Nusky, chronique tardive d’un EP d’hiver

La mélancolie. De SCH à PNL, de Jorrdee à Rufyo, le rap français a semblé trouver sa force motrice la plus innovante dans le regard humide, lucide et donc désabusé vers le passé, vers le fini, délaissant alors les préoccupations mercantiles les plus caractérisées pour des considérations morales, presque éthiques. Même Booba, « j’dépense encore de l’argent de Panthéon », égotrippe en feat avec sa peine. Pas pessimiste pour un sou pourtant, le peura cru 2015; réaliste, voilà tout. Il n’est donc pas étonnant de voir la fin du déterminisme saisonnier qui rnait jusqu’alors. On a passé l’été avec la ballade « Tom Waitsienne » de Jorrdee (Rolling Stone), loin de Dj Hamida et de Keen V, ou avec Je vis je visser plutôt qu’avec Maitre Gims. Sortait donc, en juillet, un projet un peu passé inaperçu, mais qui s’inscrit fortement dans l’été rap français, où le soleil existe pour signifier que des nuages s’amoncellent en silence au-dessus de nos têtes. Un vrai disque d’hiver, en somme, qu’il est pertinent de chroniquer seulement aujourd’hui: Swuh, de Nusky et Vaati.

Dissipons tout de suite les premiers doutes de ceux qui ont googlé le projet: oui, c’est du rap de blanc. Un rap émo, du mec un peu plumitif, un peu paumé, qui fume et skate, et qui finit par baiser ta meuf entre deux cuites et deux six-feuilles. Certains sites de merde dont le nom sera tu , ont donc profité de cette analogie qui, c’est vrai, caractérise la grande majorité des rappeurs couleurs ivoire, pour en faire un nouveau Orelsan. C’est un argument absolument horrible, qu’on jurerait tout droit sorti du cerveau d’un mec qui pense encore que Faf Larage fait chanter autre chose que tes potes bourrés ou les fous d’une série de merde. Nusky, musicalement ne ressemble en rien à Orelsan, et pour cause, il ne ressemble à rien. Un OVNI.

Et pourtant, ça ne partait pas sous les meilleurs auspices: membre de la Race Canine, un groupe parisien sympa mais générique, Nusky me semblait un peu fade musicalement, ne dépassant jamais l’archétype décrit plus haut du nerd érotomane. Erreur: le projet est extrêmement ambitieux, toujours proche de l’expérimentation sonore, organique tout en étant distant, drôle mais lancinant, lucide et psychédélique. Accompagné donc de Vaati, un beatmaker, Nusky expose donc un 9 titres dense et un peu complexe à appréhender. Comme un film de David Lynch, on ne sait pas très bien où commence le passé du présent, si la boucle temporelle n’est pas plutôt mentale qu’autre chose. Les beats sont presque tous semblables, tantôt oppressants, machiavéliques (« Fantôme »), tantôt immergés dans une mixture pop d’où émergent malgré tout des feux follets funèbres. La continuité musicale est sensorielle plus que concrète; et la force, comme le défaut de Swuh, est donc bien d’être basé sur un canevas instable, où l’auditeur ne sait jamais où il met les pieds. Evidemment, ce sentiment d’étrangeté se fait encore plus pressant quand la voix de Nusky se pose sur ces instrus. Les connaisseurs reconnaîtront tout de suite un timbre de voix similaire à celui d’un rappeur lyonnais qui monte petit à petit, lui aussi friand d’ambiance gothique où le rouge à lèvres se mêle au rouge de la passion qui se consume. Il y a du Jorrdee chez Nusky, c’est certain. Même façon de poser, même voix traînante, absente, autistique même, à la limite du chant ou du grognement. Même poésie hermétique, absconce, incompréhensible parfois. Même caractère clivant enfin, les anti et les contres s’échinant sur leur cas. Mais la référence est encore quand plus explicite envers un autre rappeur, américain, quand au détour de « Katsumi », un  » skrrt » strident, « tout droit sorti du cul du diable », déchaîne le son. On croirait véritablement avoir affaire à Young Thug, sa voix de crécelle désarticulée, son flow de vautour. La voix est poussée dans ses derniers retrachements, et vomit des flots de paroles que l’on ne saisit jamais entièrement.

Il serait alors aisé de ranger le projet dans une case précise, un ep expérimental obscur, aux pulsions auto-destructrices, aux rapports aux femmes délicats, à une apologie dénonciatrice de la drogue et de ses méfaits, dans un je m’en foutisme exarcerbé (« J’bouffe des chattes/ J’bouffe de la MD »), où tous les vices se valent et où l’artificialité est un exutoire pour survivre ( » Souvent j’ai rêvé d’vivre dans un monde meilleur/ Où me passerait l’envie de fumer toutes les heures »). Parfois d’ailleurs, le côté « arty » dépressif est poussé trop loin : « Freestyle », longue complainte, n’a que peu d’intérêt pour un auditeur pas invité dans la détresse feinte ou non de l’artiste. Mais Swuh a plus d’une corde à son arc; il est aussi ponctué de sucreries pop étranges, comme des éclairs de soleil. La pop ne pose plus aucun problème dans un rap game où Jul et Gradur se baladent, dans tous les sens du terme, sur ce terrain fertile. Ici, « Pour moi », et son refrain entêtant, où  » Elle sait », et son côté gamin, joueraient le rôle parfois ingrat de sons plus dansants, plus accessibles. Ils restent teintés pourtant de réflexions sur la vie, la mort, l’amour, la perte.

Nusky parle des filles comme de la drogue ou de l’alcool. Elles sont à la fois moyen de jouissance, nécessaire au plaisir hédoniste, mais elles sont cruelles, et se moquer d’elles est un moyen de cacher qu’on en a peur. « Ma place » décrit le consumérisme et la perte de repères d’une génération, quand  » Lui dire » fait ressortir le côté sale gosse adultérin. Parfois coincé dans son personnage, la caricature n’est jamais bien loin, et le projet en entier est peut-être parfois un peu indigeste, brouillon. Mais l’esquisse présentée ici laisse augurer d’exellentes choses, et un avenir intéressant pour un artiste beaucoup plus polyvalent qu’il n’y paraît. Entre égotrip et introspection, Nusky ne réinvente pas la roue, mais apporte une fraîcheur bienvenue par l’audace de son rap. Plus accessible que Jorrdee, son cloud rap désaccordé séduit néanmoins, et sera le compagnon idéal des marches hivernales sous un léger manteau blanc. De Sch à PNL, de Jorrdee à Rufyo en passant par Nusky, 2015 aura été une déferlante de neige, un tourbillon romantique qui a considérablement enjolivé le paysage musical et artistique français. Vivement l’été pourvu qu’il neige (putain quelle rime de bâtard).

https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=3393988810/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=0687f5/transparent=true/

Concours Zekwe : gagne ta place sur l’EP digital

A un moment on a tous cru que Zekwe allait devenir un genre de Kanye West français, avec au moins autant de succès, moins de mégalomanie, mais surtout beaucoup plus de style. Au lieu de ça, il est devenu au rap ce que Dominique de Villepin est à la politique française : un ex-visionnaire que personne ne veut voir percer tellement il est meilleur que les autres.

