Radmo, la victoire de la douleur | Interview

Le temps d’un week-end ensoleillé en Franche Comté, nous souhaitions voir ce que Besançon proposait de mieux en matière de terroir. Plus communément surnommée Besac par les autochtones, la ville s’est forgée une réputation de taille liée au savoir faire local et artisanal. Nombreuses sont les informations récoltées autour de son horlogerie, de ses édifices et de sa gastronomie. La citadelle de Vauban, le palais Granvelle, le vin jaune, les fromages (Comté, Cancoillotte, Mont d’or). Tout ce patrimoine et ce passé glorieux incite à la découverte de la cité bisontine.

Sur le plan culturel, Besançon n’était pas destiné à devenir une ville incontournable du rap français, personne ne l’aurait prédit. Et pourtant, trois personnages s’évertuent à créer leur musique et à participer pleinement (et sans doute inconsciemment) à l’Histoire de la ville : Sidi Sid, Dela, et enfin Radmo.

Sidi Sid et Dela, c’est à eux deux Butter Bullets. Dela c’est le producteur, l’artisan du groupe, qui concocte ses instrus avec autant de minutie qu’un horloger. Sidi Sid, c’est le rappeur, à la fois passionné et désabusé de tout, désormais exilé depuis quelque temps sur Paris. Son parcours rappelle celui d’un Georges Duroy dans Bel-Ami, ou d’un Frédéric Moreau dans L’éducation Sentimentale. Comme dans les plus grands romans, Sidi Sid a rencontré dans la capitale cette chose la plus cruelle que l’on puisse y trouver : la fin de l’innocence. Sous l’entité Butter Bullets, celle-ci a par la suite abouti sur deux des albums parmi les plus sombres et réussis du rap français, Peplum et Memento Mori.

Pendant ce temps, Dela resté au pays, continue de collaborer avec Radmo.

Radmo, c’est la figure locale indiscutable, issue du quartier de Planoise, malheureusement d’avantage réputé pour ses barres HLM et son taux de chômage que pour sa gastronomie ou son architecture. Radmo, c’est un joli mélange de plein de choses : hospitalité, spontanéité, sincérité, un personnage autant à fleur de peau, que humble et réfléchi. Toutes ces qualités ne surprennent pas, car celles-ci se retrouvent directement dans sa musique.

Son album Doloris Victoria, sorti le 9 Mars dernier et entièrement produit par Dela, est dès la première écoute, une réussite évidente. Il fait d’ailleurs suite à la première salve Bouteille de Gaz, envoyée gratuitement sur la toile en 2013, qui est une sorte de  projet rétrospectif fort réussi. Il nous a donc semblé indispensable, le temps d’un entretien, de revenir sur tout cela à la fois. Et c’est avec une grande courtoisie que Radmo a accepté de répondre à nos questions.

Propos Recueillis le 31/05/2015

llustrations : Singe Mongol

Texte : Le Jeune Did

Comment le rap est arrivé jusqu’à toi qui a grandi à Besançon ?

Quand j’étais petit j’écoutais du funk, de la musique afro-américaine. De base c’était des trucs que je kiffais déjà. Par la suite, dès que les premiers groupes de rap français ont commencé à émerger, direct on a commencé à suivre. C’était l’époque des Little. Dès le départ on a commencé à rapper, à se retrouver et à faire des freestyles entre potes, on est très vite rentrés dans ce délire là, c’est juste venu naturellement jusqu’à nous.

Et à partir du moment où toute cette vague rap arrive, comment se développe ton éducation musicale ? Tu étais autant branché rap français que rap US ?

À l’époque, tout en suivant le rap français, j’étais quand même plus branché rap US. Les découvertes se faisaient principalement via l’émission « Yo! MTV Raps », avec à chaque épisode un nouvel artiste à suivre.

En écoutant tes sons que ce soit sur Bouteille de Gaz ou Doloris Victoria, il y a souvent des sonorités West Coast qui ressortent, tu name-droppes pas mal d’artistes, des anciens de N.W.A. à Kendrick Lamar. Même dans le visuel de tes clips Bras Long ou Cobra, on retrouve une imagerie et des codes West Coast. Les claps très Dr. Dre dans le morceau Californie… Tout cela réuni nous fait dire que c’est sans doute une époque et un style de rap qui t’a plus marqué que d’autres.

C’est vrai que dans le rap américain j’ai toujours plus kiffé le côté West Coast que New York, et pas seulement par rapport à la musique. Je trouvais que les mecs West Coast avaient un style et une image différente, plus exotique, que l’on ne pouvait retrouver nul part ailleurs, surtout en France. Car le style new-yorkais s’est lui directement imposé chez les mecs de Paris de par leurs similitudes : les rues sombres, le côté froid, tout ça… Le côte dépaysant et ensoleillé de L.A m’a plus parlé.

