Premier extrait de NQNT2
Clip : Riski – Matière Noire (Prod. Laurent Memmi)
Extrait de l’ EP « Matière Noire » disponible sur http://metek.bandcamp.com
Réalisé par Julien Gonthier
Vald est-il le plus grand génie de ce siècle ?
Une question rhétorique (ou question oratoire) est une figure de style qui consiste à poser une question n’attendant pas de réponse, cette dernière étant connue par celui qui la pose1. Lire la suite « Vald est-il le plus grand génie de ce siècle ? »
Rochdi – Le martyre d’Osiris (Holos Graphein Remix)
Rochdi – El Chupacabra (Prod : DJ Monark)
Lacrim, R.I.P.R.O Vol.1 : Au nom du fils …
Moins d’un an après son album « Corleone », Lacrim sort sa mixtape « R.i.p.r.o vol.1 », épée de Damoclès au dessus du crâne et 6.35 dans le jean. La prison l’attend déjà. Il doit quelques années de sa vie à la justice française. Quelques années de plus, pour une histoire d’empreintes digitales, d’armes de l’est et de vidéoclip. Alors il faut rentabiliser le temps passé dehors. Maroc, Algérie, Thaïlande, Lacrim bouge à droite à gauche, écrit, enregistre, clippe. Bref, il travaille. Et les clients sont satisfaits.

14 titres pour une mixtape de haut vol. Certains diront que Lacrim tourne en rond, d’autres argueront qu’il est fidèle à lui même. Bien des morceaux de « R.i.p.r.o vol.1 » auraient pu figurer sur «Corleone ». Stupéfiants, luxe, voyages, amour, trahison. Le rappeur continue de rouler sur les terrains qu’il maitrise, et autant dire qu’il pilote en I. Le rap français couché au sol, Lacrim fait frotter la bavette sur son front. « Dis leur Bellek, j’les baise même si j’suis bloqué, ils vont rien faire c’est qu’une bande de cons cokés » Ou alors il fait monter un MC français dans le 4×4, place du mort. « On démarre la voiture on va voler toute la nuit, Kore ils veulent avoir le feat au prix du tron-li, dis leur qu’ils se mettent un doigt. » Signé chez Def Jam France, Karim Zenoud met à profit les moyens de la major. Invitant Migos sur « Money », choix de featuring respectable. Offrant la piste de fermeture à son ami marseillais SCH, pour un solo, « Million », générosité admirable.
AU NOM DU FILS
Lacrim ne sait pas tellement sur quel pied danser. Des Zanottis à Médine, des claquettes au Perthus. « En janvier j’étais en taule, en décembre sur un bateau, starfoullah pardonnez moi, Mon Dieu, mais j’en profite, les épreuves me ralentissent mais mon fils grandit trop vite.» Ce fils, justement. Comme si tout était fait pour lui. Déjà sur « Corleone », il était le cœur d’une musique de tous les vices. L’assistance respiratoire d’un père en proie à ses passions. Ici encore, le garçon est le souffle d’un rap violent. La raison d’un daron à fleur de peau. « J’ferai en sorte que tu ailles te baigner très loin du malheur, dans une rivière de diamants », « Mon fils, t’iras pas te jeter dans le feu, tu verras le mauvais qui se cache dans leurs yeux. » Lacrim dédie au petit une chanson. Il y invite Leslie, le crossover est réussi. Mais un enfant ne peut l’entendre. La violence resurgit. Des montées d’adrénaline, des pulsions de haine, des souvenirs d’armes. Le naturel d’un ancien jeune qui revient au galop dans la tête d’un jeune vieux. Et qui veut déjà faire de son bambin un jeune lui. « Mon fils a quatre ans, on met les mêmes sappes, collection Philippe Plein. Pour lui j’ai pas le cœur noir, frér
ot, j’laisse tomber les maux de tête, j’veux qu’il sache respecter Dieu et diriger un hôtel. »
Impossible de dire si Lacrim écrit son passé ou son présent. Difficile même de déceler le réel de la fiction. Le rappeur parle en grosses sommes. « Ils disent l’argent ne fait pas le bonheur, essaie donc avec un million. Le bonjour à tous mes voleurs, dix bouteilles, Don Pérignon. » Parfois, l’impression d’entendre un rappeur détaillant lambda des halls. « Il nous faut de l’oseille et la vue du soleil donc ça débite, capuchés sous la pluie il y a les porcs qui nous cherchent mais ça débite. » D’autres fois, l’impression que Tany Zampa lui même a enregistré une mixtape avant de se passer la corde au cou. « Frérot on fait pas semblant, j’achète la dernière Bvlgari , cent bouteilles le jour de l’an. » Il faut se dire que Lacrim rappe le mouvement, de Chevilly à Monte Carlo, des cages d’escaliers aux sols marbrés, des petites coupures aux grosses transactions. De hier à demain. Le départ, la chute, mais jamais l’arrivée. C’est la course en avant, de mal en pis. « Bois d’Arcy, Bois d’Argent, plus d’insignes, plus d’agent, boite 7, sous Jack, bébé j’ai rayé la jante. » Q5 à pleine vitesse direction le sud. « L’habitude de rouler sans permis, j’fume la frappe de batard entre Toulouse et Perpi. »
ROI SANS COURONNE ET SCÉLÉRAT
Quand certains enregistrent ce genre de choses le sourire aux lèvres et des rêves plein la tête, Lacrim semble le faire avec fierté et tristesse. Il pousse la chansonnette, ralentit son débit de paroles quand il s’adresse à sa progéniture, l’accélère pour invectiver ses ennemis. Sur un refrain comme celui de « Carte de la vieillesse », l’interprétation de Lacrim flirte avec des lamentations. « La rue m’a pris mon coeeeeeeur, niqueeeer ma jeuneeeeeesse. » Les armes crachent des larmes que les billets épongent. Liquide lacrymal. De même sur « Red Zone ». Un beat classique de Dj Kore, de tristes souvenirs dans le 94 et de sombres persepectives en maison d’arrêt. «Petit ramène moi ces vingt kil’ à rue du Nivernais. » Et pour rapper la tristesse, qui mieux que Nessbeal ? Le retour du roi sans couronne. Des années que le rap français l’attend. Le revoilà, verbal brolick en main et pleurs éternels sur la joue gauche. « Entre la parole et les actes khoya t’as le Sahara, j’écris sous la pluie, Franck Sinatra. » Un joli couplet pour un revenant que l’on espère ne pas tarder à revoir.
