Radmo, la victoire de la douleur | Interview

Le temps d’un week-end ensoleillé en Franche Comté, nous souhaitions voir ce que Besançon proposait de mieux en matière de terroir. Plus communément surnommée Besac par les autochtones, la ville s’est forgée une réputation de taille liée au savoir faire local et artisanal. Nombreuses sont les informations récoltées autour de son horlogerie, de ses édifices et de sa gastronomie. La citadelle de Vauban, le palais Granvelle, le vin jaune, les fromages (Comté, Cancoillotte, Mont d’or). Tout ce patrimoine et ce passé glorieux incite à la découverte de la cité bisontine.

Sur le plan culturel, Besançon n’était pas destiné à devenir une ville incontournable du rap français, personne ne l’aurait prédit. Et pourtant, trois personnages s’évertuent à créer leur musique et à participer pleinement (et sans doute inconsciemment) à l’Histoire de la ville : Sidi Sid, Dela, et enfin Radmo.

Sidi Sid et Dela, c’est à eux deux Butter Bullets. Dela c’est le producteur, l’artisan du groupe, qui concocte ses instrus avec autant de minutie qu’un horloger. Sidi Sid, c’est le rappeur, à la fois passionné et désabusé de tout, désormais exilé depuis quelque temps sur Paris. Son parcours rappelle celui d’un Georges Duroy dans Bel-Ami, ou d’un Frédéric Moreau dans L’éducation Sentimentale. Comme dans les plus grands romans, Sidi Sid a rencontré dans la capitale cette chose la plus cruelle que l’on puisse y trouver : la fin de l’innocence. Sous l’entité Butter Bullets, celle-ci a par la suite abouti sur deux des albums parmi les plus sombres et réussis du rap français, Peplum et Memento Mori.

Pendant ce temps, Dela resté au pays, continue de collaborer avec Radmo.

Radmo, c’est la figure locale indiscutable, issue du quartier de Planoise, malheureusement d’avantage réputé pour ses barres HLM et son taux de chômage que pour sa gastronomie ou son architecture. Radmo, c’est un joli mélange de plein de choses : hospitalité, spontanéité, sincérité, un personnage autant à fleur de peau, que humble et réfléchi. Toutes ces qualités ne surprennent pas, car celles-ci se retrouvent directement dans sa musique.

Son album Doloris Victoria, sorti le 9 Mars dernier et entièrement produit par Dela, est dès la première écoute, une réussite évidente. Il fait d’ailleurs suite à la première salve Bouteille de Gaz, envoyée gratuitement sur la toile en 2013, qui est une sorte de  projet rétrospectif fort réussi. Il nous a donc semblé indispensable, le temps d’un entretien, de revenir sur tout cela à la fois. Et c’est avec une grande courtoisie que Radmo a accepté de répondre à nos questions.

Propos Recueillis le 31/05/2015

llustrations : Singe Mongol

Texte : Le Jeune Did

Comment le rap est arrivé jusqu’à toi qui a grandi à Besançon ?

Quand j’étais petit j’écoutais du funk, de la musique afro-américaine. De base c’était des trucs que je kiffais déjà. Par la suite, dès que les premiers groupes de rap français ont commencé à émerger, direct on a commencé à suivre. C’était l’époque des Little. Dès le départ on a commencé à rapper, à se retrouver et à faire des freestyles entre potes, on est très vite rentrés dans ce délire là, c’est juste venu naturellement jusqu’à nous.

Et à partir du moment où toute cette vague rap arrive, comment se développe ton éducation musicale ? Tu étais autant branché rap français que rap US ?

À l’époque, tout en suivant le rap français, j’étais quand même plus branché rap US. Les découvertes se faisaient principalement via l’émission « Yo! MTV Raps », avec à chaque épisode un nouvel artiste à suivre.

En écoutant tes sons que ce soit sur Bouteille de Gaz ou Doloris Victoria, il y a souvent des sonorités West Coast qui ressortent, tu name-droppes pas mal d’artistes, des anciens de N.W.A. à Kendrick Lamar. Même dans le visuel de tes clips Bras Long ou Cobra, on retrouve une imagerie et des codes West Coast. Les claps très Dr. Dre dans le morceau Californie… Tout cela réuni nous fait dire que c’est sans doute une époque et un style de rap qui t’a plus marqué que d’autres.

C’est vrai que dans le rap américain j’ai toujours plus kiffé le côté West Coast que New York, et pas seulement par rapport à la musique. Je trouvais que les mecs West Coast avaient un style et une image différente, plus exotique, que l’on ne pouvait retrouver nul part ailleurs, surtout en France. Car le style new-yorkais s’est lui directement imposé chez les mecs de Paris de par leurs similitudes : les rues sombres, le côté froid, tout ça… Le côte dépaysant et ensoleillé de L.A m’a plus parlé.

Si je te demande tout ça c’est surtout parce que tes influences musicales sont moins perceptibles que celles de Sidi Sid. Sa musique ultra référencée la rend facilement devinable et familière pour les initiés. Toi, tu glisses souvent des clins d’œil à plein de trucs que tu kiffes, cependant  ton approche artistique et musicale est beaucoup plus spontanée. On sent que tu souhaites d’avantage transmettre une certaine authenticité, un certain vécu, des histoires de tous les jours, des tranches de vie, plus que des références.

