Rap français : 2014, l’année du EP

DJ Weedim
DJ Weedim

A l’heure des bilans de fin d’année, on a tendance à s’arrêter sur les albums, street-albums, éventuellement les mixtapes, voire même les compilations. Mais personne, jamais, ne semble retenir les EP. L’extended play est pourtant en train de devenir un véritable format de référence dans le petit monde du rap français. Il s’adapte en effet parfaitement aux exigences imposées par les nouveaux modes de consommation des auditeurs, résumables par une formule caricaturale mais malgré tout très véridique : « je télécharge, j’écoute frénétiquement, je passe à l’artiste suivant, j’oublie ». L’EP (grosso modo 5 à 10 titres) demande en effet moins de travail qu’un véritable album. L’artiste peut ainsi enchainer plus vite les sorties, et donc avoir une actu régulière, plutôt que de s’enfermer un an en studio pour préparer un album complet, en donnant au public l’impression d’avoir disparu pendant une éternité.

2014 a été une année faste en EP de qualité. Des EP parfois proposés en téléchargement libre, à l’impact minime, et pourtant extrêmement intéressants. Il est en effet plus aisé de développer un univers cohérent en 7 ou 8 titres qu’en 18. Les concepts sont donc plus poussés, ce qui confère à certains une aura complètement atypique.

L’exemple le plus frappant est signé BARABARA. Plus que de la musique, Il était une fois le barbouzeest unevéritable œuvre littéraire. Résumé très succinct du synopsis de l’EP : après la fin du monde, un schizophrène parcourt des paysages trop torturés pour être tout à fait réels, mais trop criants de vérité pour n’être qu’imaginés. Il y affronte son double, combat sa propre folie, tout en s’épanchant sur quelques notions très humaines (amour / haine, individualisme/solidarité, sexualité/solitude). Un story-telling halluciné et fascinant inspiré de la folle histoire personnelle de BARABARA, aide humanitaire au Sud-Soudan, un coin où « la fin du monde a déjà eu lieu ». Cramé par six années de vie au milieu de la guerre civile et de la misère humaine, il s’accorde un break de six mois dans le Grand Nord canadien, et pose son croupion dans une auberge isolée en pleine foret boréale. En revenant à la civilisation, il met une balle dans la tête de son double, palabre des heures en tete à tete avec son cadavre, et écrit la fin de son récit.

A l’opposé de cette très sérieuse plongée dans le psyché torturé d’un être bipolaire, le récent Bohemian Club est l’essence-même de ce que doit être un rap qui assume pleinement son haut-degré de mongolerie. Le concept, là-aussi poussé à son maximum : 7 pistes centrées sur les illuminatis, la franc-maçonnerie, et les rituels sataniques. Alors que de nombreux rappeurs doivent se défendre au premier degré d’accusations de sorcellerie ou de satanisme, David Gourmette –ex-Seno des Sales Blancs- et Moise the Dude s’en amusent et jouent le jeu à fond. D’ailleurs, Bohemian Club démontre un autre avantage du format EP : il permet la collaboration de deux artistes qui ne veulent pas forcément s’engager sur un album complet, mais qui veulent tout de même voir plus loin qu’un simple featuring. Pour la petite histoire, Moise est un vieux fan de Seno, et rêvait de collaborer avec lui depuis pas mal d’années. Après avoir fait le forcing pour obtenir un featuring, les rôles se sont inversés, et c’est Seno (devenu David Gourmette, donc … suivez, bordel !) qui a fini par proposer une collaboration sur un projet complet.

Transition parfaite avec Volume 2, EP solo du Dude et support du premier featuring Moise-David (référence biblique très forte et pourtant complètement fortuite). 7 titres à mi-chemin entre indolence et insurrection, conclus par un Porno Psy-chic, une métaphore sexuelle entre lui et sa psychologue, filée sur 3 minutes 30 avec gémissements de jouissance d’une sirène en background … là où ça devient glauque, c’est que la première version du texte parlait de la relation du rappeur avec sa mère. Sans le mot « porno » dans le titre, sans la métaphore sexuelle, et sans les gémissements de jouissance, bien sur (Moise n’est pas originaire du Nord-Pas-de-Calais).

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Mais l’EP n’est pas réservé aux rappeurs blancs friands de concepts étranges. Il existe également des rappeurs noirs friands de concepts étranges, à l’image de Teddy the Beer (blaze d’artiste le plus drôle et inventif depuis Alkpote) et son EP SPAM : projet monté sans label, sans manager, enregistré dans une penderie (réellement !), avec carte son et mac book posés sur une table à repasser. Et pour faire parler d’un disque si artisanal, rien de tel qu’un clip tourné avec les moyens du bord. Dans le titre éponyme « Spam », Teddy joue donc les Paper Boys, et distribue à la volée journaux et CDs dans un petit quartier bourgeois de Montréal (oui, Teddy vient du Québec, on ne vous l’a pas dit tout de suite pour ne pas vous faire fuir). Problème : rapper, pédaler et faire de grands gestes devant la caméra, tout en essayant de garder l’équilibre, c’est le meilleur moyen de perdre en précision dans le lancer de galettes. Quelques fenêtres de pavillons et pare-brises de Porsche Cayenne gardent donc de légères séquelles du tournage de Spam. Heureusement que Teddy n’avait pas prévu d’y distribuer des briques.

L’EP le plus ambitieux –et donc le plus attendu- de l’année, Petits Meurtres entre Amis a réunit en octobre Aketo -l’ex-Sniper aux trois disques de platine- et Sidisid –moins vendeur mais au moins aussi talentueux-, le tout sous la coordination de DJ Weedim. Projet initialement censé compiler les quelques collaborations entre les deux rappeurs, PMEA s’est petit à petit engraissé de pistes supplémentaires, devenant quasiment un disque collaboratif réunissant au total, entre featurings et remixs, une bonne dizaine d’artistes. 9 pistes, dont un véritable petit bijou, Joeystarr, né de l’esprit de DJ Weedim, qui s’amusait à poser le refrain (« Chi-chi-chicots en or / Comme Joeystarr ») entre deux séances de studio. Au bout de quelques répétitions, tous les rappeurs qui entendent cette ébauche bassinent Weedim pour poser dessus. En pleine préparation de PMEA, il limite ce droit à Aketo et Sidisid, mais un gros remix pourrait prochainement voir le jour, avec quelques noms bien ronflants au casting. Et Joeystarr sur le refrain ?

SPAM, PMEA, M8NU8T … le monde a réellement commencé à partir en couilles le jour où les rappeurs français ont compris ce qu’était un acronyme. Vald n’échappe pas au fléau, et après NQNTMQMQMB (personne n’a jamais trop compris ce que ça voulait dire), sa première véritable galette, NQNT (Ni Queue Ni Tete) est sortie en octobre dernier. Bien qu’il comporte treize pistes (sans compter les morceaux bonus disponibles sur son site), le CD est catégorisé comme un EP (ça non plus, personne n’a vraiment trop compris, et Vald non plus, d’ailleurs). Fini le travail artisanal, les chaussettes en guise d’anti-pop et les braillements de la daronne en arrière-plan : Vald bosse désormais avec Barclay, ne compte plus les heures de studio, et fait même des vrais clips. Pour Toutatis, il imagine un personnage de flic crapuleux, un genre de Shaft sans mélanine, sans foi ni loi … et se retrouve finalement en vulgaire îlotier, képi sur le front et moustache gauloise sous le nez.

 

Il y a encore six mois, personne n’associait encore OKLM à Booba. Le groupe Triplego pourra peut-être se venter d’avoir lancé le mouvement, avec l’EP Eau Calme (comment ça, le jeu de mot est pourri ?), un titre trouvé en tirant des grosses lattes sur des jonx devant un lac à Montreuil. L’eau était calme, l’EP s’est appelé Eau Calme (comment ça, l’anecdote est naze ?). Grosse demi-heure de pure chill impulsée par les beats planants de MoMo Spazz et ambiancée par le rap technique de Sanguee. Un nouvel EP, tendrement appelé Putana, sera dispo dans quelques jours. L’histoire ne dit pas si le titre a été trouvé en mettant des coups de rein à une fille de joie devant un lac à Montreuil.

« Là bas ils ont Danny Glover, ici on a Omar Sy ». On a aussi Fred Testot, mais là n’est pas le sujet. Omar Sy a été le vrai ghetto-tube de l’été. Elixir, EP solo de Nip Stuck malheureusement passé trop inaperçu, malgré l’aura des Pompes Funiggez, un groupe qui charbonne en toute indépendance depuis une grosse quinzaine d’années. Peut-être à cause de cette tendance très essonnienne de tout faire à l’arrache, au dernier moment : Elixir a été écrit, produit, enregistré et mixé en un mois seulement. D’ailleurs, pour le clip d’Omar Sy, personne n’est prévenu à l’avance : dix minutes avant le début du tournage, les membres du groupe se rendent compte qu’ils n’ont pas suffisamment de figurants. Et que fait un groupe de rap français quand il a besoin de figurants ? Il va à l’épicerie du quartier, et engage tous les clients. Pas de bol, Omar Sy ne trainait pas dans le coin.

 

Les 10 meilleurs « all stars remix » du rap français en 2014

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Le principe du « all stars remix » est simple, et remonte à la préhistoire du rap. En gros : prendre un morceau existant, rallonger ostensiblement la durée de l’instrumental, et inviter tous ses petits copains à venir pousser la chansonnette. Cette pratique, fréquente chez nos amis ricains, tend à se démocratiser chez nous, particulièrement cette année, et comme vous allez le constater en parcourant cette liste, particulièrement dans le 91.

Le meilleur de l’année : Touché-Coulé Remix

L’hôte : Cokein
Les invités : Canardo, M.O et Tony (La Comera), Hype, Juicy P, Ol Kainry, Bassirou, Kozi
Le MVP : Tout le monde est tellement haut sur ce remix qu’il est difficile de choisir une performance plus exceptionnelle que les autres. Par amour du Grand Banditisme, citons Hype, l’un des rappeurs les plus sous-cotés de l’hexagone : schéma de rimes redoublées pour les amoureux de la technique, flow maitrisé à la perfection, et clip en short, dans le plus grand des calmes.
La punchline : « Méfie-toi de mon petit corps de lâche » (Canardo) –bon, c’est pas la punchline de l’année, mais avec mes 70 kilos tout mouillé, elle m’a particulièrement ému-
Le mec qu’on aurait bien aimé entendre : Face à un tel casting, pas facile de tenir la comparaison. En plus de savoir kicker, il faut également pouvoir s’adapter au style très rue des autres participants. Gradur semble tout indiqué, lui qui ne rechigne jamais à participer à un remix. D’autant qu’il a déjà croisé le fer avec Juicy P et Kozi, ce qui nous fait une transition parfaite avec le prochain morceau de la liste.

Le plus gros casting : Click Click Paw Remix

L’hôte : Juicy P
Les invités : Gradur, Mac Tyer, Rim’K, Grodash, Jack Many
Le MVP : On aurait tendance à dire Juicy P, qui fait une entrée hyper nerveuse, mais sur ce son, c’est lui qui invite, et il se doit donc de laisser le trône à un invité. Question de bonnes manières. La couronne revient logiquement à Gradur, qui lâche lui aussi un couplet très énergique : « suce mon flow, suce mon bob, suce mon équipe » … le boug sait ce qu’il veut, et il sait comment le demander.
La punchline : « J’pousse la chansonnette comme Carla Bruni » (Rim’K)
Le mec qu’on aurait bien aimé entendre : Niro, un mec qui compte déjà une bonne centaine de featurings à sa discographie, et qui aurait parfaitement sa place ici, étant donné qu’il a déjà collaboré avec tous les artistes présents sur ce remix.

 

Le plus Grignyfornien : Click Click Paw Neo Gang Remix

L’hôte : Juicy P
Les invites : Jack Many, Tony et M.O (La Comera), Skinny Troy, Ketokrim, Cokein, Mossda & Don Diega
Le MVP : Puisqu’un remix ne suffisait pas, Juicy P relance la machine avec ses petits copains de Grigny. Là aussi, on pourrait l’élire MVP du remix, mais citons plutôt Skinny Troy, dit Castor Troy, l’un des membres-fantômes de la LMC Click. Un mec qu’on n’entend pas tellement souvent, pour la simple et bonne raison qu’il n’en a pas grand-chose à foutre du rap.
La punchline : « Si l’homme descend du singe, le singe descend de sa branche / Tu l’as vu sortir de l’hotel, elle descendait surement de ma breuch » (Mossda)
Le mec qu’on aurait bien aimé entendre : Pour aller au bout du concept, il aurait fallu doubler –voire tripler ou quadrupler- la durée du morceau, et inviter TOUS les rappeurs de Grigny : Myssa, D.O.Z, Gizo Evoracci, Skeem, Doyen OG

Le plus magnifiquement mongol : Mongoldorak remix

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L’hôte : Alkpote
Les invités : Sidisid, Zekwe, Zesau, Jeff le nerf, Aketo, 25g, Bolo, Neoklash, Rcp, Kmaze
Le MVP : Le truc drôle, sur ce remix, c’est qu’Alkpote a forcé tout le monde à reprendre son flow saccadé façon Migos. Une vraie bonne idée, qui nous permet d’entendre Jeff le Nerf ou 25G rapper de manière complètement hachée, un truc qu’on n’aurait même pas osé imaginer. A ce petit jeu, c’est Sidisid qui s’en sort le mieux, forcément : reprendre les Migos, c’est son dada.
La punchline : « J’écris, j’produis bêtement : Alain sous-skonk, Jean-Jacques Gol-mon » (Zekwe Ramos)
Le mec qu’on aurait bien aimé entendre : Sur ce casting hyper-éclectique, on aurait pu imaginer un autre canasson de l’écurie Neochrome (Jason Voriz ou Seth Gueko, par exemple), mais sur un concept aussi mongol que Mongoldorak, rien de mieux qu’un rappeur en total contre-emploi : Akhenaton. Vous l’imaginez, avec son accent et ses textes au savon, rapper comme les Migos ? Ce serait absolument horrible. Et donc parfait.

