Le bilan du 1er semestre 2018 du rap français

Utopie – Check-Out

La page bandcamp d’Utopie est une mine d’EP brillants. Cette année, une nouvelle gemme, plus grosse que les autres, a pris place au cœur de la joaillerie virtuelle. L’album, intitulé Check-Out, est musicalement parfait et permet à Utopie d’explorer différents genres. Si globalement, le rap d’Utopie peut être qualifié de classique, à l’image du titre Lazarus et de son sample issu de Life’s Bitch de Nas, l’album fait la part belle à d’autres ambiances plus modernes et éthérées comme Bolivar. En bref, Utopie continue son évolution opérée depuis le EP Revivre sans Remords tout en gardant son identité. Sa discographie gagnerait en tout cas à être plus connue.

https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=2579581002/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=0687f5/artwork=small/transparent=true/Hachill YS

Alkpote va vous rappeler quelle heure il est

Alors je sais pas si vous avez remarqué mais Alkpote a une rolex au poignet, un signe extérieur de richesse qui démontre qu’il gagne donc très bien sa vie aujourd’hui avec le rap, alors qu’il était encore obligé de taffer à l’usine il y a trois ans, et ça, bah ça fait vachement plaisir.

Genono

MAES – Réelle vie 2.0

MAES, quatre lettres qui ont émergées au début de l’année 2018 sans crier gare. Une petite « hype », comme on dit, dans le milieu journalistique rap. Rap de rue, survêt’ et lunettes de luxe, une gueule carrée et désabusée, à rappeler celle de NOS.

Entre flow énervé, verbe autotuné, phases chuchotées, le garçon arrive à créer quelque chose de singulier. L’écriture est extrêmement calculée, épurée, rationalisée : suppression des déterminants, juxtaposition d’images… La pratique répétitive, carrée, millimitrée de la bicrave s’est métamorphosée en esthétique littéraire : de la nonchalance, du verbe aiguisée. On va droit au but. Une fois le style posé, le propos s’autorise quelques libertés : mélancolie, amertume. Mais loin de tout romantisme. Bref, c’est bien.

Vladeck Trocherie

La Hyène, roi de la savane

Le charognard a surpris son monde en ce début 2018 avec son disque Thugz. Si à part l’aspect street, on ne comprend pas bien pourquoi le projet porte ce nom, on ne doute cependant pas du bien-fondé du pseudonyme porté par le rappeur. En effet, La Hyène a les crocs et profite de ces 15 pistes pour laisser libre court à sa rage intérieure. Les textes tranchant, proférés avec vélocité, laisse l’auditeur à vif au milieu du carnage musical. Brut dans le fond et la forme, Thugz est un disque frénétique avec peu de temps morts, rendant les écoutes tout aussi éprouvantes que plaisantes, entre plaisir et souffrance. Si l’écriture peut sembler simpliste, elle se révèle en réalité très imagée et La Hyène fait part d’un sens de la comparaison assez génial. A coup sûr, dans le melting-pot musical que contient Thugz, chaque auditeur y trouvera son bonheur.

Hachill YS

C.Sen, l’héritage du XVIIIe

Pour son troisième album, le C.Sen reprend les codes typiques de son arrondissement. Après un disque aux tonalités électro de Toxic Avenger sur Le Tunnel, le parisien renoue avec ses origines pour notre bien. Globalement, Vertiges est un excellent album qui prend sens et relief au fil des écoutes. La plume de C.Sen est toujours aussi précise, simple et trempée dans le métal de l’authenticité chère à son quartier. Certifié rap de daron. Seule déception, Vertiges manque de pistes aux accents de hit sur lesquelles on aime retourner à l’écoute, tremblant au moment d’appuyer sur play, comme cela pouvait être le cas pour Correspondances.

Caballero & JeanJass – Double Hélice 3

A trop mettre d’eau dans son vin on finit par boire de la piquette, et ça c’est dégueulasse …

Crem

Budy x Salem – Morceaux II

Alors en gros c’est un EP mis en images, et le tout constitue un court-métrage hyper-chelou façon les $uicide Boy$ revisitent Blair Witch, globalement les mecs parlent surtout de torturer des âmes innocentes et de réduire des corps en charpie, mais y’a aussi des moments de détente.

Genono

13 Block – Triple S

La nouvelle salve de 13 Block aura fait couler beaucoup de sang d’encre. Court, à la fois puissant et plein de finesse, Triple S ressemble à cet uppercut discret qui achève l’adversaire au dernier round. Les 4 lascars, accompagnés d’Ikaz Boi, dessinent une imagerie brutale sans artifices, ancrée dans la rudesse du quotidien. Cette impression d’authenticité est d’ailleurs finement contrebalancée par des tubes explosifs aux allures hollywoodiennes. Triple S ou quand la rue côtoie le fantasme. 13 Block signe donc une dope sonore bourrée de testostérones. Avec un tel album dans les oreilles, même un cul-de-jatte court le marathon sans problème.

Hachill YS

TRIPLEGO – #EnAttendantMachakil

Retour de Triplego dans le bilan Captchamag. Petit projet de six titres, dont la moitié est clipée et disponible sur Youtube. Les deux premiers extraits, « Connect » et « Internet », de par le flow un peu trop saccadé, ont pu perdre les auditeurs habitués à des ambiances plus fluides et éthérées, ambiances qui ont fait la renommée du groupe. « Ma Potogo »  remet un peu de rythme après l’enchaînement des morceaux précédemment cités, mais c’est vraiment « Medellín » qui vient conclure cet EP sur une note musicale sombre et entraînante. De quoi mettre l’eau à la bouche. Nous sommes prêts pour Machakil.

Vladeck Trocherie

Le savoureux mélange d’Express Bavon

Tahiti Bob et Express Bavon remettent ça après Préliminaires, EP grandement qualitatif d’il y a deux ans. Dans cet album, la recette est la même : hymne à la liberté et au plaisir des sens. Express Bav’ nous fait voyager de Paris à la Martinique, multipliant les ambiances, jonglant parfaitement avec ces deux identités, si bien que l’on passe de la froideur dégagée par l’intro « Snow » à la chaleur des îles avec le morceau clôturant le disque « Ressourcer » sans attraper la turista. Le mélange est donc particulièrement bien équilibré. Par ailleurs, il devient nécessaire qu’Express et Joe Lucazz s’associe sur un long format tant le duo fonctionne à merveille autant sur ce Mélange que sur le No Name 2.0 de Joe via le titre « Méchanceté gratuite ».

Hachill YS

Marty – Violence Partout

Violence Partout, premier EP solo du rappeur principal du groupe lyonnais LUTECE, surprend par l’amplitude doucereuse qui le caractérise. Marty rappe le retour à l’enfance, les sentiments simples, la chaleur familiale, comme s’il cherchait une absolution par la musique. Rares sont les rappeurs qui regardent la jeunesse non pas avec nostalgie, mais avec envie, comme si elle n’avait jamais existé, ou plutôt qu’elle a existé trop longtemps, et s’est interrompue beaucoup trop tôt. Marty, c’est l’apologie de l’inadéquation, du refuge, de la solitude aussi (la pochette est claire : l’ourson bonbon seul au milieu d’un néant couleur pastel), d’un ennui très «classe moyenne», intouchable mais pénétrant. Et l’émotion étreint quand l’enfant seul se fait témoin d’un monde qui tourne sans lui, et que les spectres deviennent ses seuls alliés («J’entends parler quand je suis pas là/ Il pleut des larmes, j’sais c’est pas grave»). Violence Partout ne s’écoute nulle part ailleurs que la nuit sous les draps, à la lumière de la lampe torche. Dédié à tous les Kids Seeing Ghosts.

 Clément Apicella

Consécration

Difficile de ne pas sentir le bonheur emplir son être quand on se retrouve à son insu dans le clip d’un morceau qui répète 13 fois « comment ça, tu veux pas lécher mes couilles ? ».

DIXON – HITSALIVE

Vous avez peut-être sursauté en voyant cette entrée, mais rassurez-vous, il s’agit là – pour l’instant – d’un non-événement, vous n’avez rien raté. Simplement, on attend avec impatience ce projet qu’on aurait bien voulu voir sortir en ce début d’année. Alors on essaie de précipiter les choses comme on peut.

Vladeck Trocherie

Moïse the Dude, the Keudar Knight Rises

Enfilant son meilleur costume, celui de l’amertume rugueuse, Moïse soigne ses blessures de cœur dans son EP cathartique KEUDAR, rendant les coups et crachant de jolies phrases crasseuses. Avec son ambiance sombre et chaude, KEUDAR est une traversée nocturne, solitaire et désinhibée, ponctuée de violence gratuite. Laissant un arrière-goût acre de fer dans la bouche à l’écoute, il n’en reste pas moins que l’on revient sans cesse à l’EP comme hypnotisé par tant d’aigreur. Sûrement parce que KEUDAR est une porte ouverte à la hache sur l’intimité d’un homme estropié.

Hachill YS

404Billy – Hostile

404Billy brise ton ordinateur, c’est lui l’erreur et la solution. Son rap brutal et déchaîné est peut-être la plus réjouissante nouvelle de 2018 : il existe encore quelqu’un qui, au fond de sa gorge et de son âme, a autre chose à foutre que caresser le spectateur dans le sens du stream. La vie sans fards et sans couleurs, il brise les carreaux et s’inscrit pourtant pleinement dans un carcan qu’il ne cherche pas à dépasser : s’il était né dix ans plus tôt, il aurait déjà sorti un street-album légendaire et introuvable. En 2018, l’environnement lui est Hostile, et il ne se prive jamais de le dire dans des morceaux-freestyle inégaux mais tournoyants. Billy apparaîtra sur le prochain album de Siboy, daté au prochain semestre – et si comme le disait André Gide «on ne fait pas de la bonne littérature avec de beaux sentiments», la rencontre est déjà mémorable.

Clément Apicella

Sameer Ahmad déterre son hash de guerre

L’an dernier, Ahmad se dédoublait pour former le groupe fictif Un Amour Suprême et dans la foulée nous offrait le premier volet d’un diptyque : le Jovontae EP. Si cette nouvelle formule d’Ahmad fonctionnait bien, le projet s’avérait cependant moins marquant que le précédent album, Perdants Magnifiques. Jovontae EP, malgré sa prise de risque et sa fraîcheur, souffre effectivement de la comparaison. Cependant, alors que le Ezekiel EP était annoncé, Ahmad sort sous son nom propre un nouveau morceau en ce mois de juin : Sitting Bull.

Avec ce titre, Sameer Ahmad reprend les codes de PM pour mieux les sublimer. A nouveau, une figure symbolique est invoquée, en la personne de Sitting Bull, permettant d’explorer un certain nombre de thèmes. Ici en l’occurrence, le combat, mais aussi la question de la filiation et du cheminement intérieur. On y retrouve alors tout ce qui fait la finesse et la patte d’Ahmad : name-dropping, jeux de mots, croisement des références culturelles et des phases à tomber par terre comme « à l’endroit de ton placenta, j’y loge tout mon love, improvise un berceau sur mon avant-bras ». Bref, encore un morceau magnifique qui justifie un écrin dans cet article à lui seul mais dont il y aurait encore beaucoup à dire.

Hachill YS

LTA – Méridien

Une boucle de piano sur une rythmique. Deux couplets sans refrain. Peut-être bien les deux minutes et douze secondes les plus marquantes de ce premier semestre.
A contre courant de cette frénésie ambiante (qui veut qu’un rappeur doit sortir un album, deux mixtapes et apparaître en feat. une dizaine de fois par an pour exister), LTA prouve encore une fois que la quantité ne surpassera jamais la qualité.
Habitué de ces sorties au compte goutte, il faut bien avouer qu’avec  »Méridien » Le Téléphone Arabe fait fort. Très fort. Chaque mots, chaque phrases, tout tombe parfaitement. Ça a la justesse et la simplicité d’un titre classique. Ce sentiment est immédiat.
Bref, le premier titre de la cuvée 2018 LTA est à écouter en boucle. Peut-être y aura-t-il une ou deux sorties de plus… Je ne sais pas. Et si par bonheur un EP apparaît sur Bandcamp avant la fin de l’année, on aura le droit de s’estimer chanceux. Et c’est très bien comme ça.

Crem

Laylow – .RAW.

Si en 1910, Georges Claude a inventé la lampe au néon, c’était certainement pour donner une couleur, une substance aux rêveries brumeuses et désenchantées de Laylow. Dans .Raw, son troisième projet, il rappe la gueule cassée, la gorge noueuse, les ultimes paroles nocturnes avant que le jour ne les flétrissent. La vision rouge comme HAL de 2001, sa voix machinique et pourtant si humaine prouve bien qu’au coeur de la nuit, tout se mêle, les boîtes de nuits deviennent pandémoniums, les naïades perdent leurs charmes dans la vénalité, les rêves se fondent dans la vanité du monde. A l’heure du rap de fausse bonne humeur, Laylow chante l’aurore qui suit la débauche, et sa vision holographique du monde («téma mes éléphants dans la clairière») témoigne de la dé-pixellisation des êtres. Ultra-moderne solitaire, fêtard triste au dernier degré d’alcool, Laylow panse les plaies d’un outre-monde, exsangue, digital, dangereux car absorbant. Et même ses émotions d’ordinateur font de lui un être plus humain que les sirènes fantomales (du succès?) qui l’attirent toujours plus vers les profondeurs. Laylow relève in fine la tête – vers de nouvelles aventures diurnes ? Vers de fumeuses odyssées nocturnes ?

 Clément Apicella

Cheeko au pays des fils de pute

Savant mélange de rap et de pop, Le Merveilleux Voyage de Cheeko au Pays des Fils de Pute ne ressemble à aucun autre projet cette année. Energique, coloré, sans toutefois passer pour un album superficiel, Cheeko réussit haut la main le pari de réunir différents publics. Outre la personnalité de Cheeko, il faut reconnaître que la qualité du projet doit beaucoup son architecte musical en la personne de Blanka. Les ambiances sixties et pop côtoient des sons plus insidieux et rap sans qu’aucune faute de goût ou de cohérence vienne gâcher l’écoute. Album à recommander sous le cagnard d’été arrosé de bières bien fraîches et de saucisses grillées.

Hachill YS

CUBE – NOSTA

De l’efficacité. C’est ça qu’on aime.

On aurait pu croire que les références partaient en couilles (de Scooby Doo à Napoléon Bonaparte en passant par Balzac), et on aurait eu raison.