C’est vrai que quand je vois le taff de Sidi, on remarque sa grosse culture générale, toutes ses références, on sent qu’il maitrise son sujet. Ma culture générale rap  est moins importante que la sienne. J’ai en revanche une culture cinématographique très importante, et si tu écoutes attentivement, tu t’aperçois que j’essaye toujours d’envoyer des images, de mettre des mots sur des scènes connues de films qui le sont plus ou moins. Je m’inspire aussi beaucoup de l’actualité : ces faits d’actus, je finis souvent par les faire glisser dans mes textes.

Ça nous permet de parler du duo Butter Bullets :  on y retrouve donc Sidi Sid , qui est rappeur et bisontin comme toi, et Dela le producteur du groupe, qui est également ton beatmaker sur l’intégralité de Doloris Victoria. Tu peux nous raconter votre rencontre ?

À l’époque, Dela habitait en résidence étudiante à Besançon et vu que j’habitais juste à côté, je voyais souvent des étudiants avec qui on tapait des matchs de foot et des soirées. Et vu que ces étudiants étaient voisins avec Dela ils me disaient souvent : « Radmo faut qu’on te présente un gars, il fait du son, c’est un truc de ouf etc. » et de son côté pareil ces mecs allaient vers lui et lui disaient « Dela faut vraiment que tu rencontres Radmo ». Donc un jour, à force d’entendre toujours la même chose, je suis allé chez lui. Une fois les présentations faites, on s’est posés et il m’a fait écouter son travail. Et tu vois à ce moment précis, ça faisait déjà des années que je rappe, on me présentait donc souvent des gars qui faisaient du son, et le résultat n’était pas toujours à la hauteur, même si par pudeur tu vas pas dire au beatmaker que son travail est pourri… peut-être que le gars débute, il faut donc lui laisser le temps de trouver la bonne formule. En revanche, le jour où je suis arrivé chez Dela, je suis resté bouche bée car son travail était trop lourd. Bref je retourne un autre jour chez lui pour finalement poser un son, et Sidi Sid était là et me demande si j’étais chaud pour faire un feat avec lui. C’est comme ça qu’on a enregistré notre premier morceau ensemble qui s’appelle « Toujours en place ». C’était notre premier son ensemble, on s’est tapé des bonnes barres de rire, c’était un bon délire, c’est à partir de là qu’ils m’ont trouvé super cool, et à un moment Dela me dit que si je le souhaitais, on pouvait continuer à travailler ensemble. Ça faisait vraiment plaisir. En plus, Dela est un pur producteur, un vrai geek qui craque pleins de logiciels et qui connait trop de trucs, le gars qui fait plaisir. Il a quand même fallu un peu de temps pour trouver musicalement la bonne alchimie et qu’on devienne un véritable binôme, qu’on finisse par se comprendre parfaitement. Je me rappelle qu’au début, quand j’arrivais au studio, je voulais qu’il retouche sans cesse ses prods pendant parfois plus de deux heures ! Je le saoulais souvent à vouloir retoucher ça et puis ça et encore ça…  ! Alors que maintenant, j’ai juste à me ramener au studio, et il sait à l’avance ce qui me conviendra et me correspondra. C’est très soulageant et reposant en tant qu’artiste, car j’ai juste à kicker, je pose le texte et Dela s’occupe du reste.

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Cette bonne alchimie que vous avez tous les trois atteint sans doute son paroxysme avec le délire Ralph Lauren que vous avez en commun. Celui-ci apparaît d’abord sur les « Larmes du soleil » et  a ensuite abouti sur un véritable morceau (« Ralph Flow » de Butter Bullets ndlr.) Ce délire fonctionne, car l’auditeur y adhère vraiment. On peut d’ailleurs en juger la portée et l’impact quand on voit un mec comme Alpha Wann, qui est très fan de vous, pomper clairement ce délire en nommant un de ses skeuds Alph Lauren. Du coup ce délire Polo Sport, c’est venu comment ?

Il vient de nous tous ! Déjà dans notre petite équipe, on était tous habillé en Ralph Lo. Ça vient peut-être quand même plus de Dela que du reste… je me souviens on était toujours là à chiner, à essayer trouver les plus beau trucs Ralph Lauren. On se marrait tout simplement. Mais en plus de ça, avec tous ces délires, il y a une réelle amitié qui s’est développée. Au delà de la musique, ces gars-là font vraiment partie des meilleurs amis que je puisse avoir. Ils m’ont toujours soutenu, dans les bons moments comme dans les plus durs, on s’est toujours compris, c’est ça notre force. Pour le morceau « Les larmes du soleil », un jour Dela m’avait fait un son, mais je voulais pas trop le kicker au départ. Après réflexion, je pose un petit couplet, et je lui dis « essaye de t’arranger avec ça pour en faire un refrain ». J’hésitais car c’était un son un peu fun, ensoleillé, estival… et à cette période j’étais plus sur des morceaux beaucoup plus crus. Je lui ai donc laissé carte blanche pour le refrain, tout en me disant que Sidi serait plus à l’aise pour faire un son de ouf. Sidi Sid est parti 30mn s’isoler dans le salon, il a pondu son texte et il revient, il l’enregistre d’une traite et puis la suite vous la connaissez. On poste le clip sur le net et ça a eu son petit buzz mine de rien.

« Les larmes du soleil 2 » est un titre également très réussi. Avec le temps, quel regard portes-tu sur ces deux volets, et est-ce qu’un troisième est envisageable ?