Le plus chti : Guns, Drogue, Money

L’hôte : Baltaz
Les invités : NVR Boyz, Rimkhana, Slimane, Yanis, ZKR, Gradur, M16S, Mad.
Le MVP : Pour qui n’a pas le nez dans la nouvelle scène rap du 59 (c’est-à-dire : 60 millions de français), le seul nom connu de la liste, c’est Gradur. D’ailleurs, la moitié des rappeurs présents ici n’a pas la moindre discographie. Pourtant -et c’est bien ce qui est impressionnant- ils sont tous super forts. Mention pour Rimkhana (à 2’30), un mec qui rappe avec une casquette Lacoste, en 2014, sans la moindre pression.
La punchline : « C’est le monde à l’envers, on va au code en véhicule » (ZKR)
Le mec qu’on aurait bien aimé entendre : Dans ce grand méli-mélo de Nordistes, une pensée pour Krilino, un Lillois qui n’a pas encore l’âge de voter pour Martine Aubry, mais qui découpe déjà pas mal de monde quand il entre en cabine.

Le plus green : Grinder Remix

L’hôte : DJ Weedim
Les invités : Sidisid, Aketo, Ksa, Nathy, Boss, Belabeu, Wacko, Millionaire, Infinit, Alkpote.
Le MVP : Alkpote se fait attendre pendant presque 6 minutes, mais quand il débarque enfin, on comprend que ça valait le coup. Sur le thème de la fumette, qu’il maitrise comme personne, le meilleur rappeur du monde s’éclate à placer les images les plus improbables : « j’ai de l’herbe fraiche et des Kinders Délice », « j’roule avec des dealers d’épice », « j’échange des lovés en verdure » …
La punchline : « J’suis le Jean-Pierre Coffe du rap, en version hétéro et plus méchant » (Sidisid)
Le mec qu’on aurait bien aimé entendre : Nessbeal, véritable spécialiste des herbages, aurait pu nous servir un superbe couplet dans le pur style du mythique Amnezia.

 

Le plus « génération années 90 » : Soldat Remix

L’hôte : Busta Flex
Les invités : Zoxea, Kool Shen, Lord Kossity
Le MVP : Certainement pas Lord Kossity, qui a bien du mal à poser dans les temps. Certainement pas Kool Shen, qui rappe encore comme en 1997. Fatalement, le meilleur invité de Soldat Remix est donc Zoxea, par K.O.
La punchline : « J’ai largement passé l’âge » (Kool Shen). La phrase n’est pas terminée (il parle de recevoir des conseils de la part de petits, si j’ai bien suivi) et ces quelques mots sont complètement sortis de leur contexte, mais lâchés comme ça, ils sont terriblement véridiques.
Le mec qu’on aurait bien aimé entendre : SALIF. SALIF. ET ENCORE SALIF. SI VOUS VOULEZ JOUER SUR LA FIBRE NOSTALGIQUE DES VIEUX FANS DE FOR MY PEOPLE, FAITES LES CHOSES A FOND ET FAITES REVENIR LE BOULOGNE BOY. MEME POUR UN SEUL COUPLET. MEME POUR UNE SEULE MESURE.

Le plus westeux : Yeah Moggo (91 Super Thugz Remix)

L’hôte : Grodash
Les invités : Smoker, Juicy P, Jack Many, Maestro, Malcolm Fik’s, Myssa, La Karabine, Popo, Alkpote, Zekwe Ramos, Steve Austeen.
Le MVP : Myssa, le Grignyifornien. Rien à voir avec Mysa, le mec qui considère Kaaris comme un envoyé de Satan, voire même comme un sorcier à l’influence démoniaque.
La punchline : « Précis comme une vasectomie pour tes petites corones » (Zekwe Ramos)
Le mec qu’on aurait bien aimé entendre : Freko Ding, l’essonnien le plus rare du game. Qu’il aurait été beau d’entendre sa voix rocailleuse sur des sonorités si westeuses !

Le plus long : 11’43

L’hôte : Mister You
Les invités : Al Bandit, Lacrim, Nessbeal, Brulé.
Le MVP : Mister You est étrange. Tout le rap français attend un retour de Nessbeal depuis 3 ans. Il accepte enfin de poser un couplet sur l’album Le Prince, un véritable événement, un featuring qui pourrait faire du bruit … et You le colle en plein milieu d’un morceau de 12 minutes, quelque part entre Lacrim et Brulé. La meilleure façon de rendre son apparition anecdotique. Triste, d’autant que Nessbeal livre une fois de plus une prestation de très haut vol.
La punchline : « Le rap commun c’est pas vraiment le truc tah Audrey Pulvar / Mon point commun avec Natasha, c’était mes chicots de devant » (Mister You)
La meuf qu’on aurait bien aimé entendre : Isleym, qui est à Nessbeal ce que Tic est à Tac, aurait été absolument parfaite sur ce genre d’ambiance un peu tristounette, avec mélodie au piano et chœurs en arrière-plan. Elle aurait apporté un peu de musicalité au milieu de ces rappeurs crapuleux, et aurait même servi une petite leçon de flow à certains d’entre-eux.

Le plus punchlinesque : Histoire 2 Remix

http://www.booska-p.com/ip/s/3133303536

L’hôte : Zekwe Ramos
Les invités : Alkpote, Nakk Mendosa, Black Brut, Dixon, S.pri Noir, Alpha Wann, Taipan.
Le MVP : Alkpote est, comme toujours, extraordinaire, mais laissons-en un peu aux autres, et rendons hommage au couplet tout en punchlines de Nakk Mendosa, et cette comparaison fabuleuse entre  « les petits qui se tuent à internet » et un hybride Steve Jobs / Guy Georges.
La punchline : « Pendant le cuni, j’te mords la schnek » (Alkpote)
Le mec qu’on aurait bien aimé entendre : Dans ce concours de punchlines marrantes, Orelsan n’aurait pas fait pale figure, et ça aurait été l’occasion d’enfin l’entendre ferrailler avec Alkpote au petit jeu du « qui parlera le plus de sa bite dans son couplet ? ».

 

Interview : Sidisid (Butter Bullets) | Captcha Mag x Le Blavog

Cette interview date de septembre 2013, mais on l’avait jamais sorti pour cause de : nous sommes des branleurs.
En plus, c’était une entrevue filmée, mais les vidéos n’ont jamais été montées pour cause de : nous sommes des branleurs.

Du coup, on vous balance quand meme l’interview, avec une bonne année de décalage, ce qui explique pourquoi on n’y parle pas des premiers extraits de Memento Mori, du clash contre Olivier Cachin, ou des derniers feats avec Alkpote. Ne fuis pas tout de suite, on parle quand même de pas mal de choses foutrement intéressantes, telles que : les haricots, Fauve, Joe Lucazz, les déménagements, Project Pat, la Suisse, et les ventes de Fababy.

C’est pawti :

Teobaldo : Avant le feat avec Alk, tu faisais des trucs, mais qui n’étaient pas spécialement exposés.

Sidisid : Ouai, on faisait des trucs, mais j’en suis pas fier du tout.

Teobaldo : T’en es pas fier, avec le recul, ou déjà, sur le coup, tu te disais « c’est pas terrible » ?

Sidisid : Bah déjà, à l’époque, entre le moment où tu le fais, et le moment où ça sort, y’a deux ans qui se déroulent. Donc sur le coup, oui, ça va, parce que t’es dedans, mais deux ans plus tard, tu te dis nan, c’est pas possible. Avant Peplum, on a quand même sortit deux albums !

Teobaldo : Ils étaient dans les bacs ?

Sidisid : Nan, pas des les bacs, mais sur des sites spécialisés.

Teobaldo : Même formation, avec Dela à la prod, et toi au micro ?

Sidisid : Ouai, et après on avait des autres potes qui produisaient, mais qui sont plus dans le son aujourd’hui. On est arrivé comme ça, mais à l’époque, je me bousillais déjà à Express D. C’est juste que c’était impossible, il n’y avait pas de place pour un petit blanc de Franche-Comté qui fait du rap ! J’avais rien à raconter qui pouvait intéresser, à l’époque, un auditeur de rap. Toute cette époque, avec Compagny Flow, Def Jux, ça existait pas du tout en France. Enfin si, y’avait peut-être TTC, qui a été mal interprété, mais c’était les seuls à être un peu dans ce délire. Mais Compagny Flow, c’était chanmé, j’étais à fond dedans. Et même les blogueurs qu’on connait aujourd’hui, ils respectent à mort. « Nous les blancs », c’est ce qui nous a donné une crédibilité.

Teobaldo : Le fait d’être le seul rappeur du groupe, c’est un choix, ou c’est juste que ça s’est fait comme ça, par la force des choses ?

Sidisid : C’est pas spécialement un choix, ça s’est fait comme ça, c’est tout. Avant, j’avais un groupe, on était deux … bon, j’avais 14 ans. Et c’est une expérience de groupe qui a foiré ! Un jour, je me suis rendu qu’il n’écrivait pas … il n’avait jamais rien écrit. On avait enregistré des trucs, mais on écrivait jamais ensemble. Et un jour j’écoute une compil, un morceau d’un mec totalement inconnu, et je me dis « putain je connais ce couplet ». J’ai cherché pendant au moins une semaine ! Et quand ça a fait tilt, je me suis dit « le fils de pute ! » (rires). En plus, sur la fin il faisait ça intelligemment, en prenant 4 mesures dans un texte, 4 mesures dans un autre …

Teobaldo : T’avais 14 ans, et t’avais déjà enregistré des trucs ?

Sidisid : Ouai, on a eu accès à un petit truc. C’était l’époque ODB, etc. Mais je suis bien plus vieux que ce que l’on croit !

Spleenter : Faut dire ton vrai âge, du coup.

Sidisid : Mais je l’ai jamais dit, encore !

Genono : Et bah c’est le grand moment !

Sidisid : Nan, je l’ai jamais dit, personne le sait … mais je suis assez vieux pour avoir connu tous ces trucs. J’aime bien le mystère, donc je veux le garder secret. Et puis je le vis mal, en plus. Le fait d’avoir bientôt cinquante ans, c’est dur (rires).

Teobaldo : C’était pas trop compliqué d’enregistrer, à 14 ans, sans les possibilités qu’on a aujourd’hui ?

Sidisid : Nan, un mec qui avait un studio, et qui nous a dit « allez-y, faites-vous plaisir ». Y’avait pas encore internet, c’était l’époque de Jeunes, Coupables et Libres. 1999 à peu près.

Genono : Donne pas trop de dates, parce qu’on va pouvoir déduire ton âge.

Sidisid : Ouai, mais j’ai commencé à rapper à 6 ans en fait.

Spleenter : Et la connexion avec Tekilatex et TTC, elle se fait quand ?

Sidisid : On allait souvent faire des soirées en Suisse, et à l’époque, il y avait un DJ, DJ Raze, qui ne jouait que du screwed. Le screwed and choped, en France, y’a peut-être 100 mecs qui savaient ce que c’était ! Je me suis dit « qui est ce mec ? ». On aurait dit Lil Jon en blanc, tu vois ? Il jouait que du Bun B, du Three 6, j’étais halluciné. Je pensais pas qu’un mec qui jouait ça pouvait exister en Europe ! Je vais le voir, il me dit (Sidisid prend l’accent suisse, l’imitation est criante de vérité) : « Mais si, viens donc fumer une canne ». On est devenu potes, et il était connecté avec eux, parce qu’ils avaient sortit un album en screwed.

Spleenter : Ah, donc t’étais déjà dans ce délire-là ? Parce que beaucoup se disent qu’ils t’ont connu avec des clips très colorés, où ça parle de bonbons.

Sidisid : Pour l’histoire du bonbon … on a essayé de faire un single, point barre. Mais je parlais déjà de ma bite, hein. Même là, on va essayer de faire des singles, si y’a de la thune à prendre, je la prendrai. Donc ouai, l’évolution, je comprends qu’elle puisse en étonner certains.

Spleenter : Bah même moi, ça m’étonne. Quand tu me dis qu’à l’époque tu te buttais déjà à Express D … disons que ça transparait pas forcément.

Sidisid : Ah nan, ça transparait même pas du tout. C’est une époque où on écoutait Dipset, où j’allais souvent à New-York, et où je m’achetais que du XXXL violet, parce que Camron. C’est débile, mais c’est un peu ça aussi. Alors qu’au fond, ma musique est noire. Je me suis fait niquer, j’ai grandit. Ca n’arrivera plus !

Teobaldo : Apparemment t’écoutes beaucoup de mecs du Sud. On t’identifie beaucoup à Memphis, d’ailleurs t’as ramené des gens de Memphis. C’est vraiment parce que t’en as eu l’occasion, ou si t’avais pu ramener des mecs de Houston, ou d’Atlanta, tu l’aurais fait ?

Sidisid : Memphis nous a quand même bien bouffés. Au début, c’était New-York. Le deuxième Mobb Deep, le premier Wu-Tang …

Spleenter : Ouai mais nous, on est quand même plus jeunes que toi.

Sidisid : Ah ouai ? (visiblement touché dans son orgueil de vieux) Mais faut dire que j’ai commencé à écouter du rap super tôt aussi.

Spleenter : Bah alors c’est encore pire.

Sidisid : Vous avez quel âge ?

Spleenter : Moi j’ai 27.

Sidisid : Bref, nous c’était l’époque New-York. J’avais un buraliste qui importait The Source, et on y voyait les pubs des albums genre No Limit.

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Spleenter : Avec les fameuses pochettes …

Sidisid : Voila, et on avait limite honte de se dire « on va écouter ça ». Impossible, c’était trop vilain ! Et puis un jour, on est tombé sur un Three Six, et on s’est dit « putain de merde, on a loupé tellement de trucs ». Du coup on a voulu tout rattraper, on a tout bouffé. Three Six c’était le rap ! Le flow ! Mis à part Bone Thugs, y’avait qu’eux qui faisaient du ternaire. Mais y’a pas eu que Memphis ! New-York, Houston … en fait, ça dépend des périodes. Aujourd’hui, Memphis, ça existe presque plus.

