Top 100 : Salif

5. Jactez j’m’en bats les couilles (Chacun pour soi) : Les jaloux, les haineux, les envieux, thème maintes et maintes fois traité dans le rap français. Salif fait les choses bien. Plus nerveux que sur la moyenne des tracks de l’album, il frappe fort, trois minutes durant. Une violence énergique et maitrisée, à la manière d’un boxeur qui enchaine proprement son adversaire jusqu’au k.o. Gros classique.

4. Enfance gâchée (Boulogne Boy) : Peut-être la meilleure track de Boulogne Boy. La plus sobre : instru, thème, lyrics … Salif pose à la fois le bilan de son adolescence et une série de mises en garde à la nouvelle génération. Loin d’être moraliste, il affiche un cynisme presque résigné : « tu te balades des barrettes entre les couilles ? Pff, ton téléphone est comme le mien, il est sur écoute » ; « nos vies sont toutes similaires, dis-toi que les pères d’aujourd’hui ne sont que les bandits d’hier » ; « là-bas, tes potes t’écriront, les autres t’oublieront » …

3. Caillera a la muerte (Prolongations) : Le genre de classique à double facette. L’effet secondaire Nas-Illmatic. Un morceau qui a tellement marqué le public qu’il devient impossible de s’en démarquer. Qui fait qu’à chaque fois que Salif va sortir quelque chose, il y aura forcement un mec pour dire « ouai mais ça vaut pas Caillera a la muerte ».

2. Journée en enfer (Prolongations) : Un son qui pourrait résumer toute la carrière du rappeur. Pour l’instru : deux notes de piano battues violemment, un beat, une mélodie ténébreuse en fond. Pour les lyrics : du Salif tout craché, « halls remplis comme nos casiers judiciaires », « le système qui nous baise, les sirènes qui nous bercent » … L’ambiance est totalement désabusée, l’auditeur se sent écrasé par tant de lourdeur, l’air parait irrespirable. Pas la moindre lueur d’espoir dans ce noir dense et opaque : « la darone en a marre d’aller bosser, l’appart’ est désossé », « pour le petit frère, pas de carrière de foot, PES le console », «  »tu veux baiser de la pute ? fais belek au bois, les meufs y sont suspectes comme la mort de Beregovoy », « mon pote craque en gardav, attendant ce batard d’OPJ », « tu dors, tu te lèves, et ensuite ? pff, c’est la merde … »

1. Dur d’y croire (Chacun pour soi) : Un cynisme d’une lucidité malheureusement trop peu présente dans un paysage rap français qui a du mal à se regarder dans un miroir, si celui-ci n’est pas déformant. Toutes proportions gardées, et dans un contexte tout à fait différent, on pourrait presque voir dans « dur d’y croire » le prolongement de « blessé dans mon égo » de Ekoué. Là où la banlieue représente habituellement le prétexte facile du manque de réussite social ou professionnel, elle a ici « bon-dos ». Pas d’autre coupable que lui-même, une véritable « auto-destruction ». N’exprimant pas vraiment de regrets sur ce point, Salif passe de la vision de son père, qui préférerait le voir plombier ou bricoleur plutôt que « bon à rien », et « drogue dans les poches », à ce rôle de caillera ni glorieux ni glorifié qu’il finit par assumer entièrement.

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