Dela – Dela Soul

Au début j’ai essayé de faire un tracklisting cohérent, que les morceaux s’enchaînent bien l’un après l’autre, qu’il n’y est pas de gros changements. Mais c’est impossible. Ca ressemble à une compilation faite par un ado de campagne au début des années 2000, qui à lancé des téléchargements un peu au hasard sur eMule (en sachant très bien qu’il y aura un ou deux porno dans le lot). Un CD Verbatim sur lequel est inscrit  »COMPIL 2001 » au marqueur.

Ce genre de disque qui traîne dans toutes les voitures, sans boîtier mais qui étonnamment continue de fonctionner (même si la piste 8 saute). La bande son des samedis soirs où on veut pas rentrer, où on en a pas eu assez, et où on roule tout en se demandant si on va au  »Calypso » ou au  »Vegas ». La bande son des regrets à la sortie de l’établissement, où on a qu’une seule chose en tête : de la viande grasse et des frites dans du pain. Et avec un Fanta pour faire passer le tout.

Le seul point commun entre ces titres est qu’ils entrent dans la composition de prod. pour Butter Bullets, Alkpote ou Radmo. Ce point commun s’appelle Dela. Et lors d’un quelconque dimanche matin aux alentours de 05h30, il est facilement imaginable l’entendre dire:

« Putain c’était vraiment nul, la prochaine fois on ira au  »Newlook » ou au  »Monte Cristo » »

 

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Illustration : rimrimrim

Captcha Mag Présente Gangsta Love… Starring @J_Anglemort et @FuckedUpTom

Le 14 Février, une date marquée au fer rouge par l’amour et tout ce qui peut s’y apparenter. Comme dans les films (rarement drôles), tout se résume à des livraisons de bouquets de fleurs et des invitations dans des restaurants coûteux. C’est aussi le jour des ruptures, des friendzone, des bagarres entre fiancées et des sidechicks, et des tweets d’Agathe Auproux qui dit préférer passer la soirée devant une autre défaite du PSG en Champion’s League qu’avec un homme.
Tout cela est assez cocasse car les origines de la Saint-Valentin n’ont absolument rien de romantique : la première version raconte que les romains désignaient 12 hommes qui couraient en pagne avec du sang sur le front, dans les villages afin de flageller des femmes avec un fouet en peau de bouc pour les rendre fertiles ; la seconde ramène à l’histoire du prêtre Valentin qui a fini décapité pour avoir marié des couples dans son église sous le régime de l’empereur Claude II.
Aujourd’hui, on constate que rien n’a changer à part que cette tradition s’est transformée en évènement commercial. Mais les rappeurs, indirectement, perpétuent les traditions des romains en les modernisant dans leurs sons : ils parlent d’adultère, de proxénétisme, de vengeance meurtrière envers les amants de leurs bien-aimées, de manipuler le cœur des femmes pour les faire rentrer dans une vie baignant dans l’illicite, etc.
Et c’est là que notre mix entre en jeu : nous avons sélectionné des sons avec pour thématique toutes ces situations, en plus des regrets, de la haine, de la folie, la luxure, le sexe et surtout la rue, l’argent et la drogue.
Pour illustrer tout cela, on passe de 50 Cent à Freddie Gibbs, en passant par Un Pacino, Chief Keef ou Sheek Louch.
Sortez les bougies senteur vanille, dressez la table et habillez votre carrelage de pétales de rose.
Cover
Mixé par Jocelyn Anglemort
Cover par FuckedUpTom
Tracklist :
01 – Sheek Louch – How I Love You (feat. Styles P)
02 – Un Pacino – Pimpin Season
03 – Sada Baby – Peacock
04 – 50 Cent – Pimpin Part. 2
05 – Dark Lo – Sucker For Love Part. 3
06 – Max B – No Competition
07 – Ski Mask Malley – Fall In Love
08 – Gucci Mane – I Think I Love Her
09 – Plies & Kodak Black – Heart & Mind
10 – Z-Ro – Driving Me Wild
11 – Freddie Gibbs – MCH
12 – Chief Keef – My Baby
13 – Juicy J – Kamasutra (feat. Cardi B)
14 – Kevin Gates – Around Me
15 – Lil Boosie – Boosie Love
16 – Bruno Mali Kidd – Deco Drive
17 – ABN – Still Get No Love
18 – Keak Da Sneak – For You (feat. Rayven Justice)
19 – Outro

 

Chronique: Despo Rutti – Docteur Sophie Saïd

Comment réagir à la sortie d’un nouvel album de Despo Rutti ? Quelles attentes ? Quelle(s) lecture(s) en faire ? Voilà des questions que l’on se pose davantage qu’avec d’autres artistes. Despo est complexe, doté d’une personnalité troublante, façonnée par la maladie et les relations toxiques. Surtout, sa quête de sens, le faisant interpréter des signes quand il n’y a pas lieu, a fini par faire basculer son art dans l’ésotérisme et le complotisme poussif, perdant plus d’un auditeur au passage. Depuis Majster, l’homme a, en effet, inspiré la dérision, la pitié ou encore la fascination, montrant par-là à quel point le rapport des auditeurs à l’artiste avait bien changé.

Pourtant, Majster était belle et bien unique et grandiose, une œuvre de fantasme et de malaise. Mais une question restait en suspens : qu’allait-il advenir de Despo Rutti l’homme et de Despo Rutti l’artiste ? Car, bien sûr, Majster était un épisode, une photographie de l’état alarmant de la vie psychique de Despo, laquelle continuerait d’exister après l’album. Ce fut la suite de Majster, Le Cœur dans les Mains, qui en fournit la réponse : un naufrage. Là où Majster portait en lui un témoignage émouvant de la fragilité humaine, Le Cœur dans les Mains se révèle froid, anti-musical et pousse l’auditeur à un voyeurisme malsain.

Alors, quand Despo sort, quelques mois plus tard, un nouvel album portant le nom de sa psychiatre Docteur Sophie Saïd, l’appréhension est totale. Dans quel état d’esprit le rappeur a-t-il enfanté son projet ? Dépression, lucidité, troubles soignés ? Avec Despo, on ne peut plus prévoir, c’est un inconnu qui s’invite à table. Qui sait s’il discutera le bout de gras ou s’il décimera l’entièreté de la famille ? Car Despo Rutti semble n’avoir plus rien à perdre, lui qui avait tout perdu, jusqu’à sa raison. Cette fois, quel voyage dans les profondeurs a-t-il planifié ? Déjà, dès la galette lancée, le Joker du rap français exulte « I’m back, thank you docteur Saïd, I’m a monster now ». Descente en eaux troubles le temps d’une longue heure.

« Pourquoi papa est malade ? Il pleure dans tous ses chants / Pourquoi papa est malade ? Parce que l’Homme est méchant. Ils l’ont puni dans une chambre. »

 

Le refrain de Ani Mitzta’er reprend les éléments clés de Docteur Sophie Saïd. Despo revient à nouveau sur ses déboires familiaux, événements très personnels, et consacre une bonne partie de l’album à montrer que l’Homme n’est pas digne de confiance. D’ailleurs, la thématique récurrente qui traverse le projet en filigrane est celle de la trahison. Et cela à tous les niveaux : que ce soit les relations dans le monde du rap (Benjamin Chulvanij, Hommes d’honneur), avec les femmes (Ani Mitzta’er, Solénoglyphe) ou avec l’Homme de manière générale (Mens-moi, Les Plus Belles Roses Poussent dans la Merde). Pour Despo, il semble que l’amitié soit un leurre, l’amour un poison. Et quand le premier te tend la main et l’autre la bouche, il ne reste qu’à fuir. Même l’interlude Emmanuel Petit est un Grand (qui reprend les propos célèbres de Petit quand il se demande si les Bleus avaient gagné la coupe du monde) sert davantage à renforcer le thème de la suspicion et de la tromperie qu’à mettre en avant les raisonnements complotistes bien connus du rappeur. Concernant ceux-ci d’ailleurs, Docteur Sophie Saïd en comporte beaucoup moins qu’auparavant. De même, l’interprétation des signes a quasiment disparu.

De la malignité donc, cet album en contient une large part. Pour Despo, si celle-ci est largement à l’œuvre dans le rap, il n’hésite pas alors à raconter des anecdotes et donner des noms. Ainsi, Chulvanij, célèbre producteur de rap, voit son patronyme être donné à l’intro dans laquelle Despo part en croisade contre les maisons de disques et producteurs qu’il considère au mieux comme des voleurs. Mais c’est véritablement dans Hommes d’honneur que Despo règle ses comptes personnels tel le Roi Heenok dans Cauchemar. Morceau fleuve de 10 minutes, il cite à tour de rôle Kaaris, Niro et Fababy auxquels il reproche leur non-reconnaissance envers lui. Par ailleurs, le disque ne manque pas de légères piques et références envers d’autres acteurs du milieu :

« Je sors de l’HP / Orelsan sort la Fête est Finie. »

« Kéry a écrit J’ai Mal au Cœur / Moi j’ai mal à la foi car j’ai attendu d’être malade pour prier. »

Inconsciemment peut-être, en faisant de l’univers du rap et de ses acteurs un des leitmotivs de l’album, Despo Rutti réintègre sa place au sein de ce milieu alors qu’après Le Cœur dans les Mains, cette place ne lui était plus assurée tant il avait quitté toute ambition musicale et artistique ; Despo n’y était qu’un fantôme. Avec ce nouvel album, l’ombre reprend corps et il redevient un élément du rap français, même s’il garde un regard acéré sur ce business et s’écarte des modes de distribution classiques.

Aussi, que serait un album de Despo sans le partage de son intimité, laquelle comporte autant de violences, de tristesse, de désespoir et de dures vérités qu’un roman noir ? Si Despo nous y a habitué, ça n’en fait pas moins un vaccin. Quand les 8 minutes de Ani Mitzta’er (« je suis désolé » en hébreu) se termine, comment ne pas sentir son cœur se serrer ? Comment continuer à écouter le projet comme si de rien n’était ? Morceau dédié à sa fille lui expliquant ses absences, Despo va jusqu’à intégrer un enregistrement dans lequel elle lui demande de ne pas pleurer. Un brise-cœur sublimé par un texte arrachant : « J’aurais tellement aimé te faire faire ton rot dans mon dos / Où est ma fille, je ne la vois pas, on me l’a fait dans mon dos / La première fois que je t’ai vue c’était sur le Facebook de ta maman / Moi devant mon écran, j’encaisse la loose ». Ani Mitzta’er atteint définitivement un autre niveau que le déjà troublant Risperdal de Majster : « Je crois que quelque chose a bougé dans l’appart nigga / je crois que ma fille complote nigga ».

Si Despo paraît retrouver les sentiments de la paternité, serait-ce pour mieux détruire son père ? Dans le morceau Les Plus Belles Roses Poussent dans la Merde, le rappeur s’en prend, en effet, à son géniteur, le taxant de monstre, imageant un combat de boxe entre un môme de 7 ans et un père de 36 ans. Achevé par tant de cicatrices juvéniles, Despo termine ces 10 minutes de haine, de manquement à l’amour familial par le meurtre de celui-ci : « Quand j’ai un mot sur mon carnet, à la baraque, il me casse la gueule / Qui bat papa ? / Au bled, il autorise les profs à me fouetter au câble électrique / Qui bat papa ? / Je pète un plomb, le seul noir proche qui me vengera est un flingue / Clic clic PAH PAH ».

Enfin, la femme, objet d’animosité depuis Majster, acquière une nouvelle place dans Docteur Sophie Saïd. A l’inverse de Le Cœur dans les Mains, elle n’est plus seulement objet de défiance, créature envoyée par le Malin. Elle le reste dans le morceau Solénoglyphe, la présentant encore comme manipulatrice et séductrice telle un succube qui trompe les hommes et crée des dissensions entre eux. Cependant, à plusieurs reprises, Despo rééquilibre ces propos notamment sur This Swahili Woman Showed me What a Family Was dans lequel la femme, sa mère, redevient la lumière éclairant l’homme, intransigeante mais miséricordieuse, aimante surtout, même si cet amour est tu. La femme représente également celle qui sauve (sa psychiatre ainsi qu’une certaine personne dédicacée à la fin de Rockstars).

