Critique ciné : Karma

Le film estampillé « rap français », cet étrange objet cinématographique, éveillant irrémédiablement la curiosité des auditeurs, et décevant presque immanquablement les attentes. Hormis African Gangster, un long-métrage qui, sans révolutionner le genre, et sans éviter son lot de clichés, parvient tout de même à tenir la route, les exemples à ne pas reproduire sont légion, de Comme un aimant à La Vengeance, en passant par Cramé ou l’insipide Conte de la frustration, à tel point qu’il est devenu commun de considérer Rap Intégral comme le « film avec des rappeurs dedans » le plus crédible.

BL_N5dwCcAAo-VR

Karma se présente donc avec cette étiquette-rap, une particularité à double-tranchant. Le rappeur lambda, excellent lorsqu’il s’agit de jouer la comédie derrière un micro, devant un photographe, ou en interview, n’est pourtant pas réputé, à une ou deux exceptions près, pour sa maitrise de la méthode Actors Studio. Et si, effectivement, aucun protagoniste du film ne sera nommé aux Cesar, il faut reconnaitre que la partition est globalement très décente. Le manque d’expérience d’acteur de la plupart des interprètes du film ne se fait nullement sentir, et l’impression habituelle de textes récités et de regards perdus ne se ressent aucunement ici.

Les rappeurs présents

Dosseh : En tant qu’instigateur du projet Karma, il est logique que Dosseh porte le film sur ses épaules. C’est donc lui qui endosse le rôle principal, et force est de reconnaitre qu’il s’en sort avec les honneurs. Campant un personnage suffisamment travaillé, il a l’humilité de ne pas se donner le beau rôle, préférant jouer avec les faiblesses et les travers d’un jeune rappeur qui monte, mais qui joue sur plusieurs tableaux, et qui mange pas mal de coups de pression.

Escobar Macson : Peut-être bien le meilleur acteur du film. Son jeu froid, tout sur la retenu, est d’une pertinence et d’une intelligence tout à fait bienvenues, là où les non-initiés à la comédie surjouent quasi-systématiquement. Balançant les punchlines comme en studio (ou en interview), sa présence est un véritable plus. Mention bsahtek, félicitations.

Lalcko : Lalcko, il pourrait faire une pub pour les serviettes hygiéniques, il serait toujours crédible. Le mec a une aura, c’est comme ça, on y peut rien. Parfois tu l’écoutes rapper, tu comprends rien, c’est trop mystique, trop torturé, et malgré ça, tu te dis « putain il est trop fort ». Devant une caméra, c’est pareil. Le mec est là, il est loin, quoi qu’il fasse.

Bassirou : Pas le plus connu du casting, mais pas le moins déméritant. Si son personnage, manquant quelque peu d’épaisseur, n’est qu’un auxiliaire éventuellement dispensable, ce n’est nullement la faute de son interprète. Prestation propre et sans bavures.

Seth Gueko : Une seule apparition, pour une scène de quelques minutes, mais suffisante pour comprendre ce que vaut le Gueko. Forcément, c’est surjoué, mais c’est à l’image du bonhomme, et à la limite, il n’en fait même pas trop. S’appuyant sur un phrasé connu de tous, naviguant entre le patois, le raboin, le vieux françois, et d’autres influences linguistiques indéfinies, Seth s’éclate. On sent qu’en tirant moins le trait sur la caricature, il pourrait faire ça très bien.

Niro : Un rôle de guest, dans une scène qui ne semble là que pour pouvoir mettre en scène le rappeur de Blois, et afficher son nom au casting. Difficile de juger ses qualités ou défauts, le boug a une bonne tête de crapule, et on aimerait voir ce qu’il peut donner de bon avec un peu plus de présence à l’écran.

Sofiane : Anecdotique. Deux apparitions furtives, trois mots prononcés, là aussi, on sent qu’il n’est là que pour pouvoir être cité au moment d’attirer le spectateur.

"Si l'rap ça coule, j'fais des films pornos"
« Si l’rap ça coule, j’fais des films pornos »

Mise en scène et réalisation

Réalisé par Karim Meg (qui s’accorde d’ailleurs un rôle dans le film), valeur montante du vidéo-jeu français, plus connu jusqu’ici pour son travail sur des clips (La Fouine, 1995), et quelques bons travaux en stop-motion sur le skateboard, Karma se présente comme un produit au rendu très propre. Loin de la qualité disparate d’un film comme La Vengeance, la mise en scène est parfaitement cohérente, professionnelle de bout en bout. Et tout la crédibilité du projet tient dans cet état de fait : du cadrage au montage, rien n’est laissé au hasard. Et même si le manque de moyens se fait parfois ressentir (en guise d’exemple, notons qu’aucune mort n’est montrée directement, faute de possibilités en termes de maquillage, trucage, et effets spéciaux nécessaires), l’ensemble pourrait presque se vanter d’un certain cachet. Notons par ailleurs que le long-métrage a le bon goût de ne durer qu’une heure et quinze minutes, là où d’autres auraient tiré la corde pour grappiller un quart d’heure supplémentaire. On évite ainsi quelques longueurs qui auraient été malvenues, et malgré un ou deux temps morts, le rythme est maintenu jusqu’au bout.