Si je te demande tout ça c’est surtout parce que tes influences musicales sont moins perceptibles que celles de Sidi Sid. Sa musique ultra référencée la rend facilement devinable et familière pour les initiés. Toi, tu glisses souvent des clins d’œil à plein de trucs que tu kiffes, cependant  ton approche artistique et musicale est beaucoup plus spontanée. On sent que tu souhaites d’avantage transmettre une certaine authenticité, un certain vécu, des histoires de tous les jours, des tranches de vie, plus que des références.

C’est vrai que quand je vois le taff de Sidi, on remarque sa grosse culture générale, toutes ses références, on sent qu’il maitrise son sujet. Ma culture générale rap  est moins importante que la sienne. J’ai en revanche une culture cinématographique très importante, et si tu écoutes attentivement, tu t’aperçois que j’essaye toujours d’envoyer des images, de mettre des mots sur des scènes connues de films qui le sont plus ou moins. Je m’inspire aussi beaucoup de l’actualité : ces faits d’actus, je finis souvent par les faire glisser dans mes textes.

Ça nous permet de parler du duo Butter Bullets :  on y retrouve donc Sidi Sid , qui est rappeur et bisontin comme toi, et Dela le producteur du groupe, qui est également ton beatmaker sur l’intégralité de Doloris Victoria. Tu peux nous raconter votre rencontre ?

À l’époque, Dela habitait en résidence étudiante à Besançon et vu que j’habitais juste à côté, je voyais souvent des étudiants avec qui on tapait des matchs de foot et des soirées. Et vu que ces étudiants étaient voisins avec Dela ils me disaient souvent : « Radmo faut qu’on te présente un gars, il fait du son, c’est un truc de ouf etc. » et de son côté pareil ces mecs allaient vers lui et lui disaient « Dela faut vraiment que tu rencontres Radmo ». Donc un jour, à force d’entendre toujours la même chose, je suis allé chez lui. Une fois les présentations faites, on s’est posés et il m’a fait écouter son travail. Et tu vois à ce moment précis, ça faisait déjà des années que je rappe, on me présentait donc souvent des gars qui faisaient du son, et le résultat n’était pas toujours à la hauteur, même si par pudeur tu vas pas dire au beatmaker que son travail est pourri… peut-être que le gars débute, il faut donc lui laisser le temps de trouver la bonne formule. En revanche, le jour où je suis arrivé chez Dela, je suis resté bouche bée car son travail était trop lourd. Bref je retourne un autre jour chez lui pour finalement poser un son, et Sidi Sid était là et me demande si j’étais chaud pour faire un feat avec lui. C’est comme ça qu’on a enregistré notre premier morceau ensemble qui s’appelle « Toujours en place ». C’était notre premier son ensemble, on s’est tapé des bonnes barres de rire, c’était un bon délire, c’est à partir de là qu’ils m’ont trouvé super cool, et à un moment Dela me dit que si je le souhaitais, on pouvait continuer à travailler ensemble. Ça faisait vraiment plaisir. En plus, Dela est un pur producteur, un vrai geek qui craque pleins de logiciels et qui connait trop de trucs, le gars qui fait plaisir. Il a quand même fallu un peu de temps pour trouver musicalement la bonne alchimie et qu’on devienne un véritable binôme, qu’on finisse par se comprendre parfaitement. Je me rappelle qu’au début, quand j’arrivais au studio, je voulais qu’il retouche sans cesse ses prods pendant parfois plus de deux heures ! Je le saoulais souvent à vouloir retoucher ça et puis ça et encore ça…  ! Alors que maintenant, j’ai juste à me ramener au studio, et il sait à l’avance ce qui me conviendra et me correspondra. C’est très soulageant et reposant en tant qu’artiste, car j’ai juste à kicker, je pose le texte et Dela s’occupe du reste.

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Cette bonne alchimie que vous avez tous les trois atteint sans doute son paroxysme avec le délire Ralph Lauren que vous avez en commun. Celui-ci apparaît d’abord sur les « Larmes du soleil » et  a ensuite abouti sur un véritable morceau (« Ralph Flow » de Butter Bullets ndlr.) Ce délire fonctionne, car l’auditeur y adhère vraiment. On peut d’ailleurs en juger la portée et l’impact quand on voit un mec comme Alpha Wann, qui est très fan de vous, pomper clairement ce délire en nommant un de ses skeuds Alph Lauren. Du coup ce délire Polo Sport, c’est venu comment ?

