Sandra Bullock a abusé du Botox. Elle a un visage tout tiré, on dirait une noich, mais son aventure dans l’espace est, de loin, ce qui s’est fait de mieux en la matière. Lire la suite « Gravity : botox interstellaire »
Catégorie : Ciné / TV
Critique : Dragon Ball Z – Battle of Gods
Le speech :
L’histoire se situe après la mort de Boo, avec le réveil de Lord Bills. Il est présenté comme le Dieu de la destruction et semble Lire la suite « Critique : Dragon Ball Z – Battle of Gods »
House of Cards
Dès le 29 août, Canal + diffusera la série événement « House of Cards ». Une plongée vertigineuse dans les rouages de la politique au sommet des USA. L’occasion de prendre une bonne gifle grâce à l’une des meilleures séries de ces dernières années.
Insaisissables
C’est l’histoire de 4 magiciens et d’un vieux milliardaire qui se refont Ocean’s Eleven avec de la magie. Et c’est pas mauvais du tout. Lire la suite « Insaisissables »
Dieudonné – Foxtrot : critique et interrogations
Dieudonné, c’est 12 spectacles (plus deux « best-of ») en 13 ans depuis 2000. Sur la même période, c’est aussi 2 livres, une web-série, quelques engagements politiques, deux films produits, une douzaine d’apparitions dans des longs-métrages, un nombre incalculables de tournées, représentations, et polémiques, sans oublier sept enfants, quelques soucis judiciaires, et une bonne dizaine de millions de vues youtube. Au travers d’une discussion (entre Genono et Buddy Love) ayant pour point de départ la critique de Foxtrot, son dernier show, nous avons essayé de répondre à plusieurs interrogations : Dieudonné est-il un boulimique de travail, ou est-il obligé d’être si productif pour survivre ? Cette productivité n’est-elle pas un handicap, dans le sens où elle influe sur la qualité de sa production ? Lire la suite « Dieudonné – Foxtrot : critique et interrogations »
Äkta Människor – Real Humans : des robots chez les suédois
Après Black Mirror, Death Valley et Spaced, je continue ma vaste entreprise d’exploration des séries sous-cotées, avec Äkta Människor (à vos souhaits), série suédoise diffusée sur Arte. Peut-être avez-vous déjà entendu parler de cette série sous le nom de « Real Humans ». Si ce n’est pas le cas, continuez votre lecture … Lire la suite « Äkta Människor – Real Humans : des robots chez les suédois »
C comme Fils de pute
Mercredi soir, Canal Plus diffusait une soirée spéciale « caillera » : la très bonne comédie « Les Kaïra », de Franck Gastambide, suivi d’un documentaire, « C comme Caillera ». Retour sur une fils-de-puterie de niveau 3. Lire la suite « C comme Fils de pute »
Critique ciné : Karma
Le film estampillé « rap français », cet étrange objet cinématographique, éveillant irrémédiablement la curiosité des auditeurs, et décevant presque immanquablement les attentes. Hormis African Gangster, un long-métrage qui, sans révolutionner le genre, et sans éviter son lot de clichés, parvient tout de même à tenir la route, les exemples à ne pas reproduire sont légion, de Comme un aimant à La Vengeance, en passant par Cramé ou l’insipide Conte de la frustration, à tel point qu’il est devenu commun de considérer Rap Intégral comme le « film avec des rappeurs dedans » le plus crédible.
Karma se présente donc avec cette étiquette-rap, une particularité à double-tranchant. Le rappeur lambda, excellent lorsqu’il s’agit de jouer la comédie derrière un micro, devant un photographe, ou en interview, n’est pourtant pas réputé, à une ou deux exceptions près, pour sa maitrise de la méthode Actors Studio. Et si, effectivement, aucun protagoniste du film ne sera nommé aux Cesar, il faut reconnaitre que la partition est globalement très décente. Le manque d’expérience d’acteur de la plupart des interprètes du film ne se fait nullement sentir, et l’impression habituelle de textes récités et de regards perdus ne se ressent aucunement ici.
Les rappeurs présents
Dosseh : En tant qu’instigateur du projet Karma, il est logique que Dosseh porte le film sur ses épaules. C’est donc lui qui endosse le rôle principal, et force est de reconnaitre qu’il s’en sort avec les honneurs. Campant un personnage suffisamment travaillé, il a l’humilité de ne pas se donner le beau rôle, préférant jouer avec les faiblesses et les travers d’un jeune rappeur qui monte, mais qui joue sur plusieurs tableaux, et qui mange pas mal de coups de pression.
