Top 50 : Nakk Mendosa

Soit autant de (bonnes) raisons de se (re)plonger dans l’oeuvre de l’artiste le plus humain, et donc logiquement le plus sous-estimé du rap jeu.
50) Jour férié : Parce que le son tue, et parce que faire un son qui tue avec Brasco au refrain est un acte de sorcellerie pure.
49) Nakk Q : En fait, Nakk est le Musset contemporain et ses « Confessions d’un enfant d’un siècle », le XXème siècle, expose une réalité poussée aux tripes, où plus rien n’a de sens, et où l’autodestruction n’est que la seule issue possible ou presque. Dans cet environnement délétère, une prise d’otage est un jaillissement de vie qui refuse de se soumettre. Même pas besoin de forcer le syndrôme de Stockholm pour apprécier.
48) J’crois pas en l’homme : « Quand je les entends crier A-i tréma-e, je jouis, comme un huissier à Ikea vieux »
47) Keskya : Nakk et la célébrité, une isotopie récurrente, où la haine a très souvent supplanté l’amour. Dès son premier Ep, le jeune rappeur met en garde son auditoire (ou lui-même ?) contre les dangers du star-system. Le sujet ne réinvente pas la roue, et se sauve (encore une fois) par l’écriture au cordeau de Mendosa, parfaite de précision et d’humour grave.
46) Windows : Pas (ou peu) de thème, Nakk juxtapose des idées sur la nostalgie, le passé, le fait de vieillir sur le rap, le besoin de liberté, tacle avec humour Lil Wayne… Un son classique, et malgré tout: ça tue.
45) NDE : Un single sans surprise, balisé, mais efficace , et où Nakk fait une utilisation plutôt pertinente de l’autotune. Et l’idée d’un Nakk qui pose en cabine en costume correspondrait bien à l’image de dandy du rap qu’il a souvent semblé donné.
44) Je vise la lucarne : Un son propre, sans ratures, classique, rien à dire en fait. A l’image de nombreux sons de Nakk, le bail est bon sans être époustouflant, comme une frappe dans le petit filet nécessaire pour viser plus tard la lucarne.
43) Homme à part : Un morceau qui n’est pas intemporel est un morceau qui laisse des traînées, tantôt comiques, tantôt futiles, tantôt grotesques, mais qui a comme avantage d’être un témoin qui ne triche pas d’un monde qui n’est plus. Et c’est ce qu’est  » Homme à part », un son totalement ringard, et qui s’en trouve d’autant plus intéressant.
42) Prendre du fun : De Soldafada aux mésaventures en label, nakk profite d’une production soul vaporeuse pour jeter un coup d’oeil amusé mais lucide et acerbe sur l’industrie de la musique, sans tomber dans l’aigreur gratuite, ce qui est un exploit. Il préfère ne garder qu’un amour indéfectible envers le rap, ce qui est tout à son avantage.
41) Surnakkurel 4 : Comme la saison 2 de Twin Peaks: le son est bon, mais comment ne pas faire moins bien que le (presque) original?
40) Au calme : « Oh merde, j’m’éloigne de la Sacem de Billie Jean ». Nakk continue sa variation sur « Qu’est-ce qu’être un homme? » à travers de ses thèmes de prédilection: l’amour, l’argent, le succès. Sans ratures (ni fausses blessures).

39) Coincé dans ce monde : Nakk-Despo: la montagne accouche d’une belle souris, mais d’une souris tout de même. Un peu fainéant, le son ne répond pas aux attentes qui étaient certes irréalisables. A l’image de Darksun, « Coincé dans ce monde » est excellent, mais manque d’âme. Un comble, avec deux des rappeurs les plus incarnés du rap jeu.
38) La bête : PLus Ken Loach que la Haine, ici se joue la description d’une vie déterminée où les petits larcins mènent à la folie pour « la Bête », la rue. Un exercice de style toujours terrifiant quand il est bien mené, et où Nakk se fait chroniqueur bienveillant d’une jeunesse désoeuvrée.
37) Citoyens : « Et en 2020, on aura une vie d’chien et un autre De Villepin » Le contraste entre un Nakk désabusé mais mesuré et un Alkpote au flow vindicatif et aux menaces en tous genres et le principal intérêt de « Citoyens », gaché par le refrain affreux de Brasco. On est en mesure de regretter le relativement faible nombre de feats Nakk-L’empereur, tant leurs univers a priori dissonents ont beaucoup à voir.
36) Juste un rêve : Un sample légendaire (il paraît), un exercice de style utopique intéressant et maîtrisé de bout en bout, du name-dropping en pagaille: efficacité est le maître mot.
35) Mon ex :  » La métaphore filée (substantif féminin), association des mots de métaphore et du verbe français filer (au sens de poursuivre une œuvre, un processus) est une figure de style constituée d’une suite de métaphores sur le même thème. La première métaphore en engendre d’autres, construites à partir du même comparant, et développant un champ lexical dans la suite du texte. Bien que distincte, on rapproche la métaphore filée de l’allégorie. »
34) Darksun : La voix vissée devant la guitare électrique, Nakk oublie le format standard et se livre, sans juguler le flux de ses pensées, dans un long flot de phases sans refrain rafraîchissant. La détermination chevillée au corps, prêt à partir au combat, mais pas « En Ferrari, y a pas d’place pour le siège auto »
33) On se reverra là-haut : Terrifiés par la mort, cherchant le salut de leur âme et désespérés de voir les autres partir, Lavokato, l’Indis et Nakk, portés par la voix de Wallen, s’ouvrent à l’introspection la plus pure et la plus spirituelle possible. L’occasion de prouver que le deuil, et sa résilience, a toujours crée chez Nakk une force créatruce incroyable, et qui fait très cla irement se mêler sa vie publique aux soubresauts chaotiques du train de sa vie.
32) Ils disent : La catharsis par l’art ultime, à tel point que l’énumération de clichés racistes finit par donner le vertige. Nakk psychanalyse toutes les minorités de France avec talent.
31) Ne me juge pas : « J’baigne dans l’sang d’encre ». Rare de voir un Mendosa aussi vif, tranchant, multipliant les figures de style. Et un Lino comme très souvent efficace et hypnotique. Un titre martial.
30) La sentence : Plus que tout, ce qui frappe ici c’est la récurrence du « bordel », quand Nakk a toujours plus ou moins cultivé une image fédératrice et pacifique. Ici, la Sentence, qu’elle soit divine ou étatique, n’empêche paés l’irrépréssible besoin de foutre le « del-bor ». Une chanson qui déborde un peu du cadre Nakkien, une oeuvre un peu de guingois, même si le lyrisme familial surgit (Toujours cette larme dans les yeux, quand je pense à la resseu).

