Ténébreuse Musique en concert au Gibus le 21 janvier 2017

Le romantisme n’est pas mort. La Ténébreuse Musique n’a pas oublié tout l’amour que son public lui a donné il y a un an, en finançant entièrement son album. Pour fêter le premier anniversaire de cette sortie déjà légendaire, Alkpote et Butter Bullets veulent à leur tour distribuer de l’amour, le 21 janvier sur la scène du Gibus. Deux rappeurs, un beatmaker : trois issues. Vous connaissez la suite. Et comme une bonne chose ne vient jamais seule, Radmo et Krampf assureront la première partie. Deux concerts en un. D’une pierre deux coups, et d’une capote deux trous. La Ténébreuse Musique vous souhaite la bienvenue en enfer : « ici pas de cotillons, c’est la valse des démons »

Les places sont disponibles ici : https://www.yesgolive.com/gibus-live/la-tenebreuse-musique

Ténébreuse Musique : les pochettes originales de la tracklist

Vous avez tous posé le peu d’oseille dont vous disposiez dans ce projet sardonique lancé par Sidisid, Dela, Alkpote et Singe Mongol, et sobrement intitulé « Ténébreuse Musique ». Comme tout le monde, vous avez un peu perdu patience en voyant le calendrier défiler, alors qu’on vous avait promis un album pour 2015. Mais soyons réalistes : vous auriez aussi été les premiers à vous plaindre si on vous avait balancé un 10 titres bâclé en quelques semaines. Et puis, croyez-moi sur parole : Ténébreuse Musique n’est pas juste un disque. C’est une véritable expérience de vie, le genre de chose qui vous prend aux tripes, qui met tous vos sens à contribution, et qui pousse vos limites morales et physiques à leur extrémum. On pourra dire que j’exagère un peu, ok, mais coucou, c’est moi le mec qui a comparé PNL à Lunatic et Vald à Dostoïevski. Dire qu’Alkpote repousse les limites physiques et morales quand il s’amuse à balancer des « j’aiguise ma lame, j’déchire ta chatte, j’vais te faire connaitre le plaisir anal », j’estime que c’est plutôt mesuré.

Trêve d’ergotage, passons aux bails concrets. Ces petits saligots de la Ténébreuse ont balancé hier une série de tweets un-peu-mystérieux-mais-pas-trop, avec plein de jolies covers. Il s’agit en fait de la tracklist de l’album, et comme faire les choses à moitié n’est pas dans les habitudes de nos bonhommes, chaque cover est pompée inspirée par un album de rap étasunien un peu mythique -du moins, mythique pour Alk et Yung Sid, pas pour toi, le mec né en 1998, ni pour moi, le mec qui n’écoute rien d’anglophone. On a donc retrouvé les pochettes originales, et on vous laisse le soin de comparer, zieuter les détails, retrouver les références, et faire marcher votre imagination en attendant de pouvoir écouter les morceaux (t’as l’eau à la bouche, hein ?).

tenebreuse1

tenebreuse2

LE REVOLVER DE HITLERtenebreuse3

tenebreuse4 tenebreuse5 tenebreuse6 tenebreuse7

tenebreuse8 tenebreuse9 tenebreuse10 tenebreuse11

tenebreuse12 tenebreuse13 tenebreuse14

 

Radmo, la victoire de la douleur | Interview

Le temps d’un week-end ensoleillé en Franche Comté, nous souhaitions voir ce que Besançon proposait de mieux en matière de terroir. Plus communément surnommée Besac par les autochtones, la ville s’est forgée une réputation de taille liée au savoir faire local et artisanal. Nombreuses sont les informations récoltées autour de son horlogerie, de ses édifices et de sa gastronomie. La citadelle de Vauban, le palais Granvelle, le vin jaune, les fromages (Comté, Cancoillotte, Mont d’or). Tout ce patrimoine et ce passé glorieux incite à la découverte de la cité bisontine.

Sur le plan culturel, Besançon n’était pas destiné à devenir une ville incontournable du rap français, personne ne l’aurait prédit. Et pourtant, trois personnages s’évertuent à créer leur musique et à participer pleinement (et sans doute inconsciemment) à l’Histoire de la ville : Sidi Sid, Dela, et enfin Radmo.

Sidi Sid et Dela, c’est à eux deux Butter Bullets. Dela c’est le producteur, l’artisan du groupe, qui concocte ses instrus avec autant de minutie qu’un horloger. Sidi Sid, c’est le rappeur, à la fois passionné et désabusé de tout, désormais exilé depuis quelque temps sur Paris. Son parcours rappelle celui d’un Georges Duroy dans Bel-Ami, ou d’un Frédéric Moreau dans L’éducation Sentimentale. Comme dans les plus grands romans, Sidi Sid a rencontré dans la capitale cette chose la plus cruelle que l’on puisse y trouver : la fin de l’innocence. Sous l’entité Butter Bullets, celle-ci a par la suite abouti sur deux des albums parmi les plus sombres et réussis du rap français, Peplum et Memento Mori.

Pendant ce temps, Dela resté au pays, continue de collaborer avec Radmo.

Radmo, c’est la figure locale indiscutable, issue du quartier de Planoise, malheureusement d’avantage réputé pour ses barres HLM et son taux de chômage que pour sa gastronomie ou son architecture. Radmo, c’est un joli mélange de plein de choses : hospitalité, spontanéité, sincérité, un personnage autant à fleur de peau, que humble et réfléchi. Toutes ces qualités ne surprennent pas, car celles-ci se retrouvent directement dans sa musique.

Son album Doloris Victoria, sorti le 9 Mars dernier et entièrement produit par Dela, est dès la première écoute, une réussite évidente. Il fait d’ailleurs suite à la première salve Bouteille de Gaz, envoyée gratuitement sur la toile en 2013, qui est une sorte de  projet rétrospectif fort réussi. Il nous a donc semblé indispensable, le temps d’un entretien, de revenir sur tout cela à la fois. Et c’est avec une grande courtoisie que Radmo a accepté de répondre à nos questions.

Propos Recueillis le 31/05/2015

llustrations : Singe Mongol

Texte : Le Jeune Did

Comment le rap est arrivé jusqu’à toi qui a grandi à Besançon ?

Quand j’étais petit j’écoutais du funk, de la musique afro-américaine. De base c’était des trucs que je kiffais déjà. Par la suite, dès que les premiers groupes de rap français ont commencé à émerger, direct on a commencé à suivre. C’était l’époque des Little. Dès le départ on a commencé à rapper, à se retrouver et à faire des freestyles entre potes, on est très vite rentrés dans ce délire là, c’est juste venu naturellement jusqu’à nous.

Et à partir du moment où toute cette vague rap arrive, comment se développe ton éducation musicale ? Tu étais autant branché rap français que rap US ?

À l’époque, tout en suivant le rap français, j’étais quand même plus branché rap US. Les découvertes se faisaient principalement via l’émission « Yo! MTV Raps », avec à chaque épisode un nouvel artiste à suivre.

En écoutant tes sons que ce soit sur Bouteille de Gaz ou Doloris Victoria, il y a souvent des sonorités West Coast qui ressortent, tu name-droppes pas mal d’artistes, des anciens de N.W.A. à Kendrick Lamar. Même dans le visuel de tes clips Bras Long ou Cobra, on retrouve une imagerie et des codes West Coast. Les claps très Dr. Dre dans le morceau Californie… Tout cela réuni nous fait dire que c’est sans doute une époque et un style de rap qui t’a plus marqué que d’autres.

C’est vrai que dans le rap américain j’ai toujours plus kiffé le côté West Coast que New York, et pas seulement par rapport à la musique. Je trouvais que les mecs West Coast avaient un style et une image différente, plus exotique, que l’on ne pouvait retrouver nul part ailleurs, surtout en France. Car le style new-yorkais s’est lui directement imposé chez les mecs de Paris de par leurs similitudes : les rues sombres, le côté froid, tout ça… Le côte dépaysant et ensoleillé de L.A m’a plus parlé.

Si je te demande tout ça c’est surtout parce que tes influences musicales sont moins perceptibles que celles de Sidi Sid. Sa musique ultra référencée la rend facilement devinable et familière pour les initiés. Toi, tu glisses souvent des clins d’œil à plein de trucs que tu kiffes, cependant  ton approche artistique et musicale est beaucoup plus spontanée. On sent que tu souhaites d’avantage transmettre une certaine authenticité, un certain vécu, des histoires de tous les jours, des tranches de vie, plus que des références.

C’est vrai que quand je vois le taff de Sidi, on remarque sa grosse culture générale, toutes ses références, on sent qu’il maitrise son sujet. Ma culture générale rap  est moins importante que la sienne. J’ai en revanche une culture cinématographique très importante, et si tu écoutes attentivement, tu t’aperçois que j’essaye toujours d’envoyer des images, de mettre des mots sur des scènes connues de films qui le sont plus ou moins. Je m’inspire aussi beaucoup de l’actualité : ces faits d’actus, je finis souvent par les faire glisser dans mes textes.

Ça nous permet de parler du duo Butter Bullets :  on y retrouve donc Sidi Sid , qui est rappeur et bisontin comme toi, et Dela le producteur du groupe, qui est également ton beatmaker sur l’intégralité de Doloris Victoria. Tu peux nous raconter votre rencontre ?

À l’époque, Dela habitait en résidence étudiante à Besançon et vu que j’habitais juste à côté, je voyais souvent des étudiants avec qui on tapait des matchs de foot et des soirées. Et vu que ces étudiants étaient voisins avec Dela ils me disaient souvent : « Radmo faut qu’on te présente un gars, il fait du son, c’est un truc de ouf etc. » et de son côté pareil ces mecs allaient vers lui et lui disaient « Dela faut vraiment que tu rencontres Radmo ». Donc un jour, à force d’entendre toujours la même chose, je suis allé chez lui. Une fois les présentations faites, on s’est posés et il m’a fait écouter son travail. Et tu vois à ce moment précis, ça faisait déjà des années que je rappe, on me présentait donc souvent des gars qui faisaient du son, et le résultat n’était pas toujours à la hauteur, même si par pudeur tu vas pas dire au beatmaker que son travail est pourri… peut-être que le gars débute, il faut donc lui laisser le temps de trouver la bonne formule. En revanche, le jour où je suis arrivé chez Dela, je suis resté bouche bée car son travail était trop lourd. Bref je retourne un autre jour chez lui pour finalement poser un son, et Sidi Sid était là et me demande si j’étais chaud pour faire un feat avec lui. C’est comme ça qu’on a enregistré notre premier morceau ensemble qui s’appelle « Toujours en place ». C’était notre premier son ensemble, on s’est tapé des bonnes barres de rire, c’était un bon délire, c’est à partir de là qu’ils m’ont trouvé super cool, et à un moment Dela me dit que si je le souhaitais, on pouvait continuer à travailler ensemble. Ça faisait vraiment plaisir. En plus, Dela est un pur producteur, un vrai geek qui craque pleins de logiciels et qui connait trop de trucs, le gars qui fait plaisir. Il a quand même fallu un peu de temps pour trouver musicalement la bonne alchimie et qu’on devienne un véritable binôme, qu’on finisse par se comprendre parfaitement. Je me rappelle qu’au début, quand j’arrivais au studio, je voulais qu’il retouche sans cesse ses prods pendant parfois plus de deux heures ! Je le saoulais souvent à vouloir retoucher ça et puis ça et encore ça…  ! Alors que maintenant, j’ai juste à me ramener au studio, et il sait à l’avance ce qui me conviendra et me correspondra. C’est très soulageant et reposant en tant qu’artiste, car j’ai juste à kicker, je pose le texte et Dela s’occupe du reste.