Escobar Macson : Peut-être bien le meilleur acteur du film. Son jeu froid, tout sur la retenu, est d’une pertinence et d’une intelligence tout à fait bienvenues, là où les non-initiés à la comédie surjouent quasi-systématiquement. Balançant les punchlines comme en studio (ou en interview), sa présence est un véritable plus. Mention bsahtek, félicitations.
Lalcko : Lalcko, il pourrait faire une pub pour les serviettes hygiéniques, il serait toujours crédible. Le mec a une aura, c’est comme ça, on y peut rien. Parfois tu l’écoutes rapper, tu comprends rien, c’est trop mystique, trop torturé, et malgré ça, tu te dis « putain il est trop fort ». Devant une caméra, c’est pareil. Le mec est là, il est loin, quoi qu’il fasse.
Bassirou : Pas le plus connu du casting, mais pas le moins déméritant. Si son personnage, manquant quelque peu d’épaisseur, n’est qu’un auxiliaire éventuellement dispensable, ce n’est nullement la faute de son interprète. Prestation propre et sans bavures.
Seth Gueko : Une seule apparition, pour une scène de quelques minutes, mais suffisante pour comprendre ce que vaut le Gueko. Forcément, c’est surjoué, mais c’est à l’image du bonhomme, et à la limite, il n’en fait même pas trop. S’appuyant sur un phrasé connu de tous, naviguant entre le patois, le raboin, le vieux françois, et d’autres influences linguistiques indéfinies, Seth s’éclate. On sent qu’en tirant moins le trait sur la caricature, il pourrait faire ça très bien.
Niro : Un rôle de guest, dans une scène qui ne semble là que pour pouvoir mettre en scène le rappeur de Blois, et afficher son nom au casting. Difficile de juger ses qualités ou défauts, le boug a une bonne tête de crapule, et on aimerait voir ce qu’il peut donner de bon avec un peu plus de présence à l’écran.
Sofiane : Anecdotique. Deux apparitions furtives, trois mots prononcés, là aussi, on sent qu’il n’est là que pour pouvoir être cité au moment d’attirer le spectateur.

Mise en scène et réalisation
Réalisé par Karim Meg (qui s’accorde d’ailleurs un rôle dans le film), valeur montante du vidéo-jeu français, plus connu jusqu’ici pour son travail sur des clips (La Fouine, 1995), et quelques bons travaux en stop-motion sur le skateboard, Karma se présente comme un produit au rendu très propre. Loin de la qualité disparate d’un film comme La Vengeance, la mise en scène est parfaitement cohérente, professionnelle de bout en bout. Et tout la crédibilité du projet tient dans cet état de fait : du cadrage au montage, rien n’est laissé au hasard. Et même si le manque de moyens se fait parfois ressentir (en guise d’exemple, notons qu’aucune mort n’est montrée directement, faute de possibilités en termes de maquillage, trucage, et effets spéciaux nécessaires), l’ensemble pourrait presque se vanter d’un certain cachet. Notons par ailleurs que le long-métrage a le bon goût de ne durer qu’une heure et quinze minutes, là où d’autres auraient tiré la corde pour grappiller un quart d’heure supplémentaire. On évite ainsi quelques longueurs qui auraient été malvenues, et malgré un ou deux temps morts, le rythme est maintenu jusqu’au bout.
Un scénario judicieux
Mais le point crucial, celui qui fait passer Karma du statut de bon petit film, à celui de très bonne surprise, c’est la qualité du scénario. Pas que celui-ci soit particulièrement exceptionnel, captivant ou surprenant : dans un autre contexte, on aurait pu le considérer comme prosaïque et quelconque, limite insipide. Mais ici, il y a un élément particulier à prendre en compte : le lien vivace entre le film et son univers direct, à savoir le rap. Alors que le sujet est habituellement très inadéquatement traité (soit complètement mis de côté, en se contenant d’une bande-son rap –African Gangster, Cramé-, soit trop au centre de l’histoire –De l’encre, 8 Mile), il est ici parfaitement intégré à la trame scénaristique, et soulève même des questions aussi valables qu’appropriées, explorant la thématique « être rappeur (et donc tête connue) et dealer (donc voué à la discrétion) en même temps, est-ce possible ? ».