29) Invincible : C’que tu racontes c’est pas de la merde, mais on s’en bats les reins » Peut-être la meilleure syntèse possible du « problème  » Nakk, et qui provient de l’une des meilleures synthèses du style Nakk. Instru envoûtante, lyrics imagés comme un poème, pertinence et niveau d’exigeance constants, Invincible n’a pas de défauts, à part peut-être de ne pas en avoir. Nakk, un rappeur trop parfait ?
28) Dans la zone : Quel plaisir de voir une présence vocale comme celle de Grodash couplée au rassurant Nakk, parler de drogues et du côté pile, parano presque, du bon samaritain. Et ce ne sont pas les anges exterminateurs de l’instru qui diront le contraire.
27) Anges avec des air max : La métaphore est belle, n’est pas un miracle du tout. Nakk a parfois un aspect christique assez impressionnant: même idée du sacrifice, même utilisation de paraboles pour expliciter les abstractions, même forme de magnanimité. Et voir des anges en air max est peut-être bien voir la vie résolument du côté vie, avec ou sans postulat de départ religieux. Juste du côté de la vie et de l’espoir.
26) J’kiffe : Je sais pas pourquoi, mais j’adore cette chanson. Un vrai plaisir coupable.
25) Mourir en chantant : Belle manière de clôturer un album clairement décevant, Nakkos délivre un très bel épilogue, soutenu par une production sautillante mais mélancolique à souhait, et qui redonne de la sincérité et du concret à un projet finalement assez peu consistant.
24) Conséquences : Pourquoi les fleurs du cimetière sont si jolies ? Peut-être en partie pour donner lieu à des textes introspectifs incroyables ?
23) Nakk intro : Pour « Cultivé, je sais dire « nique sa mère » en latin ».
22) Rêve : La rencontre entre Tony et Virginie, celle entre deux coeurs brisés que la vie a abîmé, et qui se jouent à présent des vicissitudes de la vie pour construire un avenir ensemble. Le génie de Nakk est probablement de transformer des synopsis de téléfilm dominical en des tranches de vie lyriques, par une finesse d’écriture et de descriptions des sentiments humains, surtout féminins d’ailleurs. La chanson pourrait paraître à l’eau de rose (elle l’est un peu), mais il évite l’écueil misérabiliste avec brio.
21) On fait les bails : En 2016, un feat Alkpote-Joe Lucazz-Nakk serait un sacré évènement. Il y a près de 10 ans, cela donnait lieu à un excellent morceau à l’instru des plus calme, où un Alkpote toujours aussi technique croise le fer avec un Nakk élégant et un Joe Lucazz qui a le bon goût de commencer son couplet par « Testa di cazzo ». Que du positif.
20) Plan b : « Mon plan B, c’est respecter le plan A » est la phrase la plus doucement égotrip possible. Nakk varie les thèmes, l’argent, la célébrité, l’avenir dans le rap, un florilège des thèmes chers au rappeur. Et cerise sur le gâteau, un putain de bon refrain chantonné par Mac Tyer, jamais pareil en featuring que quand il est forcé à sortir de sa zone de confort

19) J’suis un lion : Seth Gueko avant son pacte faustien avec Bigard, Dosseh toujours très fort, un Nakk fidèle à lui-même: trois si bons kickeurs ne peuvent faire un son décévant. Et puis si on peut se foutre de la gueule de Skyrock…(On m’a dit Nakk, pas d’Planète Rap, c’est la semaine de Tony Parker).
18) Pourquoi : Pour le coup, le délire mainstream est poussé à son paroxysme. On frise la mièvrerie avec ce choeur d’enfant, ces « pourquoi? » anaphoriques comme autant de critiques faussement naives, mais au détour d’une rime, personne n’est à l’abri d’une introspection beaucoup moins candide (Pourquoi le top album n’est pas en mode Jacques Brel, ne me quitte pas ?). Un morceau beaucoup plus intéressant et pertinent qu’il n’y paraîtrait.
17) Mama : Passé la surprise de l’instru et d’un flow inédit, la chanson séduit par son story-telling bien construit et extrêmement émouvant. Un très bel hommage, par un rappeur qui a toujours su parler de son cas particulier pour atteindre son auditoire au plus profond de lui-même.
16) Juste humain : 2min30 de métaphores. Peu savent le faire, et pourtant pour Nakk c’est un morceau comme tant d’autres.
15) Mendosalve : Un freestyle introductif pour l’album le moins « sans concession » de Nakk, cascade de punchlines à l’appui, et où chaque rime semble vouloir écraser un peu plus son adversaire. Un combat de boxe où il ressort vainqueur haut la main.
14) Nakk outro : Sur une production fantomatique, qui patiente dans le couloir de la mort, Nakk clôt « Le Monde est mon pays » sans rire une seule fois, grave et poignant, hanté par la mort, le sexe sans amour, les amours qui déperissent. Un pessimisme culminant à la volonté martiale de mater l’échec et de combattre tout en restant pur et vrai. L’outro comme voeu chevaleresque, et un grand acte d’intelligence, magnifiée par une incarnation parfaite du morceau
13) Un morceau : Un hymne à la création artistique, une tribune à tous les rappeurs, même ceux du dimanche, une preuve de maturité évidente pour tenir la distance sur un unique concept pendant quatre minutes, « Un morceau » est la quintessence du savoir-faire nakkien, et un (très grand) morceau.
12) Nakkos : Voilà de l’incarnation pure. Un refrain martial, spartiate dans le dépouillement comme dans la force, des couplets comme des shoots d’adrénaline contrastés par des lucidités fulgurantes ( En narguant mon putain de destin, je sais que j’ai dû le froisser), « Nakkos » est la parfaite symbiose entre nostalgie et ras-le-bol (Des fois, rien à foutre de mon d’artiste, c’est Tonton Narcisse) et d’égotrip comme force motrice (Je suis le boss, j’ai envoyé un mail à Bruce Springsteen). Pas la meilleure de Nakk au niveau des multisyllabiques, mais un vrai morceau de bravoure, concret et puissant.
11) PIB : Cela serait trop difficile d’énumérer toutes les punchlines, n’en gardons aucune et laissons ceux qui connaissent hocher de la tête en silence, tandis que les néophytes dénicheront chacun leurs sentences préférées. Même si soyons honnêtes: le meilleur couplet, c’est celui de Despo.
10) Les yeux de la colère : Un Nakk désabusé qui fait ses comptes, de paranoia en véhémence, de violence (De la haine avec une grande Hache) à l’exortation populaire (On doit avoir les yeux de la colère, couleur rouge vif). Excellement bien troussée, la chanson démontre une fois de plus les qualités d’écriture incroyable de Nakk, Georges Perec du rap en français.

