Rap français : bilan du premier semestre 2014

On approche tout doucement de la fin du premier semestre de 2014. Certains passent leur bac, d’autres s’éclatent au Brésil, pendant que les rappeurs ont du mal à boucler leurs fins de mois. L’heure est venue de tirer un premier bilan de ce qu’il s’est passé dans le game depuis janvier. Lire la suite « Rap français : bilan du premier semestre 2014 »

Interview Zekwe Ramos – 1ère partie

Teobaldo : On commence ?

Zekwe : Ouais, mais me posez-pas l’horrible question de tous les journalistes français…

Spleenter : « Tu penses quoi du clash ? »

Zekwe, mort de rire : Nan, mais elle est pas mal aussi ! La pire de toutes, pour moi c’est : « Salut Zekwe, tu peux te présenter ? ». Nan, fais une introduction, « Zekwe t’as fait ça l’année dernière, on t’a vu là, etc ». « Présente-toi », on dirait que je passe un casting !

Spleenter : Quel est ton parcours ?

Zekwe : (rires) Quel est ton parcours, t’es né où, etc. Va te faire enculer ! Ils sont oufs les mecs !

Genono : Pendant la promo de Neochrome Hall Stars, t’as parlé de titres supplémentaires, qui devaient sortir après l’album. Je les ai jamais entendus.

Zekwe : C’est là que réside toute la magie de Neochrome ! On en a pas vraiment parlé dans les interviews, mais y’a eu une 1ère version du CD qui a été faite, et qu’on a décidé de ne pas sortir. Avec le recul, c’était vraiment le CD que les gens attendaient de Neochrome : un truc crado. Un peu trop crado même, résultat on a tout jarté, on a gardé que deux titres, et on a refait tout le reste. Quant à savoir si les titres sortiront un jour, d’une manière ou d’une autre … j’ai bien peur qu’ils soient tombés dans les abysses les plus profonds du rap français.

Teobaldo : Qui a décidé que ce serait cette version qui sortirait, et pas la première ?

Zekwe : Pour être franc avec toi, un peu tout le monde. On a écouté le truc, on s’est dit « ça tue, mais les gens vont s’attendre à ça ». Est-ce que c’était la bonne décision ? Je sais pas, certains ont aimé, d’autres ont trouvé que c’était pas assez crado, pas assez Neochrome … Les deux galettes envoient 2 émotions différentes.

Teobaldo : Donc c’était quoi le but recherché, la démarche autour de cet album ?

Zekwe : Le but, on va pas se mentir, c’était de passer en radio. On voulait vendre, tout simplement. Après, bien sur, on voulait pas faire des trucs débiles non plus, on voulait que ce soit homogène. Il faut essayer de passer par plusieurs chemins, bon, on s’est planté, ça n’a jamais marché … On reste Neochrome, quoi qu’il se passe. Même si on faisait un truc super musicalement, je pense pas que les radios suivraient, parce qu’on est Neochrome.

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Genono : Quand tu dis que vous vous êtes plantés, c’est niveau ventes, niveau réception du public ..?

Zekwe : On s’est plantés dans la démarche, tout simplement ! Le fait d’essayer de nouvelles choses, clairement, ça n’a pas fonctionné. Y’a des gens qui ont aimé, y’en a même qui sont venus à nous alors qu’ils ne faisaient pas partie de notre public de base, mais le fan de Neochrome, celui qui s’attend à voir le Président de la République se faire insulter pendant soixante minutes, il est déçu.

Genono : Du coup si l’album était à refaire, tu le ferais, ou plutôt vous le feriez différemment ?

Zekwe : Je vais pas parler pour les autres, mais en ce qui me concerne, oui. Sincèrement, je vais être très franc avec toi, je pense que les gens attendaient plus un CD avec uniquement Al-K et Seth. Parce que moi, je peux pas m’empêcher de ramener de la musicalité, et c’est pas toujours compatible. Y’a eu des réussites, sur certains titres, mais d’autres, avec le recul, ça n’a pas marché.

Teobaldo : Mais je t’ai vu sur scène, jouer des morceaux de cet album. Tu les assumes.

Zekwe : Bien sur, moi je les assume ! Si je fais de la musique, personne ne me force à faire quoi que ce soit. On a fait un morceau sur les meufs, on sur l’ère Sarkozy, c’est des trucs que j’assume, et que j’aime faire. Mais avec le recul, il aurait fallu donner autre chose. Après, il est jamais trop tard, si demain il y a un Neochrome Hall Stars vol.2, vol.3, à faire, et qu’il faut donner une autre face, on y va. Mais je comprends ce que vous essayez de me faire dire, ça ressemble pas à du Neochrome, et je vous comprends !

Teobaldo : Nan, c’est même pas ça. Y’a une démarche pensée, c’est bien. Après, elle se comprend ou elle se comprend pas, mais ça part d’une vraie démarche.

Zekwe : Hé frère, à un moment t’as la dalle ! Le lait Guigoz dans le biberon de tes enfants, c’est pas « salope », « grosse pute », et « fuck Sarkozy » qui vont le payer ! Y’a un moment où tu tentes des choses, après c’est pas non plus une catastrophe, on s’en est bien sortis, on a fait une tournée, des clips, y’a des bons trucs … Je regrette rien du tout. Mais, si j’étais producteur de Neochrome –et je ne suis pas producteur de Neochrome !- j’aurais donné autre chose.

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Teobaldo : En plus y’avait Yonea qui était ultra-présent chez Neochrome, et qui quitte le navire quelques temps avant la sortie de l’album … ça donne une impression un peu bancale.

Zekwe : Je pense que Yonea aurait aussi voulu faire quelques essais sur certains titres, mais il aurait aussi appuyé le coté sale. Il a toujours été comme ça : (il se met à imiter la voix aiguë de Yonea) « ajoute des insultes, insulte toute la terre, ça tuuue ! », « faut qu’on fasse des t-shirts avec TOUTES tes phases, faut qu’on bicrave tout ! » … il nous aurait poussé là-dedans ! « Zekwe, dis que t’es un portugais qui fait du tunning tous les dimanches, et toi, Alk, fais l’arabe qui insulte tout le monde ! ». Après, est-ce que ça aurait plu à Laurent Bouneau … C’est le problème de l’horrible France ! Écoute les américains, ils passent à la radio, ils sont libres, ils disent ce qu’ils veulent. Musicalement ça tue, le public suit, hop, on exploite ça commercialement. Ici, c’est pas pareil. On est dans le politiquement correct, on peut pas se permettre de dire et faire n’importe quoi.

Teobaldo : Du coup tu vois comment la montée d’un mec comme Kaaris, qui dit « chatte, cul, bite » à toutes les phrases, et qui fait disque d’or ?

Zekwe : Ça tue ! C’est une victoire pour moi, pour le rap français, pour le hip-hop ! Cet horrible mot, que personne ne veut prononcer … mais c’est ça, l’esprit hip-hop ! Prendre une mentalité qui vient d’un milieu social spécifique, et l’imposer à tout un pays … c’est une réussite, c’est une victoire ! Je serai toujours à fond derrière Kaaris, toujours, je valide à 300%. Après, musicalement, y’a peut-être des titres qui me parlent moins que d’autres, mais dans la démarche, « j’emmerde toute la terre entière », « j’arrive sur les plateaux télé en faisant des doigts » … c’est Gainsbourg ! Gainsbourg, je le voyais quand j’étais tipeu, je bougeais plus … ils sont passés où ces mecs là ? Maintenant, ils sont tous en cravate, ils se tiennent bien … j’aime bien les grandes gueules, qui viennent foutre un peu le zbeul sur les plateaux télé.

Spleenter : T’as commencé en t’appelant Kevin, ensuite y’a eu un freestyle où Seth te présentait en disant « Zekwevinho Ramazzotti » … ça vient de là ?

Zekwe : Plus ou moins, mais « Zekwe » ça a toujours été là. C’était la période « La cité de Dieu », où tout le monde était à fond dedans … donc Zekwe, c’est un peu un mélange entre Kevin et Ze Pequeno. Et puis, étant données mes origines –ma mère est cap-verdienne-, je parle portugais, et il m’est arrivé de regarder le film en version originale … ils parlent comme des tapettes ! Enfin, comme des brésiliens quoi (il se lance dans une imitation splendide de l’accent brésilo-tafiole), ils se tirent dessus … c’est un peu n’importe quoi.