À la base je n’étais pas très chaud pour un « Larmes du soleil 2 ». J’estimais que le 1 était déjà un classique, et le résultat du 2 a confirmé mes doutes car il a moins buzzé que le premier. « Les larmes du soleil 1 » restera toujours le meilleur car tout était nouveau, le concept, la coupe de cheveux de Sidi à l’ancienne (rires). Tout était frais. Franchement… si tu prends tout le rap français de l’époque : qui est arrivé direct du quartier pour poser avec un petit blanc comme Sidi ? On était les premiers là-dessus. Mais aussi sur la sonorité, on était déjà en mode autotune, et avec nos moyens modestes, on était déjà dans le futur. Avec en plus de ça la réaction des gens ! On a reçu des critiques de psychopathes, des sales commentaires, des trucs de racistes, le public n’était pas prêt ! Et aujourd’hui en réalité, tout le monde rêve d’un duo comme ça. C’est ça qui me plaît avec eux. Ils ont une oreille tellement musicale et une culture générale tellement large qu’ils savent à l’avance ce qu’ils veulent et ont toujours des idées plein la tête.

En écoutant ta voix on sent une certaine aisance dans le ton, elle possède beaucoup d’assurance et tu adoptes en plus une attitude très fière, toujours imperturbable. C’est sûrement dû à l’expérience acquise au fil de ta carrière, mais sur Doloris Victoria, on sent aussi une forme de soulagement et d’apaisement. Comme si au moment des prises tu réalises que l’album parfait, que toi même attendait, arrivait enfin. Mais cette assurance de façon générale, on la ressent déjà depuis tes premiers sons sur Bouteille de Gaz. C’est donc un truc que tu travailles constamment, ou alors c’est quelque chose de plus naturel, lié à ta façon d’être ?

Quand on a sorti Bouteille de Gaz, avec Dela on était déjà très heureux de le sortir car on s’est longtemps demandé si ce projet allait sortir un jour ou non. Tout au long de ce disque qui couvre une grande période, une dizaine d’années de travail, on y retrouve par conséquent une certaine évolution. Il y a des sons vraiment vieux qui auraient pu faire partie d’un autre album, et des sons plus récents qui collent plus avec notre époque actuelle. Ce disque aurait pu être séparé en deux. On a mis du temps à se décider, et on s’est dit autant tout regrouper d’un coup. C’est dans l’esprit de notre époque. Dans le rap aujourd’hui, tu n’as plus le temps d’en perdre entre tes différents projets, tout en devant rester le plus perfectionniste possible. Il faut savoir être dans les temps, être réactif, et avoir des choses à proposer. Dans ce contexte là, autant donner tous les sons d’un coup, ça laissera plus de temps et de contenu à l’auditeur pour enchaîner direct sur une nouvelle sortie. J’aurais pu sortir Bouteille de Gaz plus tôt dès les premiers sons enregistrés, au final ça ne s’est pas fait. Du coup on fait comme tout le monde, on balance tout gratuit et on s’adapte à notre époque. On n’abandonne pas, et on repart de zéro, c’est comme un nouveau cycle, avec pour objectif le futur projet qui a abouti sur cet album, Doloris Victoria. C’est un challenge permanent et c’est stimulant, c’est aussi ça le rap, réussir à être dans les temps, s’adapter aux délires et aux sons du moments, au flow du moment, à l’attitude du moment qui va avec et que tu as bien senti sur l’album. J’étais fier c’est vrai, fier de pouvoir me dire que dans les temps, j’y étais ! J’ai pu sortir l’album comme il fallait et comme je le souhaitais. Maintenant, c’est fait, on peut  passer à l’étape suivante.

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Au delà d’un côté cru clairement assumé, ta plume reste cependant variée. Colérique ou comique, elle peut également être très élégante, douce, romantique et aussi poétique. Je pense à des titres comme « J’ai vu mes rêves partir », « Sur le toit du monde » et même sur le refrain des « Larmes du soleil 2 », tu arrives souvent à trouver de belles figures de style pour décrire des choses simples, ce qui les embellit, sans jamais tomber dans le mielleux. Est-ce qu’en tant que lyriciste, c’est un exercice qui te plaît ?

Je dois t’avouer que les refrains de ces morceaux quand je les ai écris, il y avait une souffrance. C’est souvent dans ces souffrances que tu accouches de tes plus belles lignes. Tu souffres, tu te sens pas bien… mais en même temps tu écris et tu arrives à ressortir cette souffrance sur papier, c’est le cœur qui parle et qui s’exprime naturellement. Si tu arrives à la fois à maitriser tes émotions et ta plume, tu ne peux qu’écrire des choses vraiment belles et intéressantes.

Et quels sont les thèmes que tu préfères aborder ?

C’est difficile à répondre parce qu’aujourd’hui dans le rap tu t’aperçois que beaucoup partent dans le même sens, et dans la grande majorité, les thèmes le plus souvent abordés à grande échelle n’apportent pas souvent une bonne image au rap, et pire, le dégradent.  Ça va décrédibiliser en contrepartie certains artistes, des vrais mecs de rue, plutôt sincères dans leur démarche. Le plus dur pour moi c’est justement de trouver des thèmes qui vont me plaire, ça fait un bon moment que je rappe c’est donc difficile de trouver des thèmes différents et nouveaux, sans tomber dans la répétition. Répéter à longueur d’années la même misère sociale par exemple, au bout d’un moment c’est bon. Peut-être qu’il y a de la discrimination ici ou là, mais on est quand même pas les plus à plaindre. Il faut relativiser, être réaliste et avoir les pieds sur terre, à un moment donné il faut savoir aussi changer de discours.