9) Sale Histoire : Le Nakk scénariste. Une dissertation tripartite sur les cadavres dans le placard, sur la culpabilité, sur la tristesse. Jamais moralisatrice, l’interprète omniscient voyant toutes les saynètes presque avec bienveillance, bien aidé par un texte excellent, comme toujours avec Nakk, imagé mais sec quand il le faut. Un classique.
8) Devenir quelqu’un : Eviter la putasserie de la chanson triste version 2.0 en piano-violon est un exploit.
7) Comme un poisson : Qui n’a jamais eu la chair de poule en écoutant « Comme 1 Poisson » ne peut pas comprendre l’oeuvre de Nakk. Une chanson extraordinaire aux allures de film noir, un poids lourd d’émotion brute, de regrets éternels et de résignation qui montre que la vraie prison n’est pas matérielle.
6) Chanson triste : Le « N°10 » de Nakk en fait: un son lourd, calibré pour l’être, un classique qui s’impose dans l’inconscient collectif comme étant LE son caractéristique connu et reconnu par le maximum de personnes, et qui ainsi perd son côté authentique original pour devenir une carte de visite parfois un peu pesante. Mais ne boudons pas notre plaisir, et même si on l’écoute beaucoup moins, « Chanson triste » est indéniablement une réussite à tout points de vue.

5) Le syndrome du trom : Peut-être moins populaire pour les parisiens, « le syndrome du trom » en tant que provincial, m’a toujours fait extrêmement rire. Toujours avec son art sidérant du détail et de la petite anecdote hilarante, Nakk nous expose un monde underground rempli de (gentils) vices, de personnages-phénomènes, et en profite pour nous montrer l’étendue de son humour, entre espièglerie, grivoiserie et causticité. Un son à écouter aux heures de pointe, évidemment.
4) Mon fils ce héros : Quel dommage que cette chanson soit atypique dans le rap hexagonal.
3) La tour 20 : On a tout dit sur la Tour 20. Que c’était un chef d’oeuvre, que le texte était même disséqué en cours de français, que la fougue de Nakk et son talent de conteur fait de ce single un instantané de la vie en Habitation à Loyer Modéré. Tout est vrai, et dans 100 ans, peut-être que le morceau sera étudié par des sociologues en pamoison devant cette description si fidèlement respectueuse d’une réalité populaire. « Mon HLM » de Renaud fait par quelqu’un de légitime et de talentueux.
2) Surnakkurel 3 : « Et j’ai dit à plus cousin, et j’parlais pas de mon groupe sanguin ». Chimène Badi, kick-boxing, Moktar le videur, les soirées interlopes de Nakk sont plus dangereuses que les vôtres. Pourtant, Nakk est comme vous, et sa couardise est universelle ( à plus de trois, t’entends le bruit de mes pas). Surnakkurel est un chef d’oeuvre d’écriture, un joyau, un diamant. Drôle de bout en bout, il montre à quel point il est difficile, même pour trois minutes trente, d’être dans la vie, dans la composition, plutôt que dans la juxtaposition et dans l’egotrip.
1) Dites-leur : De l’instru, narguante-insolente, aux interprétations parfaites de Nysay, « Dites leur » est une décharge brute de rancoeur, de violence, de haine larvée, de puissance textuelle, de génie musicale. Salif déboîte tout avec un couplet moyen mi-Booba mi-Rohff, mais en mieux. Le son est trop court, comme tous les chefs d’oeuvre. Pas besoin de donner la Légion d’Honneur, « pas besoin de traces de gland sur les lèvres ».

Interview : Nakk

A l’occasion de la sortie de Super Nova, on a interviewé le mc préféré des forums rap en 2002 : Nakk Mendosa. Première impression : le bonhomme a l’air de clairement péter dans la soie, se paie un Sundae au caramel (qui avait l’air dégueulasse, preuve que les rappeurs français ont encore du chemin à faire pour être respectés dans ce pays), nous offre un ice-tea et un jus d’orange. Pour ne pas perdre la face Teobaldo a insisté pour lui laisser son stylo avant de partir. A un moment un type est venu nous interrompre pour nous demander le code de la porte des chiottes du Macdo, mais on l’a pas retranscrit par respect pour les lecteurs.

dans la joie et la bonne humeur

Teobaldo : Nakk, présentation ?

Nakk : Nakk Mendosa, rappeur solo depuis 1999, originaire de Bobigny. Supernova dans les bacs depuis le 18 mars.

T : Tu précises même plus Soldafada ?

N : C’est mon 1er groupe, on a sorti un album en 1998, sur le label de Menelik. C’est là que j’ai fait mes premières armes … en gros, la première fois qu’on m’a entendu rapper, c’est grâce à Menelik !

T : Les 10 rappaient déjà à l’époque ?

N : Ouais, Lindis rappait depuis 89. Il avait 13 ans, il écrivait ses bouts de textes dans sa chambre, mais moi ça m’impressionnait, parce que c’était le seul mec que je connaissais qui rappait. A l’époque, c’était tabou !

T : T’as jamais voulu monter un groupe avec eux ?

N : Bah, j’étais déjà avec Soldafada. Mais ça aurait pu se faire, et qui sait, ça se fera peut-être, il n’est pas trop tard.

T : Lavokato a dit plusieurs fois qu’il arrêtait le rap …

N : C’est un menteur ! (rires) Il aime trop ça. Si on lui amène un projet bien pensé, qui tient la route, peut-être qu’il sera intéressé. Enfin, c’est à lui de voir !

T : On connait surtout le 93 pour ses rappeurs un peu hardcores… On a l’impression que Bobigny c’est plus doux.

N : Parce que tu connais Les 10 et moi, et qu’on n’est pas vraiment dans ce délire là, mais y’a plein de groupes un peu plus hardcores à Bobigny, c’est juste qu’ils ont pas émergé.

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Spleenter : t’es le cousin de Mac Tyer… du coup t’es aussi le cousin de Gab’1 ?