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Teobaldo : T’es beaucoup allé au Cap-Vert ?

Zekwe : J’y suis allé une fois dans ma triste vie. Ma famille y va tous les étés, ils ont construit des baraques là-bas, à chaque fois ils me disent « qu’est ce tu fous, viens ! » … J’aimerais y aller, mais je suis dans le rap, la vie est dure ! J’aimerais bien aller au Brésil aussi ! C’est pas exactement la même langue, mais ça se rapproche vraiment. Nous c’est du créole en fait ! On est les antillais du Portugal (ça fait pas rêver putain)

Spleenter : Niveau écriture, t’es beaucoup dans les multisyllabiques. C’est un truc qui te vient du 91, parce que c’est très fréquent là-bas, ou de Neochrome ? Ou les deux ?

Zekwe : Franchement, les 2. Un des premiers mecs que j’ai écouté, et qui faisait ça, c’était Nubi, dans l’album de Futuristiq, Demain c’est maintenant. Et puis même avant, dans Time Bomb, Ill fonctionnait un peu comme ça. Je l’ai toujours plus ou moins fait, finalement, avant l’Unité de Feu, à une époque où eux étaient plutôt dans les assonances, etc.

Teobaldo : « Minotaure / mine à terre » …

Zekwe : Exactement ! Donc voila, ça me vient du 91, de Neochrome, des mes influences précédentes comme Time Bomb … du moment que les mots sonnent, c’est pas compliqué, la musique fonctionne comme ça. Il faut de la musicalité, c’est bête mais y’en a beaucoup qui ne pensent pas à ça. Regarde Despo, je le respecte à fond parce que jamais j’arriverai à écrire comme lui, mais y’a aucune musicalité dans ce qu’il fait. Il te dit des trucs super sensés, logiques, intelligents … mais c’est pas musical ! Même si ce qu’il fait, il le fait bien.

Spleenter : Quand je t’ai découvert, ça devait être sur des feats avec l’U2F, je te trouvais un peu banal en tant que rappeur. Et petit à petit, t’as commencé à mettre plus de punchlines, et aussi pas mal d’humour dans tes textes. Ça t’est venu comment ?

Zekwe : Faut savoir que quand j’ai commencé, je produisais plus que je rappais. C’est des mecs comme l’Unité de Feu qui m’ont dit « Zekwe, tu sais rapper, faudrait que tu t’y mettes un peu » … mais moi je m’en battais les couilles, j’étais jeune, je préférais baiser des meufs et regarder des séries. Puis à force, je suis rentré dedans. Tu t’entraînes, tu façonnes un personnage qui te correspond, avec ton vécu, avec ton entourage, etc. Seth et Alk, c’est 2 bons exemples qui montrent que l’humour ça marche bien, dans le rap. Kaaris, c’est pareil : c’est violent, mais y’a de l’humour, et au final c’est efficace. Ce qu’il faut, c’est que les gens te retiennent. Il faut transmettre des émotions ! Kaaris, il fait rire, mais il fait un peu peur, aussi … c’est un mix des deux, on sait pas, c’est Chuck Norris un peu. Fais rire, fais peur, fais réfléchir, fais pleurer … mais transmet des émotions ! Mais je suis d’accord avec toi, mes premiers morceaux, même moi, je les réécoute, j’entends juste un mec qui sait faire des rimes. Les 1ers trucs que t’as écoutés de moi, j’étais super jeune.

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Teobaldo : Haine, Misère et Crasse, t’as 20 piges …

Zekwe : Dix-neuf ! Mais quand je te dis que j’étais jeune, c’est surtout dans la manière d’écrire. Mais c’est comme tout, tu t’entraînes, et tu progresses.

Teobaldo : C’était quoi ton rôle avec l’Unité de Feu ?

Zekwe : Producteur. J’ai produit un peu plus de la moitié de l’album. Je leur ai donné une âme, j’ai apporté une couleur à l’album.

Teobaldo : Tu bosses beaucoup avec des samples.

Zekwe : Surtout à cette époque-là. J’ai pas vraiment eu d’éducation musicale, j’ai fait qu’une année de solfège, parce que ma mère est dans la musique, mon père aussi … ils m’ont poussé là-dedans, mon père me disait des trucs de ouf genre « ça coûte une fortune, si tu rates un seul cours, je t’encule ta mère ! » (rires). Il me mettait des coups de pompe au cul, du coup j’allais là-bas, j’ai appris deux-trois trucs, telle note ne s’accorde pas avec telle note, etc, mais au final, j’en suis ressorti avec pas grand-chose de solide. Le sample, c’était réellement le truc le plus accessible. Tu prends une mélodie, tu colles, tu coupes, tu rajoutes un beat, c’est pas compliqué, tu peux faire ça avec trois fois rien. J’avais un PC, c’était une antiquité.

Teobaldo : A la même époque, t’avais placé des prods sur l’album de Dany Dan …

Zekwe : C’était l’époque où on traînait chez un mec qui s’appelle Dave Daivery, qui faisait des prods, et qui est aujourd’hui DJ pour Disiz, il l’accompagne sur sa tournée. Dave s’est retrouvé à composer, enregistrer, maquetter, l’album d’Ol Kainry et Dany Dan … et moi je suis là, à 18-19 ans, au milieu de mecs que j’écoute depuis des années, qui m’ont grave influencé, et qui commencent à me dire « elles sont bien tes prods, je prendrais bien celle-là, et celle-là » … c’est là que tu te rends compte que tu peux faire quelque chose de sérieux. C’est de là que c’est parti ! S’ils m’avaient dit, à cette époque là « c’est de la merde, retourne jouer à la Playstation », j’aurais peut-être pas eu la même vie. Dany Dan m’a pris Ne me pousse pas, ça a donné un super titre, alors que moi j’avais juste pris un sample et un beat, le truc le plus simple à faire.

Teobaldo : D’ailleurs sur Rap de Banlieusard, tu reprends cette instru, et tu reprends aussi Chevalier de ciment. C’est toi qui avais fait celle-là ?

Zekwe : Chevalier de ciment, c’est moi, avec un sample des Chevaliers du Zodiaque. C’est les influences, les trucs avec lesquels t’as grandi. T’as une boucle, tu te dis « ça tue », et c’est parti.

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Spleenter : D’ailleurs, plus récemment, tu l’as refait avec Parker Lewis, sur Kubiak, même si c’est pas une boucle, on l’entend en fond.

Zekwe : Voila, et c’est la preuve qu’on calcule pas vraiment, tu prends des trucs de ta jeunesse, qui t’ont marqué … c’est pas quelque chose qui s’apprend ! Aujourd’hui tu vas dans un collège, tu dis « Parker Lewis », le tipeu il t’encule, ou du moins il te crache dessus. Les Chevaliers du Zodiaque, c’est pareil.

Teobaldo : Les Chevaliers du Zodiaque, faut les découvrir petit, parce que si tu découvres ça quand t’es ado, ça fait vraiment pédé.

Zekwe : De ouf !

Teobaldo : D’ailleurs dans Génération Club Dorothée tu parles de « l’armure de Ikki », et dans le clip on voit Saga. Faute grave.

Zekwe : La magie Neochrome, frère ! (rires)

Genono : Du coup si t’avais eu les moyens d’Orelsan, t’aurais pu faire un clip comme lui ?

