On a pu écouter en exclu le nouvel album d’Ali, et il est excellent

Pouvoir écouter un troisième album solo d’Ali me semble miraculeux.

J’avais déjà eu beaucoup de mal à croire à la sortie du Rassemblement, il y a 5 ans. Et puis, l’album s’est finalement retrouvé dans les bacs … plus ou moins. Entre les soucis de distribution et les reports, trouver un exemplaire disponible relevait d’une véritable volonté de soutenir l’artiste et le label. Et s’approcher du millier de ventes dès la première semaine était un petit exploit, compte tenu de la taille des obstacles à franchir. A l’époque, j’ai -peut-être naïvement- cru que ce lot de 14 pistes serait sa dernière livraison. J’avais toujours une petite lueur d’espoir, mais aucune illusion : je n’imaginais pas Ali repartir pour un nouveau un marathon, et se coltiner à nouveau toutes les difficultés inhérentes à la mise en bacs d’un album -en plus de la création du contenu, évidemment-.

Chaos et Harmonie a été, pour moi, une œuvre incroyablement marquante. Il est, à mon sens, l’un des albums les plus sous-estimés de toute l’histoire du rap français. Beaucoup sont passés à côté, ou l’ont simplement traversé sans s’en imprégner. Pour ma part, il a été beaucoup plus qu’un simple CD : il m’a accompagné pendant des années, et comme un bon livre de chevet, a contribué à nourrir un long cheminement spirituel. Dans mon petit classement personnel des albums de rap français, j’irai même jusqu’à dire que Chaos et Harmonie a sa place sur le podium. C’est dire à quel point il m’a marqué.

C’est dans ce contexte que j’attendais Le Rassemblement. J’avais été déçu. Ali était toujours très bon, n’avait en rien travesti son message, mais musicalement, ça me parlait moins. J’ai aimé cet album, je l’ai beaucoup écouté, mais il ne m’a pas réellement marqué. Je n’ai pas trop su dire pourquoi. Sa couleur musicale, peut-être. Le Rassemblement était moins sombre que Chaos et Harmonie. Trop … positif. Drôle de reproche. Peut-être aussi que mon état d’esprit n’était pas le même que 5 ans plus tôt. Et puis, comme souvent, quand on place trop d’attente sur un disque, on a moins de chances d’être satisfait.

J’ai donc abordé l’écoute de Que la paix soit sur vous avec beaucoup de détachement. J’ai vu cet album comme un bonus, une nouvelle possibilité d’écouter Ali sur un long-format. Que ce soit extraordinaire ou non, peu importe. Apprécier à fond le plaisir de l’écoute, le temps que ça durera.

Y'a surement un truc à dire sur l'évolution des pochettes, les couleurs de plus en plus vives, le visage d'Ali de moins en moins fermé, etc, mais là j'ai pas le temps.
Y’a surement un truc à dire sur l’évolution des pochettes, les couleurs de plus en plus vives, le visage d’Ali de moins en moins fermé, etc, mais là j’ai pas le temps.

Si je devais tirer une conclusion hâtive, je dirais que ce troisième opus solo est, certes, un cran en-dessous de Chaos et Harmonie, mais qu’il est aussi et surtout bien meilleur que Le Rassemblement. Dans le fond, il n’y a pas énormément de différences : Ali reste Ali. Spiritualité omniprésente, gros travail lyrical, flow monocorde, prods intemporelles, et toujours ces scratchs au refrain … Si on a aimé le Ali des dix dernières années, on aimera le Ali 2015. Et vice-versa. Pourtant, on note de nombreux efforts pour se renouveler : ce flow, justement, est -par moments- moins linéaire ; musicalement, ensuite, on est parfois surpris, dans le bon sens du terme : je ne suis toujours pas remis de ces solos de guitare électrique. Car oui, je vous jure que c’est vrai : il y a des solos de guitare électrique sur cet album. Il faut l’entendre pour le croire.

Mais la grande et belle surprise de Que la paix soit sur vous, ce sont les featurings. Exs, Hifi, Le Rat Luciano. Depuis la retraite jamais annoncée de Salif, je croyais ne plus jamais entendre sur disque la voix d’Exs, un mec qui, malgré un album solo en 2007, a toujours été un membre de Nysay avant tout. Quel plaisir de l’entendre rapper encore ! Sur On ne s’oublie pas, il s’adapte forcément aux thèmes chers à Ali : Exs parle de La Mecque, de paix intérieure, et de l’aspect éphémère de nos vies terrestres. La combinaison, pas forcément évidente naturellement, fonctionne à merveille, et ce titre est un vrai moment fort.