N : Aucun lien de parenté.

S : Durant toutes ces années, aucun gros morceau MacTyer/Nakk, pourquoi ?

N : Comme quoi, la famille ça fait pas tout ! (rires) Faut trouver le morceau, le projet, etc. Mais on le fera je pense !

S : T’as beaucoup collaboré avec Monseigneur Mike. Comment s’est déroulée votre rencontre ?

N : Il habitait pas loin de chez moi à la base. Un jour, il m’a invité sur sa mixtape. C’est une époque où je rappais pas trop, on sortait beaucoup en boite. Dans le rap, c’est un des mecs avec qui je suis le plus proche humainement. On a pas juste une relation « collègues de rap ».
D’ailleurs, mon tout 1er feat avec lui, c’est un des premiers morceaux que mes fans m’ont reproché. Ça parlait de meufs, c’était un peu egotrip. Le mec parle de ça, je vais pas parler de prairie sur le même morceau !

S : le clip Gangsta rap au champagne toujours de Mike, certains de tes fans ont pas du tout kiffé, comme les mecs qui se coupent les veines suite à la photo de Bieber qui bedav.

N : ah oui, c’était un sacrilège de ouf pour eux, c’était la fin de Nakk. « comment il peut faire ça nanana » (rires).

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S : Invicibles remix, le clip : c’était obligé le côté solennel, avec le violoniste, le côté « regardez on sait écrire » ?

N : Ouais, ça faisait vraiment le truc « réunion de tous les lyricistes » … c’était pas voulu, mais je vois ce que tu veux dire. Après, le clip reste dans l’ambiance, on allait pas faire un clip avec une capuche et des lunettes.

T : J’aime beaucoup le morceau original, y’avait une poésie. Sur le remix, ok y’a de la technique, des messages, des noms, mais on perd cette poésie et ce côté planant.

N : Mais moi je voulais pas qu’ils fassent un truc calqué sur mon morceau. Je voulais que chacun arrive avec son univers. Pour moi ça reste un gros morceau. Dans 5, 6, 7 ans, on s’en souviendra comme d’un gros morceau.

S : Ça, c’est parce qu’il y a Mouloud.

N : (rires) On retrouve l’humour du Blavog ! Sérieusement, c’est un morceau qui m’a fait du bien, niveau image j’ai grimpé des échelons.

T : Dans « Invincibles Remix », les connexions se passent comment ?

N : Je connaissais surtout Dixon et Mokless. Red-K un peu, Youssoupha aussi, Lino pas du tout … C’était dur de tous les réunir ! C’est quelque chose que je referai plus.

S : En plus Jeff le nerf il posait plus trop à ce moment là ?

N : Bah c’est le premier qui m’a envoyé son couplet ! 2 ou 3 jours après que je lui ai envoyé l’instru. Et dix mois après, Lino m’a envoyé le dernier couplet ! Dix mois ! Mais ça valait le coup. En fait Lino, au-delà de tout ce qu’on peut dire sur lui, son problème c’est qu’il est presque « trop » fort : ce qu’il fait, la qualité qu’il met dans ses textes, ça sert limite plus à rien pour l’auditeur d’aujourd’hui, il est noyé. Même moi, j’écoute Radio Bitume, parfois c’est « trop ».

S : Et pour Les 5 fantastiques, c’était galère aussi ?

N : Ça s’est fait direct ! Un truc de ouf, tout le monde en studio le même jour ! Par contre pour faire le clip avec les petits jeunes, c’est une galère : y’en a un qui veut plus trop voir l’autre, etc. Les anciens, tu leur dis un jour et BIM ils sont tous là. Mais c’est normal, c’est des premiers de la classe.

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T : Tu dis « Le rap français me fait chier, j’aurais dû naître à Brooklyn ». Même aujourd’hui, ta préférence reste à New-York ?

N : J’aime beaucoup les rappeurs de Brooklyn. On me reproche souvent « tu bouges pas derrière le micro, c’est mou ! » … mais les Fabolous, les Jay-Z, ils bougent pas, on dirait qu’ils vont s’endormir ! T’as l’impression qu’ils rappent allongés ! J’aime ce côté nonchalant.

S : Dans une interview, tu disais que tu devais parfois te forcer à ne plus écouter de rap français pendant une période pour éviter le mimétisme…

N : Maintenant j’ai plus ce problème : j’en écoute plus ! (rires) Quand ça passe à la radio, j’écoute, mais fumer un album tout seul chez moi comme je le faisais avant, c’est terminé. J’y arrive plus ! Je trouve ça trop moyen. Même les mecs qui sont forts à la base, sortent des skeuds pas terribles. A part Despo … quand je l’écoute, je suis comme un enfant ! Il est à la limite entre la folie et le génie, c’est extraordinaire. Il est borderline !

T : Dans la nouvelle génération, y’a beaucoup de mecs qui reconnaissent ton taf, ce qui n’était peut-être pas le cas il y a 6-7 ans. Ça te motive ?

N : J’ai l’impression de mener une deuxième carrière. J’ai un vent de fraicheur, l’envie de rapper. On a reproché à des rappeurs de ne pas m’avoir invité sur leurs albums, mais c’était une période où je ne rappais même plus ! Tu vas pas m’inviter sur ton album si tu vois que je suis toute la journée chez moi, la main dans le caleçon, une bière à la main en train de mater le Bigdil. Si tu bouges, que tu sors des projets, les mecs t’entendent sur des morceaux … là, si ça leur plait, ils t’invitent ! Mais si tu fais rien, ils vont pas t’inviter !
Je me considère un peu comme un rappeur « du peuple », en opposition avec les rappeurs « du rap game ». Je suis pas bankable pour un rappeur ! Tu m’invites, je vais pas t’apporter grand-chose. J’ai pas le côté caillera qui va plaire à untel, je suis pas assez connu du grand public pour un autre … J’suis underground.

S : Pendant pas mal d’années, t’as pas mal gravité autour de Neochrome.

N : Neochrome, tu viens pour poser un couplet, tu te retrouves dans 5 morceaux différents ! Ils m’ont tenu en vie, c’est eux qui m’ont redonné envie. Des gens comme Seth ou Zekwe, je les connais via Neochrome. A une époque, ils voulaient même me signer.

T : D’ailleurs, Street Minimum a plus ou moins été annoncé chez eux.

