! Poucav tout naze.
Niro -t’inquiète j’ai pas fini d’en faire des feats qui vont te faire chier.

–Les hérauts décident alors de se tirer devant un accueil aussi mitigé de la part de leur hôte. Quelque part, qu’il aille se faire foutre–

Linsen -Nous aussi on se casse ? Parce qu’à vrai dire le canap est confortable, ici.
Booba -Rappelle moi qui tu es ?
Linsen –Linsen. Le mec d’Unité Spéciale.
Booba -Les mots sortent de ta bouche mais n’ont pas de sens.
Linsen -Je fais du rap. On m’appelle l’insane.
Booba – …
Linsen – L’insane. Jeu de mot.
Booba – …
Linsen – non parce que tu vois, en fait…
Booba – je t’arrête tout de suite, mon silence n’est pas un oubli. Tu dis que tu rappes, prouve le, sors une phase.
Linsen – À quoi sert un avocat si t’es coupable ?
Booba -Au hasard : esquiver la zonz ?
Linsen -Mouais.
Booba -Donc toi si on te demande si tu veux un baveux tu réponds « pas la peine, je suis coupable »
Linsen -Bah ouais. La dernière fois l’inspecteur m’a dit qu’il en faudrait plus des comme moi.
Booba – Tu m’étonnes. Et sinon, tu veux un grec ?
Linsen -Pas la peine, j’ai faim.
Booba -Je vois, je vois… Hey Dam16, tu veux poser sur une de mes mixtapes ? Au point où on en est.
Dam16 -Pas la peine, j’ai un gros son en réserve que je vais bientôt mettre sur myspace.
Booba -Pourquoi tout le monde me fout pas la paix comme vous ? Vous êtes les meilleurzere.
Gato – I am Gato
Booba – je me disais aussi. Tu peux rester, mais je sais pas vraiment pourquoi.


Dehors, les hérauts discutent entre eux pour tuer le temps et briser le silence gênant en attendant que leurs parachutes Ünkut (facturés) ne les ramènent sur la terre ferme. Booba Fury allait pas se faire chier à poser l’Elieporteur non plus.
Niro -Moi je dis, on s’en bat les couilles. Bat les couilles. Bat les couilles.
Dosseh -On va continuer nos affaires de notre côté.
Kennedy -Mais vous comprenez pas ? C’était la chance de notre vie.
Seth -Mais qu’est-ce que t’as à être comme ça avec Booba, ma couillasse ? Même moi, je l’aime beaucoup, mais toi t’es excité comme Guy George aux jeux paralympiques à chaque fois que t’en parles.
Kennedy -Mais c’est normal. Booba déchaîne les passions. C’est comme ça. Le mec est arrogant. Il dit qu’il va tout baiser. Et ça arrive. Comment il fait ? Est-ce que c’est un gros gogol qu’a de la chatte ? Mais comment il ferait tout ça si il était gogol ? Est-ce qu’il savait avant qu’il allait tout niquer ? Comment il savait ? Est-ce que c’est son arrogance qui lui donne sa fore ? Sa force qui lui donne son arrogance ? Sa confiance en lui aurait été ébranlée si il avait merdé en route ?
Shay -Et il a des pecs trop beaux.
Kennedy -J’allais le dire. Finalement, Booba nous renvoie à notre propre condition. Quelle est la chose que je dois avoir en moi pour réussir comme lui ? S’il me regarde, est-ce que ça veut dire qu’il voit cette chose en moi ?
Issaka -tu parles de sa bite ?