Le rap français étant ce qu’il est (pauvre, mais pas dénué d’idées de pauvres), Zekwe lance un concours pour beatmakers, en leur proposant de remixer son dernier titre, Merco Benzo, à partir de l’acapella dispo sur son site.

Jeu concours Merco BenzoéÉtant donné qu’on est en 2016, 76% des français sont des beatmakers (sondage Ipsos/Le Parisien n°168751 du 16-01-2016). Si vous n’êtes pas vous-même beatmaker, vous en connaissez forcément un, donc faites tourner l’information.

A gagner, une récompense incroyable ! Nan je déconne, bienvenue dans le rap français. Vous verrez donc votre remix apparaitre dans le prochain EP digital de Zekwe -ce qui boostera votre carrière de manière phénoménale. Vous aurez aussi droit d’aller le voir en concert, en studio, et dans son pieu.

 

Si vous êtes une meuf et que vous ressemblez à Salma Hayek, vous pouvez vous servir de l’adresse mail du concours pour envoyer des nudes, ça sert à rien niveau remix, mais au moins ça mettra du baume au cœur à notre petit Zekwe.

Bon, la bonne nouvelle dans tout ça, c’est quand même que Zekwe prépare un EP. On commençait à désespérer.

 

Chansons d’amour et 667 : Jorrdee, en deux bootlegs

22 Juillet 2015, la crème pâtissière du rap français se retrouve dans la boulangerie française
de Dj Weedim (dont le maitre fromager en introduction). Les produits laitiers sont nos amis pour la
vie. A l’exact milieu de cette amicale coopérative :  »Laisse pas rentrer les démons ». La confirmation
après la première Eucharistie qu’était  »La nuit avant le jour ». La confirmation que Jorrdee est plus
qu’un rookie prometteur.
L’erreur la plus blessante, en définissant ce dernier, serait d’user du mot  »rappeur ». Jorrdee
est jeune, et fait partie de cette génération décomplexée qui ose chantonner au milieu d’une partie
rappée. Tout simplement parce-que le morceau s’y prête, par musicalité.  »Musicien », tel est le terme
qui convient le mieux à Jorrdee. L’évidence même de ce qualificatif est justifiée par le fait qu’il
signe 90% des productions sur lesquelles il apparaît. Des productions ralenties, dépouillées, pour
mieux laisser place à la pièce maîtresse ; la voix. Obsédante. Lancinante. Un flow fatigué entre rap
et chant, avec toujours ce même objectif : la musicalité.
Outre sa musique, ce qui frappe le plus en suivant Jorrdee c’est sa productivité. Après ‘La
nuit avant le jour‘ vint La 25ème heure‘. Sous-estimée. Une mixtape moins accessible que la
première car plus expérimentale. Hantée. Froide. Nue. Comme un glaçon qui fond autour d’une
aréole. Mais tout ceci n’est que la partie visible de l’iceberg. Car entre deux projets Jorrdee alimente
Soundcloud de manière impressionnante, que ce soit de titres solo ou en compagnie de son 667.
Voici l’objet de ces deux bootlegs :
Bootleg 1 – « Chansons d’amour » : Jorrdee en solo

 

Chansons d'amour Artwork
« Chansons d’amour » : Jorrdee en solo

Bootleg 2 – « 667 » : Jorrdee accompagné

667 Artwork
« 667 » – Jorrdee, accompagné

Liens :
Chansons d’amour
667

Dixon, Symptôme Vol.1 : retour sur un traumatisme | + bootleg à télécharger

Il y a quatre ans et six mois que le second projet solo de Dixon est sorti, en juin 2011 (le premier projet étant la tape « La Main »). Quatre ans et six mois, c’est un laps de temps assez long, et surtout suffisant pour que la mixtape ait infusé profondément l’esprit des auditeurs. L’un d’eux, le dénommé Igor Illitch, a décidé de revenir sur cette claque musicale, d’actualiser les impressions qui ont posément proliféré dans son inconscient comme des streptocoques mentaux. Petite séance de psy. (psychologue, psychiatre, psychanalyste, c’est au choix)

BONUS A LA FIN DE L’ARTICLE : UN SUPER BOOTLEG A TELECHARGER

LE PSY

Bon, eh bien je vous écoute, Igor Illitch.

IGOR ILLITCH

Eh bien, je crois que tout commence par une pochette d’album. Enfin, une pochette de mixtape, plus exactement, si l’on veut jouer sur les mots… Bref tout commence par ce visage esquissé dans une mare de sang, sur fond blanc…

LE PSY

Et que vous évoque cette image ?

IGOR ILLITCH

…Je ne sais pas, c’est assez confus… Je dirais un condensé d’innocence et de violence…

LE PSY

Le blanc, le rouge, effectivement ce n’est pas très compliqué comme association d’idées… Bien ! Démêlons donc tout ça…

IGOR ILLITCH

Bon. Déjà, le point de départ de ce projet, à mon sens, c’est sans aucun doute l’enfance. L’origine.

LE PSY

Ca m’aurait étonné…

IGOR ILLITCH

Nan, je crois que vous ne saisissez pas tout… Il ne s’agit pas chez Dixon de faire l’étalage abusif de sa propre enfance… Ou de la cacher… Mais il y fait suffisamment allusion pour qu’on sache que cela joue un rôle clé : entre les coups de couteau de son père, la daronne qui charbonne sans répit et les petits frères à nourrir, je pense qu’il est assez clair que les premières années de sa vie auraient pu être plus joyeuses… Du moins, plus innocentes…

LE PSY

Vous savez, il n’y a pas d’enfance insouciante… On a tous quelque chose de coupable, il faut juste mettre le doigt dessus…

IGOR ILLITCH

Si vous le dites. Après tout, c’est vous le psy. C’est vous qui sonder les âmes. Si tant est qu’elles soient sondables… Cela dit, on ne peut pas nier que Dixon livre tout de même, en filigrane de son projet, une quantité assez conséquente d’informations sur son enfance pour s’en faire une vague idée…

LE PSY

Alors, allez-y, Igor Illitch… Que pouvez-vous me dire sur cette enfance ?

IGOR ILLITCH

Ce qu’il y a de notable à retenir, j’ai envie de dire, c’est qu’il a grandi en Seine-Saint-Denis, sous les coups de son père. Du coup, vous verrez peut-être un complexe d’Oedipe dans la manifestation de son amour pour sa mère…Bon, là on arrive vers une lecture particulière de son album… dans « Orange mécanique », Dixon nous dit qu’il ne se prend pas la tête avec Freud… Mais le boug’ est très fûté, très malin, très sournois ! Il nous pousse vers Freud sans arrêt ! Un titre comme « Homme-enfant » par exemple ! Les allers-retours entre le passé et le présent ! Ou les name-dropping de « Freud », « Oedipe », et les références aux névroses… « Prozac »… Il veut qu’on pense à Freud, j’en suis persuadé !

Mais revenons-en au sujet : je crois que c’est la relation père-fils, ou plutôt père-famille qui est au coeur de son rapport avec la famille et l’enfance… D’ailleurs faut pas oublier que la scission se fait entre d’un côté le père, et de l’autre la mère et les frères… C’est loin d’être un rapport mère-fils égoïste ou un truc du genre. C’est juste qu’il y a un mouton noir dans la famille et qu’il faut l’éliminer… Et ce mouton noir, c’est le père.