N : Au niveau des contrats, c’est bizarroïde. Je m’y connais pas trop en juridique, mais je sais quand c’est bizarroïde. Et puis au niveau de l’image, ça allait pas. Ils essayaient de me convaincre, mais c’était pas cohérent. « Mais si, tu colles à l’image neochrome » (rires).
Les seuls contrats que j’ai signé, c’est avec Kaz par Kaz (Menelik) et avec BMG. C’est tout.

S –Et avec Casa One, c’était une coprod ?

N -C’était une mission d’intérim. On sort le projet après on voit. C’est grâce à Casa One que je me suis rendu compte que je pouvais le faire tout seul. Là, demain j’ai envie de clipper un titre, je le clippe ! J’ai pas à attendre l’aval de X ou Y.

S : Joe Lucazz tu l’as connu par Neochrome ?

N : Non, je le connais depuis Bombattak. Quand ils faisaient Joe & Cross. Joe Lucazz a un truc… plus fort que les punchlines. Un champ lexical super intéressant. C’est un bon, Joe !

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T : t’as pensé quoi de la chanson de la dernière coupe du m… (Shakira a fait une chanson où elle gueule Zamina au refrain pour la coupe du monde 2010, et c’est aussi le titre d’un vieux morceau de Nakk)

N : (il coupe) ah je veux pas parler de ça (sourire). franchement ça m’a… viens on parle d’autre chose. Elle m’a volé ma vie cette meuf, alors qu’elle en a déjà une (rires).

S : Pourquoi le morceau Vacances avec Dany Dan a été sous-exploité ?

N : Il a pas été sous-exploité, mais carrément inexploité ! C’est le genre de morceau qui est bien quand t’es en major, mais en indé, ça sert à rien de les exploiter. T’as pas le réseau pour, il va pas passer en radio …

T : Y’a des mecs que t’aimerais feater ?

N : J’aimerais bien faire un remix avec des anciens : Akhenaton, Kery James, Oxmo …

T : Faudra faire le clip dans une maison de retraite du coup.

N : Mais moi aussi, je suis quand même un ancien, même si je fais beaucoup de feats avec la nouvelle génération.

T : T’as dit que t’avais beaucoup saigné Les Sages Po’ à une époque …

N : Surtout le 1er album en fait, après un peu moins. Moi c’est surtout AKH qui m’a vraiment marqué, au niveau de la construction de son rap.

S: ça ce sera coupé.

N: ah, t’aimes pas akhenaton ?

S: non je rigole. par contre je préfèrerais que tu dises que ton influence vient de Dany Dan.

N: C’est Dany Dan qui m’a donné envie de rapper ! Ce mec, c’est un extra-terrestre. Après, y’a beaucoup de mecs très forts, mais tu vas pas forcément accrocher sur tout un projet. Tu retiens des couplets, mais pas l’album complet. Ils savent rapper, mais ils savent pas faire un bon morceau.

S : T’étais un grand amateur de Jay-Z. C’est toujours le cas ?

N : Déjà j’ai toujours plus été Nas que Jay-Z. Déjà, son côté businessman, même si je trouve ça bien pour lui, ça me fait pas du tout rêver. Il sait ce que les gens attendent, et il le fait proprement.

S : Qu’est ce que t’écoutes en ce moment, que ce soit français ou ricain ?

N : Drake, j’aime bien. Kendrick Lamar, Nas, Jay-Z, Lil Wayne, Rick Ross. Que ce soit nouveau ou ancien, j’écoute ce que je considère comme de la bonne musique. Rick Ross, pour moi, il fait de la bonne musique. En français, j’écoute presque plus rien. J’ai beaucoup écouté Socrate, les anciens albums de Booba. Mais sinon, j’écoute plus de rap français.

S : Pourquoi tu ferais pas un feat avec Casey ? (oui, cette question sort de nulle part)

N : Pourquoi pas, mais elle doit pas me trouver assez militant. Pourtant, on a fait beaucoup de scènes ensemble.

S : Niveau prods, t’es assez inclassable, c’est dur de t’identifier …

N : On me l’a dit y’a pas pas longtemps ! On m’a dit que c’était un défaut, que j’avais pas de couleur. Je prends les prods qui m’inspirent. Mélancolique, rythmée, hardcore … je prends ce qui m’inspire.

S : T’as posé sur des prods de Therapy. Vous vous êtes connus comment ?

N : On était au collège ensemble ! Sinon, jamais il me donne des prods ! C’est clair que maintenant c’est un peu « le beatmaker de Booba » pour les gens… Les autres rappeurs me demandent comment j’ai fait pour les obtenir, j’en profite pour me la raconter un peu, genre « Ah je sais pas, il a décelé chez moi quelque chose qu’il n’y a pas chez vous » (sourire)

T : Dans « Darksun », tu dis « Dans l’désert frère, il faut un touareg c’est tout ». Dans un autre morceau de l’album, « Puma », tu reprends quasiment la même phase : « J’traversais l’désert, j’étais pas en Touareg ». Tu veux t’acheter la voiture, c’est ça ?

N : (rires) Tu m’as cramé, c’est pas bien ! Faudra couper ça au montage ! Si t’écoutes bien, même dans Supernova, je reprends des trucs que j’ai déjà dit dans Darksun. Parce qu’au final, on raconte toujours un peu la même chose.

S : Depuis Darksun, j’ai l’impression que tu te lâches un peu plus en egotrip.

N : Ouais, j’me dis que maintenant j’ai un peu de bouteille, je peux me permettre ce genre de truc. Puis ce genre de phrases « vos punchlines, c’est mes ratures », ça va, c’est pas comme si c’était le premier venu qui sortait ça non plus.

S : Supernova, c’est un gros EP, ou un mini-album ?

N : C’est un EP ! C’est juste la continuité de Darksun. J’avais 7 ou 8 titres, je me suis lâché un peu, je suis allé jusqu’à 10. C’était juste un truc histoire de rester dans l’actu. Après y a des gens qui me disent « Mortel ton album » Je vais pas les contredire. C’est pas important, finalement. Ce qui est plus gênant c’est ceux qui voient les chiffres et me disent d’un air désolé « putain c’est dur », mais non, j’en ai mis 3000 en bacs, c’est normal que je tape pas 14 000 en première semaine. Après c’est vrai qu’ils peuvent pas savoir.

T : Le schéma : un morceau egotrip, un morceau un peu conscient comme premiers extraits, c’est pas un peu répétitif ?