Parmi les autres invités, citons Gadur, Sadek et SCH. Enfin … citons surtout SCH. SCH. Un morceau solo et un couplet sur « R.i.p.r.o vol.1 ». 20/20. Le rap de scélérats a de l’avenir. Le rap français se porte mieux que le cinéma français. Il sort un Brian De Palma par an. Rien à ajouter. A Lacrim de conclure: « J’voulais tout baiser gros j’ai fait comme toi j’ai regardé Scarface. »
Mac Tyer : Je suis une légende (chronique)
« J’étais trop avant-gardiste. Je ne suis pas en train de dire que j’étais dans le futur, et que les mecs n’ont pas capté parce que j’étais trop loin … Disons que j’étais allé trop loin, mais pas avec la bonne fusée. » Lire la suite « Mac Tyer : Je suis une légende (chronique) »
Les 1001 crasseries d’Alkpote
« Dans mon cahier d’textes, des rimes j’en ai écrit plus d’18 000 » … En véritable stakhanoviste du rap français, Alkpote abreuve les gorges des auditeurs à une cadence infernale depuis une bonne décennie. Son œuvre, dérangeante et crasseuse, n’a cessé d’explorer les champs lexicaux de la fellation, de la sodomie, des substances illicites, et de la bonne bouffe. Épicurien dépravé, Jonathan H, dit l’Empereur de la crasserie, dit la ténébreuse mitrailleuse, n’a de cesse de pervertir les oreilles chastes. Sa fin de carrière approchant, le moment de compiler ses plus belles crasseries est venu.

Chapitre I : Manger, boire et fumer.
« J’suis un épicurien, putain, mon haleine sent le vin ». Alkpote ne s’en est jamais caché … il s’en est même plutôt vanté : en bon vivant, il voue une passion toute particulière à la ripaille. « Je dois réchauffer la marmite, déguster mon couscous garbit », « J’suis accro au fromage, pizza, couscous et aux gâteaux de riz » ou encore « J’mange du poisson cru, du riz blanc » … l’estomac du personnage n’est pas difficile à contenter. Parfois, le gueuleton prend même une tournure … étonnante : « J’insère mon spéculos dans le spéculum », « sur ma bite j’verse du sirop d’érable », « du bon lait, du boursin viens branler mon oursin », ou pire « j’vais me faire piper par ta mère et lui faire bé-ger le diner ». Pour baigner le gosier suite à cette orgie de victuailles, l’ogre Alk ne croit guère en les vertus de l’eau. « J’festoie fils : serre-moi un verre d’vin rouge ». Amoureux de tord-boyaux et de fumée verte, le légendaire Géant Vert prône les vérités d’un esprit malsain dans un corps pourri du foie aux poumons.
Mais aussi : « Pendant des heures, tu boufferas mes macarons » ; « Les barrettes sont grosses comme des bâtons de Surimi » ; « C’est avec de l’émotion que j’fume chaque do-bé » ; « Si si si gros, je viens élever le niveau, pour déguster le gigot » ; « J’tise jusqu’à avoir des taches jaunes dans l’foie » ; « Mes archanges ne mangent pas d’jambon Madrange » ; « Nadine Morano, lèche un peu mon Ferrero » ; « J’rajoute du fromage sur mes raviolis » ; Fume ton cannabis, mange ta tablette de Galak fils » ; « Imbécile, retourne manger du pain d’épice » ; « Deux, trois grammes d’Hollande je ne fume que du H collant » ; « J’ai compris le folklore, le bon brie, le roquefort » ; « Voila l’plateau de fromage, la baguette de chez Paul La bouteille de vodka, la canette de Red Bull » ; « Mange mes Babybel, bois mon Actimel et ce sera nickel » ; « Les produits illicites illuminent le sol comme dans Billie Jean » ; « Harissa, ketchup, mayonnaise Plus de la moutarde, sauce samouraï » ; « J’fume du shit noir et de la beuh verte fluo » ; « Je me porte mieux quand je mange des croque-monsieur » ; « Putain d’putains, du pain du vin des joints et tu sais même plus combien font 1 + 1 » ; « Juste un sachet d’weed et un carré de Kiri » ; « Sers-moi un verre d’vin rouge dans la piscine » ; « Dans mon cigare de la p’louse, mixée au chocolat » ; « J’fume du marocain en maillot d’bain »
Chapitre II : Autoportrait
« J’ai les yeux bridés comme un Japonais ». Sobre, cette description d’Alkpote a l’avantage de s’arrêter sur une partie du corps tout à fait décente. D’autres variantes de la même idée existent (« j’ai des yeux d’chinois, du pilon ultra gras » ou « j’ai les yeux bridés comme si j’vivais au Japon »), mais la grande majorité des descriptions physiques du rappeur tournent évidemment autour de son phalus : « Nos sexes sont flexibles et maniables », « j’te baise même avec le zizi mou », « ma bite te serve de levier » … L’organe génital d’Alkpote est même personnifié, éprouvant des émotions dignes de personnages dramatiques : « me complimente pas trop, j’ai la bite qui rougit », « salope mon zizi pleure » …
« Jonathan le souteneur, coup de bite, coup de cœur ». Malgré cette hiérarchisation phallocratique du corps humain, Alkpote est un grand romantique. Nouveau romantique comme son comparse Sidisid, l’Aigle de Carthage sait plus que quiconque parler aux femmes -il l’affirme d’ailleurs haut et fort : « il suffit que j’parle pour qu’les filles jouissent c’est inouï ». « Fais pas ta nerveuse, suce mon missile a tête chercheuse », « essuie tes pleurs, suce ma bite », « salope coiffe les poils de ta chatte » … Des mots doux qui obéissent à quelques règles simples de la vie de couple : petites attentions, réconfort dans les moments durs, et compliments à chaque nouvelle coupe de cheveux. Sans oublier un élément essentiel à toute relation amoureuse : l’hygiène, caractérisée par ce mythique « suce ma bite pétasse j’ai mis de l’eau d’Cologne ».