Teobaldo : Pourquoi tu ramènes Project Pat et Evil Pimp plutôt que d’autres ?

Sidisid : C’est une question d’opportunités. Y’a encore deux ans, t’avais Prodigy pour 200 dollars. Ils s’en foutent, ils sont en studio, ils vont te faire un couplet qu’ils ont même pas écrit … Pour eux, c’est rien. C’est 200 dollars de gagnés, quasiment sans rien faire. Bon, c’est pas du tout la question que tu m’as posé … (rires)

Spleenter : Concrètement, la connexion avec Project Pat, Evil Pimp, Droop-E, elle se passe comment ? J’imagine que c’est par internet ?

Sidisid : Droop-E, c’est différent, parce que j’étais pote avec son frère.

Spleenter : Du coup, explique un peu qui est Droop-E, pour ceux qui connaissent pas.

Sidisid : Droop-E, c’est le fils de E-40. Et sur le coup, je savais pas. J’étais pote avec le petit, qui s’appelle E-chou (comment ça s’écrit, merde ?), je savais même pas quel âge il avait, je savais même pas que c’était le fils d’E-40. On discutait sur internet, et un jour j’apprends qui est son père … Imagine, un gros débile de fan comme moi, je me suis dit « qu’est ce que c’est que cette histoire ? ». Je me suis dit, E-40, ça va être compliqué, mais on envoie quand même des beats. Je sais qu’il en a mis certains de côté, mais après … tu peux y aller et dire « bon, Monsieur Quarante, qu’est ce que vous faites avec mon beat ? » (rires)

Spleenter : Et les deux autres, c’est pareil ?

Sidisid : Bah, tout se fait sur le net. Pour Project Pat, on est passé par le manager, un truc réglo quoi. Après, les mecs, t’aimerais les faire venir, mais tu peux pas. Project Pat, je sais même pas s’il a des papiers.

Spleenter : C’est intéressant, parce qu’on se rend compte que tout est possible, sans dépenser des sommes folles. Je te demande pas forcément la somme exacte que t’as payé, mais si t’as envie de le dire, tu le dis (notez l’approche subtile pour amadouer le rappeur et lui faire lâcher des infos).

Sidisid : J’ai payé ce qu’il y avait à payer, tout simplement parce que j’estime que c’est normal. Mais c’est un tarif misérable. Project Pat, c’est une légende. C’est comme Snoop ! Donc oui, c’est misérable. Je sais plus, mais j’ai dû le payer 200 dollars, un truc comme ça. C’est vraiment misérable.

Spleenter : Donc en fait, c’est juste que d’autres français ont pas la démarche de le faire, puisqu’apparemment, c’est possible pour pas mal de gens.

Sidisid : C’est possible pour tout le monde, je pense. Bon, là je te le dis, parce que ça va pas se faire, mais on devait avoir Camron pour le prochain album. Finalement, ça se fait pas, parce que d’une minute à l’autre, il a changé d’avis, en demandant une somme qui est devenue subitement beaucoup moins abordable.

Teobaldo : Tu disais que les mecs écrivaient même pas leurs couplets ?

Sidisid : Selon moi, hein.

Teobaldo : Du coup … je me demande un peu : c’est quoi l’intérêt ? C’est juste le fait d’avoir son nom sur ton album ? Si tu débourses 200 dollars, même si c’est très peu, et que tu sais à l’avance qu’il va te pondre un couplet médiocre …

Sidisid : Je vois ce que tu veux dire. Bah déjà, si le couplet est nul, je le mets pas. C’est déjà arrivé, si j’invite un mec sur mon album, et qu’il vient pour faire de la merde, je le garde pas. C’est normal.

Spleenter : Tu pourrais nous définir tes influences ? Parce que tu parlais de Memphis au niveau du flow, disons tout ce qui est roulements pour caricaturer un peu … est-ce que t’as d’autres trucs, par exemple au niveau ambiance ?

Sidisid : J’ai toujours bien aimé les mecs un peu techniques. J’aime bien les mecs ultra laid-back, qui s’en battent les couilles, qui rappent tellement bien que des fois tu sais pas si … comment il dit Kery James ? Ils rappent tellement bien que tu crois qu’ils rappent mal. Tu vois ce que je veux dire ? Comme Joe. Un mec comme Joe, tu sais pas. Enfin, moi je sais, mais … Quand on était en studio avec lui, l’ingé comprenait pas. Et trois semaines après, il était là « putain, mais Joe Lucazz, c’est tellement un tueur » (rires)

C’est comme Demon One ! A l’époque de « Les points sur les I » … c’était super technique. Il nous a fait une démonstration, une leçon de flow. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il arrive plus trop à … je sais pas si c’est voulu, si il a moins envie …

Teobaldo : C’est un mec qui a une aisance naturelle. Maintenant, peut-être que le rap actuel ça lui parle moins, c’est plus les mêmes ambiances, les mêmes instrus …

Sidisid : Déjà, ça a ralentit de 30 bpm. Bref, pour revenir à ta question, mes influences, ça a toujours été les mecs techniques. Pour les ambiances, tout ce qui est un peu sombre. Mobb Deep, etc, de toute façon, New-York, à la grande époque, ça a toujours été sombre. Enfin, je parle de trucs sombres, mais y’a aussi …

Spleenter : Bah, y’a Dipset aussi.

Sidisid : Oh, c’est sombre Dipset quand même. (il hésite) Enfin, maintenant que tu le dis …

Spleenter : C’est quand même très fantaisiste.

Sidisid : Ouai, c’est pas faux. C’est plus l’attitude, avec de vraies ambiances. Après, y’a pas que le rap, y’a aussi le cinéma, la bande-dessinée, etc.

Spleenter : Et si je te pose la même question, mais sur le rap français ?

Sidisid : Démocrates D, ça m’a pas mal buté. J’ai jamais écouté NTM, ça m’a toujours fait chier, IAM aussi. L’accent marseillais, c’est impossible pour moi. Sinon, y’a eu toute l’époque Time Bomb …

Spleenter : Minister Amer, pas trop ?

Sidisid : Si, mais ça me fatiguait un peu. Le côté trop freestyle, tu vois ? Mais j’ai réécouté plus tard, et oui, ça me parlait déjà un peu plus. Le délire baskets blanches, etc, j’aimais bien. Hifi, lui, il m’a bien buté. J’ai remis son album dans mon téléphone, parce que vraiment, il était trop fort. Les X-men … Bon, je pourrais t’en citer 1000.

Teobaldo : C’est surtout avant 2000 en fait.

Sidisid : En fait, après 2000, ça m’influence plus. Quand t’es déjà dans le rap, ça te parle différemment. Ca empêche pas de continuer à bouffer des influences, du Sud, de la Crunk … J’ai adoré la Crunk !

Spleenter : Du coup t’as une pensée émue pour l’évolution de Lil Jon ?

Sidisid : Apparemment, il gagnait vraiment énormément de thunes … et tant que les mecs font du pognon, ils ont mon respect.

Spleenter : Ca te manque pas un peu ? Genre Crunk Juice, tu le réécoutes aujourd’hui, ça tue toujours.

Sidisid : Je sais pas, je pense que ça a été remplacé par la Trap, tout simplement. Mais Lil Jon, attends, il faisait un single tous les trois mois. T’imagines le truc ? T’en fais un seul, déjà, t’es bien. Lui, il en a combien ?

Spleenter : Donc pour situer un peu la chronologie de Butter Bullets … En gros, y’a eu toute la période où vous étiez plus ou moins affiliés à TTC, ensuite une grosse pause, et ensuite le retour avec Chiens. C’est ça ?

Sidisid : C’est à peu près ça, oui.

Teobaldo : La « pause », tu l’expliques comment ? C’était un ras-le-bol, ou quelque chose de pas vraiment prévu, ou … ?

Sidisid : Y’a un peu des deux … Après cette période un peu inactive, je suis venu vivre ici (Paris), et puis la rencontre avec Alkpote, c’est ce qui nous a donné une certaine crédibilité.

Genono : Donc la raison de ta venue à Paris, c’est uniquement la musique ?

Sidisid : Ouai. C’est pas que ce soit déplaisant d’habiter en Province, mais au bout d’un moment, t’avances pas. Et puis franchement, dans une petite ville, tu te fais chier. A Paris, si t’arrives à t’ennuyer, c’est vraiment que t’es un fainéant et que t’as rien envie de faire.

Teobaldo : … ou que t’es pauvre.

Sidisid : Ouai, aussi. Mais je travaille hein, c’est pour ça que j’ai de l’argent !

Spleenter : C’est vrai que tu peux aussi avoir cette image de « gosse de riche » …

Sidisid : C’est vrai, alors que pas du tout … On me prête souvent ce côté « blanc, bourgeois, qui s’encanaille », mais si quelqu’un me cherche dans la rue, je vais le taper ! Je suis pas une caillera, mais je m’encanaille pas.

Je viens d’une famille nombreuse, on a manqué de rien, mais on a jamais roulé sur l’or non plus. On le doit à mon père, qui a toujours travaillé dur. Personnellement, j’ai jamais eu spécialement de thunes. Enfin, j’ai toujours travaillé pour en avoir. Mais je pourrais aussi décider de ne pas travailler, et de vivre uniquement du rap ! Bon, ce serait pas évident, mais y’en a plein qui le font. Tu les connais, la plupart le font. Mais moi j’ai un rythme de vie qui fait qu’il faut que je travaille ! Et puis, si je travaillais pas, je me ferais chier …

utterullets

Spleenter : Faut payer les Ralph Lauren !

Sidisid : Bah, faut tout payer, en vrai ! Et puis j’ai pas envie de me priver. J’aime le bon whisky, j’ai pas envie d’aller chercher des bouteilles de sous-whisky qui t’arrache le foie chez l’épicier.

Genono : On parlait de ta famille juste avant … Quel regard portent tes parents sur ta musique ?

Teobaldo : Bah ils sont pas au courant ! (rires)

Sidisid : Comme je viens d’une famille un peu nombreuse … je vais pas dire que je suis le moins intéressant, mais rien que mon grand-frère, il est Docteur en physique, le plus haut niveau d’études en France. J’ai une sœur qui est productrice de porno. J’ai une sœur qui fait de la danse classique … et bref, moi, au milieu de tout ça, je fais du rap. Mon père, ça l’intéresse pas trop, par contre ma mère, elle comprend tout. Quand on était ados, on mattait des films ensemble, des dessins-animés, elle comprenait tout. Tout ce à quoi je m’intéressais, elle essayait d’aller voir pourquoi je m’y intéressais. Bon, après, concernant la musique, elle me dit « j’ai écouté ton album … j’aime pas tout hein ! » (rires)

Mais elle est fière, même si y’a pas vraiment de raison de l’être. Elle est fière que son fils fasse quelque chose, et même si je faisais de la merde, je pense qu’elle en serait fière quand même.

Teobaldo : De toute façon, quand t’as un gamin qui est Docteur en physique, les autres peuvent bien faire ce qu’ils veulent …

Genono : C’est pas lui le plus perturbé !

Sidisid : (rires) Sa passion c’est la physique, bon, c’est un truc que j’arrive pas à comprendre, mais lui non plus, il doit pas comprendre qu’on essaye de faire rimer des trucs.

Teobaldo : D’où vient le blaze « Butter Bullets » ?

Sidisid : Je sais même pas …

Spleenter : Dans un morceau tu dis « J’suis le Hitman du rap, Gotham City », et un autre où tu parles d’Heath Ledger …

Sidisid : … est-ce que j’aime bien Batman ?

Spleenter : Voila.

Sidisid : (il hésite) Heu … putain, je vais me faire taper (rires). J’aime bien, mais c’était plutôt quand j’étais gamin. Les Marvel …

Spleenter : Mais tu suivais pas la série animée ?

Sidisid : Nan.

batman sidi

Spleenter, Teobaldo et Genono, en chœur : BOUUUUUUH

Teobaldo : Donc tu prendras pas la Lambo, Morray ?

Sidisid : Nan, je prendrai pas la Lambo ! (rires) Mais j’ai vu les films … le dernier, j’ai crié au scandale. Mais les films Batman, j’ai jamais trouvé ça ouf.

Spleenter : Même le Tim Burton ?

Sidisid : Bah je l’ai revu récemment, donc non, je pense que ça mal vieilli, tout simplement. Je l’avais déjà vu à l’époque, mais ça m’avait pas spécialement marqué. Faut dire que Tim Burton, il est … Déjà, il a massacré La Planète des Singes, donc à partir de là …

Spleenter : C’était une grosse commande des studios, il en a fait de la merde. D’ailleurs, pour l’anecdote, il aurait voulu faire une scène d’amour entre la meuf-singe et Mark Wahlberg. Sauf que les studios lui ont dit « tu vas te calmer tout de suite ».

Sidisid : Tu me diras, ouai …

Genono : Ca aurait été cool.

Sidisid : Nan mais c’est surtout la fin qui était aberrante. Je vais faire l’intello de merde, mais la fin du film, c’est l’inverse de la fin du livre. Ca m’avait choqué.

Spleenter : Et même Batman 2, avec Le Pingouin ?

Sidisid : Les super-héros, en fait, ça me parle pas trop.

Spleenter : Si c’est pas pour les super-héros, ça peut être pour les super-méchants.

Sidisid : Si, justement, j’aime pas trop les gentils dans la vraie vie.

Teobaldo : Batman, il a un côté sinistre, c’est pas forcément le gentil de base.

Sidisid : Nan mais j’aime Batman ! C’est juste que je suis pas à fond dedans. Je suis pas Seno quoi !

Teobaldo : On parlait de ton image un peu « blanc, bourgeois », mais t’as aussi un peu ce côté geek, un peu Otaku. Tu t’y connais en mangas, ou en comics ?

Sidisid : Les comics, pas du tout. Les mangas, j’ai suivi quelques trucs, mais je m’intéresse pas à tout. J’ai surtout lu les trucs dont je suis réellement fan, comme Akira, ou Ghost in the Shell. J’ai lu Dragon Ball, comme tout le monde, mais les gros trucs, maintenant, c’est quoi ? Naruto ? Jamais de la vie, je peux pas lire ça.