3

Cette bonne alchimie que vous avez tous les trois atteint sans doute son paroxysme avec le délire Ralph Lauren que vous avez en commun. Celui-ci apparaît d’abord sur les « Larmes du soleil » et  a ensuite abouti sur un véritable morceau (« Ralph Flow » de Butter Bullets ndlr.) Ce délire fonctionne, car l’auditeur y adhère vraiment. On peut d’ailleurs en juger la portée et l’impact quand on voit un mec comme Alpha Wann, qui est très fan de vous, pomper clairement ce délire en nommant un de ses skeuds Alph Lauren. Du coup ce délire Polo Sport, c’est venu comment ?

Il vient de nous tous ! Déjà dans notre petite équipe, on était tous habillé en Ralph Lo. Ça vient peut-être quand même plus de Dela que du reste… je me souviens on était toujours là à chiner, à essayer trouver les plus beau trucs Ralph Lauren. On se marrait tout simplement. Mais en plus de ça, avec tous ces délires, il y a une réelle amitié qui s’est développée. Au delà de la musique, ces gars-là font vraiment partie des meilleurs amis que je puisse avoir. Ils m’ont toujours soutenu, dans les bons moments comme dans les plus durs, on s’est toujours compris, c’est ça notre force. Pour le morceau « Les larmes du soleil », un jour Dela m’avait fait un son, mais je voulais pas trop le kicker au départ. Après réflexion, je pose un petit couplet, et je lui dis « essaye de t’arranger avec ça pour en faire un refrain ». J’hésitais car c’était un son un peu fun, ensoleillé, estival… et à cette période j’étais plus sur des morceaux beaucoup plus crus. Je lui ai donc laissé carte blanche pour le refrain, tout en me disant que Sidi serait plus à l’aise pour faire un son de ouf. Sidi Sid est parti 30mn s’isoler dans le salon, il a pondu son texte et il revient, il l’enregistre d’une traite et puis la suite vous la connaissez. On poste le clip sur le net et ça a eu son petit buzz mine de rien.

« Les larmes du soleil 2 » est un titre également très réussi. Avec le temps, quel regard portes-tu sur ces deux volets, et est-ce qu’un troisième est envisageable ?

À la base je n’étais pas très chaud pour un « Larmes du soleil 2 ». J’estimais que le 1 était déjà un classique, et le résultat du 2 a confirmé mes doutes car il a moins buzzé que le premier. « Les larmes du soleil 1 » restera toujours le meilleur car tout était nouveau, le concept, la coupe de cheveux de Sidi à l’ancienne (rires). Tout était frais. Franchement… si tu prends tout le rap français de l’époque : qui est arrivé direct du quartier pour poser avec un petit blanc comme Sidi ? On était les premiers là-dessus. Mais aussi sur la sonorité, on était déjà en mode autotune, et avec nos moyens modestes, on était déjà dans le futur. Avec en plus de ça la réaction des gens ! On a reçu des critiques de psychopathes, des sales commentaires, des trucs de racistes, le public n’était pas prêt ! Et aujourd’hui en réalité, tout le monde rêve d’un duo comme ça. C’est ça qui me plaît avec eux. Ils ont une oreille tellement musicale et une culture générale tellement large qu’ils savent à l’avance ce qu’ils veulent et ont toujours des idées plein la tête.

En écoutant ta voix on sent une certaine aisance dans le ton, elle possède beaucoup d’assurance et tu adoptes en plus une attitude très fière, toujours imperturbable. C’est sûrement dû à l’expérience acquise au fil de ta carrière, mais sur Doloris Victoria, on sent aussi une forme de soulagement et d’apaisement. Comme si au moment des prises tu réalises que l’album parfait, que toi même attendait, arrivait enfin. Mais cette assurance de façon générale, on la ressent déjà depuis tes premiers sons sur Bouteille de Gaz. C’est donc un truc que tu travailles constamment, ou alors c’est quelque chose de plus naturel, lié à ta façon d’être ?

Quand on a sorti Bouteille de Gaz, avec Dela on était déjà très heureux de le sortir car on s’est longtemps demandé si ce projet allait sortir un jour ou non. Tout au long de ce disque qui couvre une grande période, une dizaine d’années de travail, on y retrouve par conséquent une certaine évolution. Il y a des sons vraiment vieux qui auraient pu faire partie d’un autre album, et des sons plus récents qui collent plus avec notre époque actuelle. Ce disque aurait pu être séparé en deux. On a mis du temps à se décider, et on s’est dit autant tout regrouper d’un coup. C’est dans l’esprit de notre époque. Dans le rap aujourd’hui, tu n’as plus le temps d’en perdre entre tes différents projets, tout en devant rester le plus perfectionniste possible. Il faut savoir être dans les temps, être réactif, et avoir des choses à proposer. Dans ce contexte là, autant donner tous les sons d’un coup, ça laissera plus de temps et de contenu à l’auditeur pour enchaîner direct sur une nouvelle sortie. J’aurais pu sortir Bouteille de Gaz plus tôt dès les premiers sons enregistrés, au final ça ne s’est pas fait. Du coup on fait comme tout le monde, on balance tout gratuit et on s’adapte à notre époque. On n’abandonne pas, et on repart de zéro, c’est comme un nouveau cycle, avec pour objectif le futur projet qui a abouti sur cet album, Doloris Victoria. C’est un challenge permanent et c’est stimulant, c’est aussi ça le rap, réussir à être dans les temps, s’adapter aux délires et aux sons du moments, au flow du moment, à l’attitude du moment qui va avec et que tu as bien senti sur l’album. J’étais fier c’est vrai, fier de pouvoir me dire que dans les temps, j’y étais ! J’ai pu sortir l’album comme il fallait et comme je le souhaitais. Maintenant, c’est fait, on peut  passer à l’étape suivante.

4

Au delà d’un côté cru clairement assumé, ta plume reste cependant variée. Colérique ou comique, elle peut également être très élégante, douce, romantique et aussi poétique. Je pense à des titres comme « J’ai vu mes rêves partir », « Sur le toit du monde » et même sur le refrain des « Larmes du soleil 2 », tu arrives souvent à trouver de belles figures de style pour décrire des choses simples, ce qui les embellit, sans jamais tomber dans le mielleux. Est-ce qu’en tant que lyriciste, c’est un exercice qui te plaît ?

Je dois t’avouer que les refrains de ces morceaux quand je les ai écris, il y avait une souffrance. C’est souvent dans ces souffrances que tu accouches de tes plus belles lignes. Tu souffres, tu te sens pas bien… mais en même temps tu écris et tu arrives à ressortir cette souffrance sur papier, c’est le cœur qui parle et qui s’exprime naturellement. Si tu arrives à la fois à maitriser tes émotions et ta plume, tu ne peux qu’écrire des choses vraiment belles et intéressantes.

Et quels sont les thèmes que tu préfères aborder ?

C’est difficile à répondre parce qu’aujourd’hui dans le rap tu t’aperçois que beaucoup partent dans le même sens, et dans la grande majorité, les thèmes le plus souvent abordés à grande échelle n’apportent pas souvent une bonne image au rap, et pire, le dégradent.  Ça va décrédibiliser en contrepartie certains artistes, des vrais mecs de rue, plutôt sincères dans leur démarche. Le plus dur pour moi c’est justement de trouver des thèmes qui vont me plaire, ça fait un bon moment que je rappe c’est donc difficile de trouver des thèmes différents et nouveaux, sans tomber dans la répétition. Répéter à longueur d’années la même misère sociale par exemple, au bout d’un moment c’est bon. Peut-être qu’il y a de la discrimination ici ou là, mais on est quand même pas les plus à plaindre. Il faut relativiser, être réaliste et avoir les pieds sur terre, à un moment donné il faut savoir aussi changer de discours.

C’est agréable à entendre car quand tu développes ton côté racailleux, de quartier, j’ai remarqué que ton discours n’a jamais été victimaire, ni politisé. Ce qui est assez malin et permet de brouiller les pistes. On ressent ta colère, notamment sur tes morceaux les plus anciens, mais cette colère n’est jamais ciblée, et bien qu’existante, on dirait que tu souhaites toujours la canaliser voire même la surmonter, ou la dominer. C’est vraiment quelque chose de plaisant à l’écoute et ça m’amène à te demander : l’instrumentalisation du rap, est-ce que c’est un truc qui te saoule ?

Ouais personnellement ça me saoule. Grave même. Car si tu creuses dans mon passé, ou de ceux qui vivent dans les quartiers, qu’ils rappent ou pas, et bien ces gens ont été plus souvent directement victimes de gens de leur propre quartier que de ce système. Même si ce système n’est pas blanc comme neige, on a tendance à plus le pointer du doigt presque à l’aveugle, plutôt que de montrer les personnes qui font vraiment du mal dans leur propre quartier.

Le titre choisi Doloris Victoria est assez symbolique. Une victoire en soi de sortir cet album, avec un résultat digne de l’attente, mais qui s’est fait non sans douleur. Tu as d’ailleurs une phase dans le titre « Du gras » où tu dis que ton « album transpire la douleur ». Cette douleur, quelle est-elle ?

C’est un peu un tout. Ma douleur personnelle, la douleur du travail et des efforts fournis pour sortir comme tu l’as dit un album propre. Et c’est en même temps un titre qui signifie la victoire de la douleur. Je suis venu pour faire mal, et la victoire elle est là, elle se trouve tout au long de l’album qui garde le même ton tout du long, la même couleur, avec toujours cette idée symbolique de faire mal.

2

Tu t’es fait plaisir sur les samples ! C’est assez fréquent dans ta musique d’y trouver des samples surconnus, des trucs bien ancrés dans la culture populaire voire même de masse. Dans l’album, Sting est samplé sur le titre « Salvador Dali », Michel Berger dans « Le nom de ma clique ». Et dans d’autres sons plus vieux, comme dans « Parle à mon boule » tu décides de sampler ATC, et encore pleins d’autres trucs d’eurodance comme dans « Cocktail rail de coco » ou « On s’arrête pas » .

Ça c’est mon côté nostalgique, j’ai souvent des petits airs de musique dans la tête qui me reviennent et je me dis pourquoi pas faire un son avec. J’aime varier les styles, Sidi peut avoir un côté satanique et ténébreux, moi un côté plus de rue. Mais j’aime toujours apporter un truc différent sans m’enfermer dans un style, pour qu’au final le morceau proposé puisse s’écouter tranquillement, que ça glisse tout seul.

Tu n’as pas peur de mettre en avant et d’assumer pleinement cette culture populaire là où beaucoup d’autres rappeurs chercheront à s’en extirper. Tu es totalement décomplexé par rapport à ça, il y a un côté très innocent dans ta façon de faire ce genre de morceaux et je trouve que ça donne à ta musique une touche super conviviale et fédératrice.

Le problème des artistes, en généralisant un peu, c’est qu’ils suivent trop la tendance, et au final tout le monde se recopie. Dernièrement tout le monde voulait faire comme à Chicago, chanter comme Lil Durk, rapper comme Lil Reese, remuer la tête comme Chief Keef… tu vois, même si j’aime tout ça, je dois toujours me démarquer, trouver ma propre formule, ma propre recette.

Récemment, il y a le projet commun d’Alkpote et Sidisid : Ténébreuse Musique qui  a été annoncé. Un projet commun Sidi Sid et Radmo, sous la forme d’un EP ou d’un format plus long pourrait-il voir le jour ? Est-ce que vous en avez déjà parlé entre vous ?