Il vient de nous tous ! Déjà dans notre petite équipe, on était tous habillé en Ralph Lo. Ça vient peut-être quand même plus de Dela que du reste… je me souviens on était toujours là à chiner, à essayer trouver les plus beau trucs Ralph Lauren. On se marrait tout simplement. Mais en plus de ça, avec tous ces délires, il y a une réelle amitié qui s’est développée. Au delà de la musique, ces gars-là font vraiment partie des meilleurs amis que je puisse avoir. Ils m’ont toujours soutenu, dans les bons moments comme dans les plus durs, on s’est toujours compris, c’est ça notre force. Pour le morceau « Les larmes du soleil », un jour Dela m’avait fait un son, mais je voulais pas trop le kicker au départ. Après réflexion, je pose un petit couplet, et je lui dis « essaye de t’arranger avec ça pour en faire un refrain ». J’hésitais car c’était un son un peu fun, ensoleillé, estival… et à cette période j’étais plus sur des morceaux beaucoup plus crus. Je lui ai donc laissé carte blanche pour le refrain, tout en me disant que Sidi serait plus à l’aise pour faire un son de ouf. Sidi Sid est parti 30mn s’isoler dans le salon, il a pondu son texte et il revient, il l’enregistre d’une traite et puis la suite vous la connaissez. On poste le clip sur le net et ça a eu son petit buzz mine de rien.

« Les larmes du soleil 2 » est un titre également très réussi. Avec le temps, quel regard portes-tu sur ces deux volets, et est-ce qu’un troisième est envisageable ?

À la base je n’étais pas très chaud pour un « Larmes du soleil 2 ». J’estimais que le 1 était déjà un classique, et le résultat du 2 a confirmé mes doutes car il a moins buzzé que le premier. « Les larmes du soleil 1 » restera toujours le meilleur car tout était nouveau, le concept, la coupe de cheveux de Sidi à l’ancienne (rires). Tout était frais. Franchement… si tu prends tout le rap français de l’époque : qui est arrivé direct du quartier pour poser avec un petit blanc comme Sidi ? On était les premiers là-dessus. Mais aussi sur la sonorité, on était déjà en mode autotune, et avec nos moyens modestes, on était déjà dans le futur. Avec en plus de ça la réaction des gens ! On a reçu des critiques de psychopathes, des sales commentaires, des trucs de racistes, le public n’était pas prêt ! Et aujourd’hui en réalité, tout le monde rêve d’un duo comme ça. C’est ça qui me plaît avec eux. Ils ont une oreille tellement musicale et une culture générale tellement large qu’ils savent à l’avance ce qu’ils veulent et ont toujours des idées plein la tête.

En écoutant ta voix on sent une certaine aisance dans le ton, elle possède beaucoup d’assurance et tu adoptes en plus une attitude très fière, toujours imperturbable. C’est sûrement dû à l’expérience acquise au fil de ta carrière, mais sur Doloris Victoria, on sent aussi une forme de soulagement et d’apaisement. Comme si au moment des prises tu réalises que l’album parfait, que toi même attendait, arrivait enfin. Mais cette assurance de façon générale, on la ressent déjà depuis tes premiers sons sur Bouteille de Gaz. C’est donc un truc que tu travailles constamment, ou alors c’est quelque chose de plus naturel, lié à ta façon d’être ?

Quand on a sorti Bouteille de Gaz, avec Dela on était déjà très heureux de le sortir car on s’est longtemps demandé si ce projet allait sortir un jour ou non. Tout au long de ce disque qui couvre une grande période, une dizaine d’années de travail, on y retrouve par conséquent une certaine évolution. Il y a des sons vraiment vieux qui auraient pu faire partie d’un autre album, et des sons plus récents qui collent plus avec notre époque actuelle. Ce disque aurait pu être séparé en deux. On a mis du temps à se décider, et on s’est dit autant tout regrouper d’un coup. C’est dans l’esprit de notre époque. Dans le rap aujourd’hui, tu n’as plus le temps d’en perdre entre tes différents projets, tout en devant rester le plus perfectionniste possible. Il faut savoir être dans les temps, être réactif, et avoir des choses à proposer. Dans ce contexte là, autant donner tous les sons d’un coup, ça laissera plus de temps et de contenu à l’auditeur pour enchaîner direct sur une nouvelle sortie. J’aurais pu sortir Bouteille de Gaz plus tôt dès les premiers sons enregistrés, au final ça ne s’est pas fait. Du coup on fait comme tout le monde, on balance tout gratuit et on s’adapte à notre époque. On n’abandonne pas, et on repart de zéro, c’est comme un nouveau cycle, avec pour objectif le futur projet qui a abouti sur cet album, Doloris Victoria. C’est un challenge permanent et c’est stimulant, c’est aussi ça le rap, réussir à être dans les temps, s’adapter aux délires et aux sons du moments, au flow du moment, à l’attitude du moment qui va avec et que tu as bien senti sur l’album. J’étais fier c’est vrai, fier de pouvoir me dire que dans les temps, j’y étais ! J’ai pu sortir l’album comme il fallait et comme je le souhaitais. Maintenant, c’est fait, on peut  passer à l’étape suivante.