A travers ces multiples lectures, on comprend que Despo n’est plus tant à la recherche de signes, qu’à la recherche d’amour, désireux d’en offrir tant à ses filles que désirant être objet d’amour et de reconnaissance lui-même, bien que cet amour puisse être dangereux. Peut-être est-ce en cela que Docteur Sophie Saïd est un album rassurant, dans lequel Despo retrouve toute lucidité.

« Le rap c’est ma vie, même s’il est violent, il est touchant. »

 

Bien sûr, si l’on s’arrêtait à tout cela, ce serait seulement écouter Despo sous le prisme de son hypothétique folie. Docteur Sophie Saïd mérite amplement quelques lignes supplémentaires quant à la qualité musicale et artistique de l’album.

Avant tout, Despo reste fidèle à la réputation de sa plume. Toujours aussi tranchante, déstabilisante même, les phrases fortes s’enchaînent. Mais, loin d’être un simple album à punchlines, Dr Sophie Saïd jouit d’une cohérence et d’une consistance à toute épreuve, suivant une logique propre, créant des ponts et laissant les morceaux se répondre entre eux. L’écriture est véritablement impeccable et il faut du temps pour détecter de nouvelles rimes, de nouveaux sens ; quelques écoutes n’y suffisent pas. Au-delà de ce constat, ce qui rend ce nouvel album aussi audible, c’est l’effort d’interprétation de Despo Rutti. Si le flow reste particulièrement tranché, tel qu’on le connaissait, le rappeur s’adapte parfaitement, d’une part, aux différents types d’instru présents sur l’album et, d’autre part, à la puissance ou la faiblesse de ses propos. D’autant plus que l’artiste se laisse vraiment aller à chantonner, à crier, accélérer le rythme lorsque l’instru l’impose (Ani Mitzta’er). La palette de jeux de Despo est grande et ajoute à un album qui aurait pu être fatiguant le long de son heure et dix-huit minutes, suffisamment de diversité pour ne pas s’ennuyer.

Mis à part la qualité d’écriture et d’intonation de Despo, il faut néanmoins pointer les défauts de cet album qui ne plaira pas à tous les auditeurs. D’abord, alors que les albums tendent à être de plus en plus courts, que l’auditeur zappe très vite ou grapille de-ci de-là à son gré dans les projets, Despo fait à nouveau le choix de la longueur. Les morceaux de 6 à 9 minutes ne sont pas rares, il faut bien comprendre que chacun d’entre eux est un péplum à lui seul. Despo met définitivement au défi ses auditeurs, même si on est loin de Majster, double album débutant par une intro de 17 minutes. Par ailleurs, les productions de l’album forment un ensemble hétérogène, tant par la qualité de celles-ci que par leur adéquation ensemble. Si certains intrus sont excellents, d’autres laissent clairement à désirer. On a entendu Despo s’essayer à pas mal de styles, notamment l’afro trap sur Le Front Kick de Cantona. Le résultat est souvent mitigé lorsqu’il s’éloigne de son savoir-faire. Dans ce dernier album, Despo s’essaie ainsi à des sonorités électro d’une autre époque sur J’oublie la mesure par exemple ou sur R9. Sur un tel album, ces titres font tâches.

Enfin, et c’est bien là que Docteur Sophie Saïd risque d’en dégoûter certains, Despo a des prises de position qui ne font pas consensus et qui défient le politiquement correct. Ainsi, lorsqu’il assure par exemple que les « noirs sont soumis au blanc et à l’arabe » ou qu’il émet d’autres propos sur les femmes, il est probable qu’un certain nombre d’auditeurs ne le lui pardonnent pas, quand bien même ils connaitraient le passif de celui-ci.

« Si tu n’as jamais eu envie de tuer l’être aimé, c’est que tu l’as peut-être jamais aimé. »

 

Ainsi donc, Despo Rutti arrive à recréer la surprise après un Majster illuminé. Docteur Sophie Saïd est un album à la hauteur, non seulement des espérances, mais aussi du talent de Despo pour provoquer, chambouler, émouvoir. Si les stigmates de la maladie sont toujours évoqués et semblent planer au-dessus du rappeur comme une épée de Damoclès, il n’en reste pas moins que l’énergie déployée et les moments de grâce de l’album font plaisir à entendre et, surtout, rassure sur ce que Despo pourrait continuer à proposer au public. Ce même public qui s’est tant divisé après Majster et les quelques frasques de Despo sur les réseaux sociaux pourrait bien retrouver ici un rappeur plus équilibré, avec une hargne bien venue.

Finalement, Despo survit. Les démons accrochés à son âme, il chante encore, blessures ouvertes, lion fier et seul, délaissé par la meute dans une savane de haine et de suspicion, à la recherche d’une rédemption divine.

Introduction au rap de Detroit #NoSlimShady

Detroit, surnommé aussi Motown, a toujours été une ville où le rap est encré au plus profond de ses entrailles, depuis les années 90 avec Esham ou Insane Clown Posse, et en particulier avec l’explosion du phénomène de la fin des années 90 et des années 2000 : Eminem (grâce au petit coup de pouce de Dr. Dre), et de son équipe D12.

La ville de General Motors est aussi respecté par la scène underground​ pour avoir ramené au fil des années des grands artistes comme J Dilla (REP), Slum Village, Royce da 5’9″, Phat Kat, Black Milk ou encore Guilty Simpson, qui ont eu une grande influence sur le rap dans les années 2000 dans les sonorités, car très attaché à la musique électronique et au sampling de musique soul/jazz (exemple : Kanye West).

Mais la Motors City n’a malheureusement pas réussi à prendre le cap au début à la fin des années 2000. Des sorties de plus en plus confidentielles, l’émergence de nouveaux artistes au point mort, c’est comme si le décès de Jay Dilla avait totalement suspendu cette scène dans le temps, et cela coïncide à la période où Eminem commence à sortir des albums de plus en plus mauvais.

Mais pendant que Slim Shady prenait d’assaut les charts, un petit groupe de marginaux faisaient leurs propres sauces entre la Eastside et le Westside, qui sont en rivalité depuis des années : Street Lordz, Blade Icewood (REP), et Eastside CheedaBoyz.

Ces derniers ont ramené la Bay Area dans ce grand glacier : des artistes tels que B-Legit, Spice 1, Richie Rich, ou encore Too $hort sont venus le temps d’une escale exprimé le respect qu’ils ont envers Motown et sans le vouloir laisser des traces qui sont gravés jusqu’à aujourd’hui sur l’asphalte humide.

Malheureusement, la rivalité Eastside/Westside a fait de nombreuses victimes, dont Wipeout d’Eastside CheedaBoyz et Blade Icewood. Mais avant de s’en aller, ils ont laissé un énorme héritage qui a apporté de la lumière à certains jeunes soldats : en 2012, le collectif DoughBoy CashOut commence a faire parler de lui dans la rue, avec des productions totalement différentes de ce qui se faisaient d’habitude dans la scène locale, comme leur prédécesseur.
Des sonorités empruntées à la bay area des années 90 (contrairement aux voisins d’Akron, dans Ohio, plus axé sur des sonorités de la bay area époque 2000), à la Nouvelle-Orleans type Cash Money Records ou No Limit Records, jusqu’à en reprendre même les codes mais en les rendant plus actuels. Des grosses basses, des samples de soul, RnB, funk, voir dance des années 70-80-90, ce mélange de mob music et de bounce est un parfait paradoxe avec la froideur de cette ville de métal, où la pitié se fait rare comme une liasse de billets sans élastiques.

Nous allons donc parler de 10 artistes qui ont fait l’année 2017 à D-Town :

 

Payroll Giovanni 

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L’un des artistes le plus en vogue dans la scéne de D-Town. À la tête du collectif Doughboy CashOut (REP DOUGHBOY ROC), il est l’auteur de « Stack Season », sorti en 2015, et a eu un succès critique retentissant. Depuis, il nous a gratifiés de 3 projets de bonne factures : en 2016, il sort « Big Bossin Vol.1 » en collaboration avec le beatmaker Cardo, et « Sosa Dreamz », et cette année, l’excellent « Payface » avec HellUva en tant que producteur. Il nous parle de son ancienne vie de drug dealer, de l’importance de la loyauté et de savoir se débrouiller pour s’en sortir (notamment qu’il a transformé la maison de sa grand-mére en traphouse, on peut lui decerné le prix du petit-fils du siécle), et faire ses valises pour se casser pour les sables blancs, tout ça sous des productions baignant dans les influences West Coast et South des années 90. Cela explique sa signature avec son groupe chez CTE Records, le label de Young Jeezy, le patron de la Motivation Muzik. Tous ces projets lui ont servi car il est l’une des dernières signatures de Def Jam Record et il vient d’annoncer la sortie de «Big Bossin Vol.2 » avec Cardo, qui sera apparemment un projet plus « jazz-trap ». Quoi que cela puisse vouloir dire, c’est prometteur pour la suite.

 

Tee Grizzley

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La révélation de l’année 2017. Celui sur qui tous les regards sont rivés. L’enfant prodige de West Detroit est celui sur qui il faut miser. Après le succès de « First Day Out » (78 Millions de vues sur Youtube), tout sourit pour le jeune grizzly de 23 ans : sa mixtape « My Moment » qu’il a écrite quand il était entre 4 murs pour cambriolage (1 an et demi), est l’un des plus gros succès de l’année niveau critique et commercial, signature chez 300 Entertainment, un album en commun avec Lil Durk.

 

Peezy

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Membre du Team Eastside (une bande de voyous surveiller par les feds), Peezy fait parler de lui dans la rue et sur internet. Il inonde littéralement les plateformes de streamings de projets (6 en tout cette année), comme ferait Mozzy ou faisait Gucci Mane à la grande epoque. Mais celui qui a attiré le plus d’attention est « Ballin Ain’t a Crime ». Une sorte de slogan que l’on pourrait inscrire sur un t-shirt ou sur une banderole, car Peezy sait ce que c’est que d’être fauché, de ne pas avoir un dollar en poche et de faire des petits larcins pour pouvoir sortir la tête de l’eau et de le montrer fièrement en claquant sa thune dans des sappes de luxe ou dans des strip-clubs sordides. Et personne n’a son mot à dire.

 

DannyAlwaysWin

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Imaginez un rappeur avec la voix de Notorious BIG (je grossis le truc mais faut bien vendre l’artiste), fait du name-dropping un art comme The Game, et parle de faire de l’oseille jusqu’au jour où il finira 6 pieds sous terre comme Master P, rajoutez un blase à dormir debout, et vous avez DannyAlwaysWin. Ce leaner de grand chemin fait penser au premier abord à un kingpin avec le physique de Proposition Joe, les chaines qui brillent et la paire de Cartier en plus. Il a sorti en quelques mois 2 projets de très bonne facture : « City of Bosses », avec l’incontournable single « Chosen One » où il dit « All my niggaz ghetto boyz like Willie D, make your bitch say UGGHHH like Master P » (ce qui n’est pas rien) et « 1 Mo Band » ; et « The Chosen One » sorti en début d’année, et le nom n’est clairement pas une usurpation.

 

Project Paccino

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Poto de DannyAlwaysWin, il est plus dans le rap de shooter et de secoueur de mauvais payeur que la moyenne locale mais la bicrave reste un de ses sujets de prédilection. Quoique plus underground avec son projet « No Fabrication VOL.2 », sa voix nasale s’infiltre dans votre cerveau comme un embryon alienne qui va exploser votre cage thoracique. On vous propose de tester en vous procurant ce bootleg fait par l’ami Zetray.