Non on n’en parle pas, car on aurait déjà pu le faire à l’époque. Après si on rappe tout le temps ensemble on deviendrait un groupe…. Sidi Sid sait ce que je peux lui apporter dans un morceau ou sur un refrain… Mais quand t’as déjà travaillé avec un artiste et que vous avez déjà sorti des trucs classes et bien réalisés comme « Les larmes du soleil », forcément tu as envie de collaborer à nouveau, mais seulement pour refaire un morceau encore mieux que le précédent.  Par exemple après « Les larmes du soleil 2 » on a sorti « Ralph Flow » pour l’album Péplum de Butter Bullets. Et ce son je l’ai trouvé encore mieux que tous les autres, il est terrible, je l’écouterai même quand je serai vieux ! Donc au final je préfère arriver avec Sidi une fois tous les deux ou trois ans avec un son de ouf qui marquera tout le monde. C’est notre marque de fabrique ! Radmo et Sidi : on arrive une fois tous les deux ans avec un son, et il fait mal à tout le monde, point à la ligne.

Ton bilan personnel post-Doloris Victoria ? Est-ce que le résultat final et les retours te donnent envie de sortir un nouveau projet ?

Bien sûr, et toujours de la même manière : celle de bien travailler, sans se prendre la tête, sans se précipiter non plus. On a déjà enregistré un nouveau titre, on a plein d’idées. Pourquoi pas sortir un maxi pour la rentrée, garder une actu. Il faut juste bosser et parvenir à proposer toujours quelque chose de meilleur.

De manière plus globale, si tu devais faire le bilan de toute ta carrière, quel conseil donnerais-tu ?

C’est simple, si tu fais du rap parce que tu aimes ça et que tu n’as pas envie de te prendre la tête, fais-en. Si c’est pour vouloir faire carrière ou faire de l’argent, tu fais comme Booba a dit, si tu vois que l’argent ne rentre pas arrête tout de suite et rentre chez toi. Quand j’étais petit on avait vraiment pas cette idée là, on faisait simplement du rap parce qu’on y prenait du plaisir. Aujourd’hui tu ressens beaucoup plus qu’avant le côté compétition, et le problème avec ça c’est que plein de jeunes rappeurs veulent absolument devenir la prochaine star et oublient totalement de nous faire ressentir leur passion pour la musique.

Interview : Sidisid (Butter Bullets) | Captcha Mag x Le Blavog

Cette interview date de septembre 2013, mais on l’avait jamais sorti pour cause de : nous sommes des branleurs.
En plus, c’était une entrevue filmée, mais les vidéos n’ont jamais été montées pour cause de : nous sommes des branleurs.

Du coup, on vous balance quand meme l’interview, avec une bonne année de décalage, ce qui explique pourquoi on n’y parle pas des premiers extraits de Memento Mori, du clash contre Olivier Cachin, ou des derniers feats avec Alkpote. Ne fuis pas tout de suite, on parle quand même de pas mal de choses foutrement intéressantes, telles que : les haricots, Fauve, Joe Lucazz, les déménagements, Project Pat, la Suisse, et les ventes de Fababy.

C’est pawti :

Teobaldo : Avant le feat avec Alk, tu faisais des trucs, mais qui n’étaient pas spécialement exposés.

Sidisid : Ouai, on faisait des trucs, mais j’en suis pas fier du tout.

Teobaldo : T’en es pas fier, avec le recul, ou déjà, sur le coup, tu te disais « c’est pas terrible » ?

Sidisid : Bah déjà, à l’époque, entre le moment où tu le fais, et le moment où ça sort, y’a deux ans qui se déroulent. Donc sur le coup, oui, ça va, parce que t’es dedans, mais deux ans plus tard, tu te dis nan, c’est pas possible. Avant Peplum, on a quand même sortit deux albums !

Teobaldo : Ils étaient dans les bacs ?

Sidisid : Nan, pas des les bacs, mais sur des sites spécialisés.

Teobaldo : Même formation, avec Dela à la prod, et toi au micro ?

Sidisid : Ouai, et après on avait des autres potes qui produisaient, mais qui sont plus dans le son aujourd’hui. On est arrivé comme ça, mais à l’époque, je me bousillais déjà à Express D. C’est juste que c’était impossible, il n’y avait pas de place pour un petit blanc de Franche-Comté qui fait du rap ! J’avais rien à raconter qui pouvait intéresser, à l’époque, un auditeur de rap. Toute cette époque, avec Compagny Flow, Def Jux, ça existait pas du tout en France. Enfin si, y’avait peut-être TTC, qui a été mal interprété, mais c’était les seuls à être un peu dans ce délire. Mais Compagny Flow, c’était chanmé, j’étais à fond dedans. Et même les blogueurs qu’on connait aujourd’hui, ils respectent à mort. « Nous les blancs », c’est ce qui nous a donné une crédibilité.

Teobaldo : Le fait d’être le seul rappeur du groupe, c’est un choix, ou c’est juste que ça s’est fait comme ça, par la force des choses ?

Sidisid : C’est pas spécialement un choix, ça s’est fait comme ça, c’est tout. Avant, j’avais un groupe, on était deux … bon, j’avais 14 ans. Et c’est une expérience de groupe qui a foiré ! Un jour, je me suis rendu qu’il n’écrivait pas … il n’avait jamais rien écrit. On avait enregistré des trucs, mais on écrivait jamais ensemble. Et un jour j’écoute une compil, un morceau d’un mec totalement inconnu, et je me dis « putain je connais ce couplet ». J’ai cherché pendant au moins une semaine ! Et quand ça a fait tilt, je me suis dit « le fils de pute ! » (rires). En plus, sur la fin il faisait ça intelligemment, en prenant 4 mesures dans un texte, 4 mesures dans un autre …

Teobaldo : T’avais 14 ans, et t’avais déjà enregistré des trucs ?

Sidisid : Ouai, on a eu accès à un petit truc. C’était l’époque ODB, etc. Mais je suis bien plus vieux que ce que l’on croit !

Spleenter : Faut dire ton vrai âge, du coup.

Sidisid : Mais je l’ai jamais dit, encore !

Genono : Et bah c’est le grand moment !

Sidisid : Nan, je l’ai jamais dit, personne le sait … mais je suis assez vieux pour avoir connu tous ces trucs. J’aime bien le mystère, donc je veux le garder secret. Et puis je le vis mal, en plus. Le fait d’avoir bientôt cinquante ans, c’est dur (rires).

Teobaldo : C’était pas trop compliqué d’enregistrer, à 14 ans, sans les possibilités qu’on a aujourd’hui ?

Sidisid : Nan, un mec qui avait un studio, et qui nous a dit « allez-y, faites-vous plaisir ». Y’avait pas encore internet, c’était l’époque de Jeunes, Coupables et Libres. 1999 à peu près.

Genono : Donne pas trop de dates, parce qu’on va pouvoir déduire ton âge.

Sidisid : Ouai, mais j’ai commencé à rapper à 6 ans en fait.

Spleenter : Et la connexion avec Tekilatex et TTC, elle se fait quand ?

Sidisid : On allait souvent faire des soirées en Suisse, et à l’époque, il y avait un DJ, DJ Raze, qui ne jouait que du screwed. Le screwed and choped, en France, y’a peut-être 100 mecs qui savaient ce que c’était ! Je me suis dit « qui est ce mec ? ». On aurait dit Lil Jon en blanc, tu vois ? Il jouait que du Bun B, du Three 6, j’étais halluciné. Je pensais pas qu’un mec qui jouait ça pouvait exister en Europe ! Je vais le voir, il me dit (Sidisid prend l’accent suisse, l’imitation est criante de vérité) : « Mais si, viens donc fumer une canne ». On est devenu potes, et il était connecté avec eux, parce qu’ils avaient sortit un album en screwed.

Spleenter : Ah, donc t’étais déjà dans ce délire-là ? Parce que beaucoup se disent qu’ils t’ont connu avec des clips très colorés, où ça parle de bonbons.

Sidisid : Pour l’histoire du bonbon … on a essayé de faire un single, point barre. Mais je parlais déjà de ma bite, hein. Même là, on va essayer de faire des singles, si y’a de la thune à prendre, je la prendrai. Donc ouai, l’évolution, je comprends qu’elle puisse en étonner certains.

Spleenter : Bah même moi, ça m’étonne. Quand tu me dis qu’à l’époque tu te buttais déjà à Express D … disons que ça transparait pas forcément.

Sidisid : Ah nan, ça transparait même pas du tout. C’est une époque où on écoutait Dipset, où j’allais souvent à New-York, et où je m’achetais que du XXXL violet, parce que Camron. C’est débile, mais c’est un peu ça aussi. Alors qu’au fond, ma musique est noire. Je me suis fait niquer, j’ai grandit. Ca n’arrivera plus !

Teobaldo : Apparemment t’écoutes beaucoup de mecs du Sud. On t’identifie beaucoup à Memphis, d’ailleurs t’as ramené des gens de Memphis. C’est vraiment parce que t’en as eu l’occasion, ou si t’avais pu ramener des mecs de Houston, ou d’Atlanta, tu l’aurais fait ?

Sidisid : Memphis nous a quand même bien bouffés. Au début, c’était New-York. Le deuxième Mobb Deep, le premier Wu-Tang …

Spleenter : Ouai mais nous, on est quand même plus jeunes que toi.

Sidisid : Ah ouai ? (visiblement touché dans son orgueil de vieux) Mais faut dire que j’ai commencé à écouter du rap super tôt aussi.

Spleenter : Bah alors c’est encore pire.

Sidisid : Vous avez quel âge ?

Spleenter : Moi j’ai 27.

Sidisid : Bref, nous c’était l’époque New-York. J’avais un buraliste qui importait The Source, et on y voyait les pubs des albums genre No Limit.

nolimit

Spleenter : Avec les fameuses pochettes …

Sidisid : Voila, et on avait limite honte de se dire « on va écouter ça ». Impossible, c’était trop vilain ! Et puis un jour, on est tombé sur un Three Six, et on s’est dit « putain de merde, on a loupé tellement de trucs ». Du coup on a voulu tout rattraper, on a tout bouffé. Three Six c’était le rap ! Le flow ! Mis à part Bone Thugs, y’avait qu’eux qui faisaient du ternaire. Mais y’a pas eu que Memphis ! New-York, Houston … en fait, ça dépend des périodes. Aujourd’hui, Memphis, ça existe presque plus.

Teobaldo : Pourquoi tu ramènes Project Pat et Evil Pimp plutôt que d’autres ?

Sidisid : C’est une question d’opportunités. Y’a encore deux ans, t’avais Prodigy pour 200 dollars. Ils s’en foutent, ils sont en studio, ils vont te faire un couplet qu’ils ont même pas écrit … Pour eux, c’est rien. C’est 200 dollars de gagnés, quasiment sans rien faire. Bon, c’est pas du tout la question que tu m’as posé … (rires)

Spleenter : Concrètement, la connexion avec Project Pat, Evil Pimp, Droop-E, elle se passe comment ? J’imagine que c’est par internet ?

Sidisid : Droop-E, c’est différent, parce que j’étais pote avec son frère.

Spleenter : Du coup, explique un peu qui est Droop-E, pour ceux qui connaissent pas.

Sidisid : Droop-E, c’est le fils de E-40. Et sur le coup, je savais pas. J’étais pote avec le petit, qui s’appelle E-chou (comment ça s’écrit, merde ?), je savais même pas quel âge il avait, je savais même pas que c’était le fils d’E-40. On discutait sur internet, et un jour j’apprends qui est son père … Imagine, un gros débile de fan comme moi, je me suis dit « qu’est ce que c’est que cette histoire ? ». Je me suis dit, E-40, ça va être compliqué, mais on envoie quand même des beats. Je sais qu’il en a mis certains de côté, mais après … tu peux y aller et dire « bon, Monsieur Quarante, qu’est ce que vous faites avec mon beat ? » (rires)

Spleenter : Et les deux autres, c’est pareil ?