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Au delà d’un côté cru clairement assumé, ta plume reste cependant variée. Colérique ou comique, elle peut également être très élégante, douce, romantique et aussi poétique. Je pense à des titres comme « J’ai vu mes rêves partir », « Sur le toit du monde » et même sur le refrain des « Larmes du soleil 2 », tu arrives souvent à trouver de belles figures de style pour décrire des choses simples, ce qui les embellit, sans jamais tomber dans le mielleux. Est-ce qu’en tant que lyriciste, c’est un exercice qui te plaît ?

Je dois t’avouer que les refrains de ces morceaux quand je les ai écris, il y avait une souffrance. C’est souvent dans ces souffrances que tu accouches de tes plus belles lignes. Tu souffres, tu te sens pas bien… mais en même temps tu écris et tu arrives à ressortir cette souffrance sur papier, c’est le cœur qui parle et qui s’exprime naturellement. Si tu arrives à la fois à maitriser tes émotions et ta plume, tu ne peux qu’écrire des choses vraiment belles et intéressantes.

Et quels sont les thèmes que tu préfères aborder ?

C’est difficile à répondre parce qu’aujourd’hui dans le rap tu t’aperçois que beaucoup partent dans le même sens, et dans la grande majorité, les thèmes le plus souvent abordés à grande échelle n’apportent pas souvent une bonne image au rap, et pire, le dégradent.  Ça va décrédibiliser en contrepartie certains artistes, des vrais mecs de rue, plutôt sincères dans leur démarche. Le plus dur pour moi c’est justement de trouver des thèmes qui vont me plaire, ça fait un bon moment que je rappe c’est donc difficile de trouver des thèmes différents et nouveaux, sans tomber dans la répétition. Répéter à longueur d’années la même misère sociale par exemple, au bout d’un moment c’est bon. Peut-être qu’il y a de la discrimination ici ou là, mais on est quand même pas les plus à plaindre. Il faut relativiser, être réaliste et avoir les pieds sur terre, à un moment donné il faut savoir aussi changer de discours.

C’est agréable à entendre car quand tu développes ton côté racailleux, de quartier, j’ai remarqué que ton discours n’a jamais été victimaire, ni politisé. Ce qui est assez malin et permet de brouiller les pistes. On ressent ta colère, notamment sur tes morceaux les plus anciens, mais cette colère n’est jamais ciblée, et bien qu’existante, on dirait que tu souhaites toujours la canaliser voire même la surmonter, ou la dominer. C’est vraiment quelque chose de plaisant à l’écoute et ça m’amène à te demander : l’instrumentalisation du rap, est-ce que c’est un truc qui te saoule ?

Ouais personnellement ça me saoule. Grave même. Car si tu creuses dans mon passé, ou de ceux qui vivent dans les quartiers, qu’ils rappent ou pas, et bien ces gens ont été plus souvent directement victimes de gens de leur propre quartier que de ce système. Même si ce système n’est pas blanc comme neige, on a tendance à plus le pointer du doigt presque à l’aveugle, plutôt que de montrer les personnes qui font vraiment du mal dans leur propre quartier.

Le titre choisi Doloris Victoria est assez symbolique. Une victoire en soi de sortir cet album, avec un résultat digne de l’attente, mais qui s’est fait non sans douleur. Tu as d’ailleurs une phase dans le titre « Du gras » où tu dis que ton « album transpire la douleur ». Cette douleur, quelle est-elle ?

C’est un peu un tout. Ma douleur personnelle, la douleur du travail et des efforts fournis pour sortir comme tu l’as dit un album propre. Et c’est en même temps un titre qui signifie la victoire de la douleur. Je suis venu pour faire mal, et la victoire elle est là, elle se trouve tout au long de l’album qui garde le même ton tout du long, la même couleur, avec toujours cette idée symbolique de faire mal.

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Tu t’es fait plaisir sur les samples ! C’est assez fréquent dans ta musique d’y trouver des samples surconnus, des trucs bien ancrés dans la culture populaire voire même de masse. Dans l’album, Sting est samplé sur le titre « Salvador Dali », Michel Berger dans « Le nom de ma clique ». Et dans d’autres sons plus vieux, comme dans « Parle à mon boule » tu décides de sampler ATC, et encore pleins d’autres trucs d’eurodance comme dans « Cocktail rail de coco » ou « On s’arrête pas » .

Ça c’est mon côté nostalgique, j’ai souvent des petits airs de musique dans la tête qui me reviennent et je me dis pourquoi pas faire un son avec. J’aime varier les styles, Sidi peut avoir un côté satanique et ténébreux, moi un côté plus de rue. Mais j’aime toujours apporter un truc différent sans m’enfermer dans un style, pour qu’au final le morceau proposé puisse s’écouter tranquillement, que ça glisse tout seul.