Spleenter : Dans C’est pas la peine, tu parles de Chihiro et Totoro, c’est un truc super gentil.

Sidisid : Ouai, c’est marrant … Qu’est ce que je dis déjà ? Un truc homophobe encore, nan ?

Spleenter : « C’est plus la peine d’être cool avec ses potes homos, plus la peine de lui faire croire que t’aimes Chihiro et puis Totoro »

Genono : A propos d’Akira, vous avez balancé le clip à Tokyo en même temps que la sortie de « Tokyo », de Joke … C’était fait exprès, pour le faire chier ?

Sidisid : Exactement ! (rires) En plus, si on avait voulu le faire bien, on aurait fait un vrai clip … là, on a filmé avec un téléphone portable. En plus, on l’a balancé quelques jours plus tôt, clairement pour le faire chier.

Genono : D’ailleurs, Kevin El-Amrani, c’est un peu votre Chris Maccari à vous ?

Sidisid : Ouai, en plus, avant de le connaitre, je confondais les deux. Je lui ai jamais dit, il va me détruire ! (rires) Kevin, c’est mon pote. On est devenu potes par le biais de la musique et des clips, mais aujourd’hui, c’est vraiment mon pote. Je pourrais te raconter tellement d’anecdotes sur lui … Le clip de Chiens, par exemple. On s’était déjà vu, mais on se connaissait pas encore vraiment. On tournait le dimanche, et je l’appelle le samedi pour voir s’il est prêt. Il sortait du ciné, il me dit « j’ai pris de la MD, mais t’inquiètes c’est cool » … Le lendemain, on partait super tôt, parce qu’on voulait avoir l’éclairage un peu dégueulasse d’un début de journée. On dirait pas, mais le tournage s’est fait dans le 91. Kevin est arrivé à l’heure, mais complètement … il parlait pas trop quoi. Il partait tout seul, il allait filmer des champignons … Après-coup, il m’a dit « Chiens, c’est un de mes clips préférés, mais je l’aurais jamais fait si je m’étais pas drogué » (rires). Mais c’est vrai qu’il y a une ambiance vraiment bizarre …

Genono : Déjà, tu vois Alk en uniforme, tu dis « wow »

Sidisid : Voila, tu sais pas trop en quoi il est déguisé … et puis c’était même pas prévu, on a pris des trucs un peu au hasard, il a vu l’uniforme, il a fait « ouai, ça c’est bien ». C’était chaud, en plus on a sortit le clip le jour de l’armistice.

Spleenter : Y’a les Orties aussi dans le clip …

Sidisid : Ouai, elles sont arrivées après, elles étaient là … Bon, c’était marrant.

Genono : La connexion avec Alkpote, elle s’est passée comment ?

Sidisid : Je faisais un déménagement pour une copine, et un pote d’un pote d’un pote à lui était là, et il avait un t-shirt Alkpote. Donc j’ai discuté avec lui, et il me dit « attends, mais je le connais Alk, je te connecte avec lui ». Il lui a filé mon numéro, on s’est appelé … C’était un peu bizarre, parce qu’on s’est entendu direct. Il m’a fait venir au studio « Le Bunker », aux Pyramides. J’ai déjà vu des trucs chelous, mais ce studio … T’arrives là-dedans à une heure du matin, en plein milieu d’une cité dont t’as déjà entendu parler aux informations, y’a cinquante mecs qui sont là … dont deux blancs. Bon, les mecs là-bas sont géniaux, mais sur le coup, bêtement, ça fait un peu bizarre.

Je devais faire mon couplet pour La Crème de l’Ile de France, et je suis passé à 7h du matin … Y’avait tellement de monde, et je suis passé en dernier. J’en pouvais plus, j’étais fatigué, j’étais défoncé … Alkpote vient me voir, et me dit « c’est à toi ». Impossible, je réponds « nan, je reviens demain, là je suis pas en état ». Il se lève, il va me chercher un verre de sky, il me dit « bois ! » (rires)

Finalement, j’y suis allé, j’ai fait un couplet super caverneux, j’y suis vraiment pas allé avec le dos de la cuillère. Ca parle du diable, et tout … Et là, plus un bruit. Tous les mecs me regardent, un peu abasourdis, et je me dis « putain, mais qu’est ce qu’il se passe » … 7 heures du matin, entouré de mecs que je connais pas, avec Alkpote à côté, dans ma tête j’étais dans un manga. Je finis mon truc, je sors de la cabine, et là les mecs tapent dans les mains, « putain, t’as tué », Alkpote qui me tape sur l’épaule en disant « alors, mon petit diablotin » (rires).

Teobaldo : T’as quand même beaucoup de phases sur la bouffe … « J’te graisse la patte comme un macaroni »

Sidisid : (rires) Elle est vraiment nulle en plus !

Teobaldo : « Les rappeurs poussent de partout comme des haricots »

Sidisid : Ouai mais ça …

Teobaldo : Ah, t’as quand même « haricot » ! (rires)

Sidisid : Nan mais souvent, y’a plein de gens qui … j’aime bien lire les commentaires, comme Rohff, et …

Teobaldo : Toi, tu vas avoir des problèmes !

Sidisid : … et souvent, les mecs disent « putain mais il raconte n’importe quoi ». Mais pour revenir à « les rappeurs poussent de partout comme des haricots », c’est une rime en rapport avec Darry Cowl (de son vrai nom André Darricau) que je cite juste avant.

Teobaldo : Peut-être aussi que les mecs ne savent pas qui c’est.

Sidisid : C’est vrai, je cite plein d’influences, je me rends pas toujours compte que les gens n’ont pas forcément les mêmes que moi.

Teobaldo : Mais y’en a plein d’autres sur la bouffe : « je dois faire de l’oseille, nique sa mère les épinards » ; « rafale de couscous » …

Sidisid : Rafale de couscous, c’est sur le morceau avec Seth Gueko, nan ? Je me suis adapté.

Teobaldo : Ouai, mais tu peux pas t’empêcher d’y foutre de la bouffe : tu reprends sa phase en disant « tête de Justin Bieber, zgeg de Justin Bridou ».

Sidisid : C’est pareil, c’est adapté à mort. J’aime bien m’adapter sur les featurings, et puis là, Seth Gueko … Genre bite-man, à la base dans mon texte c’était Batman. Et Seth me dit « mais nan, mais Bite-man, c’est cool ».

Spleenter : T’aimes bien faire référence à Justin Bieber, mais en disant à chaque fois un truc très sale derrière.

Sidisid : Bah j’aime bien prendre les commentaires, ou les remarques des gens, et les casser.

Spleenter : « J’ai bourré vos ex, puis vos demi-sœurs, sur du Bieber »

Sidisid : Je joue beaucoup avec les remarques des gens. Les critiques sur le flow, ma voix, etc, c’est une chose. Mais y’a aussi beaucoup de commentaires sur mon physique, ma coupe de cheveux, etc. Donc j’aime bien retourner le truc, j’en joue énormément.

Teobaldo : Sur Peplum, tu fais poser Joe Lucazz sur un sample de 300. Tu savais, à ce moment-là, qu’il avait déjà posé sur ce même sample ?

Sidisid : On lui a proposé, et c’est lui qui a choisi celui-là. Mais il est travaillé différemment, charcuté à mort … Mais c’est cool de retrouver ce genre de petite référence, j’aime bien. Après, est-ce que sur le moment on a pensé à ça … franchement, je sais plus.

Teobaldo : Peut-être que lui-même avait oublié.

Sidisid : Il lui reste quand même un peu de mémoire, à Joe !

Teobaldo : Ca dépend quelle heure il était.

Sidisid : Au début ça allait. A la fin … (rires) J’ai eu la mauvaise idée, ou la bonne, je sais pas, de venir avec une bouteille de Jack.

Genono : Quand je tape « Sidisid » sur Google, la première suggestion est « Prison ». Est-ce que tu es le Adebisi français ?

Sidisid : Qui est Adebisi ?

sidi pri

Genono : Dans Oz, le grand renoi avec le petit bonnet sur le côté.

Sidisid : L’handicapé ?

Genono : Nan, ça c’est le narrateur.

Teobaldo : C’est vraiment le grand renoi, nigérian, qui est incarcéré parce qu’il a décapité un mec à la machette en pleine rue.

Spleenter : Il encule un italien à un moment.

Sidisid : Je sais plus … Je regardais ça quand ça passait sur Série Club, ça fait des années. Et j’ai pas tout vu. Je me rappelle surtout du gang de nazis.

Spleenter : D’ailleurs le chef du gang de nazis encule aussi un italien.

Teobaldo : En somme, ça s’encule beaucoup.

Sidisid : Bon, en gros, tu voulais savoir si j’ai fait de la prison ?

Genono : Ouai, enfin, on sait que non, c’est surtout : pourquoi cette suggestion ?

Sidisid : Mais je sais pas ! J’ai regardé, et j’ai trouvé ça drôle, mais j’en sais rien !

Teobaldo : Peut-être des gens qui veulent t’envoyer en prison, pour ta street-cred.

Sidisid : Bah j’espère ! J’ai une équipe derrière qui est super efficace, mais par contre, ils me mettent pas au courant de tout. Nan, franchement, j’ai aucune idée de ce truc. Après, je sais que j’ai un pote qui s’amuse à mettre des commentaires sur mes vidéos, et il met n’importe quoi. Il change de nom à chaque fois, et justement, la dernière vidéo, il a marqué que j’avais fait trois mois de prison, et que j’étais ressortit juste pour le clip … Du grand n’importe quoi. Mais sinon, j’ai jamais fait de prison. De la garde à vue, oui, 24h, un truc de pédé quoi.

Genono : T’as fait beaucoup de feats avec Radmo. Vous êtes toujours connectés ?

Sidisid : Ouai.

Genono : Un projet commun, c’est possible ?

Sidisid : Nan. C’est mon pote, y’a pas de soucis. C’est pas méchant, on essaye de le faire croquer un petit peu … mais ça s’arrête là. Pas que j’ai pas envie, mais j’ai pas forcément le temps. Ecrire, c’est relou, ça me fait chier … Les gens qui me disent qu’ils aiment bien écrire, à part Abd al Malik, j’y crois pas.

Teobaldo : Du coup, t’écris comment ?

Sidisid : Dans le métro. J’ai une facilité dans les transports, c’est bizarre. Mais chez moi, je vais jamais écrire … je prévois jamais de le faire, en me disant « aujourd’hui, il faut que j’écrive ».

Teobaldo : Tu disais qu’il n’y avait pas vraiment de place pour des rappeurs blancs … comment tu perçois le travail d’un rappeur comme Orelsan ?

Spleenter : Oui, est-ce que tu considères qu’il vole ton travail ?

Sidisid : (rires) Lui et Agonie, ils volent mon travail ! Non, pas du tout, parce qu’Orelsan a toujours prôné le fait d’être un looser. Moi, je me suis jamais dit « putain, je suis trop une merde » … c’était quoi la question déjà ?

Teobaldo : Tu disais qu’il n’y avait pas de place pour les rappeurs blancs …

Sidisid : Y’en a eu après !

Teobaldo : Des rappeurs blancs, y’en a toujours eu : Akhenaton, Kool Shen … Après, des mecs qui sont un peu alternatifs, qui ne sont pas dans le rap de rue, de cité, ou dans le rap un peu revendicateur … Orelsan a été le premier à vraiment péter, à ce niveau-là. Tu penses qu’il a permis de changer des choses ?

Sidisid : Je me suis jamais vraiment posé la question … De toute façon, il a rien changé pour moi. En fait, je vois même pas ce qu’il fait … Je pense que c’est un mec cool, et même qu’on pourrait être potes. On aurait même pu faire des morceaux ensemble ! Aujourd’hui, non, parce qu’on est dans des univers trop différents.

Genono : A propos d’Orelsan, c’est marrant parce que vous avez sortit quasiment le même morceau au même moment : Saint-Valentin.

Sidisid : Et pourtant, à l’époque, je savais pas qui c’était. Peut-être que lui et moi, on est la même personne. Orelsid !

Genono : Il te manque les disques d’or quoi.

Sidisid : Ouai, mais est-ce qu’il dort bien le soir ? Je suis pas sûr. Mais bon, je respecte son oseille !

Teobaldo : De toute façon, malgré tout son argent, y’a un truc qu’il ne pourra jamais s’acheter : un dinosaure.

(rires de toute l’assemblée, la foule est en délire, les fans hurlent « Teobaldo le peuple aura ta peau »)

Teobaldo : … c’était une réplique de Homer Simpson.

(s’en suit une discussion sur Homer, pas forcément passionnante pour toi lecteur)

Teobaldo : Dans Seul à la maison, tu parles de Macaulay Culkin et des sœurs Olsen ? T’aimes bien le côté maigrichon, pâlichon …

Sidisid : … drogué ? (rires)

Genono : Le clip de Seul à la maison, ça t’a fait gagner en visibilité ? Ou du moins, ça t’a apporté un public différent ?

Sidisid : Pas spécialement … déjà, il a été censuré. La vidéo est bien gore, mais j’avais pas envie de faire une version soft exprès pour Youtube et Dailymotion.

Genono : Et pourquoi ce morceau en particulier, et pas un autre ?

Sidisid : C’est le côté « je suis tout seul chez moi, ma copine est en voyage … ». Et puis, n’importe quel rappeur a envie de faire un clip avec des actrices porno ! C’est un peu un classique. Après, en France, je sais pas si beaucoup de monde l’a fait …

Teobaldo : Y’a eu Rap Intégral, mais c’était pas juste un clip. En gros, les mecs faisaient la BO d’un film porno, tout simplement.

Sidisid : Ouai, c’était marrant.

Teobaldo : Y’a eu un clip avec Joe Lucazz et je sais plus qui …

Sidisid : Y’a eu Abuz, Ricardo Malone. J’aimais beaucoup toute cette équipe, même s’ils avaient peu de visibilité. Y’avait Stor-K, c’est pas lui qui avait fait ce truc en dessin-animé ?