Et d’ailleurs, il y a quand même un truc qui est marrant… L’ami Freud nous fait toute une thèse sur le « meurtre du père » par ses fils… Ces mêmes fils qui, après l’acte fatal, chercheraient à s’en repentir en honorant la mémoire du père… Mais chez Dixon, c’est l’inverse ! C’est le père, l’assassin ! Alors, par voie de conséquence, le meurtre du père par les fils n’est pas seulement un fantasme ou une envie légitime, c’est une nécessité ! Ce n’est pas un parricide dont l’origine serait la jalousie, ou quelque chose de cet ordre, absolument pas !

Enfin, on pourrait avoir une écoute, trop restrictive à mon goût, de sa mixtape comme une variante musicale et plus violente de la « Lettre au père » de l’immense Kafka. Les morceaux « Métamorphose » et « Homme-enfant », que l’on trouve à chaque extrémité de la tracklist, reprennent tous deux le thème du passage – douloureux – de l’enfance à la vie d’adulte. Entre ces deux titres, les autres morceaux cachent des références au père qu’il est inutile de recenser, le fait est qu’elles sont là. Mais ce rapport particulier au père, je pense qu’il s’agit plus d’une amorce qui lui permet d’avoir un regard acéré sur le monde dans son ensemble.

LE PSY

Allez-y, poursuivez, il y a peut-être une once d’intérêt dans ce que vous dites, sait-on jamais.

IGOR ILLITCH

Eh bien alors, on reprend depuis le début, l’origine. Et alors, on arrive à un constat très surprenant, déroutant même. Ce n’est pas lui qui devrait suivre une thérapie. Ce n’est pas lui qu’il faut aider, qu’il faut « ré-adapter » au monde. Lui il va très bien. Il est très clairvoyant. Et que dit-il, dès les premières phases de l’introduction « Métamorphose » ? « J’ai vu un chat mort, dégueulasse, peut-être qu’il avait froid, peut-être qu’il est tombé de l’arbre. Maman m’a montré du doigt : « ceux qui l’ont tué, ce sont ces deux là ». Elle dit que le monde, il est pas trop sûr, il met les chats dans des boîtes à chaussures ». C’est le monde qui va mal, pas lui ! C’est la civilisation ! Les structures de l’individu sont ce qu’elles sont, mais celles de la civilisation, ne sont-elles pas modifiables ?

Dixon nous oriente vers un autre problème, en fait. Un problème d’autant plus palpable qu’il parle à tous. De ses propres soucis, des rapports avec son père, ses frères, sa mère qui lui sont personnels, il en arrive très logiquement à une autre souffrance, la souffrance sociale de tout un chacun. Grandir dans la marge, ça permet sans doute d’avoir un regard inédit et perçant sur les relations humaines, j’imagine… Sur la société… L’idée de « progrès », c’est quelque chose d’étranger à Dixon, semble-t-il… « Viens à la fête : métro, boulot, clodo ! » dit-il dans « Passé »… C’est bien de la « frustration culturelle » chère à Freud dont il est question ! Le plaisir et la fête, ce sont des mythes ! Tenez, parlons du « bonheur » : c’est une idée tellement galvaudée et si peu concrète, si peu consistante, que celui qui évoque ce terme s’expose nécessairement à la moquerie collective. De toute façon, il suffit d’écouter « Genèse » pour se rendre compte à quel point ce que l’homme institue n’est jamais qu’une valeur ajoutée à sa souffrance… « Si ça tire dans le quartier, c’est qu’il est construit à visage humain »… Et les névroses ne touchent pas que les individus qui ont un vécu difficile en apparence… Et Dixon d’enchaîner : « Nous ne sommes que des grandes gueules, rattrapé par nos fantômes, des Pac-Man en puissance ! ». Le rappeur nous englobe tous dans ce difficile constat. D’ailleurs, en ce sens, le morceau « Aquarium » est impitoyable ! Il n’y a de répit pour personne, et si tu es dans le déni, si tu crois t’être affranchi de tes douleurs, si tu crois mener une vie paisible, attend la chute qui te guette… « La vérité est belle sous son make up », dit-il dans « Prozac ». Mais sous les boutiques de porcelaines, ce sont des réserves de pachydermes qui sont prêtes à se dévoiler…

LE PSY

Vous me semblez bien pessimiste… N’y a-t-il vraiment aucune issue ?

IGOR ILLITCH

Eh bien, finalement, je crois sincèrement que non. La névrose est structurelle. Tenez, reprenez le morceau « Prozac » et ce passage : « Trouve un taf au SMIC pour cesser de réfléchir huit heures »… Travailler, si c’est peut-être une réussite sociale, ce n’est en rien un accomplissement personnel. C’est un moyen de surmonter ses propres désirs insatiables en oubliant, en trouvant des préoccupations superficielles mais efficaces à la mise en veilleuse de l’esprit. Quoi que l’on fasse, nous sommes toujours dans une dynamique de substitution… : « personne ne crie « aux armes ! », tout le monde prend du prozac »… L’alternative proposée est très, voire trop, radicale, pour qu’on saute pieds joints dedans. Le prozac, ça ne requiert aucun effort, la révolte, ça nécessite un engagement, et un engagement violent… C’est pas vraiment la priorité quand on recherche juste un peu de paix…

LE PSY

Et quant à ce cher Dixon ? Que propose-t-il, ce trublion-là ? C’est bien beau de parler, mais lui, il en est où ?

IGOR ILLITCH

Il compose avec. Il baigne dedans, il nage avec aisance, il se « pavane » dans l’aquarium, tout « bariolé » qu’il est. La névrose, c’est son « moteur », dit-il dans « Prozac ». Quand je dis qu’il compose avec, c’est à tout les niveaux. Il vit avec, et il crée avec, il crée à partir de ça. C’est l’avantage, lorsqu’on prend conscience de sa condition merdique. On trouve un moyen d’en tirer quelque chose. D’ailleurs, écoutez ça : « Dans ma tête, un architecte / monte des boutiques de porcelaine sur des réserves de pachidermes  » ! Est-ce une trace de fragilité ? Le croyez-vous ? Peut-être ! Mais c’est avant tout une composition des plus puissantes ! Ces réserves de pachidermes, ces troubles, ces abîmes qui menacent, Dixon ne les ignorent pas, ne les esquivent pas, il les actualise en en faisant son fondement ! Sa base ! Et il compose avec ! Il compose dessus ! Il prend le problème par les veuchs, et l’expose au grand jour, sans filtre, comme une pute belge démaquillée, en fait.