Sidisid : Bah, tout se fait sur le net. Pour Project Pat, on est passé par le manager, un truc réglo quoi. Après, les mecs, t’aimerais les faire venir, mais tu peux pas. Project Pat, je sais même pas s’il a des papiers.

Spleenter : C’est intéressant, parce qu’on se rend compte que tout est possible, sans dépenser des sommes folles. Je te demande pas forcément la somme exacte que t’as payé, mais si t’as envie de le dire, tu le dis (notez l’approche subtile pour amadouer le rappeur et lui faire lâcher des infos).

Sidisid : J’ai payé ce qu’il y avait à payer, tout simplement parce que j’estime que c’est normal. Mais c’est un tarif misérable. Project Pat, c’est une légende. C’est comme Snoop ! Donc oui, c’est misérable. Je sais plus, mais j’ai dû le payer 200 dollars, un truc comme ça. C’est vraiment misérable.

Spleenter : Donc en fait, c’est juste que d’autres français ont pas la démarche de le faire, puisqu’apparemment, c’est possible pour pas mal de gens.

Sidisid : C’est possible pour tout le monde, je pense. Bon, là je te le dis, parce que ça va pas se faire, mais on devait avoir Camron pour le prochain album. Finalement, ça se fait pas, parce que d’une minute à l’autre, il a changé d’avis, en demandant une somme qui est devenue subitement beaucoup moins abordable.

Teobaldo : Tu disais que les mecs écrivaient même pas leurs couplets ?

Sidisid : Selon moi, hein.

Teobaldo : Du coup … je me demande un peu : c’est quoi l’intérêt ? C’est juste le fait d’avoir son nom sur ton album ? Si tu débourses 200 dollars, même si c’est très peu, et que tu sais à l’avance qu’il va te pondre un couplet médiocre …

Sidisid : Je vois ce que tu veux dire. Bah déjà, si le couplet est nul, je le mets pas. C’est déjà arrivé, si j’invite un mec sur mon album, et qu’il vient pour faire de la merde, je le garde pas. C’est normal.

Spleenter : Tu pourrais nous définir tes influences ? Parce que tu parlais de Memphis au niveau du flow, disons tout ce qui est roulements pour caricaturer un peu … est-ce que t’as d’autres trucs, par exemple au niveau ambiance ?

Sidisid : J’ai toujours bien aimé les mecs un peu techniques. J’aime bien les mecs ultra laid-back, qui s’en battent les couilles, qui rappent tellement bien que des fois tu sais pas si … comment il dit Kery James ? Ils rappent tellement bien que tu crois qu’ils rappent mal. Tu vois ce que je veux dire ? Comme Joe. Un mec comme Joe, tu sais pas. Enfin, moi je sais, mais … Quand on était en studio avec lui, l’ingé comprenait pas. Et trois semaines après, il était là « putain, mais Joe Lucazz, c’est tellement un tueur » (rires)

C’est comme Demon One ! A l’époque de « Les points sur les I » … c’était super technique. Il nous a fait une démonstration, une leçon de flow. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il arrive plus trop à … je sais pas si c’est voulu, si il a moins envie …

Teobaldo : C’est un mec qui a une aisance naturelle. Maintenant, peut-être que le rap actuel ça lui parle moins, c’est plus les mêmes ambiances, les mêmes instrus …

Sidisid : Déjà, ça a ralentit de 30 bpm. Bref, pour revenir à ta question, mes influences, ça a toujours été les mecs techniques. Pour les ambiances, tout ce qui est un peu sombre. Mobb Deep, etc, de toute façon, New-York, à la grande époque, ça a toujours été sombre. Enfin, je parle de trucs sombres, mais y’a aussi …

Spleenter : Bah, y’a Dipset aussi.

Sidisid : Oh, c’est sombre Dipset quand même. (il hésite) Enfin, maintenant que tu le dis …

Spleenter : C’est quand même très fantaisiste.

Sidisid : Ouai, c’est pas faux. C’est plus l’attitude, avec de vraies ambiances. Après, y’a pas que le rap, y’a aussi le cinéma, la bande-dessinée, etc.

Spleenter : Et si je te pose la même question, mais sur le rap français ?

Sidisid : Démocrates D, ça m’a pas mal buté. J’ai jamais écouté NTM, ça m’a toujours fait chier, IAM aussi. L’accent marseillais, c’est impossible pour moi. Sinon, y’a eu toute l’époque Time Bomb …

Spleenter : Minister Amer, pas trop ?

Sidisid : Si, mais ça me fatiguait un peu. Le côté trop freestyle, tu vois ? Mais j’ai réécouté plus tard, et oui, ça me parlait déjà un peu plus. Le délire baskets blanches, etc, j’aimais bien. Hifi, lui, il m’a bien buté. J’ai remis son album dans mon téléphone, parce que vraiment, il était trop fort. Les X-men … Bon, je pourrais t’en citer 1000.

Teobaldo : C’est surtout avant 2000 en fait.

Sidisid : En fait, après 2000, ça m’influence plus. Quand t’es déjà dans le rap, ça te parle différemment. Ca empêche pas de continuer à bouffer des influences, du Sud, de la Crunk … J’ai adoré la Crunk !

Spleenter : Du coup t’as une pensée émue pour l’évolution de Lil Jon ?

Sidisid : Apparemment, il gagnait vraiment énormément de thunes … et tant que les mecs font du pognon, ils ont mon respect.

Spleenter : Ca te manque pas un peu ? Genre Crunk Juice, tu le réécoutes aujourd’hui, ça tue toujours.

Sidisid : Je sais pas, je pense que ça a été remplacé par la Trap, tout simplement. Mais Lil Jon, attends, il faisait un single tous les trois mois. T’imagines le truc ? T’en fais un seul, déjà, t’es bien. Lui, il en a combien ?

Spleenter : Donc pour situer un peu la chronologie de Butter Bullets … En gros, y’a eu toute la période où vous étiez plus ou moins affiliés à TTC, ensuite une grosse pause, et ensuite le retour avec Chiens. C’est ça ?

Sidisid : C’est à peu près ça, oui.

Teobaldo : La « pause », tu l’expliques comment ? C’était un ras-le-bol, ou quelque chose de pas vraiment prévu, ou … ?

Sidisid : Y’a un peu des deux … Après cette période un peu inactive, je suis venu vivre ici (Paris), et puis la rencontre avec Alkpote, c’est ce qui nous a donné une certaine crédibilité.

Genono : Donc la raison de ta venue à Paris, c’est uniquement la musique ?

Sidisid : Ouai. C’est pas que ce soit déplaisant d’habiter en Province, mais au bout d’un moment, t’avances pas. Et puis franchement, dans une petite ville, tu te fais chier. A Paris, si t’arrives à t’ennuyer, c’est vraiment que t’es un fainéant et que t’as rien envie de faire.

Teobaldo : … ou que t’es pauvre.

Sidisid : Ouai, aussi. Mais je travaille hein, c’est pour ça que j’ai de l’argent !

Spleenter : C’est vrai que tu peux aussi avoir cette image de « gosse de riche » …

Sidisid : C’est vrai, alors que pas du tout … On me prête souvent ce côté « blanc, bourgeois, qui s’encanaille », mais si quelqu’un me cherche dans la rue, je vais le taper ! Je suis pas une caillera, mais je m’encanaille pas.

Je viens d’une famille nombreuse, on a manqué de rien, mais on a jamais roulé sur l’or non plus. On le doit à mon père, qui a toujours travaillé dur. Personnellement, j’ai jamais eu spécialement de thunes. Enfin, j’ai toujours travaillé pour en avoir. Mais je pourrais aussi décider de ne pas travailler, et de vivre uniquement du rap ! Bon, ce serait pas évident, mais y’en a plein qui le font. Tu les connais, la plupart le font. Mais moi j’ai un rythme de vie qui fait qu’il faut que je travaille ! Et puis, si je travaillais pas, je me ferais chier …

utterullets

Spleenter : Faut payer les Ralph Lauren !

Sidisid : Bah, faut tout payer, en vrai ! Et puis j’ai pas envie de me priver. J’aime le bon whisky, j’ai pas envie d’aller chercher des bouteilles de sous-whisky qui t’arrache le foie chez l’épicier.

Genono : On parlait de ta famille juste avant … Quel regard portent tes parents sur ta musique ?

Teobaldo : Bah ils sont pas au courant ! (rires)

Sidisid : Comme je viens d’une famille un peu nombreuse … je vais pas dire que je suis le moins intéressant, mais rien que mon grand-frère, il est Docteur en physique, le plus haut niveau d’études en France. J’ai une sœur qui est productrice de porno. J’ai une sœur qui fait de la danse classique … et bref, moi, au milieu de tout ça, je fais du rap. Mon père, ça l’intéresse pas trop, par contre ma mère, elle comprend tout. Quand on était ados, on mattait des films ensemble, des dessins-animés, elle comprenait tout. Tout ce à quoi je m’intéressais, elle essayait d’aller voir pourquoi je m’y intéressais. Bon, après, concernant la musique, elle me dit « j’ai écouté ton album … j’aime pas tout hein ! » (rires)

Mais elle est fière, même si y’a pas vraiment de raison de l’être. Elle est fière que son fils fasse quelque chose, et même si je faisais de la merde, je pense qu’elle en serait fière quand même.

Teobaldo : De toute façon, quand t’as un gamin qui est Docteur en physique, les autres peuvent bien faire ce qu’ils veulent …

Genono : C’est pas lui le plus perturbé !

Sidisid : (rires) Sa passion c’est la physique, bon, c’est un truc que j’arrive pas à comprendre, mais lui non plus, il doit pas comprendre qu’on essaye de faire rimer des trucs.

Teobaldo : D’où vient le blaze « Butter Bullets » ?

Sidisid : Je sais même pas …

Spleenter : Dans un morceau tu dis « J’suis le Hitman du rap, Gotham City », et un autre où tu parles d’Heath Ledger …

Sidisid : … est-ce que j’aime bien Batman ?

Spleenter : Voila.

Sidisid : (il hésite) Heu … putain, je vais me faire taper (rires). J’aime bien, mais c’était plutôt quand j’étais gamin. Les Marvel …

Spleenter : Mais tu suivais pas la série animée ?

Sidisid : Nan.

batman sidi

Spleenter, Teobaldo et Genono, en chœur : BOUUUUUUH

Teobaldo : Donc tu prendras pas la Lambo, Morray ?

Sidisid : Nan, je prendrai pas la Lambo ! (rires) Mais j’ai vu les films … le dernier, j’ai crié au scandale. Mais les films Batman, j’ai jamais trouvé ça ouf.

Spleenter : Même le Tim Burton ?

Sidisid : Bah je l’ai revu récemment, donc non, je pense que ça mal vieilli, tout simplement. Je l’avais déjà vu à l’époque, mais ça m’avait pas spécialement marqué. Faut dire que Tim Burton, il est … Déjà, il a massacré La Planète des Singes, donc à partir de là …

Spleenter : C’était une grosse commande des studios, il en a fait de la merde. D’ailleurs, pour l’anecdote, il aurait voulu faire une scène d’amour entre la meuf-singe et Mark Wahlberg. Sauf que les studios lui ont dit « tu vas te calmer tout de suite ».

Sidisid : Tu me diras, ouai …

Genono : Ca aurait été cool.

Sidisid : Nan mais c’est surtout la fin qui était aberrante. Je vais faire l’intello de merde, mais la fin du film, c’est l’inverse de la fin du livre. Ca m’avait choqué.

Spleenter : Et même Batman 2, avec Le Pingouin ?

Sidisid : Les super-héros, en fait, ça me parle pas trop.

Spleenter : Si c’est pas pour les super-héros, ça peut être pour les super-méchants.