N : Non pas vraiment, sur Darksun par exemple c’était pas le cas (Mad Max et Au calme). Pour Supernova, je voulais revenir avec un egotrip (Mendosalve), pas avec un morceau comme Devenir quelqu’un, même si c’est un bon morceau.

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S : Surnakkurel, c’est fini ?

N : Nan, c’est juste que j’ai pas trouvé d’idée intéressante. Pour Darksun, j’en ai pas trouvé, pour Supernova non plus.

T : Le truc qui ferait chier ta fanbase, c’est que t’en fasses un avec Monseigneur Mike.

N : En plus, je voulais en faire un avec lui. je voulais l’inclure dans un clip

T : Mais Surnakkurel, c’est des trucs qui te sont arrivés à toi, à tes potes ?

N : Non, à personne ! Pour Surnakkurel 4, j’ai repris une histoire de Biggie. Il avait raconté le même genre de truc, avec un basketteur. Je l’ai adapté à ma sauce. J’aimerais bien en faire un nouveau pour mon album, mais faut que le truc soit original.

T : T’es tenté par l’autotune ?

N : J’en ai fait un peu, j’ai pas de problème avec ça.

T : Dans Darksun, d’où sortent les refrains de Zaggin et de Au calme ?

N : C’est mes beatmakers qui recherchent des voix cainris libres de droits. J’espère que personne ne va m’attaquer.

T : T’as remarqué que Sinik sur son dernier album, le reprend ?

N : Ça c’est parce que le beatmaker se croit en Jamaïque, il croit que tout le monde peut faire les mêmes refrains. Moi je m’en fous un peu, ça doit être pour Sinik que c’est plus compliqué, parce que même si je suis moins connu que lui, y’a des gens qui vont lui dire « Nakk il a fait le même refrain ».

T : Je pense qu’aujourd’hui, vous avez le même nombre d’auditeurs. Y’a plus grand monde qui écoute Sinik.

N : Tout à l’heure j’étais au téléphone avec Ol Kainry, on se disait qu’il y a des mecs qui ont moins la côte parce qu’ils ont sorti moins de bons morceaux, tout simplement. Les gens, si tu leur donnes pas des trucs pour les faire vibrer, ils lâchent. Sinik, même s’il a été beaucoup critiqué, il avait quand même une plume, il était fort.

T : dans « Jour férié » (Street Minimum) : « Fuite rime vite avec école, ils veulent aller en taule et faire un feat avec Akon ». Tu penses qu’il y a des mecs qui sont perdus à ce point dans le rap ?

N : Franchement, je pense que ça a traversé l’esprit de plein de mecs.

S : Une question de notre ami Big Paul Castellano : à quand un clip avec des meufs en string ?

N : C’est pas mon délire du tout, ce serait incohérent. Le seul cas où je pourrais le faire, ce serait pour un clip complètement décalé, un truc marrant.

T : Si t’avais vraiment les moyens, ton clip idéal ce serait quoi ?

N : Bah justement, un clip décalé. J’aimerais clipper « Ze Best », dans ce délire-là. Même un dessin-animé, ou je sais pas… c’est un morceau un peu bizarre, l’instru change, il faut un clip qui aille avec le concept. Pour l’instant j’ai Pourquoi et Dans ma zone qui vont être tournés..

S : Tu t’es fait connaitre aussi grâce à tes punchlines. Aujourd’hui, le terme n’est pas un peu galvaudé ?

N : Carrément ! T’as des mecs qui font juste une rime, ils appellent ça punchline ! J’en parlais avec Lino une fois, on comprenait plus. Certains textes, on sait pas trop, c’est des trucs que moi je garderais pas dans un texte. Du tout. Mais apparemment c’est des punchlines.

T : Rocé disait récemment « ce que vous appelez punchline, j’appelle ça écrire ».

N : Voilà !

S : L’évolution de ta carrière est atypique : pour caricaturer, t’as commencé dans un délire « musicalement commercial »

N : commercial, ouais…

S : avec le clip où t’as ton chapeau rigolo là.

N : ahah ok.

S : puis t’as eu une phase « rappeur technique » …

N : (il coupe, en riant) Ah, je mettais la dose à l’époque ! Quand je me réécoute, je me fatigue ! Je me prenais vraiment la tête !

S : donc c’est vraiment conscient d’avoir allégé depuis ?

N : Complètement. J’ai lu une interview de Jay-Z où il disait « les rappeurs sont tellement techniques qu’ils oublient de raconter des trucs » c’est exactement ça ! Avant je cherchais la rime, et après seulement, ce que j’avais à dire. Maintenant, c’est le contraire : je cherche un truc à dire, et après, j’en fais des rimes.

S : Après Street Minimum, même si t’étais entre 2 trucs, la prédominance c’était le rap « conscient », et maintenant, t’entends carrément « Nakk c’est le poète du rap français » … tu te situes où par rapport à tout ça ?

N : Tout ce que je peux te dire, c’est que depuis ma première apparition jusqu’à aujourd’hui, j’ai toujours mis l’écriture en avant. Tu peux me critiquer sur tout ce que tu veux : les prods sont dégueulasses, le flow, le machin … mais pas sur l’écriture. C’est ça ma force. Quel que soit le thème, tu peux mettre une plume. Même sur de l’egotrip. Le côté poète … c’est parce que j’ai fait des morceaux comme « Devenir quelqu’un », en plus dans le clip je suis en cravate, ça rajoute encore plus dans le côté solennel, témoin de Jéhovah tout ça (sourire) Mais c’est pas quelque chose que je revendique.

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S : Des rappeurs se sont engouffrés dans ce côté « poète », parce que ça permet de s’ouvrir à un certain public. Toi, c’est compliqué : t’es pas assez street pour plaire à un public un peu dur, mais trop street pour t’ouvrir au grand public.

N : Je me suis déjà posé la question. Faudra que je le fasse, pour l’album, c’est évident. là je m’amuse mais c’est évident que je dois passer de l’autre côté à un moment. Mon but c’est pas que les cailleras m’écoutent dans leur voiture. Enfin, j’aime bien quand ça arrive, mais mon salut il est plus dans le grand public. Je peux être écouté par une caillera ou une meuf de 16ans, mais mon salut passe par le grand public, les trentenaires. Si demain je veux passer chez Ruquier ou Denisot, je suis obligé de passer de l’autre côté, à un moment. Bon après il y en a qui abusent de ce côté là. Mais sur mes derniers projets, je peux pas le faire de toute façon.

S : Rien ne t’empêche d’alterner les 2.