Vladeck Trocherie

Riski – Tercian

La musique de Riski est toujours aussi unique. Ses textes insaisissables et raffinés ont trouvé un nouveau disque sur lesquels se poser début 2018. Tercian rassemble cinq titres dont le très bon Riski Money produit par Frencizzle. Si le projet peut paraître peu copieux, il faudra en réalité plusieurs écoutes pour en capter les subtilités. Si Tercian est excellent, Riski reste cependant une énigme au talent certain mais qui ne s’exprime pas totalement, encore contenu, comme si le rap ne méritait pas qu’il en fasse davantage. Il semble pouvoir en offrir beaucoup plus même à un tel niveau. Mais déjà, son prochain EP Oh Mon Dieu montre le bout de son nez… Espérons que Riski y démontrera toute l’étendue de son génie.

https://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=3203662929/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=0687f5/artwork=small/transparent=true/Hachill YS

PNL – Nouvelles nuances de « ouais »

Deux ans après DLL, les deux frères remettent le couvert avec le morceau « À l’ammoniaque ». Qu’ils éclatent les scores ne doit étonner personne. La grande question, c’était : quel retour ? Du mieux, du moins bien, du différent ? Comment faire du PNL qui soit différent et mieux que du PNL ? Les ralentis de Kamera meha, le hall d’immeuble, la file de yenclis pour garder contact avec les débuts. Le sable, le cheval, le poor lonesome cow boy, le naufragé pour ne pas perdre de vue que l’objectif, c’est le monde. Oui, mais qu’est-ce que le monde ? Une idée transcendantale dirait Kant. Et donc rien de moins qu’une illusion qui s’évapore quand on désire la saisir. Dans le cas de PNL donc, une quête infinie (tant mieux pour nous). Enfin bref, le bac de philo est passé, revenons à nos moutons.

Entre ambition artistique et simplicité médiatique les deux frères cuisinent un savant mélange qui suffit à ringardiser le reste de la concurrence. Leur gestion du temps absolument à contre-courant des stratégies commerciales habituelles procurent deux avantages. Le premier, c’est l’attente créée, qui fait exploser les compteurs une fois celle-ci satisfaite. Autre avantage : les apparitions au compte-goutte structurent aussi la réception de leur taf. Depuis QLF, les deux garçons semblent nous raconter une histoire, avec ses différentes péripéties, mais surtout avec une réelle unité, une réelle progression. Il y a eu QLF, il y a eu Le monde Chico, il y a eu DLL : à chaque fois une nouvelle étape, une nouvelle escale dans l’aventure PNL. Autrement dit, Ademo et Nos ne produisent pas des albums, ils nous envoient des cartes postales.

Vladeck Trocherie

 

Gagne tes places pour le concert Alkpote / Kalash Criminel / Oboy au Palais de Tokyo !

Vous trouverez difficilement meilleur line-up cette année, et comme on vous aime beaucoup, on vous fait gagner des places.

Pour participer, deux possibilités :

– Si tu possèdes un compte twitter, follow @Captchamagazine et partage ce tweet.
– Si non, like Captcha Mag sur Facebook et commente ce statut avec ta punchline préférée d’Alkpote.

Dans les deux cas, un tirage au sort aura lieu le 27 mars pour désigner les vainqueurs.

CP

 

Lien Billetterie : http://ypl.me/6qc
Lien Événement : https://www.facebook.com/events/147450009272342/

Bootleg : Alkpote – Tourbillon Flamboyant

Bootleg réalisé par : Crem / Cover : SingeMongol / Texte : Genono

De Vald à Niska, de Nekfeu à Sch : les grandes vedettes du rap français, celles qui brassent millions de vues et contrats à cinq -voir six- chiffres ont toutes, à un moment ou à un autre de leur ascension, revendiqué leur appartenance à la caste des rappeurs influencés par Alkpote. Maitrise technique fabuleuse -faisant de lui un véritable esthète de la multisyllabique-, personnage aussi glacial que loufoque, capacité à s’adapter continuellement aux mises à jour du rap game : avec le temps, Alkpote a fini par devenir le prototype ultime du rappeur, sorte de T1000 revenu du futur pour désanusser Sarah Conor.

Mais en plus d’être l’un des rappeurs français les plus influents, Alkpote est aussi l’un des plus productifs. De mixtapes en featurings, de remixs en freestyles, les aventures de cet horrible tourbilloneur s’enrichissent chaque semaine de nouveaux épisodes, toujours plus riches en crasserie et en vulgarité extrême. Suivre l’actualité d’Alkpote sans en louper une miette suppose parcimonie et détermination, raison pour laquelle nous vous proposons aujourd’hui un bootleg entièrement consacré au véritable Empereur de ce rap français en perdition.

La sortie des Marches de L’Empereur Saison 2 étant prévue en CD dans les mois à venir, les neuf premiers épisodes ne sont pas proposés ici -mais les nombreuses perles composant ce bootleg devraient suffire à satisfaire votre curiosité malsaine.

L’épisode 10 des Marches de L’Empereur Saison 2 sera en ligne le 15 mars.

Pour télécharger le bootleg : clique ici, ou sur la cover ci-dessous. Tracklist en bas de l’article.

cover alk

tracklist alk

Ténébreuse Musique en concert au Gibus le 21 janvier 2017

Le romantisme n’est pas mort. La Ténébreuse Musique n’a pas oublié tout l’amour que son public lui a donné il y a un an, en finançant entièrement son album. Pour fêter le premier anniversaire de cette sortie déjà légendaire, Alkpote et Butter Bullets veulent à leur tour distribuer de l’amour, le 21 janvier sur la scène du Gibus. Deux rappeurs, un beatmaker : trois issues. Vous connaissez la suite. Et comme une bonne chose ne vient jamais seule, Radmo et Krampf assureront la première partie. Deux concerts en un. D’une pierre deux coups, et d’une capote deux trous. La Ténébreuse Musique vous souhaite la bienvenue en enfer : « ici pas de cotillons, c’est la valse des démons »

Les places sont disponibles ici : https://www.yesgolive.com/gibus-live/la-tenebreuse-musique

Alkpote : « J’aimerais échanger mon corps avec celui de Netanyahu » | Interview Captcha Mag

Excepté ton apparition dans l’émission La Sauce (OKLM), tu ne fais aucune interview pour ce projet. T’es fatigué qu’on s’intéresse plus à toi pour tes interviews que pour ta musique ?

Alkpote : Je suis complètement épuisé, j’ai plus de forces. On me prend pour un comique, alors que je suis un rappeur hors-pair, voire le meilleur.

T’as pas l’impression de l’avoir un peu cherché ? Quand tu fais des interviews, t’es toujours en train d’assurer le show.

Alkpote : Nan, même pas, j’essaye juste de m’exprimer naturellement. Mais je me rends compte que les gens préfèrent ma façon de m’exprimer que ma façon de rapper. Ca m’attriste un peu. Donc maintenant, je vais me concentrer sur la musique. Plus d’interviews, uniquement des freestyles. D’ailleurs le prochain, je te le dis en exclu, c’est pour OKLM.

T’as quand même fait l’émission La Sauce.

Alkpote : Voila, et je pense que ce sera la seule émission durant laquelle je me serai exprimé au sujet de Sadisme et Perversion. J’en ferai pas d’autre. Désormais je ne m’exprime qu’avec toi, parce que je t’aime beaucoup.

Du coup, tu fais une promo uniquement musicale, avec les Marches de l’Empereur et des freestyles annexes ?

Alkpote : Voila, musique et réseaux sociaux. Rien d’autre. De toute façon, t’as vu le message que Fred (Musa) m’a envoyé.

Ouai, mais je vais pas le publier.

Alkpote : Ah si, bien sûr, tu peux le publier. Je te l’offre, c’est un cadeau. Il me sert à rien dans mon téléphone, alors autant qu’il serve dans une interview.

alkpote fred musa captchamag

 

T’as pensé quoi quand t’as reçu ce message ? Ça t’a plutôt fait rigoler, ou t’as juste trouvé ça pathétique ?

Alkpote : En fait, au début j’ai eu Fred au téléphone, il m’a dit que c’était ok, qu’il devait juste me confirmer. J’ai attendu, attendu, aucune réponse. Je l’ai relancé plusieurs fois, mais aucun retour. Et du jour au lendemain, je reçois ce message … Bon, c’est sûr que ça m’a fait rigoler. Mais dans le fond, ça m’étonne pas.

Tu penses qu’ils ont réellement reçu des plaintes, ou c’est juste un prétexte pour ne pas te recevoir ?

Alkpote : Je suis pas au courant, je suis jamais au courant de rien. Mais je m’en tape, c’est leur problème à eux.

Ok. Pour revenir aux Marches de l’Empereur, tu comptes faire combien d’épisodes ?

Alkpote : Treize épisodes, comme la saison 1. Comme les treize degrés de la pyramide des illuminatis.

Est-ce que t’estimes pas que ça aurait pu être plus judicieux de balancer les premiers épisodes plus tôt, pour préparer le terrain ? Parce que là, le premier épisode a été diffusé quelques jours seulement avant la sortie du projet, ça n’a pas contribué à faire monter l’attente.

Alkpote : C’est vrai que ça aurait été plus judicieux, hélas l’équipe de Daymolition a un emploi du temps très chargé. Et avec moi, ils bossent bénévolement, juste avec le cœur.

Donc tu t’es adapté à eux.

Alkpote : Exactement. C’est plus moi qui m’adapte à eux que le contraire. C’est logique, étant donné que je ne les rémunère pas.

Pour la première Marche de l’Empereur, t’as remixé un titre de 13Block. C’est un groupe que t’apprécies ?

Alkpote : De ouf. En ce moment, j’écoute qu’eux, en rap français. Franchement, c’est lourd de ouf.

Je suis content que tu me dises ça, j’ai l’impression d’être le seul à les écouter.

Alkpote : J’ai fait le titre insomnie, mais j’aurais pu faire Vrai Négro, ou Les Keufs tournent en boucle. Toute la mixtape Violences Urbaines Emeutes, c’est lourd de fou. Les quatre sont aussi forts les uns que les autres, c’est les meilleurs dans le délire trap.

Du coup tu comptes collaborer avec eux, à l’avenir ?

Alkpote : C’est prévu. Je sais pas quand sortiront les prochaines Marches, mais …

… y’en aura une avec eux, c’est ça ?

Alkpote : Tout est envisageable.

Ok. Les prochaines Marches, ce sera comme la dernière, avec des invités ? Ou tu vas en faire d’autres en solo ?

Alkpote : Y’aura de tout. A l’heure où on parle, il y a déjà deux épisodes en ligne, le prochain, je te le dévoile, ce sera un featuring avec la MZ. Mais oui, il faut s’attendre à voir beaucoup d’invités dans les prochaines.

Et donc, ce sera uniquement de la musique ?

Alkpote : Principalement. En tout cas, dans chaque épisode, il y aura un morceau.

Sadisme et Perversion est sorti pendant le ramadan … Est-ce que tu t’es posé la question, comme beaucoup de rappeurs, de retarder la sortie pour ne pas tomber en plein mois saint ?

Alkpote : Écoute … La pochette de Sadisme et Perversion représente des diables et des meufs qui se galochent. Le titre veut tout dire. Et il sort un vendredi, en plein ramadan. Le rap, c’est satanique. J’ai vu tous les signes, mais j’ai laissé couler. Ce que je fais, c’est haram. Si je l’avais sorti hors-ramadan, ça aurait été haram aussi. Donc ça ne change rien.

J’ai lu pas mal de retours critiques très positifs sur ce projet. Tu t’attendais à ça ?

Alkpote : (il hésite) … Nan, je crois pas. En fait, je m’attends à rien. Tout ce que je veux, c’est faire plus de ventes que mes ennemis. Et encore, si tu regardes bien, j’ai aucune promo. Pas de radio, de Planète Rap ou de Générations, aucun clip sur Trace TV … Je sais de quoi je suis capable avec les moyens que j’ai. Et je suis content de ce que je vends.

Ok pour les ventes, mais sur le plan purement critique ? Beaucoup considèrent que c’est ton meilleur disque depuis belle lurette.

Alkpote : Ils doivent sûrement dire ça parce qu’il n’y a pas de featurings. Les gens voulaient plus de solos, moins de feats, j’ai vraiment senti cette demande. Avec Weedim, on a décidé de suivre leurs conseils et de ne faire aucun feat. Désormais je vais faire plus de solos.

Avant qu’on commence l’interview, tu m’as dit que tu bossais déjà sur le prochain projet. Nouvelle Orgasmixtape ?

Alkpote : Vous verrez bien … De toute façon, toutes mes mixtapes sont orgasmiques.

Quand tu dis que tu bosses sur la suite, le prochain disque est déjà embrayé, ou c’est encore en phase d’écriture ?

Alkpote : C’est ça, je suis en phase d’écriture. Mais je suis productif, j’écris tout le temps, j’enregistre tout le temps. J’écris des rimes le matin, le soir, à la maison, au travail, en sortant du travail … Les rimes pleuvent. Elles tombent du ciel.

C’est Weedim qui te pousse à être productif, ou c’est naturel ?

Alkpote : Nan, même pas. J’ai ce pouvoir. J’ai ce don inné. Et je l’utilise à bon escient. J’écris des rimes tout le temps.

Sur Sadisme et Perversion tu insistes énormément sur les multisyllabiques. Je veux dire … là, c’est vraiment flagrant. J’ai l’impression que t’en fais encore plus qu’avant.

Alkpote : J’ai jamais calculé ça, j’te jure. Ça sort tout seul. C’est comme si je devais faire rimer « Genono », je vais le faire rimer avec « les homos », tu vois c’que je veux dire ? « J’kiffe Genono, mais nique les homos », par exemple. Tu vois, je vais pas faire rimer juste le o. Il faut que je fasse aussi rimer le « é ». J’aime faire rimer les mots. Je suis à la recherche de la rime parfaite. Mais je t’accorde que dans cet album j’ai fait de belles rimes. Quand je dis « ambiance reggaeton orientale, tes seins sont orientables » … je trouve que c’est une belle rime.

Dans Pyramides, tu dis « J’ejacule vite, je suis si rapide » … c’est une dédicace à tous les mecs précoces du monde ?

Alkpote : Nan, c’est une référence à ma productivité. Une métaphore sexuelle. Quand un rappeur fait 3 ou 4 morceaux, bah moi je fais 3 ou 4 projets. Mes projets, c’est vos morceaux.

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Y’a un truc qui m’a déçu dans Sadisme et Perversion : tu fais aucune référence aux NinjaGo.

Alkpote : Ah merde, c’est vrai. J’y fais référence dans mon prochain morceau.

Extrait d'une interview réalisée en décembre 2015 mais jamais sortie.
Extrait d’une interview réalisée en décembre 2015 mais jamais sortie.

Dans l’intro, y’a des skratchs. C’est Weedim qui les a fait ? L’idée vient de lui ?

Alkpote : C’est Weedim, sur ma demande.

Ta démarche, c’est de remettre ça au gout du jour ? Parce qu’en 2016, plus personne ne fait ça.

Alkpote : Le projet était terminé, il manquait plus qu’une intro et une outro. Il me dit « je fais quoi en intro ? ». Bah prends une prod, et mets des skratchs dessus. J’aime bien, même si ça se fait plus trop. Il l’a fait, il me l’a envoyé, j’ai validé … c’est aussi simple que ça.

L’idée de sampler le début de ton émission avec l’abcdrduson, ça vient de toi aussi ?

Alkpote : Nan, ça vient de Weedim.

Vous les avez prévenu avant ?