Tu n’as pas peur de mettre en avant et d’assumer pleinement cette culture populaire là où beaucoup d’autres rappeurs chercheront à s’en extirper. Tu es totalement décomplexé par rapport à ça, il y a un côté très innocent dans ta façon de faire ce genre de morceaux et je trouve que ça donne à ta musique une touche super conviviale et fédératrice.

Le problème des artistes, en généralisant un peu, c’est qu’ils suivent trop la tendance, et au final tout le monde se recopie. Dernièrement tout le monde voulait faire comme à Chicago, chanter comme Lil Durk, rapper comme Lil Reese, remuer la tête comme Chief Keef… tu vois, même si j’aime tout ça, je dois toujours me démarquer, trouver ma propre formule, ma propre recette.

Récemment, il y a le projet commun d’Alkpote et Sidisid : Ténébreuse Musique qui  a été annoncé. Un projet commun Sidi Sid et Radmo, sous la forme d’un EP ou d’un format plus long pourrait-il voir le jour ? Est-ce que vous en avez déjà parlé entre vous ?

Non on n’en parle pas, car on aurait déjà pu le faire à l’époque. Après si on rappe tout le temps ensemble on deviendrait un groupe…. Sidi Sid sait ce que je peux lui apporter dans un morceau ou sur un refrain… Mais quand t’as déjà travaillé avec un artiste et que vous avez déjà sorti des trucs classes et bien réalisés comme « Les larmes du soleil », forcément tu as envie de collaborer à nouveau, mais seulement pour refaire un morceau encore mieux que le précédent.  Par exemple après « Les larmes du soleil 2 » on a sorti « Ralph Flow » pour l’album Péplum de Butter Bullets. Et ce son je l’ai trouvé encore mieux que tous les autres, il est terrible, je l’écouterai même quand je serai vieux ! Donc au final je préfère arriver avec Sidi une fois tous les deux ou trois ans avec un son de ouf qui marquera tout le monde. C’est notre marque de fabrique ! Radmo et Sidi : on arrive une fois tous les deux ans avec un son, et il fait mal à tout le monde, point à la ligne.

Ton bilan personnel post-Doloris Victoria ? Est-ce que le résultat final et les retours te donnent envie de sortir un nouveau projet ?

Bien sûr, et toujours de la même manière : celle de bien travailler, sans se prendre la tête, sans se précipiter non plus. On a déjà enregistré un nouveau titre, on a plein d’idées. Pourquoi pas sortir un maxi pour la rentrée, garder une actu. Il faut juste bosser et parvenir à proposer toujours quelque chose de meilleur.

De manière plus globale, si tu devais faire le bilan de toute ta carrière, quel conseil donnerais-tu ?

C’est simple, si tu fais du rap parce que tu aimes ça et que tu n’as pas envie de te prendre la tête, fais-en. Si c’est pour vouloir faire carrière ou faire de l’argent, tu fais comme Booba a dit, si tu vois que l’argent ne rentre pas arrête tout de suite et rentre chez toi. Quand j’étais petit on avait vraiment pas cette idée là, on faisait simplement du rap parce qu’on y prenait du plaisir. Aujourd’hui tu ressens beaucoup plus qu’avant le côté compétition, et le problème avec ça c’est que plein de jeunes rappeurs veulent absolument devenir la prochaine star et oublient totalement de nous faire ressentir leur passion pour la musique.

Rap français : bilan du premier semestre 2015

En toute logique, le premier semestre termine le 31 juin, j’aurais donc du attendre cette date pour faire un bilan. Mais j’ai eu peur que d’autres sites aient la même idée et me baisent en balançant leur bilan avant le mien, rendant mon article désuet.
Je précise à l’avance que venez pas faire chier avec des « t’as oublié untel et untel dans ta liste ». Si les mecs sont pas cités ici c’est qu’ils n’existent pas.

Le meilleur d’entre nous

joe lucnoToute mon existence n’aura été que la mort latente de ce 12 janvier 2015, date de sortie du premier véritable solo de Joe Lucazz. L’attente était haute, quelque part au niveau de la stratosphère. Le résultat n’est pas seulement à la hauteur, il est bien au-dessus : là où la gravité ne rattache plus l’homme à sa planète, là où le champ de vision de l’esprit humain n’est plus limité par l’horizon. « No name » porte bien son non-nom : cet album -qui n’en est même pas un- est bien trop insaisissable pour être réduit à un simple substantif. La case « titre de l’album » est pleine d’un vide quantique, ce vide duquel les particules fluctuantes tirent leur énergie. Le rapport entre Joe et la théorie quantique des champs ? L’insaisissabilité, l’inconstance fondamentale, et la difficulté naturelle du cerveau humain à appréhender le phénomène. Un peu comme ce mec qui considère que Joe Lucazz est un truc de bobo :
joe