Teobaldo : Père Castor ? Nan, ça c’est autre chose. Sans transition, tu fais aussi un coming-out dans ton intro, où tu parles de Snooki qui mange des cookies.

Sidisid : J’aime bien Snooki ! Ce côté vraiment … Amérique quoi ! Elle est géniale, complètement aberrante, tout le temps bourrée au champagne … J’aime bien.

snooki

Teobaldo : Nirvana, c’est un hommage à Doc Gynéco ?

Sidisid : Nan, c’est même pas un hommage, c’est juste que c’est un son qui m’a marqué. J’ai toujours eu envie de faire un son sur le suicide, mais je me sentais pas de le faire tout seul, donc j’ai invité votre ami Metek. Après, ouai, on peut peut-être parler d’hommage, je sais pas trop. Première Consultation, c’est peut-être le meilleur album de l’histoire du rap français.

Teobaldo : Et pour Repose en Paix ?

Sidisid : Bah c’est marrant, on me fait souvent le rapprochement avec Booba. « T’es le Booba blanc » (rires)

Spleenter : Fais gaffe, parce qu’il y en a qui disent pareil à Fababy …

Genono : Qu’il est le Booba blanc ?

Sidisid : (rires) Nan mais c’est bizarre, même dans l’interview de Booba par Ragemag, le mec lui dit « tu connais Sidisid ? C’est un peu toi, mais en blanc ». Il dit « nan », et une semaine plus tard, il passe sur une radio lyonnaise, et le type en face lui redit « tu connais Sidisid ? C’est un peu toi, mais en blanc ». Il dit encore « nan », sauf qu’en fait, il doit nous connaitre, parce qu’on lui envoie des trucs. Il nous boycotte ! Ah, c’est génial comme titre pour votre interview ! « Nous sommes boycottés par Booba » (rires).

Teobaldo : Maintenant, si tu veux faire du buzz, il faut que tu insultes Rohff.

Sidisid : Mais j’ai insulté personne ! J’aime bien Booba, j’aime bien Rohff !

Genono : Toujours à propos de Repose en paix, t’as pas eu de retours négatifs sur la phase sur Lady Dielna ? Genre des plaintes d’associations pour les handicapés ?

Sidisid : Nan, mais j’aurais bien voulu ! En fait, on la connaissait Lady Dielna. En l’écrivant, je trouvais ça cool, puis quand est venu le moment de l’enregistrer, je me suis dit « putain, est-ce qu’elle va bien le prendre ? ». C’est une fille super intelligente, donc je me suis dit qu’elle allait comprendre le truc. Finalement l’album sort, et le jour-même, Dela m’appelle et me dit « va vite voir le facebook de Lady Dielna » … elle avait marqué un truc genre « merci pour la dédicace, c’est chanmé », j’étais super soulagé. Je reconnais que la rime est un peu dark, mais j’ai énormément de respect pour elle. Et c’est marrant, parce que tout le monde a été un peu choqué, sauf elle. Et le morceau, elle le connait par cœur, ça lui a fait super plaisir … donc c’est encore plus cool. Mais je crois que je l’aurais pas fait si je m’étais dit qu’elle pouvait mal le prendre. J’aurais dit autre chose à la place … « ça creuse, comme Rohff » (rires). J’essaye de dire du mal de lui, mais j’y arrive même pas. J’aime bien Rohff, et c’est surtout Dela. Dela est un grand fan de Rohff ! La mixtape qu’il avait fait, avec des faces B … Le cauchemar du rap français ! Ca défonce ! Après, ce qu’il fait sur ses derniers albums, je pense juste que c’est pas pour nous. « Nous », c’est-à-dire les mecs qui écoutent du rap depuis plus de dix ans. Son écriture, c’est plus possible, on dirait un petit de cité … ça a toujours plus ou moins été le cas, mais avant au moins, il nous faisait rire.

Teobaldo : Dans Dernière Séance, tu dis « pas besoin d’être espagnol pour te dire ça franco » …

Sidisid : Elle est vraiment nulle celle-là, tu sors que mes phases les plus pourries, enfoiré ! (rires). C’était sur le morceau avec Seth Gueko, comme je te disais, je me suis adapté.

Teobaldo : Tu veux dire que Seth Gueko est nul ?

Sidisid : Nan, pas du tout … La question, c’est pourquoi j’ai fait une phase aussi nulle ?

Teobaldo : Nan nan, c’est : est-ce que Franco est une référence pour toi ?

Spleenter : Et : est-ce que tu parlais de James Franco ?

Teobaldo : Oui, est-ce que tu as vu Spring Breakers ? Est-ce que tu t’identifies au personnage ?

Sidisid : Est-ce que je peux répondre juste avec un mouvement de doigt ?

Teobaldo : On fera un montage, on dira que c’était pour Rohff.

Spleenter : Du coup, tu dois pas aimer Riff Raff non plus ?

Sidisid : (rires) … mais pourquoi ? Ca n’a rien à voir.

Boromir_Facepalm

Spleenter : Le personnage de James Franco lui ressemble. Nan mais plus sérieusement, t’aimes bien son délire ? Le fait qu’il soit autant …

Sidisid : … drogué ?

Spleenter : (rires) Nan, surtout le fait qu’il soit autant à fond sur son image.

Sidisid : Ouai, bah en fait Riff Raff, c’est Swaggman. On serait aux Etats-Unis, Swaggman ce serait une star ! Il sait pas rapper, mais je peux te trouver des dizaines de mecs qui vendent des singles aux US et qui savent pas rapper. Souljah Boy, c’est quoi ? Il sait toujours pas rapper. La différence, c’est qu’il a eu Mr. Collipark derrière lui. Si en France, un gros producteur décide de s’occuper de Swaggman … Sauf qu’en France, y’a pas de gros producteur.

Spleenter : Y’a DJ Kore.

Teobaldo : Nan mais pas gros sur la balance.

Spleenter : Il a quand même inventé le reggaeton français. C’est lui le Rai’n’B !

Genono : Bon, maintenant qu’on a bien rigolé, tout ça, on peut parler de Fauve ? Qu’est ce que c’est que cette légende, comme quoi tu aurais écrit pour eux ?

Sidisid : A votre avis, je l’ai fait ou pas ?

Spleenter : Ca me paraitrait un peu bizarre …

Sidisid : Nan mais le pire, c’est que si ça se trouve, on sait tous qui c’est. C’est peut-être même un pote à nous. Si ca se trouve, Fauve, c’est Hype !

Genono : Ca, c’est un bon titre d’interview : « Fauve, c’est Hype »

sidisid interview

Sidisid : Nan mais j’ai rien dit de méchant !

Teobaldo : Là, on a rien dit du tout, t’es parti tout seul.

Sidisid : Nan mais c’est pour prendre le truc à l’opposée … Selon moi, ça n’existe même pas, Fauve. Et je dis que j’aurais pu écrire pour eux parce que … leurs textes, c’est ce que t’écris quand t’es aux chiottes. C’est absurde, y’a aucune rythmique, y’a rien. Ce qui est chiant, quand t’écris un couplet, c’est qu’il faut que ça sonne bien, que ça rebondisse. Si c’est juste écrire des couplets, y’a rien de compliqué, je peux t’en écrire 1000. Mais il faut une rythmique ! En plus, si c’est pour parler de ta dépression parce que ta meuf est partie, mais que t’es à moitié pédé, et que t’as une mobylette … je pourrais te faire des freestyles de fou !

Teobaldo : A propos de Hype, sur le remix de Une balle dans la tête, y’a une instru différente pour chaque couplet … chacun a choisi le morceau qu’il voulait ?

Sidisid : Nan, c’est nous qui avons choisi.

Teobaldo : Ah, donc c’est toi qui as dit à Jack Many « toi t’auras Sippin on Syrup » …

Sidisid : Ouai, et puis il faisait référence dans son couplet. Mais on lui a même pas dit. Je leur avais juste demandé de rapper sur la boucle de l’originale, mais par contre je les avais prévenus qu’on allait massacrer le truc. On voulait faire un truc un peu à la Grand Banditisme Paris, un truc qui part dans tous les sens.

Teobaldo : Dans Marc Jacobs, y’a une phase que j’ai pas compris …

Sidisid : Y’en a tellement, moi-même y’en a certaines que je comprends pas.

Teobaldo : Ouai mais moi je suis plus intelligent que toi.

Sidisid :

Teobaldo : Par contre celle-là, je comprends vraiment pas : « Allez l’OM ou Alléluia, c’est la même merde »

Sidisid : C’est pour dire que je m’en fous de la religion, et que je m’en fous du foot. Je crois pas en Dieu, et je regarde pas le foot, tout simplement.

Teobaldo : Tu crois pas en Zidane non plus ?

Sidisid : Seulement dans les arrêts de jeu.

Genono : La tape « Bullet Time », qui est disponible sur les internets, c’est un truc à vous, ou c’est l’œuvre d’un fan ?

Sidisid : Je sais pas … c’est un bootleg ?

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Bullet Time by Rossim on Mixcloud

Genono : Ouai, un mec qui a récupéré des sons à droite-à gauche, y’a de bons trucs dessus.

Sidisid : Franchement je sais pas, je l’ai jamais écouté. En tout cas ce qui est sûr, c’est qu’on est pas derrière ça.

Genono : T’as pas touché d’oseille dessus quoi.

Sidisid : (rires) Nan, je crois que je le saurais !

Teobaldo : Au niveau des feats, c’est très disparate. Y’a des mecs que t’aurais aimé avoir en feat, et que t’as pas pu avoir ?

Sidisid : Aux US, oui, y’en a plein, parce que c’est pas forcément très accessible. Mais en France … je pense qu’on va bientôt avoir fait le tour des gens avec qui on a envie de travailler. En dehors du rap, si on parle de vraie musique, j’aurais bien aimé faire un morceau avec Souchon. Mais dans le rap, en France …

Genono : Justement, tu disais avoir fait pas mal de morceaux avec Alkpote, c’est des trucs qu’on pourra entendre sur les prochains projets, ou c’est destiné à mourir au fond d’un disque dur sans jamais voir le jour ?

Sidisid : Je sais pas, je suis pas sûr que ça sorte … Après, Alk c’est un mystère. Il voulait une avance, moi je préférais sortir des trucs gratuitement, un peu à l’américaine.

Genono : Du coup, Ténébreuse Musique c’était censé devenir quelque chose ?

Sidisid : Pas vraiment, c’est nous quoi, c’est notre truc, on avait commencé pas mal de choses. Y’avait notamment un track avec Katana, LMC, La Comera … Le morceau doit dormir quelque part, je sais même pas qui l’a. Et puis, je peux pas dire « je prends le morceau, je le sors », alors que je connais pas spécialement les mecs de La Comera, et qu’ils n’ont pas forcément envie de se retrouver sur un projet qui n’est pas celui d’Alk. Mais on aurait aimé que ça fonctionne, je pense qu’il y avait de la demande, la combinaison était cool. J’aurais pu être le Alk blanc ! (rires)

Teobaldo : Plus que le Booba blanc, oui c’est sûr.

Sidisid : Mais l’entente s’est faite assez facilement, parce que j’étais un peu sa caution « conneries », dans le sens où il hésitait parfois à écrire des trucs, et moi je le poussais en lui disant « vas-y, plus c’est con, mieux c’est ». Alk, il est quand même vachement hardcore. Moi, je suis pas hardcore … je dis des trucs bizarres, mais lui, il part vraiment dans des trucs dégueu.

Teobaldo : « J’vais te fister le cul avec le museau d’un labrador … »

Sidisid : L’histoire autour de ça … A l’époque, y’avait des vidéos de cul qui tournaient dans leur bloc … et Alk aimait bien les trucs un peu bizarres quoi (rires). Ils avaient tous des vidéos un peu bizarres, et donc y’avait une vidéo, comme ça, avec du fist-fucking avec des museaux de labradors. Et Alk, il te raconte ça genre « trop bien, fist-fucking avec un museau de labrador ! » … et toi t’es là, tu te dis « mais c’est vraiment débile, putain » (rires). Je crois qu’il y avait aussi des trucs avec des têtes de chats rentrées en entier … des chats vivants, hein !

alkpote noisey

Genono : Y’a un vieux morceau à toi, époque « Ok cool », qui s’appelle « Souvenirs », que personnellement j’aime beaucoup, qui est autotuné du début à la fin. C’est quelque chose que t’as jamais refait par la suite, pourquoi ?

Sidisid : Bah … je sais pas trop.

Genono : Ca te parle plus ?

Sidisid : Si … je crois que l’autotune a eu deux vies, en fait. Y’a eu la période T-Pain, et y’a maintenant, où c’est utilisé différemment, et où les cailleras s’en servent pour dire des trucs hardcores. Avant, c’était quand même plus gai.

Spleenter : Dans « Titanic », tu dis « j’ai l’air de rien, tu t’attendais pas à ça », et à un moment, sur twitter, tu nous avais dit « c’est marrant, je pensais que vous détestiez ma musique ». Est-ce que tu peux développer un peu ? T’as des complexes ?

Sidisid : Nan, mais je pensais juste que ça vous intéressait pas.

Spleenter : Mais alors, en gros, tu vois comment ton public ?

Sidisid : Je sais pas … je me rends pas trop compte en fait.

Teobaldo : Mais t’as pas fait des scènes dernièrement ? Tu vois pas les gens qui sont dans la salle ?

Sidisid : Bah, pas spécialement en fait. Faire des scènes, ok, mais je me vois pas sur un plateau avec Joke et je ne sais qui. C’est soit tu fais du boum-bap à la con, dans un espèce de crew géant avec 100 groupes, donc pas moi, soit t’es un gros, avec une grosse exposition, et tu fais des gros trucs, donc pas moi non plus. On est au milieu de ça, c’est un peu galère.

Spleenter : Tu disais aussi que « châtiment » et « une chatte qui ment », c’était une bête de rime … c’est quoi, le style de rime qui te plait ?