Ali / Hifi, c’est beaucoup plus évident. Énième collaboration, énième réussite. A la mesure de ses apparitions de plus en plus sporadiques, on a tendance à laisser Hifi disparaitre de la mémoire collective du rap français. On a beaucoup à y perdre. Sur Innocence, il fait ce qu’il sait faire de mieux : rapper mieux que quiconque. Je paierais cher pour l’entendre un peu plus souvent, voire, même, si l’utopie est permise, pour écouter un Rien à Perdre Rien à Prouver Volume 2.

Ali / Le Rat Luciano, c’était la surprise du chef. Même avec toute l’imagination du monde, je n’aurais jamais osé penser à cette combinaison. J’avais un peu peur, Le Rat a été très grand, mais ses dernières performances m’avaient laissé une sale impression de « mec, arrête-toi avant de trop effriter ta légende ». Et bien croyez-moi : sur Reflexion, on retrouve Le Rat des grands jours. Son couplet est absolument brillant. J’irai même plus loin : c’est un vrai petit bijou. Et puis, il faut saluer la performance : Le Rat est l’auteur de la SEULE vulgarité de tout l’album : il réussit à placer le mot « couille ». On imagine le tiraillement intérieur vécu par Ali avant d’accepter de ne pas censurer Le Rat.

Copyright : Mascariano Gfx
Copyright : Mascariano Gfx

Malgré le manque de recul nécessaire à la véritable analyse de Que la paix soit sur vous, je crois pouvoir dire que l’on est face à un grand album. Les appréciateurs du style -particulier, j’en conviens- d’Ali seront aux anges. Les autres passeront leur chemin. Il faut être prévenu avant de s’attaquer à son œuvre, très religieuse, parfois mystique, et bourrée de références qui rendent ses textes très compliqués à aborder pour le profane. Je ne sais pas si Ali a réellement une spiritualité extrêmement forte -nul, ici-bas, ne connait le contenu des cœurs-, mais il a, en tout cas, une capacité incroyable à la transmettre. Puisse-t-il continuer à le faire, encore, et à abreuver nos esgourdes, nos méninges et nos esprits.

Et achetez l’album quand il sort, faites pas les rats.

Nessbeal – 50 Nuances de Khey (Bootleg 50 titres)

Ce matin sur Twitter, j’ai quelque peu digressé au sujet de Nessbeal, de Skread, et de La Mélodie des Briques, un album qui est selon moi un sacré monument. Un mec m’a alors mentionné en me disant « tiens, je suis justement en train de compiler les meilleurs sons hors-albums de Nessbeal ». La vie est bien faite, n’est-ce pas ?

Comment ça, mon anecdote c’est de la merde ?

Voici donc ce fameux bootleg, une cinquantaine de pistes, et un titre absolument fabuleux : 50 Nuances de Khey.

On dit merci à ce fameux « Marcel La Gnole ». Il va sans dire que vous êtes censés posséder les originaux de tous ces morceaux avant de les télécharger, sinon vous vous exposez à des bails de copyrights, d’hadopi, et de propriété intellectuelle. Par la même occasion, sachez également que la drogue c’est mal (vente comme consommation), et qu’il est important de se brosser les dents après chaque repas.

Par contre y’a pas de lien d’écoute directe genre soundcloud parce qu’on va pas vous mâcher le travail non plus, bande d’assistés.

EDIT du 26/03/15 : On remercie qui a re-taggué tout le bootleg (nouveau lien mediafire)

TELECHARGER 50 NUANCES DE KHEY

 

ness

#SouthernGatorz4 : Miami Vice

Pour rappel et réécoute :

Southern Gatorz Vol.1
Southern Gatorz Vol.2
Southern Gatorz Vol.3 : Don’t mess with (new) Texas

Et donc …

Southern Gatorz Vol.4 : Miami Vice

Tracklist :