D’où les punchlines acerbes, les phases cyniques, les piques caustiques. C’est gratuit mais ça découle d’une logique parfaitement claire. Une forme de gratuité justifiée. Les phases qui feraient douter ma mère quant à mes références musicales du type « j’encule le monde parce qu’il tournerait bien mieux sur l’axe de ma bite » trouvent tout leur sens, en vérité. Il se permet d’être dégueulasse en mots, ce qui lui fortement déconseillé en société… La musique, de toute évidence, c’est une expression de sa revanche… « J’te mitraille sur du Beethoven, maintenant danse fiston ». D’ailleurs, fait amusant, ce bon vieux Freud détestait la musique… Peut-être parce qu’il ne savait pas l’expliquer, comme s’il s’agissait d’une terre d’asile, inaccessible à l’entendement, et que toute démarche scientifique était vaine à son égard…

LE PSY

Peut-être parce qu’en un certain sens, la musique transcende, elle libère la folie qui nous est inhérente à tous…

IGOR ILLITCH

Ah, là je vous rejoins ! Enfin, c’est vous qui me rejoignez ! Et c’est le sens de tout egotrip ! « Merci qui » et « Après moi le déluge » sont des titres assez explicites à ce propos ! « Electron libre » finit avec cette sentence : « j’pars faire un bowling for Columbine »… Mais que veut-il dire ? Faire un massacre, métaphoriquement s’entend, ou faire une oeuvre à l’instar de Michael Moore ? Ou les deux ? La réponse se trouve dans « Merci qui » : « J’réconcilie rap et tuerie, alors on dit merci qui ? ».

D’une certaine manière, le rappeur nous propose une possible échappatoire à la névrose, qui est inévitable si l’on s’en tient aux propos du célèbre psychanalyste. Alors préférons donc aux antidépresseurs de synthèse des stupéfiants plus naturels, agissons pour la planète, c’est le leitmotiv actuel… Et puis, pour vraiment apprécier notre condition de sous-merde, pour faire quelque chose de sa merde quoi, il nous reste aussi la musique, ce qu’a parfaitement compris Dixon, cette « douce narcose », pour citer jusqu’à l’overdose notre cher professeur autrichien… Enfin lui l’a compris, nous, ça dépend de ce qu’on fait de nos maigres billets… : « avec l’équipe je vise la scène, quand avec l’aiguille tu vises la veine », nous assène-t-il dans « Orange Mécanique ».

LE PSY

Trouver du plaisir dans sa misérable condition, effectivement c’est une solution. Mais je reste perplexe Igor… Votre Dixon, il ne semble pas vraiment en accord avec lui-même, à entendre cette inquiétante sentence : « D’un coup d’stylo j’ai réveillé le monstre qui derrière la cloison dort »… Les « symptômes » que je constate sont peu rassurants…

IGOR ILLITCH

Mais prenez aussi le dernier couplet de « Modèle » : »Je voudrai vider l’abcès, chercher l’accès pour que les idées abjectes s’effondrent […] Je créverai de mes désirs obscènes, Jésus, Marie, Joseph »… Quoiqu’il fasse, les pulsions fantômatiques le poursuivent, l’enchaînent… Et c’est sans doute la raison pour laquelle il nous parle aussi de Jésus, de Marie, de Joseph… La religion apparaît souvent de manière tacite chez Dixon, mais jamais de manière superficielle. Parce que derrière les « Jésus, Marie, Joseph », les « existe-t-il un réel Dieu ? », dans « Homme-enfant », il y a sans doute l’espoir du Salut. Sur Terre il se sait condamné par ses désirs, par ses névroses… Il sait jouer avec, certes, mais il sait aussi qu’il est impossible de s’en débarrasser… Et lorsque le natif de Dugny pousse la chansonnette, comment ne pas voir le souhait de quitter le cynisme caractéristique de son rap ? C’est là l’ambivalence du projet ! Il rappe avec brio, il traite l’existence avec recul, avec cynisme, mais cela suffit-il ? N’y a-t-il pas une plénitude à atteindre, autre part ?

LE PSY

(il n’a rien de pertinent à dire, mais il faut bien relancer la conversation.)

C’est à voir. Vous dites qu’il chante ?

IGOR ILLITCH

Oui, il chante. Il rappe, il chante, il parle, aussi. Mais cette élasticité se retrouve aussi dans les productions du projet. Il serait vain d’y chercher une forme d’unité musicale ! Certes, l’ensemble paraît sombre, mais n’oubliez pas qu’il rappe sur des productions de Blastar, comme sur le sample d’un titre d’Alicia Keys (« Homme-enfant », dont le sample est tiré du morceau « Unthinkable »). Et dans « Aquarium », il plie dans les règles de l’art la composition éponyme de Camille Saint-Saens ! Et d’ailleurs, justement même, c’est dans ce morceau qu’il conclut : « …fier des couleurs qui me bariolent, je me pavane dans l’aquarium… » On peut très bien comprendre cette phrase comme l’acceptation du monde dans lequel il vit, et que les prises de risque ça le connaît, lui dont « aucune planque ne reste sûre »… Il se pavane dans l’aquarium, il s’amuse, et il nous perd en route. Enfin, après tout, c’est le sens même d’ « Electron libre »…

Enfin, c’est ce que moi j’en retire… Et pour en revenir au titre même de la mixtape, les « symptômes » ne traduisent rien d’autres qu’eux-mêmes ! Ils ne révèlent absolument rien de précis. Et c’est pour ça que tout ce que je viens de dire s’écroule d’un coup… Il est tout bonnement impossible de cerner véritablement Dixon, à la fois imprévisible et indomptable, n’en déplaise aux psychiatres, à moi-même et à l’auteur de ces lignes…

LE PSY

Vous m’en direz tant… Quelque chose à ajouter ?

IGOR ILLITCH

Je vous emmerde, merci.

Sur ces derniers mots, Igor Illitch abandonna son auditeur. Il quitta le praticien, satisfait. Satisfait, car, qu’importait la valeur de son propos, cela lui faisait simplement du bien de le dire. L’expression de ses pulsions obscures lui avait apporté paix et soulagement. Car, nécessairement, cela doit sortir à un moment donné. Et Dixon nous le dit bien : « On m’a rotte-ca, je suis né avec une bite à la place du cerveau ; mais ça va, tant que les idées ne restent pas coincées dans la pote-ca ! »

Pour télécharger le super-bootleg génialement intitulé ‘Le pied’, clique sur la super cover magique ci-dessous :
(ré-upload le 01/02/18)

Mala, du 92i au O.G. Gang (bootleg 2009-2015)

Comme il l’avait fait pour PNL, le mec qui tient la page facebook « Le Big Mix » nous a fait parvenir un joli bootleg mixé de Mala, reprenant tous ses morceaux et freestyles sortis entre 2009 et 2015 (en gros, depuis Himalaya).

Du coup y’a pas cinquante trucs à raconter, just listen to this shit. La tracklist est en-dessous.