Kennedy -S’il me regarde pas, est-ce que ça veut dire qu’il a rien vu en moi ? Comme tout leader d’un mouvement, il fascine. Est-il fou ? Très intelligent ? Les 2 ? Et nous ? Comment réagit-on à cette fascination ? Comment l’assume-t-on ? L’assume-t-on seulement ? Si oui, au grand jour ?
Shay -Mais surtout, il a de gros bras. La chatte à Popeye.
Seth -Non mais merde, là ! C’est moi qui dit la chatte à ceci où la chatte à cela ! Voleurs ! C’est mes chattes ! Surtout celle là.
Dosseh -Ah oui, alors à ce sujet…
Niro -En fait, c’est tout bête, tu vas voir…
Seth -Bah qu’est-ce qu’y a ? Crachez votre pastille, les julots.
Dosseh -Tout le monde dit la chatte à ceci la chatte à cela, maintenant.
Seth –Non ! Vous mentez !
Despo -Enfin, voyons, Seth, ouvre les yeux. C’est Chatte Land le rap maintenant.
Seth -NEEUUUUHOOOON ! POURQUOIIII ??
Niro -Ça va aller, poto ?
Seth -J’ai besoin d’un peu de temps. Ça fait tout drôle de plus être considéré comme un des rappeurs frinçais les plus vulgaires. Où est passé l’époque où je choquais ? J’ai beau élargir mon champ lexical toujours plus loin, ça a juste l’air chelou, comment que je cause. C’est plus comme avant.
Djé -Que tu invites Bigard, c’est pour ça ?
Seth -Mais non, putain. J’ai déjà dit mille fois, c’est parce …
–Mais Seth Gueko ne peut finir sa phrase, un missile Syrien qui passait par là vient accrocher son parachute et embarque maintenant le pauvre Seth vers la Californie–
Niro -C’est dommage. Un parachute tout neuf.
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Booba -Vous voyez, Agent Maître Gims..
Gims -Maître Agent Gims.
Booba -Ok… Vous voyez, Agent Maître Gims, presque aucun n’a passé les tests.
Gims -Comment ça ? Vous les avez presque tous jetés par dessus bord.
Booba -Ok… Presque aucun n’a passé les tests. Je peux pas compter sur eux pour changer le rap avec moi afin d’en façonner un meilleur et plus beau.
Gims -Ils n’ont pas cette haute capacité à vendre à des pisseuses de 13 ans comme nous.
Booba -Exactement. Mais si tu recommences à m’interrompre, je te pète la gueule.
Gims -Ah ? Je croyais que vous m’ignoriez.
Booba -C’est ce que je fais avec tout le monde normalement. Mais toi, c’est impossible. T’ouvres toujours ta gueule. T’es tout le temps là. J’allume ma radio, t’es dessus. Ma télé, t’es dessus. Mon dernier CD, t’es dessus. On croit rêver, putain.
Gims -C’est le moment que vous attendiez tous, c’est ma réplique, mon moment, mon instant : DÉÉÉÉÉÉÉSOOOOOOOOOLÉÉÉÉÉÉÉ.
Booba -T’es lourd… Je disais donc, avant de te péter la gueule…
Gims -Mais vous m’avez pas pété la gueule. Ni ici ni dans les ventes.
Booba -Nan mais je vais le faire. Mais d’abord j’aimerais finir cette putain de phrase !
Gato – I am Gato.
Gims – Plaît-il ?
Gato – You are not Gato.
Gims -DÉÉÉÉÉÉÉSOOOOOOOOOLÉÉÉÉÉÉÉ. Vous disiez donc qu’il fallait sauver le rap Frinçais. Et faire du real Hiphop comme les mecs en Amérique ! Tout pareil.
Booba -Et celui qui a suffisamment de potentiel pour atteindre ce but, c’est le Hulkaaris.
Gims -Mais le Hulkaaris est instable, l’exposition trop prolongée au poulet braisé a altéré son métabolisme à un point…
Booba -50 cm de tour de bras, je sais, il le répète partout, vous me faites tous chier avec ça.
Film Title: The Incredible Hulk
Ils entrent alors dans la chambre forte sécurisée où Hulkaaris attend.
Kaaris -KAARIS !!! KAARIS !!!
Gato – GATO !!! GATO !!!
Kaaris – gâteau ? Kaaris préfère le poulet avec de la chapelure.
Booba -Tout doux, mon gros. Alors tu as choisi comment tu allais enchaîner après ton album ?
Kaaris -Kaaris va faire une réédition de Or Noir !
Booba -Quoi ? Non ! Tu peux pas faire ça. C’est moi qui fait les rééditions ici.
Kaaris -Alors pourquoi Edgar Davids peut et pas Kaaris ! Click ! OOOH CLICK !!
Gims -C’est parce que c’est moi qui ai eu l’idée le premier.
Kaaris -Kaaris croyait que c’était Booba Fury qui avait eu l’idée de faire réédition en premier.
Booba -Personne n’a eu l’idée de faire la réédition en premier, ça se fait depuis la nuit des temps dans la musique, mais c’est bien que tu dises que c’est moi
Gims -C’est comme ça que ça marche le rap frinçais.
Booba -Pas plus d’un pompage à la fois, sinon ça se voit.
Kaaris -Oh click !! Kaaris s’en fiche ! Kaaris va quand même sortir réédition !!!
Booba -Alors tu n’auras plus mon soutien. Méchant.
Kaaris -Et ?
Booba -Et alors, sans tous mes Boolievers, tu es foutu.
Gims -Boolievers ?
Booba -They believe in Booba. They boolieve !
Kaaris -Kaaris se moque des Boolievers.
Booba -Tu as tort, c’est grâce à eux que t’en es là, aujourd’hui. Observe.
-Le directeur Général Booba Fury ouvre un sas qui donne sur une fosse où plein de gens dorment à même le sol dans une pièce
sans lumière-
Les Boolievers -Oh ! C’est Booba ! Gloire à Booba !!
Booba –Salut les p’tits PDs. Dites moi, vous vous souvenez de ce gros, là ?
Les Boolievers -Oui, c’est Kaaris. Il est trop fort ! Il ramène du lourd dans ce rap game ! On a tous bien acheté son disque comme tu nous l’avais dit. We Boolieve in Booba !!!
Booba -Voilà. Sauf qu’en fait ça a changé, mes cons. Kaaris est un enculé de petit ingrat maintenant.
Les Boolievers -Boooooh Kaaris ! Nique ta mère Kaaris ! On achètera plus tes CDs. We Boolieve in Booba !