Sidisid : Si, justement, j’aime pas trop les gentils dans la vraie vie.

Teobaldo : Batman, il a un côté sinistre, c’est pas forcément le gentil de base.

Sidisid : Nan mais j’aime Batman ! C’est juste que je suis pas à fond dedans. Je suis pas Seno quoi !

Teobaldo : On parlait de ton image un peu « blanc, bourgeois », mais t’as aussi un peu ce côté geek, un peu Otaku. Tu t’y connais en mangas, ou en comics ?

Sidisid : Les comics, pas du tout. Les mangas, j’ai suivi quelques trucs, mais je m’intéresse pas à tout. J’ai surtout lu les trucs dont je suis réellement fan, comme Akira, ou Ghost in the Shell. J’ai lu Dragon Ball, comme tout le monde, mais les gros trucs, maintenant, c’est quoi ? Naruto ? Jamais de la vie, je peux pas lire ça.

Spleenter : Dans C’est pas la peine, tu parles de Chihiro et Totoro, c’est un truc super gentil.

Sidisid : Ouai, c’est marrant … Qu’est ce que je dis déjà ? Un truc homophobe encore, nan ?

Spleenter : « C’est plus la peine d’être cool avec ses potes homos, plus la peine de lui faire croire que t’aimes Chihiro et puis Totoro »

Genono : A propos d’Akira, vous avez balancé le clip à Tokyo en même temps que la sortie de « Tokyo », de Joke … C’était fait exprès, pour le faire chier ?

Sidisid : Exactement ! (rires) En plus, si on avait voulu le faire bien, on aurait fait un vrai clip … là, on a filmé avec un téléphone portable. En plus, on l’a balancé quelques jours plus tôt, clairement pour le faire chier.

Genono : D’ailleurs, Kevin El-Amrani, c’est un peu votre Chris Maccari à vous ?

Sidisid : Ouai, en plus, avant de le connaitre, je confondais les deux. Je lui ai jamais dit, il va me détruire ! (rires) Kevin, c’est mon pote. On est devenu potes par le biais de la musique et des clips, mais aujourd’hui, c’est vraiment mon pote. Je pourrais te raconter tellement d’anecdotes sur lui … Le clip de Chiens, par exemple. On s’était déjà vu, mais on se connaissait pas encore vraiment. On tournait le dimanche, et je l’appelle le samedi pour voir s’il est prêt. Il sortait du ciné, il me dit « j’ai pris de la MD, mais t’inquiètes c’est cool » … Le lendemain, on partait super tôt, parce qu’on voulait avoir l’éclairage un peu dégueulasse d’un début de journée. On dirait pas, mais le tournage s’est fait dans le 91. Kevin est arrivé à l’heure, mais complètement … il parlait pas trop quoi. Il partait tout seul, il allait filmer des champignons … Après-coup, il m’a dit « Chiens, c’est un de mes clips préférés, mais je l’aurais jamais fait si je m’étais pas drogué » (rires). Mais c’est vrai qu’il y a une ambiance vraiment bizarre …

Genono : Déjà, tu vois Alk en uniforme, tu dis « wow »

Sidisid : Voila, tu sais pas trop en quoi il est déguisé … et puis c’était même pas prévu, on a pris des trucs un peu au hasard, il a vu l’uniforme, il a fait « ouai, ça c’est bien ». C’était chaud, en plus on a sortit le clip le jour de l’armistice.

Spleenter : Y’a les Orties aussi dans le clip …

Sidisid : Ouai, elles sont arrivées après, elles étaient là … Bon, c’était marrant.

Genono : La connexion avec Alkpote, elle s’est passée comment ?

Sidisid : Je faisais un déménagement pour une copine, et un pote d’un pote d’un pote à lui était là, et il avait un t-shirt Alkpote. Donc j’ai discuté avec lui, et il me dit « attends, mais je le connais Alk, je te connecte avec lui ». Il lui a filé mon numéro, on s’est appelé … C’était un peu bizarre, parce qu’on s’est entendu direct. Il m’a fait venir au studio « Le Bunker », aux Pyramides. J’ai déjà vu des trucs chelous, mais ce studio … T’arrives là-dedans à une heure du matin, en plein milieu d’une cité dont t’as déjà entendu parler aux informations, y’a cinquante mecs qui sont là … dont deux blancs. Bon, les mecs là-bas sont géniaux, mais sur le coup, bêtement, ça fait un peu bizarre.

Je devais faire mon couplet pour La Crème de l’Ile de France, et je suis passé à 7h du matin … Y’avait tellement de monde, et je suis passé en dernier. J’en pouvais plus, j’étais fatigué, j’étais défoncé … Alkpote vient me voir, et me dit « c’est à toi ». Impossible, je réponds « nan, je reviens demain, là je suis pas en état ». Il se lève, il va me chercher un verre de sky, il me dit « bois ! » (rires)

Finalement, j’y suis allé, j’ai fait un couplet super caverneux, j’y suis vraiment pas allé avec le dos de la cuillère. Ca parle du diable, et tout … Et là, plus un bruit. Tous les mecs me regardent, un peu abasourdis, et je me dis « putain, mais qu’est ce qu’il se passe » … 7 heures du matin, entouré de mecs que je connais pas, avec Alkpote à côté, dans ma tête j’étais dans un manga. Je finis mon truc, je sors de la cabine, et là les mecs tapent dans les mains, « putain, t’as tué », Alkpote qui me tape sur l’épaule en disant « alors, mon petit diablotin » (rires).

Teobaldo : T’as quand même beaucoup de phases sur la bouffe … « J’te graisse la patte comme un macaroni »

Sidisid : (rires) Elle est vraiment nulle en plus !

Teobaldo : « Les rappeurs poussent de partout comme des haricots »

Sidisid : Ouai mais ça …

Teobaldo : Ah, t’as quand même « haricot » ! (rires)

Sidisid : Nan mais souvent, y’a plein de gens qui … j’aime bien lire les commentaires, comme Rohff, et …

Teobaldo : Toi, tu vas avoir des problèmes !

Sidisid : … et souvent, les mecs disent « putain mais il raconte n’importe quoi ». Mais pour revenir à « les rappeurs poussent de partout comme des haricots », c’est une rime en rapport avec Darry Cowl (de son vrai nom André Darricau) que je cite juste avant.

Teobaldo : Peut-être aussi que les mecs ne savent pas qui c’est.

Sidisid : C’est vrai, je cite plein d’influences, je me rends pas toujours compte que les gens n’ont pas forcément les mêmes que moi.

Teobaldo : Mais y’en a plein d’autres sur la bouffe : « je dois faire de l’oseille, nique sa mère les épinards » ; « rafale de couscous » …

Sidisid : Rafale de couscous, c’est sur le morceau avec Seth Gueko, nan ? Je me suis adapté.

Teobaldo : Ouai, mais tu peux pas t’empêcher d’y foutre de la bouffe : tu reprends sa phase en disant « tête de Justin Bieber, zgeg de Justin Bridou ».

Sidisid : C’est pareil, c’est adapté à mort. J’aime bien m’adapter sur les featurings, et puis là, Seth Gueko … Genre bite-man, à la base dans mon texte c’était Batman. Et Seth me dit « mais nan, mais Bite-man, c’est cool ».

Spleenter : T’aimes bien faire référence à Justin Bieber, mais en disant à chaque fois un truc très sale derrière.

Sidisid : Bah j’aime bien prendre les commentaires, ou les remarques des gens, et les casser.

Spleenter : « J’ai bourré vos ex, puis vos demi-sœurs, sur du Bieber »

Sidisid : Je joue beaucoup avec les remarques des gens. Les critiques sur le flow, ma voix, etc, c’est une chose. Mais y’a aussi beaucoup de commentaires sur mon physique, ma coupe de cheveux, etc. Donc j’aime bien retourner le truc, j’en joue énormément.

Teobaldo : Sur Peplum, tu fais poser Joe Lucazz sur un sample de 300. Tu savais, à ce moment-là, qu’il avait déjà posé sur ce même sample ?

Sidisid : On lui a proposé, et c’est lui qui a choisi celui-là. Mais il est travaillé différemment, charcuté à mort … Mais c’est cool de retrouver ce genre de petite référence, j’aime bien. Après, est-ce que sur le moment on a pensé à ça … franchement, je sais plus.

Teobaldo : Peut-être que lui-même avait oublié.

Sidisid : Il lui reste quand même un peu de mémoire, à Joe !

Teobaldo : Ca dépend quelle heure il était.

Sidisid : Au début ça allait. A la fin … (rires) J’ai eu la mauvaise idée, ou la bonne, je sais pas, de venir avec une bouteille de Jack.

Genono : Quand je tape « Sidisid » sur Google, la première suggestion est « Prison ». Est-ce que tu es le Adebisi français ?

Sidisid : Qui est Adebisi ?

sidi pri

Genono : Dans Oz, le grand renoi avec le petit bonnet sur le côté.

Sidisid : L’handicapé ?

Genono : Nan, ça c’est le narrateur.

Teobaldo : C’est vraiment le grand renoi, nigérian, qui est incarcéré parce qu’il a décapité un mec à la machette en pleine rue.

Spleenter : Il encule un italien à un moment.

Sidisid : Je sais plus … Je regardais ça quand ça passait sur Série Club, ça fait des années. Et j’ai pas tout vu. Je me rappelle surtout du gang de nazis.

Spleenter : D’ailleurs le chef du gang de nazis encule aussi un italien.

Teobaldo : En somme, ça s’encule beaucoup.

Sidisid : Bon, en gros, tu voulais savoir si j’ai fait de la prison ?

Genono : Ouai, enfin, on sait que non, c’est surtout : pourquoi cette suggestion ?

Sidisid : Mais je sais pas ! J’ai regardé, et j’ai trouvé ça drôle, mais j’en sais rien !

Teobaldo : Peut-être des gens qui veulent t’envoyer en prison, pour ta street-cred.

Sidisid : Bah j’espère ! J’ai une équipe derrière qui est super efficace, mais par contre, ils me mettent pas au courant de tout. Nan, franchement, j’ai aucune idée de ce truc. Après, je sais que j’ai un pote qui s’amuse à mettre des commentaires sur mes vidéos, et il met n’importe quoi. Il change de nom à chaque fois, et justement, la dernière vidéo, il a marqué que j’avais fait trois mois de prison, et que j’étais ressortit juste pour le clip … Du grand n’importe quoi. Mais sinon, j’ai jamais fait de prison. De la garde à vue, oui, 24h, un truc de pédé quoi.

Genono : T’as fait beaucoup de feats avec Radmo. Vous êtes toujours connectés ?

Sidisid : Ouai.

Genono : Un projet commun, c’est possible ?

Sidisid : Nan. C’est mon pote, y’a pas de soucis. C’est pas méchant, on essaye de le faire croquer un petit peu … mais ça s’arrête là. Pas que j’ai pas envie, mais j’ai pas forcément le temps. Ecrire, c’est relou, ça me fait chier … Les gens qui me disent qu’ils aiment bien écrire, à part Abd al Malik, j’y crois pas.

Teobaldo : Du coup, t’écris comment ?

Sidisid : Dans le métro. J’ai une facilité dans les transports, c’est bizarre. Mais chez moi, je vais jamais écrire … je prévois jamais de le faire, en me disant « aujourd’hui, il faut que j’écrive ».

Teobaldo : Tu disais qu’il n’y avait pas vraiment de place pour des rappeurs blancs … comment tu perçois le travail d’un rappeur comme Orelsan ?

Spleenter : Oui, est-ce que tu considères qu’il vole ton travail ?

Sidisid : (rires) Lui et Agonie, ils volent mon travail ! Non, pas du tout, parce qu’Orelsan a toujours prôné le fait d’être un looser. Moi, je me suis jamais dit « putain, je suis trop une merde » … c’était quoi la question déjà ?