Alors, n’y a-t-il que du bon dans Karma ? Évidemment non, on ne fait pas sans son petit lot d’imperfections, de légères incohérences, et de raccourcis scénaristiques parfois un peu gros, surtout sur la fin. Mais l’ensemble n’en souffre aucunement, et l’addition des qualités du long-métrage pèse éminemment plus lourd que celle de ses défauts. Cerise sur la gâteau : la bande-son est excellente, bien qu’étonnamment peu marquée par les morceaux issus de la BO. Les sonorités sont souvent soul, donnant au film une ambiance clairement appréciable, et lorsque l’on entend enfin un peu de rap français, on ne peut que sourire en reconnaissant le timbre de voix de Booba époque Temps Mort.
Evil Dead, mort d’ennui
Si t’aimes les chroniques de films argumentées et objectives, passe ton chemin, je m’en vais déverser un flot de merde.
Je sors du ciné, et fallait que ça sorte. Je fais ça quand j’aime pas un film. Lis ma chronique de Looper ici pour t’en apercevoir. Quand j’aime bien un film, je le regarde, je kiffe, et j’en fais pas un article. Si ca te va pas, j’enfile ton ascendance en brochette.
Mais là … Comment dire … Une collègue m’a traîné au ciné. Première question, première réponse : non je l’ai pas niquée. Deuxième question, deuxième réponse : non je suis pas pédé et je t’emmerde. On peut aller au ciné avec une meuf sans l’espoir de se faire lustrer le manche.
…
Nan en vrai je suis un mytho. Mais c’est pas le propos.
Evil Dead, j’ai jamais vu l’original. J’aime pas les films d’horreur parce que majoritairement ça me fait marrer et si j’ai envie de me marrer, je regarde « Le flic de Beverly Hills 2 ». Donc là on m’a amené voir un film « d’horreur ». Ca commence gentiment, c’est un frère et sa soeur, et la soeur est accro à la coke. Alors le frère, sympa, emmène sa soeur une fois de plus dans la cabane familiale au milieu des bois pour la sevrer. Il n’y vas pas seul bien sûr, il amène sa pote afro-américaine tellement bonne qu’elle pourrait voler avec la patrouille de France. Il amène aussi sa meuf, un genre de blonde qui a en tout et pour tout 16 lignes de texte dans le film. Et un pote hipster qui se dit professeur – surement en 3ème techno à Genneviliers vu la suite des événements. Le gars, je précise, c’est le sosie de Pedro Winter avec des lunettes de vue Ray Ban Aviator. Tasj’veux dire ou t’as pas c’j’veux dire ?

Toute cette bande de joyeux fils de putes drilles compte donc passer un week end sevrage dans les bois, dans une cabane pourrie où même quand il fait beau dehors, y’a pas de lumière dedans. Déjà les connards n’ont jamais vu un film d’horreur. On sait tous très bien que les cabanes dans les bois, c’est LE repaire des connards qui veulent se faire occire. Bah nan, les mecs y vont quand même.
Le prof découvre un vieux grimoire satanique, utilisé dans la scène pré-générique pour désenvouter une jeune vierge par le feu dans la même cabane, dans laquelle le week end doit se dérouler. Tu suis ? C’est bien.
Bien évidemment, la soeur va se retrouver possédée. Première image gore du film : un truc chelou lubrifié à la 15W40 lui rentre dans la chatte. DANS LA CHATTE mon pote. Y’a plus de respect. Je passe bien sûr sur les nombreux clichés : le hipster qui, au lieu de se protéger, tente de déchiffrer le vieux grimoire en faisant des décalcomanies, la pute blonde qui s’arrange pour se retrouver seule alors que tout le monde crève autour d’elle (connasse), la soeur possédée qui attaque tout le monde mais qui arrive quand même à attirer la pute blonde en lui faisant croire qu’elle est redevenue normale … Palme du ridicule : le frère stéréotype du beaugosse au grand coeur qui, alors que tout le monde meurt autour de lui, fabrique un défibrilateur avec deux seringues, une batterie et du gros scotch. Batard va, c’est McGyver le truc ou bien ?
………..
Je te spoile ? C’est bien, remercie moi, je t’économise 11 Euros.
Alors tu l’auras compris, ce film est merdique. Il est juste sauvé du naufrage par des maquillages vraiment très bons, des effets spéciaux de bonne facture et par une réalisation propre quoique manquant cruellement de suspense dans les phases les plus importantes.
Autant te dire que j’ai pris plus de plaisir avec « La vérité si je mens 3 ».
Ce qui, on en conviendra tous, fait de moi un honnête fils de pute.