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Booba -Tu vois ? Ils feront tout ce que je leur dis même quand c’est débile.
Gims -Impressionnant.
Kaaris -C’est la connerie des Boolievers que Kaaris trouve impressionnante.
Booba -Pffff c’est facile d’insulter mes fans.
Gims -Euh… Je veux pas dire, mais là c’est toi qui leur pisse dessus.
Booba -Bah c’est aussi mes chiottes, ici. Izi.
Kaaris -Boolievers rien dire quand Booba leur pisse dessus ?
Les Boolievers -Oh ! Louons le Seigneur, il nous arrose avec le nouveau parfum Ünkut !
Kaaris -…
Gims -…
Booba -Oui, même pour moi, c’est choquant parfois. Mes fans sont géniaux.
Kaaris -Kaaris sortira quand même Réédition Or Noir !

(Le Hulkaaris saute alors très haut et passe à travers le plafond de l’Elieporteur)

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Gims -Il est parti.
Booba -Mmmm… Ce petit con échappe à mon contrôle. Très bien… Je vais guetter ses paroles, maintenant. Et à la première occasion, je dirai qu’il me clash et que c’est lui qu’a commencé.
Gims – t’es sûr que tes fans vont suivre ?
Booba – mais t’as rien compris de ce que j’ai dit ? Pourquoi tout le monde s’obstine à me faire chier aujourd’hui ? Oh et puis merde, laisse-moi, j’ai un important coup de fil à passer. Allo ?
Salif – ouais ?
Booba – salut, c’était juste pour te redire une dernière fois que tu feras jamais partie de mes Avengerzer
Salif – si c’est un truc sexuel, je veux rien savoir
Booba – arrête de faire le con, je parle de rap
Salif – mais t’as rien compris de ce que j’ai dit ? Pourquoi tout le monde s’obstine à me faire chier aujourd’hui ? J’en ai plus rien à péter de ce rap de merde
(il raccroche)