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https://mega.nz/#!cJ5kzZBa!AbasmNOUNmHHXfEMGcJu7GLU-T8ZhEQEx4O0W6Emu6o

 

Sada Baby

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Le coup de coeur de l’année. Surement le rappeur le plus taré de Détroit. C’est Taz avec la barbe de James Harden et un 9mm. C’est Simon Phoenix avec un microphone. Il lit textes très rue (comme la plupart de ses compères) avec un humour décalé et improbable d’un Sterling Archer qui le différencie de la masse, par exemple « He a snitch ? Yeah, Use the choppa like a digimon » (quand on sait qu’un Digimon n’a pas la faculté de munir une kalash, c’est magnifique). Il utilise sa voix nasillarde comme d’un instrument pour pousser la chansonnette façon chanteur soul comme Max B (sous le pseudonyme Skuba Ruffin), ou même faire des reprises totalement inattendues comme sur « Return Wit My Strap ». Il est aussi tout aussi à l’aise quand il s’agit de rapper en apnée sur des prods plus trap ou bounce gangsta. Avec « Skuba Sada » et « D.O.N. », ses 2 projets sorties en 2017,  le « dancin’ ass nigga » se révèle comme un des artistes indispensables quand on parle de la scéne de Motown en 2017, et ça, c’est tout bonnement magnifique.

 

Jeno Cashh

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Originaire de 6 Mile, plus exactement de Grove Street, Jeno Cashh est entré dans le circuit du rap il y a 3 ans par des freestyles dans la rue, comme une bonne partie des rappeurs locaux. Ce fan de rap, bousillé par Biggie Small, fait ses premières armes en faisant quelques refrains pour d’autres rappeurs, jusqu’au moment de décider de se lancer dans une vraie carrière et en balançant mixtape sur mixtape en total indépendant. Apparemment attaché aux années 80-90, Jeno parsème ses projets de samples funk et souls retravaillés pour qu’ils soient froids et profond comme la Bay County. 3 projets à son actif cette année : «Nightmares on Grove Street », « Still Business » avec des interludes hillarants qui rappellent DJ EZ-Dicc, et enfin « Jeno Brown », qui est dans la thématique de faire un parallèle entre la vie à Detroit et le film New Jack City. Esperons qu’il ne devienne pas aussi orgueilleux que Nino et que ça plombe pas une carrière si prometteuse.

 

FMB DZ

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Le jumeau demoniaque d’une autre mère de Sada Baby (même si ce dernier est loin d’être un ange), l’humour stridant en moins. Le genre de mecs qui te fume sans aucune hésitation si tu lui dois des Benjamins. Il exerce un gangsta rap glacial, sérieux et sans aucune remise en question qui pourrait nous faire croire que c’est un fils illégitime de X-Raided. Son équipe, Fast Money Boyz, a plusieurs de ses membres derrière les barreaux, et on ressent que ça bouffe DZ de l’interieur, et rapproche son état d’âme pour autrui proche du néant absolu. Ça ne nous empeche pas de savourer les projets que son « Washington DZ » et « The Gift » comme de la weed hollandaise envelopper d’une feuille Backwood.

 

AllStar JR

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Leader du AllStar Ball Hard (composé d’AllStar Lee, AllStar Rich Flair et anciennement de Tee Grizzley), JR est un pure produit de la société américaine, du capitalisme décadent et de la vente illégale de produit chimique qui se mélange aux globules rouges. Il rappe son envie de brasser un maximum de billets et de se payer des Rolex qui eblouiront les vautours. Il monte son propre label Get A Bag Records, et à la manière d’un Rick Ross, commence chaque son par une voix féminine qui scande « Let’s get a beg », un sac sûrement rempli de billets de banque et aussi precieux que la malette de Felix le chat. La pochette du projet « Get A Bag or Go Home » dont le montage rappelle les heures de gloire de Pen & Pixel, nous fait faire un voyage dans une réalité alternative où DJ Quik et Juvenile seraient originaires de Detroit et où ils unieraient leurs forces pour nous narer la fast life des dope dealers.

 

Molly Brazy

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Parce qu’il fallait bien faire plaisir à la gente féminine, on vous présente la première dame de Detroit : Molly Brazy. La seule rappeuse locale a bénéficiée d’une couverture médiatique, car des rappeuses qui brandissent des baby draco et parlent de gangsta shit en dehors de la scène de Chicago, c’est pas courant. Comme ses collègues rappeurs, elles empreintes le flow de B-Legit et des textes qui sont dans la lignée du défunt Blace Icewood. Elle semble être destinée à être une des têtes d’affiche du milieu. Et pour certains, c’est même trop calculé. C’est ce qu’accuse Rocky Badd, une autre rappeuse de Detroit (qui a le visage de Gabrielle Union donc directement, notre intérêt est plus que décuplé), d’être un pur produit marketing estampillé par 4Sho Mag, le magazine rap de la scène detroit, qui l’aide à avoir une meilleure exposition et facilite l’accès aux producteurs et à avoir des featurings (car d’après certaines rumeurs, Molly sortirait avec Joseph McFashion, le patron du magazine). Ceci étant dit, ses 2 premiers projets « Molly World » et « Big Brazy » prouvent que son talent n’est pas factice, et que si tout les feux sont au verts, elle peut aspirer à faire du mal aux autres concurrentes nationales comme Nicki Minaj ou Cardi B.

Le grand bilan 2017 de Captcha Mag : Triplego, Makala, Niro, Lala &ce …

L’heure des bilans a sonné, et les trois quarts des médiocres médias rap vont se battre pour savoir qui placera Damso le plus haut, et qui citera le plus de fois Niska.

On aurait pu se contenter de la même chose, faire deux ou trois jolis visus, et inviter le public à voter pour son album de l’année, mais 1/on n’a pas de graphiste 2/on n’a aucun lectorat 3/on a préféré continuer à faire ce qu’on fait de mieux : vous présenter d’obscurs rappeurs soundcloud, citer Alkpote, et donner de l’amour à des vrais mecs tah la rue. Y’a même un rédacteur qui s’est fendu d’un paragraphe sur le rap italien, a priori il a pas trop compris le concept de « bilan rap français 2017 », mais après tout, qui sommes-nous pour le juger ?

Et aussi y’a pas 13Block parce que tout le monde s’est dit « ah c’est bon, quelqu’un d’autre va forcément le mettre dans sa liste », ce qui constitue une excellente preuve du fait qu’il ne faut jamais compter sur personne dans la vie.

Et à la fin de l’article, vous trouverez un extraordinaire mix de nos morceaux préférés de 2017, préparé par le doux et talentueux Jocelyn Anglemort

Sommaire :

Triplego
Beny
Hyacinthe
Isha
Blanka
Makala
Slim Lessio
Philippe Katerine
Scylla
H3RY LÜCK
Siboy
Lala &ce
Le rap italien (?)
Butter Bullets
Alpha 5.20
Rochdi
Nusky et Vaati
Niro
Guizmo


Triplego, 2020

Sanguee et Momo Spazz ont sorti l’album 2020 en mars 2017. Si le succès est surtout d’estime, l’attention du public ne cesse de croître depuis Eau calme. Le duo plonge toujours plus loin la léthargie de l’auditeur, bercé par les prods et les sonorités arabes propre à Triplego. A l’instar de Butter Bullets, le duo s’est fabriqué une image d’orfèvre : les deux membres sont indissociables, les featurings sont plutôt rares, et l’univers est désormais reconnaissable entre mille. Et il est heureux que le rap français puisse compter sur des groupes de ce type qui savent où ils vont, et qui suivent leur direction dans un certain mutisme (ils ont certes donné quelques interviews déjà, mais cela ne lève pas totalement le mystère qui les accompagne), en privilégiant d’abord la musique et en laissant les fans, les auditeurs et les journalistes spéculer sur leur compte. En cette fin d’année, il n’est jamais trop tard pour (ré)écouter 2020, avant qu’ils ne nous lâche le futur et intriguant Machakil.

Vladeck Trocherie

Beny – Pépito est grand

Un peu ermite dans sa montagne, le rappeur d’Annecy disparu des balises du rap français nous est revenu solide comme une paroi rocheuse. Avec Pepito est grand, les chamailleries disparaissent (de même que l’enfantin «Le Brownies» accolé initialement au nom du rappeur), et, du long de cette petite demi-heure, se déploie un panel certes sans surprise, mais réjouissant. Si le tout a l’allure finalement assez austère du projet-témoin, qui doit prouver autant que plaire, la voix chaude et claire de Beny colle avec moiteur aux productions caribéennes (le beau Cuba Business) ou hivernales (le formidable Curlimane) qui accompagnent ses textes emplis de poésie de la désespérance. Sans être parfait, le projet, à la ligne aussi directe qu’accomplie, offre une belle carte de visite pour un artiste aussi placide et néanmoins poétique que le lac de sa ville.

Clément Apicella

Hyacinthe, zone sensible 

Dans son Anatomie de la Mélancolie, Burton écrivait : « S’il existe un enfer dans ce monde, il se trouve dans le cœur d’un homme mélancolique ». Les projets solos et en collaboration de Hyacinthe nous ont déjà offert un large aperçu de l’enfer nécrosant le palpitant du membre de DFHDGB ; une fournaise où se chevauchent injures gratuites, défonces mémorables, culbutes en positions improbables et pluies de cyprine de femmes douces comme des nuages gris. Un monde sans père aussi, dans lequel Hyacinthe se fait le porte-parole d’une jeunesse aux abois et sans avenir. Avec Sarah, le jeune rappeur apparaît plus serein, moins déchaîné, animé d’une force autrement plus tranquille. Pourtant, sous le calme apparent de l’album se dessine les turpitudes habituelles de notre anti-héros. Certes, Sarah fait sortir Hyacinthe de ses marais poisseux et ténébreux d’où il puisait son inspiration au clair de lune et au son des loups, mais pour autant, le rappeur n’en réchappe pas seul : ses démons dansent toujours une ronde frénétique autour de leur victime tourmentée.

Hachill YS

Isha – La vie augmente vol. 1

Le diastème le plus reconnaissable depuis celui de Vanessa. Oui, ici il va s’agir d’Isha.

A l’heure des bilans je crois bien que  »La vie augmente vol, 1 » est le projet que j’ai le plus écouté cette année. Dix titres mais tellement plus complet que 90% des gros albums épaulés par des majors, cette mixtape prouve bien que le talent fera toujours la différence. Enregistré avec l’aide de JeanJass (seul featuring du projet), LVA ne joue ni la carte des sonorités à la mode, ni celle d’un pathétique passéisme. Les prods. sont simple pour mieux appuyer le propos et le flow unique d’Isha. Et c’est ça la grande force de ce projet ; son efficacité. En dix titres on sait à qui on a à faire, c’est brut et personnel. Ce qui devrait être une obligation pour chaque artiste (se démarquer, ne pas faire comme les autres… pour résumer avoir une personnalité) est ici une évidence.

Crem

Blanka lâche des étrons dorés sur le rap français

En 2017, le rap mongol a accouché de nouveaux sales gosses, la plupart reposant encore en couveuse dans les méandres de Soundcloud. Devant l’explosion de Vald ou encore Lorenzo, de nouveaux noms ont fait leur apparition tels que Léo Roi et Alain dans son jardin. Problème : à vouloir trop forcer dans la mongolitude, les rappeurs prennent le risque de s’enfermer dans leurs propres stéréotypes et il n’y a rien de plus beauf que d’imiter le beauf. Le secret réside donc dans le bon équilibre des ingrédients. Parmi cette engeance déglinguée, Blanka se révèle bon cuisinier et a proposé pas moins de 4 projets depuis le début de l’année sur son Soundcloud. Au menu, le rappeur élabore des EP colorés mélangeant les références à l’imagerie des 90’s et à la lubricité en associant trap cru et chansons sucrées. Autre élément intéressant, au fil des EPs, Blanka n’a de cesse de s’améliorer et de peaufiner son style. Bien sûr, le rap de Blanka ne révolutionne pas le genre mais si le bonhomme poursuit cette évolution, qui sait jusqu’où il pourra aller ?

Hachill YS

Makala – Gun Love Fiction

La 17eme année de l’an 2000 a été riche en sortie en France et en Belgique, dont tout les projecteurs sont braqués depuis le succès de Damso, d’Hamza et l’intérêt que porte le public underground pour Caballero et JeanJass. Mais une autre scène nationale était à surveiller de près cette année, ce pays neutre qu’est la Suisse. En particulier la ville de Genève, là où les flingues brillent autant que les cadrans HUBLOT. Un jeune rappeur du nom de MAKALA nous a sorti un EP 6 titres, dont 1 solo de son comparse Varnish La Piscine (un blase comme ça, ça ne s’invente pas). Une bande originale de 19 minutes, où la capitale suisse serait la ville jumelle d’Harlem des années 70-80, et où Frank Lucas serait le voisin de palier de Makala. Les 3 premiers sons du projet nous rappelle les films de blaxploitations, là où les cadillacs sont étincelantes, les colles-roules blancs assortis au manteau en cuir marron en vachette et la paire de John Lobb tout juste lustré : on rentre dans une ambiance très funky, très nocturne, où Makala se balade sans trop de problème. Il nous fait comprendre que toutes les femmes de la pièce ne veulent que lui, qu’elles dansent pour lui, et qu’elles se balandent en maillot de bain de luxe plus pour attirer son attention que pour plonger dans sa piscine privée.