Mais aussi : « J’ai l’cœur qui palpite et la bite toute dure », « j’veux lécher des bouts d’seins », « j’veux m’abreuver d’gros lolos », « montre moi ta shneck sur ta webcam », « j’veux plus seulement me faire tirer par le bout de la bite », « j’vais t’désosser sale pute, te défroquer ta jupe », « belle voiture, belle coiffure, ma queue pourvue qu’elle soit dure »
L’hygiène, une véritable obsession chez Alkpote. « On bouffe ta viande là où ça pue la pisse et la fiente » : notre homme aime les odeurs marquées, et veut profiter de son odorat comme de ses quatre autres sens. Jamais rebuté par un fumet, il sait se retrousser les manches et aller au fond des choses quand elles doivent être faites : « je passe que par derrière, même si ça n’sent pas bon », « chiennasse j’passe par derrière j’m’en fous d’l’odeur », « v’là le petit sale arabe qui renifle le string à ta femme » et, pire que tout, « j’pourrais renifler les sous-vêtements à Madonna ». Mais si John H accepte les relents de sa partenaire, c’est aussi parce qu’il n’est pas en reste : « j’ai une haleine d’hindou », « dans mon alk-leçon ça sent l’alk-momille ». Même ses albums ont de drôles de senteurs : « faut pas qu’tu graves ce disque (Salope), il sent la merde et les flaques de pisse, le zet’ et les pack de 6 ». Un bon conseil ? « Nettoie ton slip et lave-toi les dents sale pipeur »
Chapitre III : Cinéma, séries télévisées, dessins-animés
« Au top de ma forme comme a l’époque où sniffait Van Damme ». Alkpote est un grand fan de cinéma, de séries télévisées, et de dessins-animés. Des références évoquées de manière classique, parfois (« on t’flingue comme Zé Pequeno », « Ca bombarde comme Jason Statham », « Comme David Kleinfeld dans une impasse »), beaucoup moins classique, souvent (« J’veux m’faire sucer par Joséphine l’Ange gardien », « J’encule les Sarah Connor, Alk le terminator », « J’peux commettre un meurtre à l’extincteur, comme dans Irréversible » ou sa variante « j’déforme ta ganache comme dans le film Irréversible »). Des références improbables, on ne remerciera d’ailleurs jamais assez Alk d’avoir cité la plus grande série comique de tous les temps : « comme Malcolm et Reese (Francis), vos forces s’épuisent ».
Mais aussi : « Ils n’auront pas ma peau comme Roger Rabbit » ; « J’pars à l’aventure comme John Locke » ; « J’commence mes classiques comme Orange Mécanique » ; « J’veux être riche comme Jack Abbott » ; « J’ai la bougeotte comme Van Damme dans Bloodsport » ; « Tu vas saigner des yeux comme Daredevil » ; Y’a que des T-1000, finis les T-800″ ; « J’maîtrise l’acier : appelez-moi Magneto » ; « On s’paye des baveux à la Perry Mason »
« Caillera depuis l’époque de Lucile, Tristan et Mathias ». Grand fan de l’époque Club Dorothée, l’Empereur alias Jojo l’affreux alias Pef le dégueu est un fin connaisseur de la japanimation des années 90. Cobra, Saint Seyia, et surtout Dragon Ball Z : « Vous rêverez d’échanger d’corps contre le mien comme Ginyu » ; « dès que j’enlève mes lunettes, j’mets le détecteur de Radditz » ; « mon membre s’rallonge même si chui pas Piccolo » ; « il me manque un bout d’cerveau, un peu comme le Cyborg 16 » ; « je viens du futur comme Trunks »
Mais aussi : « Mes tortues Ninja fument des feuilles de laitues » ; « j’pourrais descendre dans les égouts manger des pizza comme une tortue ninja » ; « Gros j’déconne pas, j’suis un Pokémon rare » ; « Prêt pour la guérilla, j’tire avec le bras d’Cobra » ; « Gagnant comme Batman et Robin » ; « Vous allez saigner des yeux comme Shiryu » ; « J’suis dans mon vaisseau comme Actarus, j’fume de l’amnésia avec Venusia et Alcor, j’plane comme le Dragon Falcor »
Chapitre VI : Name-Dropping
Le name-dropping, de plus en plus répandu chez les rappeurs français, est une constante chez Alkpote depuis les premiers textes. De Vivian d’Secret Story à Roman Polanski en passant par Tom Cruise, Mouammar Khadafi et Sylvain Mirouf, chaque blaze est plus improbable que le précédent, c’est un véritable festival de l’absurde. Y’en a une putain de chiée, et la liste n’est même pas complète.