Booba – il me rappelle quelqu’un, ce type…
Gato – toi, à l’époque où t’étais obligé de kicker parce que tu connaissais pas encore l’autotune ?
Booba – peut-être mais… hé mais d’où tu parles français toi ?!
Gato – I am Gato
Booba – …
Gato – Little Haiti vagabon toujou ladan’l men’m si’l gen san. I am Gato.
Booba – j’ai dû rêver. Quel dommage que ce petit Salif ait peur que je l’écrase en featuring et qu’il soit jaloux de ma réussite…
Dje – Ce qu’il a dit, pas du tout c’est ça. Mais de plus graves problèmes nous avons.
Booba – Toi je sais même pas par quel miracle t’as échappé à l’éjection hors de mon Elieporteur.
Dje – en fait…
Booba – j’ai pas dit que ça m’intéressait non plus. Va faire un son avec Mala, et fous-moi la paix. Et sors le en même temps que le nouveau son de Kaaris
Mala – IZI OK, MAIS IZI POURQUOI FAIRE ?
Booba – pour que le Hulkaaris comprenne que c’est pas la fête non plus. Et pour vous rappeler que vous avez pas le dixième de son buzz aussi, donc mollo sur les ambitions solos.
Mala – IZI HUMILIATION
Gato – I am Gato da bato.
Dje – véridique c’est, mais toujours blessant. Mais c’est pas pour ça que revenu je suis. Attaqués nous sommes.
Booba -Attaqués ?
Gims -Il a raison. Un énorme vaisseau en forme de pelle se dirige droit sur nous.
Booba -Ça ne peut être que Crâne Rohff…

(en attendant la suite, tu devrais cliquer sur l’image ci-dessous, ça t’emmènera vers un endroit merveilleux où tu peux télécharger un nouveau bootleg pas piqué des hannetons)
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Interview Zekwe Ramos – bonus

C’est la suite de ça : partie 1partie 2

Jamais 2 sans 3, Zekwe revient pour vous parler de ses influences musicales niveau beatmaking et de son point de vue sur certains collègues (Kaaris, Seth, Al K, Orelsan, L’Entourage, Dinos, Sinik, Diam’s…)

et ça c’est un quizz sur les voyages dans le temps, qu’on a donc décidé d’appeler MacFly Quizz, pour être sûr que personne ne comprenne bien de quoi il s’agit. D’ailleurs à un moment ça parle de Quick.

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Mode d’emploi : toi aussi fabrique ta chronique de Or Noir !

Écrire une chronique rap, c’est pas bien compliqué. La preuve en quelques points, avec Or Noir de Kaaris :

1. Rappeler que Kaaris est numéro 1 sur Itunes

Les Inrocks
Les Inrocks
Le Nouvel Obs
Le Nouvel Obs

 

MeltyBuzz
MeltyBuzz

2. « Kaaris était encore inconnu l’année dernière …

Nouvel Obs
Nouvel Obs
Inrocks
Inrocks

 

… mais nous on est trop frais alors on le connaissait déjà »

Rockyrama
Rockyrama

 

WeLove
WeLove

3. PARLER DE KALASH. C’EST OBLIGATOIRE. THIS IS THE LAW.

Nouvel Obs
Nouvel Obs
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Rockyrama
WeLove
WeLove
Rap-game.org
Rap-game.org

 

4. Résumer le style de Kaaris en quelques mots

Rockyrama
Rockyrama
Les Inrocks
Les Inrocks

Variante possible autour du champ lexical de la violence :

Nouvel Obs
Nouvel Obs

5. En placer une pour Therapy et Chris Maccari :

Les Inrocks
Les Inrocks
Nouvel Obs
Nouvel Obs
Rockyrama
Rockyrama
WeLove
WeLove

6. (bonus) Si t’es « spécialiste des cultures urbaines » (sic) et que t’as un chapeau, c’est encore mieux.

LOL

Chronique : Kaaris – Or Noir

Rarement un premier album n’avait suscité une telle attente. Après cinq extraits tous plus efficaces les uns que les autres, Or Noir se dévoile enfin, laissant transparaitre un résultat très en marge de ce que propose la scène rap français depuis quelques années. Retour sur 18 pistes de pur romantisme assumé.

Alors que Kaaris assurait à qui veut l’entendre « préparer un album hardcore », force est de constater que l’intro le fait déjà mentir. Entrée en matière douce et bucolique, « Bizon » prend immédiatement l’auditeur à contre-pied. Véritable hymne à la femme, cette première balade invite tout gentleman digne de ce nom à éviter à sa dulcinée les contraignants transports en commun (« J’veux voir ton clito dans le Merco« ), et surtout, là où le rap s’est fait connaitre avec les « Nique ta mère » et autres « Motherfucker », à aimer les mamans, en appelant à les satisfaire durablement et efficacement (« J’leur baise tellement leurs daronnes qu’elles ont même du retard sur leurs menstrues« ).