Mais ce jeune mac a d’autres passions que les femmes plantureuses : son flingue, son oseille et le poulet yassa. Mais surtout son flingue. Il le dégaine pour te faire parler, voir plus si affinités, si ça peut lui faire connaître la victoire qu’il convoitise tant. Mais « Oui oui xtndo », le dernier morceau du projet, nous dit que c’est pas maintenant qu’il va se ranger. Sur un Beat très inspiré du son de la bay area des années 90, elle fait l’effet d’un sot dans le temps, et il nous fait comprendre qu’il est toujours dans le circuit pour casser des crânes. Ou plutôt, un sot dans la réalité, vu que depuis le début, toute cette vie de gangster n’était qu’un rêve. Un rêve où Makala parlait à voix haute et où ses potes se fouttent de sa gueule. Expérience à vivre en tout cas. Pressez le bouton play et fermer les yeux.

Golgoseize

Slim Lessio – Fruit de paix

Où s’arrêtera la Belgique du rap ? Si on ne le sait pas, une chose est certaine : la France est toujours aussi complexée, et ne se gêne pas pour classer à l’emporte-pièce tous les artistes du plat pays dans des cases aussi arbitraires qu’inopérantes. Ainsi a-t-on pu lire qu’Isha ressemblait à Damso, ou que Slim Lessio, avec son projet Fruit de Paix, offrait des réminiscences d’Hamza. Si une première oreille distraite peut laisser planer le doute mimétique (probablement «à cause » des splendides prods de Ponko), le jeune belge fait vite déjouer cet horizon d’attente. Le principal atout, et signe distinctif de Slim Lessio tient de sa voix éteinte, pas tant éraillée qu’endormie, faible, comme s’il rappait une dernière fois avant l’extinction. Le micro planté dans la gorge, mais jouisseur sans frein, il découpe les syllabes comme pour mieux avancer entre les volutes de fumée, comme s’il fallait survivre en portant un masque de jeune fêtard à travers le brouillard. En cela Slim Lessio est plus proche du plus grand chuchoteur morbide de l’histoire récente du rap francophone, faucheuse originaire d’Aubagne, Sch. Et c’est dans son morceau le plus introspectif, l’excipit Tu Piges, tout en menaces arrachées et en raclement de gorge démoniaque, l’air de rien, que les ressemblances se font jour. Premier projet très solide, Fruit de paix ne semble augurer que du bon, à moins que le très talentueux Slim Lessio ne ressente dans le futur l’appel vicié d’une Anarchie de salon. On ne lui souhaite pas.

 Clément Apicella

Le regard de Philippe Katerine quand il découvre Alkpote

Le mec est partagé entre stupeur et admiration, un mélange d’innocence et de fascination malsaine, on sent que 1000 questions se bousculent dans sa tête. Un moment que tout auditeur de rap a forcément connu : personne n’oublie sa première fois avec Alkpote, car rien n’est jamais pareil après ça.

Genono

 


Scylla, l’autre Belgique

Cette année, le drapeau belge s’est hissé bien haut sur le rap français, à tel point que le terme « rap francophone » a été beaucoup plus utilisé pour rendre justice à ceux qui ont tant donné en 2017. Il faut dire que les prestations d’Isha, de Jean Jass et Caballero, ou encore d’Hamza, et de la grande star de l’année Damso, ont de quoi laisser pantois. Pourtant, si ces noms reviennent souvent lorsque l’on évoque le meilleur de 2017, une injustice demeure et concerne le nouvel opus de Scylla. Evidemment, le style de ce dernier se révélant moins dans l’air du temps et plus classique que ses concitoyens, l’oubli se comprend. Pourtant, Masque de Chair est l’un des albums les plus réussis de la désormais longue carrière du belge d’OPAK. Simplicité, sobriété et musicalité priment sur tout le reste. Ainsi, Scylla n’est jamais aussi bon qu’au sein de ce cocktail pour prendre le temps de se raconter en toute intimité. Dans Masque de Chair, c’est la notion d’identité que questionne Scylla, la sienne, celle des autres, les identités multiples, la manière dont les autres nous voient aussi. L’accent est encore une fois mis sur les textes et l’auditeur habitué de Scylla sera ravi de retrouver un rappeur qui n’a pas changé d’un iota : textes aboutis, boucles de piano et voix pitchées. Ce que lui reprocheront d’autres…

Hachill YS

H3RY LUCK, Forces multiples

Pour Force 1, 2 & 3, les trois premiers opus d’une quadrilogie (et dont on espère voir le dernier sortir un jour) le rappeur mérite toute notre attention. Concrètement, c’est un alliage chant/rap fort bien maîtrisé, une forme épanouie pour conter le cap pas forcément évident de la trentaine, entre souvenirs de gosse, délire de potes, galère de taf, et au milieu de tout ça la question de la paternité. Malheureusement, le rappeur ne s’est pas trop exposé cette année, avec seulement trois clips mis en ligne, un par projet. Mais comme le dit si bien l’adage : loin des yeux, loin du buzz.

Vladeck Trocherie

Siboy – Spécial

Bah juste c’est l’album de l’année et personne n’en a parlé dans ce récap, donc je me suis posé en vrai rédac chef avec des grands « vous inquiétez pas, je vais le faire », donc voila, c’est fait.

Merci à tous !

Genono 

En attendant Lala &ce

La part féminine du 667 possède en elle tous les attraits pour intéresser les auditeurs déjà accrocs aux effluves du collectif lyonnais : mystérieuse, sensuelle et vaporeuse. Malheureusement, jusqu’ici la rappeuse s’est révélée être quelque peu avare en projets estampillés de son nom, préférant apparaître de-ci de-là sur d’autres projets. Pourtant, cette année, Lala &ce a donné naissance à un EP 5 titres « En attendant xx », un projet très court qui n’enrayera pas l’attente d’un opus plus consistant. Si En attendant xx nous laisse entrevoir davantage l’univers de la rappeuse et nous offre notamment un sublime morceau, ATLantis, il faudra en effet plus que cette simple mise en bouche pour rassasier le public. Pour autant, peut-être est-ce là la stratégie de la chanteuse ? Affâmer ses auditeurs pour les voir se jeter avidement sur un projet solide en 2018 ? Espérons-le.

Hachill YS

Ghali, Sfera Ebbasta, Izi et les autres : le rap italien sort de son insularité

Le rap italien a le vent en poupe, et comme Captchamag compte en son sein les deux seules personnes de France qui semblent véritablement s’y intéresser, pourquoi ne pas faire un (rapide) balayage de ce qui se fait dans la botte, et des liens qui unissent la langue de Despo Rutti et celle de Guè Pequeno ?

La figure tutélaire, du moins du point de vue français, c’est Sferra Ebbasta. Il illuminait déjà Cartine Cartier avec Sch en 2016, et il a marqué de son empreinte l’année 2017, même en France, s’invitant sur un son de Coyote Jo Bastard (Daddy), ou se faisant déposséder de son tube estival Figli di papà par un Lacrim plutôt fâché avec l’inspiration. Sorte de diablotin au succès fulgurant, son album éponyme, sorti en 2016, laissait entrevoir une palette extrêmement large. En 2017, auréolé de succès, il est devenu une sorte de point matriciel, vers qui tout rappeur italien doit se tourner pour booster n’importe quel single. Ses textes d’une simplicité désarmante semblent parfois le rapprocher plus de Jul que de Sch, bien qu’il garde du rappeur d’Aubagne l’ampleur tragique. Complètement passe-partout (son dernier gros single Tran Tran, tout en guitare et en ritournelle, pourrait être une balade kendji girachienne), il apparaît bien comme la sphère autour duquel tout tourne.

Ghali, vendu par Roberto Saviano, l’auteur de Gomorra, comme l’un des meilleurs poètes italiens actuels, est peut-être le deuxième « nouveau » rappeur le plus influent. Son album, là aussi éponyme, sorti cette année, offrait toutes les qualités et les défauts du rap italien : des tubes imparables, emplis de la poésie un peu surannée typique de la variété de la péninsule (Happy Days et son ode à l’hédonisme par exemple), mais aussi des morceaux terriblement génériques, comme Ninna Nanna, immédiatement plaisants mais vite digérés, aux influences francophones et américaines trop visibles pour emporter l’adhésion. Présent lui aussi sur l’album d’un ponte du rap français, Lacrim cette fois-ci, Ghali souffre du même problème que Sfera Ebbasta : la méconnaissance du public limitrophe de l’existence d’un rap transalpin.

Nous pourrions citer entre autres également, les tarés du Dark Polo Gang, supergroupe sous perfusion de lean, à l’extravagance et au mauvais goût d’un réjouissant baroque, Capo Plaza, qui avec son tube addictif «Giovane Fuoriclasse », aux allures pompières, a crée une brèche vers le succès, ou encore la toute jeune Priestess, rappeuse encore franchement perfectible mais à la niaiserie textuelle franchement émouvante, entre philosophie de comptoir et délinquance de pacotille. Tout cela pour dire que le rap en Italie connaît une expansion jusque là inédite, qui, si elle ne parviendra certainement pas à perforer la barrière des Alpes de manière durable, témoigne d’un retard qui est rattrapé à vitesse grand V sur les pays francophones. Et, rassurez-vous, Lacrim ira certainement piocher en 2018 dans le grand réservoir populaire de ces rappeurs enfin sortis de leur insularité.

Clément Apicella


Butter Bullets, Magnétisme Musical

Il y a mille façons d’écouter la nouvelle mouture du duo Butter Bullets : jouer à V-Rally 3 sur sa PS2 et flinguer l’asphalte pixellisé avec sa Polo 1.6L pour finir 1er devant Heikkinen et sa Subaru 2.0L, cuisiner les restes et finir par présenter une assiette étoilée dans l’écuelle d’un berger allemand, ou encore rentrer de soirée et traverser trois fois la ville avant de retrouver son appartement ou celui de son pire ennemi… Ecouter Air Mès et Hermax c’est se laisser happer par une musique étrange et hypnotique dans laquelle l’auditeur plonge et s’oublie, délaissant ce qu’il se passe autour, agissant de manière automatique, victime d’une distorsion des réalités. Une fusion se forme entre ses propres pensées et les suggestions morbides, dérangées et tyranniques de Sidi. L’ambiance musicale n’est pas en reste, au contraire, elle constitue le point d’orgue du projet. Dela fait osciller ses productions entre épilepsie et minimalisme, n’a pas peur de sampler des morceaux connus et se permet de produire des interludes tellement réussis que c’est un crime de ne pas poser dessus. Si Air Mès et Hermax trône au Panthéon cette année, c’est que rarement un duo n’aura été aussi génial dans son propre domaine. Les inspirations de Dela prennent la forme de nids en barbelé au creux desquels les chimères de Sidisid chient de beaux œufs putrides.

Hachill YS

Butter Bullets,  Air mès & Hermax

Avec la sortie de Air Mès et Hermax, Sidisid et Dela poursuivent leur digression musicale dont on ne sait plus au juste quand elle a bien pu commencé. Chaque production semble être une expérience nouvelle, et Sidi Sid prend son temps, laisse traîner sa voix nasillarde : il y a vraiment un côté « essai » dans cet album, un refus d’achever les morceaux, une volonté de tenter des mélanges inédits. On peut facilement caser l’album dans la catégorie « rap expérimental ». De ce fait ça part dans beaucoup de sens, et de « Gallagher » à « Sport », il y a un écart qui ne peut se justifier que par cette démarche propre au groupe, démarche que je ne saurai pas caractériser cependant. Tout ce qu’il y a à dire de cette démarche, c’est qu’il en résulte des coktails sacrément explosifs, dont la recette m’échappe totalement. Butter Bullets fascine comme un tour de magie de Houdini.