Alkpote : Nan, on a rien demandé, aucune autorisation. Mais on a vu Mehdi quand on a fait l’émission OKLM, il était content.

L’année dernière, dans le titre Marianne tu disais « J’regrette j’aurais dû faire de longues études ». Cette année, tu reprends la même phase dans Alksimodo. On sent que c’est un vraiment regret, que ça te tient vraiment à cœur.

Alkpote : Bah ouai, je regrette à mort. J’ai aucun diplôme, j’ai aucune licence. J’ai rien du tout, j’aurais tant aimé avoir un diplôme … j’ai tant de regrets, et celui là est très fort.

T’es pas vieux, tu te sens pas capable de te motiver à reprendre des études ?

Alkpote : Nan, j’ai aucune motivation. J’ai pas le temps, je dois ramener des sous, j’ai des enfants à nourrir. Tu sais, j’ai arrêté l’école à 16 ans. Et à 20 ans, je regrettais déjà. J’te jure, je voyais tous mes potes aller en cours, et je moi je galérais, je faisais rien de ma vie. Je fumais des joints à la gare tous les matins, et je regrettais.

A 20 ans, sans famille à assumer, t’aurais pu reprendre les cours, nan ?

Alkpote : C’est vrai, mais j’ai fait une autre erreur : je me suis lancé dans le rap. C’est ma plus grande erreur.

« J’aurais tant aimé être docteur, un grand chirurgien ». Si t’avais fait des études, t’aurais voulu t’orienter vers la médecine ?

Alkpote : Je pense, ouai. J’aurais aimé. Le corps humain, c’est quelque chose qui m’intéresse de ouf. La création de Dieu … c’est une création parfaite. Le Créateur a fait une créature parfaite. Des oreilles aux ongles en passant par les poils pubiens et tous les orifices. Et même à l’intérieur, les organes, l’organisation du corps … tout est parfait.

La médecine, c’est aussi l’idée de te rendre utile aux autres. Un chirurgien, c’est plus utile qu’un rappeur.

Alkpote : Aussi, ouai, peut-être. Sauver des vies, c’est mieux que fumer des joints. A la place, je soigne des malades avec mes morceaux. Je suis pas certain que ce soit mieux.

Quand tu sors un truc comme « J’vais aller me tatouer une croix gammée », comment réagit Weedim ?

Alkpote : Il a crié, il était fou de joie, heureux. Il a applaudit … comme tout le monde dans le studio. Mais après mure refléxion, il me l’a ressortit, avec une petite liste de 3 ou 4 phases, en me disant « attention sur celles-là, on devrait peut-être mettre un bip ». Mais nan, je m’attends pas à avoir des retours là-dessus. Aucun problème.

La croix gammée, c’est parce que le motif te plait ?

Alkpote : (rires) Exactement ! T’aimes pas, toi ? C’est symétrique, je trouve ça assez beau.

Dans Survivant de l’enfer tu dis « je suis fataliste ». Tu peux développer ?

Alkpote : Je me dis que tout est écrit, que la fin du monde approche. On est en train de vivre les derniers … enfin, pas forcément les derniers temps, mais on sent que la fin est proche. Même si on meurt, on approche de la fin des temps. Dans pas longtemps. « Je fume du cannabis, je suis fataliste » … je sais que c’est cuit. Je le disais déjà dans le morceau Chiens, « L’ombre de la mort plane sur le navire, mais je monte à bord » …

Tu vois pas de lueur d’espoir ?

Alkpote : Nan … j’aperçois une lueur de loin, mais c’est juste l’étincelle d’un briquet qui allume un joint.

C’est sombre dans ta tête.

Alkpote : C’est noir de fou.

Pareil, dans Zone Mortuaire, tu dis « j’essaye d’y arriver mais je suis trop déprimé »

Alkpote : C’est vrai …

T’es déprimé, carrément ?

Alkpote : Ouai … J’ai pas la plus belle des vies, mais j’ai pas la plus moche non plus.

T’as une famille, des gosses, la santé, un taff. Qu’est-ce que tu veux de plus ?

Alkpote : Nan mais c’est clair, en vrai t’as raison. Je suis pas un malade mental qui va finir à l’asile. Hamdullah.

Alors pourquoi tu parles de déprime ? Y’a bien une raison.

Alkpote : C’est juste que … Je réussis pas toujours ce que j’entreprends, c’est ça qui me déprime. Mais c’est des petites dépressions, pendant des courtes périodes.

Tu réussis pas … dans le rap, ou dans autre chose ?

Alkpote : Nan, pas dans le rap. J’en ai rien à foutre du rap. C’est dans la vraie vie que je ne réussis pas tout. Mais t’inquiète.

Dans le rap, t’es satisfait de la place que t’occupes ?

Alkpote : Je suis pas content de la place que j’ai mais … je m’en contente. Je te l’ai déjà dit, je suis content de pas avoir percé. Et même le message de Fred, dont on parlait tout à l’heure … c’est une chance. C’est une chance de ouf. Comme je te l’ai dit, je vais plus faire d’interviews. Je vais faire comme PNL, je vais envoyer un animal sauvage à ma place.

(rires) C’était tellement beau.

Alkpote : A quoi ça sert d’aller dans leurs locaux ? Franchement ? Je suis content, je suis dans mon coin, j’ai mon réseau.

fred musa singe

J’ai le sentiment que Skyrock perd de plus en plus en influence, que Planète Rap est beaucoup moins prépondérant.

Alkpote : Dieu merci. Maintenant c’est Mehdi, notre Fred Musa à nous.

En hétérosexuel.

Alkpote : Exactement, en hétérosexuel. En jeune. En frais.

Tu m’as dit que t’étais heureux de tes 500 ventes en milieu de semaine. T’estimes pas pouvoir viser plus ?

Alkpote : On en avait discuté au téléphone, j’avais calculé que si je faisais 400 en première semaine, j’étais content. Parce que j’ai pas de promo, pas de Planète Rap, rien. Et des mecs qui ont des médias de ouf font 400 ventes en ce moment. J’ai que toi, Mehdi, et les réseaux sociaux. Etant donnée la conjoncture actuelle, je m’attendais pas à faire plus. Donc là, 500 en milieu de semaine … ça tue.

Comment t’expliques cette conjecture, avec des très grands écarts entre ceux qui font 30000 ventes en première semaine, et derrière, tous les autres qui galèrent à faire 1000 ventes ?

Alkpote : Y’a 1001 explications, mais la principale, selon moi, c’est que le rap est une musique de jeunes. Une musique d’enfants. Si t’as pas les enfants dans ta poche, t’es cuit. C’est les enfants qui regardent ton clip à la recré avec tous leurs potes, qui allument tous leur téléphone en même temps pour regarder le même clip. Et si t’as pas ce public là, t’es cuit. Jul est sorti le même jour que moi, vendredi. En trois jours, j’ai fait 500. Il a fait 30000. On peut pas lutter.

Jul, ça te parle, à toi ?

Alkpote : Disons qu’il force le respect.

Par ses ventes, ou par sa musique ?

Alkpote : C’est un ensemble … je suis pas forcément fan de tout ce qu’il fait, mais il est impressionnant. Je le respecte de ouf.

Quand tu vois que les gens sont prêts à donner 15000 euros pour Tenebreuse Musique mais qu’ils sont pas motives à aller acheter tes disques, ça t’inspire quoi ? Tu te dis qu’il y a peut-être un autre modèle économique à développer, autre que la vente de disques ?

Alkpote : Je me suis jamais trop posé de questions, et c’est pas aujourd’hui que je vais me poser ce genre de questions. J’ai vu tellement de supports mourir sous mes yeux … laisse-moi voir le disque mourir, et on passera à la suite. Je suis même pas au courant de mes chiffres de streaming. Mais regarde juste mes vues Youtube. J’ai fait deux clips, y’en a un à 160000, l’autre 100000. Ca veut tout dire.

A propos de clips, comment tu fonctionnes ? Je me rappelle notamment des clips de l’Orgasmixtape 2, où l’on sentait une forte volonté de développer un univers visuel (Tourbillon, Meilleur Lendemain).

Alkpote : Il faut plus saluer les réalisateurs que moi … Kevin el-Amrani pour Tourbillon, Julius de PTPFG pour Meilleur Lendemain.

Ils sont arrivés avec leurs idées, et t’as suivi ?

Alkpote : Pour ces deux clips là, ouai. Par contre, pour mes deux derniers clips, toutes les idées sont de moi. Amsterdam, c’est mon idée, je voulais absolument faire un clip là-bas. Et pour Pyramides, j’ai eu l’idée de filmer au drone, je voulais vraiment le faire. C’est une idée simple, mais y’a pas forcément besoin d’aller chercher trop loin.

Dans « plus pure » tu parles de la couverture que t’avais fait chez Groove, avec l’Unité de Feu. Quels souvenirs tu gardes de cette époque la ?

Alkpote : C’est des bons souvenirs. En plus, je crois que c’était pour une compil de Skyrock (rires). Y’avait tout le monde : Tandem, Sinik, KenyArkana … C’était la première fois que j’étais en couverture de magazine.

 

Bon ok c'est pas cet article en vrai, mais j'ai pas retrouvé la couverture.
Bon ok c’est pas cet article en vrai, mais j’ai pas retrouvé la couverture.

T’as ressenti de la fierté à ce moment-là ?

Alkpote : Nan, même pas. Tout ce que j’ai accompli dans le rap, j’en suis pas fier. Y’a rien de ouf là-dedans … ce qui peut paraitre ouf aux yeux des autres, j’en suis pas fier.

T’en es pas fier, ok, mais t’en as pas honte non plus ?

Alkpote : Nan, j’en ai pas honte. C’est fait.

Dans Zone Mortuaire, tu dis « bientôt la trap sera démodée ». Comment tu vois le rap évoluer dans les prochaines années ?

Alkpote : Peu importe comment il évoluera … Tant que je serai dedans, je serai dans le coup. J’ai toujours su m’adapter : j’ai été inspiré par le Wu-Tang, par la Three Six Mafia, par Rich HomieQuan … j’ai toujours su m’adapter.

T’as pas mal investi le délire trap ces dernières années. En disant qu’il sera bientôt démodé, t’anticipes la suite ?

Alkpote : Je sais pas vraiment … je fais ça au feeling. Les prods qui me plaisent en ce moment sont plutôt trap, c’est vrai. Mais j’attends qu’un nouveau rappeur américain amène une nouvelle mode, et je m’engouffre dedans directement. J’essaye de rester dans le coup.

Ok, donc t’es vraiment dans une optique qui consiste à suivre ce qui marche aux Etats-Unis. Tu cherches absolument pas à innover, ou à faire quelque chose de neuf.

Alkpote : Nan, je réfléchis pas trop.

J’ai l’impression que c’est un peu pareil dans ta manière de construire tes albums, dans le sens où j’ai senti les deux Orgasmixtapes vraiment drivées par Weedim, et Ténébreuse Musique presque comme un album de Butter Bullets avec toi en featuring sur toutes les pistes. Tu te laisses un peu porter.

Akpote : C’est pas con ce que tu dis. C’est pas faux … c’est pas faux du tout. En tout cas, pour Ténébreuse Musique, je suis d’accord. Je suis venu, j’ai posé … ça s’est fait super vite, en un temps record. Pour l’Orgasmixtape, par contre … peut-être que t’as cette impression, mais je le vois différemment. Oui, j’avais l’aide de Weedim, mais je savais où je voulais aller, je savais quelle direction donner. Par exemple, Tourbillon, c’est moi qui l’a fait, mais sur une autre instru. Après, Butter Bullets a repris mes acapella et les a placé sur une autre prod. Marianne, c’est pareil. J’ai tout réalisé, et après Weedim a ramené sa prod. Donc pour les deux premières Orgasmixtapes, je considère que c’est vraiment moi le réalisateur.

Par contre, pour Sadisme et Perversion, Weedim est vraiment là de A à Z. C’est lui qui gère tout. Il a tout drivé, jusqu’aux refrains. Il a trouvé des refrains, des flows … Des titres comme Plus Pure, ou Plan à Dix, c’est entièrement lui. Il est arrivé avec le flow, l’instru, il m’a dit « pose de telle manière ». Je l’ai suivi, c’est allé super vite.

C’est juste parce que tu lui fais entièrement confiance, ou c’est aussi un peu de fainéantise ?

Alkpote : Je lui fais confiance à 191% … de ouf.

La critique qui revient souvent au sujet des prods de Weedim, c’est leur côté un peu générique. Tu comprends ce reproche ?

Alkpote : Weedim, il est comme moi : il réfléchit pas. Il a pas le temps de réfléchir. Par contre, il connait la musique … de ouf. Mais quand je te dis qu’il connait … c’est incroyable. Quand il me fait écouter une prod qui me plait, je lui dis « mets-la de côté ». Il m’en fait écouter 4 ou 5 autres, je lui dis « remets la première » … impossible de la retrouver. Alors il m’en fait écouter des dizaines d’autres, et elles défoncent toutes. Il a tellement de prods ! On est pareil là-dessus : il fonctionne avec ses prods comme moi je fonctionne avec mes couplets. On triche pas : si la prod est bien, on la garde, je pose dessus, et on passe à la suite. Donc ceux qui trouvent ses prods génériques … ils peuvent me faire la même remarque, et dire que mes couplets sont génériques aussi.

Il t’a aussi aidé à maitriser l’autotune ? Parce que c’est un truc auquel tu sembles t’être adapté super naturellement.

Alkpote : J’avais essayé sur L’Empereur Contre-Attaque, sur le morceau Voltaire. C’est vraiment un test, pour moi c’était un truc de ouf de me lancer là-dedans à l’époque. Et puis, petit à petit, tu comprends comment ça fonctionne … Le déclic, ça a vraiment été Ténébreuse Musique. J’ai compris que c’était un instrument moderne. Faut vivre avec son temps, et l’autotune c’est un super outil, un super bonus.

Ca s’est fait naturellement, ou c’est un truc que t’as bossé ?

Alkpote : Nan, j’ai jamais bossé ça de ma vie. Mais moi, dans le rap, je bosse rien du tout. Je te jure que c’est vrai Je vais en studio, je pose, j’écris … ou alors j’écris chez moi. Mais tout ce que tu peux appeler bosser, pour moi, c’est écrire des textes. Je fais rien d’autre qu’écrire des textes. L’autotune, j’ai pas besoin de le bosser. Je suis en studio, j’essaye un truc, si c’est bien on le garde, sinon on l’enlève. C’est pas plus compliqué que ça.

 

 

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« Vous voulez changer de corps avec le mien comme Ginyû ». Si tu pouvais changer de corps avec quelqu’un tu choisirais qui ?

Alkpote : Pourquoi pas un sioniste, comme … Benyamin Netanyahu. Il doit être en pleine forme, en bonne santé. Il doit avoir les meilleurs médecins.

Tu fais des références à Abdeslam, à Coulibaly, à Merah … Je me souviens que le soir des attentats t’étais dégoûté parce que la finale de Secret Story était annulée. Comment tu juges la situation en France en ce moment, avec la menace terroriste, et toutes ces conneries ?