1/ Uzi – ‘Riot Control’ [Chopped & Screwed by A 13 *Southern Gatorz Edit*]
2/ Florida Boyz – ‘666’
3/ Teddy Blow Feat. J Sta$h – ‘Back 2 Da Trap’
4/ Yg Live Feat. Slim & Jae Yung – ‘Touched’
5/ Fat Nick – ‘Creepin’
6/  Bevthe2nd Feat. Kenny Turnup  – ‘Trap Phone’
7/ Richie Wess Feat. Tom G – ‘On Deck’
8/ Jae Yung Feat. Whiteboymac – ‘Welcome 2 Miami’
9/ Bukkweat Bill – ‘Judge Judy’
[skit] ‘Playa Pimpin’
10/ Cashy – ‘Playa Pimpin’
11/ Pouya Feat. Twonoutspoken – ‘Lil Homies’
12/ Mikey The Magician Feat. Fat Nick- ‘BANDO’
13/ Lee Cavalli Feat. Trace – ‘You Trippin’
14/ Tru Menace Feat. GhostBoy Chiefa – ‘How It Goes’
15/ RASKLz – ‘Pha-Real’
16/ Yung Simmie  – ‘Bring The Pain’
17/ Crooosh Feat. Prez P & Sean Buck – ‘Frozen In Time’
[outro] Rick Ross – ‘Port of Miami’ [Slowed by Jocelyn Anglemort *Southern Gatorz Edit*]

 

Le mix est également téléchargeable en cliquant sur la cover :

SOUTHERN GATORZ 4 #cover #Bogdan

Butter Bullets – Memento Mori (chronique)

2015 démarre sur les chapeaux de roues. Le chapeau à 1 million de Joe Lucazz, le bonnet sur la tête d’Adebisi, le lapin mort sous le chapeau d’un magicien défoncé à la coke. Après No Name, premier chef d’œuvre de l’année -auquel Sidisid et Dela ont participé avec les prods de Gatsby et Pharell-, nos deux nécromanciens dévoilent la fabuleuse folie planquée depuis deux ans sous leur couvre-chef.

Qu’est ce que la nécromancie ?  Une pratique occulte qui consiste à parler aux morts afin de prédire l’avenir. Sidisid parle bien à un public mort -ou, au mieux, comateux-. Pas de temps à perdre au milieu des vivants, « c’est du rap pour les pompes funèbres« .Mais à la différence du nécromancien classique, c’est lui qui annonce l’avenir et répond aux questions qu’il pose. « Quelle heure est-il ? L’heure de faire de l’argent« .butter bullets

Absent de la tracklist, mais planant sur Toute la nuit, Doc Gynéco est le premier mort appelé à participer à la fête. Pas le Gynéco quarantenaire, bedonnant et si peu neuronné, que l’épreuve du temps nous a laissé sur le bas-côté d’une route à peine goudronnée et même plus éclairée. Non, ici Butter Bullets rappelle le spectre du Gynéco insolent d’une Première Consultation aussi marquante que la première fois d’une jeune fille de quinze ans -qui ne dira rien à ses copines pour que tu ne dises rien à ses parents. Ce Gynéco mort, déjà rappelé de son Nirvana sur Peplum, retrouve ici le rôle de Celui qui vient chez toi (quand tu n’es pas là), et dans cette cuisine Mobalpa, qui, quinze ans plus tard, sent toujours les spaghetti. La tequila de Bruno est devenue un bon douze ans d’âge, et si Gynéco la jouait discrète « tu ne me connais pas, ta femme me connait« , notre White Pimp C joue de sa petite notoriété : « Tu lui diras, c’est Sidisid, tu sais, Titanic« . Un grand gamin, qui, une fois de plus, s’amuse avec la mort : « j’aime la roulette russe« . Nouvel hymne au suicide (et nouvelle filiation avec le Nirvana de Bruno), 123457 est une déclaration d’amour au repos éternel, une glorification enchanteresse de l’auto-homicide volontaire. Plus que ta femme, la Grande Faucheuse est la meilleure amante de Sidisid et Dela. Plan à 3, étalé sur 18 pistes, et tourné comme un bon gros porno hardcore, avec gros plans et ralentis en screwed and chopped disséminés tout au long de ces 70 minutes de pellicule.

70 minutes, c’est facilement 20 de plus que la plupart des albums qui sortiront cette année. Un exploit qui n’a d’intérêt que si quantité rime avec qualité. Memento Mori est un disque dense, avec pour seuls temps morts MOR -interlude instrumentale torturée qui fait le lien entre le concupiscent Toute la Nuit et le retentissant Olivier Machin– et 14 avril -date de collision entre le Titanic et son slim Icerberg-, outro hypnotisante pianotée par un virtuose du XXIème siècle.