Vladeck Trocherie


Le bref retour d’Alpha 5.20

Le génocide des Rohingyas, l’esclavage des noirs africains en Libye, le traitement des Mauritaniens dans leurs propres pays et au Maghreb… Énormément d’événements qui ont touchés les musulmans, les africains, et qui ont poussés Ousmane Badara, ex-Alpha 5.20, a ressortir son stylo bic, son cahier et l’homme qu’il avait enterré 7 ans auparavant, le temps de 3 minutes pour rapper, et 4 minutes d’interlude pour nous parler directement. Sorti le 28 Novembre dernier, date de la fête d’indépendance de la Mauritanie, Ousmane nous dit dès le début de son couplet que c’est la haine, et rien d’autre, qui la poussé à sortir de sa longue retraite. Un cadeau inattendu pour ses fans, mais quelques choses dont Ousmane se serait sûrement passé. Sur une face B de « Aggravated Robbery » de Project Pat, le texte de ce son est clairement revendicatif et sensibilisateur sur la situation dramatiques des mauritaniens. De plus, certains messages d’Alpha font écho au son de Shone d’Holocost « Mafia Kainfry » dans la compilation « La Cité des Pariah », comme les musulmans et l’Islam, le racisme, l’honneur, le respect et l’union des peuples. Des valeurs qui ont toujours été les points névralgiques des textes du Ghetto Fabulous Gang. Bref, tout ça pour dire que le retour d’Alpha, même le temps d’un morceau sans refrain, nous a fait un réel plaisir. Et on espère toujours que le livre autobiographique du concerné est toujours d’actualité.

Golgoseize


Rochdi, Mélodies de la cave

Il n’y a pas meilleure purification que l’écoute des Mélodies de la cave de Rochdi pour clarifier les choses en ces temps incertains d’usurpation constante. Tout le monde se veut le chantre du sale, l’empereur de la crasserie. Et si Alkpote a déjà réglé son compte au prétentieux vassal rennais, il est temps de se replonger dans l’univers du rappeur de la rue Chevaleret pour rendre à César ce qui lui appartient, et reconnaître en lui le digne héritier de la tradition française du sale, dans la veine de Sade et du trop sous-estimé Georges Bataille. L’album, intégralement disponible sur Youtube, regroupe des sons enregistrés entre 2003 et 2007 et est peut-être moins violent et hardcore que L’exorciste cénobite, sorti en 2016, mais on y trouve déjà tous les thèmes de prédilection de Rochdi : le diable, le sperme, le champagne et les étoiles.

Vladeck Trocherie


Nusky et Vaati, le rendez-vous raté

Un nouvel album de Nusky et Vaati en 2017 sonnait comme la promesse d’un projet que l’on retrouverait au mieux dans les tops de fin d’année, au pire comme une copie de SWUH, un moindre mal tant ce projet était génial. Ni l’un, ni l’autre, BLUH s’avère franchement décevant. Certes, le duo ne s’est pas reposé sur ses lauriers et a su proposer une nouvelle version de leur musique, on ne peut nier le travail effectué, notamment par Vaati. Cependant, passer d’un EP à l’identité marquée telle que SWUH, dans lequel Nusky apparaît langoureusement meurtri, passionné, servi par une musique suave mais mélancolique, à un projet aux sonorités plus pop et colorées et surtout un Nusky qui semble avoir laissé son âme au vestiaire, est surprenant mais surtout dommageable. Certes, BLUH souffre un peu trop probablement de la comparaison avec son grand frère, mais au-delà, l’album est en soi bien trop propre sur lui et donc ennuyeux comme un gentilhomme pour qu’on y attache autant d’amour qu’à SWUH, libertin un peu sale mais envoûtant.

Hachill YS

Niro – La colombe et la grenade

Grand oublié du public rap français alors que tout le monde le voyait être à la table de ceux qui font la pluie et le beau temps dans le game au début des années 2010, Niro monte son propre label Ambition Music, et emmène avec lui quelques frères d’armes tel que Zesau (t’as capté la référence ?), Koro, ou encore Nino B. Le nom du label n’est vraiment pas anodin car c’est grâce à cet état d’esprit qu’on pu voir le jour 2 albums sorti à 2 semaines d’intervalle : OX7 et M8RE (qui forme le mot oxymore), dont les 2 covers assemblés nous renvoie à des scènes d’action de John Woo, où les colombes décollent avant que les hostilités ne soient déclenchés. En grande partie produit par Therapy Music, ces 2 albums sont clairement les 2 faces d’une même pièce, nous pourrions même résumé l’ambiance de l’album qui nous rappelle les covers du double album d’E-40 « Revenue Retrievin : Day Shift & Night Shift » : nous passons d’une journée ensoleillée et radieuse à la nuit froide et stressante, de la douceur d’une pina colada et de son ombrelle à la froideur du 6.35 et à l’obscurité de son canon. Bon, c’est toujours le même Niro de Paraplégique et de Rééducation, juste il est devenu papa entre temps et beaucoup plus sentimentale, comme en temoigne « Sors de ma tête », mais comme Rohff, il ignorera jamais l’appel de la rue. De « GTA » à « On va la faire », le protagoniste se sert de sa nervosité pour littéralement découper chacune des prods comme la plaquette avant de la détaillé. Ce bandit au grand coeur, barbu comme l’Abbe Pierre, en a fait du chemin, croiser le fer avec beaucoup de rappeurs pour certains devenus célèbre. Maintenant solitaire, il est beaucoup plus à l’aise et experimente d’autres sonorités tout en étant dans l’introspection qu’il lui colle à la peau. Espérons en tout cas qu’il triomphera et atteindra ses objectifs. Tant qu’il continue à nous sortir de bons projets comme c’est le cas depuis Or Game, ça nous va.

Golgoseize


Amicalement Vôtre certifié Empathy Advisory

Le dernier album de Guizmo s’écoute uniquement avec le cœur. Intime au possible, Amicalement Vôtre ne peut faire l’objet d’une chronique suivant une analyse standard car celui qui s’y prêterait en perdrait l’essentiel. Il n’est pas question de musique, de placement, de rimes ou de BPM, il est question de l’humain, de ses profondeurs, de ses pulsions et de ses peines. Guizmo réalise un album personnel qui ne parlera qu’aux tripes de l’auditeur. Les nombreuses confidences de l’ancien membre de l’Entourage font de ce disque un journal intime audio qui ne manque pas d’interpeller. Conséquence de quoi, cette avalanche de noirceur et de sentiments dépressifs peut entraîner un bad feeling chez l’auditeur qui ferait preuve de trop d’empathie. Définitivement, Guizmo renoue avec le disque sombre et Amicalement Vôtre se révèle être un album d’hiver quasi-parfait. Il faut insister sur le « quasi » car malheureusement quelques morceaux légers, trop enjoués, viennent jeter de l’ombre à un album qui n’avait pas vocation à accueillir de lumière.

Rappelons également que Guizmo a sauvé à lui seul l’album des Sages Po’ grâce à son couplet sur le titre Armageddon, rien que ça.

Hachill YS

 

BONUS : Le mix de Jocelyn Anglemort

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Tracklist :

mix2017 tracklist

Interview : Leo Roi -vous pouvez vous inquiéter, il est aussi déglingué que le seront vos gosses

Un Young thug que l’on aurait kidnappé et séquestré dans une chambre minuscule ; avec pour seul distraction un microphone auto-tuné et pour seuls contacts avec l’extérieur un PC connecté sur le pire et le meilleur du youtube français, du forum 18-25 de Jeux-vidéos.com et des vidéos de Frenchbukakke. Ce sont à peu près les premières images que je me suis faite pour tenter de décrire l’auteur de cette claque qu’a été pour moi Autotune Muzik, le premier projet de Léo roi sorti fin 2016. Mais sans doute que cette description métaphorique, qui fait par ailleurs état de mes tendances psychopathes, est assez réductrice pour exprimer toute la complexité de ce rappeur de Montpellier qui magnifient de sa voix auto-tunée de simples typebeats américains trouvés sur YouTube

C’est en vagabondant et en procrastinant dans les profondeurs de YouTube que j’ai découvert Leo Roi ; de recommandations malsaines en compilation de vidéos malaisantes (très addictives), je tombe sur une de ces fameuses « première écoute d’artiste » ; le concept c’est qu’on regarde pendant trente minutes des gens écouter un album et donner un avis sur ce même projet. Je ne sais pas si ces gens gagnent de l’argent avec ces vidéos, mais si c’est le cas ils passent en tête dans mon classement des plus gros escrocs de l’industrie de la musique juste un peu devant les journalistes rap, et ils ont pour cela droit à tout mon respect.

 

Oui, ce projet est aussi incroyable que la pochette le laisse entendre

leo roi autotune

Le rappeur dont il est question aujourd’hui a lui-même envoyé son CD à l’adresse de l’un des deux youtubeurs de la vidéo, qui avait l’ai choqué et un peu effrayé qu’on trouve aussi facilement son adresse. Quand je lui demande comment a-t-il fait pour la trouver il répond « J’ai des yeux partout, comme monsieur Macron, j’ai mes sources, je vois tout, je sais tout, je vois tous les fils, en disant ça j’en dis déjà trop » La singularité de l’artiste ne se trouve pas dans ses flows ni même sur les instrumentaux,  il pose sur des typebeats qui rappelle les meilleurs heures de Young Thug, de Lil Yachty  et de plein d’autres bizarreries américaines dont je n’ai pas retenu les blazes : « Des influences que j’ai et que j’assume, Chief Keef, Future… c’est ce que j’écoute » Des influences qui se ressentent : instrus à la Zaytoven, flow chantonné, placement, musicalité.

Mais ce qui a attiré mon attention sur lui et accessoirement ce qui m’a fait tenir jusqu’à la fin de cette vidéo « Première Ecoute » d’Amin et Hugo (les fameux youtubeurs)  ce sont ses textes, ses name-dropping complétement farfelus, cette capacité à parler de tout et de n’importe quoi ; des sujets pouvant aller de la supposé qualité des fellations des jeunes filles portant des colliers ras du cou, à l’influence de Jacques Attali dans la politique française en passant par la consommation de drogue des têtes d’affiches de la télévision ; un ton qui rappelle le meilleur et le pire d’internet, une sorte de fil d’actualité trash est violent.

Un fil d’actualité avec moins de fils-de-puterie qu’une timeline Twitter et autant de tranchant qu’un forum néo-nazi. Leo Roi c’est South Park en 16 mesures, c’est génial, c’est débile ça redevient génial. Comme il le dit lui-même « Je suis un enfant d’internet ».  Il a l’air conscient de faire partie d’une génération qui a grandi avec un accès quasi-illimité sur tout et n’importe quoi notamment via le net. Leo Roi est notre miroir, c’est effrayant et passionnant en même temps.

Cette manière d’écrire n’est franchement pas étonnante pour ce rappeur de 20 ans qui place Alkpote parmi l’une de ses plus grandes inspirations dans la chanson française (eh ouais encore un), aux côtés de Gainsbourg ou Brel : « ça fait pas longtemps que j’écoute du rap en vrai […] la première fois que j’ai écouté Alkpote, c’est là que je me suis dit, ouais là j’écoute vraiment quelqu’un qui dit quelque chose… j’ai compris ».

Bon vous l’avez compris ce qui m’intéresse chez lui ce sont ses textes. Comme je n’ai pas que ça à foutre dans la vie que de bien rédiger des interviews de rappeur bénévolement ; je vais juste mettre les grands thèmes de notre discussion WhatsApp de 2 heures. Une discussion largement basée sur les paroles de Leo Roi que j’ai disséqué tel un exégète.  L’occasion aussi pour moi de revenir sur son deuxième projet, Meteo Canicule sorti l’été dernier.

Leo Roi dans le texte. Connexion Montpellier/ Le Caire, entre discussion sur la secte de Jacques Attali et coupure de communication dû à un Wifi défectueux.

Qui est Leo Roi ?