Braylee – Vie la Night feat. Mala
Mala – Première Sommation
Djé – Drama feat. Mala
Black Industrie – CR7 feat. Mala
Milliardkush – Kushmillion feat. Mala
Yeuss – Walter White feat. Mala
Djé – O.G. Gang feat. Mala
Moon’A – Criminel Business feat. Mala
Chairman – Petit frère feat. Mala
Mala – Freestyle à Générations 88.2
Mala – Ennemi
Booba – O.G. feat. Mala
Lil Wayne – Inkredible REMIX feat. Mala (by DJ Medi Med)
Djé – O.G.H.N. feat. Mala
Booba – On Contrôle La Zone feat. 92i
Mala – Freestyle à Générations 88.2 feat. Sem
Djé – Alpo REMIX feat. Mala
Sem – La Poisse feat. Mala et Boulette
Booba – Si Tu Savais feat. Mala
Mala – Grimé

Interview – Express Bavon: « Mon univers est parisien et caillera mais propre sur lui et festif »

Écouter Préliminaire – Express Bavon sur Haute Culture

C’est aujourd’hui qu’est sorti Préliminaire  d’Express Bavon sur Haute Culture. Le gava du 19ème aura su se faire remarquer tout au long de l’année, en apparaissant tout d’abord aux côtés de Joe Lucazz sur No Name en janvier dernier,  puis en nous livrant Fais couler la boisson dans la foulée, au mois de mars. Plusieurs apparitions au Batofar, à la Bellevilloise et à la dernière édition de l’annuelle Ride lui ont permis de confirmer l’essai face au public, tout en préparant la suite les mois qui suivirent. Une suite maintes fois repoussée qui arrive à point nommé. D’autant plus qu’un nouveau cap a été franchi sur ce projet, et l’alchimie avec Tahiti Boi, son artisan sonore, paraît de plus en plus évidente. Fort de cet engouement et le temps de passer un coup de fil à Express, je le retrouve aussitôt Avenue de Flandre, au corner Alphonse Karr, afin de discuter de cette année pleine en sa compagnie. Le chemin nous mène aux pieds des tours de la cité Cambrai,  où se poursuivra notre conversation.

Propos recueillis le 21/12/2015

Illustrations : Singemongol
Texte : Le Jeune Did

EB1

On sait que tu gravites autour de La Ride. Est-ce que tu pourrais présenter ou définir ce groupe, voire ce mouvement ?

Il faut savoir que dans La Ride on est tous plus ou moins de la même génération, on partage tous la même histoire, même si chacun a son propre parcours. On se ressemble tous un peu, tu vois ? Ce sont des gens de divers quartiers et on s’est tous croisés petit à petit dans nos vies respectives, on a commencé à se connaître, à faire la fête, y a zéro prise de tête et ça n’a pas changé, on aime tout simplement se retrouver autour du rap et de la boisson.

Tu as créé la sensation en début d’année en posant sur le morceau Corner dans l’album No Name de Joe Lucazz. Est-ce qu’au moment de l’enregistrement tu t’attendais à autant marquer les esprits ? Sachant que certaines personnes dans le milieu parlent d’un des morceaux phares de 2015, voire même du refrain de l’année.

Non je ne m’y attendais pas du tout sans te mentir. Il y a même eu des gens qui m’ont déconseillé de faire un morceau avec Joe en me disant qu’il était pas assez sérieux tout ça… Mais tu sais je le connais depuis tellement longtemps, depuis l’époque de La Brigade. Avant même de faire du son on se connaissait. Après Joe il est comme il est tu vois, dans sa vie il peut être entouré de galères pas possible, mais dans le rap, une fois dans la cabine… c’est un des plus sérieux. Il m’a appelé et je suis venu sans me poser aucune question.

Je t’ai découvert sur Dans ma ride vol. 1 de Tahiti Boi, avec le morceau La Ride est bavonne qui est un bon condensé de ton univers et que tu auras su peaufiner sur ton EP Fais Couler la Boisson en mars dernier qui a très vite suivi la sortie du morceau Corner. Artistiquement, tout est allé très vite pour toi tout d’un coup.

Ouais je vais te raconter le cheminement de tout ça. Pour la compilation Dans ma ride, c’est parti d’une idée d’Eddy les bons tuyaux et de Tahiti Boi. C’est donc Eddy qui m’a proposé de poser un morceau pour Tahiti, et le feeling est tout de suite super bien passé. Ensuite on s’est revu, on a enregistré d’autres morceaux ensemble et tout est venu naturellement, c’est comme ça qu’on a décidé de bosser ensemble. En tout on a fait une dizaine de morceaux. À la base, je souhaitais sortir un album avant même de le rencontrer. J’avais déjà tous les morceaux nécessaires, puis j’ai finalement décidé de tous les mettre de côté et de repartir de zéro avec Tahiti. Sur les 10 morceaux qu’on a ensuite réalisé ensemble il m’a tout d’abord déconseillé de tout sortir d’un coup, et d’y aller en douceur, ce qui explique ce format EP pour Fais couler la boisson, en guise d’introduction.

=> Ecouter Dans ma Ride Vol.1

Et les premiers retours que tu as pu avoir avec cette première sortie, et l’expérience que tu as pu en tirer ?

Les retours ont été plutôt bons, on a même pu clipper le morceau Caviar, les gens du milieu m’ont encouragé, félicité, c’est motivant. Donc satisfaction du côté purement artistique, mécontentement au niveau de la distrib’ car on a encore du mal à diffuser notre musique comme on le souhaiterait et de franchir un cap notamment en terme de vues et d’exposition.

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Pour revenir sur ta dynamique artistique, t’es sur une bonne phase en 2015 et tu conclues cette année par un nouvel EP sur Haute Culture, un 6 titres cette fois, intitulé Préliminaire. Comme pour le visuel, on voit que tu te prépares tranquillement en roulant tes joints, les préservatifs posés pas loin, prêt à sortir pour la soirée. Du coup au niveau de cette sortie et après ces préliminaires, sur quoi ça va aboutir concrètement ?

Normalement c’est le gros projet, c’est ce que je souhaite le plus en tout cas ! Une sortie avec plus de moyens, et si ce n’est pas le cas je le sortirai par mes propres moyens, on a déjà trop attendu. Je suis bien entouré avec notamment la structure Diez Music, ce sont les gars de Tahiti Boi qui sont derrière cette agence. Comme ça chacun a son rôle à jouer, eux ils seront plus dans le côté administratif et contractuel, ce qui est soulageant car cela me permet de me focaliser sur mon domaine, qui est lui artistique. De se sentir bien entouré, c’est très encourageant pour continuer à faire ce qu’on aime avant tout, de la bonne musique.

Et du coup, de te placer un peu partout dans l’année, à des moments clés comme Janvier et Décembre, c’est quelque chose de souhaité et prémédité ?

Non pas du tout car j’ai tout le temps envie de sortir mes sons le plus vite possible à chaque fois. C’est toujours au rôle du label et de la distrib’ de trouver le bon moment, et à chaque fois ils me disent d’attendre un peu, de faire les choses patiemment. Mais ce que je souhaite toujours avant tout c’est que mes morceaux puissent sortir, j’ai tellement de morceaux qui sont restés dans les tiroirs que je ne veux plus que cela se reproduise. Aujourd’hui ce qui est génial c’est que grâce à des sites comme Haute Culture, tu peux tout envoyer gratuitement tout en ayant une meilleure exposition et une belle vitrine.

Juste avant de revenir là dessus, je trouve intéressant de parler de tes débuts. J’ai vu que t’avais sorti la Swag Tape vol. 2 avec DJ All Starz c’était vers 2011 il me semble. C’était il n’y a pas si longtemps que ça mais c’est quand même 5 ans, ça passe vite surtout dans la musique. Est-ce que tu pourrais revenir un peu sur cette période ?

DJ All Starz c’est mon pote d’enfance, c’est la famille tu vois. La Swag Tape c’est pleins de morceaux compilés et à cette période on avait même notre série vidéo Certifié Bavon TV et à ce moment il n’y avait pas encore beaucoup de monde qui faisait ça.

Ouais après il y a eu La Fouine qui a capté le concept avec Fouiny Story.