Zekwe : Direct ! Mais direct ! Avec le moule-bite, tout, j’en ai rien à foutre ! Il tue son clip, j’étais le premier à lui dire, il a tout tué. Même le dernier, en Transformers … c’est une tuerie. Il a tout mon respect, niveau image comme niveau rap. Tiens, je vais te raconter un truc à propos d’Orelsan. (chouette, une histoire ! merci Père Castorama)
Entre Rap de Banlieusard et Seleçao 1, j’ai voulu arrêter le rap. J’étais concentré sur d’autres trucs qui rapportent un peu plus d’argent, qui se fument et qui sentent bon. Et quand j’allais dans mon petit labo, je galérais, parce que depuis chez moi y’avait beaucoup d’heures de route. Je me suis arrêté dans une station-service au milieu de nulle part, et j’avais envie d’écouter un truc nouveau. J’ai pris le CD d’Orelsan, son 1er, Perdu d’avance … je savais même pas qui c’était. Je me suis pissé dessus sur la route ! Ce mec était trop fort, trop marrant, et j’ai écouté cet album pendant des mois. Et je suis content de voir là où il est aujourd’hui, parce que même s’il fait des trucs grand public, ce gars-là, il est comme nous. Il est drôle, il rappe, il construit bien ses rimes, il fait de la punchline … c’est un tueur. C’est un peu un Kaaris, mais d’un autre monde. Et son évolution, là où il en est aujourd’hui, c’est un bon point pour le rap français.

Teobaldo : Musicalement, ce qu’il fait maintenant, ça te parle toujours ?

Zekwe : Carrément. En solo comme en groupe, ça me parle à fond. Après, bien sur, les tubes qui tournent en boucle à la radio, comme La terre est ronde, je vais les écouter 2-3 fois et je vais passer à autre chose, c’est des trucs qui sont destinés à un public pas forcément spécialisé dans le rap. Mais c’est ça aussi, un album. J’ai toujours écouté des albums, surtout dans le rap américain, où les mecs n’ont pas peur de faire une chanson pour la radio, une pour la rue, une pour les boites, une pour leur daronne … en France, on a peur de faire ça. De la piste 1 à la piste 19, on reste dans le même créneau … sinon on a peur de vendre son slip.

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Spleenter : Niveau rap cainri, c’est quoi ta came ?

Zekwe : C’est dur à définir. A l’époque, c’était New-York, le Queens plus précisément. Les boucles, les caisses, Mobb Deep, Alchemist, Infamous Mobb. J’ai pas mal écouté le Wu-tang aussi, mais j’ai jamais été fan d’un seul groupe, d’un seul rappeur. Actuellement, j’aime bien le virage que ça a pris, la trap, l’électronique, etc.

Teobaldo : Sur Rap de Banlieusards t’avais fait un morceau « anti-dirty », tu semblais encore pas mal cantonné au son de New-York …

Zekwe : Bah si t’écoutes ce morceau, tu te rends compte que l’instru est un peu spéciale, elle se rapproche de ce qui se faisait à cette époque-là, avec un beat un peu plus ralenti. Le message de ce morceau, c’était plutôt une critique des codes que les mecs adoptaient, à parler de coke, etc. Mais musicalement, j’ai toujours été ouvert, même sur ce qui se fait aujourd’hui, tu peux prendre un beat trap, mélanger avec un sample … ça tue. Pour finir de répondre à ta question : A$ap Mobb, qui mélange justement plusieurs trucs, ça me parle. Kendrick Lamar aussi, en fait j’aime bien toute la nouvelle vague. Je suis pas difficile, en musique. Quand c’est bon, je prends.

Teobaldo : Même Swaggman ?

Zekwe : Franchement, je te jure, le dernier Swaggman, je l’ai écouté en boucle. Il m’a eu, c’est un pouvoir qu’il a ! Après, j’achèterais peut-être pas son album, mais ouais, il a quelque chose.

Genono : Tu parles de Black Card ou Suicidey ?

Zekwe : Suicidey, putain je l’écoute en boucle, avec ses rimes en –ey … il tue, frère !

Genono : Autant Black Card j’ai kiffé, autant celui-là, il est horrible.

Zekwe : « Tatoué de la tête aux crottes de nez ! ». Ça se respecte, gros ! Il fait que des rimes en –é, c’est le seul mec avec Magic System qui arrive à tout niquer avec des rimes en –é. Après, je suis pas fan du bonhomme, mais dans la démarche, un OVNI comme lui, un peu débile, qui insulte tout le monde, et qui arrive à aller sur les plateaux télé, c’est une bonne chose. J’essaye de trouver du positif partout … avec certains c’est dur, mais on y arrive.

Genono : Swaggman, c’est un personnage hyper-caricatural. Toi, tu parlais de « façonner ton personnage », et je trouve que tu te lâches un peu moins que d’autres, on peut penser à Kaaris, à Alkpote, à Seth Gueko. Est-ce que c’est volontaire, dans le sens où tu ne veux pas tomber dans la caricature ?

Zekwe : C’est une bonne question que tu me poses là (pas vraiment, mais c’est gentil). Je me dis que ma mère est dans la musique, et je peux lui faire écouter mes sons. Y’a toujours cette espèce de … retenue. Mais ça dépend des titres, c’est comme dans la vie réelle : le samedi t’es avec tes potes, et tu fais des trucs complètement débiles, et le dimanche tu vas manger chez maman et t’es tout sage. Je trouve ça un peu hypocrite de faire un album où, de la piste 1 à la piste 19, t’es énervé, t’insultes tout le monde … c’est un choix de vie. Des fois j’ai envie d’être débile, des fois j’ai envie d’être réfléchi, ou de te faire chialer, ou rire … C’est vrai que Zekwe est peut-être un personnage moins prononcé, mais moi j’ai aussi le coté prods, la musique, pour combler ce truc-là. Ça m’intéresse pas forcément, parce que quand tu joues trop le rôle d’un personnage, tu peux finir comme … le Roi Heenok par exemple. Un mec dont on va regarder les vidéos, mais le jour où son CD sort, y’a que son cousin et sa tante qui l’achètent. Il a du talent, mais il a trop misé sur son personnage, pas assez misé sur sa musique.

Teobaldo : D’ailleurs il est sur Rap de Banlieusard 3. Comment s’est faite la connexion ?

Zekwe : Par Tony Danza, aka Sadik Asken. C’est lui qui gérait plus ou moins la réalisation du CD, et il était en contact avec Heenok, à qui il a fait écouter des sons à moi. Le mec a kiffé, il a voulu faire un morceau … il a choisi une horrible instru, il a fait son truc (rires). C’est Heenok, quoi ! Un vaisseau spatial ! Il te dit « je veux ça », tu lui dis ok, mais y’a pas de caisse claire, il répond « je m’en fous, je veux ça ! » (rires)

Spleenter : Pour revenir à ma question sur les rappeurs US, niveau beatmakers, qui t’a le plus impressionné ?

Zekwe : Y’en a tellement … Alchemist, DJ Premier, Just Blaze … beaucoup de samples au final. Un mec comme Lex Luger, sur 3-4 morceaux ça peut tuer, mais après, faut qu’il me laisse tranquille. Qui d’autre … Dre. Il traverse les époques, il est trop fort, même si on sait que c’est un peu un faussaire. Après y’a plein de mecs inconnus au bataillon, qui te font qu’une seule prod de ouf et dont on entend plus parler.

Spleenter : Niveau structure, t’as fait partie de French Kick … c’est terminé ?

Zekwe : C’est fini, ça s’est dissout comme une pastille au lavage.

Spleenter : Et aujourd’hui, t’as un pôle de beatmakers avec toi, tu peux nous les présenter ?

Zekwe : Ça s’appelle Beat Mac. On est 3, c’est pas compliqué : en dehors de moi, y’a mon gars Yoro Glyphe, qui a produit dans Selecao 2, qui a fait également le dernier Zesau, Dirty Zoo, de la piste 1 à la piste 19, il a tout fait. Et y’a aussi mon gars Boudjéma, qui, si je dis pas de conneries, a fait ses 1ers pas sur Neochrome Hall Star, avec J’suis die, Walkman-cassette … C’est des pattes différentes, Glyphe est très trap, Boudjéma est plutôt dans le sample, il est aussi très fort dans les accords, le solfège, etc. Lui et moi, on est assez complémentaires, on joue beaucoup avec les instruments, on s’envoie des trucs, on s’échange des sons … on essaye d’imposer une touche un peu spéciale.

Spleenter : Neochrome, aujourd’hui, c’est juste Seth Gueko, Alkpote et toi ?

Zekwe : Y’a aussi 25G, qui recommence à écrire, et qui prépare des trucs. Y’a aussi Waybess, que j’ai plus ou moins fait entrer dans le label … c’est un belge, de Wallonie. Il a un délire un peu différent du notre, avec des flows rapides, même s’il garde ce délire de rimes neochromiennes un peu bizarres …

Spleenter : Bah il est noir.