Sidisid : J’ai vraiment dit ça ? (réellement surpris) J’aime bien les rimes hyper compliquées, ou alors les rimes hyper faciles. Les multi, j’en fais de moins en moins, parce que depuis Rap Contenders ça s’est vraiment démocratisé, et maintenant tout le monde en fait.

Teobaldo : Le problème des multi, c’est que c’est trop souvent forcé. Sir Doums, Dany Dan dans une certaine mesure, le faisaient bien. Regarde Akhenaton, dès qu’il commence à le faire, tu sens que c’est hyper forcé. Du coup, ce que tu gagnes en technique, tu le perds en flow. C’est pour ça qu’aujourd’hui je préfère écouter des mecs qui ne font plus du tout de multi. Quand j’écoute Juicy P par exemple, je sais jamais comment ça va retomber. Il serpente, et bim, la rime arrive au moment où tu t’y attends le moins. Là, au moins, t’es surpris, il t’a envoyé un truc.

Sidisid : Mon style est un peu plus bordélique. Alk, par exemple, il peut garder un flow sur un couplet entier. Moi, il faut que ça change, même quand je me dis qu’il faut que je garde un même flow sur tout un couplet, je n’y arrive pas. J’essaye, je me dis que ça peut être marrant de reprendre le même gimmick sur tout un morceau, mais j’y arrive pas. Je crois que je m’ennuie. Le problème en France, c’est qu’un mec qui fait de la multi, on va te dire « ouah, il est trop fort » … mais non ! Une fois que t’as trouvé ton truc, t’as plus rien à faire. Juste, tu comptes tes syllabes, et tu remplis avec des mots. Rien d’autre !

Teobaldo : Ce que je comprends pas, c’est que ça existe depuis plus de dix piges. La Caution faisait ça, mais ils avaient le flow qui allait avec ! Salif, pareil ! Et aujourd’hui, on dirait qu’ils découvrent un truc révolutionnaire.

Sidisid : Je sais pas, après c’est comme nous avec la Three Six … est-ce que c’est pas un peu le même chemin ? En vérité, je me pose pas trop la question, j’écoute pas ces gens-là, vous non plus d’ailleurs. A part Genono, peut-être (rires).

Genono : Moi j’écoute que Canardo, laissez-moi tranquille.

Teobaldo : Canardo, je kiffe pas, mais au moins il a son truc. J’ai pas l’impression d’avoir déjà entendu cinquante mecs rapper comme lui.

Sidisid : Ouai Canardo encore, je peux comprendre. Canardo, c’est Stromaë, c’est la même chose. C’est des mecs qui ont une ouverture, qui découvrent un peu la pop, le pognon, mais qui continuent à te parler de shit. Enfin, ils n’ont rien inventé non plus … qui peut dire qu’il a inventé quelque chose, dans la musique ? Enfin, je vous apprends rien. Le dernier à avoir réellement innové, c’est Mala. A quel moment il s’est dit « je vais faire un album complet avec que des samples de transe et de l’autotune » ?

Teobaldo : C’est là que tu vois qu’il avait de l’avance. Il l’a fait cinq ans avant les américains … pas qu’il les ait influencé, parce que personne là-bas n’a jamais entendu parler de lui, mais il a quand même eu l’idée avant eux.

Sidisid : Mala … on devrait faire un truc avec lui, mais j’en dis pas plus pour le moment.

Spleenter : Et Kaaris ?

Sidisid : J’aime beaucoup Kaaris, donc oui, ça me plairait, mais ça me semble plus difficile à choper.

sidi kaaris

Spleenter : Est-ce que tu penses qu’il est le Sidisid noir ?

Sidisid : (rires)

Teobaldo : T’as pas trop de mal à t’adapter aux ambiances sombres, un peu noires, t’as jamais essayé avec Escobar Macson ? (Butter Bullets et Escobar Macson partagent le même manager)

Sidisid : Je pense que ça se fera. Après, même si on se connait de loin, on est pas non plus très proches.

Teobaldo : Je pense qu’une connexion de vous deux, avec vos univers très différents, il peut se passer un truc. Ce sera pas une chanson d’amour, c’est sûr, mais ça peut donner un truc vraiment intéressant. Quoique, une chanson d’amour par Escobar Macson, je paierais cher pour entendre ça.

Genono : C’est possible, sauf que l’histoire se termine par une amputation.

Spleenter : Bon, on va passer au quizz. Vous avez encore des questions ?

Genono : J’en ai une dernière, pour conclure : t’as une date pour le prochain album ?

Sidisid : On a bientôt fini. Je peux pas te donner de date, mais d’ici trois mois ça devrait être terminé (interview réalisée en septembre 2013, on est en décembre 2014 … Mesdames et messieurs : le rap français !).

Spleenter : Toujours que Dela à la prod ?

Sidisid : C’est jamais uniquement Dela en fait. Disons que c’est lui à … 75%. Pour le reste, ce sera pareil que sur Peplum, on sort pas trop des gens avec qui on aime bosser : Droop-E, Young L, Glyph, Hits Alive. On en a une de YH, l’ancienne protégée de Camron.

Spleenter : Et les feats ?

Sidisid : Y’aura toujours des feats, j’aime bien inviter des gens. Déjà, y’aura toujours des cainri.

Teobaldo : Et les français, tu nous disais que t’avais fait le tour …

Sidisid : Nan, y’en a encore quelques-uns, mais pas forcément accessibles.

Teobaldo : On te l’avait dit, que La Fouine ne voudrait pas venir sur ton album.

Sidisid : Franchement, c’est un des rares que je refuserais. Faut vraiment être une merde pour faire des singles avec La Fouine, et vendre 4000 disques ! Si demain je dois faire un morceau avec La Fouine, je te promets que je vendrai pas 4000 disques. T’as un Planète Rap, et tout … putain, t’es vraiment une merde. On s’en fout que La Fouine fasse de la merde, t’as vu l’exposition qu’il a ? Même si je viens de te dire que je le ferais pas, si tu le fais … mais tu vends pas 4000 disques, putain !

Spleenter : Nan, 3900.

Teobaldo : C’était ça, La Force du Nombre. Ce nombre, c’était 3900.

Spleenter : Du coup, pour revenir sur les feats, tu peux nous donner au moins un nom de cainri et un nom de français ?

Sidisid : Le ricain, je peux pas, parce qu’il y en a qu’un. Je garde la surprise. En français, je vais vous en donner un. Qui c’est qui pourrait vous faire plaisir …

Genono : Canardo ?

Sidisid : Nan, un qui fera plaisir à vous trois … Lalcko.

(soulèvement populaire suite à cette annonce, le peuple est heureux et entrevoit enfin l’espoir de jours meilleurs)

Lalcko, c’était facile, parce que c’est le pote d’un pote … Et puis il a toujours dit du bien de moi, tout le temps. Après, c’est pas facile de le capter, parce qu’il est dans les affaires, il est une semaine en Chine, un mois au Cameroun, deux jours à New-York … Généralement, les mecs m’aiment bien, dans le rap. Sauf les blancs ! C’est bizarre, parce que tous les mecs avec qui je suis pote dans le rap, c’est des non-blancs.

Teobaldo : Et Seno ?

Sidisid : Ouai, mais Seno c’est une autre génération. J’ai écouté Les Sales Blancs pendant des années.

Teobaldo : Même Hyacinthe et Krampf, tu les connais pas spécialement ?

Spleenter : Ah oui, tu les méprises, eux !

Sidisid : (rires) Tu pourrais dire ça plus subtilement, putain ! Nan, mais c’est pas vrai.

Teobaldo : J’ai découvert le S-Crew récemment, je savais pas ce que c’était … En fait, c’est 1995, mais en pire.

Genono : Et malgré ça, ils ont vendu plus que Fababy en première semaine.

Teobaldo : J’ai une dernière question avant de passer au quizz de Spleenter : toi qui semble plutôt ouvert dans tes thèmes et dans ta musique, t’as pas envie de rapper avec une meuf ?

Sidisid : Bah … y’en a pas !

Teobaldo : Mais si t’en trouvais une, tu serais pas fermé ?

Sidisid : Nan, pas du tout … c’est juste que j’en vois aucune.

Spleenter : Y’a Shay, en plus elle est connectée avec Kevin El Amrani, ça facilite les échanges.

Sidisid : Je sais pas … Ca me parle pas trop. Je préférerais que ça soit un peu plus crade (rires).

Spleenter : Si tu cherches du crade, y’a Liza Monet.

Sidisid : Ouai … dans le principe, je trouve ça cool. C’est un peu Roll-K. C’était vachement bien, Roll-K.

Teobaldo : Mais Roll-K, elle rappait, tu sentais qu’elle aimait rapper. Aujourd’hui, les meufs qui font ça, y’a un côté « ouai, je suis comme ça, t’as quelque chose à dire, fils de pute ? »

Sidisid : Ouai, un côté un peu féministe …

Teobaldo : Femen, même !

Sidisid : Mais Roll-K, tu pouvais que kiffer, avec l’environnement qu’il y avait autour … Tout Simplement Noir, etc. C’est comme quand LIM ramenait des meufs sur ses mixtapes … c’était extraordinaire. Les chansons de LIM avec des meufs au refrain, c’est mes chansons préférées, c’est tellement irréel. Donc ouai, faire un feat avec une meuf … je sais pas.

Genono : Et avec un rappeur homosexuel ?

Sidisid : Ca va être compliqué, j’en connais pas un seul qui soit hétéro (rires). Non mais sérieusement, en France, je vois pas un rappeur déclarer qu’il est homosexuel. Après, s’il est blanc et homosexuel, ça peut être un bon moyen de percer … percer, y’a un jeu de mot, t’as compris ?

Teobaldo, Spleenter et Genono :

Sidisid : Bon, on coupera au montage.

FIN

Les #CaptchaAwards2014 : le pire du rap français en 2014

Bienvenue aux #CaptchaAwards2014. Ici, pas de Nikos Aliagas, pas de Shym en petite tenue, mais des super montages faits sur Paint, et des jeux de mots à faire honte à Laurent Ruquier.

Bon, autant prévenir tout de suite : ça ressemble à rien, mais j’allais pas passer trois jours à essayer de mettre le truc en forme. Du coup, les vidéos ne sont pas intégrées, donc quand tu veux en voir une, faut cliquer sur l’image pour qu’elle s’ouvre dans un nouvel onglet. C’est laborieux mais frère la vie c’est paro.

C’est parti (par contre comme c’est de la merde, faut attendre que le diaporama se charge, y’en a pour 5 bonnes minutes si t’as une bonne connexion. Si t’es en edge ou en yahoo 56k, rebrousse chemin et retourne dans ton 77) :

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CAPTCHAAWARDS

 

Interview : David Gourmette et Moïse the Dude (vidéo complète)

Questions : Teobaldo et Genono (et un peu Spleenter aussi, mais vite èf)
Vidéo : Mehdi MK
Réponses : Fuzati et Moïse the Dude

Soyez prévenus : c’est l’interview la plus mongole depuis Bill Clinton face à Dan Rather en 1998. Y’a beaucoup de questions très cons, mais au moins on a bien rigolé. Et personne ne nous enlèvera ça. Pas même les juifs.
Car il est question de juifs dans cette interview. Mais aussi de la factrice de David Gourmette. Et aussi de sa gourmette.
Bref, ça donne pas envie, mais si vous ne cliquez pas pour vous, cliquez pour la science.

PARTIE 1 :


PARTIE 2 :

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SD : vie sauvage et bénédiction.

sd
Cliquez pour télécharger Life Of A Savage Anthology.

Après 3 mixtapes, SD vient de sortir son « debut album » : Truly Blessed. Si on laissera les hautes entités religieuses décider de sa bénédiction, nous pouvons affirmer que du haut de ses 20 ans, Sadiki Thirston est un travailleur assoiffé…(technique celle la). Au bon endroit au bon moment ? Il y a un peu de ça. Même si parmi tous les jeunes pirates qui se sont engouffrés dans le sillage de Chief Keef, il ne faisait pas forcement parti des favoris. Avant lui, internet a découvert Lil Reese et Fredo Santana. Pourtant il était là depuis le début, avant que tout cela n’explose aux yeux du monde. Naître dans les quartiers sud de Chicago ne semblait pas être synonyme d’une grande destinée. Cela se ressent dans tous les projets rap qui émanent du groupuscule GBE et globalement des autres jeunes artistes de la ville. Chicago mérite son patronyme presque morbide de Chiraq, et c’est donc dans cette vie de sauvage que SD a grandi. Pourtant, les endroits les plus dangereux peuvent parfois être un terreau idéal. SD apparaît dans le clip de I Don’t Like (la chanson qui a remis Chicago sur la carte du rap) et à cette époque dans à peu près tous les clips de Sosa et consort. Si on peut être certain d’une chose, c’est que tous ces loyaux soldats étaient vraiment potes et qu’il le sont toujours aujourd’hui, même si chacun trace sa propre route. Que de chemin parcouru depuis Global Now. Ce jeune poulain n’a cessé de progresser, dans l’ombre, travaillant sans relâche. Il a toujours été bien entouré, sur sa première mixtape, figure Chief Keef, Fredo, King Louie et des producteurs renommés aujourd’hui: Young Chop et C-Sick en tête. Cette trilogie de mixtape est fondamentale dans la construction de SD en tant qu’artiste : une sorte de genèse, d’apprentissage décomplexé. Après son premier baptême, il expérimente avec brio l’autotune sur Life Of A Savage 2 : outil qu’il utilisera habilement chaque fois qu’il voudra parler des femmes dans un morceau et les exemples ne manquent pas. C’est aussi dans cette mixtape qu’il effectue un rapprochement passager avec les kits 808, très en vogue à cette époque. Sur Life Of A Savage 3, il collabore sur quelques titres avec des artistes que ne viennent pas de la drill city, signe de la nouvelle reconnaissance dont-il commence à  jouir. Avec un RiFF RAFF qui marche sur l’eau (l’excellente Overdose) et avec Danny Brown sur le remix de New World Order. Mieux que des grandes phrases, vous pouvez télécharger Life Of A Savage Anthology : une compilation réunissant les meilleurs des trois mixtapes, avec quelques autres titres en bonus, le tout sélectionné avec la plus grande attention par mes soins.