Alkpote : Franchement, ça m’inquiète, notamment parce que les premières victimes, c’est nous, les musulmans. Quand un prêtre tombe dans la pédophilie, c’est lui seul qui paye, et pas toute la communauté catholique. Mais quand un barbu tue, même s’il tue des musulmans comme nous, on le fait payer à toute notre communauté. C’est insensé.

J’ai quand même l’impression que tu le prends avec pas mal de détachement. C’est plus pour jouer sur ton personnage, ou t’étais vraiment dégouté que Secret Story ne soit pas diffusé ce soir là ?

Alkpote : Nan, ça c’est pas une blague, j’étais vraiment dégouté. Je suis à fond dans Secret Story. Je suis fasciné par Endemol et leurs super-pouvoirs. Je suis moins dedans qu’avant, mais je suis quand même dans cette merde.

T’es sur quoi en ce moment ?

Alkpote : J’aime bien Moundir et les apprentis aventuriers. Tu regardes ?

Nan, je peux pas. C’est trop. J’ai essayé, une fois. J’ai eu l’impression de subir une lobotomie, j’ai senti mon cerveau fondre en direct.

Alkpote : C’est ça … c’est exactement ça. Je veux juste me divertir, et ne penser à rien. J’allume mon joint, je me pose devant ça, et mon cerveau se met en veille. Je rigole comme un débile sans même m’en rendre compte, c’est fascinant. Je veux juste oublier toute ma vie et tout le reste.

T’aimerais bien participer à ce genre de programme ?

Alkpote : Nan, je veux juste être spectateur. Je reste à ma place.

Merci Alk, j’ai fait le tour de mes questions.

Illustration : @LELEADERMERGUEZ
Illustration : @LELEADERMERGUEZ

Alkpote : Putain, c’est trop court.

Tu dis ça parce que c’est pas toi qui va te taper la retranscription.

Alkpote : Pose-moi une dernière question, même si elle est pourrie.

Ok. Tu regardes quoi comme série en ce moment ?

Alkpote : Game of Thrones, comme tout le monde. Mais ma série préférée, c’est Tout le monde déteste Chris. Je la regarde en boucle, sur BET. Sinon je regarde les Kardashian, ou la série sur Caitlyn Jenner.

Y’a une série sur « elle », carrément ?

Alkpote : Elle est encore plus connue que Kim maintenant. Elle a plus de followers que Kim, elle a tous les plus grands couturiers qui lui offrent des robes de ouf. Et il va à la piscine avec un maillot une pièce, et une couche.

Une couche ?

Alkpote : Ouai, il met une couche. Une couche Pampers, comme tu mettais à tes enfants quand ils étaient petits. Une grosse couche. L’argent peut te faire exaucer tous tes rêves. Tu peux être champion olympique  un jour et devenir une femme qui met des couches à la piscine le lendemain.

 

Ténébreuse Musique : les pochettes originales de la tracklist

Vous avez tous posé le peu d’oseille dont vous disposiez dans ce projet sardonique lancé par Sidisid, Dela, Alkpote et Singe Mongol, et sobrement intitulé « Ténébreuse Musique ». Comme tout le monde, vous avez un peu perdu patience en voyant le calendrier défiler, alors qu’on vous avait promis un album pour 2015. Mais soyons réalistes : vous auriez aussi été les premiers à vous plaindre si on vous avait balancé un 10 titres bâclé en quelques semaines. Et puis, croyez-moi sur parole : Ténébreuse Musique n’est pas juste un disque. C’est une véritable expérience de vie, le genre de chose qui vous prend aux tripes, qui met tous vos sens à contribution, et qui pousse vos limites morales et physiques à leur extrémum. On pourra dire que j’exagère un peu, ok, mais coucou, c’est moi le mec qui a comparé PNL à Lunatic et Vald à Dostoïevski. Dire qu’Alkpote repousse les limites physiques et morales quand il s’amuse à balancer des « j’aiguise ma lame, j’déchire ta chatte, j’vais te faire connaitre le plaisir anal », j’estime que c’est plutôt mesuré.

Trêve d’ergotage, passons aux bails concrets. Ces petits saligots de la Ténébreuse ont balancé hier une série de tweets un-peu-mystérieux-mais-pas-trop, avec plein de jolies covers. Il s’agit en fait de la tracklist de l’album, et comme faire les choses à moitié n’est pas dans les habitudes de nos bonhommes, chaque cover est pompée inspirée par un album de rap étasunien un peu mythique -du moins, mythique pour Alk et Yung Sid, pas pour toi, le mec né en 1998, ni pour moi, le mec qui n’écoute rien d’anglophone. On a donc retrouvé les pochettes originales, et on vous laisse le soin de comparer, zieuter les détails, retrouver les références, et faire marcher votre imagination en attendant de pouvoir écouter les morceaux (t’as l’eau à la bouche, hein ?).

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LE REVOLVER DE HITLERtenebreuse3

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De l’Orgasmixtape Vol.1 à Boulangerie Française : la folle année de DJ Weedim

Pour écouter et télécharger Boulangerie Française gratuitement : rendez-vous sur Haute-Culture

« You make me feel so good » … Depuis le premier volume de l’Orgasmixtape, il est devenu impossible de passer à côté de ce drop, sorte de « May-may-maybach muusic » à la française. En un peu plus d’un an, DJ Weedim s’est taillé une discographie longue comme le bras à Dhalsim. Même s’il n’a rien d’un nouvel arrivant dans le grand échiquier du rap-jeu, sa notoriété à passé un gros cap dans un laps de temps très court. Weedim est partout, et chez tout le monde en même temps. Ses prods sont placées dans un nombre incalculable de projets : Alk, Sidisid, Infinit, Aketo, Driver … la liste est longue. D’ailleurs pour les néophytes, sachez que cette omniprésence ne fait aucunement d’ombre à la qualité de son travail : Weedim n’a aujourd’hui plus rien à prouver en tant que producteur. Dans ce domaine, il a placé lui-même son nom dans la liste des plus grands talents français.

Devenu le producteur le plus en vue du marché français, il est l’un des seuls à savoir allier influence sérieuse sur le rap hexagonal et visibilité internationale. Capable de concocter un EP sur-mesure à Infinit’ comme d’ambiancer 2000 personnes en première partie des Migos ou de Big Sean, Weedim est l’archétype de l’artiste stakhanoviste. Un genre de Dj Scream français, la casquette de producteur en plus, les cris insupportables en moins. La sortie récente de Boulangerie Française est l’occasion de revenir sur les derniers projets du bonhomme, avec pour dénominateur commun, forcément, Alkpote.

Avril 2014 : L’Orgasmixtape Vol.1

Connecter avec DJ Weedim est peut-être la meilleure chose qui soit arrivée à Alkpote ces dernières années. Connecter avec Alkpote est peut-être la meilleure chose qui soit arrivée à DJ Weedim ces dernières années. L’hyper-productivité du DJ pousse le rappeur à enchainer les projets, à empiler les featurings et les apparitions. Alk se nourrit de Weedim comme Weedim se nourrit d’Alk. La créativité monstrueuse de l’Aigle de Carthage est sublimée par le rendement frénétique de son beatmaker désormais attitré. L’Orgasmixtape Vol.1 est considérée par beaucoup comme le meilleur projet d’Alkpote depuis L’Empereur. Inutile de revenir une fois de plus sur ce qui fait de cette mixtape l’un des meilleurs disques de l’histoire du rap français … A l’origine de la plupart des prods, Weedim pose ici la première pierre de l’édifice qu’il est en train de construire sur la dépouille du rap français.

https://soundcloud.com/dj-weedim/alkpote-d-sanussage-prod-dj

Juin 2014 : Les frères Pétard, Volume Beu

A l’image d’Infinit’, Be.labeu a du attendre une polémique un brin désuète pour faire parler de lui en dehors de la petite frange d’initiés aux vapeurs anesthésiques des Frères Pétard Vol.1 et de B.E.P Beu. Titre phare du volume 2 des Frères Pétard -subtilement nommé « Volume Beu »-, le titre Yvan Colonna attire les mêlées pseudo-journalistiques comme le miel attire les abeilles. Pourtant, B-E a bien plus à faire valoir que ce que pourrait laisser croire ce petit buzz sans grandes conséquences. Volume Beu -mixtape entièrement produite par DJ Weedim- est un excellent condensé de l’univers de Labeu : on y retrouve pêle-mêle, plusieurs centaines de références à la culture cannabique -jusqu’au moindre détail, chaque lettre « b » étant prononcée « beu »-, quelque tribute à Young thug, et un casting monstrueux coté featurings (Green Money, Aketo, Infinit’, Atis …). Et le rôle de Weedim dans tout ça ? Producteur attitré de l’intégralité des tracks (plus une collab avec Glitchy Mac Fly), il sert à merveille le macrocosme embrumé du rappeur, entre gros beats trap, véritables remixs, et ambiances plus planantes. A venir pour B.E : un EP en commun avec Wacko, et, forcément, un Frères Pétard Volume 3 … intitulé « Jamais Beu sans moi ».

Septembre 2014 : Petits Meurtres Entre Amis

Aketo, Sidisid. A priori, l’association ne coule pas de source. Il faut tout le flair de Weedim pour réunir ces deux rappeurs que l’on présumerait antithétiques. Mais quand un bon rappeur rencontre un bon rappeur, l’alchimie ne peut que fonctionner. Idéalement chaperonnés par Weedim, et épaulés par Infinit’, BeLabeu, et, forcément, Alkpote, le demi-Sniper et le demi-Butter Bullets lourdent un 9 titres qui flirte plus d’une fois avec le génie. Point d’orgue de cette association fructueuse : le titre Joeystarr, avec son concept magistral, parfait condensé du savoir-faire de chacun des trois hommes, dans lequel Weedim sert -en plus de cette prod énergique- des ambiances pétulantes au refrain.

Mars 2015 : 5 Panel Vol.2

70CL. Un nom qui évoque un crew un peu indéfinissable, pas mal de prods placées chez Lalcko, Riski ou S.Pri Noir, et pas mal de rappeurs dont on ne sait jamais trop s’ils font partie intégrante du groupe, ou s’ils sont juste affiliés de près ou de loin. Lorsqu’ Atis, principale tête d’affiche du crew, a décidé de donner une suite à l’excellent premier volume de 5Panel (avec notamment cet excellent feat avec Zekwe et S.Pri Noir), il a jugé bon de confier toute la direction artistique à DJ Weedim. Décision judicieuse, puisque les 5 titres de cet EP frôlent tous l’excellence, portés par les prods plurivalentes du DJ parisien. Apposant tour à tour des ambiances festives, pesantes, intimistes ou puissantes, Weedim sublime les qualités d’Atis, qui peut alors se consacrer à développer pleinement son univers et son écriture sans se soucier des à-côtés.

Écouter et télécharger gratuitement 5Panel Vol.2 sur Haute Culture

Avril 2015 : Plusss

Peut-être qu’un jour, Infinit’ sera sur tous les plateaux télé, à se pavaner entre Enora Malagré, Daphné Burki et Arthur, évoquant le bon souvenir d’une polémique un peu absurde lancée par le trop susceptible Christian Estrosi. En attendant cette époque dorée, le rappeur niçois entame sa mue avec Plusss, après trois mixtapes gratuites qui ont suffit à lui bâtir une réputation solide. Entièrement produit par Weedim, le changement de cap est impressionnant, et illustre à merveille la différence entre un rappeur à fort potentiel en manque de structure, et un rappeur à fort potentiel bien aiguillé et bien produit. En une dizaine de pistes, Infinit’ prouve qu’il peut duetter aussi bien avec Alkpote qu’avec Alpha Wann, et surtout, qu’il maitrise à merveille un panel incroyablement large, en passant de l’ambiance un brin romantique de Aussi au plus bourru En pleine montée. Et là encore, le rôle de Weedim est primordial. Infinit’ est l’un des meilleurs faiseurs de « rap chantonné » en France, et l’évolution récente des tendances ne peut que le servir.

Mai 2015 : L’Orgasmixtape Vol.2

Un peu plus de douze mois après le premier volume, Weedim boucle la boucle d’une année presque trop chargée. Sur L’Orgasmixtape Vol.2, il produit presque 50% des pistes, avec une efficacité assez monstrueuse. Sans forcément sortir des sentiers battus, il démontre une fois de plus que son entente avec Alkpote est superlative. Formule 1, Marianne, Pleurez, Papiers Violets … le beatmaker sert à son emcee des tubes sur-mesure, laissant à d’autres le soin d’emmener Alk sur des charmilles moins usitées (Butter Bullets sur Miroir, Rozca sur Pluie Diluvienne). Si l’univers hyper-riche de Jonathan H se suffit à lui-même, on peut tout de même se demander si ce deuxième volume de l’Orgasmixtape aurait pu voir le jour sans l’hyper-productivité de Weedim.

Juin 2015 : Go Fast

On se demandait si on entendrait Driver rapper encore, ou s’il fallait se résoudre à le voir tour à tour dans le raggaeton, la salsa, ou qui sait, la bossa nova. Et puis … Weedim est arrivé, lui a fait écouter une prod, puis deux, puis trois … En vingt minutes, Le Maire de la Ville était convaincu, et partait s’enfermer en studio pour kicker une -peut-être- dernière fois. Un EP gratuit -comme la plupart des projets de Weedim- qui recèle, malgré le peu de prétentions apparentes, quelques pépites (Bad Girl, Franck Lucas …). On se prendrait presque à rêver d’un Go Fast Vol.2 pour l’été prochain, voire même d’une franchise que l’on retrouverait à la même date chaque année.