Teobaldo : Tu disais qu’il n’y avait pas de place pour les rappeurs blancs …

Sidisid : Y’en a eu après !

Teobaldo : Des rappeurs blancs, y’en a toujours eu : Akhenaton, Kool Shen … Après, des mecs qui sont un peu alternatifs, qui ne sont pas dans le rap de rue, de cité, ou dans le rap un peu revendicateur … Orelsan a été le premier à vraiment péter, à ce niveau-là. Tu penses qu’il a permis de changer des choses ?

Sidisid : Je me suis jamais vraiment posé la question … De toute façon, il a rien changé pour moi. En fait, je vois même pas ce qu’il fait … Je pense que c’est un mec cool, et même qu’on pourrait être potes. On aurait même pu faire des morceaux ensemble ! Aujourd’hui, non, parce qu’on est dans des univers trop différents.

Genono : A propos d’Orelsan, c’est marrant parce que vous avez sortit quasiment le même morceau au même moment : Saint-Valentin.

Sidisid : Et pourtant, à l’époque, je savais pas qui c’était. Peut-être que lui et moi, on est la même personne. Orelsid !

Genono : Il te manque les disques d’or quoi.

Sidisid : Ouai, mais est-ce qu’il dort bien le soir ? Je suis pas sûr. Mais bon, je respecte son oseille !

Teobaldo : De toute façon, malgré tout son argent, y’a un truc qu’il ne pourra jamais s’acheter : un dinosaure.

(rires de toute l’assemblée, la foule est en délire, les fans hurlent « Teobaldo le peuple aura ta peau »)

Teobaldo : … c’était une réplique de Homer Simpson.

(s’en suit une discussion sur Homer, pas forcément passionnante pour toi lecteur)

Teobaldo : Dans Seul à la maison, tu parles de Macaulay Culkin et des sœurs Olsen ? T’aimes bien le côté maigrichon, pâlichon …

Sidisid : … drogué ? (rires)

Genono : Le clip de Seul à la maison, ça t’a fait gagner en visibilité ? Ou du moins, ça t’a apporté un public différent ?

Sidisid : Pas spécialement … déjà, il a été censuré. La vidéo est bien gore, mais j’avais pas envie de faire une version soft exprès pour Youtube et Dailymotion.

Genono : Et pourquoi ce morceau en particulier, et pas un autre ?

Sidisid : C’est le côté « je suis tout seul chez moi, ma copine est en voyage … ». Et puis, n’importe quel rappeur a envie de faire un clip avec des actrices porno ! C’est un peu un classique. Après, en France, je sais pas si beaucoup de monde l’a fait …

Teobaldo : Y’a eu Rap Intégral, mais c’était pas juste un clip. En gros, les mecs faisaient la BO d’un film porno, tout simplement.

Sidisid : Ouai, c’était marrant.

Teobaldo : Y’a eu un clip avec Joe Lucazz et je sais plus qui …

Sidisid : Y’a eu Abuz, Ricardo Malone. J’aimais beaucoup toute cette équipe, même s’ils avaient peu de visibilité. Y’avait Stor-K, c’est pas lui qui avait fait ce truc en dessin-animé ?

Teobaldo : Père Castor ? Nan, ça c’est autre chose. Sans transition, tu fais aussi un coming-out dans ton intro, où tu parles de Snooki qui mange des cookies.

Sidisid : J’aime bien Snooki ! Ce côté vraiment … Amérique quoi ! Elle est géniale, complètement aberrante, tout le temps bourrée au champagne … J’aime bien.

snooki

Teobaldo : Nirvana, c’est un hommage à Doc Gynéco ?

Sidisid : Nan, c’est même pas un hommage, c’est juste que c’est un son qui m’a marqué. J’ai toujours eu envie de faire un son sur le suicide, mais je me sentais pas de le faire tout seul, donc j’ai invité votre ami Metek. Après, ouai, on peut peut-être parler d’hommage, je sais pas trop. Première Consultation, c’est peut-être le meilleur album de l’histoire du rap français.

Teobaldo : Et pour Repose en Paix ?

Sidisid : Bah c’est marrant, on me fait souvent le rapprochement avec Booba. « T’es le Booba blanc » (rires)

Spleenter : Fais gaffe, parce qu’il y en a qui disent pareil à Fababy …

Genono : Qu’il est le Booba blanc ?

Sidisid : (rires) Nan mais c’est bizarre, même dans l’interview de Booba par Ragemag, le mec lui dit « tu connais Sidisid ? C’est un peu toi, mais en blanc ». Il dit « nan », et une semaine plus tard, il passe sur une radio lyonnaise, et le type en face lui redit « tu connais Sidisid ? C’est un peu toi, mais en blanc ». Il dit encore « nan », sauf qu’en fait, il doit nous connaitre, parce qu’on lui envoie des trucs. Il nous boycotte ! Ah, c’est génial comme titre pour votre interview ! « Nous sommes boycottés par Booba » (rires).

Teobaldo : Maintenant, si tu veux faire du buzz, il faut que tu insultes Rohff.

Sidisid : Mais j’ai insulté personne ! J’aime bien Booba, j’aime bien Rohff !

Genono : Toujours à propos de Repose en paix, t’as pas eu de retours négatifs sur la phase sur Lady Dielna ? Genre des plaintes d’associations pour les handicapés ?

Sidisid : Nan, mais j’aurais bien voulu ! En fait, on la connaissait Lady Dielna. En l’écrivant, je trouvais ça cool, puis quand est venu le moment de l’enregistrer, je me suis dit « putain, est-ce qu’elle va bien le prendre ? ». C’est une fille super intelligente, donc je me suis dit qu’elle allait comprendre le truc. Finalement l’album sort, et le jour-même, Dela m’appelle et me dit « va vite voir le facebook de Lady Dielna » … elle avait marqué un truc genre « merci pour la dédicace, c’est chanmé », j’étais super soulagé. Je reconnais que la rime est un peu dark, mais j’ai énormément de respect pour elle. Et c’est marrant, parce que tout le monde a été un peu choqué, sauf elle. Et le morceau, elle le connait par cœur, ça lui a fait super plaisir … donc c’est encore plus cool. Mais je crois que je l’aurais pas fait si je m’étais dit qu’elle pouvait mal le prendre. J’aurais dit autre chose à la place … « ça creuse, comme Rohff » (rires). J’essaye de dire du mal de lui, mais j’y arrive même pas. J’aime bien Rohff, et c’est surtout Dela. Dela est un grand fan de Rohff ! La mixtape qu’il avait fait, avec des faces B … Le cauchemar du rap français ! Ca défonce ! Après, ce qu’il fait sur ses derniers albums, je pense juste que c’est pas pour nous. « Nous », c’est-à-dire les mecs qui écoutent du rap depuis plus de dix ans. Son écriture, c’est plus possible, on dirait un petit de cité … ça a toujours plus ou moins été le cas, mais avant au moins, il nous faisait rire.

Teobaldo : Dans Dernière Séance, tu dis « pas besoin d’être espagnol pour te dire ça franco » …

Sidisid : Elle est vraiment nulle celle-là, tu sors que mes phases les plus pourries, enfoiré ! (rires). C’était sur le morceau avec Seth Gueko, comme je te disais, je me suis adapté.

Teobaldo : Tu veux dire que Seth Gueko est nul ?

Sidisid : Nan, pas du tout … La question, c’est pourquoi j’ai fait une phase aussi nulle ?

Teobaldo : Nan nan, c’est : est-ce que Franco est une référence pour toi ?

Spleenter : Et : est-ce que tu parlais de James Franco ?

Teobaldo : Oui, est-ce que tu as vu Spring Breakers ? Est-ce que tu t’identifies au personnage ?

Sidisid : Est-ce que je peux répondre juste avec un mouvement de doigt ?

Teobaldo : On fera un montage, on dira que c’était pour Rohff.

Spleenter : Du coup, tu dois pas aimer Riff Raff non plus ?

Sidisid : (rires) … mais pourquoi ? Ca n’a rien à voir.

Boromir_Facepalm

Spleenter : Le personnage de James Franco lui ressemble. Nan mais plus sérieusement, t’aimes bien son délire ? Le fait qu’il soit autant …

Sidisid : … drogué ?

Spleenter : (rires) Nan, surtout le fait qu’il soit autant à fond sur son image.

Sidisid : Ouai, bah en fait Riff Raff, c’est Swaggman. On serait aux Etats-Unis, Swaggman ce serait une star ! Il sait pas rapper, mais je peux te trouver des dizaines de mecs qui vendent des singles aux US et qui savent pas rapper. Souljah Boy, c’est quoi ? Il sait toujours pas rapper. La différence, c’est qu’il a eu Mr. Collipark derrière lui. Si en France, un gros producteur décide de s’occuper de Swaggman … Sauf qu’en France, y’a pas de gros producteur.

Spleenter : Y’a DJ Kore.

Teobaldo : Nan mais pas gros sur la balance.

Spleenter : Il a quand même inventé le reggaeton français. C’est lui le Rai’n’B !

Genono : Bon, maintenant qu’on a bien rigolé, tout ça, on peut parler de Fauve ? Qu’est ce que c’est que cette légende, comme quoi tu aurais écrit pour eux ?

Sidisid : A votre avis, je l’ai fait ou pas ?

Spleenter : Ca me paraitrait un peu bizarre …

Sidisid : Nan mais le pire, c’est que si ça se trouve, on sait tous qui c’est. C’est peut-être même un pote à nous. Si ca se trouve, Fauve, c’est Hype !

Genono : Ca, c’est un bon titre d’interview : « Fauve, c’est Hype »

sidisid interview

Sidisid : Nan mais j’ai rien dit de méchant !

Teobaldo : Là, on a rien dit du tout, t’es parti tout seul.

Sidisid : Nan mais c’est pour prendre le truc à l’opposée … Selon moi, ça n’existe même pas, Fauve. Et je dis que j’aurais pu écrire pour eux parce que … leurs textes, c’est ce que t’écris quand t’es aux chiottes. C’est absurde, y’a aucune rythmique, y’a rien. Ce qui est chiant, quand t’écris un couplet, c’est qu’il faut que ça sonne bien, que ça rebondisse. Si c’est juste écrire des couplets, y’a rien de compliqué, je peux t’en écrire 1000. Mais il faut une rythmique ! En plus, si c’est pour parler de ta dépression parce que ta meuf est partie, mais que t’es à moitié pédé, et que t’as une mobylette … je pourrais te faire des freestyles de fou !

Teobaldo : A propos de Hype, sur le remix de Une balle dans la tête, y’a une instru différente pour chaque couplet … chacun a choisi le morceau qu’il voulait ?

Sidisid : Nan, c’est nous qui avons choisi.

Teobaldo : Ah, donc c’est toi qui as dit à Jack Many « toi t’auras Sippin on Syrup » …

Sidisid : Ouai, et puis il faisait référence dans son couplet. Mais on lui a même pas dit. Je leur avais juste demandé de rapper sur la boucle de l’originale, mais par contre je les avais prévenus qu’on allait massacrer le truc. On voulait faire un truc un peu à la Grand Banditisme Paris, un truc qui part dans tous les sens.

Teobaldo : Dans Marc Jacobs, y’a une phase que j’ai pas compris …

Sidisid : Y’en a tellement, moi-même y’en a certaines que je comprends pas.

Teobaldo : Ouai mais moi je suis plus intelligent que toi.

Sidisid :

Teobaldo : Par contre celle-là, je comprends vraiment pas : « Allez l’OM ou Alléluia, c’est la même merde »

Sidisid : C’est pour dire que je m’en fous de la religion, et que je m’en fous du foot. Je crois pas en Dieu, et je regarde pas le foot, tout simplement.