N -Voilà. c’est ce que je fais. Ce que j’essaie de faire en tout cas. Mais sur l’album, y aura beaucoup plus de « devenir quelqu’un » que du trap, forcément. Sinon je suis foutu, je suis le rappeur lambda.

T –Mais y en aura quand même un peu, des trucs plus patate ?

N -Oui, oui ! y en aura quand même un peu. Mais Supernova, c’est mon premier projet où c’est vraiment du kif kif. Enfin je pense. L’album sera vraiment orienté plus posé. Mais je vais pas le rendre chiant quand même !

S – niveau feat, Ladea et Spri Noir…

N – c’était les plus réactifs, tout simplement. Et puis évidemment j’aime bien leur travail.

S –Y a qui en producteur sur Supernova ?

N -Bah déjà y a Lazy T, c’est lui (il montre le gars qui vient d’arriver dans le macdo, ça c’est du timing). Diakar qui avait fait la prod de « Au calme ». y a Zekwe qui a fait « Mendosalve » Y a Twister qui fait « devenir quelqu’un ». Sonar a fait « Dans la zone » et « Ze best » et Track Invaders a fait « Pourquoi ». Ça c’était un morceau à Mike, on va le clipper, normalement.

S : Comment tu t’es retrouvé sur le cd ?

Lazy-T : en fait Super Nova est mon 1er vrai projet, et j’y suis allé au culot, j’ai balancé des beats via twitter, ça lui a plu et voilà. C’était vraiment un plaisir parce que Nakk c’est quelqu’un que j’écoute depuis longtemps. J’ai fait les prods de Windows et Espace.

N : il est gentil, il dit ça parce que je suis là. Il est très bon !

S : en plus vous êtes en train de signer des papiers, donc c’est déclaré votre truc.

N : il faut, il faut. On fait de la musique, faut être professionnel, c’est le minimum.

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S : sur Le Syndrome du trom, à un moment tu dis « en plus, amuse toi à faire rimer Ourcq ». T’aurais pu dire que le type en face de toi « ressemble à Mickey Rourke », c’était pas si dur que ça.

N: ouais mais à l’époque, Mickey Rourke il avait pas la tête en mousse, la tête de ouf qu’il a maintenant. Donc j’y ai pas pensé. Et puis de toute façon je dis direct après sur la mesure suivante, « pour que », je commence par ça. Histoire de dire, vous inquiétez pas les mecs, en vrai je suis fort quand même !

S : T’as une relation un peu bizarre avec ta fan-base. T’avais carrément des fanatiques.

N : C’est vrai. Youssoupha m’a dit « j’ai lu des commentaires de tes fans, c’est carrément des hooligans, je te les envie pas ». J’ai l’impression que j’ai les fans les plus chauds du rap français. Je vais utiliser un mot un peu fort, mais ils m’ont presque sacralisé. Si je voulais jouer la sécurité, je ferais un projet avec que des « Devenir quelqu’un ». Je pourrais le faire ! Mais ça me plait pas de faire ça. J’ai d’autres trips, j’ai envie de faire d’autres trucs.

S : On a l’impression que pour des gens, ta meilleure période, c’est celle où on t’entendait juste sur des tapes, que tu sortais pas de projets, en gros quand tu parlais à 700 personnes quoi.

N : Plus t’es connu, plus on va te critiquer. Les mecs vont jusqu’à se voiler la face, jusqu’à me dire que des vieux morceaux à moi vraiment pas terribles sont meilleurs que ceux présents sur Darksun et Supernova… Ils veulent que je ressorte les trucs que je rappais il y a 15 piges, mais ça existe pas les mecs qui rappent pendant 15 ans de la même manière ! T’es obligé d’évoluer.

T : « C’que tu racontes c’est pas d’la merde, mais on s’en bat les reins  » (Invincible) et « L’avenir, je leur en parle. Ils me disent que je suis pas leur renpas. Leur seul rempart c’est rester en bas et faire de l’or en barre » (Au moment où j’parle)… T’as conscience que les jeunes écoutent pas les conseils.

N : Bien sûr ! C’est comme le cinéma : t’as des mecs qui en ont rien à foutre des films d’auteur, ils veulent juste se taper une barre devant un film comique, ou voir Bruce Willis péter la gueule à plein de monde. Bah la musique c’est pareil : t’as des gens qui en ont rien à faire de la morale, du message, ils veulent juste écouter le dernier La Fouine ou le dernier Booba. Même des meufs ! Y’a des meufs qui veulent écouter que des rappeurs violents.

T : même Morsay arrive à vendre.

N : en fait Morsay je l’ai rencontré en vrai à une session studio de C’est nous les reustas remix. Je savais même pas qu’il était sur le morceau. J’arrive, je le vois je me dis « tiens il doit être venu voir quelqu’un ». Après je le vois en cabine « ah ouais, il prend la confiance quand même, on bosse, là ». Et là il pose son intro, tout le monde le félicite, Youssoupha était là « ouais grand gesteur ! ». J’ai pas trop capté sur le coup. Y’avait Disiz aussi, il est passé par toutes les couleurs de l’arc en ciel (rires). Ceci dit, Morsay il a beau parler comme il parle, t’inquiètes que lui et son équipe ils sont grave lucides et savent faire du business, complètement.

S –Ton rapport à la scène ? Vous semblez bien rodés avec Les 10.

N -Là, au Divan du monde, j’étais super super crevé mais c’est vraiment ça que je préfère. J’ai hâte d’avoir le temps de bien mettre ça en place, de faire de bons shows, parce que c’est ce qu’il y a de mieux en vrai : quand j’ai fait « Dans la zone » en live alors que personne l’avait encore écouté. L’impression, c’est là que tu peux l’avoir, les yeux des gens quand ils écoutent. Y’a que la scène où tu peux avoir la réaction directe. Quand y a une punch, là y a un mec il rigole, l’autre crie, etc.

S : pour revenir sur l’actu, est-ce que t’es jaloux du buzz de la basket du pote de Booba ?

N : (sourire) en fait ce clash au début c’est bien, on est tous friands de ça ; le truc c’est que là ça dure quand même depuis super longtemps, et personne en sortira indemne… enfin remarque, Booba a un bon marabout : je marchais l’autre jour, je tombe sur un kiosque à journaux, je le vois en couv’ de GQ. Je suis rentré chez moi (rires) qu’est-ce que tu veux faire ?