T’es un jeune rappeur de Montpellier, deux projets de toi qui sont sortis Autotune Muzik en 2016 et Meteo Canicule cet été. Est-ce que tu n’es pas un peu obligé de prendre la couronne de la ville maintenant que plus personne n’attend Joke et que les trois personnes qui ont entendu parler du groupe Set et Match c’était pour leur séparation.

(Rires) Et ouais, mais c’est très simple dès que je suis entré dans le rap Joke il est parti. J’ai l’impression qu’instinctivement il a senti quelque chose. Je l’ai fait fuir peut-être. On l’entend plus, c’est vraiment étonnant mec. Maintenant j’ai envie de lui dire : Joke t’y es où  ?

Tes textes sont assez fous, avec des name-dropping complétement mongoles qui peuvent être aussi être des réfs super pointus, il y’a un truc très internet, ça m’a fait penser au forum 18-25 de JVC ce forum légendaire, des délires très précis d’initiés ; comme quand tu mets Jacques Attali en fond d’écran du portable dans le clip de Macron président

Je suis un enfant d’internet, je suis né avec cette overdose d’information, je suis comme un drogué j’adore ça.  Je connais très bien internet, j’ai vu des trucs de fou dessus, que ce soit sur YouTube, sur 4chan, sur des forums sombres… Sur le 18-25 aussi j’en ai vu des dingueries, ça fait toujours bien rire.

Après, si je fais une référence à Jacques Attali, le grand architecte, c’est parce que quand t’es informé tu sais ce qu’il faut en penser de lui. Je suis forcément nourri par ça, mais ce n’est pas parce que je vois des trucs sur JVC ou autre que je dois absolument les placer dans mes textes. C’est en grande partie inconscient.  Le 18-25 c’est un monde à part (rires) mais il n’y a pas que ça.

 

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un exemple de ce que l’on trouve tous les jours sur ce forum légendaire, pour les non-initiés,  entre les topics dédié à Alkpote et ceux dédiées à Henry de Lesquen

 

Si tu n’avais plus de Wifi pendant un mois tu rapperais différemment ?

Peut-être, moi ce qui m’intéresse c’est le côté sombre du net, sur internet des vidéos folles j’en ai vu un paquet. Des vidéos de toutes sortes, dans les catégories les plus étranges. Youtube ont beau vouloir verrouiller, si t’as vraiment envie de te perdre, tu peux en voir des vertes et des pas mures. Peut-être que mon rap est plus inspiré par Xvidéos que par JVC.

Ouais y’a un truc très internet, tu as fait un son sur la légende de Mantes la Jolie, TheKairi78 avec Jeune Pablo, vous faites souvent des feat, dis m’en plus sur lui

Jeune Pablo, c’est un mec de Marseille un rappeur, son groupe c’est Alain dans son Jardin, il fait également les instrus et c’est son collègue Alain qui s’occupe de faire les meme sur Facebook. Il a mixé les ¾ des sons de mes deux albums Autotune Muzik et Meteo Canicule. C’est le sang. Il faut savoir que Autotune Muzik c’est moi-même en 100 % indépendant. Enregistré sur Audacity, vente main à main du disque, pressage, pochette faites avec mes propres mains, c’est pour ça que je peux me permettre de dire ce que je veux dire. On ne peut pas me censurer.

Jeune Pablo il a un son incroyable qui s’appelle Résidence, voilà, je voulais juste dire ça

C’est le sang, on rigole bien ensemble, gros bisous à lui, il me régale.

C’est important pour vous de ne pas apparaitre comme du rap drôle ? par exemple dans votre dernier feat Pablo dis « elle écoute du Lorenzo, je lui crache dessus… » comment tu prends les comparaisons les comparaisons avec Lorenzo ? On te comparait à lui justement dans la vidéo ou je t’ai découvert.

Lorenzo c’est du rap Carambar. Moi déjà c’est plus subtil, mais il faut savoir que Jeune Pablo n’a pas dit ça gratuitement. Il a dit ça parce que Lorenzo et Colombine ont voulu lui mettre une douille. Pablo est en featuring sur le son « En Fumette » de Lorenzo mais lorsqu’ils ont mis le son sur Spotify, ils ont viré son couplet sans lui dire, alors que deux semaines avant ils étaient au téléphone en mode « ouais fréro, t’es le sang ». Pour gagner 50 euros sur les streams ils l’ont viré sans prévenir. A son passage on n’entend que l’instru. Après, je ne sais pas si c’est eux personnellement qui ont fait ça mais dans tous les cas tu peux toujours envoyer un message pour prévenir au lieu de vendre ton âme à Satan pour des pièces.

Son âme à Satan où à Jacques Attali

Tout à fait, le grand architecte, il voit tout. Il a fait gagner Macron, il est fort mais il faut savoir même Attali n’est qu’un pion.

Tu n’as pas encore de hit, mais il y a pas mal de gens qui t’ont connu avec les clips de Weekend avec Marine Le Pen (Noisey en a parlé) et Le dernier Macron Président, je marchais devant une école de commerce j’ai entendu des filles chanter Macron.

Que des petites putes d’école de commerce chantent mes sons, forcément ça me provoque une demi-molle. Mais de toute façon, Macron il fait bander tout le monde. Macron ça excite les petites putes et les mecs aussi bandent. D’ailleurs, comme tu l’as vu j’ai invité Brigitte Macron dans mon dernier clip. Elle a gentiment accepté.

Mais d’ailleurs tu l’as trouvé comment cette Brigitte ?

Brigitte je l’ai trouvé via leboncoin. J’ai passé une annonce tout simplement et Brigitte Macron a répondu à l’annonce. Tout ça pour dire que lorsque je fais des clips, je pense à faire bander tout le monde. En tout cas grosse dédicace à Brigitte, elle m’a régalée des gros bisous pour elle. Elle s’est tellement amusée qu’elle a même refusé que je la paye. Je n’ai jamais payé pour mes clips d’ailleurs.

J’ai essayé de lire entre les lignes de tes déclarations d’amour, Quand tu dis « j’suis en Week end avec Marine le Peine, t’es devant ta télé tu regardes Kery James » (Week end avec Marine Le Pen) tu veux dire que tu fais passer plus de message que les rappeurs qui se disent « conscients » ?

Ça se voit que tu comprends bien ma musique parce que c’est exactement ce que j’ai voulu dire. En termes de messages, moi en 5 mots je fais la même chose que Kery James en 5 albums.  Je fais même mieux que Kery James qui va te faire une dissertation thèse antithèse synthèse de français pour t’expliquer qu’il est opprimé ou je ne sais pas quoi ; je ne sais même pas ce qu’il raconte franchement.

Franchement sur ce sujet je ne peux pas trop t’aider.

On ne sait pas ce qu’il raconte. Moi avec une certaine subtilité je vais faire passer des messages incroyables, j’ouvre les yeux des gens. Kery James en 5 albums je ne sais même pas s’il a fini la moitié de sa longue dissertation.

Mais sinon avant qu’on parte sur des sujets qui amènent la joie et la bonne humeur sur Terre, tu as des projets en préparation ?

Il y a des autres projets qui arrivent bientôt Pour le moment, vu que je viens de sortir mon dernier projet Meteo Canicule, je vais plus me concentrer sur les clips. Je veux des vrais clips.

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C’est parti, quatre grands thèmes pour comprendre à quel point notre jeunesse est déglinguée :

 

Leo Roi et ses amis les politiques :

Tu as fait un morceau incroyable dédié à Rachida Dati sur Autotune Muzik. Tu as un autre morceau intitulé Week-end avec Marine Le Pen et tu fais plein de fois référence à Marion Maréchal, j’aimerais savoir ce qui t’excite particulièrement chez les femmes de droite ?

(Rires) Si tu regardes bien, elles sont de droite mais ce n’est pas ça le plus important, elles ont toutes des saveurs différentes. Rachida c’est les saveurs orientales, Marion Maréchal c’est les saveurs du terroir. Il y a les saveurs épicées comme les bonnes saveurs à l’ancienne de la France forte. Je n’ai pas de tabou, si je ressens quelque chose pour quelqu’un je fais une chanson sur lui. C’est pour les déesses maghrébines et les maréchales. Ce sont des personnes humaines avant tout, avant les divisions politiques. Ce n’est que de l’amour.

Si on revient sur ton dernier projet, Meteo Canicule ton clip qui a le plus tourné c’est Macron Président, « Moi j’bandais plus depuis François Hollande », moi j’aimerais savoir ce qui provoque maintenant en toi cet état d’excitation. Si tu me dis que c’est la suppression de l’ISF, ou des APL tu ne peux pas nier que tu as des penchants graves malsains pour la droite française.

Le couple présidentiel en lui-même fait bander. Brigitte avec ses incroyables tailleurs bleus, ses tailleurs Louis Vuitton, Chanel. Elle a beaucoup d’élégance. Elle s’habille mieux que beaucoup de personnes qui se prétendent designer. Macron il est jeune et beau. Brigitte elle a son charme, même si je ne suis pas fan des Granny.

Ah ouais ce couple-là, il t’a complétement déglingué. Il t’excite à ce point ? Genre un plan à trois ça pourrait t’inspirer pour trois autres albums

(coupe) Nan juste nous trois dans une chambre, ils commencent à se déshabiller et moi je reste en retrait et j’allume mon portable, je filme tout. Une sextape du couple ça serait méchant. Une vidéo comme ça et c’est bon j’arrête le rap, plus besoin, il y a tellement d’oseille à ce faire avec ça. C’est plus la simple catégorie amateur de x-vidéos là. T’imagines la vidéo, elle serait dans la meilleure des catégories, la catégorie présidentielle. La catégorie présidentielle : les branlettes les plus douces, les plus politiques.

Dans ton rap tu vas quand l’air de rien parfois super loin sur nos amis les élus, quand tu chantonne sereinement avec ta voix auto-tunée « On sait que Cohn Bendit il est pédophile » (Merci Leo roi, Meteo Canicule)

Déjà je pense que quand t’écoutes mon rap tu fais partie d’un public un minimum averti, je pense que si tu m’écoutes c’est que t’es apte à comprendre. En vrai, je n’ai même pas besoin de parler, tape le nom de Cohn-Bendit il y a tout qui sort. Je ne devrais même pas avoir à dire ce genre de chose. Il ne devrait pas avoir le parole ce type

Il faudrait le faire taire ?

Ce n’est pas qu’il faudrait le faire taire, c’est que dans un monde idéal il n’aurait même pas la parole. Même lui, dans sa petite tête, il devrait se dire après ce que j’ai fait …. Enfin. Mais s’il est toujours là c’est que ça arrange des gens qu’il soit là, comme pour beaucoup d’autres.

Tu parles beaucoup de ça, tu connais Killuminati SMG le Youtubeur/ décrypteur de signes satanistes dans les clips de rap. Lui qui analyse tes sons ça peut donner un classique du YouTube français

Je connais de loin mais je t’avoue qu’il me fait flipper un peu. Ses gros yeux, il a vu des choses pas claires dans sa vie lui. De toute façon qu’il analyse, je n’ai rien à cacher. Tout ce qu’il dénonce, je le dénonce aussi. Force à lui je l’invite même à boire un coup.

Pour le coup, je ne pense pas que ce soit le genre à venir boire un coup mais l’invitation est lancée.

Je t’avoue que je ne suis pas un spécialiste de ses vidéos, mais en tout cas c’est bien, il produit du concept, comme on dit (rires)

Mais mine de rien même si c’est à ta manière tu parles beaucoup de politique, tu te considères comme politisé ? Tu votes ?

Je ne me reconnais dans aucun parti à part En Marche (rires). Macron il a été aidé mais il reste fort, il est beau, il est parti de rien, on lui a tendu la corde du haut de la pyramide c’est sûr mais il a fallu qu’il monte dessus. Macron est dans la légende, c’est lui le vrai Jeune Légende. Malgré le fait qu’il ait vendu son âme il est quand même fort.

Comme tu l’as sûrement vu sur Facebook, j’ai donné mon CD à Asselineau. Je pense qu’il a écouté mon cd. Il va mélanger sa pensée à celle d’Autotune Muzik et revenir évolué en 2022.