C’est agréable à entendre car quand tu développes ton côté racailleux, de quartier, j’ai remarqué que ton discours n’a jamais été victimaire, ni politisé. Ce qui est assez malin et permet de brouiller les pistes. On ressent ta colère, notamment sur tes morceaux les plus anciens, mais cette colère n’est jamais ciblée, et bien qu’existante, on dirait que tu souhaites toujours la canaliser voire même la surmonter, ou la dominer. C’est vraiment quelque chose de plaisant à l’écoute et ça m’amène à te demander : l’instrumentalisation du rap, est-ce que c’est un truc qui te saoule ?

Ouais personnellement ça me saoule. Grave même. Car si tu creuses dans mon passé, ou de ceux qui vivent dans les quartiers, qu’ils rappent ou pas, et bien ces gens ont été plus souvent directement victimes de gens de leur propre quartier que de ce système. Même si ce système n’est pas blanc comme neige, on a tendance à plus le pointer du doigt presque à l’aveugle, plutôt que de montrer les personnes qui font vraiment du mal dans leur propre quartier.

Le titre choisi Doloris Victoria est assez symbolique. Une victoire en soi de sortir cet album, avec un résultat digne de l’attente, mais qui s’est fait non sans douleur. Tu as d’ailleurs une phase dans le titre « Du gras » où tu dis que ton « album transpire la douleur ». Cette douleur, quelle est-elle ?

C’est un peu un tout. Ma douleur personnelle, la douleur du travail et des efforts fournis pour sortir comme tu l’as dit un album propre. Et c’est en même temps un titre qui signifie la victoire de la douleur. Je suis venu pour faire mal, et la victoire elle est là, elle se trouve tout au long de l’album qui garde le même ton tout du long, la même couleur, avec toujours cette idée symbolique de faire mal.

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Tu t’es fait plaisir sur les samples ! C’est assez fréquent dans ta musique d’y trouver des samples surconnus, des trucs bien ancrés dans la culture populaire voire même de masse. Dans l’album, Sting est samplé sur le titre « Salvador Dali », Michel Berger dans « Le nom de ma clique ». Et dans d’autres sons plus vieux, comme dans « Parle à mon boule » tu décides de sampler ATC, et encore pleins d’autres trucs d’eurodance comme dans « Cocktail rail de coco » ou « On s’arrête pas » .

Ça c’est mon côté nostalgique, j’ai souvent des petits airs de musique dans la tête qui me reviennent et je me dis pourquoi pas faire un son avec. J’aime varier les styles, Sidi peut avoir un côté satanique et ténébreux, moi un côté plus de rue. Mais j’aime toujours apporter un truc différent sans m’enfermer dans un style, pour qu’au final le morceau proposé puisse s’écouter tranquillement, que ça glisse tout seul.

Tu n’as pas peur de mettre en avant et d’assumer pleinement cette culture populaire là où beaucoup d’autres rappeurs chercheront à s’en extirper. Tu es totalement décomplexé par rapport à ça, il y a un côté très innocent dans ta façon de faire ce genre de morceaux et je trouve que ça donne à ta musique une touche super conviviale et fédératrice.

Le problème des artistes, en généralisant un peu, c’est qu’ils suivent trop la tendance, et au final tout le monde se recopie. Dernièrement tout le monde voulait faire comme à Chicago, chanter comme Lil Durk, rapper comme Lil Reese, remuer la tête comme Chief Keef… tu vois, même si j’aime tout ça, je dois toujours me démarquer, trouver ma propre formule, ma propre recette.

Récemment, il y a le projet commun d’Alkpote et Sidisid : Ténébreuse Musique qui  a été annoncé. Un projet commun Sidi Sid et Radmo, sous la forme d’un EP ou d’un format plus long pourrait-il voir le jour ? Est-ce que vous en avez déjà parlé entre vous ?

Non on n’en parle pas, car on aurait déjà pu le faire à l’époque. Après si on rappe tout le temps ensemble on deviendrait un groupe…. Sidi Sid sait ce que je peux lui apporter dans un morceau ou sur un refrain… Mais quand t’as déjà travaillé avec un artiste et que vous avez déjà sorti des trucs classes et bien réalisés comme « Les larmes du soleil », forcément tu as envie de collaborer à nouveau, mais seulement pour refaire un morceau encore mieux que le précédent.  Par exemple après « Les larmes du soleil 2 » on a sorti « Ralph Flow » pour l’album Péplum de Butter Bullets. Et ce son je l’ai trouvé encore mieux que tous les autres, il est terrible, je l’écouterai même quand je serai vieux ! Donc au final je préfère arriver avec Sidi une fois tous les deux ou trois ans avec un son de ouf qui marquera tout le monde. C’est notre marque de fabrique ! Radmo et Sidi : on arrive une fois tous les deux ans avec un son, et il fait mal à tout le monde, point à la ligne.

Ton bilan personnel post-Doloris Victoria ? Est-ce que le résultat final et les retours te donnent envie de sortir un nouveau projet ?

Bien sûr, et toujours de la même manière : celle de bien travailler, sans se prendre la tête, sans se précipiter non plus. On a déjà enregistré un nouveau titre, on a plein d’idées. Pourquoi pas sortir un maxi pour la rentrée, garder une actu. Il faut juste bosser et parvenir à proposer toujours quelque chose de meilleur.

De manière plus globale, si tu devais faire le bilan de toute ta carrière, quel conseil donnerais-tu ?