J’baise des cougars comme Vivian d’Secret Story
Dans mes clips j’suis Benoît Magimel
Même le fils de Nicolas Sarkozy kiffe trop ma saloperie
Laura Smet, Lou Doillon Consomme du lourd pilon
Va t’faire baiser par Jeremstar, Vincent Mc Doom et Magloire
mes gros vampires baisent tous Roman Polanski
J’suis musclé pas comme framboisier, Bernard Minet et puis Remy
J’danse ma dernière valse avec la femme de Manuel Valls
Tu veux rouler en Porsche Cayenne, ou éjaculer dans la gorge d’Ayem
La chatte a Salma Hayek ou de Cruz Pénélope
Pour moi ça roule comme Larry Flint
Je m’échappe avec les millions d’Céline Dion et d’René-Charles
Aigle Royal balafré tout comme Franck Ribéry
J’traverse pluies diluviennes à la Rémy Julienne
j’suis pété comme Serge Gainsbourg
Ma drogue douce vaut la scientologie de Tom Cruise
J’ai la même came que Jean-Philippe Smet
Si c’est Halloween, j’mettrai le masque de Nina Roberts
Des squelettes dans l’placard comme la famille de George Bush
On protège les bonnes sœurs tout comme Whoopie Goldberg
J’suis l’nouveau Serge Gainsbourg sans Jane Birkin
J’écoute la musique de Jean-Michel Jarre par temps hivernal
J’crois pas en cupidon, comme Thomas et Nabilla
Repose en paix Kadhafi et Saddam Hussein
Je vous espionne comme Mark Zuckerberg
Misérable minable malchanceux, on va baiser la femme de Karembeu
Scientifique comme Mac Lesggy
Viens m’Instagramer avec Enora Malagré
J’compte vous baiser comme Bernard Madoff
On respecte Rocancourt
J’veux qu’on se souvienne de moi comme John Lennon
J’veux dormir dans du satin bercé comme Jean Dujardin
J’disparais comme Sylvain Mirouf
mon pistolet va trouer les Frank Dux
J’veux mener la vie d’château comme le colonel Chabert
Repose en paix Saddam
Des fins gourmets comme Claude Brasseur
Mes malfrats fument comme des rastas, en imaginant la chatte d’Laetitia Casta
J’assure comme Will Smith, j’rappe et tu jouis, fils
J’suis le côté diabolique de Serge Gainsbourg
J’te fais rire comme le gros Michel Boujenah
C’est des coups d’machette verbale, lyrical Khaled Kelkal
J’vais t’électrocuter comme Claude François
Gros tu vas disparaître comme Larusso
J’tise comme Gorbatchev
La même moustache que l’gros Noel Mamere
J’écoute du Balavoine
Faire plus de sous qu’Étienne Mougeotte
J’écris aussi bien que Francis Cabrel
Infréquentable tout comme Alain Soral
J’affronte des monstresses au cheveux rouges comme Véronique Genest
Cessez de m’imiter, comme Laurent Gerra
J’suis plus violent que Manson Marylin
Vilain canard comme Balotelli mais j’baise des garces qui ressemblent à Ophélie
Imagine Joe Dassin avec un putain d’flow malsain
J’te prédis la fin du monde comme Paco Rabanne
Salope j’vais t’écarter les jambes comme Jean-Claude Van Damme
J’écris mes textes avec la main à Maradona
C’est pour les frères qui partent au card-pla et qui rêveraient de se faire sucer la bite par Loana
Je vous demande de vous arrêter comme Balladur
Monstrueux comme Lady Gaga
Repose en paix Thierry Gilardi
Du taf d’orfèvre comme Marc Dorcel
On vous divertit un peu comme Guy Lux
Dehors les shlags s’endorment et les petits se prennent pour Charles Bronson
on pisse de gauche à droite comme Bernard Kouchner
j’ai les mêmes chicos qu’Demon One
Je baise Benjamin et Flavie Flamant
Jean Valjean encule Cosette
Nous on écoute pas Patrick Fiori
On cherche notre Paradis comme Depp Johnny
A Paris les sales chiens me feront toujours rire comme Patrick Sébastien
L’Unité 2 feu c’est deux fois plus vicieux qu’Emile Louis
J’veux plein d’cash sur mon compte comme le dénommé Arthur
C’est Néochrome et Alkpote, le nouveau Doc Gynéco
Adef et l’poto Bachir vont salir vos navires et partir élargir le trou d’Amanda Lear
j’ai pas la droite de Joe Frazier
Nique Brigitte Bardot, ici ça bibi de la dope
Ils veulent tous percer comme Laurent Voulzy
J’veux crever vieux comme Michel Serrault
Pétasse t’as qu’à bouffer des p’tits zizis vu qu’tu suceras jamais la bite de P.Diddy
Mes serpents cognent comme Marcel Cerdan
Je chante comme Claude Nougaro
J’suis éloquent comme Fabrice Luchini
Emprunter à Cofidis pour ressembler à Ben Affleck
Chapitre V : Des belles, des moches
« Je tartine des corps maigres et étranges » On reproche facilement aux rappeurs d’entretenir de mauvais clichés sur les critères de beauté : gros culs, 95C et lèvres pulpeuses sont sans cesse mis à l’honneur dans les clips et les refrains estivaux. Mais -faut-il le répéter encore ?- Alkpote n’est pas un rappeur lambda. En grand romantique, il aime toute femme, sans la moindre discrimination, si ce n’est peut-être la présence d’un vagin. Belle, moche, grosse, maigre, vieille … tout y passe. « Ça fourre des chiennes toutes moches », « une vieille cougar dans un boulevard », « 91 gang-bangers avec une fille pas belle », « mes fortes têtes fourrent des corps de rêve » : le panorama est complet.