La psychologie féminine selon Dr Leo Roi :

T’as un coté psychologue aussi, on sent que tu veux explorer la complexité du rapport homme/femme « Les filles faudrait arrêter de rêver de sucer votre père, elle porte un ras du cou et se soir je vais me la faire» (Ras du Cou, Autotune Muzik). Si j’ai bien compris selon toi le ras-du-coup c’est une expression du complexe d’Electre (complexe d’Œdipe mais pour les go avec leur père)

Ouais je pense. De toute façon ça c’est de la psychologie de base je pense. Après pour ce qui est du ras du coup, les filles elles savent qu’en mettant un ras du cou on est amené à penser certaines choses. C’est excitant, mais attention toujours dans le respect de la femme, elles ne sont pas plus connes que nous, j’ai rien contre les ras du cou. D’ailleurs une meuf qui me montre toute sa collection de ras du cou c’est très bien pour moi. Filles aux ras du cou du monde entier venez. Mais arrêtez de rêver de sucer votre père.

Mais si tu as raison, il y a la méthode Woody Allen pour éviter ce genre de complexe incestueux caché et malsain

C’est quoi ?

Tu baises directement avec ta fille, et là y’a plus du tout de désir d’inconscient, plus de ras du cou.

(Rires) Mais Woody Allen c’est carrément un autre niveau, grand cinéaste. MAIS CE N’EST PAS UNE RAISON WOODY. C’est très sombre.

Bon si on revient sur les femmes on sent quand même une certaine tendresse dans tes textes envers les femmes « j’te baise même si t’es une 4/10 même si t’es une 5/10 » 

Tout à fait, je suis très tendre. Je peux me permettre plein de choses parce que les femmes je les connais bien. Je les aime. Bon c’est un peu bizarre de dire ça, c’est ce que disent tous les violeurs devant la juge. Mais c’est vrai j’aime les femmes et ça reste de la musique.

 

Société et lutte des classes

Dans Week-end avec Marine le Pen « Marine n’écoute pas Phillipot c’est juste un Homo qui porte que du Phillipe Plein ». Au-delà des graves accusations que tu portes à Florian Philippot, tu as conscience que tu t’attaques à deux grands fléaux qui touchent les jeunes issus de l’immigration : à savoir Le Front National et Phillip Plein. Tu te sens un devoir social de protection des minorités ?

(rires) Sur Phillip Plein, je ne vais pas m’étendre sur le sujet, je pense que l’on a tous des yeux pour ça. Il ne devrait même pas y avoir de débat dessus. Ces gens-là ne vous veulent pas du bien. J’ai beaucoup d’amour pour nos jeunes issus de l’immigration. Quand mon clip de Marine Le Pen a été partagé par Français de Souche  j’ai reçu beaucoup de commentaires du genre « sale arabe », « on sait pour qui il roule celui-là » … donc mes amis maghrébins on est ensemble. Je suis l’un des seuls rappeurs à être passé sur Fdesouche d’ailleurs, j’en suis très fier c’est une performance assez inédite et…  c’était quoi la question ?

Si tu te sens comme un justicier.

Mais bien sûr, moi je suis un vrai justicier. J’attaque les ennemis des gens maltraités. Bon, là tu as fait référence à Phillip Plein, mais y’a plein d’autres trucs… (rires) et au contraire ceux qui sont trop bien placé j’essaie de les remettre à leur place. C’est comme Polanski, beaucoup protègent Polanski parce qu’il a fait jouer leur sœur ou leur neveu, c’est comme ça que ça marche. Quand tu réfléchis bien tu comprends que tout n’est question que d’intérêt. Je comprends tout maintenant, tous les mécanismes défilent devant mes yeux, comme Néo dans la matrice. Je vois le nom de tous les malhonnêtes, de tous les pédophiles, Donc j’en parle, mais ça fait beaucoup de noms quand même.

Ça fera peut-être l’objet d’un nouvel album.

Ouais, Pédophile Musique, peut-être, pourquoi pas (rires)

Parlons d’un sujet important, quand tu as dit « négro » on a pu faire semblant de ne pas entendre mais quand tu dis « Chanel, Chanel, nique les prolos en Ralph Lauren » est ce que tu cherches la guerre civile ?

(Rires) Pourquoi tu portes du Ralph Lauren ?

Nan c’est pour un ami

Ouais pour un ami, bien sûr, nan mais c’est juste pour dire, « batard t’es un prolo et tu portes du Ralph Lauren », enfoiré tu gagnes 1500e par mois, économise pour acheter un appart. Mieux vaut un appart dans dix ans que des doudounes aux multiples et incroyables coloris aujourd’hui. Mais déjà, je préfère la qualité Française. Là je te parle en ce moment, je porte un polo Lacoste soyeux je me sens bien dedans, c’est confortable comme une vierge.

Le style ça a l’air vraiment important pour toi, d’ailleurs dans Négro tu déraille (hors projet) tu dis « t’achètes ton parfum au marché connard, j’compte plus les voilées j’compte plus les Kouffars » là tu cherches vraiment la guerre civile annoncé par Zemmour

Nan mais si tu regardes bien justement je dis « je ne compte plus » ça veut dire que je ne les compte pas, littéralement. Je m’en bats les couilles. Justement, si y’a 15 voilées d’un côté et 15 Kouffars de l’autre moi je suis content. Je ne veux pas que chacun soit de son côté.

Union nationale ?

Exactement, je plaide pour l’unification, l’union nationale. Pourquoi toujours diviser ? C’est ça ma France, des voilées et des kouffars main dans la main. Donc non je ne cherche pas la guerre civile comme Zemmour (rires)

Et sur Zemmour ?

Physiquement Zemmour, j’aime bien sa position de petite fouine, avec son dos en arc, sa tête rentrée. Esthétiquement il y a un truc. On  dirait une petite fouine qui creuse là où il ne faudrait pas creuser. Je regarde beaucoup de ses vidéos. J’aime le fait qu’il soit plus intelligent que les ¾ des gens qui le critiquent. C’est souvent comme ça dans la vie. Cette image de petit con seul contre tous j’aime bien, salam Éric.

Drogue et Show-business

Mine de rien, tu parles quand même pas mal de drogue et même de trafic, j’aimerais savoir c’est un truc qui est proche de toi où c’est un truc que tu entends beaucoup dans le rap actuel et que tu reproduis en le détournant en le tournant en dérision.

Faut savoir ligne entre les lignes quand je parle de drogue, mais crois-moi que j’en sais plus que beaucoup de gens qui se croient crédible juste parce qu’ils font des clips en bas de leur cité. J’ai cette manière de tout tourner en dérision mais ce n’est pas du Lorenzo. Je connais les comportements des vendeurs, je connais les comportements des clients.

 Comme quand tu dis « j’ai vendu la C a des petites putes de l’université » (Stan Smith, Autotune Muzik) ou « Je lui ai vendu mes crottes de Nez elle est revenue m’en réclamer » (La Carotte feat Jeune Pablo)

(Rires)  Quand je parle de mes crottes de nez, tu sais que c’est une réalité brute. Il y’aura toujours une petite pute de l’Université avec sa casquette Ralph Lauren pour revenir, tu sais ce que ça veut dire.

Je voulais te remercier pour mon plus gros fou rire 2016/2017 quand tu dis : « Tu disparais comme Enora Malagré quand il faut payer la drogue dure », juste l’image est incroyable.

T’écoutes vraiment bien mes sons, ça fait plaisir, celle sur Enora elle est technique je l’apprécie particulièrement. Je te vois venir, mais je n’ai pas de révélations à faire. Faut demander à Cyril Hanouna, je ne suis pas une balance.  Mais comme par hasard Enora on la voit plus maintenant, c’est chelou.

Ah mais genre TPMP, par exemple,  C’est un truc que tu suis vraiment ?  Tu penses quoi d’un mec comme Hanouna ?

Je pense que Cyril Hanouna en termes de divertissement en France c’est le meilleur, il tient une émission à lui tout seul c’est incroyable. La drogue aide beaucoup mais il a quand même du mérite. Je ne vais pas te mentir je regarde que très rarement, surtout en ce moment mais quand je regarde c’est incroyable. Franchement, quand il avait fait 24 heures de direct j’en ai facilement regardé 16. Je n’avais jamais regardé autant la télé. Des potes m’appelait j’étais en mode «  je peux pas là, je regarde  Hanouna »

C’est un modèle pour toi ?

Je n’irai pas jusqu’à dire modèle, mais il a fait de grandes choses en partant d’en bas. Cyril Hanouna la Méga Légende.

Tradition nazi et SNCF

Pour finir sur une note positive : Dans Week-End avec Marine le Pen tu dis, « On va aller voir Nuits et Brouillards, une belle fiction avec une jolie histoire » l’histoire ça à l’air de te passionner

Ouais je m’intéresse, avec internet c’est tellement facile d’avoir des informations. Dans Week-end avec Marine, j’me mets dans la peau d’un mec qui fait ses propres recherches sur ses questions et qui devient matrixé avec toutes les théories qu’il voit sur internet.

Pour continuer avec les nazis, pour ne pas les nommer. En France on a d’anciens liens très forts avec ces gens et notamment via la SNCF. Je ne sais pas si t’as vu mais là, ils ont foutu des contrôleurs en civil ; ça m’a fait penser à ton son Poudlard Express

Je n’étais pas au courant pour les contrôleurs en civil, mais ça ne m’étonne même pas pour des méthodes de la SNCF. Comme tu l’as dit, longue tradition (rires). Dans Poudlard Express je parle des contrôleurs de Tram. Ils sont là ils arrivent à 15 jusqu’à faire pleurer des petits. La dernière fois y’avaient des chinoises qui avaient payé leurs tickets mais qui ne parlaient pas français. Les contrôleurs sont arrivés et ils leur mettaient la hagra gratuitement, mon son c’est une petite vengeance.

Ah ouais, tu penses vraiment qu’ils méritent tant de haine ?

Après un contrôleur ça reste un prolo. T’es là, tu propage la haine pour 1400 e par moi. Franchement je pense qu’il y a mieux à faire. Même pour eux, j’veux dire tous ces regards noirs sur toi, ça ne vaut pas le coup. Après y’en a peut-être qui ont la passion de contrôler, mais bon la passion de contrôler ça nous ramène aux heures les plus sombres de notre histoires (rires)

Bon bah voilà je pense qu’on a fait le tour, tu veux rajouter quelques choses ?

Rien de spécial, un grand merci à tous ceux qui me soutiennent et qui sont venus me voir en concert que ce soit à Genève, Paris, Montpellier ou Bordeaux, ne vous inquiétez pas ce n’est pas fini, merci à tous ceux qui écoutent les sons sur Deezer et Spotify vous me faites gagner de l’argent

Merci à Singe Mongol qui m’a fait une magnifique pochette pour Meteo Canicule allez regarder son travail

Et merci à toi, c’était ma première fois, j’ai kiffé de ouf

C’était ma première aussi, j’espère que tu es clean que tu ne m’as pas refilé une quelconque MST

Ah ça, tu ne peux pas le savoir, c’est la surprise du chef tu sauras bientôt (rires)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gucci Mane : la sélection du Barbouze

On fêtait le Gucci Day la semaine dernière, le 17 Octobre. Gucci a sorti récemment son Autobiographie et j’ai vu passer une playlist Gucci Mane – The Autobiography qu’on peut télélourder ici.

En 2013 j’étais passé sur Captcha Mag pour écrire sur lui.

L’année derniere, j’avais compilé quelques titres pour une jeune femme qui ne s’était pas encore convertie au culte du Brick Squad ; titres qui ont rythmé mes écoutes depuis 2009, depuis que Gucci est présent dans mes playlists et mon univers musical.

Je repasse vite fait pour vous proposer cette sélection Gucci Mane chérie du Barbouze, deux heures de Guwop dans les oreilles -j’ai mis Gucci Terentino – Free Bricks deux fois parce qu’une fois ne suffisait pas.

Longue vie a Mr Zone 6.