Voilà exactement, en vérité on est toujours dans la tendance même si les gens calculent pas, et même si on est pas des cainris tu vois, on adapte toujours le truc qui se fait là-bas à la française. Pour la Swag Tape c’était dans l’esprit cainri aussi, on a réservé deux séances de studio et on a invité tous les mecs qu’on connaissait et voilà, c’était bon enfant.

Sur le modèle américain on est toujours en plein dedans avec ta mixtape qui sort sur Haute Culture, le Datpiff ou le Livemixtapes à la française, t’en penses quoi de cette plateforme ?

C’est pas mal on peut pas passer à côté du modèle américain, c’est comme ça que ça marche là-bas, du coup, comme d’habitude, on fait pareil ici. Avant les mixtapes tu devais les vendre 5 ou 10€ dans la rue comme à New York, maintenant tout se passe sur internet. Ce qui est bien c’est que tout le monde commence un peu à jouer le jeu, notamment avec quelques grosses têtes, si on peut tous s’entraider et apparaître les uns à coté des autres sur un même site, c’est qu’on va dans le bon sens. Et puis en France ce genre de plateforme c’est une bonne alternative à d’autres sites comme Booska-P, eux on essaie même plus de les démarcher.

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Pour revenir à ton nouveau projet, je trouve que tu as réussi à en dégager une véritable ambiance urbaine, de la grande ville, dans le prolongement de Corner mais cette fois-ci à ta sauce, et en plus, il s’en dégage une ambiance également très nocturne.

C’est parce que ça fait aussi un peu partie de moi. Tout ce que je rappe c’est moi : les meufs, les soirées, fumer, la cité… je vais donc réussir à t’en parler naturellement. Avec Tahiti on en a parlé et on a essayé de dégager du projet quelque chose de cohérent, l’objectif était de réussir à créer un univers, à la fois parisien, caillera mais propre sur lui et festif.

Ce qui m’a fait plaisir en découvrant ton projet c’est que cette ambiance de la nuit parisienne ça m’a beaucoup fait repenser à Tout Simplement Noir.

C’est toi qui fait plaisir en disant ça car J L’tismé habite justement une cité au dessus. Donc forcément on a grandi avec leur son, ça fait partie de nous. Donc même si on essaye pas de reproduire leur son, on en est, consciemment ou non, des héritiers, que ce soit dans la sonorité ou la mentalité.

T’es assez à l’aise dans différents styles d’interprétations. C’est quelque chose de spontané ou alors que tu travailles beaucoup ?

Il y aura toujours forcément beaucoup de travail derrière tout ça. Au début je me rappelle quand je chantais, j’enregistrais et je me réécoutais, il y avait des progrès à faire ! (rires) Je n’ai pourtant jamais pris de cours de chant, j’écoute surtout beaucoup les conseils des personnes autour de moi. J’aime bien justement changer les ambiances, faire un morceau chanté qui plaira d’avantage aux meufs, et ensuite enchaîner sur un morceau plus vénère en parlant de drogue tout ça… Je n’ai aucun problème à varier les styles, tant que ça reste musical et que le morceau me ressemble. Il faut que l’auditeur puisse me reconnaître quelque soit l’ambiance.

Ce qui est surprenant c’est que quand on t’entend parler t’as un timbre de voix plutôt grave et cassé. Et quand tu chantes c’est doux et mélodieux.

Oui ça se travaille il faut pas croire, il y a énormément de taf derrière tout ça.

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Tu peux nous parler du rôle de Tahiti Boi dans ta musique ?

On se ressemble beaucoup, car il écoute tout ce qui se fait dans la musique. On est des passionnés avant tout ! Du rap, on en écoute tout le temps et on a beaucoup de goûts musicaux en commun. J’essaye de toujours rester à la page et Tahiti Boi aussi, dès qu’un nouveau truc se fait, il ne va pas se contenter de le copier, il va ajouter sa touche. Comme tout le monde, j’adore le son new-yorkais, quelqu’un comme Joe va être beaucoup plus à l’aise sur ce type de son tu vois. Mais même si ce type de son peut encore me toucher, ce n’est pas ce que je recherche uniquement. Tahiti Boi a une excellente oreille musicale en tant qu’auditeur et producteur, c’est aussi pour ça que je travaille avec lui.

Ton côté mélodieux et chanté je trouve que ça fait vraiment partie de tes points forts et du fait que tu te démarques beaucoup d’autres artistes. Tu redoutes pas des fois qu’on ne t’invite à l’avenir que pour ce registre et de devenir un mec à refrain ?

De toute façon on m’invite quasiment jamais. Il y a toujours du monde pour me dire ”chanmé ton truc”, mais dès qu’il s’agit d’inviter c’est tout de suite plus différent. Ces gens en fait ils ont peur que tu les plisses. Aux États-Unis ce n’est pas le cas, il y a une véritable effervescence et tout le monde s’invite. J’ai déjà posé plein de morceaux avec des rappeurs qui ne sont au final jamais sortis… Ils ont eu un coup de pression sur le morceau parce que je place toujours la barre haute, tu sais le rap français avec tous ses problèmes d’ego à ce niveau c’est compliqué. Après, toute connexion est bonne à prendre et je reste ouvert à de nouvelles collaborations.

Pour parler de ton rapport à la drogue douce, je le trouve très positif, positiviste et hédoniste. Tu en parles avec beaucoup de passion que tu arrives à transmettre et faire comprendre à l’oreille. Obligé de penser à des trucs comme Currensy ou Devin the Dude pour le coup…

Après on cherche jamais à reproduire ce qui a déjà été fait, mais ça fait forcément partie des choses que j’ai écoutées. Et puis la drogue elle fait aussi partie de moi, c’est quelque chose qui m’apaise, elle m’empêche de faire des bêtises, et voilà je suis pas dans la morale. Autant savourer ce qu’il y a à savourer.

Tu décris très bien ton 19ème, on sent que tu y es attaché, à tel point que tu l’as même tatoué sur ta main. Pourtant sur Corner tu dis vouloir quitter le quartier avec les proches.

C’est comme une meuf, tu l’aimes parfois de ouf, et des fois elle t’énerve. Le 19ème m’a pris des potes, il y a eu des morts, et des fois t’aimerais vraiment être loin d’ici. Et pourtant quand je suis loin, je repense à ici. C’est ce que je suis. Mais dans le fond j’aimerais bien pouvoir le quitter quand même et revenir de temps en temps voir la famille, les amis. J’y ai fait toute ma vie, j’ai plus rien à prouver ici et j’ai encore plein d’autres choses à découvrir.

Même si tu l’as déjà expliqué à plusieurs reprises, raconte nous un peu ta définition du mot « bavon ».

C’est ici que j’ai appris ce mot, ce sont les anciens qui parlaient avec ce jargon du 19ème. Un peu plus tard j’ai appris que c’était lyonnais en fait. Pour moi ce mot ils nous caractérise, c’est surtout ici qu’on l’utilise, même s’il a été repris ailleurs depuis. Bavon quand je pense à ce mot ça me rappelle avant tout toute une époque, un style de vie propre de chez nous. C’est bavon, c’est mortel, ça déboite tu vois ! Après on s’amuse à rajouter des ”va” des ”von” des ”ve”,comme avec gava.