C’est simple, si tu fais du rap parce que tu aimes ça et que tu n’as pas envie de te prendre la tête, fais-en. Si c’est pour vouloir faire carrière ou faire de l’argent, tu fais comme Booba a dit, si tu vois que l’argent ne rentre pas arrête tout de suite et rentre chez toi. Quand j’étais petit on avait vraiment pas cette idée là, on faisait simplement du rap parce qu’on y prenait du plaisir. Aujourd’hui tu ressens beaucoup plus qu’avant le côté compétition, et le problème avec ça c’est que plein de jeunes rappeurs veulent absolument devenir la prochaine star et oublient totalement de nous faire ressentir leur passion pour la musique.

L’album de PNL, c’est le feu

30 Novembre 2014

– « Tu connais PNL ? Non ? Tu devrais t’y intéresser, c’est très bon
– Ouai, là j’écoute l’EP de DJ Weedim, mais je vais y jeter une oreille ».

16 Janvier 2015

-« Alors, t’as écouté PNL ?
– Nan là je suis à fond dans l’album de Joe Lucazz, mais juste après j’écoute ton PSF là
– Nan, PNL
– Ouai, si tu le dis »

25 Février 2015

-« T’as toujours pas écouté PNL ? Y’a de nouveaux extraits de l’album en ligne et …
– Attends frère, je viens de recevoir le nouvel album d’Ali »

19 Mars 2015

– « L’album de PNL est sorti !
– Ah ouai … Mais l’EP de Riski il défonce, nan ? »

2 Avril 2015

-« Tu devrais vraiment écouter Que la famille, il défonce.
– Ouai, j’finis mon article sur Alkpote et je l’écoute »

8 avril 2015, 15h57

– « Bon, je lâche l’affaire, tu veux pas les écouter, c’est dommage pour toi.
– Ok, vas-y, je viens de le télécharger, je presse play. »

8 avril 2015, 15h58

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8 avril 2015, 16h02

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8 avril 2015, 16h10

house-fire

8 avril 2015, 16h31

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L’album « Que pour la famille » de PNL est dispo sur itunes et la plupart des plate-formes de téléchargement légal ou illégal. Faites pas comme moi, allez l’écouter tout de suite. Vraiment, c’est le feu.

Et puis, la cover défonce :

Cover

Des clips :

 

D’autres clips ici.

Butter Bullets – Memento Mori (chronique)

2015 démarre sur les chapeaux de roues. Le chapeau à 1 million de Joe Lucazz, le bonnet sur la tête d’Adebisi, le lapin mort sous le chapeau d’un magicien défoncé à la coke. Après No Name, premier chef d’œuvre de l’année -auquel Sidisid et Dela ont participé avec les prods de Gatsby et Pharell-, nos deux nécromanciens dévoilent la fabuleuse folie planquée depuis deux ans sous leur couvre-chef.

Qu’est ce que la nécromancie ?  Une pratique occulte qui consiste à parler aux morts afin de prédire l’avenir. Sidisid parle bien à un public mort -ou, au mieux, comateux-. Pas de temps à perdre au milieu des vivants, « c’est du rap pour les pompes funèbres« .Mais à la différence du nécromancien classique, c’est lui qui annonce l’avenir et répond aux questions qu’il pose. « Quelle heure est-il ? L’heure de faire de l’argent« .butter bullets

Absent de la tracklist, mais planant sur Toute la nuit, Doc Gynéco est le premier mort appelé à participer à la fête. Pas le Gynéco quarantenaire, bedonnant et si peu neuronné, que l’épreuve du temps nous a laissé sur le bas-côté d’une route à peine goudronnée et même plus éclairée. Non, ici Butter Bullets rappelle le spectre du Gynéco insolent d’une Première Consultation aussi marquante que la première fois d’une jeune fille de quinze ans -qui ne dira rien à ses copines pour que tu ne dises rien à ses parents. Ce Gynéco mort, déjà rappelé de son Nirvana sur Peplum, retrouve ici le rôle de Celui qui vient chez toi (quand tu n’es pas là), et dans cette cuisine Mobalpa, qui, quinze ans plus tard, sent toujours les spaghetti. La tequila de Bruno est devenue un bon douze ans d’âge, et si Gynéco la jouait discrète « tu ne me connais pas, ta femme me connait« , notre White Pimp C joue de sa petite notoriété : « Tu lui diras, c’est Sidisid, tu sais, Titanic« . Un grand gamin, qui, une fois de plus, s’amuse avec la mort : « j’aime la roulette russe« . Nouvel hymne au suicide (et nouvelle filiation avec le Nirvana de Bruno), 123457 est une déclaration d’amour au repos éternel, une glorification enchanteresse de l’auto-homicide volontaire. Plus que ta femme, la Grande Faucheuse est la meilleure amante de Sidisid et Dela. Plan à 3, étalé sur 18 pistes, et tourné comme un bon gros porno hardcore, avec gros plans et ralentis en screwed and chopped disséminés tout au long de ces 70 minutes de pellicule.

70 minutes, c’est facilement 20 de plus que la plupart des albums qui sortiront cette année. Un exploit qui n’a d’intérêt que si quantité rime avec qualité. Memento Mori est un disque dense, avec pour seuls temps morts MOR -interlude instrumentale torturée qui fait le lien entre le concupiscent Toute la Nuit et le retentissant Olivier Machin– et 14 avril -date de collision entre le Titanic et son slim Icerberg-, outro hypnotisante pianotée par un virtuose du XXIème siècle.