Mais aussi : « On désosse des ogresses, des fois des bonnes, des mauvaises » ; « les p’tites garces que j’partouze ont pipé trop d’clodos sales » ; « j’fais l’amour à d’belles geoise-bour » ; « salope t’es vraiment belle » ; « mec, c’est tard le soir que j’fourre des beautés matures » ; « j’fourre même des laiderons avec la tête ronde » ; « des p’tites boulimiques nous sucent la bite » ; « rase tes jambes velues, qu’tu sois sous zet’ ou verdure, tu feras pas couverture d’Entrevue »
Chapitre VI : Rap conscient
« Mes pro-palestiniens lisent des livres sur les putain d’diables égyptiens ». Catalogué comme rappeur hardcore, rappeur technique, rappeur vulgaire, rappeur atypique, Alkpote s’est parfois distingué par une clairvoyance impressionnante sur des sujets intellectuellement difficiles d’accès (« J’me renseigne sur les reptiliens et égyptiens »). Reptiliens et sionistes sont les cibles préférées de l’Alkalucide : « ces sionistes gâchent nos moments de vie » ; « les reptiliens en haut de l’échelle » ; « ça commet n’importe quel délit comme la putain de LDJ » ; « J’encule les reptiliens et tous les pharaons » ; « nique le CRIF et la LICRA » ; « on voit clair dans vos pratiques sionistes ». Passionné d’histoire, Alkpote aime également citer des personnages historiques (« les putes en civils traînent avec des gens pires qu’Hitler », « je repars leur refaire à l’envers comme si j’avais eu le revolver de Hitler »).
« Sisi fils, va pas choper la syphilis ». Le rap conscient, ce n’est pas seulement noyer l’auditeur sous une tonne d’informations encyclopédiques. En bon moralisateur, Alkpote est là pour livrer une tripotée de bons conseils, des plus basiques (« ne mets pas tes putains de doigts dans la prise ») aux moins académiques (« belek à pas te manger un zizi d’travlo »). Il y en a bien sûr pour tout le monde : filles faciles (« les tasspé, arrêtez d’sucer la vie est courte »), jeunes rappeurs (« arrête le rap et taffe à Castorama »), drogués (« sniffe un trait ou roule un joint sur ma pochette de CD, si t’es perdu, seul le Prophète peut t’aider »), bambins (« fils demande notre CD à c’putain d’Père Noël »), femmes indisposées (« mettez des couches, des serviettes hygiéniques »), célibataires (« achète-toi un gode vibreur fourni avec des mini-piles »)
Chapitre VII : Du bon lait, du boursin
« J’éjacule en dessinant des croquis ». Résumer Alkpote à un rappeur obsédé par la fellation et les pratiques sexuelles douteuses est terriblement réducteur. Si Booba faisait des dons d’urine pour que la France entière se désaltère, Alkpote, lui, fait des dons de sperme. Difficile de ne pas y voir une visée humaniste, le sperme étant la matière première de la vie. Dans le fond, Alkpote cherche peut-être simplement à peupler la terre de mini-tounsi ?
T’es friand de ce que j’éjacule, j’remplis des récipients
J’envoie des perles de lait
Si j’bande j’cracherais dans ta gueule ma sauce piquante
Ils vont s’abreuver de c’que j’ai éjaculé dans le pot de chambourcy
Éjacule du jus gluant
Joue pas les gangsters si ta bouche sent l’sperme
Au mic c’est Alkpote, je crache du mascarpone
Ouvre-la seulement pendant les douches de sperme
Salope tu plongeras dans une marre de sperme
J’étais déjà un maître crémier bien avant l’époque où dans vos frocs vous spermiez
T’aimes faire trempette, tu baignes dans le sperme
Mon sperme, tu vas l’absorber !
Chapitre VIII : Une sexualité débridée
« On encule les gouines autrichiennes ». Puisque nous sommes dans la lancée du sujet crasseux du chapitre précédent, autant aller au fond des choses : « j’vous baise tellement profond que je fais d’la spéléo ». Sodomie, fellation et levrette sont des pratiques bien trop classiques pour le grand, le gros Alkpote. « Pour toi c’est pire qu’une quadruple pénétration » … l’action est violente, crue et l’usage de la lame semble fréquent : « j’vous fais mouiller avec un couteau rouillé mais très affûté » ; « J’aiguise ma lame, j’déchire ta chatte ». Avantage : la partenaire sexuelle allie plaisir et régime (« quand tu baises avec moi, salope tu perds trop de gras ») … enfin, sauf quand Alkpote préfère se réserver pour des plaisirs solitaires (« j’veux pas t’baiser, j’préfère m’lé-bran ») ou … inhabituels (« bouffez moi l’anus pendant qu’j’me branle »)
Et en cas de petite soif après l’amour, pas besoin de se lever pour aller chercher une canette dans le frigidaure : « J’ai la gorge sèche, je suis assoiffé de cyprine », « j’ai une planche de surf, pour les femmes fontaines », et si on n’avait pas compris, « j’te parle de sexe sans honte, j’aime la cyprine ».