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Ténébreuse Musique : les pochettes originales de la tracklist

Vous avez tous posé le peu d’oseille dont vous disposiez dans ce projet sardonique lancé par Sidisid, Dela, Alkpote et Singe Mongol, et sobrement intitulé « Ténébreuse Musique ». Comme tout le monde, vous avez un peu perdu patience en voyant le calendrier défiler, alors qu’on vous avait promis un album pour 2015. Mais soyons réalistes : vous auriez aussi été les premiers à vous plaindre si on vous avait balancé un 10 titres bâclé en quelques semaines. Et puis, croyez-moi sur parole : Ténébreuse Musique n’est pas juste un disque. C’est une véritable expérience de vie, le genre de chose qui vous prend aux tripes, qui met tous vos sens à contribution, et qui pousse vos limites morales et physiques à leur extrémum. On pourra dire que j’exagère un peu, ok, mais coucou, c’est moi le mec qui a comparé PNL à Lunatic et Vald à Dostoïevski. Dire qu’Alkpote repousse les limites physiques et morales quand il s’amuse à balancer des « j’aiguise ma lame, j’déchire ta chatte, j’vais te faire connaitre le plaisir anal », j’estime que c’est plutôt mesuré.

Trêve d’ergotage, passons aux bails concrets. Ces petits saligots de la Ténébreuse ont balancé hier une série de tweets un-peu-mystérieux-mais-pas-trop, avec plein de jolies covers. Il s’agit en fait de la tracklist de l’album, et comme faire les choses à moitié n’est pas dans les habitudes de nos bonhommes, chaque cover est pompée inspirée par un album de rap étasunien un peu mythique -du moins, mythique pour Alk et Yung Sid, pas pour toi, le mec né en 1998, ni pour moi, le mec qui n’écoute rien d’anglophone. On a donc retrouvé les pochettes originales, et on vous laisse le soin de comparer, zieuter les détails, retrouver les références, et faire marcher votre imagination en attendant de pouvoir écouter les morceaux (t’as l’eau à la bouche, hein ?).

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LE REVOLVER DE HITLERtenebreuse3

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Sidisid – Sad Boy Slim | Bootleg Captcha Mag

Le légendaire projet Ténébreuse Musique est sur la voie de lancement, et va bouleverser à tout jamais l’histoire de la musique contemporaine. Ce n’est pas une hypothèse, mais un fait. Les kisskissbankers en auront pour leur argent, et ceux qui ont refusé de lever le moindre denier regretteront amèrement de ne pas avoir voulu participer à cette aventure extraordinaire.

En attendant, un dénommé Crem, après avoir financé avec force et conviction la construction de cet album, a décidé de compiler la plupart des titres hors-album de Sidisid. La dose est bonne, suffisante pour faire patienter les junkies en manque de produit jusqu’à l’arrivée de Ténébreuse Musique.

22 titres téléchargeables en cliquant simplement ici ou sous la cover ci-dessous.

Sid, on t’aime.

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Hyacinthe, entre 0.9 et Justin Bieber | Chronique de Sur la route de l’Ammour 2

Deux ambiances, deux atmosphères. L’une étouffante, épileptique, urbaine, grise, moite, aux vapeurs d’alcool et de drogues, semblant vomir une bile âpre, celle des enfants dépressifs qui regardent la mort en face. L’autre, bucolique, chantante, féminine, érotique certes, mais désabusée, amusée, moqueuse. Et au milieu, le dénominateur commun de ces deux mondes a priori antinomiques : Hyacinthe. Tour à tour éructant bouteille à la main, ou chillant naïades aux bras, il présentait, le 15 janvier 2015, le double-clip « Sur la Route de L’ammour / Retour aux Pyramides », premier extrait de ce nouveau projet  » Sur La route de l’ammour 2″, sobrement sous-titré  » Mémoires de mes putains tristes ». Depuis, à coup de clips léchés et de chansons aussi différentes que réussies, il a réussi à faire patienter son auditoire jusqu’à présent. Entre spiritualité et iconoclasme, nihilisme et matérialisme, dépression et euphorie, chronique poétique du rappeur le plus paradoxal d’Hexagone.

Sur La Route de L’ammour 2 commence comme la vie : par un cri de douleur. Quelques gouttes, et Hyacinthe entre en scène, sans préambules : « Tu connais l’épilogue » … Drôle d’incipit : la fin est déjà proche et tout le monde la connaît. Le parallèle mort/album fonctionne ici à plein régime : là où notre vie n’a qu’une seule issue possible, celle redoutée mais connue de tous, l’épilogue de l’album est une chanson que l’on connaît déjà, Janis et Rihanna étant déjà disponible sur internet avant la sortie de l’album. Tout au long de cette mise en bouche acide, dense mais ramassée (un peu plus d’une minute), Hyacinthe nous livre une vision réduite de ses thèmes de prédilection, et nous introduit à sa poétique : iconoclasme (« Et si le destin a une bouche, qu’il l’ouvre pour que je pisse dedans » ;  » Je suis pas bien sûr que le Très Haut se préoccupe du sort de mes frères »), tutoiement de l’idée de mort (« Pas bien sûr que je survive à cette fiole d’éther »), et la haine et l’amour comme liaisons dangereuses (« Et j’ai peur qu’cette fille me trompe / Qu’elle ne soit qu’une pute de plus »). Comme dernière salve introductive, cette sentence « Pas de questions, ni de réponses / J’veux juste ma place au festin ». Et si la vie est un festin pour Hyacinthe, c’est plutôt celui de la grande bouffe, où il faut jouir de la vie à s’en crever le bide, où le matérialisme n’est qu’un moyen d’accès vers l’orgasme le plus morbide.

Car s’il y a une chose qui obsède Hyacinthe, le hante, c’est la mort. Elle est partout, et même si elle ne fait pas l’objet d’une chanson à part, elle laisse traîner son parfum dans chaque interstice, à chaque fois personnifiée -peut-être pour la conjurer. C’est Janis Joplin et Rihanna, victimes de leur art maudit, et que Hyacinthe fantasme de rejoindre. C’est une « OD à 27 ans », c’est le Styx qu’il remonte en pirogue dans Sur La route de l’ammour, comme un pied de nez à la Faucheuse. Le corps délesté des 21 grammes réglementaires, il donne l’image d’un homme d’outre-tombe, d’un sacrifié, d’un précurseur « tellement dans le futur » que « déjà mort ». La métaphore christique semble tomber sous le sens, à la différence que Hyacinthe refuse cette mort, refuse les révérences (« Si je meurs pas de Rest In Peace »), mais est prêt à tout, même à l’occulte (« Sacrifier une vierge pour qu’on me ressuscite »). Et si l’occulte fascine le rappeur, les étoiles en sont le plus parfait exemple. Comme un gimmick, elles reviennent de chansons en chansons, et semblent être tantôt accusatrices (« Et je sais que les étoiles me jugent », tantôt complices (« Les étoiles noires me pilotent »). On est ici de plein pied dans la dualité spirituelle de Hyacinthe, le monde court à sa perte, ne vaut rien, il ne faut croire en rien, ne rien espérer d’autre que la tristesse et les larmes, mais la mort fait peur et il faut l’éviter, à quelque prix, à quelque pacte faustien que ce soit. Cette dualité n’est pas rassurante … au contraire, elle terrifie d’autant plus que le spleen qui en résulte est inéluctable. L’évangile selon Hyacinthe n’ a rien de confortant.