 

Rare pic of Sidisid
Rare pic of Sidisid

« Musique rap, rap, musique de merde« . Sidisid méprise le rap français (« l’rap c’est rempli de tapettes et de pédés« ), une musique qui « fonce droit dans le mur, comme Diana« . Alors, Docteur Sid s’emploie à sauver ce qui peut encore l’être. Sadique, il l' »opère comme dans Hostel« . Comme pour imposer leur vision torturée de la musique, Young Sid et Jérémie Dela découpent, tailladent, transforment et dénaturent les sonorités qui osent s’approcher trop près de leur centre gravitationnel. « Oh rap français, si tu savais tout le mal que je vais te faire » … Le Marquis de Sade fait groupe de rap, quelque part entre Leopold von Sacher et Joffrey Baratheon. Lyricisme cruel et vicieux, mais pas seulement. Du grain de voix nasillard et nazillon de Sidisid, aux ambiances funestes distillées par Dela, en passant par l’interprétation perverse des morceaux, tout, dans la musique de Butter Bullets, est démoniaque. Écoutez ce « Coucou c’est nous, comme Christophe Dechavanne » (Pimp C). Il aurait pu sonner gay, ridicule ou cocasse, avec tout autre rappeur. Ici, il sonne diabolique. Butter Bullets est le serpent, la pomme, et le pêché originel. Quand Sidisid et Dela sont en studio, Belzebuth est le troisième larron.

« Même devant les portes de l’enfer, j’roule un petit bédo« . Qui mieux qu’Alkpote -« le nouveau Doc Gynéco« – pour escorter des âmes perdues vers le précipice ? S’il n’a pas l’impact incroyable de Chiens, Prêt pour la guerre est une nouvelle preuve de l’excellence du binôme Alk-Sid. Les deux dévoreurs d’âmes se nourrissent l’un de l’autre -en toute hétérosexualité, attention- et nous font regretter un peu plus l’existence avortée du projet Ténébreuse Musique. Beaucoup, beaucoup moins prévisible, l’association Lalcko-BB est l’exemple parfait de ce que doit être une collaboration entre un pur lyriciste et un trappeur axé sur la technique. Sans que ni l’un, ni l’autre, ne dénaturent leur travail, le rapprochement se fait, et ce passage de témoin, où chacun répond dans son style, vaut son pesant d’or : « Ils disent que Colal dans un stud’, c’est comme Sarkozy à l’Assemblée / Resserrez vos cravates, on va carotter, on va faire du blé / J’suis un hustler, je sais que même dans les pâtes y’a du blé » (Lalcko) ; « Ils disent que Sidi dans un stud’, c’est comme Dominique au Sofitel / Desserrez vos ceintures, on va faire du sale, on va vous faire mal / J’suis un hustler, tu sais que même dans ta chatte y’a mon nez » (Sidisid)

Troisième featuring, et troisième ambiance : Zekwe. Sur Mademoiselle, l’ambiance est salement romantique, ou romantiquement sale. Éloge de la muse en Louboutin, Mlle aurait aisément pu figurer sur Seleçao 2, bien calé entre Premier Metro et La fille d’à côté. Prod douce et envoutante, punchlines ramossiennes (« Crache le maximum de fois avant que ta femme revienne« , « transforme vite ton RSA en RS4 si tu veux que cette garce écarte les pattes« ) … La grande qualité de Butter Bullets, c’est de savoir s’adapter aisément au style et à l’univers de chaque invité. Un mimétisme impressionnant, qui atteint, forcément, son apogée, quand Gangsta Boo entre en scène. Car après Project Pat sur Peplum, nos deux compères continuent de se faire plaisir, en collaborant avec un autre membre notoire de la Three 6 Mafia. Si l’ambiance des rues et cimetières de Memphis tend à planer sur la globalité de l’album -voire même sur toute la discographie récente du groupe-, on sent Young Sid et Dela véritablement investis à faire les choses en grand dans 12345666, affublés de leurs meilleurs masques de clowns-tueurs.

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« Place aux jeunes, c’est pas mardi-gras« . Olivier Cachin, pauvre victime de l’un des meilleurs titres de Memento Mori, n’appréciera certainement pas ce refrain tout en adlibs, ni cette prod un brin minimaliste. Pourtant, si l’on fait fi du thème et des paroles, Olivier Machin est une démonstration. Dans l’interprétation comme dans l’ambiance, tout est incroyablement maitrisé. C’est une tendance générale sur cet album : le savoir-faire du duo a gommé un à un chaque défaut de l’opus précédent : les prods paraissent moins saturées, les rimes faciles ont été mises de côté, et la direction artistique est parfaitement définie, sans faux pas, de la première à la dernière piste. Butter Bullets, après un parcours hors-normes, arrive enfin à maturité.

Car comme Cell, BB est passé par plusieurs stades. De Tekilatex et bonbons colorés à Alkpote et pilon bien gras, la mue est achevée. Un à un, Sidisid a absorbé l’âme et les pouvoirs de chacun de ses invités. Avec sa queue. Comme Cell. Mais toujours en toute hétérosexualité, et j’insiste, parce que c’est important. Quelques années en arrière, Sidisid aurait pu passer pour un vulgaire Marc-Olivier Fogiel du rap, avec cet air hautain et moqueur. Ou pour un Lorant Deutsh en Ralph Lauren, avec ses références à Louis XVI et Marie-Antoinette. On n’aurait pas pu éviter des comparaisons foireuses avec Orelsan, un blanc qui parle de sa bite, Seth Gueko, un blanc qui parle de sa bite, ou Jul, un blanc qui chantonne sous autotune. Aujourd’hui, Sidisid se présente comme le Pimp C blanc. Pimp-Sidisid. On n’oserait même pas le contredire. Paris n’est pas Memphis, mais les vices et les cimetières sont les mêmes.