Les chroniques de Nadsat (2)
Promised Land de Gus Van Sant (2013)
Promised Land signe la troisième collaboration entre Gus Van Sant – réalisateur – et Matt Damon, qui partage ici l’écriture avec John Krasinski (The Office).Seulement, contrairement à Gerry et Will Hunting, Gus Van Sant n’a pas du tout participé à la genèse du projet, puisqu’il a été débusqué pour réaliser le film seulement deux semaines avant le tournage ! On a donc plus à faire à un projet de Matt Damon et John Krasinski qu’à une collaboration classique entre le premier cité et le réalisateur. D’autant plus que les deux scénaristes – tenant par ailleurs les deux rôles principaux – sont aussi producteurs.
Ces deux derniers nous content l’histoire de Steve Butler, débarquant dans une petite ville du nord-est des USA, en compagnie sa collègue de travail, et ayant pour mission de racheter les terres des habitants pour le compte d’une grosse société, en vue d’une exploration du sous-sol, supposé contenir une grande quantité de gaz de schiste. Sujet d’actualité donc.
Van Sant possède une filmographie assez particulière : il navigue entre les films sur fond politique, les productions intimistes, les films artys, et, enfin, les productions hollywoodiennes. On pourrait croire que Promised Land rentrerait dans la catégorie de ses réalisations politiques, mais, en réalité, le thème du film sert surtout de toile de fond pour développer les relations entre les personnages, et, surtout pour mettre en avant les contradictions de son personnage principal : Steve Butler. Ce dernier va en effet faire plusieurs rencontres qui vont déterminer ses actions, et le pousser à se remettre en question. Dans un premier temps, il ne semble pas réellement réaliser les enjeux que représentent sa mission. Il n’est même pas convaincu par ce qu’il dit. Plusieurs personnages vont ,tour à tour, venir ébranler ses convictions. C’est peut-être là qu’est le vrai thème du film : comment réagit un homme face à ses contradictions ? C’est le sujet qui est au service du personnage, et non l’inverse.
Dustin Noble, interprété par John Krasinski, sera son opposant le plus farouche. Le personnage viendra militer contre l’exploitation des gaz de schiste, qu’il considère comme dangereux pour l’environnement. Dans ce sens, le film pourrait donc s’inscrire dans la lignée du drame shakespearien, mais en réalité, ce personnage d’écologiste sert surtout de faire-valoir. Steve Butler est bel et bien le thème central du film. Les parties les plus intéressantes du film sont en fait de simples conversations, qu’elles se situent au bar ou dans un champ. Les dialogues sont de très bonne qualité, mais la force du film vient en fait du sous-texte qui le jalonne de bout en bout. Quelque chose de profondément humaniste se dégage, et on pense alors à un des meilleurs films de Gus Van Sant : Restless, lui aussi d’apparence très simple mais pourtant particulièrement profond. On peut cependant émettre quelques doutes sur la qualité du scénario, qui, pour meubler sa dernière demi-heure, vient user de rebondissements peut-être un peu trop tirés par les cheveux, même si crédibles.
A la réalisation, Gus Van Sant s’efface énormément, presque trop. La réalisation est classique, et même si elle contient quelques bonnes idées, on regrette qu’elle ne soit pas plus inventive. Un léger défaut qui est sans doute à mettre au profit de son arrivée tardive sur le projet. Malgré tout, ses choix de réalisation sont justifiables : une manière de filmer simple pour des gens simples … Ce raisonnement peut paraître exagéré, mais cette modestie fonctionne très bien lors de certains dialogues, on en oublie presque la caméra et le montage, entièrement concentrés sur les personnages.
En résumé, le trio Damon – Krasinski – Van Sant signent un film intéressant, axé sur les contradictions d’une personne tiraillée entre ce qu’elle doit faire, ce qu’elle pense qu’elle aimerait faire, et ce qu’elle aimerait réellement faire. Ils ne jugent aucun de leur personnage, et ne prennent jamais parti sur le questionnement politique, pour se concentrer uniquement sur le ressenti de leur personnage ; et c’est là la grande force de ce film, imparfait certes, mais tellement humain.
Bernie de Albert Dupontel (1996)
En 1996, après une courte carrière de comique et de comédien, Albert Dupontel décide de réaliser son premier long-métrage : Bernie. Toujours aussi fantasque, l’humoriste choisira de nous conter l’histoire d’un homme, jeté à la poubelle dès sa naissance, puis recueilli par un orphelinat. Le film débute lorsque le personnage choisit enfin de quitter le lieu où il a grandi, à l’âge de 29 ans.