Écouter et télécharger gratuitement Go Fast sur Haute Culture

Juillet 2015 : Boulangerie Française

DjWeedimUn projet qui fera certainement date. L’initiative n’a d’ailleurs rien de courant à notre époque, où les  compilations de ce genre sont devenues très rares. Si aujourd’hui, quelqu’un avait la possibilité de réunir autant de rappeurs émérites sur une seule et même galette c’est bien Weedim et son carnet d’adresse rempli de bons rappeurs d’horizons différents -ce qui ajoute du charme au projet-. Pour servir cette équipe d’Avengers, 15 prods de qualité sans aucun déchet. Du vrai travail d’orfèvre : en véritable seigneur de guerre, Weedim a fourni armes et munitions à tout ce beau monde. Résultat des courses ? Probablement un des meilleurs projets de rap francais de l’année, qui ira s’accrocher directement dans le panthéon des grandes compilations rapologiques.
Au programme du menu XXL :
En entrée, une prod pour partir à la guerre et un Alkpote qui marche sur l’eau. Véritable démonstration technique, le partenaire préféré de Weedim enchaine les lignes fantasques (« Super ninja fou, nique les homos farceurs comme Elie Kakou« ) avec une maitrise incroyable, et occupe l’espace offert par la prod comme personne.
On retrouve ensuite un Joe Lucazz comme on l’aime : dans la cuisine, bicarbonate de soude sous les ongles, toujours à cœur ouvert. Toujours avec son flow déstructuré et sa froide sincérité, Joe enchaine les punchlines (« Je ne fais aucun faux pas, t’en fais pas si je boite, c’est un faux plâtre, à l’intérieur j’ai le Guatemala« ) et les références à de vieilles rimes (« je m’étais juré de peser, bientôt une pesette à mon nom« ). Si l’hyper-productivité de Weedim déteint sur lui, le rap français est sauvé à tout jamais.
Troisième petit bijou : Écailles. Ca y est, Vald a entamé sa première mutation : les brides techniques qui le muselaient jusqu’ici ont sauté, ce que beaucoup attendaient. En roue libre totale, décomplexé, le bonhomme fait parler la folie pure pendant 4 minutes. Vald part dans tout les sens et c’est tant mieux : NQNT 2 est imminent, et même si ses fans de la première heure grincent de plus en plus des dents, le blondinet est justement en train de s’attirer doucement les louanges d’un nouveau public, plus demandeur de son double torturé.
Autre grosse curiosité : Junkie, véritable OVNI dont on ne saurait absolument pas définir le genre musical.  On y découvre un Metek murmurant des petits chants à peine autotunés et pas forcément intelligibles. Après Lexotril et Matière Noire, Riski pousse encore un peu plus loin ses expérimentations musicales, on l’imagine presque entrer en transe en studio, à deux doigts de quitter notre continuum trop limité pour s’envoler vers une cinquième dimension cabalistique, où les ondes musicales chevauchent les trois dimensions d’espace et l’unique dimension de temps.
Parmi les autres pépites de Boulangerie Française : Mon Style (BeLaBeu-Alkpote), Gouter (Bifty, incroyable surprise), et bien évidemment Laisse pas rentrer les démons (Jordee). Et pour finir, l’apothéose. Monsieur L’Agent : 4 minutes de haine gratuite de la police, dans la grande lignée des classiques du rap français que sont Sacrifice de Poulet ou P.O.R.C, le tout orchestré de main de maître par un Sidisid décidément très brillant (et très méchant) cette année.
A quand remonte la dernière compilation de haut standing de rap français ? Longue vie à Dj Weedim. Le gazier a rallumé la flamme des compils de qualité. Le peuple réclame des Boulangerie Française vol.2, 3, 4, 5, 6. Puisse-t-il être contenté.

Butter Bullets – Memento Mori (chronique)

2015 démarre sur les chapeaux de roues. Le chapeau à 1 million de Joe Lucazz, le bonnet sur la tête d’Adebisi, le lapin mort sous le chapeau d’un magicien défoncé à la coke. Après No Name, premier chef d’œuvre de l’année -auquel Sidisid et Dela ont participé avec les prods de Gatsby et Pharell-, nos deux nécromanciens dévoilent la fabuleuse folie planquée depuis deux ans sous leur couvre-chef.

Qu’est ce que la nécromancie ?  Une pratique occulte qui consiste à parler aux morts afin de prédire l’avenir. Sidisid parle bien à un public mort -ou, au mieux, comateux-. Pas de temps à perdre au milieu des vivants, « c’est du rap pour les pompes funèbres« .Mais à la différence du nécromancien classique, c’est lui qui annonce l’avenir et répond aux questions qu’il pose. « Quelle heure est-il ? L’heure de faire de l’argent« .butter bullets

Absent de la tracklist, mais planant sur Toute la nuit, Doc Gynéco est le premier mort appelé à participer à la fête. Pas le Gynéco quarantenaire, bedonnant et si peu neuronné, que l’épreuve du temps nous a laissé sur le bas-côté d’une route à peine goudronnée et même plus éclairée. Non, ici Butter Bullets rappelle le spectre du Gynéco insolent d’une Première Consultation aussi marquante que la première fois d’une jeune fille de quinze ans -qui ne dira rien à ses copines pour que tu ne dises rien à ses parents. Ce Gynéco mort, déjà rappelé de son Nirvana sur Peplum, retrouve ici le rôle de Celui qui vient chez toi (quand tu n’es pas là), et dans cette cuisine Mobalpa, qui, quinze ans plus tard, sent toujours les spaghetti. La tequila de Bruno est devenue un bon douze ans d’âge, et si Gynéco la jouait discrète « tu ne me connais pas, ta femme me connait« , notre White Pimp C joue de sa petite notoriété : « Tu lui diras, c’est Sidisid, tu sais, Titanic« . Un grand gamin, qui, une fois de plus, s’amuse avec la mort : « j’aime la roulette russe« . Nouvel hymne au suicide (et nouvelle filiation avec le Nirvana de Bruno), 123457 est une déclaration d’amour au repos éternel, une glorification enchanteresse de l’auto-homicide volontaire. Plus que ta femme, la Grande Faucheuse est la meilleure amante de Sidisid et Dela. Plan à 3, étalé sur 18 pistes, et tourné comme un bon gros porno hardcore, avec gros plans et ralentis en screwed and chopped disséminés tout au long de ces 70 minutes de pellicule.

70 minutes, c’est facilement 20 de plus que la plupart des albums qui sortiront cette année. Un exploit qui n’a d’intérêt que si quantité rime avec qualité. Memento Mori est un disque dense, avec pour seuls temps morts MOR -interlude instrumentale torturée qui fait le lien entre le concupiscent Toute la Nuit et le retentissant Olivier Machin– et 14 avril -date de collision entre le Titanic et son slim Icerberg-, outro hypnotisante pianotée par un virtuose du XXIème siècle.

 

Rare pic of Sidisid
Rare pic of Sidisid

« Musique rap, rap, musique de merde« . Sidisid méprise le rap français (« l’rap c’est rempli de tapettes et de pédés« ), une musique qui « fonce droit dans le mur, comme Diana« . Alors, Docteur Sid s’emploie à sauver ce qui peut encore l’être. Sadique, il l' »opère comme dans Hostel« . Comme pour imposer leur vision torturée de la musique, Young Sid et Jérémie Dela découpent, tailladent, transforment et dénaturent les sonorités qui osent s’approcher trop près de leur centre gravitationnel. « Oh rap français, si tu savais tout le mal que je vais te faire » … Le Marquis de Sade fait groupe de rap, quelque part entre Leopold von Sacher et Joffrey Baratheon. Lyricisme cruel et vicieux, mais pas seulement. Du grain de voix nasillard et nazillon de Sidisid, aux ambiances funestes distillées par Dela, en passant par l’interprétation perverse des morceaux, tout, dans la musique de Butter Bullets, est démoniaque. Écoutez ce « Coucou c’est nous, comme Christophe Dechavanne » (Pimp C). Il aurait pu sonner gay, ridicule ou cocasse, avec tout autre rappeur. Ici, il sonne diabolique. Butter Bullets est le serpent, la pomme, et le pêché originel. Quand Sidisid et Dela sont en studio, Belzebuth est le troisième larron.

« Même devant les portes de l’enfer, j’roule un petit bédo« . Qui mieux qu’Alkpote -« le nouveau Doc Gynéco« – pour escorter des âmes perdues vers le précipice ? S’il n’a pas l’impact incroyable de Chiens, Prêt pour la guerre est une nouvelle preuve de l’excellence du binôme Alk-Sid. Les deux dévoreurs d’âmes se nourrissent l’un de l’autre -en toute hétérosexualité, attention- et nous font regretter un peu plus l’existence avortée du projet Ténébreuse Musique. Beaucoup, beaucoup moins prévisible, l’association Lalcko-BB est l’exemple parfait de ce que doit être une collaboration entre un pur lyriciste et un trappeur axé sur la technique. Sans que ni l’un, ni l’autre, ne dénaturent leur travail, le rapprochement se fait, et ce passage de témoin, où chacun répond dans son style, vaut son pesant d’or : « Ils disent que Colal dans un stud’, c’est comme Sarkozy à l’Assemblée / Resserrez vos cravates, on va carotter, on va faire du blé / J’suis un hustler, je sais que même dans les pâtes y’a du blé » (Lalcko) ; « Ils disent que Sidi dans un stud’, c’est comme Dominique au Sofitel / Desserrez vos ceintures, on va faire du sale, on va vous faire mal / J’suis un hustler, tu sais que même dans ta chatte y’a mon nez » (Sidisid)

Troisième featuring, et troisième ambiance : Zekwe. Sur Mademoiselle, l’ambiance est salement romantique, ou romantiquement sale. Éloge de la muse en Louboutin, Mlle aurait aisément pu figurer sur Seleçao 2, bien calé entre Premier Metro et La fille d’à côté. Prod douce et envoutante, punchlines ramossiennes (« Crache le maximum de fois avant que ta femme revienne« , « transforme vite ton RSA en RS4 si tu veux que cette garce écarte les pattes« ) … La grande qualité de Butter Bullets, c’est de savoir s’adapter aisément au style et à l’univers de chaque invité. Un mimétisme impressionnant, qui atteint, forcément, son apogée, quand Gangsta Boo entre en scène. Car après Project Pat sur Peplum, nos deux compères continuent de se faire plaisir, en collaborant avec un autre membre notoire de la Three 6 Mafia. Si l’ambiance des rues et cimetières de Memphis tend à planer sur la globalité de l’album -voire même sur toute la discographie récente du groupe-, on sent Young Sid et Dela véritablement investis à faire les choses en grand dans 12345666, affublés de leurs meilleurs masques de clowns-tueurs.

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« Place aux jeunes, c’est pas mardi-gras« . Olivier Cachin, pauvre victime de l’un des meilleurs titres de Memento Mori, n’appréciera certainement pas ce refrain tout en adlibs, ni cette prod un brin minimaliste. Pourtant, si l’on fait fi du thème et des paroles, Olivier Machin est une démonstration. Dans l’interprétation comme dans l’ambiance, tout est incroyablement maitrisé. C’est une tendance générale sur cet album : le savoir-faire du duo a gommé un à un chaque défaut de l’opus précédent : les prods paraissent moins saturées, les rimes faciles ont été mises de côté, et la direction artistique est parfaitement définie, sans faux pas, de la première à la dernière piste. Butter Bullets, après un parcours hors-normes, arrive enfin à maturité.

Car comme Cell, BB est passé par plusieurs stades. De Tekilatex et bonbons colorés à Alkpote et pilon bien gras, la mue est achevée. Un à un, Sidisid a absorbé l’âme et les pouvoirs de chacun de ses invités. Avec sa queue. Comme Cell. Mais toujours en toute hétérosexualité, et j’insiste, parce que c’est important. Quelques années en arrière, Sidisid aurait pu passer pour un vulgaire Marc-Olivier Fogiel du rap, avec cet air hautain et moqueur. Ou pour un Lorant Deutsh en Ralph Lauren, avec ses références à Louis XVI et Marie-Antoinette. On n’aurait pas pu éviter des comparaisons foireuses avec Orelsan, un blanc qui parle de sa bite, Seth Gueko, un blanc qui parle de sa bite, ou Jul, un blanc qui chantonne sous autotune. Aujourd’hui, Sidisid se présente comme le Pimp C blanc. Pimp-Sidisid. On n’oserait même pas le contredire. Paris n’est pas Memphis, mais les vices et les cimetières sont les mêmes.

Butter Bullets n’est qu’amour pour l’argent, les trucs rasés à blanc, les moteurs allemands. Les tickets de métro, les petites shneks et les gros chèques. Louis XVI et Stanley Kubrick, Ghostface et les taspé lubriques.
Butter Bullets, c’est l’odeur de la mort et l’amour du trépas. Rien de sinistre … A la limite, peut-on y voir du cynisme. Butter Bullets, c’est le nouveau romantisme. Souviens-toi que tu vas mourir. Memento Mori.

 « Si tu me cherches, j’suis au dessus du soleil, toujours en Ralph Lauren »

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Interview : Alkpote, suite et fin.

La partie 1, c’est celle-là.

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Illustration : Singe Mongol

 

Spleenter : Ca fait plusieurs fois qu’on nous dit que tu ne veux plus trop faire d’interview.. Pourquoi ?

Ca me saoule… plus d’interviews… bon c’est pas vraiment terminé regarde, je suis avec vous. Peut être que j’en ferai une, une dernière vidéo, à un moment donné. Enfin je sais pas encore, c’est flou.

 Téobaldo : C’est tout l’aspect promo qui te fait chier, ou seulement les interviews ? Parce que je me souviens que tu as été un des premiers, à la sortie de L’Empereur, à inonder de vidéos, de freestyles , de trucs improvisés…

C’était marrant quand j’avais 23, 24 ans, mais là, maintenant que j’en ai 33, c’est moins marrant. J’ai d’autres préoccupations que d’aller me promener devant des journalistes, faire du spectacle devant une caméra, comme j’ai pu le faire auparavant. Disons que je veux êre efficace directement avec des morceaux, des clips. C’est pour ça, je fais des vidéos où je rappe, comme j’ai fait avec le freestyle Booska-p, j’essaie de rapper en fait. Ca ne m’intéresse plus trop de parler, je pense que je me suis assez exprimé. Puis si c’est pour faire comme tous les autres rappeurs… se plaindre… Ca ne m’intéresse pas.

 Genono : Il n’y aura pas de série de vidéos comme « Les Marches de l’Empereur » ?

Non je ne pense pas. Il y aura peut être des freestyles vidéos où je rappe. Peut être une interview ou deux, filmées, pour l’Orgasmixtape 2 et pour La Dernière Valse. Mais les interviews comme ça à tous bouts de champs, ça ne m’intéresse plus. Les radios c’est pareil, j’y vais pour rapper, et plus pour parler.

Teobaldo : Quand t’as commencé le rap, c’est toi qui a démarché des rappeurs pour poser sur leurs projets..t’as jamais prétendu être « tombé » dans le rap par hasard.

Mais je le fais encore aujourd’hui ! Et à l’heure où je te parle il y a encore de l’amour. De l’amour du rap. Au début quand j’ai commencé, je savais pas qu’il y avait de l’argent, je faisais ça vraiment par amour. Je kiffais ça ! Après il y a eu une période où il y a eu des sous, après il n’y en a plus trop eu, et aujourd’hui je suis content comme ça. Je prends le peu qu’il y a, les miettes. Elles me suffisent, j’ai un travail, cet argent me suffit !

Teobaldo : Et quand t’étais jeune, qu’est ce qui t’a motivé à faire du rap ? Tes influences ?

Ce qui m’a fait kiffer le rap, je crois que c’est le Wu Tang, Yo Mtv Rap, une émission nocturne sur M6 aussi, je sais plus le nom, vers 1992, 1993.

image : Wild-Sketch
image : Wild-Sketch

Genono : Donc si je comprends bien là il va y avoir « L’Orgasmixtape 2 », « La Dernière Valse », et c’est terminé ?

C’est fini, exactement. Quand j’étais jeune je disais que je rapperai jusqu’à la fin de mes jours, mais après le côté rêveur part. On devient réaliste.