Notre chronique de No Name
Notre interview de Joe Lucazz

Les mecs qui font passer le titre « révélation de l’année » pour une simple litote

qlfIl y a encore six mois, seule une poignée de curieux était capable d’associer « groupe de rap » à l’acronyme « PNL ». Heureusement, les curieux ont une langue, et savent propager la bonne parole. Les dix curieux sont devenus cent, les cent curieux sont devenus mille, et aujourd’hui, le clip de Je vis je visser a été visionné quatre-cent-mille fois sur Youtube. QLF -encore un acronyme- peut aisément être cité comme un album-référence des années 2010, à une époque où marquer l’auditeur plus d’une semaine est devenu un défi plus grand que le nucléaire iranien. Il est encore trop tôt pour dire s’il aura l’impact d’un classique, ou s’il faudra attendre le prochain album, « Le monde de Chico », pour voir Ademo et N.O.S entrer dans la légende. Retenez bien ces blazes : dans cinq ans, les lycéennes se tatoueront « Que la mif » dans le bas du dos, et dans cinquante ans, on citera les deux essonniens au panthéon du hip-hop, quelques rangs devant Afrika Bambaataa et Tupac Shakur.

Notre chronique de l’album de PNL

L.O.A.S : bien plus sérieux que vous ne le croyez.

ndmaFaux hipsters et grosses bites, bonnes têtes de blancos, punchlines un peu grasses à base de chattes et de cyprine … A première vue, le crew DFHDGB n’est qu’une caricature de lui-même. Pourtant, cette image qui colle -peut-être volontairement- à la peau blême de Hyacinthe et L.O.A.S n’est pas plus pertinente qu’un tatouage tribal. NDMA n’en est que l’énième démonstration. Profond au point d’en devenir mystique, ce premier solo du sosie des représentations hollywoodiennes de Jésus de Nazareth est une œuvre qui tend parfois vers l’abstrait ou le surréaliste, à mi-chemin entre Kandinsky et Dali. Pas facile à appréhender, le style DFH est comparable à un trou noir : dépassez son horizon, et vous n’aurez plus aucun moyen d’en réchapper.

 

Notre interview de L.O.A.S

Le meilleur d’entre-nous (bis)

ali que la paixOui, il n’y a pas qu’un meilleur d’entre-nous. Y’en a au moins 3 ou 4. « Tout est mathématique », répète Ali depuis Chaos et Harmonie. Une obsession des calculs exacts, qui conduit notre homme à sortir de son silence à un rythme algorithmique, très exactement une fois tous les 5 ans. 2000, Mauvais Oeil. 2005, Chaos et Harmonie. 2010, Le Rassemblement. 2015, Que la paix soit sur vous. Le parcours, qu’il soit sciemment calculé ou inconsciemment parfait, force le respect. Ni intégré, ni intégriste, Ali est resté intègre de bout en bout. Musicalement, Que la paix soit sur vous touche le haut du panier, et on frôle les étoiles quand l’ex-Lunatic se lance dans des fulgurances lyricales aussi inspirées qu’inspirantes.

 

Notre pré-chronique de Que la paix soit sur vous

Meilleur qu’Or Noir, moins bon que Z.E.R.O

kaaris bruitPar contre je vais pas me prendre la tête à ré-expliquer pourquoi. Le bruit de mon âme ne finira pas l’année sur le trône -Lucazzi, PNL, le niveau est trop haut- mais a au moins le mérite de prouver que Kaaris n’est pas que le banger-maker entendu sur Or Noir. Malgré les qualités indéniables du produit, les critiques sont mitigées et les ventes pas forcément flamboyantes. Il sera donc intéressant de suivre l’évolution de Kaaris dans les années à venir, avec des choix pas forcément simples à faire, entre renouvèlement et continuité. Kaaris est entré dans le rap-game brutalement et sans laisser la moindre miette. Il se rend compte dorénavant et désormais que le plus gros défi n’est pas d’atteindre le sommet, mais d’y rester.

 

Notre chronique du Bruit de mon âme

Valeur sure

butter bulletsUnanimement salué pour ses qualités pointues et son univers ultra-référencé, Peplum, premier album de la seconde carrière de Butter Bullets, est considéré par certains (par moi, en fait -pour les autres, je sais pas) comme un disque classique. La grande crainte était celle de l’accident de parcours : Peplum était-il simplement une fulgurance du duo Dela-Sidisid ? Memento Mori est donc venu apaiser les doutes des âmes tourmentées : Butter Bullets est devenu une valeur sure du rap franco-funeste. Il devient presque impensable de voir le groupe accoucher d’un mauvais produit, tellement tout est pensé et travaillé jusqu’au moindre détail. Et pour ne rien gâcher, BB sait aussi bien satisfaire ses sectateurs que surprendre les plus avertis : en témoignent ces collaborations attendues avec Alkpote et Gangsta Boo, ou ce featuring inopiné avec Lalcko. Et si Butter Bullets sait dérouter, une chose est désormais certaine : la qualité de ses disques est devenue très prévisible.