 

La bénédiction.

Si un album est souvent considéré comme une première naissance, pour son premier rejeton SD a décidé d’enfiler les gants et de tout faire tout seul. Comprenez par là : aucun featuring, chose assez rare pour être soulignée. Plus surprenant, aucun crédit de Young Chop ou de C-Sick aux rangs des producteurs. Le seul nom prestigieux est celui de ce bon Sonny Digital, mais ce manque d’invités de marque  n’obscurcit en rien le tableau général. Après le premier leak  (la puissante Loyalty) c’est avec curiosité que j’ai posé mes oreilles sur ce projet sorti dans le courant du mois. Alors cet album est-il le touchdown tant attendu ? De mon point de vue oui. Il est comme l’aboutissement de tout ce que SD a de meilleur à offrir, et fera une parfaite carte de visite pour les curieux. On retrouve les mêmes recettes qu’auparavant. Des chansons violentes, aux sonorités trap : Confident, Movies (#bloddymurda) et Daily estampillé #MotivationTrack. Une chanson festive (Private Party) et les habituelles chansons autotunées : Styles (envoyez-la à votre bien aimée)  No Worries et l’indispensable Gossip. Clockwork est aussi une bonne surprise, et l’entêtante D.R.U.G.S. L’énigme réside dans le titre Circles que SD a décidé de mettre en avant. Une chanson un peu particulière quand on connait son répertoire, qui fait pourtant bon effet dans ma paroisse et a semble t-il été parachutée single de l’album. Le clip magnifique ajoutera encore de l’eau au moulin à cette étrange prod, à la fois bruyante et mélodieuse.

En espérant que cet album marque un nouveau départ pour SD, et que les ventes soient au rendez vous. Je remercie encore @Rcau (le plus gros fan de SD après moi) de m’avoir gracieusement envoyé ce Truly Blessed que vous pouvez trouver facilement sur iTunes. Si vous voulez écouter ce projet gratuitement, il est disponible en streaming via le player Soundcloud en dessous. Bonne écoute. En bonus, j’ai glissé l’énorme track éléctro qu’il a fait avec Brodinski.

 

 

[BONUS] [EDIT] Le clip de Brodinski est dehors et il est magnifique. SD a sorti un nouveau son (déjà) No Hard Fellings (prod Chop) , petites ogive qui aurait amplement méritée sa place dans l’album.

 

 

7 Bonnes raisons d’écouter le nouvel EP de Bassirou

Le 14 Octobre est sorti sur toutes les plates formes de téléchargements légales l’EP de Bassirou : « DEF JAM VOL 2 ». Je l’ai découvert cette semaine seulement, car à mon grand étonnement cela a été peu relayé sur ma TL (on ne me dit jamais rien).

bassirou 1

Pour réparer cette anomalie, je me dévoue donc à vous donner 7 bonnes raisons d’écouter cet EP et attendre patiemment son album. 7 comme les boules de cristal, les samouraïs, les mercenaires mais surtout comme le nombre de Tracks dans l’EP.
Les prods  
Les 7 morceaux de l’EP, 5 sont produits par l’excellent beatmaker belge : RedrumMusic. Les autres titres ne sont pas identifiés (j’attends que Def Jam m’envoie une version physique pour avoir l’info sur le livret), forcément le projet gagne en cohérence. Des prods qui sont à la fois hypnotiques et se prêtent parfaitement au timbre de voix du rappeur. Pour ceux qui ne connaissent pas ce beatmaker que je trouve parmi les meilleurs sur les dernières années, je vous mets mon top 3 de ses meilleurs prods: Dosseh : Igo Zekwe Ramos, Al Kpote :  Le machin Dosseh Feat Sofiane : Survet et Costard
L’écriture
Ce qui m’a plu dans cet EP c’est aussi la qualité de l’écriture. Parce qu’il faut l’admettre ; un rappeur qui cherche à empiler des « punchlines » sans aucune cohérence ça va 5 minutes (Fababy si tu nous lis…).  Faire écouter ce projet aux puristes de merde qui ne jurent que par 1995, Oxmo ou IAM sera salutaire. Une écriture qui se veut à la fois proche de la chanson et du rap plus hardcore (ce n’est pas moi qui le dit c’est lui). Un autre fait notable dans son écriture, c’est sa capacité à balancer des phrases  entendues milles fois avant de les démystifier avec un pragmatisme froid : « A part dieu qui peut nous juger ? / Leur justice et le proc » « J’aurai pu avoir la vie en rose / je l’ai choisie noire mat » « ces rappeurs sont nazes, ne disent rien / mais je les connais tous, donc je les clash pas »
Des bonnes collaborations  
Bon en fait je triche un peu y a un seul feat dans ce projet et c’est avec Dosseh. Ça tombe bien c’est un des meilleurs sons de 2014. Si tu viens souvent sur le site tu as pu comprendre que j’aimais beaucoup ce rappeur, si t’es retardataire va donc faire un tour ici. Mais c’est l’occasion aussi de refaire une promo sur :

Ma mixtape (super mal mixée mais on s’en branle le son est bon)
– Le très bon film Karma (disponible gratuitement sur youtube maintenant).
– Et le très bon morceau Corée du Nord issu de la bande son du film qui m’a permis de découvrir Bassirou.

Un tracklisting sans acronyme
Fait suffisamment rare pour le signaler, lorsqu’on lit le tracklisting du projet on ne voit aucun acronyme. Aucun MDR, RTC, LOL, XPTDR, NTM etc… Peut-être que c’est pour ça que je découvre ce projet 1 mois après sa sortie… Je rappelle un plan média réussi en 2014 dans le rap Français :

– Ouvrir un compte Instagram
– Mettre un visuel avec une date de sortie et un acronyme
– Travailler ses hashtags à base de #le18/11à18h #jeviensplierlegame #vousnetespaspret #sitasdelamonnaierameneunebaguette
– Sortir le projet et harceler Twitter une journée avec le « titre » du morceau

Traduction de la tracklist pour les non-initiés : 1/ JG 2/T 3/O 4/LS 5/MNW 6/ BEA 7/HDSATJ
Traduction de la tracklist pour les non-initiés : 1/ JG 2/T 3/O 4/LS 5/MNW 6/ BEA 7/HDSATJ

Il vient du 92  
Département reconnu pour le trafic de stup ! Tu veux de la qualité ? Quitter la réalité ? HAUT DE SEINE ! HAUT DE SEINE ! HAUT DE SEINE ! Plus sérieusement la liste des très bons rappeurs issus de ce département est suffisamment longue pour avoir un œil attentif sur les nouvelles sorties du 92 :

Booba et Ali
Lim
Salif
Kozi
Malekal Morte
Nessbeal
Fofo44
Sir Doums
Les sages po
Bass Click
La zermi du 9-2
Patrick Balkany

Lui-même d’ailleurs le revendique dans Jeune Gun et semble prêt à assumer l’héritage du département dès l’intro de l’EP.  Pour ses progrès  Ouais parce que bon t’as beau changer de noms, de femmes, ne plus faire de feat avec Booba on t’a grillé T.P !!! Et y a pas à dire qualitativement ton style a énormément progressé donc vas-y lâche toi et sors nous un album frais.

Si tu arrives à distinguer le rappeur du basketteur la rédaction t’enverra un album dédicacé de Canardo
Si tu arrives à distinguer le rappeur du basketteur la rédaction t’enverra un album dédicacé de Canardo

Si tu arrives à distinguer le rappeur du basketteur la rédaction t’enverra un album dédicacé de Canardo
Avant que ce soit mieux avant  
Parce que le rap est une musique qui est frappé par deux fléaux majeurs. Le premier, la quasi volonté de trouver tout « mieux avant ». C’est sûrement, lié à une espèce de nostalgie qui fait qu’on aime bien toujours le bon vieux temps. Donc forcément on parle du rap des années 1990 comme si on n’a jamais rien fait de bon depuis cette époque. Mais ce cancer est à un stade encore plus généralisé car maintenant on arrive à être nostalgique avec des rappeurs qui n’ont même pas sorti un album en Major. Le deuxième fléau qu’il faudrait rajouter au premier c’est cette volonté à aimer un artiste quand il est encore confidentiel. Parce que quand il aura un tout petit peu de succès, il deviendra « mainstream » et une horde de puants viendra te faire chier pour te dire que t’es pas un vrai et qu’il était mieux en 2003 quand personne ne le connaissait. Et ça c’est dans le meilleur des cas, sinon on te dira que c’est un illuminati sataniste qui veut te manipuler avec de la musique. Alors avant qu’on te casse les couilles quand tu mettras Bassirou dans ta caisse dans un futur plus ou moins proche, autant en profiter avant que la peste ne s’abatte.

A 13 : ‘Swangin purple sur bitume jurassien’

a13Pas besoin d’être originaire de Houston pour faire luire les chromes, garnir de musique son coffre et ralentir les beats. Arnaud Demougeot alias A 13 est un des plus parfaits exemples. Il fait parti de la petite caste hexagonale obnubilée par le choppin’ US sudiste qu’on aime parfois accoupler avec la rime gauloise. C’est au cœur de son Jura natal que notre jeune homme exécute d’une main experte ses ‘Purple Mixes’, influence diffuse transformée en hommage conscient aux maîtres texans du ‘chopped & screwed’. Devenu ingrédient alpha de générations entières d’auditeurs, de rappeurs et producteurs, le mode screw s’invite ici dans un climat de sérénité country au pays de la pipe et des diamantaires de Saint-Claude.

Ci-joint l’interview d’A 13 sur fond inflammable, non pas du hood, mais des sèches prairies battues par le vent étouffant d’une journée d’automne.

dsk

1/ D’où vient ce blaze A13 ? Tu es né à proximité de la nationale ?

(rires) Non pas de rapport avec l’autoroute, si j’avais choisi un nom d’autoroute j’aurai pris A39, celle là est près d’où j’ai grandi et avec le numéro de mon département (Jura), je ne sais même pas si l’A13 existe …

En ce qui concerne mon blaze, c’est une évolution par rapport à mon précédent nom de scène. Je me faisais appeler « 13 ans » quand je rappais avec Lil’2004. C’est psychanalytique, ça vient d’un blocage que j’ai fait à cet âge là. En fait, je suis resté bloqué sur le truc pendant pas mal de temps !

Ensuite, ce nom ne me correspondait plus, mais j’ai conservé le 13 et le A. Pour moi, c’est important d’avoir des chiffres et des lettres dans un blaze hip hop, ne serait-ce que pour faire une phase avec l’émission télé ! Le chiffre, c’est surtout pour faire comme les grands (Andre 3000, 2 Pac, E 40 …) en y ajoutant une lettre pour faire encore et toujours comme les grands (A Wax, Bun B, Pimp C …).
Pour en revenir aux autoroutes, j’aime vraiment ce qu’a réalisé Kraftwerk jadis, surtout cet album qui s’appelle Autobhan (autoroute en allemand), peut être qu’inconsciemment ça a eu une influence.

autoroute

2/ Ta ville de résidence ?

Je vis à mi-temps sur 2 villes : Lyon et Annecy, une ville pour le travail et une pour la vraie vie.

3/ Les premiers attouchements avec le genre screw datent de quand?

Le tout premier doit dater de 2005 avec l’album Bâtards Sensibles de TTC qui avait été Screwdé par DJ Raze. A l’époque je pensais qu’il y avait un problème au niveau du son, je ne comprenais pas du tout ce genre de musique .

J’ai vraiment commencé à comprendre et à apprécier en 2006 quand un ami m’a fait écouter Mike Jones et Three Six Mafia. On swangait dessus en allant à la plage … J’ai usé jusqu’à la corde les mp3 du Who is Mike Jones en double album avec la version S&C.

Avant 2004/2005 je n’écoutais quasiment pas de rap, j’écoutais de la musique à base de guitare et de gens habillés en noir, mais déjà dans ce que j’écoutais j’étais pas mal attiré par la musique lente, notamment par le DOOM. Bref, certaines personnes se sont rendu compte qu’écouter Black Sabbath en cassette sur un walkman avec des piles un peu consumées, c’était un vrai bon trip ! Du coup, ils se sont mis à jouer de la musique très lente, je pense entre autres à un groupe comme Monarch! par exemple.

4/ Rappeur et producteur favoris ? Au hasard : Mike Jones ?

Mike Jones était un génie, et le retour qu’il essaye d’opérer (ou non, je ne connais pas ses ambitions) me fait presque de la peine. Bref, ses nouveaux sons sur son soundcloud ne me font ni chaud ni froid. J’ai commandé The American Dream de Mike Jones, avec le DVD, ce film ou il joue sa vie… J’suis curieux de savoir si quelqu’un d’autre a vu le film car je n’en ai plus aucun souvenir à part qu’il est vendeur dans un bouiboui de poulet frit qui s’appelle Frenchie …

En ce moment j’écoute essentiellement 3 rappeurs : Kevin Gates, A wax et Young Dolph. Il faut que je me penche un peu plus sur le cas Beat King, lequel pourrait vite faire partie des 2 catégories évoquées. Je n’ai pas encore eu le temps d’écouter la tape de King avec Gangsta Boo, mais je sais déjà que ça va me plaire.

Je ne retiens pas le nom des producteurs (honte à moi) mais les producteurs qui sont derrière Slim Thug font un taf qui me plait beaucoup, DJ Mr Rogers et les autres … DJ Burn One, lui aussi me régale.

En ce qui concerne les producteurs français, je ne peux pas ne pas parler de Monsieur Dela. J’étais en cours avec lui à cette époque où je n’écoutais pas du tout de rap, alors que lui s’apprêtait à sortir le premier projet de Butter Bullets. Ça a été une rencontre très importante. Il était tellement différent de tous les gens que je connaissais. Ce gars avait un site internet avec des images de ‘spinners’ (jantes chromées). Il me parlait des dents en or et de tout l’attirail rutilant qui va avec, je ne comprenais pas grand chose mais je découvrais un nouveau monde que je comprends infiniment mieux maintenant.