Teobaldo : Tu crois pas en Zidane non plus ?

Sidisid : Seulement dans les arrêts de jeu.

Genono : La tape « Bullet Time », qui est disponible sur les internets, c’est un truc à vous, ou c’est l’œuvre d’un fan ?

Sidisid : Je sais pas … c’est un bootleg ?

https://www.mixcloud.com/widget/iframe/?feed=http%3A%2F%2Fwww.mixcloud.com%2Frossim%2Fbullet-time%2F&embed_uuid=f36e0620-e8f0-4cda-af3c-e944983b0a01&replace=0&hide_cover=1&embed_type=widget_standard&hide_tracklist=1

Bullet Time by Rossim on Mixcloud

Genono : Ouai, un mec qui a récupéré des sons à droite-à gauche, y’a de bons trucs dessus.

Sidisid : Franchement je sais pas, je l’ai jamais écouté. En tout cas ce qui est sûr, c’est qu’on est pas derrière ça.

Genono : T’as pas touché d’oseille dessus quoi.

Sidisid : (rires) Nan, je crois que je le saurais !

Teobaldo : Au niveau des feats, c’est très disparate. Y’a des mecs que t’aurais aimé avoir en feat, et que t’as pas pu avoir ?

Sidisid : Aux US, oui, y’en a plein, parce que c’est pas forcément très accessible. Mais en France … je pense qu’on va bientôt avoir fait le tour des gens avec qui on a envie de travailler. En dehors du rap, si on parle de vraie musique, j’aurais bien aimé faire un morceau avec Souchon. Mais dans le rap, en France …

Genono : Justement, tu disais avoir fait pas mal de morceaux avec Alkpote, c’est des trucs qu’on pourra entendre sur les prochains projets, ou c’est destiné à mourir au fond d’un disque dur sans jamais voir le jour ?

Sidisid : Je sais pas, je suis pas sûr que ça sorte … Après, Alk c’est un mystère. Il voulait une avance, moi je préférais sortir des trucs gratuitement, un peu à l’américaine.

Genono : Du coup, Ténébreuse Musique c’était censé devenir quelque chose ?

Sidisid : Pas vraiment, c’est nous quoi, c’est notre truc, on avait commencé pas mal de choses. Y’avait notamment un track avec Katana, LMC, La Comera … Le morceau doit dormir quelque part, je sais même pas qui l’a. Et puis, je peux pas dire « je prends le morceau, je le sors », alors que je connais pas spécialement les mecs de La Comera, et qu’ils n’ont pas forcément envie de se retrouver sur un projet qui n’est pas celui d’Alk. Mais on aurait aimé que ça fonctionne, je pense qu’il y avait de la demande, la combinaison était cool. J’aurais pu être le Alk blanc ! (rires)

Teobaldo : Plus que le Booba blanc, oui c’est sûr.

Sidisid : Mais l’entente s’est faite assez facilement, parce que j’étais un peu sa caution « conneries », dans le sens où il hésitait parfois à écrire des trucs, et moi je le poussais en lui disant « vas-y, plus c’est con, mieux c’est ». Alk, il est quand même vachement hardcore. Moi, je suis pas hardcore … je dis des trucs bizarres, mais lui, il part vraiment dans des trucs dégueu.

Teobaldo : « J’vais te fister le cul avec le museau d’un labrador … »

Sidisid : L’histoire autour de ça … A l’époque, y’avait des vidéos de cul qui tournaient dans leur bloc … et Alk aimait bien les trucs un peu bizarres quoi (rires). Ils avaient tous des vidéos un peu bizarres, et donc y’avait une vidéo, comme ça, avec du fist-fucking avec des museaux de labradors. Et Alk, il te raconte ça genre « trop bien, fist-fucking avec un museau de labrador ! » … et toi t’es là, tu te dis « mais c’est vraiment débile, putain » (rires). Je crois qu’il y avait aussi des trucs avec des têtes de chats rentrées en entier … des chats vivants, hein !

alkpote noisey

Genono : Y’a un vieux morceau à toi, époque « Ok cool », qui s’appelle « Souvenirs », que personnellement j’aime beaucoup, qui est autotuné du début à la fin. C’est quelque chose que t’as jamais refait par la suite, pourquoi ?

Sidisid : Bah … je sais pas trop.

Genono : Ca te parle plus ?

Sidisid : Si … je crois que l’autotune a eu deux vies, en fait. Y’a eu la période T-Pain, et y’a maintenant, où c’est utilisé différemment, et où les cailleras s’en servent pour dire des trucs hardcores. Avant, c’était quand même plus gai.

Spleenter : Dans « Titanic », tu dis « j’ai l’air de rien, tu t’attendais pas à ça », et à un moment, sur twitter, tu nous avais dit « c’est marrant, je pensais que vous détestiez ma musique ». Est-ce que tu peux développer un peu ? T’as des complexes ?

Sidisid : Nan, mais je pensais juste que ça vous intéressait pas.

Spleenter : Mais alors, en gros, tu vois comment ton public ?

Sidisid : Je sais pas … je me rends pas trop compte en fait.

Teobaldo : Mais t’as pas fait des scènes dernièrement ? Tu vois pas les gens qui sont dans la salle ?

Sidisid : Bah, pas spécialement en fait. Faire des scènes, ok, mais je me vois pas sur un plateau avec Joke et je ne sais qui. C’est soit tu fais du boum-bap à la con, dans un espèce de crew géant avec 100 groupes, donc pas moi, soit t’es un gros, avec une grosse exposition, et tu fais des gros trucs, donc pas moi non plus. On est au milieu de ça, c’est un peu galère.

Spleenter : Tu disais aussi que « châtiment » et « une chatte qui ment », c’était une bête de rime … c’est quoi, le style de rime qui te plait ?

Sidisid : J’ai vraiment dit ça ? (réellement surpris) J’aime bien les rimes hyper compliquées, ou alors les rimes hyper faciles. Les multi, j’en fais de moins en moins, parce que depuis Rap Contenders ça s’est vraiment démocratisé, et maintenant tout le monde en fait.

Teobaldo : Le problème des multi, c’est que c’est trop souvent forcé. Sir Doums, Dany Dan dans une certaine mesure, le faisaient bien. Regarde Akhenaton, dès qu’il commence à le faire, tu sens que c’est hyper forcé. Du coup, ce que tu gagnes en technique, tu le perds en flow. C’est pour ça qu’aujourd’hui je préfère écouter des mecs qui ne font plus du tout de multi. Quand j’écoute Juicy P par exemple, je sais jamais comment ça va retomber. Il serpente, et bim, la rime arrive au moment où tu t’y attends le moins. Là, au moins, t’es surpris, il t’a envoyé un truc.

Sidisid : Mon style est un peu plus bordélique. Alk, par exemple, il peut garder un flow sur un couplet entier. Moi, il faut que ça change, même quand je me dis qu’il faut que je garde un même flow sur tout un couplet, je n’y arrive pas. J’essaye, je me dis que ça peut être marrant de reprendre le même gimmick sur tout un morceau, mais j’y arrive pas. Je crois que je m’ennuie. Le problème en France, c’est qu’un mec qui fait de la multi, on va te dire « ouah, il est trop fort » … mais non ! Une fois que t’as trouvé ton truc, t’as plus rien à faire. Juste, tu comptes tes syllabes, et tu remplis avec des mots. Rien d’autre !

Teobaldo : Ce que je comprends pas, c’est que ça existe depuis plus de dix piges. La Caution faisait ça, mais ils avaient le flow qui allait avec ! Salif, pareil ! Et aujourd’hui, on dirait qu’ils découvrent un truc révolutionnaire.

Sidisid : Je sais pas, après c’est comme nous avec la Three Six … est-ce que c’est pas un peu le même chemin ? En vérité, je me pose pas trop la question, j’écoute pas ces gens-là, vous non plus d’ailleurs. A part Genono, peut-être (rires).

Genono : Moi j’écoute que Canardo, laissez-moi tranquille.

Teobaldo : Canardo, je kiffe pas, mais au moins il a son truc. J’ai pas l’impression d’avoir déjà entendu cinquante mecs rapper comme lui.

Sidisid : Ouai Canardo encore, je peux comprendre. Canardo, c’est Stromaë, c’est la même chose. C’est des mecs qui ont une ouverture, qui découvrent un peu la pop, le pognon, mais qui continuent à te parler de shit. Enfin, ils n’ont rien inventé non plus … qui peut dire qu’il a inventé quelque chose, dans la musique ? Enfin, je vous apprends rien. Le dernier à avoir réellement innové, c’est Mala. A quel moment il s’est dit « je vais faire un album complet avec que des samples de transe et de l’autotune » ?

Teobaldo : C’est là que tu vois qu’il avait de l’avance. Il l’a fait cinq ans avant les américains … pas qu’il les ait influencé, parce que personne là-bas n’a jamais entendu parler de lui, mais il a quand même eu l’idée avant eux.

Sidisid : Mala … on devrait faire un truc avec lui, mais j’en dis pas plus pour le moment.

Spleenter : Et Kaaris ?

Sidisid : J’aime beaucoup Kaaris, donc oui, ça me plairait, mais ça me semble plus difficile à choper.

sidi kaaris

Spleenter : Est-ce que tu penses qu’il est le Sidisid noir ?

Sidisid : (rires)

Teobaldo : T’as pas trop de mal à t’adapter aux ambiances sombres, un peu noires, t’as jamais essayé avec Escobar Macson ? (Butter Bullets et Escobar Macson partagent le même manager)

Sidisid : Je pense que ça se fera. Après, même si on se connait de loin, on est pas non plus très proches.

Teobaldo : Je pense qu’une connexion de vous deux, avec vos univers très différents, il peut se passer un truc. Ce sera pas une chanson d’amour, c’est sûr, mais ça peut donner un truc vraiment intéressant. Quoique, une chanson d’amour par Escobar Macson, je paierais cher pour entendre ça.

Genono : C’est possible, sauf que l’histoire se termine par une amputation.

Spleenter : Bon, on va passer au quizz. Vous avez encore des questions ?

Genono : J’en ai une dernière, pour conclure : t’as une date pour le prochain album ?

Sidisid : On a bientôt fini. Je peux pas te donner de date, mais d’ici trois mois ça devrait être terminé (interview réalisée en septembre 2013, on est en décembre 2014 … Mesdames et messieurs : le rap français !).

Spleenter : Toujours que Dela à la prod ?

Sidisid : C’est jamais uniquement Dela en fait. Disons que c’est lui à … 75%. Pour le reste, ce sera pareil que sur Peplum, on sort pas trop des gens avec qui on aime bosser : Droop-E, Young L, Glyph, Hits Alive. On en a une de YH, l’ancienne protégée de Camron.

Spleenter : Et les feats ?

Sidisid : Y’aura toujours des feats, j’aime bien inviter des gens. Déjà, y’aura toujours des cainri.

Teobaldo : Et les français, tu nous disais que t’avais fait le tour …

Sidisid : Nan, y’en a encore quelques-uns, mais pas forcément accessibles.

Teobaldo : On te l’avait dit, que La Fouine ne voudrait pas venir sur ton album.

Sidisid : Franchement, c’est un des rares que je refuserais. Faut vraiment être une merde pour faire des singles avec La Fouine, et vendre 4000 disques ! Si demain je dois faire un morceau avec La Fouine, je te promets que je vendrai pas 4000 disques. T’as un Planète Rap, et tout … putain, t’es vraiment une merde. On s’en fout que La Fouine fasse de la merde, t’as vu l’exposition qu’il a ? Même si je viens de te dire que je le ferais pas, si tu le fais … mais tu vends pas 4000 disques, putain !