Spleenter : Tu réalises que quand tu vas arrêter, beaucoup de gens qui te calculaient pas vont dire « ah c’est dommage qu’il ait arrêté », un syndrome Alpha 5.20…

Ah ça c’est un bon exemple. Ce que je respecte c’est les mecs qui ont arrêté comme lui, comme Larsen, qui sont pas revenus. Ils ont trouvé la paix ailleurs, ils ont compris la vraie vie. T’as des mecs ils arrêtent, ils reviennent, eux je les respecte pas. Il ne faut pas faire ça. Revenir à 45 ans ? C’est bon, il faut passer à autre chose… le rap c’est pour les jeunes. Moi je suis trop vieux là, c’est l’heure de passer le relais. Je me sens complétement has been, dépassé par les évènements. J’ai fait du rap quand j’étais jeune, maintenant que je le suis moins, il faut passer à autre chose, s’avouer vaincu, relax Max. C’est cool.

Spleenter : Tu t’avoues vraiment vaincu ? Ou tu penses avoir atteint certains objectifs ?

Dans la vie de tous les jours, même dans une défaite je vois de la victoire. Je vois le bien partout. Il y en a, je te dis, c’est fini l’époque des rappeurs qui se plaignaient, je suis quand même content. C’est des souvenirs ! Des souvenirs pour moi, pour mes enfants, mes petits enfants si Dieu veut. Les pochettes de mes cd ce sont des souvenirs. C’est comme ça que je vois le truc.

Spleenter : J’ai l’impression que tu n’es pas trop concerts. Tu manques de plans ou ça te saoule aussi ?

Ouais en vérité j’ai pas trop de plans. Sinon je suis ouvert, tant que je touche un billet. C’est pareil pour les feat. Pendant longtemps je me suis permis de vivre du rap. Je travaillais pas, pendant très longtemps. Pour une apparition sur scène pendant vingt minutes je prenais 3500 euros, et même maintenant… c’est les tarifs. Après pour un feat je dis 1500 euros, mais je m’arrange avec le mec, s’il a un peu moins… je prends un peu moins. On s’arrange, sans ssoucis, mais je feat pas gratuitement.

Genono : La série de mixtapes « Bande de putains » mixée par Vincenzo, c’est un truc dans lequel tu es impliqué ?

Non, je n’ai rien à voir là dedans, je ne sais pas qui est ce mec. Je ne sais pas ce qu’il fait. Pourtant je fais encore des apparitions sur des tapes. A droite à gauche. Là j’apparais sur l’album d’Infinit, sur le projet de mon pote Idjil, sur des sons de Weedim, sur l’album de Seth, et sur encore d’autres trucs que j’ai pas en tête !  Il y a un projet commun, « Néo6 » avec Seth Gueko, Jason Voriz… en cours d’enregistrement. J’ai posé sur trois sons là pour le moment. C’est un truc pour mettre en avant les mecs du 06 et en même temps ceux de Néochrome, Joe Lucazz, 25G, SKP2JV…

Teobaldo : Et avec Joe Lucazz justement, il y a d’autre duos prévus ?

Ouais on en a un dans « L’Orgamixtape 2 », et il est encore plus lourd que le précédent. Deux fois plus lourd. On se connaît depuis très très longtemps, bien avant Néochrome ! Depuis l’époque des K7. On se croisait dans les studios souterrains, les caves, que dans des endroits comme ça. J’étais avec l’Unité 2 Feu, lui avec son groupe de l’époque, Buffalo Soldiers. Et on se croisait à chaque fois, mais on n’avait jamais collaboré ensemble jusqu’à ce que sortent les mixtapes Rap De Banlieusards. On se connaissait bien par contre.

Spleenter : Si t’es le nouveau Gainsbourg, comme tu l’as souvent écrit, c’est qui ta Whitney Houston ?

Rihanna. C’est elle la Whitney Houston du moment. Ce serait pas la mienne, mais je pense que c’est la Whitney Houston actuelle.

Genono : Et Gainsbourg, il penserait quoi d’Alkpote ?

Il en aurait rien à foutre de moi, ce batard raciste. Je pense qu’il serait sionniste. Gainzbeur c’était un délire. Qu’il aille se faire enculer. Je me suis inspiré de mauvaises personnes dans ma vie. C’est pas un bon exemple. A un moment donné j’étais dans ce délire là, de m’autodétruire. C’était une autodestruction pour la création, se défoncer à mort pour pouvoir créer. Je me reconnaissais dans Gainsbourg, mais aujourd’hui déjà je me défonce moins, et je l’emmerde. J’emmerde sa fille plutôt, vu que j’emmerde pas un mort.

Teobaldo : « C’est Alkpote, le nouveau Doc Gynéco », il fait partie de tes influences ?

J’aime bien son côté nonchalant, chanté… j’aime bien ce délire là, défoncé à mort

Spleenter : C’est quoi l’impact de la boisson et de la drogue sur ton écriture ?

Je dirais que c’était complétement nécessaire à la création. A un moment donné dans ma vie si j’avais pas de l’alcool et de la drogue à consommer, je n’arrivais pas à écrire. C’est une réalité, et je trouve que mes meilleurs textes, mes meilleurs morceaux, ont été créés sous drogue, sous alcool. C’est triste mais je me suis rendu compte de ça. Après « L’Empereur contre attaque » je l’ai fait plus ou moins à jeun. Je me suis aperçu que j’arrivais à écrire sans drogue. C’est psychologique tout ça. Mais j’avoue que pour écrire, fumer un gros pilon de la mort ça m’aide toujours. Mais bon, même sans, je peux le faire.

Teobaldo : Les sons de Memphis, ça t’avait bien parlé, c’est des sonorités influentes pour toi ?

Le meilleur survivant de ces trucs là c’est Juicy J ! Ouais c’est un délire que j’ai kiffé, leur musicalité, leurs ambiances, ils étaient défoncés à je sais pas quoi. Il y a un côté malsain, maléfique,  Dj Paul il lui manque une main, il a un triple six de fou tatoué sur le dos, l’autre il a un os de pygmé dans le nez, c’est des monstres ! Crunchy Black tu pouvais rêver de lui la nuit, des têtes comme ça dans vois pas à tous les coins de rue. Project Pat ! Franchement c’était une équipe incroyable. C’était comme le Wu Tang sauf qu’ils étaient tous forts ! Un autre délire. C’est comme ça que j’ai kiffé, je les voyais comme un autre Wu Tang, d’un autre coin.

Spleenter : Du coup si on fait l’historique de tes influences, au début c’était très New York…

(Il coupe) Staten Island, ouais. Et c’est toujours resté New york, jusqu’à aujourd’hui. Atlanta aussi, quand même. On peut pas éviter ça. Trop de mecs qui tuent à Atlanta. Peewee Longway, Young Scooter, il y a trop de vedettes là bas !

Spleenter : Et la trap c’est un truc qui te correspond plus au niveau de tes textes ?

Oh je sais pas ce qui me correspond le plus… J’peux rapper sur tout…Acappella, trap, westcoast, moi je m’en fous, tant que ça me plaît.

Teobaldo : Tes instrus tu les choisis comment , t’as des demandes particulières ou tu fais selon ce qu’on t’envoie?

Ca dépend, on m’en envoie pas mal, des fois je demande des trucs, c’est un peu tout ça.

Teobaldo : Pour « Nimporte quoi » par exemple, ça s’est passé comment ?

C’était un truc que Zekwe Ramos m’avait passé. Il m’avait fait un dossier avec pas mal d’instrus et celle là trainait, j’avais utilisé presque tout le reste et j’ai pris celle ci pour l’Orgasmixtape. Je l’avais depuis longtemps l’instru. Après j’ai rappé dessus avec le flow qu’elle créait.

Genono : Pour les prochains projets tu vas t’entourer encore de Dj Weedim, Butter Bullets etc. ?

Exactement. Ces deux là principalement, et sûrement des ptits lulus à droite à gauche. Ils sont toujours les bienvenus, tant que c’est du bon son, tant que c’est du lourd. Je ne suis pas compliqué, je cherche même pas en fait. Ca arrive à moi, tant mieux, si ça n’arrive pas, j’en ai rien à foutre !
Je bosse avec Hits Alive aussi. J’ai plusieurs instrus à eux que j’ai pas encore utilisées. Sur l’Orgasmixtape je crois que j’en ai qu’une, « Egaré ». Je vais en utiliser d’autre pour L’Orgasmixtape 2.

Genono : Ce projet ce sera que des feats ?

Non. Il y en aura beaucoup mais pas que. C’est en cours de construction mais je peux déjà te dire qu’elle est deux fois meilleures que la première, alors qu’elle n’est même pas finie.

Teobaldo : Aujourd’hui il y a un truc qui marche bien c’est les phrases un peu gogoles, marrantes. Mais toi t’as toujours développé ça.

La Fouine a popularisé ça, mais on faisait ça bien avant. Qu’est ce que tu veux que je dise ? Quand tu m’en parles ça m’y fait penser. A l’époque on faisait ça anonymement, aujourd’hui tout le monde le fait. C’est comme ça, il n’y a rien qui nous appartient. Nous même on ne s’appartient pas…On appartient tous au Créateur, alors c’est pas des textes, des flow ou autres qui vont nous appartenir. J’en ai inspiré, plus d’un, plus de deux, beaucoup plus.

Teobaldo : Niveau technique, faire des rimes à plusieurs syllabes, c’est un truc qui te vient du 91 ?

J’ai appris récemment que ça s’appelait « multisyllabique ». C’était naturel chez moi. J’avoue qu’avant il y avait Nubi qui faisait ça. Il le faisait naturellement, moi aussi. A la base je rimais toujours avec des consonnes. « Boum / Bim / Bam », « Toc / Tuc / Tec ».. et après j’ai rimé en voyelle, un peu plus tard, « Bam / Chatte ».

Spleenter : Dans une très vieille interview, un mec te parlait du caractère marrant de ton nom « Alkpote »

(Il coupe) T’es marrant comme intervieweur toi, t’as une tête marrante ! Même toi avec tes cheveux d’argent (désignant Téobaldo) mais je vous ai déjà vus à Goom Radio.

Spleenter : Ouais (rires). Mais donc tu lui  avais dit « non c’est pas de l’humour c’est juste que pour baiser les mc’s je me protège ». Avec le temps, t’as plus assumé le côté déconne de ta musique.

Ah oui je m’en souviens de celle à, je crois que c’était pour Rap1pulsif, ou Enmode.fr. Oui c’est spur que dans la vie de tous les jours je suis pas Alkpote. Alkpote c’est du spectacle. Dès qu’il y a une caméra devant moi, un micro. Mais quand je suis en famille… Alkpote…

Genono : On dirait que des fois le personnage prend le dessus sur la musique.

C’est vrai. Je sais même pas si dans mon public certains sont pas là parce qu’ils aiment bien les insultes, le personnage, les mots clefs que j’envoie, plutôt que la technique qui se cache derrière. Les rappeurs le savent que je suis un technicien hors pair, que je sais rimer comme eux ne savent pas le faire. Je vais pas dire que je suis le meilleur non plus. En tout cas je rime mieux que la relève.
Et pas mal d’anciens. Et pas mal de ma génération.

Genono : Dans la « relève » certains te parlent un peu ?

Ouais j’aime bien, Sadek, L’Entourage, voilà. Infinit aussi. Sidisid, j’adhère totalement, je retrouve de moi en lui. Je kiffe beaucoup ce qu’il fait, je kiffe Sidisid. Franchement on aurait pu faire un groupe avec ce mec là. Un duo, un tandem flamboyant. Ca aurait été mieux qu’avec Katana.

Téobaldo : Ah carrément ?

J’ai plus points communs avec Sidisid que j’en ai avec Katana ! De ouf. Il n’y a pas photo. Les points communs qui nous unissaient avec Katana c’est qu’on était du même quartier, du même square, de la même école et qu’o nétait des amis d’enfance. Quand on a grandit, qu’on est devenu adolescent, ça a changé. On a fait deux cd’s de l’Unité 2 Feu. Aujourd’hui ça n’existe plus. C’est fini. C’est que des souvenirs. Pas de mauvais souvenirs. Mais des souvenirs quand même. Les deux morceaux sur Mazter Chef et celui sur Néochrome All Star c’est les derniers sons que t’entendras d’Unité 2 Feu. Les derniers vraiment, où on s’est retrouvé en studio.

Spleenter : Revenons au personnage Alkpote. Quand est ce que tu as eu le déclic de le créer ? C’est progressif ? A force on dirait presque que t’es un Gilles de La Tourette du rap.

Ouais ça s’est fait progressivement. Ce personnage c’est une part de moi aussi. J’ai des points commun avec lui. Il y a une part de vérité dans chaque blague, mais c’est exagéré sur plein de points.  Moi je trouve que je m’améliore. Il y a des fans, j’entends souvent ils demandent pourquoi je rappe pas comme avant. Mais moi je trouve que je suis mille fois plus fort. J’écris mille fois plus vite,  mes rimmes elles sont mille fois plus technique. J’estime que je m’améliore tout le temps. Demain peut être je vais fumer une bonne frappe qui va me faire encore progresser.

Spleenter : Tu rigoles quand t’écris ?

Ouais des fois j’écris une rime et je me fais rire moi même. Quand c’est ça c’est qu’elle est bonne ! Les rappeurs en général ils arrivent pas à me faire. Récemment il y a 6 coups mc qui m’a fait rire là, l’enfoiré. Avec « Allez tous au bois 2 », il a réussi à me faire rire, il est fort Six coups, très fort. Ils y arrivent pas les nouveaux rappeurs, c’est ce que je disais à ma femme.

Spleenter : Dans ta voix et ton interprétation t’as un truc très froid, déshumanisé, tu fais exprès ?

Non je crois que j’ai ça naturellement parce que même les meufs à l’époque elles me disaient ça. « Tu dis pas je t’aime, tu dis rien, t’en as rien à foutre ». J’ai ça en moi en fait, on me l’a beaucoup dit ça. Mais je pense pas être plus froid qu’un autre. Je suis normal en fait. J’peux paraître comme ça, froid, mais c’est pas le cas.

Spleenter : A une époque t’avais parler de faire des titres dansants, voir électro, c’était une connerie ?

J’ai fait, et j’ai jeté. J’ai tenté mille est un trucs. Mais dans La dernière valse il y a des morceaux qui risquent de vous surprendre ! Les instrus, la façon de poser, même moi mes morceaux me surprennent. Ils on rien à voir avec tout ce que j’ai fait ! C’est des sons déjà prêts, mixés et masterisés !

Spleenter : A un moment aussi tu parlais de faire des clips avec des guests, je pense à « Peep show » avec Salif, pourquoi ça ne s’est pas fait ?

C’est surtout à cause du manque de moyens. Si ça ne tenait qu’à moi je ferais des clips d’enfoiré ! Par exemple le clip « Dans le sas » de l’Orgasmixtape, nécessiterait un budget, ne serait ce que pour un sas, un sas de banque. Mais qui nous prêterait un sas de banque, nous autoriserait à tourner ? Lui d’un côté du sas, moi de l’autre, c’est tout con.