Zekwe : Pardon ?

Spleenter : Il est noir ?

Zekwe : J’ai pas compris …

Spleenter : Waybess, il est noir.

Zekwe : Nan, il est blanc.

Spleenter : …

Zekwe : Dommage, mec. C’est un belge d’origine marocaine. En Belgique, si t’es pas belge, t’es soit congolais, soit marocain.

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Spleenter : Et donc, Neochrome, vous êtes encore en recherche d’artistes à développer ? Vous ne voulez pas de noirs ?

Zekwe : Sans cesse ! Neochrome, c’est une usine, un centre de formation. Neochrome, leur objectif, c’est de déceler quelque chose en toi, le développer, et le vendre à une maison de disques. Chacun gratte son billet, on se serre la main, et bonne route.

Genono : Y’a Bilel qui est passé chez vous, nan ?

Zekwe : Ça c’est compliqué … Y’a une époque où Yonea mettait le cachet Neochrome sur pas mal de clips, mais je sais pas vraiment … Sincèrement, Bilel, je l’ai jamais rencontré de ma vie, je pourrais pas te dire. La magie Neochrome !

Spleenter : Est-ce que t’as un truc contre le Père Noel ? Parce que t’as quand même fait 2 morceau contre lui, un avec U2F, et un autre avec Niro.

Zekwe : Je m’appelle Kevin, comme le petit dans Maman j’ai raté l’avion. Ses Noël à lui, ils étaient toujours mystiques. Bah moi, c’est pareil ! C’est plus un amusement en fait, même si ça cache une petite vérité, mais je vais pas faire le pleurnichard, à dire « ouais, j’ai pas eu ce que je voulais pour Noël, j’ai eu une enfance malheureuse » … Mon grand regret a été que mes parents se soient séparés, j’ai été trimballé d’appartement en appartement, j’ai été élevé par ma grand-mère, mes tantes … donc les Noel en famille, ça me dit rien de spécial. Après, ça reste de l’amusement, et puis les films d’horreurs avec des Pères-Noel méchants, c’est super marrant, ou des comédies avec des Pères-Noel renois. Niro est venu me voir, il m’a dit « faut que tu regardes Bad Santa »… on en a parlé, il m’a proposé l’idée du morceau, j’ai signé direct. On s’est démerdé, le clip a coûté 0 euro.

Spleenter : Et alors qu’est devenu « Ce rêve vert », avec Niro ?

Zekwe : On l’a charcuté, on l’a mis à la poubelle, puis on l’a ressorti, retravaillé, et ça a donné un nouveau morceau.

Spleenter : C’est ce truc qui est devenu Incessamment sous beuh ?

Zekwe : Exactement. D’ailleurs, Incessamment sous beuh, c’est le titre original. Et c’est Glyphe qui a fait l’instru.

Teobaldo : T’as produit quand même, sur Selecao 2 ?

Zekwe : (rires) « t’as branlé quelque chose sur Selecao 2, au moins ? » Bah en fait, Glyphe il en a fait qu’une seule, plus une qu’on a co-produite. Y’en a une de Boudjéma (Le début de la faim), une de Hits Alive (Extra Large), et tout le reste, c’est moi.

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Teobaldo : D’ailleurs sur Le début de la faim, je sais pas qui t’a donné l’idée de faire rimer Patate de Balrog avec Putain de Blavog, mais c’est très bien.

Zekwe : Ça sort de mon cerveau … Non merci, (un joint est tendu à Zekwe), je fume plus, j’ai arrêté y’a quelques temps. C’est galère de te réveiller à 4h du matin pour préparer un biberon quand t’es à moitié défoncé.

Spleenter : Qui a eu l’idée de sampler le son du film 127 heures pour J’y arriverai ?

Zekwe : On zieutait le film avec Katana, et il m’a dit « putain, ça tue, faut le sampler » … je me suis dit « mais non, on peut rien faire avec ça ». Mais il m’a pris la tête, et au final on a réussi à chier ce truc là. Mais à la base, c’était un morceau de Katana et moi, avec Alkpote aussi, et au final je me suis arrangé avec lui pour récupérer le son.

Teobaldo : Il en est où, Katana ?

Zekwe : Il enregistre des sons. Il est produit par Le Gouffre, un groupe de chez nous, qui a sorti un projet récemment (Marche Arrière) qui a super bien marché, ils ont vendu 10000 exemplaires avec une boite de jeu, des t-shirts, un jeu vidéo … un merchandising de ouf. Et là, ils ont décidé de miser sur Katana, qui devrait donc sortir 3 projets avec eux. C’est bien, il va enfin sortir des morceaux qui sont prêts depuis longtemps. Bon, après faut s’attendre à des prods sorties de 1992, mais ils arrivent à toucher un public comme ça, respect à eux. Katana est partisan de ce merdier… ce mec, c’est un génie. Des fois il me sort des phases, je lui dis « reviens sur cette planète » (rires). Il est super talentueux, après je trouve qu’il se limite un peu musicalement, mais il fait le son qui lui plaît et c’est de loin le plus important.

Spleenter : T’es fier de « J’y arriverai » ?

Zekwe : A mort ! Y’a plein de gens que ça a touché, et d’ailleurs beaucoup de monde m’a demandé pourquoi je l’avais pas fait en solo… Seth et Alk sont un peu sortis de leur registre, et se sont aventurés sur un truc qu’il n’auraient pas osé faire sur leurs albums solo. Ce projet-là, c’était ça l’excuse, se dire « venez, on tente un truc ». Ça c’est le genre de morceau, tu le fais écouter à ta daronne, elle te dit « ah, tu sais faire ça toi ? C’est bien » par contre tu le fais écouter à ton pote, il te dit « ah tu fais ça toi, fils de pute ?! ».

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Spleenter : Si t’étais dans la situation du mec de 127 heures, tu te couperais le bras aussi ? Et la question d’après c’est : « et si c’était ta bite ? »

Zekwe : (rires) Le bras, ouais… la bite… la corde aurait pas été assez large pour me faire un garrot à la bite. Loooool ! (oui, Zekwe a vraiment dit « Loooool », on a une vidéo pour le prouver)

Spleenter : Qui a eu l’idée des inserts de « La maison des 1000 morts » dans Neochrome Click ?

Zekwe : Je crois que c’est les réalisateurs du clip, 420. Et puis Seth aussi, il avait mis l’idée sur la table, ils ont du en discuter entre eux.

Genono : 420, ils font tous vos clips quasiment.

Zekwe : Ouais, ils ont un espèce de contrat d’exclusivité avec Neochrome, donc ils font à peu près tout. J’aime bien la couleur de ce qu’ils font, c’est pas dit que je fasse appel uniquement à eux pour mes clips à moi, mais en tout cas pour Neochrome Hall Star je trouve que ça collait super bien, y’avait une vraie alchimie. Ils ont plein d’influences différentes, ils font aussi des clips pour la MZ, et pour d’autres artistes… ils ont une touche, mais ils arrivent à l’adapter, c’est très fort.

Genono : Sur les 3 têtes d’affiche de Neochrome (toi, Alk et Seth), t’es le seul qu’on n’a pas encore vu avec Butter Bullets. Est-ce que c’est parce qu’ils ont des têtes de nazis ?

Zekwe : Nan, c’est juste que tu le sais pas encore. C’est déjà fait, c’est pas encore sorti, donc t’as bien visé. Dela m’a envoyé une prod, et j’ai donc fait le morceau avec Sidi Sid. C’est un morceau qui parle d’une meuf, on l’a appelé Mademoiselle chante le flouze. Le titre parle de lui-même, je suis content du résultat, et même lui m’a dit que ça ressortait un peu, par rapport à ses horribles chansons de nazis.

Genono : Du coup c’est sur leur prochain album ?

Zekwe : C’est ça ! Respect à eux, j’apprécie ces ovnis, ces zombies, ces nazis.

Teobaldo : Sur le remix de Miguel, y’a une phase …

Spleenter : « Mignon comme le petit Guizmo ? »

Teobado : (rires) non …

Spleenter : Parce qu’après y’a Guizmo sur le son, donc ça sonne très homosexuel.