Bernie va donc découvrir la vie en dehors de l’orphelinat, qui l’a élevé, puis qui l’a fait travaillé. Dupontel va donc se servir du décalage entre le personnage (qu’il interprète lui même) et le monde qui l’entoure comme d’un ressort comique. Ressort qu’il va user durant une heure vingt avec de nombreuses variations … Heureusement, le film ne se contente pas de ça, et va peu à peu se concentrer sur la recherche des parents de Bernie. Ce dernier décidera en effet de retrouver son père et sa mère, alors qu’il ne connaît ni leurs noms, ni à quoi ils ressemblent. Dupontel parvient a créer de multiples surprises grâce à la mise en place de situations complètement folles et improbables. On comprend rapidement qu’on est dans une sorte de conte trash, intuition qui sera confirmée avec le dernier plan du film …
Cette inventivité, on la retrouve aussi dans la mise en scène et dans le montage. L’humoriste français tente des choses, beaucoup de choses … A quelques reprises, il arrive à nous en mettre plein les yeux, à nous surprendre. Mais parfois ça ne passe pas, et les effets paraissent inutiles, et non justifiés. Enfin, il n’y a pas vraiment de quoi bouder son plaisir sur ce point, on préfère largement un cinéaste qui tente beaucoup de choses, même si il rate une marche de temps à autre ; qu’un cinéaste effrayé à l’idée de trébucher, et choisissant de nous livrer un film totalement plat.
De même la bande originale est assez originale car très rock, et elle permet d’ajouter une vraie plus value à deux ou trois séquences. On pense notamment à la scène dans laquelle Bernie cherche son père parmi une bande de clochards. La caméra navigue au milieu des gueules cassées avec un morceau de prog-rock, ce qui permet de créer un moment de lyrisme trash particulièrement réussi. Bernie n’est pas exempt de défauts, et pêche à une ou deux reprises par manque de rythme, ou par tentatives manquées, mais l’aspect bordélique et inventif du métrage l’emporte assez largement (comme souvent chez ses potes Kervern et Delépine). Ce n’est pas propre et tant mieux !
« C’est la société qu’est bien foutue. Ils mettent des uniformes aux connards pour qu’on les reconnaissent. »
Mes chers voisins de Alex de la Iglesia (2000)
En 2000, Alex de la Iglesia nous revenait avec son cinquième long-métrage intitulé Mes chers voisins (La comunidad).
Dans la droite lignée de ses précédents films, le réalisateur nous offrait une comédie noire et satirique sur l’appât du gain, et son impact sur la société, au travers de l’histoire de Julia, agent immobilier, découvrant la somme de 300 millions de pesetas dans l’appartement de son voisin du dessus. Malheureusement pour elle, ses voisins vont commencer à se comporter d’une manière étrange … Bien entendu, de la Iglesia conserve son ton volontairement outrancier, toujours aussi jouissif. Cela lui permet de magnifier chaque dialogue, chaque plan. C’est l’aspect le plus intéressant de son cinéma, car au delà de la satire, on y retrouve de nombreuses idées de mise en scène, le tout formant un ensemble cohérent et baroque. Chose assez rare pour être signalée dans la comédie : on rit tout en prenant plein les yeux.
Le réalisateur espagnol ne tombe pas dans un des principaux pièges de la satire, à savoir se livrer à un cinéma trop froid, presque inhumain, qui pousse certains cinéastes à livrer des films intelligents, mais bien trop éloignés de leurs personnages. Par l’intermédiaire de quelques dialogues, de la Iglesia parvient à humaniser ses protagonistes, et à leur donner une raison d’agir de la sorte. Même si cet aspect prend très peu de place, il est suffisamment important dans l’équilibre du film pour qu’on le relève, car les personnages, aussi détestables soient-ils, gardent ainsi une certaine consistance : l’erreur ne vient pas seulement d’eux, mais de l’ensemble d’un système.
Avec mes chers voisins, de la Iglesia nous donne une véritable leçon de cinéma fauché. Il nous montre comment il est possible de faire monter la tension avec peu de choses ; sa gestion du rythme en crescendo y étant pour beaucoup. On démarre assez doucement, pour progressivement monter dans l’horreur, avant d’aboutir à une somptueuse poursuite hitchcockienne, clôturant parfaitement le film.
Finalement le message de Mes chers voisins est assez simpliste, mais ce que l’on retient en particulier, c’est le talent de mise en scène du cinéaste espagnol. Les grandes révolutions cinématographiques proviennent souvent du cinéma de genre ou de la série B, et, avec Mes chers voisins, Alex de la Iglesia confirme encore un peu plus cette idée.