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« Je suis nihiliste/ Putain, j’crois que j’crois plus rien ». Si cette phrase est de LOAS, elle colle parfaitement à la coloration hyacinthique de SRLA2. Si, comme nous venons de le voir, il n’y a pas d’issue favorable, à quoi sert-il de croire en quelque sorte ? C’est ce refus de la croyance aveugle et bornée, cette anarchie qui fait de Hyacinthe un artiste surréaliste au sens noble du terme. S’affranchissant des codes et des bonnes manières, il jure, éructe, insulte, blasphème, se drogue, dans un carnaval grotesque jubilatoire. La vie vidée, poussée dans ses derniers retranchements, épuisée, et Hyacinthe, le sale gosse, qui danse autour de son cadavre fumant, l’insolence aux lèvres du je-m’en-foutiste. L’image est séduisante: elle donne l’idée de l’artiste démiurge, dont l’œuvre surpasse le commun des mortels et la toise, menaçante et fière. Mais elle n’est qu’à moitié vraie, comme tout n’est qu’à moitié vrai chez Hyacinthe. Car l’insolence a de la peine et de la peur dans la pupille. Car finalement, cette nonchalance n’est peut être que feinte, et cache une angoisse existentielle bien plus fort que le masque de carnaval. Loin de nous l’idée de psychanalyser, cette ambivalence transparaît d’elle seule. L’arrogance chez Hyacinthe n’est jamais qu’un moyen de self-défense, lui qui déclare « vouloir devenir riche avant de devenir fou ». Pas étonnant dans ce cas non plus, qu’il se compare à Rastignac ( » orgeuilleux comme si Paris m’attendait »). Le matérialisme -ici la richesse et la gloire- ne sont que des palliatifs pour oublier à court terme que les démons rôdent, que le père est absent. On est gré à Hyacinthe d’assumer cette part de faiblesse, cette intertextualité poignante, d’autant plus qu’elle est contrebalancée par des morceaux moins intimes, quoique toujours intimistes (« Meurs à la fin » et son humour noir, « Retour aux Pyramides » et son côté sautillant et insouciant ). Le chef d’œuvre de SRLA2 est d’ailleurs la chanson la plus poignante et la plus indécise : « Tout Dépend ». Extraordinaire ensemble, prod minimaliste comme un écrin à la voix torturée de Hyacinthe, et ce premier couplet qui semble être arraché, presque vomi à la gueule du monde. Il s’y décrit « enfant du diable conçu de l’amour / vipère dans l’abdomen », « à la fois meurtrier et innocent ». Et le refrain … « Tout Dépend ». La vie ou la mort, tout dépend. Le relativisme est total, et c’est peut être la clé du nihilisme de DFHDGB : entre la vie et la mort, entre l’amour et la haine, tout se ressemble tellement, tout commute, tout se lie l’un à l’autre qu’on survit en se foutant de la vérité, tout dépend et dépendra toujours. La vérité objective, et c’est la folie assurée.

Impossible d’évoquer la poétique de SRLA2 sans évoquer les femmes et l’amour en général. Hyacinthe, qui évite probablement les problèmes avec Les Chiennes De Garde grâce à sa toute relative notoriété, oscille constamment entre dandysme truffaldien et la trivialité la plus crasse. « L’ennui » vs « Est-ce que ces putes m’aiment ? » en somme. Dans le premier nommé, Hyacinthe est un séducteur au spleen tout parisien, à la vie remplie de femmes et pourtant désespérément vide, errant dans la Capitale la nuit à la recherche d’une autre couche. La solitude en bandoulière, difficile de ne pas y voir Antoine Doinel (oui , la comparaison a déjà été faite). Ici, l’amour est impossible pour Hyacinthe, il souffre et fait souffrir. Mais il ne faut pas y voir un pervers narcissique : la souffrance est d’abord individuelle, et est prise à bras le corps mais à contre-coeur. L’ennui pire que tout, la routine comme symbole de la vie qui s’écoule, donne vie à l’une des plus douces et compréhensives chansons du projet, qui lorgne vers la variété, sans jamais tomber dans la mièvrerie. Mais le Dr Jekill cache bien un Mr Hyde. Si le premier enchantait même votre maman, le deuxième souffre et fait souffrir, mais célèbre les noces d’Eros et Thanatos avec délectation. Il est admirable de voir à quel point l’humour acerbe, noir, et les jeux de mots sarcastiques fonctionnent lorsqu’ils se déroulent autour du corps féminin. On peut citer « Un téléphone intelligent / Une pétasse débile », simple mais efficace, ou bien « C’est une fille bien / Elle aime les chats et la sodomie ». Pour filer la métaphore, chat échaudé craint l’eau froide : même si on la voit moins, la fameuse ex dépressive et casse-couilles fait ça et là quelques apparitions, comme un vieil ami qui passe. Il est clair comme du sperme que sont étroitement liés l’amour et la haine mais aussi la mort dans le projet, à l’image de la récurrence des « bébés morts », qui expriment en deux mots une pensée entière. La jouissance, i.e. le plaisir, est liée à la mort : Eros et Thanatos se rejoignent dans le coït pour un manège sanglant. Si l’orgasme est comparé à une « petite mort », la fascination de Hyacinthe pour les secrétions corporelles ne fait que rejoindre mon paragraphe sur la mort (et ça m’arrange bien). Taxer Hyacinthe de misogynie est évidemment terriblement réducteur : il ne fait que décrire sa vie, et celle de millions d’autres avec lui, et les échos de nos propres vies, des paroles impures que l’on réfrène, se retrouvent ici, telles quelles. Car la fuite et l’ancrage de l’amour ne sont que le revers de la même pièce.

Hyacinthe---L-ennui

Sur La Route de L’ammour 2 est un album très court mais épuisant. Épuisant car exigeant, fourmillant de références, étouffant de réalisme, d’un hermétisme qui donne le sentiment de passer sous un train pendant plus d’une demi-heure. Ce mélange d’auto-satisfaction teintée d’amertume, de dépression et de nihilisme donne un cocktail détonant, fascinant et surtout jamais vu auparavant dans le rap. Traversé d’éclairs extraordinaires (« Tout dépend », je le répète, meilleure chanson de 2015, mais aussi « Maldoror », « En pensant à nous » et « Sur La route de l’ammour »), SRLA2 s’avance comme la carte de visite parfaite de Hyacinthe, et comme le pendant du NDMA de son confrère LOAS. Finalement, et ça sera la divagation de la fin, ce projet ne ressemble qu’à un autre album de rap français. Même abstraction, même condensation de thèmes, même nihilisme teintée de réussite sociale, même uniformité : on retrouve du 0.9 chez Hyacinthe. Et quand la noirceur quasi-omniprésente chez Booba se délavait par Pourvu qu’elles m’aiment, chez Hyacinthe la soupape, là où la pression retombe, c’est Mauvais Garçons, égotrip puéril et jubilatoire, où il croise le fer avec LOAS (who else ?) et Youno, seul invité extérieur de l’album. Comme quoi, le feat rêvé de Hyacinthe est peut-être plus proche de se faire qu’il en a l’air. Ne reste plus qu’à convaincre Justin Bieber. A moins que les étoiles n’en décident autrement.

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