Spleenter : Concernant les références, le name dropping, ça balaie plein de truc dans ton rap, télé-réalité, dessins animés…

Ah ça y va !  Je m’inspire de tout ce que j’aime regarder. En ce moment il y a Madame est servie qui repasse sur je-ne-sais quelle chaine, et j’aime pas regarder ça. C’est trop nostalgique. Je regardais récemment Notre belle famille … ça me rappelle trop de souvenirs, je peux pas. Juste la façon dont ils sont habillés, avec les chemises rentrées dans le pantalon, le pantalon remonté jusqu’au nombril … J’essaye de vivre avec mon temps. Le passé, ça me fait mal au cœur. La nostalgie, ça me fait mal au cœur, je sais pas comment t’expliquer ça. C’est un truc que j’ai en moi. Il y a des morceaux, et pas forcément de rap, que je peux pas réécouter aujourd’hui. Si je les réécoute, ça va me rappeler une époque de ma vie, des ambiances que j’ai pas envie de revivre. C’est louche, ça va me rappeler des souvenirs, des moments où je marchais dans le froid. Je ne supporte pas la nostalgie.

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Image : Wild Sketch

Genono : T’as cité Dumb & Dumber comme un de tes films préférés, tu penses quoi de la suite, prévue pour bientôt ?

Je suis curieux, c’est toujours Jim Carrey et l’autre les acteurs ? Ouais ? Alors ça va être une tuerie.

Genono : Et Les Tortues Ninjas ?

J’ai vu une bande annonce, ça tue. Quand il s’éjecte sur la camionnette, ça tue. Et à la fin, quand il enlève son masque, que la meuf s’évanouit, c’est magnifique. Je suis pressé de le voir.

Spleenter : T’étais plutôt Tiny Toons ou Animaniacs ?

Franchement, les deux. Tiny Toons, c’était bien, Animaniacs aussi … les deux frères juifs, Warner Bros. Y’avait Minus et Cortex dans les Animaniacs, c’était bien.

Spleenter : DBZ ou Chevaliers du Zodiaque ?

Les deux, à mort. Mais si je dois choisir, Chevaliers du Zodiaque. Même si c’est trop … malsain. Les hermaphrodites, et tout … Je comprenais pas, à l’époque, pourquoi le Chevalier du Poisson c’était une femme, avec une voix d’homme. Y’a plein de trucs comme ça. Y’avait aussi un mec qui était « trop beau ». Ils disaient tous « il est trop beau, sa beauté va nous ensorceler, faut pas le regarder ». Mais y’a pas que les Chevaliers du Zodiaque, même Tristan, de Tristan et Matias … cheveux violets, longs … c’est suspect.

Spleenter : Quand tu vois des mecs comme La Fouine, Booba, Kaaris, sortir des phases très sales, que t’aurais pu sortir, est-ce que tu te dis que toi t’es arrivé trop tôt ? Ou alors t’es trop spé pour passer auprès des médias ?

Je ne dirais pas que je suis spé, c’est du rap que je fais. Il peut y avoir du rap doux, du rap dur, mais ça reste du rap. Je sais pas si j’étais là en avance … nan, je pense pas. Mais je pense que, comme on le disait tout à l’heure, quand je vais arrêter, on va dire «l’enfoiré, il était pas si mauvais, il va nous manquer, cette sale race ». « Merde, il a pas été assez exploité ce mec là, il a pas exploité tout son potentiel » (rires).

Spleenter : Tout le délire autour de « sucez », ça t’est venu comment ? Au début, c’était par-ci par-là, mais aujourd’hui on t’identifie vraiment comme « le gars qui dit « Sucez » à tous bouts de champ ».

C’est un mot-clef. J’ai toujours rappé comme je rappe, puis à un moment je me suis rendu compte que ça fonctionnait d’utiliser ces mots-clefs : pute, salope, bite, chatte, anus … ces mots-clefs ont fait tilt, alors je les ai introduits. Après, comme on disait tout à l’heure, peut-être que certains ont été plus attirés par ça, et n’ont pas vu la technique. D’autres ont vu qu’il y avait un technicien derrière, et au final, peu importe, du moment qu’ils ont été là. Mais aujourd’hui, je veux plus d’eux, je te jure que c’est vrai. Je trouve que j’égare les gens, ce que je fais c’est pas une bonne chose. Moi-même je suis égaré, et j’égare les gens avec moi. La meilleure chose, c’est de pas du tout écouter de rap. C’est mauvais.
Spleenter : Dans tes morceaux récents, j’ai l’impression que t’es plus orienté bouffe que sexe …

Je suis un fin gourmet. J’ai toujours été épicurien. A la base, mon album devait pas s’appeler La Dernière Valse, parce que pour moi c’était pas le dernier, je voulais l’appeler Epicurisme. J’ai toujours été épicurien, j’aime la bonne bouffe, j’aime la vie, j’aime profiter de la vie. J’aime toutes les joies que la vie peut t’offrir, même si c’est pas ça la vérité. C’est dur, de résister. Aujourd’hui, je résiste un peu plus aux tentations, mais ça n’a pas toujours été le cas.

Spleenter : L’Orgasmixtape c’est un peu un retour à la base, dans le sens où tu fais juste ce que tu veux, tu dis ce que tu veux, sans te prendre la tête ?

Ouais, je me suis dit que j’allais faire un truc vraiment dans l’esprit mixtape, avec des sons hardcores, en invitant plein de gens … alors que La Dernière Valse, c’est plus ouvert. Il n’y aura sûrement pas d’invités. Tiens, je peux vous donner le nom des invités de l’Orgasmixtape 2 si vous voulez : un duo avec Seth Gueko, un duo avec Nubi, un son avec Sadek et Sidisid … Joe Lucazz, comme je te l’ai dit tout à l’heure, Infinit, Selim du 94 … et puis des mecs d’Evry. J’ai invité mes amis, ceux que j’aime bien, ceux avec qui j’aime bien collaborer. C’est une sorte de jubilé. Ceux qui m’aiment bien, qui aiment mes mots-clefs, et qui aiment la technique, ils vont être servis. Ils vont même être super-servis.

Genono : Sur le remix de Mongoldorak, il parait qu’il devait y avoir Canardo. Où est-il passé ?
C’est pas plus mal, nan ?

Genono : Moi je suis un grand fan de Canardo, donc j’étais déçu (rires).

Chacun ses goûts … Pour être franc, je l’ai invité par l’intermédiaire de sa mannageuse, et il m’a snobé. Donc c’est pas plus mal.

Spleenter : Le story-telling de « Dans le sas », ultra-mongol, vous l’avez écrit comment ?

En studio, et Granit y est pour beaucoup. Il nous disait « faites comme ci, dites comme ça » … et en plus ça a pas duré longtemps. On avait déjà fait 2-3 morceaux dans la journée, et celui-là a dû prendre deux heures, pour l’écriture et l’enregistrement.

Spleenter : Le passage où tu dis « J’ai l’cœur qui palpite et la bite toute dure », et où Zekwe répond « Quoi, c’est quoi le rapport ? », c’est génial. C’est un truc qu’on aurait pu écrire dans nos dialogues à la con.

Ils tuent vos dialogues. La dernière, avec 1995, c’est lourd. Celle avec Shay aussi.

Genono : Du coup avec Alpha Wann et Nekfeu, ça s’est vraiment passé comme ça ?

(rires) Ca s’est pas passé comme ça mais … pas loin !

Spleenter : Y’a un truc assez bizarre avec ce morceau, c’est que toi tu parles d’exploser des diaphragmes et d’Aziz au pays des merguez, et Nekfeu arrive derrière et parle de la mort de son grand-père … Il était au courant que ton couplet c’était ça ?

Ouai, je l’ai fait devant lui. Le refrain, les couplets … on a tout fait ensemble.

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Genono : Dans le clip de Chiens, c’est un uniforme nazi que tu portes ?

Ouais, c’est un uniforme à moi. C’est nazi, je suis habillé en Adolf Hitler, dans la forêt de Saint-Geneviève des Bois.

Genono : Tu vas collaborer à nouveau avec Kevin El-Amrani à l’avenir ?

Là, il veut bosser avec moi. Il me dit « viens, je te clippe tel morceau » … il est bon, je sais pas s’il se défonce, mais il est bon. J’ai fait pas mal de clips, y’a d’ailleurs celui de « N’importe quoi » qui devait sortir, avec le rappeur Vald qui jouait mon rôle. Mais j’ai pris la décision de ne plus sortir de clips. Au vu de mes vues, je sais m’avouer vaincu. Y’a des clips où je peine à dépasser les 50000 vues … à l’époque de Yonea chez Neochrome, je faisais le double en une seule journée. Bon, y’a bien un moment donné où je vais en balancer quand même, il va y avoir l’Orgasmixtape 2, je vais devoir balancer 2-3 trucs avant.

Genono : T’es un peu obligé, non ?

Ouais, mais ça fait pas de vues, c’est triste.

image : Wild-Sketch
image : Wild-Sketch

Spleenter : Un jour un mec m’a dit « j’aime beaucoup Alkpote, mais faut vraiment qu’il arrête de rapper en arabe, son accent est pourri ».

J’avoue, mon accent n’est pas parfait. Mon arabe n’est pas parfait, je le reconnais volontiers, mais je rappe pas tellement beaucoup en arabe.

Spleenter : T’as fait pas mal de morceaux avec des rappeurs tunisiens, ou d’origine tunisienne. Ca compte, pour toi, de représenter ?

Ouais, on peut dire que oui. J’ai toujours bien aimé Balti, Mokless, Haroun … C’est vrai, j’aime bien les rappeurs tunisiens. Kalash l’Afro, Selim du 94 … je les aime bien.

Teobaldo : T’as même rappé avec des allemandes …

Je suis ouvert, je suis prêt à collaborer une personne avec qui il manque un œil, un mec qui ne sait pas rapper, ou un enfant de 5 ans, ou même avec une vieille … c’est un travail, de faire des collaborations, et je peux travailler avec n’importe qui. Je suis un mercenaire de la rime, si t’as besoin de moi, je suis là pour toi.

Spleenter : Au niveau de ton discours, t’as toujours été plus ou moins dans la norme, et sur « L’Orgasmixtape », j’ai l’impression qu’il y a eu un ras-le-bol, notamment autour des médias et du sionisme.

Moi aussi, en réécoutant le projet en entier, j’ai remarqué ça. J’en suis arrivé à la conclusion que j’avais peut-être mûri, que j’avais pris de l’âge. Ca se ressent beaucoup,  c’est vrai, mais c’est pas quelque chose que j’ai recherché. Je m’en suis rendu compte après coup.

Spleenter : Le morceau « Liberté d’expression », on a presque l’impression que tu l’as écrit juste après l’affaire Dieudonné.

Il y a eu de ça, aussi. Je suis à fond dans Dieudonné, je le soutiens à 300%. D’ailleurs j’ai bien aimé le morceau de Sadek à ce sujet. J’aime les mecs qui portent leurs couilles, qui assument leurs positions. Nous, les rappeurs, on doit prendre position, dire des choses. C’est bien de rigoler, mais c’est bien aussi de dire les choses, de dire que les sionistes sont des fils de putes.

Spleenter : Y’a aussi le name-dropping avec Fabius et Jack Lang dans Vomissure, ça m’a éclaté.

Ouais, c’est pas mal.

Genono : Tu cites également Alain Soral dans l’intro. C’est une influence pour toi ?

Alain Soral, je l’aime bien. C’est une influence. Ce que j’aime chez lui, ou chez Tariq Ramadan, c’est leur intelligence. C’est ça qui me charme, leur façon de s’exprimer, leur intelligence, leur répartie. J’aime bien les mecs qui savent s’exprimer.

Genono : T’as pas eu de retours de la LICRA  suite à ce genre de morceaux ?

Nan, je suis un petit poisson. Je suis pas bien méchant . Ils vont aller voir les RG demander combien je gagne ?  … Je vaux rien, pour eux.

Genono : Tu parlais déjà de Manuel Valls en 2009 dans tes interviews, et tu l’insultais déjà. T’es un visionnaire sur ce coup.

C’était le maire d’Evry à l’époque, et il a jamais été très cool avec les Pyramides. Il a jamais rien fait pour eux, contrairement à d’autres quartiers d’Evry, où il faisait implanter des maisons de quartiers, des MJC, etc. Nous, on a jamais rien eu. Mais j’ai vu une vidéo de lui à l’ancienne où il parlait de la Palestine, et j’étais choqué. Je me suis dit « il est pas si mauvais à la base ». Je me suis dit qu’à la base c’était un bon, et que l’argent et les sionistes l’ont charmé. Résultat, il a retourné sa veste, et maintenant il est de leur côté. Alors qu’à la base, il les aime pas, ces mecs là. Ils l’ont charmé, il s’est marié avec une sioniste …

Genono : Est-ce que tu pourrais te lancer en politique et faire une campagne avec le slogan « Sucez-moi avant la présidentielle » ?

Peut-être, mais avec un autre mot. Dans le même concept, mais sans le « sucez-moi », c’est peut-être un peu trop. Je trouverais une autre formule, moins choc. « L’orgasmixtape » à la base devait s’appeler » Re-sucez moi avant l’album », ou « Sucez moi encore ». Sur mon iphone j’ai tout une liste de noms de mixtapes.

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Illustration : Singe Mongol

Spleenter : C’est quoi les films qui t’ont marqué dernièrement ?

Chaud… j’en regarde trois par nuit. Des récents ? Robocop est pas mal, avec les poumons et tout là. La scène elle tue, quand il a pas de mains et tout. Du coup j’ai revu l’ancien. Il était sanglant de ouf ! J’ai apprécié ça. J’aime bien quand c’est sanglant Game Of Thrones. Ma famille est choqué parce que j’rigole que quand il y a du sang.

[S’en suit une séquence très violente où Alkpote décrit une scène de GoT et demande qu’on ne retranscrive pas ses propos spoilant la série, en expliquant qu’il supprime régulièrement des gens sur ses réseaux sociaux car ils lui pourrissent la vie avec leurs spoils]

Spleenter : T’écoutes quoi en ce moment ?

J’écoute de tout, tout le temps. J’écoute un peu moins de musique ces derniers temps parce que j’ai beaucoup de travail. Mais quand mon fils regarde les chaines musicales j’écoute. En rap, j’écoute de tout, beaucoup de sons d’Atlanta en ce moment, Future, Migos, les trucs que tous les cons écoutent. Je suis fan de Gucci, de 1017 Brick Squad. Je suis pas trop dansl e son de Chicago par contre.

Spleenter : Et Young Thug, tu vois qui c’est déjà physiquement ?

Ouais il ressemble un peu à Joe Lucazz. Mais c’est une sacré bébête, une sacré bestiole, asexuée, il représente bien les temps. Mais son rap, aussi, il est super fort.

Teobaldo : T’as encore des morceaux jamais sortis en stock ?