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Zekwe : Mais non, il est pas dans ce morceau, Guizmo ! C’est pas dans ce son que je dis ça, c’est dans celui avec Sofiane. Mais faut que les gens comprennent hein, Guizmo, avant d’être un rappeur, c’était un personnage du film Les Gremlins … Mais j’ai quand même une peluche de Guizmo dans mon lit.

Teobaldo : Celui du film ?

Zelwe : … oui.

Teobaldo : Ah on sait pas, avec le merchandising …

Zekwe : Ah, Yonea il pourrait … (il prend la voix) « Ça tuuuue ! Guizmo, une peluche avec des grandes oreilles, ça tuuuue ! »

Teobaldo : Pour revenir à ma question, je pensais à la phase d’Alpha Wann, qui dit « Le jour je suis Alfred, la nuit je suis Batman » … Batman, c’est pas Alfred.

Zekwe : Je pense qu’il le savait, il a pas pu faire une horrible erreur comme ça … C’est plus dans l’image, peut-être qu’avant il bossait au Mac Do, et maintenant c’est un super-héros du rap, il fait des tournées, il rentre de l’argent comme personne.

Genono : A ce propos, t’as dit en interview que t’aimais bien l’Entourage… Pourquoi ?

Zekwe : Putain, t’es dur, direct. Je suis pas dans le côté social, dans le sens où je déteste cette façon de dire « tel rappeur correspond à tel type d’auditeur ». Si je partais là-dedans, j’écouterais pas Orelsan, ou d’autres. La musique, ça me parle, je veux pas me mettre de barrières, un mec comme Alpha, je le trouve doué. Deen, pareil. Après, je suis pas fan de tous les mecs de l’Entourage … mais je suis obligé de respecter des mecs qui étaient fans de oim, et qui aujourd’hui vendent 10 fois plus de CDs que moi. Soit je les respecte, soit je les déteste, et les détester, ça fait fils de pute. Ils ont pas besoin des maisons de disques, ils se gèrent tous seuls, ils sortent des CDs quand ils veulent, ils se remboursent largement, ils partent en vacances … ils vivent de la musique !

Genono : Mais… leur musique te parle ?

Zekwe : Ouais, leur musique me parle. Peut-être pas tout, le boom-bap de 1992, ça me casse vite les couilles. Mais genre un de leurs derniers trucs, Caramelo, t’as un sample, avec des rythmiques actuelles, c’est bien fait. Après, comme je te dis, je suis pas fan de chaque mec de l’Entourage, mais je respecte leur façon de faire. Je préfère écouter 10 fois un album de 1995 qu’un titre de Zifou.

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Spleenter : T’arrives à te mélanger avec tout type de rappeur, tu peux rapper avec Niro, comme avec l’Entourage, comme avec des anciens comme Nakk … T’es pas trop « cases » en fait.

Zekwe : Je déteste ça. Mais après, ça peut aussi te jouer des tours. C’est ce qu’on disait tout à l’heure, effacer le personnage pour laisser place à la musique, ça t’ouvre ce genre de porte : tu peux rapper avec tout le monde. Mais le revers de la médaille, c’est que tu peux pas cibler ton public. Zekwe, ça parle à qui ? Aux skateurs, aux cailleras, aux bourgeois ? Tu sais pas trop, du coup quand tu vas démarcher une maison de disques, ces horribles fils de pute, c’est la 1ère chose qu’ils te demandent. Ils vont sur ton skyblog, ton myspace, ton twitter. Ils regardent combien t’as de followers, ils regardent la gueule des mecs qui te suivent. Mais je t’emmerde, moi je fais de la musique ! Je fais des chansons pour la radio, mais je fais aussi d’autres trucs. Je fais des remix où t’as Alpha Wann, juste après t’as Alkpote, et juste après t’as L’Indis. C’est pas tout le monde qui peut se permettre de faire ça.

Spleenter : Sur la pochette de Neochrome Hall Star, t’avais une crête. Pourquoi ?

Zekwe : Parce que j’étais beau, mec ! Plus sérieusement, tu peux regarder 15 de mes clips, j’ai jamais la même gueule. Ça revient encore à ce qu’on disait tout à l’heure, tu dessines ton personnage au fur et à mesure, et sur le moment c’est ce que je voulais, cette horrible crête d’arabe-juif –grec… bon, après t’as toutes les petites beurettes qui te font (et là, grand moment, Zekwe prend une voix de petite beurette) : « Zekwe, nan mais arrête, t’es trop beau, garde ta crête » (rires). C’était sympa sur le coup mais j’ai abandonné, j’ai rasé tout ça.

Spleenter : Sur Selecao 2, le côté « Justin TimberZek » est plus assumé, avec des chansons sur les meufs, etc.

Zekwe : Ça, c’est un truc que je prends du plaisir à faire. Ça fait longtemps qu’on me dit de le faire, de miser là-dessus. Premier métro, par exemple, c’est plus ou moins une histoire vraie. La meuf un peu caillera, qui réserve l’hôtel, t’arrives, tu mets ton coup de rein, et c’est elle qui disparaît … c’est un peu remixé, mais ça se base sur une histoire vécue. La fille d’à côté, par contre, c’est une fiction, mais c’est des trucs qui sont déjà arrivés à tout le monde. Fantasmer sur ta voisine, ça parle à tout le monde. L’amour, les relations hommes/femmes, les divorces, les enfants … Stromaé a construit toute sa carrière là-dessus.

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si tu sais pas d’où vient cette photo t’es un sacré petit sac à merde

Genono : Dans Premier métro tu dis « elle sait ce que j’aime, elle se déshabille mais elle garde ses chaussures » … t’es fétichiste ?

Zekwe : Ouai, j’suis fétichiste, de ouf ! Les talons, tout ça, les beaux ongles … c’est un kiff. Après y’en a qui en ont rien à foutre, d’ailleurs à voir ta tête, tu t’en bats les couilles.

Genono : Je t’avoue que c’est pas trop mon délire, mais je ne juge pas.

Spleenter : Le côté « chanté », c’est un truc que tu faisais déjà un peu sur Selecao 1, mais maintenant t’as l’air complètement décomplexé par rapport à ça. T’as fait un genre de coming-out, comme Abdelkrim dans Les Kairas ?

Zekwe : (rires) Putain la phase, après les talons, les gens vont imaginer des trucs de ouf … Nan mais t’as raison, tu te décomplexes au fur et à mesure. Pourquoi se priver, alors que des mecs qui connaissent la musique te disent que ce que tu fais, ça tient la route ? J’ai confiance en moi, je tente des trucs, mais parfois je tente des trucs sans trop savoir quoi en faire par la suite. Mais je suis pas un chanteur… je saurais même pas me définir, je compose, je rappe, j’essaye de faire des bonnes chansons, transmettre des émotions.

Teobaldo : T’as ce côté self-made-man.

Zekwe : Un peu. Tu me fous en studio tout seul pendant un mois, c’est bon. Y’a d’autres trucs pour lesquels j’ai besoin d’aide : la communication, l’image, les visuels, les clips. Mais c’est vrai que dans un studio, je fais tout, de l’instru à la réalisation.

Teobaldo : Ça t’a jamais tenté de passer du coté de l’image ? Réaliser des clips, etc.

Zekwe : Si, ça me tente beaucoup. J’ai les idées, j’ai beaucoup d’idées, mais il me faudrait une équipe technique. Parce que reprendre tout un travail technique, se former là-dedans … c’est comme si tu me disais de repasser le bac, je te dirais d’aller te faire enculer. Y’a plein de petits trucs à connaître qui ne s’improvisent pas, genre la lumière … Regarde les clips de rap français, c’est toujours la même chose : les mecs sont face à la caméra. Les cainris, ils sont jamais face-caméra, y’a des angles différents, etc. Y’a beaucoup de mecs qui adaptent les codes du cinéma aux clips en fait, c’est fait proprement, mais ils ont pas les codes qu’il faut. Les ralentis, les effets, les angles … c’est ça qu’il faut apporter.

Spleenter : T’aimes bien Kevin Gates ?