Spleenter : Nan, 3900.

Teobaldo : C’était ça, La Force du Nombre. Ce nombre, c’était 3900.

Spleenter : Du coup, pour revenir sur les feats, tu peux nous donner au moins un nom de cainri et un nom de français ?

Sidisid : Le ricain, je peux pas, parce qu’il y en a qu’un. Je garde la surprise. En français, je vais vous en donner un. Qui c’est qui pourrait vous faire plaisir …

Genono : Canardo ?

Sidisid : Nan, un qui fera plaisir à vous trois … Lalcko.

(soulèvement populaire suite à cette annonce, le peuple est heureux et entrevoit enfin l’espoir de jours meilleurs)

Lalcko, c’était facile, parce que c’est le pote d’un pote … Et puis il a toujours dit du bien de moi, tout le temps. Après, c’est pas facile de le capter, parce qu’il est dans les affaires, il est une semaine en Chine, un mois au Cameroun, deux jours à New-York … Généralement, les mecs m’aiment bien, dans le rap. Sauf les blancs ! C’est bizarre, parce que tous les mecs avec qui je suis pote dans le rap, c’est des non-blancs.

Teobaldo : Et Seno ?

Sidisid : Ouai, mais Seno c’est une autre génération. J’ai écouté Les Sales Blancs pendant des années.

Teobaldo : Même Hyacinthe et Krampf, tu les connais pas spécialement ?

Spleenter : Ah oui, tu les méprises, eux !

Sidisid : (rires) Tu pourrais dire ça plus subtilement, putain ! Nan, mais c’est pas vrai.

Teobaldo : J’ai découvert le S-Crew récemment, je savais pas ce que c’était … En fait, c’est 1995, mais en pire.

Genono : Et malgré ça, ils ont vendu plus que Fababy en première semaine.

Teobaldo : J’ai une dernière question avant de passer au quizz de Spleenter : toi qui semble plutôt ouvert dans tes thèmes et dans ta musique, t’as pas envie de rapper avec une meuf ?

Sidisid : Bah … y’en a pas !

Teobaldo : Mais si t’en trouvais une, tu serais pas fermé ?

Sidisid : Nan, pas du tout … c’est juste que j’en vois aucune.

Spleenter : Y’a Shay, en plus elle est connectée avec Kevin El Amrani, ça facilite les échanges.

Sidisid : Je sais pas … Ca me parle pas trop. Je préférerais que ça soit un peu plus crade (rires).

Spleenter : Si tu cherches du crade, y’a Liza Monet.

Sidisid : Ouai … dans le principe, je trouve ça cool. C’est un peu Roll-K. C’était vachement bien, Roll-K.

Teobaldo : Mais Roll-K, elle rappait, tu sentais qu’elle aimait rapper. Aujourd’hui, les meufs qui font ça, y’a un côté « ouai, je suis comme ça, t’as quelque chose à dire, fils de pute ? »

Sidisid : Ouai, un côté un peu féministe …

Teobaldo : Femen, même !

Sidisid : Mais Roll-K, tu pouvais que kiffer, avec l’environnement qu’il y avait autour … Tout Simplement Noir, etc. C’est comme quand LIM ramenait des meufs sur ses mixtapes … c’était extraordinaire. Les chansons de LIM avec des meufs au refrain, c’est mes chansons préférées, c’est tellement irréel. Donc ouai, faire un feat avec une meuf … je sais pas.

Genono : Et avec un rappeur homosexuel ?

Sidisid : Ca va être compliqué, j’en connais pas un seul qui soit hétéro (rires). Non mais sérieusement, en France, je vois pas un rappeur déclarer qu’il est homosexuel. Après, s’il est blanc et homosexuel, ça peut être un bon moyen de percer … percer, y’a un jeu de mot, t’as compris ?

Teobaldo, Spleenter et Genono :

Sidisid : Bon, on coupera au montage.

FIN

L’EP ‘Petits Meurtres entre amis’ de DJ Weedim est un véritable massacre

Le bon Mugen m’a devancé, et vous a présenté hier 15 bonnes raisons d’écouter Petits Meurtres entre amis, l’excellent EP signé DJ Weedim, en collaboration avec Aketo et Sidisid. Mais il existe encore de nombreuses raisons de l’écouter. Les voici :

00-Dj_Weedim-Petits_Meutres_Entre_Amis-(WEB)-FR-2014

Je ne me suis jamais vraiment intéressé à Aketo. A l’époque de Sniper, j’avais 13 ans et un duvet noir en guise de moustache, et je me sentais trop ghetto pour écouter un groupe qui tournait sur Skyrock. Par la suite, j’ai toujours gardé cette image d’un Aketo gentillet, genre de rappeur grand-public, très loin de ce que j’ai l’habitude d’écouter. Son interview pour l’abcdr l’année dernière a été l’élément déclencheur. Non seulement j’ai trouvé le bonhomme sympathique, avec énormément de recul sur sa carrière et celle de son groupe, mais j’ai aussi été surpris par ses vrais bons gouts musicaux -Memphis en tête-, à des années-lumière de ce que j’imaginais, venant d’un ex-Sniper. Sur Petits Meurtres entre amis, Aketo se lâche complètement. Je débarque probablement quinze ans après la tempête, mais je me rends compte que c’est un vrai putain de bon rappeur, excellent techniquement, loin de l’idée « flow monocorde » qui m’était restée de Pris pour cible. mqdefaultConséquence directe du point précédent : sur Petits Meurtres entre amis, Aketo se lâche vraiment. Non seulement il fait le son qu’il aime, mais en plus, « ce genre de prod qui l’inspire » lui donne envie d’écrire « les pires saloperies ». Et niveau saloperies, Aketo n’est pas un débutant. Son image très lisse s’est légèrement fissurée il y a quelques années, avec une sextape mémorable en featuring avec Tunisiano et une groupie très vorace. De l’eau ayant coulé sous les ponts depuis, Aket s’en amuse enfin, et parsème l’EP de références pas cachées du tout à cet épisode : « J’ai même fait dans le porno, qu’est ce que je peux faire de pire ? J’suis un Sniper mais j’ai souvent du rectifier le tir » ; « Je me suis fait pépom comme Gucc’, mais c’était pas Nicki Minaj »

L’autre grand protagoniste de cet EP, c’est Sidisid. Évidemment, c’est toujours le même problème avec : soit on apprécie son style singulier et son timbre de voix particulier, soit on passe son chemin. Pour qui sait se rendre à l’évidence, aucun doute : Young Sid est clairement un des mecs les plus techniques du circuit. Le boug bouffe des influences à longueur de journée (« J’suis plus Pimp C, Trillshit, qu’Illmatic« ), les digère et les recrache, toujours en apportant cette sid-touch faite de références invraisemblables, d’arrogance sadique, et de satanisme ludique. Contrairement à Aketo, il n’a pas le souci de l’image lisse à défaire, et reste parfaitement fidèle à ce qu’il fait depuis quelques années. Son entente avec l’ancien-Sniper, aussi improbable puisse-t-elle être, fonctionne à merveille : on sent que les deux compères se butent au même son, naviguent sur les mêmes influences, et tirent tous deux dans la même direction.

ReapHit-Clip-du-Jour-Al-K-Pote-SidiSid-La-crise-facebook

Juger le travail de DJ Weedim est une tache à la fois très simple, et très compliquée. Compliquée, parce qu’à la différence d’un rappeur, on ne dispose pas des mêmes critères-bateau pour l’évaluer : quantité de punchlines, qualité du flow, thèmes abordés … C’est très réducteur, mais au final, jauger le niveau d’un MC se limite souvent à ça. Pourtant, du moins concernant cet EP, la tache est très simple : les prods de Weedim sont absolument toutes excellentes, disposent d’une vraie identité commune, et l’ensemble est aussi lourd que cohérent. Au delà du simple travail de beatmaking, Weedim a assuré toute la direction artistique du projet, on sent que tout est pensé, et que chaque détail est tout sauf laissé au hasard. Comme un chef d’orchestre, il a dirigé chaque instrument, chaque back en off, chaque réglage d’autotune, chaque répétition, avec la minutie d’un horloger et la rigueur d’un dictateur allemand.classic-weedim

 

 

Quid des figurants ? La Weedim-family est nombreuse, et on prend plaisir à retrouver les habituels B.E.Labeu et Infinit, toujours efficaces, et surtout en parfait accord avec les thèmes abordés (oui, B.E.Labeu aime parler de drogue, ce n’est plus un mystère pour personne). On retrouve également Daddy Jokno, l’ex AfroJazz, dont on avait quasiment oublié l’existence, Nathy Boss, qui a bien grandit depuis Le son qui tue, et surtout, Alkpote. Si on connaissait déjà La Crise depuis un bon moment, on ne se prive pas d’un nouveau couplet sur l’excellent Grinder Remix, véritable pièce-maitresse de ce 9 titres. Cerise sur le gâteau, c’est lui qui conclu l’EP, nous gratifiant encore de quelques phases pas piquées des hannetons (« J’ai de l’herbe fraiche et des Kinder Délice« )

Un mot sur ce qui est, pour moi, le meilleur morceau du projet : Joeystarr. Déjà, le thème est fou. Ensuite, il est traité de la meilleure manière possible -comprenez : de manière complètement débile- avec punchlines dans tous les sens (« J’suis malin comme un singe, à la Joeystarr« ), jeux de mots aussi faciles que drôles (« J’ai toujours la dalle, comme Béatrice« ), et refrain très, très entêtant (« Chi-chi-chi-chicots en or, comme Joeystarr« ). Autre belle pièce de cet EP : Carolean, solo autotuné de Sidisid, dans un style romantique … à sa façon. En dehors de ce « Vanessa » moderne sous codéine, l’autotune est omniprésent sur Petits Meurtres entre Amis, et c’est franchement une très bonne chose. Pour qui est encore réfractaire à l’utilisation de cet outil, l’écoute de cet EP devrait, en toute logique, vous convaincre. Pour une fois, il n’est pas un simple accessoire censé combler les lacunes phoniques des rappeurs frileux, mais une véritable valeur ajoutée.

Pas de conclusion, fin de l’article.

Butter Bullets – Ludwig Guttmann [Clip]

Y’a un nombre incalculable d’enfants de putains qui vont te parler de la nouvelle coupe de cheveux de Sidisid, mais Captcha Mag c’est pas Jacques Dessange.

Alors on va juste retenir la prod toujours aussi folle de Dela, un mec qu’on qualifiait de « génie jaillissant au talent surdimensionné » il y a quelques mois, et qui confirme, beat après beat, que Therapy Music c’est tout sauf le haut du pavé. Peplum était de loin l’album français le mieux produit depuis des années, et le boug continue de marcher sur l’eau. On va pas lui sucer la bite trop longtemps parce qu’on est pas là pour ça non plus, mais putain, cet enfoiré est loin.

Qu’est ce qu’on retient d’autre ? « Le monde nous attend, comme la sextape d’Alizée », « appelle-moi Marquis d’Swagg », « on vous fulguro-fistera comme Goldorak », « j’vous pisse au cul, j’vous transforme en hommes-fontaines » … Sidi enfile les punchlines comme des perles de geisha, avec des références et un style toujours aussi atypiques. S’affranchir aussi facilement des codes ancestraux du rap français, c’est grandiose, putain. Deux petits blancs qui ne payent pas de mine a priori, en France, ça joue les losers à la Orelsan, ou ça ferme sa gueule. Bah non, putain ! On assume cette merde, ces « gueules de petits bourgeois », on affiche son Ralph Lauren et ses références improbables, et on le dit haut et fort, « on vous baise tous » !

Parce que Butter Bullets vous baise tous tellement !