En France toujours il y a Frencizzle, qui a commencé à bosser avec Lil’2004, et qui actuellement produit pour Chief Keef. En Belgique, il y a le notoire Dave Luxe.

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5/ Avec quel quidam désirerais-tu bosser en tant que collaboration/production ?

Je ne me pose pas de questions à ce sujet, je fais vraiment ça pour le kif. Je ne me projette pas. Je fais ça au coup par coup, si je bloque sur un titre et que je pense qu’il peut bien rendre en mode Screw, je m’y mets sur le champ.

S’il y a une coopération qui s’est bien déroulée, c’est celle avec Moïse The Dude. Dans mon coin, je pensais que ce serait cool de screweder un de ses sons … et il me l’a demandé juste avant que je franchisse le pas d’un MP sur twitter. J’ai bien aimé ce qu’il a fait avec le Vol.1, ça change radicalement de ce que je peux entendre en français, c’est plus habile.

J’ai ralenti quasiment tous les sons de Lil’2004 quand je suis entré dans le biz avec lui. J’étais là sur quasiment tous les enregistrements, sur toutes les scènes, pour lui c’était naturel de tout ralentir ! Il était bon, le salaud !

J’ai des remix avec une trentaine d’écoutes seulement. Comme celui de Dustin Prestige par exemple alors que pour moi il est aussi bien réalisé que celui du feat. de French Montana sur FU de Miley Cyrus qui a plus de 12000 écoutes … Je n’ai jamais rien fait de spécial pour que l’un ou l’autre aient plus d’écoutes. J’ai uniquement apprécié ces 2 titres à leur juste et même valeur, je les ai ralenti avec la même recette … Ensuite, le mystère vient du fait qu’un titre est plus tapé qu’un autre dans les moteurs de recherche.

6/ Tes références gauloises en terme de choppin’ & ralentissement ? Ocho Puccino ?

Je ne le connais pas … En Francophonie, il y a DJ Raze (il est Suisse), sinon je connaissais de nom d’1dx, mais je ne parlerai pas de référence non plus le concernant. Je n’écoute pas ce qu’ils font en particulier. J’écoute de la musique toute la journée sur mon lieu de travail, mais vu que c’est une boutique, un lieu public, il m’est impossible de balancer du Screwed & Chopped à longueur de temps. Je ne suis pas sur que ce soit très vendeur dans le coin …

scr

7/ DJ Screw ou OG Ron C ?

Pour moi c’est Michael 5000 Watts ! C’est grâce à lui que j’ai clairement découvert le truc. L’album de Mike Jones en version S&C, oui, c’était bien lui qui était aux manettes.

Il y a peu, j’ai passé une commande chez Swishahouse afin d’acquérir la tape « Houston » de Slim Thug en S&C. Sinon, j’ai reçu le double vinyle de DJ Screw qui accompagne Houston Rap Book (de Peter Beste et Lance Scott Walker) en version « Deluxe ». En fait, je n’écoute pas spécialement de truc ‘old school’, du coup je n’écoute pas énormément DJ Screw … Autant j’écoute OG Ron C, autant j’écoute DJ SoufKak que tu m’as fait découvrir il y a quelque temps.

8/ Quel est pour toi le ‘Screw Mix’ ultime, le truc parfait, tous producteurs confondus ?

Je n’ai pas de vraie réponse à cette question, du coup je pense à Screw de grisou de Jocelyn Anglemort.

9/ Futurs projets ? Un EP ? Une fondue savoyarde ? Raconte …

J’aimerai trouver le temps de screwder le dernier album d’A wax. Je pense aussi regrouper quelques uns de mes ‘screw mix’ et en faire un ZIP à télécharger, une tape avec une couverture violette ! (rires) J’ai également trois ou quatre titres que j’aimerais bien rapper, mais il faut du temps et j’en manque cruellement.

J’ai un texte qui est une chanson d’amour naïve sur Houston, le genre d’amour prude que t’as quand t’as 8 ans et que tu es amoureux d’Indra, ben là c’est similaire sauf qu’ici c’est pour une ville … A l’instar de Fat Nick, j’en ai un autre qui parle de bouffe…

Screw Mix ‘La Liste’ :

1- Lil’2004 – 1tropscrewed

2 – Beyonce – Htown

3 – Riff Raff – I Can Tell Story

4 – Dustin Prestige – I am Legend

5 – Miley Cyrus feat French Montana – FU

6 – Moïse the Dude – The Du The Dude

7 – A Wax – 40 Dollars

 

 

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ILLUMINATI COMME DAVID ET MOISE

Le terme « Illuminati », signifiant littéralement « les Illuminés » (du latin illuminare : illuminer, connaître, savoir) désigne plusieurs groupes, contemporains ou historiques, réels, fictifs ou d’existence controversée. Des théories identifient comme conspirateurs ces groupes divers, qui désignent, dans le système qui en résulte, le noyau dur des « maîtres du monde ».

Si l’on se fit strictement à cette bien belle définition de Wikipédia, aucun doute : Gourmette la Légende et son compère The Dude a.k.a « mythic dude » a.k.a « Moïse le blanc » a.k.a « White Mo' » sont bien des représentants de la mouvance illuminati. Difficile de s’accorder sur la réalité ou non de leur existence (« sous le masque se cache la légende, le mystère » ; « bientôt légendaires, nos gueules dans un album Panini« ) : David Gourmette apparait, selon certains druides, comme l’incarnation trapiste de Seno, ex-rappeur des Sales Blancs ; le Dude, quant à lui, serait la manifestation ectoplasmique de l’esprit du Big Lebowski. Une théorie confirmée par de nombreux indices, notamment cette photo fantomantique obtenue grâce à une technologique de pointe :

 

Dernière apparition du fantôme du Dude
Dernière apparition du fantôme du Dude

Probablement invoquées par un rabbin possédé, les deux entités (« on est pires que des jnouns« ) se manifestent principalement par des flux musicaux. Venus sur terre pour rétablir l’ordre illuminati, David et Moïse allient leurs forces derrière l’emblème du hibou, un animal bien trop rare dans le rap français. D’un battement d’ailes, le rapace fait souffler un vent de beats triturés sur 7 tracks, un chiffre qui fait référence aux 7 têtes de l’Hydre, et correspond, non sans hasard, aux 7 péchés capitaux :

– La paresse : Parfaitement incarnée par la nonchalance maladive de Moise the Dude
– La gourmandise : « Devine qui vient diner »
– L’orgueil : « j’pourrais donner des cours à tous ces débiles »
– L’avarice : David est juif, faut-il le rappeler ?
– L’envie : « rien que ça rêve d’oseille, mais ça se touche le fion »
– La luxure : « Pornos sont les actrices, j’baiserais bien ma factrice, je cracherais sur sa face triste »
– La colère : « J’tire pas dans les beujs, j’mets que des balles dans la teu-té » ; « nique tamère, baise ta mère, mon insulte préférée c’est enculé de ta mère« 

masques shoot U
« Le sang est les ossements ont parlé : l’orage arrive »
Objectif de cet EP : contribuer à la mise en place du Nouvel Ordre Mondial Reptilien (« j’traine avec des reptiliens, des hybrides« ). L’origine extra-terrestre de cette mission est d’ailleurs rappelée dès la deuxième piste, avec Huitième Passager. Pour revenir à des considérations purement musicales, l’intro de ce morceau est d’ailleurs un vrai petit bijou, avec cette boucle progressivement ralentie, transformée et finalement complètement torturée. Une bonne métaphore des effets que les incantations de nos deux rappeurs vont avoir sur les cerveaux de la populace :

– phase 1 : ralentir les cerveaux au moyen de lyrics mongoles (« lap dance bar au Nibard bar #AlBundy« ) et de punchlines débiles (« Babtou, face de bidet #JacobDelafon« )

– phase 2 : modeler les hémisphères crâniens avec des rimes subliminales (« Loges, réunions, rituels de mauvais garçons« )

– phase 3 : dominer le monde en imposant de fausses idoles (« 0.9 et kalash, grigris pour prier Saint-Montana Tony« ) et des valeurs complètement farfelues (« J’aime les meufs en Cosplay« )
– éventuellement : phase 4, dite « phase bonus », « bonus stage », ou encore « Solution Finale » : « Pour les mauvais rappeurs, pesticide, Zyklon B »

Bohemian Club est dispo en digital pour la modique somme de 1 euro, sur le bandcamp de Moise the Dude.

 

http://bandcamp.com/EmbeddedPlayer/album=2613249843/size=large/bgcol=ffffff/linkcol=333333/transparent=true/

10 choses à retenir de l’album de Jason Voriz

1. Non, ce n’est pas un album de Seth Gueko

Difficile de présenter le personnage de Jason Voriz sans tomber dans d’inévitables clichés : rappeur français exilé en Thaïlande, amateur de tapins bon marché et de Jack Daniels, proche de l’écurie Neochrome, adepte de rimes salaces. Une description qui colle en tous points à celle de Seth Gueko, son alter-égo rapologique, omniprésent sur Brute Épaisse, que ce soit en tant que rappeur (3 pistes) ou en tant que réalisateur. Et comme si ça ne suffisait pas, l’autoproclamé « Professeur Punchline » est également présent sur la cover. On n’est pas face à un projet commun, mais la ligne directrice est clairement guidée par Seth. Alors forcément, avec deux univers si semblables, un tel rapprochement est logique, mais on aurait aimé voir Voriz un peu plus livré à lui-même.

2. En revanche, c’est bien un album Neochrome

L’ensemble manque donc un brin de diversité, d’autant que la quasi-totalité des prods sont signées Cody Mac Fly. Pour fuir la monotonie, on se réfugie donc dans les featurings. Hormis Seth, on n’est aucunement surpris de retrouver Alkpote et 25G, véritables piliers de l’écurie Neochrome. L’Empereur fait évidemment la différence à chaque apparition, et 25G surprend avec un style moins rentre-dedans qu’à l’accoutumée. Un peu plus surprenants, la présence sur la tracklist des noms d’Escobar Macson et Rim’K. Bien qu’on les ait déjà vu collaborer régulièrement avec Neochrome, on les imaginait mal mêler leurs univers à celui si particulier de Voriz. Pourtant, les connexions fonctionnent parfaitement, et permettent à Jason de diversifier un peu les ambiances. Plus tranchant et crapuleux avec Rim’K, plus énergique avec Escobar, on apprécie de le voir enfin quitter les bars thaïlandais et tenter autre chose.

3. Freko Ding’ !

C’est l’excellente surprise de cette tracklist : Freko Ding est toujours vivant. Et on le retrouve exactement comme on l’avait laissé, en mangeur de pierres for life, puant la rue au sens le plus strict, avec ce brin de folie dans la voix, cet instinct canin imprévisible qui dissuade toute envie de croiser le bonhomme dans une quelconque ruelle sombre. Au milieu des habituelles connexions Neochrome, on apprécie d’entendre un featuring presque improbable. Freko se fait malheureusement trop rare, et chacune de ses nouvelles apparitions est à apprécier comme il se doit.

4. Jason Voriz a vraiment une voix marrante

C’est vrai, il devrait faire des doublages de dessin-animés.

5. Il devrait aussi taper plus d’accélérations

Niveau flow, Jason Voriz n’est pas à proprement parler un génie : il pose correctement, bien sur, mais avec une petite tendance à la linéarité, ce qui, à la longue, crée une légère monotonie. Pourtant, le boug sait varier, et est notamment très bon quand il se lance des des flows à accélération. On aimerait donc l’entendre un peu plus souvent dans ce registre.

6. Les français exilés en Thaïlande sont complètement baisés

Jason Voriz nous avait déjà fait part de son amour pour les prostituées, de sa passion pour les massages avec finition, mais n’en avait visiblement pas fini avec la vulgarité grasse. Piste 3 de Brute Épaisse : « Gros seins« , et son refrain « grosse paire de seins, une grosse paire de seins, je peux tout donner si t’as une grosse paire de seins« .

7. La Fouine avait raison : avant l’enfer, y’a Pattaya

Bon, on n’a pas attendu Jason Voriz pour savoir que la Thaïlande était la résidence secondaire du Sheitan sur terre. Mais le rappeur confirme et entérine le constat : pour un européen exilé, Phuket et Pattaya ne sont que luxure, débauche et décadence. Rien d’autre à gratter. Résultat, Brute Épaisse baigne dans cette atmosphère un peu perverse, où les prostituées font cinquante kilos dont trente de silicone, et où l’alcool se consomme comme si toutes les sources d’eau potable étaient taries.

8. Voriz sait punchliner

L’influence de Seth Gueko sur Jason Voriz se ressent jusque dans l’écriture, avec cette structure faite d’une tentative de punchline par mesure. Forcément, ça ne fait pas toujours mouche, mais c’est tout de même moins forcé que chez Seth, et on note quelques phases vraiment pas piquées des hannetons (« ma bite dans la gorge t’as une pomme d’adam » ; « y’a plus de règles, comme ta mère qui a eu sa ménopause » …)

9. Si t’aimes pas Voriz, passe ton chemin

Premier long format solo réellement exposé, Brute Épaisse est un bon produit et une excellente carte de visite. Pour qui connaissait et appréciait déjà le style de Voriz, aucune surprise, aucune déception. En revanche, pour les hermétiques, nul besoin de vous attarder sur cet album : votre aversion pour le timbre rustaud du bonhomme ne sera pas guérie. Au contraire : plonger dans son univers pourrait provoquer un véritable rejet à vos esgourdes.

10. Conclusion

Brute Épaisse correspond à tout ce que l’on pouvait attendre d’un album de Jason Voriz : un bon petit produit qui confirme tout le bien, ou tout le mal, selon l’auditeur, que l’on pouvait penser du personnage. Pas d’extravagance directe, mais quelques noms ronflants en featuring viennent apporter leur petit lot de surprise. Brute Épaisse n’est pas l’album de l’année, mais mérite bien quelques écoutes.

voriz