La suite de l’album suit l’inclinaison bucolique de Bizon. Oscillant entre douceur et romantisme, entre envolées passionnées et balades débonnaires, Or Noir ne dépasse jamais le stade de simple « disque à l’eau de rose ». Alors, certes, le personnage de Kaaris n’a pas la virilité d’un Sneazzy West, et on ne peut décemment pas lui demander de faire rimer shnek et chèque. Bien sûr, par instants, on sent qu’il cherche à durcir son jeu, à sortir de son style si gentillet … mais sa nature reprend immédiatement le dessus. Exemple le plus criant : sur Dès le Départ, Kaaris prend les devants, lâche enfin un peu d’énervement au micro (« On te casse le cul … »). Mais dans la seconde suivante, il se sent obligé de se rattraper, et le gentil sevrannais refait surface. Résultat ? « On te casse le cul … et on le répare« .

Un homosexuel se cache sur cette image. Sauras-tu le retrouver ?
Un homosexuel se cache dans cette image. Sauras-tu le retrouver ?

On ne demande pas à Kaaris de jouer le mec hardcore, ce ne serait pas cohérent. Mais un album entier, fait uniquement de chansons douces, est-ce vraiment envisageable, dans le rap français, en 2013 ? Ne devrait-il pas plutôt chercher à casser son image de mec fragile, de petite nature ? Souvenez-vous ce morceau de Disiz la Peste, dans lequel il racontait comment, à 35 ans, il se faisait raqueter par des mecs de son quartier. En s’exposant autant, en livrant autant sa personnalité délicate, Kaaris ne risque-t-il pas de subir le même sort ? On aimerait parfois qu’il montre un peu plus les crocs, ne serait-ce que des dents de lait.

Incapable de faire du mal à une mouche, le rappeur avoue même ne pas oser tuer un animal avant de le manger (« Ici on découpe notre steak sur le dos de l’animal vivant« ). Généreux (« Le compte courant sur le gros cul des strip-teaseuses« ), jamais avare de bons conseils (« Si tu veux pas te mouiller faut pisser dans la direction du vent« ), il se décrit tantôt comme le parfait collègue de travail (« J’t’apporte des gobelets en plastique pour ton pot de départ« ), tantôt comme un amant amoureux et délicat (« Suce-moi la bite jusqu’à c’que j’en ai marre« ).

Pas franchement aidé par la direction artistique de Therapy, qui oriente clairement l’album dans une direction tendre, langoureuse, limite pastel, on finit presque par se demander pourquoi « Or Noir » et pas « Or Rose ». Pas une mauvaise galette au final, on retiendra surtout ce manque de virilité ambiant, cette propension ininterrompue à chanter l’amour, la tolérance et le rejet inconditionnel de toute forme de violence. Kaaris, on t’aime bien, mais si tu veux être un peu crédible dans ce rap-jeu, va falloir aller pousser à la salle.

La rentrée du rap français

Lundi 2 septembre.

Jour de rentrée, les webzines balancent les interviews réalisées pendant l’été. Jo Dalton chez nous, Aketo chez l’abcdr.

Dans le même temps, Dry publie sur son compte facebook l’affiche du prochain film-catastrophe de Will Smith. Il révèle quelques minutes plus tard qu’il s’agit en fait de la cover de son prochain album, intitulé  Maintenant ou jamais, prévu pour 14 octobre. dry-maintenant-ou-jamais-cover

De son côté, Booba publie une interview agrémentée d’images inédites de son dernier Zenith, avec des questions extraordinairement pertinentes : « l’écriture est-elle importante pour toi ? ». La prochaine fois, demandez-lui s’il respire de l’air.

Et puisqu’on est dans le domaine des questions pertinentes, autant y rester. Le blog du magazine « Rap&Rnb » demande à Niro « son meilleur souvenir de rentrée scolaire ». Du grand journalisme. Mention spéciale à Niro, qui rend quand même le truc intéressant en racontant avoir coursé un prof avec un marteau quand il était en 5ème.