Notre chronique de Memento Mori
Notre interview de Sidisid

Frappe Musique

zekwe ramosZekwe n’a encore annoncé aucun projet -solo ou commun- depuis son départ de Neochrome. Il y a deux manières de voir les choses : on peut s’inquiéter pour la suite d’une carrière qui peine à décoller, ou, au contraire, considérer que Timberzek a toutes les -bonnes- raisons de prendre son temps. Prendre son temps, poser les bonnes fondations, réfléchir sur la suite à donner, plutôt que foncer tête baissée en crachant le maximum pour gaver un public boulimique. La mue amorcée avec Zombies -l’un des meilleurs titres de ces dernières années- puis Hardcore 2015 n’est que la première pierre d’un édifice que l’on souhaite solide et durable, même si l’on s’interroge forcément sur la pertinence de l’association entre ISF et l’univers très original de Zekwe. Difficile de dire si 2015 sera l’année de Zekwe -à moins d’un deuxième semestre bien rempli-, mais si les bases sont bien posées, on peut d’ores et déjà parier sur 2016.

Notre interview de Zekwe Ramos : part.1part.2

Minuit quatre-vingt-douze

rufyo 00h92« Les rappeurs français ne font que de la trap », « tout le monde fait la même chose », « le rap est devenu la copie d’une copie d’une copie » … D’accord, mais quand un mec fait quelque chose de différent, personne ne s’y intéresse. Prenez Rufyo, par exemple : ce rookie est sorti des sentiers battus avant même d’y poser le pied. 00h92 empiète sur le système horaire ante meridiem, bouleverse les codes restrictifs du rap -d’ailleurs, Rufyo fait-il du rap, ou autre chose ?- et, surtout, ne se contente pas d’être original juste pour clamer « je ne suis pas comme vous ! » : son EP est d’une qualité incroyable, et des titres comme Bangarang ou Hilton auraient leur place en rotation sur n’importe quelle playlist un tant soit peu axée sur la qualité. Hilton, justement, est un véritable coup de génie, avec ce premier couplet chanté, ce sample issu de Kalash au refrain, ce deuxième couplet rappé … Je ne suis pas certain que ce garçon trouve l’écho suffisant pour le moment, mais il fait à coup sur partie des artistes dont on aimerait entendre parler plus souvent.

Le gros, le grand Alkpote

alkpote orgasmixtape 2En 2014, l’Orgasmixtape vol.1 a marqué les esprits. Avant de trouver enfin un repos bien mérité, Alkpote crache à n’en plus finir les dernières gouttes d’une discographie plus que conséquente. Et si l’Orgasmixtape 2, première giclée de 2015, contient son lot de coups de génies (Miroir, Pluie diluvienne, 7ème sens, Papier Violet, les deux feats avec Vald …), c’est en dehors de ses disques que l’autoproclamé Empereur de la Crasserie provoque le plus de commentaires. Entre son interview « chez les nazis » pour SURL (« vous n’aurez pas ma rondelle poilue« ), son show sur le plateau de l’Abcdr (sur le thème « je suis homophobe et antisioniste« ), et ses commentaires dans la Nocturne de Skyrock (« Si tu cherches vraiment un truc, tu trouves. Même s’il faut aller jusqu’au Maroc. Demande à Frederic Mitterrand« ), entendre Alk en interview est plus que jamais quelque chose d’incroyable.

Les 1001 crasseries d’Alkpote
L’encyclopédie de la crasserie
Notre interview d’Alkpote : part.1part.2
Notre décryptage du clip « Tourbillon »
Notre live-report du dernier concert d’Alkpote à La Boule Noire

Les bonnes surprises arrivent toujours par deux

Meilleur cover d'album français en 2015, de très loin.

Quand Mac Tyer a balancé les deux premiers extraits de son nouvel album (un feat avec Gims et une chansonnette d’amour), j’ai eu des sueurs froides. J’ai eu tort. Après No Name et QLF, Je suis une légende est sur le podium des disques qui ont le plus tourné dans mes oreilles cette année.
Quand Lacrim a annoncé une nouvelle mixtape, peu de temps après la sortie de Corleone -un album que j’ai détesté de bout en bout-, je n’ai même pas réagi. Indifférence totale pour un rappeur qui ne m’a jamais réellement impressionné. Puis Lacrim a balancé AWA2, et cette phrase « j’veux que mon fils sache respecter Dieu, et diriger un hôtel ». Allez savoir pourquoi, j’ai câblé dessus. J’ai écouté ce freestyle en boucle, j’ai aimé chaque extrait qui a suivi, et j’ai trouvé la mixtape excellente. Maintenant, libérez le clip d’El Chapo feat Kaaris.