Cliquer ici sur la cover pour accéder à la sélection :

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Rohff, seul contre tous

Au jeu des trônes, ce sont des destinées qui se jouent. Comme une nuée d’insectes attirés par une lumière tremblotante et factice, des visages altiers, des brigands, des éclopés même, fomentent, s’escriment et patientent, tous espérant un jour atteindre le sacro-saint trône du rap français. Quelques élus seulement y parviennent. L’histoire est ainsi faite d’ascensions mais surtout de chutes. La fresque du Hip Hop en recense une floppée, certaines plus spectaculaires que d’autres. D’ailleurs, jamais repu de cadavres, le public en raffole. Il adore détester et se divertit des coups d’éclats ratés, se moque, exprime son dégoût sur les réseaux sociaux.

L’auditeur se révèle souvent n’être qu’un mange mort. C’est le lézard qui se régale au matin de ces insectes jonchant le pied des lampadaires, ceux qui sont restés accrochés à la lumière jusqu’à plus force, ceux qui ne savent pas se résigner. Or, s’il est bien une déité siégeant au Panthéon du rap français qui représente si bien la chute vertigineuse, passant des cieux au sol et servant d’apéro aux auditeurs, c’est bien Rohff. Le roi passé bouffon devenu paria. Au jeu des trônes, Rohff prouve que certaines destinées sont plus incroyables que d’autres.

Certes, Rohff n’a pas volé son statut de bouffon du roi, ni de baronnet du mème internet. Choix musicaux douteux, mauvaise foi légendaire, des phases tirées par les cheveux, et des péripéties dignes de Martine s’inscrit en SEGPA : l’épisode Migos, la bagarre dans le Ünkut, la neige empêchant la vente d’album… Bref, le rappeur de Vitry s’est échiné à être au rap ce que Kamoulox est à la télévision. Ici réside le problème : l’étiquette collant à Rohff est tellement ancrée que même s’il sortait des bons morceaux, la réponse automatique du public concernant le rappeur serait la moquerie ou le déni. Cela a pu se vérifier lors de la sortie de Mask Rohff, un morceau largement honorable qui a trouvé pour réponses majoritaires des railleries sur les réseaux sociaux ou l’ignorance totale.

Pourtant, il y a chez cet éternel prétendant au trône du roi grizzli des qualités humaines indéniables que même ses détracteurs ne peuvent lui nier. Rohff est un bambou qui ne cesse de rompre et qui pourtant tentera toujours de repousser. L’analogie avec la mythologie grecque est facile. Après s’être régulièrement brûlés les ailes comme Icare, il a su réutiliser les plumes incandescentes pour réécrire des titres, sortir des projets (bien que peu aboutis ou complètement dépassés). Et c’est ainsi que d’Icare, il endosse le rôle de Sisyphe portant son fardeau inlassablement après chaque nouveau revers. Rohff, malgré ses défauts persistants est un exemple de persévérance et de résilience. Rien ne semble l’atteindre même lorsque sa cote est au plus bas. Certains affirmeront que son ego l’aveugle et l’empêche d’être clairvoyant quant à ce qu’il représente aujourd’hui. Peut-être. Une certitude seulement : beaucoup auraient jeté l’éponge à sa place, et ce depuis longtemps.

Si la responsabilité de Rohff quant à l’image de sa carrière amoindrie est évidente, il faut aussi préciser que le traitement de la musique du rappeur par le public n’est pas toujours justifié, notamment ces dernières semaines alors que ses trois dernières prestations sont respectables, voire excellentes. Toute la question est alors de voir au-delà de la critique automatique et facile, bien que souvent drôle et plaisante, et de comprendre en quoi ces morceaux peuvent encore changer la donne dans la carrière de Rohff le mal-aimé.

Mask Rohff, le clairon sonnant la guerre?

Mask Rohff reprend donc la promo du prochain album, là où Hors de Contrôle l’avait laissé il y a plusieurs mois. Prétendant au titre de rappeur numéro un, c’est tout à fait légitimement – pense-t-il – que Rohff remixe le hit Mask Off du rappeur US le plus adoubé du moment, Future. Ce choix, encore une fois douteux, n’aura pas manqué à nouveau de déchaîner les passions sur les réseaux. Pourtant, si l’on omet le jeu de mot foireux du titre, et les proutlines sportives devenus la marque de fabrique du bonhomme telles que : « je les racket comme Nadal », il y a dans ce Mask Rohff comme un regain de hargne et de hauteur de la part de son géniteur. Et c’est tout à fait ce que l’on attendait tant Rohff est taillé pour être seul contre tous, lui contre eux, déjà comme il le chantait sur l’album du Rat Luciano en 2001.

Ici, Rohff s’avère revanchard et adresse à tous, adversaires bien connus comme auditeurs, son intention de reprendre un bain de lumière mâtiné d’éclaboussures d’hémoglobine chaude. Il le fait d’ailleurs magnifiquement bien en une phase bien trouvée : « ceux qui attendent ma date [de sortie] ne sont pas au bout de leur album surprise », en référence au fameux 4 décembre 2015, date à laquelle Booba contrecarrait Le Rohff Game en balançant Nero Nemesis à la surprise de tous. Rohff aurait très bien pu laisser cette histoire derrière lui, au contraire, il décide d’y puiser sa force et de rendre les coups. En ce sens, Mask Rohff est une petite réussite.

Autre transformation intéressante : le flow plus posé de Rohff le ramenant aux carcans des années 1990’s / 2000’s. Le peu d’effets présents dans cette production minimaliste sied parfaitement au rappeur et lui permet de dominer le morceau, renforçant alors l’aspect calme et belligérant du titre. A n’en pas douter, Rohff aurait tout intérêt à privilégier ce cadre plutôt que d’opter pour des morceaux remplis de fioritures comme Hors de contrôle, single bien banal.

Bien sûr, Mask Rohff apparaît davantage comme un freestyle du fait de son statut de remix d’un morceau ne lui appartenant pas (et de pas n’importe quel titre qui plus est), et l’album à venir ne devrait donc pas bénéficier de cette couleur. Mask Rohff s’apparente ainsi au calme avant la tempête, le temps « d’asseoir Athéna, déesse de la guerre, sur le pic de l’Olympe« , le regard rivé vers Saturne, père des Dieux et contre lequel ses fils se sont retournés.

Saturne, la charge rageuse

Pour un titre qui commence par « Je tiens mieux la route que la Sécurité Routière », on peut dire que Saturne s’en sort bien, très bien même. A tel point qu’on peut aisément affirmer que Saturne est le meilleur morceau de Rohff depuis longtemps. Rappelons que l’ex-membre de Mafia K’1 Fry a déjà tenté des retours à coups de morceaux fleuve sans refrain, on peut se remémorer le respectable Sans Forcer 94.0 (omettant encore les phases douteuses et le passage en anglais) mais dans Saturne, Rohff est encore plus convainquant. Rohff incarne la rage, s’ébat avec une instru efficace (sans être tape-à-l’œil) et se débat avec ses démons, c’est-à-dire les autres, et il le fait avec brio.

On regretta bien sûr encore quelques lines à jeter, bien qu’au final, elles apportent à l’univers de Rohff une dimension comique non négligeable et parfois délicieuse comme lorsqu’il assène : « le roi est un mac / appelle le Mac Laren (la reine) ». Dans tous les cas, il semble que depuis plusieurs années, il faut bien compter avec ces phases pas forcément faciles mais dont l’effet tombe souvent à plat. A trop chercher la formule qui tape, Rohff se prend les pieds dans le paillasson. Tâchons plutôt d’en rire.

Et pourtant ! La réussite de Saturne ne tient pas du tout de la qualité textuelle du morceau mais simplement en ce qu’il poursuit avec davantage de punch et de brutalité ce que Mask Rohff initiait. Rohff ne prépare plus le combat, il est déjà dans le ring et son flow enchaîne uppercuts et jabs vocaux. Le rappeur du 94 a décidément des comptes à régler : « plus rien à apprendre du rap US / Je valide Kendrick / rien à foutre du reste » probablement en réponse au fameux mème internet où Rohff s’est fait piéger sur une question concernant Migos dans l’émission de l’Abcdr ou encore « j’ai beau sortir du quartier mais le quartier ne me quitte pas » en réponse au refrain de DKR de Booba. Ces quelques phases qui prennent l’atour de règlements de compte batifolent avec un texte au champ lexical teinté d’armes et de combat. Saturne est un hymne du champ de bataille quasi-parfait.

Enfin, il réside dans ce titre, Rohff rappelle à l’auditeur que la qualité de son écriture ne gît pas encore tout à fait au cimetière. Au milieu du carnage ambiant, discrètement, R.O.H.2.F lâche un très beau « j’ai dédicacé des briques tellement au pied du mur ». Cette fois, la formule fonctionne joliment. Non seulement elle est belle, mais elle montre en plus que Rohff n’est pas qu’un rappeur à ego rappant à tout va qu’il est le meilleur comme dans le refrain de Mask Rohff. Pour une fois, il semble conscient de sa chute et cette affirmation redonne un brin d’humanité à un rappeur qui, à force de se montrer intouchable, intestable et tutti quanti, en devenait presqu’automate. Marrant pour un type qui clame dans ce même Saturne : « je boxe comme Canelo / pas comme un putain de robot ».

Broly, le no man’s land

Dernier morceau en date de Rohff, Broly oscille entre le bon et le moins bon. On y retrouve d’une part ce que Rohff est capable de produire de mieux comme sur Saturne, mais d’autre part aussi ce qui lui faisait défaut sur ces précédents singles : de l’autotune peu inspiré (en 2017, Housni est peut-être le seul rappeur à n’avoir jamais correctement usé du procédé), le franglais dispensable et surtout risible, et cerise sur le ghetto : l’ajout du terme « Pioute », dérivé du mot pute, utilisé pour rimer avec le reste du refrain ; visiblement la pire chose qui puisse arriver. Si l’on s’arrêtait à cela, on serait tenté de dire que Rohff retrouve ses travers habituels, que Saturne et Mask Rohff n’était que des incidents isolés.

Passé ces déconvenues, que reste-t-il de Broly au regard des deux titres sortis précédemment ? Et bien rien ne change, au contraire, la rage destructrice de Rohff est à son paroxysme. Esclave de sa propre haine, encerclé comme Saturne, Rohff fait montre d’une énergie folle une fois de plus et le morceau porte plutôt bien son nom. En effet, dès le refrain, Rohff n’a de cesse de répéter qu’il est seul contre tous, ne faisant pas démentir ses intentions déjà exprimées dans Mask Rohff et Saturne. Le rappeur semble véritablement habité dans sa croisade. Une croisade, par ailleurs, impersonnelle. Rohff ne donne pas de nom, n’identifie pas ses cibles si bien que l’on pourrait penser que c’est tout le genre humain que Rohff prend en grippe. Force est de constater que malgré les écarts, ce rôle lui va à merveille. L’énergie déployée fait plaisir à voir et l’on se demande cette fois ce qui pourrait arrêter cet entrain.

Détrôner les rois?

En l’espace de quelques semaines et de trois titres, Rohff semble avoir retrouvé une seconde jeunesse et apparaît beaucoup plus consistant. Une fois qu’on lui pardonne quelques lyrics plutôt bancals, il ne reste qu’à savourer et saluer son énergie ainsi que l’ambiance particulière qu’il arrive à distiller dans ses morceaux. Sa position d’anti-héros voulant tout rafaler et retrouver une estime perdue lui sied à merveille et l’on pourrait presque oublier qu’il n’y a pas si longtemps, il était encore aux yeux de beaucoup le grand perdant du tournant des années 2010.

Il est probablement encore trop tôt pour dire si le prochain album sera à la hauteur de ce qu’il propose actuellement. Quelques éléments peuvent encore laisser des doutes, notamment par rapport à ce que Broly laisse entrevoir de mauvais goût sur certains passages. En tout cas, vis-à-vis du public, si Rohff a encore été moqué ou zappé, il semblerait qu’une certaine partie de l’audience ait retrouvé une gloire qu’ils pensaient avoir perdu eu égard aux commentaires laissés sous les clips postés sur Youtube.

A la fin de Broly, Rohff déclare que « les rois sont tous détrônés ». Au jeu des trônes, Housni rappelle que les têtes se coupent et que seuls les persévérants finissent avec une couronne sur la tête. Reste à observer maintenant si, d’une part, le public pourra passer outre ses préjugés sur Rohff, et d’autre part, si celui arrivera à fournir un album à la hauteur de ces singles.