Mardi 3 septembre :

Le rap français a mis le paquet lundi pour la reprise, du coup rien à signaler mardi. Heureusement, Sazamyzy pense à nous, et annonce la 3ème guerre mondiale

//platform.twitter.com/widgets.jsMercredi 4 septembre :

Mercredi, toujours rien à se mettre sous la dent. Un peu comme cette meuf qui en met plein la vue à tout le monde le jour de la rentrée, puis qui redevient quelconque le reste de l’année. Une fois de plus, Sazamyzy sauve les meubles, en comparant La Fouine à Israël. Extraordinaire.

 

Pendant ce temps, Booba fait son coming-out sur instagram :
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Jeudi 5 septembre :

La Fouine a eu toutes les vacances pour travailler ses lyrics. Il débarque avec une superbe trouvaille, « va niquer ta mère, c’est la fête des mères ».


Complètement perdu, le mec relance le clash avec Booba, tout en copiant intégralement son clip « Bakel City Gang ». Cerise sur la gâteau, il pompe également entièrement son flow, donnant l’impression d’avoir saigné Futur en boucle pendant tout l’été.
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Évidemment, l’odeur du sang excite les médias généralistes, qui voient une nouvelle occasion de pisser sur le rap français tout en attirant un nombre certain de clics. Le Nouvel Obs contacte donc son meilleur « spécialiste des cultures ubraines » (sic). Résultat : un bon gros article de merde.

Au final, l’intérêt principal de ce clip, c’est l’analyse de Fellow qui en découle. Le mec est réactif, il balance ça quelques heures après la mise en ligne de la vidéo.

Pendant ce temps, un rappeur amateur balance un freestyle sur Skyrock, et en profite pour clasher Pierre Bellanger. La réaction de Fred Musa (qui sauve son emploi d’un coup de mute) vaut le détour.

Vendredi 6 septembre :

Fababy est grandiose. Une semaine après s’être encore auto-proclamé « boss du 93 », en citant les noms de Shone, Sofiane et Sazamyzy, il tape encore plus fort : Hall Street TV révèle d’autres passages de son interview chez Rap&Rnb, dans laquelle il affirme que Booba a pris Kaaris dans son équipe car il n’a pas pu avoir Fababy. Meilleure punchline de la carrière du crane le plus volumineux du rap-game : « Comme il ne m’a pas pris, il a récupéré Kaaris, qui est dans le même registre« .
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Vendredi, c’est le jour des sorties de clip. Kaaris balance donc un troisième extrait de Or Noir. Encore un son qui fait l’unanimité, entre les habituelles punchlines violentes de K2a, le flow bulldozer, et, pour une fois, un semblant de thème en fond. Difficile de faire plus lourd. On attend la réaction de Fababy.

Une heure après Kaaris, c’est Shay qui balance un nouveau clip, réalisé par Kevin El Amrani. Mauvais timing, tout le buzz disponible a déjà été accaparé par Houdini.

Rohff, qui en a marre de se faire tailler à chaque fois qu’il sort un clip ou un son, préfère publier son film de vacances, et regonfle un peu son égo, accueilli comme un chef d’État, chez lui, aux Comores.

Pour bien finir, c’est Sazamyzy qui conclue de fort belle manière, en faisant un smoothie avec les grands-mères de Fababy et La Fouine :

Samedi 7 septembre :

Le Roi acquitté ! Après 5 ans de procédure, Heenok Beauséjour a vu son procès pour possession d’armes annulé. Malgré une perquisition (en 2008) et quelques jours en détention (il a été relâché en échange d’une caution), la justice québecoise ne retient aucune accusation concrète. T’entends, pute ?
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Bonus – ça a tourné cette semaine :

Rohff, son t-shirt Wesh Zoulette, et deux meufs en Unkut.
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Kaaris – King Kong Coming (compilation)

Une sélection de Teobaldo, publiée originellement chez Nemanjadr.

1. Kaaris – Ce que tu veux (3:44)
2. Kaaris – Coeur d’acier (3:35)
3. Kaaris – De l’autre côté de la nuit (Feat Mac Kregor) (4:46)
4. Kaaris – Exécution (Feat Nubi) (4:18)
5. Kaaris – Freestyle Booskaaris (4:13)
6. Kaaris – Kaarismatik (2:14)
7. Kaaris – Kalash (Feat Booba) (3:49)
8. Kaaris – Les son des loups (Feat DOC) (5:01)
9. Kaaris – Les vendeurs (Feat Despo) (5:04)
10. Kaaris – Mafia Musik Remix (4:21)
11. Kaaris – Parloir sauvage (Feat Sazamyzy) (4:16)
12. Kaaris – Parole d’honneur (Feat Brasco) (1:37)
13. Kaaris – Pirates (Feat Dosseh) (3:25)
14. Kaaris – Roue arriere (3:02)
15. Kaaris – Une armée de soucis (3:07)

Pour télécharger, tu cliques ici.