« On va t’fister l’cul avec le museau d’un labrador« . Disons-le clairement : nous pouvons nous estimer heureux quand le partenaire est de type classique -à savoir : humaine de sexe féminin, majeure, et consentante. Adepte des figures de style, Alkpote animalise ses compagnes, au point de nous faire douter : est-on toujours dans le domaine de la métaphore ? Insectes, rongeurs, canidés, le bestiaire est fourni : « désolé de désosser vos coccinelles », « mon zizi sale attire les rats », « je dois m’lever tôt, je dois emmener des chiennes chez l’véto » et le fameux « chiennasse t’as qu’à dresser la patte pour qu’j’vienne t’al-caresser la chatte ».
Chapitre IX : Dans ton cul, dans ta chatte
« Dans vos chattes, dans vos Fnac, dans vos bacs, bande de chiennasses ». Oui, ce papier avait commencé de manière très soft : nourriture, boisson et fumette. Et puis, petit à petit, on descend les étages des catacombes, pour finir dans la cave la plus obscure. « Dans ta chatte infiltration ». La Bat-cave. Gargantua, la trou noir massif d’Interstellar. On est au fond. « Bientôt vous allez saigner du cul », « c’est un désanussage, pas d’lubrifiant » … Concept simple, qu’Alk se charge d’expliciter au maximum, histoire qu’il ne reste plus la moindre trace de confusion : « A.L.K.P.O.T.E peut t’enculer les fesses ». Et évidemment, ça ne se passe pas toujours bien (« ça finira mal : y’aura du liquide anal », « pendant le cunni, j’te mords la schneck »). Le cul, la chatte … parfois, on en sait plus trop, alors on tape dans les deux en même temps : « encaisse ça dans tes fesses ou ta chatte ma pétasse », « salope t’as 3 issues, c’est soit ta bouche, soit ton cul ou ta chatte », « on t’prend en sandwich » …
Mais aussi : « Je perfore les orifices à la Ovidie » ; « Pétasse j’pratique la levrette » ; « Homme de Néandertal aimant le rectal », « Les culs s’dilatent kho j’les lubrifie à l’eau » ; « Alk sodomise les filles comme Rocco Siffredi » ; « Maintenant c’est l’heure de la sodomie » ; « P’tite sodomie, p’tite sodomie, p’tite sodomie » ; « J’te la mets dans la gorge ou le machin ovale » ; « Tu vas te faire casser l’cul si t’essaies de passer le mur » ; « J’vais envoyer la purée et vous désanusser » ; « Salope tu devrais plus squatter la salle de gym, on va t’enculer à sec sans Vaseline » ; « J’vais te faire connaître le plaisir anal, Sheitan me dédicacera » ; « Les oreilles on purifie, les trous du culs on lubrifie » ; « Même si t’es musclé tu peux te faire dépuceler le cul par des ptits PD qui font qu’s’branler comme des curés »
Chapitre X : De l’argent, des pédés, des travelos et un peu de scato
« C’est 1 500 euros le feat, après avoir zépo j’te quitte ». Alkpote annonce les tarifs froidement, loin de l’hypocrisie du rap-game. « Je pose pour 2000 balles maintenant j’augmente les tarifs ». Logique, car Alkpote va se faire de plus en plus rare. Respectons l’adage « ce qui est rare est cher », d’autant que « 1000 euros par mois ça me rend malheureux ». On le comprend, étant donnée l’ambition de départ : « On veut finir obèse avec des grosses caisses, des cuirs et des fourrures ». Peut-être que le rap n’était pas le chemin idéal pour Alk (« j’ai loupé ma carrière d’acteur dans le film X »), lui qui imagine que le milieu est « contaminé » (« sûrement, que dans le rap y’a des travlos »)
« Appelez vos frères homosexuels, sur vos faces on vient cracher nos glaires ». Car oui, malgré son obsession des pratiques sexuelles déviantes (labradors dans le fion, lames dans le vagin …), Alkpote le Légendaire nourrit une certaine aversion pour l’amour entre hommes : « Anti PD comme Elton John », « C’est Alk-putain-de-pote l’homophobe », « J’ai mal comme un chevalier Jedi quand je vois toutes ces pédales sur les chars de la Gay Pride », « J’toucherai pas le gros lot dans ce pays d’homos », ou encore « Mes sacrés collègues détestent les pédés depuis Les Années Collège ». Autre paraphilie peu orthodoxe, la scatophilie tient une place prépondérante dans l’univers crasseux d’Alkpote. « Satanée crasseuse pourrie, essuie avec du moltonel ta merde », « J’suis un pyromane scatophile », ou, moins tendancieux, « J’fais chier les constipés » … Chez Alkpote, le Trône du Rap Game prend une toute autre signification (t’es incontinent et tu souffres de constipation (Merde !) ; « J’pisse à la raie d’ceux qui nous chient dans les bottes »)
Chapitre XI : Des putes et des snuff movies
« Même les grosses putes des bois ont kiffé le clip de Sucez-moi ». « Pute » est certainement sur le podium des mots les plus utilisés par Alk le lyriciste essonnien. De la pute classique (« Des putes de rêve me sucent le sexe pendant qu’je fume le zeb ») à la pute du futur (« j’nique des prostiputes »), la pute est partout, donnant parfois des fulgurances qui relèvent du génie : « J’ai toujours voulu baiser la princesse des putes, ainsi que sa daronne la reine des putes ».