Quasiment aucun, j’ai vidé mes cartouches. Il me restait « Bande de putains remix », avec Niro, Sidisid, Tige la Rafale, que j’avais envoyé à l’époque mais qui n’était jamais sorti sur aucun support. Y’a encore un ou deux morceaux que je vais placer sur La Dernière Valse etL’Orgasmixtape 2, mais c’est tout. Pour le reste, ce sera que de l’exclu.

Genono : Il y avait pas un projet d’album Ténébreuse mafia ?

Oui, pas mal de mes projets ont avorté, et c’est peut être pas plus mal. Ténébreuse Mafia n’existe plus, c’est mon invention et c’est ma déstruction. C’est comme le label Ténébreuse musique, j’avais inventé ça pour mon groupe la ténébreuse unité 2 feu, juste avant qu’on signe chez Néochrome, pour Haine misère et crasse. Plusieurs personnes voulaient nous sortir, Nouvelle Donne, d’autres encore, mais rien ne s’est fait. A la fin comme il n’y avait personne on s’est dit qu’on allait mettre des sous nous mêmes. Jeunes et motivés ! Puis Yonea est arrivé il a u qu’on payait nous même nos séances studios, il a dit « arrêtez de payer, c’est bon je vais vous le sortir » mais en revanche la contrepartie était que je sorte directement après un solo. Il n’était pas interessé par Katana, il voulait qu’Alkpote. Il a sorti le groupe Unité 2 Feu pour me faire plaisir. Mais moi j’ai jamais eu dans ma tête l’envie de sortir unalbum d’Alkpote, pour moi, c’était Unité 2 feu. L’Empereur on m’a forcé un peu à le faire. Mais après je me suis pris au jeu.

Genono : T’as pas eu une période où tu voulais monter une association type Resto du cœur aussi ?

Ouais, à une époque j’avais tellement d’envies et de désirs… mais ça a été abandonné. Les idées c’est pas ce qui manque, mais les fonds … il faut des investisseurs.

Téobaldo : Si t’avais percé…

Pour percer j’aurais été avec des sionnistes. Les investisseurs je les aurais trouvés mais ça aurait été des sionnistes. Tu vois c’est pas plus mal de pas avoir percé. Je suis heureux de pas être dans ce milieu malsain. C’est très malsain le rap, plus malsain que les autres milieux, la drogue, le foot, le cinéma sont des milieux moins malsains ! Même la variet ‘ ! Pourtant il y a de la drogue un peu partout, dans la variet’ , mais le rap… de la trahison, des trucs spéciaux. Il y en a qui sont pas assez forts psychologiquement. Certains vont en asile, se font interner, camisoler, prennent des médocs. Il y en a qui abandonnent, qui reviennent, c’est dur le rap.

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BONUS : LE SUPER QUIZZ DE SPLEENTER

La règle du jeu : Spleenter balance des lyrics un peu sales, et Alk doit deviner si elles sont de lui ou d’un autre rappeur.

Spleenter : « Dégage de mon lit salope si t’as tes règles »
Alkpote : Ca aurait pu être moi, mais non, j’ai jamais dit ça de ma vie.
Spleenter : C’est La Fouine.
Alkpote : Ca m’étonne pas.
Spleenter : « Les gouttes de sperme coulent sur ton nez, tu comprends qu’on va te surplomber »
Alkpote : (rires) C’est bien moi, je l’oublierai jamais de ma vie celle là.
Spleenter : « Tu fais le gangster, j’te laisse du sperme dans le zen »
Alkpote : Ouais, c’est moi, sur L’envahisseur.
Spleenter : Nan, c’est Salif, dans Peep Show.
Alkpote : J’ai confondu avec « tu fais tes emplettes en string panthère »
Spleenter : « On encule les pterodactyles »
Alkpote : C’est moi, dans C’est le retour de l’U2F . C’est à cause de mon fils il est fan des dinosaures, j’ai jamais vu ça !
Spleenter : « Elle est où ta tétête, que je m’égoutte la kekette »
Alkpote : J’ai rien à voir avec ces mots-là !
Spleenter : C’était Seth Gueko. « Un doigt de génie rectal en guise de tendresse ».
Alkpote : Connais pas.
Spleenter : Kaaris. « Je fais d’une pierre deux coups, et d’une capote deux trous »
Alkpote : Ca, c’est moi. Elle est fantastique.
Spleenter : « Mon membre se rallonge, même si je suis pas Piccolo »
Alkpote : C’est bien moi, avec la rappeuse allemande.
Spleenter : « C’est moi qui raque si t’as le boule à Shakira »
Alkpote : Nan, connais pas.
Spleenter : Abis. « Ma bite et ton cul s’emboitent »
Alkpote : Ah, ça c’est beau … c’est moi, et je l’ai utilisé deux fois : une avec Zesau, et une dans Neo Come Back.
Spleenter : « Je vais tellement t’enculer que quand tu bailleras on verra le jour »
Alkpote : Je connais pas, mais c’est sympa, j’aime bien.
Spleenter : C’est le père, dans Bernie, le film. « Suce nos bites, salope, lèche nos boules de bowling »
Alkpote : C’est Mister You.
Spleenter : « J’te fais mouiller avec un couteau rouillé »
Alkpote : C’est bien moi, sur Bande de Chiennasses.
Spleenter : « J’te prends en levrette, laisse-moi mettre le doigt »
Alkpote : C’est Booba, ça, nan ?
Spleenter : Ouais. « J’éjacule sur tes taches de rousseur »
Alkpote : C’est moi, Bande de Putains de Putes Remix.
Spleenter : « Suce mon réglisse, mes dragibus »
Alkpote : Double-brochette !
Spleenter : « C’est dans le parking qu’on finit le casting »
Alkpote : Connais pas.
Spleenter : C’est Koma. « Mets-toi à 4 pattes, que je brûle ta cellulite »
Alkpote : C’est pas moi, mais j’ai l’impression de connaître.
Spleenter : C’est Rohff. « Ouvre-la seulement pendant les douches de sperme »
Alkpote : C’est bien moi.
Spleenter : « Montre-moi ta shnek sur ta webcam »
Alkpote : C’est moi, dans Solitaire.
Spleenter : « J’te parle de sexe sans honte, j’aime la cyprine »
Alkpote : Gainzbeur !
Spleenter : « T’auras le droit que des regards très sombres, à des claques sur le boul, et à beaucoup de foutre »
Alkpote : Connais ap.
Spleenter : Dosseh. « Bitch dead dans les toilettes, bite grosse comme une canette »
Alkpote : … non
Spleenter : C’était Joke.
Alkpote : Joe Lucazz ?
Spleenter : Non, Joke.
Alkpote : Ah …
Spleenter : « Tu seras ma petite chienne et je serai ton gentil maitre »
Alkpote : Je connais pas.
Spleenter : Orelsan. « Si t’es un fin gourmet, tu vas sucer des longues queues »
Alkpote : C’est bien moi (rires)
Spleenter : « Mon soce s’éclate avec une étudiante à 4 pattes »
Alkpote : Non, pas moi.
Spleenter : C’était Express D. « Passe la vaseline pour qu’on aille plus loin »
Alkpote : Non, pas moi.
Spleenter : Melopheelo. « Suce ma bite jusqu’à vomir ton suc gastrique »
Alkpote : African G’z !
Spleenter : « Je suis qu’on obsédé mais ton mec c’est qu’un pauvre pédé »
Alkpote : Belle rime, mais elle est pas de moi. Obsédé/gros pédé, c’est bien.
Spleenter : C’était Sheryo. « Si t’es cheum, juste tu me branles »
Alkpote : Si t’es cheum, juste tu me branles … je réfléchis si j’ai jamais dit ça … nan, j’en ai pas le souvenir.
Spleenter : Bien joué, c’était 25G. « Ramène ta femme, on lui ????
Alkpote : C’est pas moi … mais tu me fais hésiter, comment tu me regardes.
Spleenter : « Frotti-frotta sur la piste, et pas de slip »
Alkpote : La compagnie créole ?
Spleenter : (rires) Nan, Ol Kainry. “J’aime pas les meufs plates qui sont plein de chichis”
Alkpote : Je sais pas.
Spleenter : Alpha 5.20. « Tu peux me sucer avec ton appareil dentaire »
Alkpote : C’est bien moi !
Spleenter : « Je passe par derrière, je m’en fous de l’odeur »
Alkpote : C’est moi aussi !
Spleenter : « Coiffe les poils de ta chatte »
Alkpote : Voltaire !
Spleenter : « T’as qu’à dresser la patte pour que je vienne te caresser la chatte »
Alkpote : « Ce n’est que moi »
Spleenter : « Ta pétasse de chiennasse, je lui casse les reins »
Alkpote : La plus belle des crasses.
Spleenter : « Belek à pas te manger un zizi de travelo »
Alkpote : C’est moi.
Spleenter : « Ouvre ta chatte ma pétasse »
Alkpote : C’est bien moi dans Frissonnez « neochrome, ouvre ta chatte ma pétasse », C’est des mots-clefs, chatte, pétasse …
Spleenter : Bah voila, on a fini.
Alkpote : C’est tout ? Bah c’était sympa.

image : Wild-Sketch
image : Wild-Sketch

L’EP ‘Petits Meurtres entre amis’ de DJ Weedim est un véritable massacre

Le bon Mugen m’a devancé, et vous a présenté hier 15 bonnes raisons d’écouter Petits Meurtres entre amis, l’excellent EP signé DJ Weedim, en collaboration avec Aketo et Sidisid. Mais il existe encore de nombreuses raisons de l’écouter. Les voici :

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Je ne me suis jamais vraiment intéressé à Aketo. A l’époque de Sniper, j’avais 13 ans et un duvet noir en guise de moustache, et je me sentais trop ghetto pour écouter un groupe qui tournait sur Skyrock. Par la suite, j’ai toujours gardé cette image d’un Aketo gentillet, genre de rappeur grand-public, très loin de ce que j’ai l’habitude d’écouter. Son interview pour l’abcdr l’année dernière a été l’élément déclencheur. Non seulement j’ai trouvé le bonhomme sympathique, avec énormément de recul sur sa carrière et celle de son groupe, mais j’ai aussi été surpris par ses vrais bons gouts musicaux -Memphis en tête-, à des années-lumière de ce que j’imaginais, venant d’un ex-Sniper. Sur Petits Meurtres entre amis, Aketo se lâche complètement. Je débarque probablement quinze ans après la tempête, mais je me rends compte que c’est un vrai putain de bon rappeur, excellent techniquement, loin de l’idée « flow monocorde » qui m’était restée de Pris pour cible. mqdefaultConséquence directe du point précédent : sur Petits Meurtres entre amis, Aketo se lâche vraiment. Non seulement il fait le son qu’il aime, mais en plus, « ce genre de prod qui l’inspire » lui donne envie d’écrire « les pires saloperies ». Et niveau saloperies, Aketo n’est pas un débutant. Son image très lisse s’est légèrement fissurée il y a quelques années, avec une sextape mémorable en featuring avec Tunisiano et une groupie très vorace. De l’eau ayant coulé sous les ponts depuis, Aket s’en amuse enfin, et parsème l’EP de références pas cachées du tout à cet épisode : « J’ai même fait dans le porno, qu’est ce que je peux faire de pire ? J’suis un Sniper mais j’ai souvent du rectifier le tir » ; « Je me suis fait pépom comme Gucc’, mais c’était pas Nicki Minaj »

L’autre grand protagoniste de cet EP, c’est Sidisid. Évidemment, c’est toujours le même problème avec : soit on apprécie son style singulier et son timbre de voix particulier, soit on passe son chemin. Pour qui sait se rendre à l’évidence, aucun doute : Young Sid est clairement un des mecs les plus techniques du circuit. Le boug bouffe des influences à longueur de journée (« J’suis plus Pimp C, Trillshit, qu’Illmatic« ), les digère et les recrache, toujours en apportant cette sid-touch faite de références invraisemblables, d’arrogance sadique, et de satanisme ludique. Contrairement à Aketo, il n’a pas le souci de l’image lisse à défaire, et reste parfaitement fidèle à ce qu’il fait depuis quelques années. Son entente avec l’ancien-Sniper, aussi improbable puisse-t-elle être, fonctionne à merveille : on sent que les deux compères se butent au même son, naviguent sur les mêmes influences, et tirent tous deux dans la même direction.

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Juger le travail de DJ Weedim est une tache à la fois très simple, et très compliquée. Compliquée, parce qu’à la différence d’un rappeur, on ne dispose pas des mêmes critères-bateau pour l’évaluer : quantité de punchlines, qualité du flow, thèmes abordés … C’est très réducteur, mais au final, jauger le niveau d’un MC se limite souvent à ça. Pourtant, du moins concernant cet EP, la tache est très simple : les prods de Weedim sont absolument toutes excellentes, disposent d’une vraie identité commune, et l’ensemble est aussi lourd que cohérent. Au delà du simple travail de beatmaking, Weedim a assuré toute la direction artistique du projet, on sent que tout est pensé, et que chaque détail est tout sauf laissé au hasard. Comme un chef d’orchestre, il a dirigé chaque instrument, chaque back en off, chaque réglage d’autotune, chaque répétition, avec la minutie d’un horloger et la rigueur d’un dictateur allemand.classic-weedim

 

 

Quid des figurants ? La Weedim-family est nombreuse, et on prend plaisir à retrouver les habituels B.E.Labeu et Infinit, toujours efficaces, et surtout en parfait accord avec les thèmes abordés (oui, B.E.Labeu aime parler de drogue, ce n’est plus un mystère pour personne). On retrouve également Daddy Jokno, l’ex AfroJazz, dont on avait quasiment oublié l’existence, Nathy Boss, qui a bien grandit depuis Le son qui tue, et surtout, Alkpote. Si on connaissait déjà La Crise depuis un bon moment, on ne se prive pas d’un nouveau couplet sur l’excellent Grinder Remix, véritable pièce-maitresse de ce 9 titres. Cerise sur le gâteau, c’est lui qui conclu l’EP, nous gratifiant encore de quelques phases pas piquées des hannetons (« J’ai de l’herbe fraiche et des Kinder Délice« )

Un mot sur ce qui est, pour moi, le meilleur morceau du projet : Joeystarr. Déjà, le thème est fou. Ensuite, il est traité de la meilleure manière possible -comprenez : de manière complètement débile- avec punchlines dans tous les sens (« J’suis malin comme un singe, à la Joeystarr« ), jeux de mots aussi faciles que drôles (« J’ai toujours la dalle, comme Béatrice« ), et refrain très, très entêtant (« Chi-chi-chi-chicots en or, comme Joeystarr« ). Autre belle pièce de cet EP : Carolean, solo autotuné de Sidisid, dans un style romantique … à sa façon. En dehors de ce « Vanessa » moderne sous codéine, l’autotune est omniprésent sur Petits Meurtres entre Amis, et c’est franchement une très bonne chose. Pour qui est encore réfractaire à l’utilisation de cet outil, l’écoute de cet EP devrait, en toute logique, vous convaincre. Pour une fois, il n’est pas un simple accessoire censé combler les lacunes phoniques des rappeurs frileux, mais une véritable valeur ajoutée.

Pas de conclusion, fin de l’article.