Zekwe : Franchement, je vois pas qui c’est. Pourquoi tu me demandes ça ?

Spleenter : Il rappe et il chante, il est fortiche, il se back en rôtant parfois. Mais si je te parle de lui c’est juste parce qu’il s’appelle Kevin.

Zekwe :

La suite : la semaine prochaine.

Pourquoi l’Orgasmixtape est le meilleur compact disc de tous les temps

Raison n°1 : Le titre « désanussage ».

A la lecture de la tracklist, la piste 5 frappe évidemment les esprits. Le verbe désanusser, qui a été utilisé pour la première fois par Alkpote sur L’arrivée de Serge Gainzbeur, se décline ici en un superbe nom commun (masculin : un désanussage). Le désanussage désigne l’action de retirer l’anus du partenaire sexuel, suite à une pénétration anale particulièrement violente (exemple : « c’est un désanussage, pas de lubrifiant »). Application possible : « Quelle rouste pour le parti socialiste aux municipales ! Un véritable désanussage » ; « -Viens t’assoir près de moi ! -Impossible, j’ai subit un désanussage cette nuit. »

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Raison n°2 : Le name-dropping abracadabrantesque.

Liste non-exhaustive, dans le désordre : Guy Lux, Céline Dion et René-Charles, Alain Soral, Enora Malagré, Mouammar Khadafi, Jerem Star, Laurent Gerra, Lady Gaga, Saddam Hussein, Ségolène Royal, Claude Nougaro, Thierry Gilardi, Malcolm, Reese et Francis.

Et évidemment, chacune d’elle est placée dans un contexte parfait :

Ça va me donner la chiasse si je vois Enrico Macias !

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Raison n°3 : L’exploration totale des champs lexicaux de la sodomie, de la fellation, et des secrétions diverses, ainsi qu’un état des lieux complet de l’ensemble des paraphilies connues.

En 2007, Alkpote annonçait son premier album solo avec une mixtape sobrement intitulée « Sucez-moi avant l’album ». Un septennat plus tard, il n’a évidemment rien perdu de sa musicale libido. Cette obsession troublante pour la fellation, marque de fabrique du rappeur, est ici contrebalancée par une nouvelle lubie : la masturbation.

« J’veux pas te baiser j’préfère me lébran »
« Rien ne me fait plus plaisir à part la branlette »

Et puisque s’imposer des limites ne semble pas faire partie de ses priorités, Alk agrémente cette activité solitaire d’une manière assez … étonnante :

« Bouffez-moi l’anus pendant qu’j’me branle »

Mais rassurez-vous. L’obsessionnelle fellation n’est pas complètement oubliée pour autant :

« Suce ma putain de bite, salope »
« Suce mon tuyau de plombier »
« Sur ma bite je déverse du sirop d’érable »
« Suce ma bite, lèche mes boules »
« Suce ma putain de Néochrome-bite »

A noter également une belle tribune offerte à la pratique du coït anal :

« J’vais te faire connaitre le plaisir anal »
« C’est un désanussage, pas de lubrifiant »

Et puisque s’imposer des limites ne fait définitivement pas partie des priorités d’Alk :

« J’aiguise ma lame, j’déchire ta chatte »

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Raison n°4 : La partition parfaite des invités, si on arrive à se convaincre que 1995 est un groupe qui n’a jamais existé.

-un Sidisid monstrueux, qui apparait sur 3 pistes différentes au total sur la galette.
– Zekwe Ramos, sur un story-telling de folie. Scénario digne des plus grands films hollywoodiens, twist final à couper le souffle, interprétations impeccables … maintenant on veut le clip.
– 25G, un mec toujours opérationnel pour casser quelques gueules le temps d’un featuring.
– Idjil, Malason, et SKP2JV que pas grand monde ne connaissaient, qui ne marqueront pas forcément l’histoire, mais qui prennent quand même le temps de placer 2-3 phases pas piquées des hannetons (« le pénis a l’air plus gros quand c’est un ami qui t’encule »).
– Joe Lucazz la Légende. Le mec est sortit de taule, et il a la dalle. En attendant l’album solo et la prochaine mixtape de Buffalo Soldiers, il vient prêter main forte à Atef. Et Joe Lucazz qui adopte le flow saccadé de Migos, il faut l’entendre pour le croire.
– Et enfin, le fameux remix de Mongoldorak : Sidisid et Zekwe fidèles à eux-mêmes, Zesau toujours aussi puissant, Jeff le nerf, qui, visiblement existe toujours, Aketo qui se lâche enfin un peu, 25G qui aime le boul d’Ayem, Bolo, toujours aussi violent, Neoklash, RCP, Kmase … Gros casting, même si on doit déplorer l’absence de Canardo, qui avait pourtant enregistré un couplet, qui n’a visiblement pas été retenu.

Raison n°5 : Alkpote va bientôt quitter le rap-jeu, il faut en profiter à fond tant qu’il est là.

Ce n’est plus un mystère pour personne : La Dernière Valse sera le dernier album de l’aigle de Carthage avant sa retraite officielle. Et contrairement à pas mal d’acteurs du rap-jeu français, lui n’est pas remplaçable. Et même si son délire poussé se retrouve partiellement chez Sidisid, il faut bien se rendre à l’évidence : Alkpote est un OVNI, avec un univers complètement ravagé, qui n’a aucune limite. Profitons à fond de ses derniers coups d’éclat. D’autant qu’Atef a bien compris que ce qui plait particulièrement chez lui, c’est la mongolitude de son personnage, et la démesure de ses références. Résultat : il en sur-abuse dans l’Orgasmixtape, offrant au public exactement ce qu’il attendait.

Raison n°6 : La qualité des prods

DJ Weedim est doué. Si l’Orgasmixtape est aussi réussi, c’est en grande partie parce que la réalisation tient plus que bien la route. Épaulé par Sidisid et Dela, il sublime la performance d’Alkpote, en lui mettant à disposition l’écrin parfait : des prods assez sobres pour ne pas enfermer le rappeur dans un style, mais suffisamment travaillées pour le mettre en lumière. Autre bon point : les quelques prises de risques sont réussies. De l’ambiance camée planante de Libertin à la tentative acoustique de N’importe quoi, cette mixtape s’aventure sur des sentiers pas forcément battus sans jamais s’égarer.

Raison n°7 : Déjà 3 clips, dont 2 déjà mythiques, avec un peu de chance on en aura au moins 5 ou 6.

Crise d’épilepsie et foulard de chiennasse … Alkpote traduit la folie de ses lyrics à l’image. Avec 3 clips déjà disponibles le jour de la sortie de la mixtape, on est en bon droit d’espérer au moins 5 ou 6 vidéos au total. Étant donné le nombre de morceaux potentiellement clipables sur la tape, il y a de quoi fantasmer : un clip à gros budget pour Dans le SAS, des petits bouts de pain dans celui de Egarer, un gros plan sur le visage de psychopate d’Alkpote quand il répète « p’tite sodomie, p’tite sodomie, p’tite sodomie » dans Libertin … les possibilités sont infinies.

Raison n°8 : Plus de punchlines improbables en 17 pistes que dans toute la discographie de ton groupe préféré.

Le syndrome Heenok Beauséjour. Parfois, Alkpote raconte n’importe quoi. Des choses qui n’ont aucun sens, pas le moindre rapport avec le contexte, et qui viennent se poser là sans aucune cohérence. Le souci, avec Alk, c’est que ça fonctionne. Florilège de ces phases sans queue ni tête :

« J’nique des prosti-putes »
« Y’a que des T-1000, finis les T-800 »
« Y’a pas de lézards verts et pas de chats noirs »
« J’rajoute du fromage sur mes ravioli »
« Où est Jack Lang ? Au Maroc ou en Thaïlande, à tourner sa langue 7 fois dans l’anus étroit de Laurent Fabius »
« J’écoute du Balavoine ! »
« Ça me fait chier comme un laxatif »

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Raison n°9 : Les backs d’Alk

L’un des détails qui tient à cœur à tout bon fan d’Alkpote : les fameux petits mots placés en fond à la fin de certaines mesures. Bien souvent, il s’agit simplement d’une redite du dernier mot prononcé. Exemple : « J’rêve d’un Mercedes (Mercedes !) » ; « Je souffre d’amnésie (amnésie !). Parfois, c’est également un simple auto-acquiescement (« exact » ! « c’est ça ! »), ou un plus classique « Sucez ! ».
Mais de temps en temps, ce petit mot est une véritable valeur ajoutée, qui complète la phrase précédente, rappelant le concept de hashtag que tout utilisateur de twitter connait :

« T’es incontinent et tu souffres de constipation (merde !) »
« Comme Malcolm et Reese (Francis) »
« Non, ne me sucez pas, vous êtes folle Madame ! (Salope ! Salope !) »
« J’ai le coeur qui palpite et la bite toute dure (Zekwe : quoi, mais c’est quoi le rapport ?) »
« J’suis accro aux jeux vidéos (Super Mario !) »

A noter que ce back fonctionne aussi pour les invités … ainsi, quand Jeff le Nerf s’auto-censure, Alk débarque derrière pour le dévergonder :

Tu donnes ta ch…. (ta shnek !)