Butter Bullets n’est qu’amour pour l’argent, les trucs rasés à blanc, les moteurs allemands. Les tickets de métro, les petites shneks et les gros chèques. Louis XVI et Stanley Kubrick, Ghostface et les taspé lubriques.
Butter Bullets, c’est l’odeur de la mort et l’amour du trépas. Rien de sinistre … A la limite, peut-on y voir du cynisme. Butter Bullets, c’est le nouveau romantisme. Souviens-toi que tu vas mourir. Memento Mori.

 « Si tu me cherches, j’suis au dessus du soleil, toujours en Ralph Lauren »

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Joe Lucazz – No Name (chronique) | Joe est-il humain ?

La première fois que j’ai entendu Joe Lucazz, j’avais un duvet brun en guise de moustache, et pas de poils à la bite. Et surtout, la première fois que j’ai entendu Joe Lucazz, je me suis dit « putain, il sait pas rapper ! » mais en même temps je me suis aussi dit « putain, il rappe mieux que n’importe qui ! ». Un concept étonnant que Kery James a matérialisé quelques années plus tard avec le « j’rappe tellement bien qu’on me dit que je rappe mal » que personne n’a compris. Moi, j’ai compris : il parlait de Joe.

La première fois que j’ai entendu Joe Lucazz, je me suis dit « mais il est complètement off-beat, qu’est ce que c’est que ce bordel ? ». Puis j’ai réécouté le morceau, parce que quand même, je me disais « c’est le meilleur rappeur off-beat que j’ai jamais entendu ». Au bout de 3-4 écoutes, j’ai fini par comprendre que c’était le beat qui était off-Joe, et pas le contraire.

Suite à cette drôle de révélation, j’ai passé la moitié de ma vie à attendre un album de Joe Lucazz. Il y a eu des projets un peu disparates, en solo ou en groupe, avec ETA, Buffalo Soldiers, de Rencontre avec Joe à So Parano, et je crois que la moitié de la discographie de Joe Lucazz est composée de bootlegs compilés par Le Blavog. D’un point de vue purement honorifique, c’est mieux que d’être compilé par Booska-P, sauf si tu veux que des gens t’écoutent. Il y a eu aussi un nombre incalculable de featurings éparpillés, d’apparitions dans des compilations plus ou moins exposées, et puis de longues périodes d’absence où Joe était soit en prison, soit dans autre chose que le rap.

joe lucazz 1Vouloir décrire le style de Lucazzi, c’est comme vouloir définir avec certitude la position et la vitesse d’une particule quantique. Au-delà du fait de vouloir me la raconter, c’est une métaphore un peu pompeuse pour dire que c’est impossible, mais qu’on peut essayer, si on n’a pas peur de l’incertitude. Joe aime se définir comme un lyriciste. Quand on s’arrête sur ses textes, bien entendu, on ne peut pas lui donner tort, mais on se dit que c’est quand même un peu réducteur, et qu’il est bien plus que ça.

L’aspect vraiment frappant dans le Joe’s rap, c’est cette manière de punchliner. La plupart des rappeurs font de la punchline sur une mesure tout au plus, parce qu’ils se disent certainement qu’une phrase courte a plus d’impact. Ça suit un peu le principe selon lequel une droite bien balancée ne laisse pas le temps au mec en face d’esquiver. Joe, lui, fait ça sur plusieurs mesures d’affilée, et je crois qu’hormis Despo, et peut-être Lalcko d’une manière différente, personne ne peut prétendre faire durer aussi longtemps la punchline avant la retombée, sans prendre le risque de perdre l’auditeur en chemin.

Un exemple m’a particulièrement marqué l’année dernière, sur Marche Arrière, un morceau tiré de la compilation du Gouffre :

Si j’devais m’réincarner en objet ?
Sans hésiter j’dirais un glock 17, discret
Dans la poche d’un moins de 17

Déjà, là, c’est très fort. Non seulement d’un point de vue technique c’est une sacrée mise à l’amende, mais au niveau du sens, ça t’en met une sacrément violente dans le nez.
Sauf que c’est pas fini. Alors qu’il vient de t’en coller une de face, Joe, ne te laisse pas le temps de te relever, et t’en balance une derrière la nuque.

Attends j’ai mieux
Une grenade dans la bouche d’un juge ou d’un commissaire

Je pourrais remplir encore une trentaine de paragraphes à parler de Joe Bonhomme de Neige Lucazzi, mais 1. j’ai pas que ça à foutre, 2. ça ne servirait pas à grand chose. J’ai plein d’anecdotes, genre Joe & Cross se sont rencontrés sur les bancs de la Fac, ou l’avocat de Joe s’appelle Maitre Le Bras, mais Joe c’est pas Booba, on s’en bat les couilles de savoir s’il se déguise en Batman pour Halloween. Ce qui compte avec Joe, c’est ce qu’il envoie quand il entre en cabine.

Je ne vais donc pas m’amuser à détailler tout ce qui fait de No Name le meilleur album de 2015, quelles que soient les sorties à venir pendant les onze prochains mois. On pourrait parler des prods un peu intemporelles, des feats aussi peu nombreux que parfaits (Cross deux fois, parce que des collabs Cross-Joe dans un album de Joe Lucazz, c’est tout ce qu’on attendait, et Express Bavon, absolument PAR-FAIT sur Corner), recenser tous les thèmes abordés, ajouter un mot sur l’ambiance super posée et à la fois super brute … Ça ferait beaucoup de remplissage, et je pourrais être satisfait d’avoir écrit une chronique de plus de 3000 caractères, mais ici je suis pas payé donc cette phrase fera office de conclusion.