Un scénario judicieux

992785_417434651688098_55525103_nMais le point crucial, celui qui fait passer Karma du statut de bon petit film, à celui de très bonne surprise, c’est la qualité du scénario. Pas que celui-ci soit particulièrement exceptionnel, captivant ou surprenant : dans un autre contexte, on aurait pu le considérer comme prosaïque et quelconque, limite insipide. Mais ici, il y a un élément particulier à prendre en compte : le lien vivace entre le film et son univers direct, à savoir le rap. Alors que le sujet est habituellement très inadéquatement traité (soit complètement mis de côté, en se contenant d’une bande-son rap –African Gangster, Cramé-, soit trop au centre de l’histoire –De l’encre, 8 Mile), il est ici parfaitement intégré à la trame scénaristique, et soulève même des questions aussi valables qu’appropriées, explorant la thématique « être rappeur (et donc tête connue) et dealer (donc voué à la discrétion) en même temps, est-ce possible ? ».

Alors, n’y a-t-il que du bon dans Karma ? Évidemment non, on ne fait pas sans son petit lot d’imperfections, de légères incohérences, et de raccourcis scénaristiques parfois un peu gros, surtout sur la fin. Mais l’ensemble n’en souffre aucunement, et l’addition des qualités du long-métrage pèse éminemment plus lourd que celle de ses défauts. Cerise sur la gâteau : la bande-son est excellente, bien qu’étonnamment peu marquée par les morceaux issus de la BO. Les sonorités sont souvent soul, donnant au film une ambiance clairement appréciable, et lorsque l’on entend enfin un peu de rap français, on ne peut que sourire en reconnaissant le timbre de voix de Booba époque Temps Mort.

Critique ciné : The Hole

Écrire des films d’horreur tout public ? C’est là le défi qu’aura essayé de relever Joe Dante tout au long de sa carrière. C’est une nouvelle fois la contrainte qu’il s’est imposé avec la réalisation de The Hole ; contrainte qu’il lui aura souvent permis de se transcender …

The Hole raconte l’histoire d’une famille monoparentale, composée d’une mère et ses deux fils, emménageant dans une petite ville de banlieue. L’un de ses deux garçons est un enfant, l’autre un ado. Lucas et Dane – les deux fils donc – font rapidement la connaissance de leur voisine, ayant approximativement l’âge du plus âgé, qui flashera d’ailleurs très vite sur elle. La bande découvre un trou sans fond dans la cave des nouveaux arrivants.

On comprend assez vite que ce trou va faire ressortir les plus grandes peurs de ces jeunes. On alterne ensuite les séquences de groupe, dans lesquelles les personnages vont tenter de comprendre ce mystère ; avec des séquences plus axées horreurs dans lesquelles les personnages devront affronter leurs phobies. Le tout est bien mené, les parties aventures sont prenantes, on a nous aussi envie de comprendre ce mystère, malgré des personnages un peu insipides, et pas forcément bien incarnés … Les séquences d’horreur sont aussi bien maîtrisées, grâce à une bonne gestion du montage et de la réalisation.the-hole-still-5

La narration reste assez convenue, et il est vrai qu’on est assez déçu lorsque Dane vient nous expliquer très clairement le principe du film. Toujours difficile d’avaler le fait qu’on nous prend pour des cons incapables de comprendre les enjeux d’un scénario … D’autant plus que l’on saisit assez rapidement quelles sont les peurs de l’adolescente et du jeune garçon. Pour les esprits tordus comme moi, la phobie de l’adolescent semble elle aussi assez évidente : il a peur de la pénétration (quoi de mieux qu’un trou pour symboliser ça ?). Et c’est là que le film surprend !

J’éviterais de vous raconter le dénouement mais le film prend une toute autre tournure, et l’on comprend que The Hole est en fait un film sur le poids des blessures enfantines, et la nécessité de les affronter pour évoluer. Ce fameux dénouement comprend quelques très belles idées visuelles, et d’autres plus moyennes, notamment à cause d’effets spéciaux un peu cheap.

Bon tant pis, il n’y aura pas de cul. Malgré tout, The Hole reste un bon petit divertissement, bien exécuté, avec sa part de surprises. Il est toujours intéressant de voir des réalisateurs jouer avec les contraintes pour le bien de leur œuvre, et on peut dire que sur cet aspect là, Joe Dante est admirable.

HELL (film, Tim Fehlbaum)

Dans la série on se prépare pour l’apocalypse zombie, il faut savoir habilement se documenter en vu d’être fin prêts le jour Z. Pour cela, il y a pléthore de bouquins et de sites pour prendre quelques bonnes astuces en matière de survie en environnement hostile. Les films sont aussi un excellent moyen de se documenter et ils ont l’avantage d’être beaucoup plus ludiques.

Lire la suite « HELL (film, Tim Fehlbaum) »