Notre chronique de Je suis une légende
Notre chronique de R.I.P.R.O Vol.1

Dark Matter

riski matiere noireIl y a quelques jours, Riski, premier album de la deuxième carrière du fils de Metek, soufflait sa première bougie. Cette petite année écoulée a pourtant suffit à accoucher d’une suite, Matière Noire. Format court, 5 titres à l’ambiance mystique. J’ai déjà dit tout ce que je pensais de cet incroyable EP ici. Je n’ai plus grand chose à dire dessus : tout le temps qu’on passe à analyser la musique, c’est du temps pendant lequel on ne vit plus la musique. Je reconnais que cette phrase est un peu pompeuse, et je suis même pas certain que la musique se vive, la logique voudrait plutôt qu’elle s’écoute. Je continue d’espérer un Metek x Kaaris x Alizée, sur une prod de Laurent Memmi, clippé par David Chase.

 

Notre chronique de Matière Noire

Karlito’s way

karlito impact civerKarlito a sorti un album cette année. Ça aurait du être un putain d’évènement, un peu comme si Express D sortait un nouvel album, ou comme si Lunatic se reformait. Bon, ok, j’exagère un tout petit peu, mais la mise en bacs d’Impact n’a pas eu la moindre résonance. On se demande presque s’il est vraiment sortit, ou si ce n’était pas juste un doux songe. Alors certes, ce n’est peut-être pas l’album de l’année, et en termes de sonorités et d’ambiance, le rappeur peut sembler en léger décalage avec son époque … mais quand même ! Bordel, c’est Karlito, les gars. Et l’album est bon, vraiment bon. Ne finissez pas le mois de juin sans l’avoir écouté.

 

 

Notre chronique d’Impact

Un petit disque d’or et puis s’en va

gradur l'homme au bobA peu près tout a été dit ou écrit à propos de Gradur ces douze derniers mois. Le boug a tout de même une trajectoire très singulière, et a explosé les compteurs d’une manière assez respectable. Disque d’or en dix jours, L’Homme au Bob est pourtant sorti du top-albums aussi rapidement qu’il y était entré. L’avenir de Gradur dans le rap est une grosse inconnue : d’une part, il affirme lui-même qu’il n’a pas prévu de vieillir dans ce milieu ; d’autre part, on ne sait pas si son incroyable succès va durer. En attendant, le boug se fait plaisir, remet le bob à la mode, et place la scène du Nord-pas-de-Calais sur la carte. Et puis, son album est bon, arrêtez de faire la fine bouche.

 

Amertume et déceptions

lino requiemLe rap français est décevant. Toujours, tout le temps. Rap français est un loser. C’est un fait. Pourtant, cette année plus que jamais, nombreux sont les projets qui tiennent leurs promesses, et on a même droit à quelques bonnes surprises. Que demande le peuple ? Trois choses : que Lino sorte enfin un album solo à la hauteur de son talent ; que Booba se sorte définitivement les doigts du cul ; et que Dosseh sorte enfin un album solo à la hauteur de son talent.

D.U.C, septième album solo de Booba, devait être, comme chaque album de Booba, l’évènement de l’année. Terriblement décevant. Requiem, le deuxième véritable album solo de Lino, devait être l’évènement de la décennie. Terriblement décevant. Temps Mort 2.0, troisième joute entre Booba et Lino (après Sang d’encre – et son remix, Fusion- et Première Catégorie) devait être l’évènement du siècle. Terriblement décevant.

Et puis, il y a Dosseh. Perestroika n’est pas proprement abject, mais quand on sait ce que le boug est capable de faire -et ce qu’il continue à faire, hors-album-, on ne peut décemment pas se satisfaire de cette mixtape de niveau moyen-plus. Le mec est surdoué, et se complait à flirter avec la moyenne. C’est un peu comme voir Christopher Waltz dans Plus Belle la Vie, ou Lionel Messi à Ajaccio.

Notre chronique de Requiem
Notre chronique de Perestroika

Épilogue du premier semestre

dje trafficSauf catastrophe ou mauvaise surprise, le 29 juin sortira Traffic, le premier projet solo de la carrière de Djé. Une grosse mixtape, quatre (!) feats avec Mala, des faces B US, pas mal d’autotune, et toujours cette syntaxe un peu torturée qui fait de Djé l’un des rappeurs les plus atypiques de la scène française. J’ai eu la chance de l’écouter, et c’est très simple : si vous avez aimé les premiers extraits, vous allez saigner cette mixtape tout l’été.

En concluant l’article, je m’aperçois que j’ai quand même zappé quelques bons projets, notamment ceux d’Infinit’, TSR Crew, Sadek …

Concernant Despo Rutti, son oubli est volontaire, j’avais pas la force de dire du mal de Clé Boa, mais c’est clair que le truc n’est pas bien folichon. Et aussi j’ai pas parlé de Canardo parce que sinon vous allez vous foutre de ma gueule.

 

Ce qu’on attend du deuxième semestre

NQNT2, et rien d’autre.

Notre interview de Vald