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Raison n°10 : Les associations de LGBT, la Licra, le Crif, et peut-être même la SPA risquent de monter au créneau.

Alkpote a du mal à accepter que deux hommes puissent s’emboiter :

« J’ai mal comme un chevalier Jedi quand je vois toutes ces pédales sur les chars de la gay-pride »
« J’déteste les pédés depuis les années collège »
« Appelez vos frères homosexuels, sur vos faces on vient cracher nos glaires. »

Il a également pas mal de difficultés à se rapprocher de l’idéologie sioniste :

« Faut arrêter d’être trop gentil, ces sionistes gâchent nos moments de vie. »
« J’veux m’exprimer en liberté, pas être censuré par des étrangers. »
« On voit clair dans vos pratiques sionistes »
« A croire que j’vis pas en France, on dirait que j’habite à Sion »

Deux sujets très sensibles, tout particulièrement en ce moment, en France. Mais Alk n’est pas du genre à prendre des pincettes, résultat, si Manuel Valls en a marre de taper sur Dieudonné, il pourra se pencher sur l’Orgasmixtape. D’ailleurs, Atef en a une pour lui :

« J’danse ma dernière valse avec la femme de Manuel Valls »

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Rap-game et dinosaures

Kaaris a récemment remis au goût du jour la métaphore du dinosaure, en établissant dans AMG63 une comparaison aussi puissante qu’efficace : « elles se déboitent les babines quand elles sucent le dinosaure« . Animalisation classique mais inventive, elle a produit un effet certain sur un public pas forcément préparé à ce type de punchline préhistorique, même si la mâchoire de dinosaure avait déjà été usitée par l’Oncle Tom (« J’compte croquer la vie avec une mâchoire de dinosaure« ) :

 

 

 

 

 

 

Pourtant, le rap français regorge de références aux monstres du passé. Tantôt par une métaphore sexuelle, tantôt par une référence peu judicieuse à la préhistoire, le rappeur-lambda aime se rappeler au bon souvenir des biscuits Dinosaurus des goûters de son enfance … Une madeleine de Proust parfaitement assumée par LeBoy Krisy’B dans Vraiment moi :  « J’ai pas tourné autour du pot donc j’ai aligné quelques mots du genre : Fuck You ! tout en mangeant mes petits dinosaures« .

29266 - comic dinosaur nazi velociraptorMais la majeure partie du temps, le lyriciste utilise la figure du dino pour se viriliser. Kaaris posséderait selon lui « le torse et les triceps du tricératops » (Bébé). Hyacinthe, quand à lui, trouve le moyen de comparer sa bite à un animal préhistorique : « Ankylosaure, la queue est longue et le bout est gros » (Rap Game Nuit sans Fin). La métaphore est bien souvent sexuelle, et Taïpan considère être « au rap ce qu’un putain de tyrannosaure est à la levrette » (Rien à Prouver).

Mais contrairement aux idées reçues, le tyrannosaure n’est pas forcément le plus populaire chez les rappeurs : le vélociraptor, rendu célèbre par sa représentation erronée dans Jurassik Park, est l’un des plus cités : « Evite de clash un vélociraptor » (GringeEnnemi d’état.com) ; « touche à mon bifteck, j’suis pire qu’un Vélociraptor » (Deen BurbigoPartiel de punchlines -chez NeoBoto-). Différentes écoles s’affrontent pour déterminer le sort à réserver aux reptiles géants : si Dooz Kawa préfère leur réserve la corde et le tabouret (« les dinosaures d’un monde perdu on les a vus et bien pendus pour oublier que l’heure est grave » – Message Aux Anges Noirs), Médine préfère les prendre en bouche (« les dinosaures de Brazzaville ont déversé leur poison » – Lecture aléatoire).

« J’suis un fuckin dinosaure, old-school dans ma tête » (FiligraNNVentre Du Dragon) … l’animal préhistorique est bien évidemment synonyme d’ancêtre, et s’associe naturellement à l’ancienne école. Poulpix en donne une nouvelle illustration dans 60 Kilogrammes, lui qui est « tellement old-school qu’il se déplace en ptérodactyle« . Le dinosaure volant est mentionné également par Swift Guad dans Vautour : « volatile et nécrophage, descendant du ptérodactyle« . 3010 a quand à lui une « attitude en or, swag de dinosaure » (Bienvenue dans le Premium). Difficile à confirmer, d’une part parce que le swag de 3010 est tout à fait subjectif, et d’autre part car la qualité première d’un dinosaure n’est pas forcément d’être soin. Au contraire, il est régulièrement utilisé pour ridiculiser l’adversaire : « A côté de moi t’as l’air d’un fossile, t’es encore à l’époque du pterodactyle » (Hastero KidHastero) ou encore le moins académique « bandes de fuckin’ tas de fiantes de diplodocus lépreux » de Freddy Gruesum dans Admirez. Toujours dans le domaine « peu académique », citons l’inévitable Seth Gueko, qui « baise les putes comme un dinosaure » dans Bafana Remix. Il convient alors de se demander si les reptiles géants étaient réellement adeptes de prostituées …

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Médine (à nouveau) aura peut-être la réponse, lui qui se pose en véritable expert des vertébrés diapsides du passé : « les dinosaures ont disparu par manque d’adaptation » (Oracle). Une superbe analyse de spécialiste. Se positionnant dans le même registre, Keny Arkana se décrit dans Odyssée d’une Incomprise comme « descendante des étoiles, pas des singes, encore moins des dinosaures » (attention tout de même : scientifiquement, la filiation génétique entre la rappeuse et les astres lumineux reste tout de même à prouver). Plus habitué au Club Dorothée qu’aux bancs de l’école, Vidji (5 Majeur) se trouve quant à lui « désolé si Denver n’est pas le dernier des dinosaures » (On pèse). D’autres donnent la même impression de ne pas avoir fréquenté assidument les établissements de l’Éducation Nationale, non pas par manque de documentation scientifique, mais simplement par le sens sibyllin de leurs lyrics : « j’back avec des evil buzz à dos du minotaure, j’réanime les dinosaures » (Maybe WatsonMange un char).

Dernier trublion à avoir esquivé avec soin les institutrices (sauf peut-être pour leur offrir le rôle principal d’un snuff movie), Alkpote a pour lui un véritable motif d’absence dans son carnet de correspondance : « J’encule les ptérodactyles« .

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Alkpote avec des dinosaures nazis

Alkpote – Mazter Chefs Muzik vol.1 (chronique)

5 euros 99 mon salaud. Moins cher que ton paquet de clopes. Et c’est garantit sans substances cancérigènes.

Alkpote est productif. Depuis l’Empereur contre-attaque, l’aigle de Carthage n’a pas cessé de planer sur le rap français. Quelques mois seulement après l’excellent Neochrome Hall Star, il est déjà de retour, avec un projet sans grandes prétentions : Mazter Chefs Muzik volume 1. Seize titres, inédits pour la plupart, et quatre instrus. Parfait pour continuer à occuper le terrain avant l’été.