Mais aussi : « On est poursuivis par des putes de joie », « Pendant la crise c’est navrant les p’tites sucent », « J’cherche des putes sur VivaStreet qui viennent d’éclore d’la chrysalide », « Les victimes braquent, même les putes tirent comme dans Nikita », « Tu mérites pas l’Formule 1, tu mérites pas l’baladin, tu mérites pas la cave à vin : tu mérites rien, t’es qu’une sale catin »
« J’peux commettre un meurtre à l’extincteur comme dans Irréversible » Visiblement meilleur qu’une partie de jambes en l’air avec une prostituée sur le périph : l’horreur d’une bonne séance de torture. « Le masque de soudeur, le tablier d’charcutier » … « Dans ta tête j’perce un trou, prends d’l’aspirine ». Les films pornos ? C’est démodé : « on filme des snuff-movies avec des D500 ». Et quitte à se lancer dans le film d’horreur, autant aller jusqu’au bout (« j’ai pris en stop la dame blanche au virage, j’l’ai mis en cloque ») … sans jamais oublier de perdre le Nord (« les vampires sucent pendant qu’on dort »)
Chapitre XII : SUCEZ
« Qu’on m’suce le gland sur le champ ! ». Sur le podium sus-cité, le verbe sucer occupe immanquablement la première marche. Pénis, bite, tuyau de plombier, tour de Pise … tout ce qui possède de près ou de loin une forme allongée est susceptible d’être suçoté. Là encore, la liste est non-exhaustive :
Poupée si tu sais piper, allez grimpe
Qu’on m’suce le gland sur le champ !
Attends le déclic pour me sucer le pénis
Essuie tes pleurs, suce ma bite
Frotte ma lampe d’Aladdin, n’oublie pas d’faire un voeu
Suce mon tuyau de plombier
Suce ma bite, lèche mes boules !
Ta garce me pipe
Fais pas ta nerveuse, suce mon missile a tête chercheuse
Suce ma bite pétasse j’ai mis de l’eau d’cologne
Vous allez m’sucer la bite
tu veux m’pomper vieux t’auras qu’ma queue à sucer
Sucez-nous pendant qu’on festoie
J’enfonce ma bite jusque dans tes amygdales
Suce mes boules et lèche ma guirlande
Suce moi tranquille, je suis pas pressé
J’me fais sucer le sexe par ton chéri
Sucez nous pendant qu’on respire !
Tu peux me sucer avec ton appareil dentaire
si t’es un fin gourmet, tu vas sucer des longues queues
Suce ma tour de Pise
Si tu suces pas mieux j’te casse les dents
J’te la mets dans la gorge ou le machin ovale
Suce ma putain d’bite Salope !
Va t’faire sucer par des travelos dans l’bois
Lèche mon sorbet
J’suis élégant quand je viens chez les gens, suce ma trompe d’éléphant
Suce ma putain de Neochrome-bite
Chapitre XIII : Toute bonne chose a une fin, sale putain
A.L.K.P.O.T.E alias
L’Empereur de la Crasserie
Alias, Belmondieu
Alias Pef le dégueu
Alias Jojo l’affreux
Alias Jonathan H
Alias l’Aigle royal de Carthage
Alias la ténébreuse mitrailleuse
Alias le meilleur du 91
Alias la légende de la banlieue sud
Bande de putains
Néochrome pour toujours et à jamais
Faut-il investir 21 euros dans le bouquin de Mehdi Maizi ?
Premier album de Mehdi Maizi, « Rap Français, une exploration en 100 albums » est un disque très particulier. D’abord, il y a ce format étonnant : pas de boitier, pas de CD, uniquement un (très gros) livret. Des prods extrêmement minimalistes -pas de beat, aucun sample ni compo- aux refrains simplement inexistants, difficile de comprendre où a voulu en venir le rappeur. « Le silence n’est pas un oubli », chantait Lunatic en l’an 2000. Maxime appliquée à la lettre par Mehdi, qui fait ici une démonstration de maitrise des rythmes aphones. Posée par France Culture, la question « Le silence peut-il être musical ? » prend ici tout son sens. Ode au muet -la seule sonorité notable ici est celle des pages qui se tournent-, cette exploration en 100 albums n’est clairement pas dans la tendance -ni cherchez pas d’autotune ou de featurings avec Future- mais semble s’inscrire dans la bonne direction : le sens chronologique.

Passée cette introduction insolente et un brin cocasse, intéressons-nous sérieusement à ce premier ouvrage de Mehdi Maizi (le premier d’une longue série ?). Je pourrais faire les choses dans l’ordre, en commençant par présenter le bonhomme, mais j’aime les choses décousues et aussi mal construites que la carrière de Kennedy. Pour faire court, disons que Mehdi Maizi est un genre de sosie d’Ali Badou fan de rap, qu’il fait partie de l’équipe de l’Abcdrduson depuis 8 ou 10 ans (flemme de faire une recherche google pour trouver la date exacte), et qu’il présente plutôt très bien les émissions Deeper Than Rap et Abcdr. Pour le reste, demandez-lui de se créer une page wikipédia, ça facilitera les choses pour les mecs qui écrivent des articles sur lui, et ça fera bien sur son CV.