Riski et moi

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A la base, j’avais pas prévu d’écouter Riski. Tout ça parce que, comme une bonne frange du rap-game, Metek s’était aventuré dans un tweetclash avec moi (mon amour pour les nazis est incompréhensible pour certains, soit). Je me suis dit « quel connard ce boug, jamais j’écouterai son album ». Le souci, c’est que ce connard rappe très bien. Alors forcément, quand la moitié de mes contacts est en sang sur sa dernière production, je finis par me dire que finalement, je vais peut-être y jeter une oreille. Surtout que les dernières sorties rap français ne m’enthousiasment pas le moins du monde. Après tout, si je n’écoutais que les rappeurs qui m’aiment bien, je n’écouterais plus grand monde.

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J’ai donc lancé l’écoute de ce Riski. Et merde, le produit est bon. Alors une fois l’écoute terminée, je l’ai re-lancée. Puis encore une fois, et encore une autre. Quinze, ou vingt écoutes plus tard, je ne sais toujours pas quoi en penser. Une position que Pure Baking Soda a parfaitement résumé : « dur d’oser donner un avis sur ce disque, il est tellement personnel« . La seule chose dont on puisse être certain, c’est que Riski est un très bon disque. La première remarque je me fais, c’est qu’après un nombre conséquent d’écoutes complètes, je ne suis pas lassé. Contrairement à une majorité d’albums récents, très bons, certes, mais qui saturent trop rapidement, Riskavi s’apprécie sur la durée, au fur et à mesure qu’il se découvre. En exagérant l’idée, on pourrait considérer Riski comme l’antithèse d’Or Noir. Or Noir tabasse dès la première écoute, met des grosses baffes à chaque mesure, mais tourne rapidement en rond une fois que la surprise est passée. Au final, on l’écoute de moins en moins au fil des mois. Un album consommé jusqu’à l’os, puis jeté parce que devenu incapable de nous surprendre.

Riski est donc tout le contraire : il faudrait un bon millier d’écoutes pour tout comprendre. Et encore, on pourrait y revenir dans dix ans, et capter encore un quelconque sens caché, une référence dissimulée sous l’herbe, une phase mal comprise pendant les 999 premières écoutes. Pour autant, ce n’est pas non plus un disque complètement inaccessible. Metek a eu la bonne idée de combiner ses textes ultra-personnels avec des mélodies extrêmement porteuses. Ça parait simple : le fond est travaillé, la forme aussi. Mais pourquoi tous les rappeurs ne font pas ça ?

Deuxième remarque : Riski est ce genre de disque intemporel, qu’on résumerait presque par un caricatural « ni old-school, ni futuriste ». Pas de boom-bap à la con, pas non plus de gros beats trap, d’adlibs dans tous les sens, ou de sur-abus de voix autotunées. Juste des refrains chantonnés, des couplets denses, un flow technique et quelques belles accélérations bien dosées. Merde, je vous jure que cet article n’est pas sponsorisé. Riski m’a complètement convaincu.

Tiens, à l’instant, mon collègue entre dans le bureau, entend le refrain de Payer tes dettes, et me lâche un « ça fait quinze secondes que je l’entends, et je l’ai déjà dans la tête. C’est qui ? Metek ? Connais pas ». Metek est peut-être un petit con sur les réseaux sociaux, mais le public français gagnerait à écouter sa musique.

Rien à ajouter.

A lire : une très très bonne chronique de Riski par Paperboys

Bootleg : Fofo44 – Un 44 tah les Hauts-de-Seine

Fofo44, c’est pas le blaze le plus vendeur du monde, mais dites-vous qu’au début de sa carrière, Fofo s’appellait Junks, donc quelque part, on a échappé au pire.

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Fofo c’est un mec qu’on connait surtout pour ses featurings avec Salif, et c’est d’ailleurs l’un des seuls à ne jamais se faire déclasser par le meilleur rappeur français de tous les temps.

Fofo, c’est aussi un mec qui n’a pas de réelle discographie, puisqu’il n’a jamais réellement été un rappeur. Une apparition par-ci, un feat par-là, et c’est tout. J’ai donc compilé les morceaux disponibles, je vous cache pas qu’il en manque certains (globalement, tout ce qui est antérieur à 2006) parce qu’ils sont tout simplement inexistants sur le net.

Aux dernières nouvelles, Fofo 44 a arrêté le rap.

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Fofo 44 – Un 44 tah les Hauts-de-Seine (bootleg Captcha Mag) by Captchamagazine on Mixcloud

Tracklist :

1. Training Days (solo)
2. Ténébreux Récital (feat. Salif, MC Djems)
3. Pop ce négro (feat Juicy P, Salif, Jack Many)
4. A.B.D.E.R (feat Tenor)
5. Vision Banlieusarde (feat Mc Djems,  Bad-R)
6. Salaire de la peur (feat Sly)
7. Big City du Crime (feat Salif, Exs)
8. 95-92 (feat Aketo)
9. Ne Fais Pas Le Con (feat Tony, Dostan, N’Dal)
10. Bleu Blanc Rouge (feat Salif)
11. Sans Plomb 92 (feat MC Djems)
12. Question de temps (feat Salif)
13. SDB (feat Salif, Exs, et la VF de Tony Montana)

EDIT : lien pour télécharger le mix : FOFO BOOTLEG EMPETROI.mp3