Monsters (Alkpote, Zekwe, Waybess)

L’entrée en matière est monstrueuse : sur une prod angoissante, Zekwe (présent au total sur 6 pistes) et Waybess viennent prêter main forte à Atef.  « Difficile monnaie, difficile life » : la singularité du label est réaffirmée une fois de plus. Les punchlines sont toujours aussi déglinguées, Atef maitrise toujours aussi bien son personnage décalé : « Si c’est Halloween j’mettrai le masque de Nina Roberts ».

Mongoldorak (Alkpote)

Premier extrait de la tape, Mongoldorak est un morceau difficile à appréhender : nombreux sont les auditeurs déstabilisés par le flow ultra-saccadé d’Alkputaindepote. Pourtant, il y a dans Mongoldorak tous les ingrédients du bon classique alkpotien : de la crasserie sexuelle (« j’fourre même des moches, cougars, vieillasses, camionneurs »), des phases complètement hallucinées (« un sachet de weed et un carré de kiri »), et une débilité génialement assumée (« on protège les bonnes sœurs tout comme Woopy Goldberg … salope ! »). Ajoutez à cela une prod hyper lourde signée Zekwe, un refrain entêtant, et vous aurez le morceau le plus écouté de ma playlist récente.

Kubiak frappe (25G, Zekwe)

« On reprend Tupac Back, on remplace par Kubiak frappe ». La recette est simple, le résultat efficace. La rage habituelle de 25G, le rappeur préféré de Fdesouche, à qui l’on reproche souvent son côté « je gueule au micro et tant pis pour tes oreilles » est ici assez contenue pour rendre le morceau agréable à l’écoute, même s’il dénote un peu avec le reste de la galette. Toujours aussi franchouillard, on l’aurait bien vu en feat sur l’album de Seth Gueko.

La France qui se lève tard (Alkpote, Joe Lucazz, Zekwe)

Que ça fait plaisir d’entendre un nouveau couplet de Joe Lucazz, « un Abd al Malik sous alcool ». Dans son style toujours atypique, sa présence est une vraie valeur ajoutée, le genre de guest qui fait gagner énormément de crédibilité à une digitape sans prétentions. Cerise sur le gâteau : Zekwe vient taper un coup de crampon dans la fourmilière de rumeurs qui entoure les raisons de l’incarcération de Joe : « il était bourré, il a touché les seins d’une keuf qui l’a contrôlé ». Lucazzi la légende !

Pas facile (Zekwe, Hayce Lemsi)

Prod festive, flows énergiques, bourrés d’accélérations et de variations bienvenues : une réussite de plus. Hayce Lemsi, pour sa seule apparition sur la tape, fait le taff. Avec un refrain chantonné entrainant, Pas facile est le genre de titre parfait pour s’ambiancer, pieds dans le sable, soleil sur la peau, GHB dans le verre de ta voisine de plage. Après cinq pistes, Mastez Chefs Muzik fait un sans-fautes.

Protège ta nuque (Alkpote)

« Protégez vos petites sœurettes » … non, La Fouine n’a pas été invité sur Mazter Chefs Muzik. Protège ta nuque s’inscrit dans le plus pur style alkpotien : instru sombre et sale et punchlines crasseuses (première phrase du morceau : « maintenant c’est l’heure de la sodomie »). Ce genre de son aurait parfaitement collé à l’ambiance de l’Empereur contre-attaque. Prendre des risques, varier, s’essayer à des nouveaux styles, c’est très bien, mais on apprécie qu’Alk n’oublie pas de revenir de temps en temps à du très classique, et à ce qui a fait ses premiers succès.

Douille pleine (Waybess)

On va pas te mentir : avant Mazter Chefs Muzik, on connaissait pas Waybess. Il se présente ici avec un égotrip très classique. Pas complètement fou, sans pour autant être mauvais ou insipide, le titre est à ranger dans la catégorie « pas grand-chose à en dire ». Ca se laisse écouter, mais ça ne restera pas dans les mémoires.

Prêt à faire feu (Alkpote, Katana)

Même si les apparitions de l’U2F se distillent au compte-goutte, l’équipe est toujours prête à défourailler. Katana-Alkpote, c’est une association qui fonctionne toujours. Encore une grosse saveur, et une fois de plus, on se prend à rêver d’un nouvel album Atef-Serge.  Alk, fais pas la sourde oreille, on sait que tu vas lire ça. Cette connexion camerouno-tunisienne est aussi nécessaire pour le rap français que l’association oxygène-azote dans le putain d’air qu’on respire.

Agas (Dinos Punchlinovic)

Bon, Dinos, on a rien contre toi, mais si t’as la prétention de t’appeler Punchlinovic, faut assurer derrière. T’as pas le choix, t’es obligé de balancer des phases de fou dans chacune de tes mesures. Et franchement, c’est pas le cas. Sur trois minutes de son, ok y’a quelques rimes sympas, mais rien d’assommant. En plus t’as pas de chance, tu tombes juste derrière l’U2F, qui balance un nouveau classique, et en plus, tu te tapes la prod la moins intéressante de toute la tape.

H.A.T.F.R (Zekwe, Waybess)

Le même effet que Douille Pleine. Pas mauvais (d’ailleurs Zekwe fait toujours forte impression mic en main), mais loin d’être transcendant. Le genre de son qui ne fait pas de mal, mais qui ne s’avère pas nécessaire, et n’apporte rien de particulier à la galette finale.

Juste à côté Remix (Alkpote, Zekwe, Seth Gueko)

Un remix peu judicieux. Ca reste bon, mais c’est un cran en dessous de l’original, qui était l’un des morceaux les plus réussis de Neochrome Hall Star. Il aurait peut-être été plus intéressant de s’intéresser à une autre track de l’album.

Tour de passe-passe (Alkpote, Katana)

Après quelques pistes en deça des attentes, l’U2F revient mettre les pendules à l’heure. C’est crasseux (« de mauvaise humeur, comme si j’avais des menstruations »), technique, pertinent. Les métaphores sont folles, la prod de Zekwe tabasse, et Katana confirme pour l’énième fois qu’il est vraiment le partenaire idéal pour l’esprit psycho-troublé d’Alkpote. Alk, fais pas la sourde oreille, on sait que tu vas lire ça.

Phuket Finest (Seth Gueko, Jason Voriz)

Phuket, nouvel amour du gueko. Le son, issu de la mixtape gratuite « Manstrr » de Jason Voriz date de décembre 2012. On le connait déjà bien, on se demande s’il apporte vraiment quelque chose à la tape, ou s’il est juste là pour ajouter une piste à la tracklist.

91-93 (Alkpote, Sadek)

Sadek, qui nous offre une magnifique danse du ventre dans le clip de Mongoldorak, est la vraie bonne surprise de Mazter Chefs Muzik. Sur une nouvelle prod très réussie de Zekwe, il apporte une véritable énergie à un son qui s’impose comme l’un des plus réussis de la digitape.  On regrette presque de ne l’entendre que sur une seule piste, tant son apport sur ce featuring est visible.

J’suis pire que ça (Sadik Asken)

Sadik Asken ! Le vétéran rappeur- producteur, jamais mieux servi que par lui-même, pose sur une prod de Tony Danza. Forcément, c’est du sur-mesure, et sans poser le morceau de l’année, il nous gratifie d’une prestation de qualité. On aurait aimé le voir participer d’avantage au reste du projet, poser sa patte sur plus de tracks.

Violentissime (Alkpote, Demon One, Selim du 94)

Deux noms ronflants de plus pour venir gonfler la liste des invités. Demon One fait du Demon One, ni plus, ni moins. C’est très bien. Selim du 94 fait du Selim du 94. C’est pas terrible. Finalement, c’est peut-être la piste qui résume le mieux l’ensemble du projet : du bon, du moins bon, sans grosses prétentions, et sans révolutionner le genre, le rendu est propre et efficace.

Neochrome – Hall Star Game

Lundi 26 novembre : sortie officielle du tant attendu projet commun des trois têtes d’affiche de Neochrome : Alkpote, Seth Gueko Zekwe Ramos. Après une promo réussie, symbolisée par 4 clips de qualité et quelques teasers alléchants, la bête est livrée. L’occasion d’une chronique un peu particulière, inspirée par les d’autres rédactions. Attention : article bien mongol. Lire la suite « Neochrome – Hall Star Game »