« Rap Français, une exploration en 100 albums » (que l’on abrégera ensuite par l’acronyme RFUEECA) est un bouquin avec des défauts et des qualités : les qualités de ses défauts, et les défauts de ses qualités. Sa construction, tout d’abord, est très linéaire : 100 albums, classés par ordre chronologique, avec une double-page par album. Chaque chronique, elle aussi, obéit à une construction plutôt linéaire : contextualisation de la sortie, description du disque, rappel des titres importants, et rapport rapide sur les prods. Avec, en fonction de la période, un mot sur la carrière antérieure ou postérieure de l’artiste/du groupe, toujours en conservant une temporalité très neutre. Mehdi traite d’un album de 1991 comme d’un album de 2014 : avec le point de vue de l’auditeur lambda à l’instant T. C’est un parti pris, que l’on jugera comme une qualité ou comme un défaut selon sa sensibilité et ses attentes. RFUEECA n’est pas un bouquin d’analyse. Il livre simplement des faits, se place en simple observateur, comme le guide d’un safari touristique. Le co-redacteur en chef de l’Abcdrduson est là pour nous présenter un panorama global de la faune et de la flore du paysage rap français, pas pour le disséquer.
Cette construction très balisée a l’avantage de faire de RFUEECA un livre qui se parcourt très vite, sans avoir besoin de prévoir une longue plage horaire pour s’y atteler. Une double-page se lit en deux minutes, et il m’est arrivé fréquemment d’ouvrir le bouquin, d’en lire deux pages, et de le refermer. En le faisant 15 à 20 fois dans la journée, à chaque fois que j’avais quelques minutes de procrastination devant moi, j’avais torché les 223 pages en quarante-huit heures. Chaque chronique d’album va à l’essentiel, le lecteur peut ainsi prendre le temps de s’arrêter sur des disques qui ne l’ont pas forcément marqué, ou qui ne lui ont pas forcément plu. A titre d’exemple, j’ai même lu le passage sur Youssoupha.
Le style littéraire de Mehdi Maizi est plutôt classique. Rien de trop pompeux (c’était ma grande crainte, venant d’un mec de l’Abcdr), rien de trop simpliste non plus (c’était aussi une crainte, venant d’un maghrébin). En allant à l’essentiel, Mehdi fait dans la recherche spontanée de l’intelligible roturier. Son livre s’adresse à l’auditeur de rap lambda, qu’il soit complètement bousillé au son, ou qu’il soit un amateur lointain. Simplement, la lecture se fera différemment. Faisant partie de la première catégorie, je n’ai pas fait de réelle découverte dans cet ouvrage. J’avais déjà écouté 97 des 100 albums cités, et je connaissais les 3 restants sans m’y être jamais intéressé. En revanche, j’ai réellement eu l’envie de réécouter pas mal de vieux disques cités dans le bouquin. Sur ce point, l’auteur touche sa cible : sans jouer sur la fibre nostalgique, il parvient à raviver un certain intérêt pour des albums que l’on considérerait presque comme obsolètes aujourd’hui. Deuxième très bon point : le choix de traiter les sorties par ordre chronologique se révèle au final d’une grande pertinence. Un quart de siècle de rap français se déroule le long de ces 223 pages, et, une fois arrivé au bout, on est pris d’une petite sensation de vertige. 25 ans, c’est peu. Mais 25 ans dans le rap français, c’est tout un univers, avec des époques complètes que l’on a vu naitre, vivre et disparaitre sous nos yeux. Les débuts laborieux, l’explosion de Time Bomb, l’émergence de Skyrock, la domination du piano-violon, le retour à une tendance racailleuse, l’arrivée de l’autotune, puis de la trap … Sans jamais traiter directement des grandes tendances qu’a connu le rap depuis Rapattitude, RFUEECA est un fabuleux panorama historique de ce genre musical.
En adoptant maintenant le point de vue d’un amateur plus éloigné du rap, ou même d’un jeune passionné n’ayant pas connu NTM ou le Ministère Amer, RFUEECA est la porte d’entrée parfaite. En quelques lignes, il est aisé de comprendre pourquoi tel album est essentiel, et pourquoi tel artiste a eu telle ou telle carrière. Les deux petits encadrés « à écouter aussi » et « conseillé également », à chaque fin de double-page, sont le juste prolongement pour qui veut creuser un peu plus. Pour le grand public, ce premier ouvrage de Mehdi Maizi peut être le pont idéal pour l’amateur du dimanche qui veut se tourner vers une écoute un peu plus pointue, et qui veut solidifier ses bases sur l’historique du rap en France.
Enfin, l’autre intérêt de cette sélection, c’est justement la sélection en elle-même. En ne choisissant qu’un seul album par artiste/groupe, Mehdi Maizi s’expose forcément aux possibles désaccords de ses lecteurs. J’aurais choisi Temps Mort ou 0.9 plutôt que Ouest Side, j’aurais choisi Top Départ plutôt qu’Identité en Crescendo, Amour Suprême plutôt qu’Entre deux mondes. J’aurais mis un solo d’Alkpote, l’Empereur ou l’Orgasmixtape. Concernant Salif, j’aurais préféré Prolongations à Tous Ensemble, et j’aurais aussi intégré Si si la famille, l’album le plus sous-estimé de l’histoire du rap français. J’aurais aussi fait des choix super chelous, genre sélectionner uniquement le CD 1 du double-album La Fouine VS Laouni, ou écrire une chronique d’un skeud qui n’est pas du rap et qui n’existe même pas officiellement, comme La Remixtape Vol.4.
Ah oui, et aussi j’ai pas aimé la préface en mode wikipédia, retraçons l’histoire du hip-hop. Et j’ai pas trouvé très rap français de voir des remerciements sans fautes d’orthographe à la fin du bouquin.
Il n’y aura pas de conclusion à cet article parce que là c’est l’heure du goûter et après j’emmène mes gosses au parc.
Les 10 rappeurs à suivre sur instagram !
Nan je rigole on fait pas des articles de fils de pute comme ça.