S : On te voit toujours souriant même quand on te pose des questions de merde. T’es vraiment sympa, ou c’est juste pour la promo ?

N : Je me dis surtout que c’est que de la musique ! Je vais pas faire le mec sérieux, tu peux te planter, c’est pas grave. Je vais pas faire le mec vénère ! Des fois on me pose des questions à l’ouest, j’arrondis les angles. J’ai fait une interview pour TéléSud, la journaliste comprenait pas du tout ce que je lui racontais parfois. J’aurais pu l’embrouiller « mais madame t’as pas compris euh », j’ai essayé d’aller dans son sens quand même. Même avec vous, je fais ça depuis le début les mecs. C’est juste que vous avez pas remarqué.

T : Demain soir (interview réalisée jeudi 21/03/13) tu vas faire la Nocturne de Skyrock. C’est la première fois ?

N : Ouais. L’an dernier, ils auraient pu le faire, avec Darksun ! Sur le coup, j’étais pas content. Le mec doit recevoir des messages sur Twitter genre « pourquoi Nakk a pas son Planète Rap ? » … au bout d’un moment il lâche une petite heure dans la Nocturne, histoire de donner quelque chose, et qu’on arrête de lui casser les couilles. Après c’est clair que si je signe en major, demain je fais un Planète Rap. Mais comme j’ai dit quand on m’a parlé de ça, je pourrais gagner au Loto aussi tant qu’on y est !

S : « Street Minimum », « Le monde est mon pays », « Darksun », « Supernova » : tu passes de la rue, à la planète entière, au soleil, à la supernova … le prochain titre, ce sera quoi ?

N : On me l’a fait remarquer récemment, c’était même pas fait exprès. Le prochain, je casse tout, je l’appelle « Cuillère en bois » !

S : Y’a un mec qui nous a filé un t-shirt « Nakk c’était mieux avant ». T’en penses quoi ?

N : Putain, sérieux ?! (il y croit vraiment)

S : Nan.

N : (rires) J’étais en train de me dire « oh le ouf ! ». Bien sûr qu’il y a des gens qui pensent que Nakk c’était mieux avant, mais en ce moment ça se passe relativement bien pour moi, j’ai pas à me plaindre. Et mieux ça va aller, plus y’aura de monde pour dire « Nakk c’était mieux avant ». C’est mathématique, c’est français. Et limite, plus j’entends ça, plus c’est bon signe. Si on me disait « Nakk c’est à l’ancienne, il a pas bougé d’un iota » … nan, ça m’irait pas. Nakk, ce sera mieux dans 6 mois ! Après je peux comprendre. Moi je préfère le Booba d’avant ! Ou y’a d’autres trucs que j’ai kiffé, et je suis plus dedans maintenant. Donc je comprends que ça puisse être pareil pour moi. Mais en même temps, je vais pas revenir en arrière pour leur faire plaisir. Je vais pas faire « Le syndrome du trom 2 », « la Tour 14 » ! Je suis un raciste du passé ! J’ai horreur du passé. Surtout dans la musique, quand tu commences à faire des Best-Of, c’est le début de la fin.

S : Sur Le monde est mon pays, y’a beaucoup de morceaux qui datent un peu, ça donne l’impression que t’as des références ringardes, mais en fait c’est juste que tu les as écrits bien avant ? Genre John Q

N : Bah John Q, c’est un film que j’ai découvert sur le tard, et j’ai trouvé l’histoire très intéressante. Mais je cite aussi des films plus anciens, genre Les Evadés, mais ça c’est différent, c’est un classique.

S : C’est quoi ton genre de film ?

N : Tu vas me dire que je suis un ouf, mais je kiffe les films d’auteur français. Les titres chelous genre « Ferme le frigo, il fait froid ». Dès que je vois ça, je coupe tout, je regarde le film jusqu’à la fin. Y’a toujours des dialogues qui m’inspirent de ouf ! Les films français, c’est vraiment mon truc. Après je suis pas fermé, récemment j’ai vu Django Unchained et c’était très bien.

S : … (il réalise qu’il ne pourra pas parler de Batman ou de Kick-Ass avec cet individu)

T : Ton fils est toujours fan de l’Undertaker ?

N : Nan, c’est fini le catch. Enfin lui, il est plus dedans en tout cas.

T: ah.(cette réponse déprime légèrement Teobaldo)

[spoiler intro= »La y a une question sur The Wire » title= » avec plein de spoilers dedans, donc si tu veux pas lire, tu cliques pas et puis c est tout »]

T : tu dis que t’as « plus pleuré la mort de Stringer Bell que celle de ton couple »… parle nous un peu du personnage.

N : Ça m’a fait mal. C’est un petit bâtard, mais c’est un personnage extraordinaire. C’est comme Boyz in the hood, à chaque fois que je le regarde, j’espère qu’il ne va pas se prendre une balle à la fin. Et à chaque fois, je suis super triste, alors que je l’ai déjà vu dix fois ! Pour Stringer Bell, pareil. Je me doutais qu’il allait se faire canner, mais je me suis menti jusqu’au bout. C’est un méchant qui est dans l’intellect, un vicieux. Pour comparer, la mort de Prop Joe, j’étais moins triste. Celle de Boddie, un peu ouais. Il est mort en soldat ! Omar, j’étais super choqué. Pour Snoop, j’étais content, elle était soulante à vouloir buter tout le monde ! Cheese, j’étais content aussi. C’est un gag ce mec ! Elle m’a perturbé cette série, j’étais à fond dedans.

[/spoiler]

S : Le mot de la fin ?

N : Je te fais le truc classique : Supernova dans les bacs, allez soutenir, blablabla.

S : t’as pas mieux que ça ?

N : Si : les interviews aussi c’est mieux maintenant je trouve. Parce que moi, durant des années, on m’a sorti la question « mais alors c’est pas trop dur de pas avoir percé ? C’est dommage quand même, non ? », on me disait ça super gentiment en plus ! C’est comme si tu perds un billet qui s’envole et pendant toute la journée ton pote est là « merde c’est pas de chance hein ? Tu te rends compte, t’aurais pu t’acheter… » c’est bon c’est passé (rires).


et ouais, on s’est même retenus de lui poser la question « quand t’épelles ton blase t’es obligé de dire N.A caca ou c’est comment ? tu dis Na2k ? ». Pro jusqu’au bout sur ce coup là.
(pour rappel, si vous aussi vous désirez une interview, nos tarifs sont ici. Certes ce n’est pas donné, mais la qualité a un prix.)