Kaaris, l’univers et ma bite

On va pas introduire le bail pendant 107 ans, y’a quelques jours on a reçu le message suivant : « Salut Captcha Magazine, je m’appelle Thibault et je suis étudiant en Lettres à Paris (1). J’ai écrit sur le mode de la dissertation – avec un ton assez « scolaire » et une approche classique – quelques paragraphes sur le rappeur Kaaris. Si vous trouvez l’idée cool,le côté analyse littéraire d’un rappeur, dites le moi et je vous enverrai le texte.« 

Et ouai l’article est pas dégueu, donc on vous le publie tel quel, sans se faire chier avec une quelconque mise en page.

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Sujet 1 : dissertation (4 heures)

Vous discuterez du sujet suivant :

Kaaris, l’oeuvre et l’artiste

L’usage de la calculette est interdit

Dans la peste de Camus, le spectre terrifiant de la maladie apparaît sur scène, au théâtre, et l’image obscène de corps infectés est montré à celles et ceux qui prétendaient y échapper. On retrouve le même procédé dans les chansons de Kaaris, ou la mort joue le premier rôle mais ne se dévoile qu’à la fin de l’acte. Il dit ainsi dans Houdini « fais moi un hug si t’es la veuve d’un CRS« . Le thème principal de la phrase n’est pas la mort du policier mais bien le réconfort, le câlin (hug) fait à celle qui vient de perdre son mari. Le décès est impliqué dans l’affaire, mais n’est pas principal, comme dans la punchline « on fera des youyous pour la mort de ton père si c’est un keuf« . La haine, la compassion et la fête se retrouvent mêlés de manière inattendu.

« Mon esprit ne pense qu’au deuil« 

Un des aspects importants dans le texte du rappeur est aussi la mise en scène, la théâtralité du meurtre. « Continues à glousser, tu pourras griffer ton cercueil« . L’auditeur est ici pris à contre-pied, le déroulement de la pièce est naïf (« glousser« , »griffer« ) mais son dénouement est à la fois tragique et spectaculaire : on assiste à la mise en terre d’une personne vivante. Celui qui écoute devient le témoin,le complice du crime. Kaaris peut aussi jouer avec les registres, en donnant à ses scènes macabres un caractère érotique « la rigidité de ma queue, comme un cadavre après une mort brutale » ou romantique « une rose disparaît, hop ! un flingue apparaît« . On trouve même des métaphores sportives « transversale, but du tur-fu, j’te la mets en pleine tête« . Tout cela peut évoquer les films d’horreurs américains, où on joue avec la tension en ne la faisant éclater qu4au moment ou le spectateur se relâche. Le caractère odieux de certaines scènes se retrouve aussi dans les images que Kaaris propose « résiste on rouvre ta plaie et on vomit sur ta blessure« . L’enfant de Sevran est bien hardcore à outrance.

Kaaris se fait appeler « le légiste » et c’est un bon résumé de l’artiste, la mort et la médecine sont en effet deux thèmes prédominants dans son oeuvre. Ainsi, l’introspection prend chez lui la forme d’un diagnostic « j’arrête pas d’te tirer dessus, j’sais pas ! J’ai peut-être Gi-Gille de la Tourette« , « contre-nature et ce qui m’touche, je suis la haine en cellules souches« . Il se perçoit comme une erreur dans une opération chirurgicale « ne supporte plus la république, comme un putain de mauvais greffon » et le patient se transforme parfois en docteur « une autopsie pour savoir pourquoi ils rappent aussi mal« . Témoigne également de cette obsession les nombreuses réferences à l’accouchement « la street et moi c’est fait ça y est, elle est enceinte de mon CD » ou encore  « les lances roquettes sont venus mettre bas« . Kaaris va même jusqu’à décrire de manière assez cru sa propre naissance sur le titre Le légiste. La force de ce style « médical » réside dans l’impression étrange qu’il laisse à l’auditeur : Kaaris se permet d’être sanglant tout en restant froid et distancié. Le rappeur-légiste-sage-femme ne fait qu’un constat, laissant au public l’interprétation et les sentiments. Celui qui écoute pour La première fois en ressortira troublé, nauséeux. C’est en quelque sorte la science mise au service de l’imagerie rap, comme dans cette exceptionnel punchline « selon le CNRS, l’univers est en expansion comme ma bite« . Ou comment confronter dans une même phrase la réthorique scientifique et un thème trivial, ma bite, dans le plus pur style ego trip. L’artiste reprend donc les codes de la culture Boobasienne, à savoir la bandicité, l’argent, la violence, tout en transcendant le genre.

Kaaris, penseur nietzchéen
Kaaris, penseur nietzchéen

Maintenant que nous avons défini le style et les obsessions de Kaaris, nous pouvons nous avancer sur une vision plus globale du rappeur de Sevran. Là, deux choix s’offrent à nous  : Kaaris le prophète et Kaaris l’animal.

« Les singes viennent de sortir du Zoo, armés comme à l’époque du Clos« . Dans les textes de l’auteur, comme dans les fables de la Fontaine, l’allégorie animalière occupe une place importante. On y retrouve les représentations classiques, comme le poulet pour symboliser le corps policier « Le comissaire court dans tout les sens, comme un putain de poulet sans tête« , « j’aime quand le poulet hurle, bah ça relève le goût de la sauce« . Kaaris reprend également à son compte la métaphore raciste du noir grimé en singe dans le titre Zoo. L’animal se sent « traqué, mais pas domestiqué« . Le Zoo, ou l’aquarium (« gros poissons séchés ») représente dans l’imagerie kaarisienne l’endroit ou les hommes retournent à leur état primaire de bêtes sauvages « Bi-turbo 500 chevaux avec un âne au volant » comme les enfants dans le roman de Golding Sa majesté des mouches.

Prendre la street en levrette pour faire attention au bébé
Prendre la street en levrette pour faire attention au bébé

Mais la bête peut aussi se faire Dieu. Kaaris compare ainsi sa barbe à celle des saints sur le titre Ejaculation Faciale, il se fait même prêcheur sur  Hôte Funeste  » Dis toi que chaque balle sort du silencieux par la volonté de Dieu« . Ce qui est étonnant, c’est que la théologie croise parfois la désacralisation  « la terre se réchauffe jusqu’au dégel, l’auréole est sous les aisselles » ou la provocation « l’Afrique c’est un milliard de Jesus sur des croix« . Quoi qu’il en soit Kaaris a ses fidèles « une pour mes pratiquants, l’autre pour mes trafiquants, j’aurai sûrement plus d’ennemis que le Vatican n’a d’habitants« . Le vocabulaire religieux permet à la fois de contraster avec un phrasé cru propre à l’auteur et d’explorer des thèmes comme le péché ou le pardon.

De la racine de la racine à la sève à la sève

De la terre de la terre, aux étoiles aux étoiles

De la vie de la vie, à la mort à la mort !

Kaaris, apporte nous ta lumière !

 

Mangas et rap game

Une fois n’est pas coutume, un ptit jeune qui n’en veut nous a proposé de faire ça, donc voilà. L’occasion de rappeler que le blavog est ouvert aux contributions, tant que les gens qui les écrivent sont assez intelligents pour comprendre qu’on a strictement rien à leur offrir en échange, mais suffisamment fous pour penser à des conneries originales. Bref place à Tony Nhem.

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Vous avez eu les comparaisons avec The Wire, puis entre personnages de Comics et rappeurs, vous allez avoir maintenant celles entre personnages de mangas et rappeurs. Je vous préviens tout de suite, rien à battre si certains rappeurs seront comparés à des personnages du sexe opposé et de toute façon, certaines explications n’iront pas plus loin que le bout du nez de Krilin. Et puis, si vous avez des remarques, des suggestions, vous savez où vous adresser. Et le nombre de parties n’est pas encore défini. (là faut que tu cliques sur « page suivante)