 

Rare pic of Sidisid
Rare pic of Sidisid

« Musique rap, rap, musique de merde« . Sidisid méprise le rap français (« l’rap c’est rempli de tapettes et de pédés« ), une musique qui « fonce droit dans le mur, comme Diana« . Alors, Docteur Sid s’emploie à sauver ce qui peut encore l’être. Sadique, il l' »opère comme dans Hostel« . Comme pour imposer leur vision torturée de la musique, Young Sid et Jérémie Dela découpent, tailladent, transforment et dénaturent les sonorités qui osent s’approcher trop près de leur centre gravitationnel. « Oh rap français, si tu savais tout le mal que je vais te faire » … Le Marquis de Sade fait groupe de rap, quelque part entre Leopold von Sacher et Joffrey Baratheon. Lyricisme cruel et vicieux, mais pas seulement. Du grain de voix nasillard et nazillon de Sidisid, aux ambiances funestes distillées par Dela, en passant par l’interprétation perverse des morceaux, tout, dans la musique de Butter Bullets, est démoniaque. Écoutez ce « Coucou c’est nous, comme Christophe Dechavanne » (Pimp C). Il aurait pu sonner gay, ridicule ou cocasse, avec tout autre rappeur. Ici, il sonne diabolique. Butter Bullets est le serpent, la pomme, et le pêché originel. Quand Sidisid et Dela sont en studio, Belzebuth est le troisième larron.

« Même devant les portes de l’enfer, j’roule un petit bédo« . Qui mieux qu’Alkpote -« le nouveau Doc Gynéco« – pour escorter des âmes perdues vers le précipice ? S’il n’a pas l’impact incroyable de Chiens, Prêt pour la guerre est une nouvelle preuve de l’excellence du binôme Alk-Sid. Les deux dévoreurs d’âmes se nourrissent l’un de l’autre -en toute hétérosexualité, attention- et nous font regretter un peu plus l’existence avortée du projet Ténébreuse Musique. Beaucoup, beaucoup moins prévisible, l’association Lalcko-BB est l’exemple parfait de ce que doit être une collaboration entre un pur lyriciste et un trappeur axé sur la technique. Sans que ni l’un, ni l’autre, ne dénaturent leur travail, le rapprochement se fait, et ce passage de témoin, où chacun répond dans son style, vaut son pesant d’or : « Ils disent que Colal dans un stud’, c’est comme Sarkozy à l’Assemblée / Resserrez vos cravates, on va carotter, on va faire du blé / J’suis un hustler, je sais que même dans les pâtes y’a du blé » (Lalcko) ; « Ils disent que Sidi dans un stud’, c’est comme Dominique au Sofitel / Desserrez vos ceintures, on va faire du sale, on va vous faire mal / J’suis un hustler, tu sais que même dans ta chatte y’a mon nez » (Sidisid)

Troisième featuring, et troisième ambiance : Zekwe. Sur Mademoiselle, l’ambiance est salement romantique, ou romantiquement sale. Éloge de la muse en Louboutin, Mlle aurait aisément pu figurer sur Seleçao 2, bien calé entre Premier Metro et La fille d’à côté. Prod douce et envoutante, punchlines ramossiennes (« Crache le maximum de fois avant que ta femme revienne« , « transforme vite ton RSA en RS4 si tu veux que cette garce écarte les pattes« ) … La grande qualité de Butter Bullets, c’est de savoir s’adapter aisément au style et à l’univers de chaque invité. Un mimétisme impressionnant, qui atteint, forcément, son apogée, quand Gangsta Boo entre en scène. Car après Project Pat sur Peplum, nos deux compères continuent de se faire plaisir, en collaborant avec un autre membre notoire de la Three 6 Mafia. Si l’ambiance des rues et cimetières de Memphis tend à planer sur la globalité de l’album -voire même sur toute la discographie récente du groupe-, on sent Young Sid et Dela véritablement investis à faire les choses en grand dans 12345666, affublés de leurs meilleurs masques de clowns-tueurs.

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« Place aux jeunes, c’est pas mardi-gras« . Olivier Cachin, pauvre victime de l’un des meilleurs titres de Memento Mori, n’appréciera certainement pas ce refrain tout en adlibs, ni cette prod un brin minimaliste. Pourtant, si l’on fait fi du thème et des paroles, Olivier Machin est une démonstration. Dans l’interprétation comme dans l’ambiance, tout est incroyablement maitrisé. C’est une tendance générale sur cet album : le savoir-faire du duo a gommé un à un chaque défaut de l’opus précédent : les prods paraissent moins saturées, les rimes faciles ont été mises de côté, et la direction artistique est parfaitement définie, sans faux pas, de la première à la dernière piste. Butter Bullets, après un parcours hors-normes, arrive enfin à maturité.

Car comme Cell, BB est passé par plusieurs stades. De Tekilatex et bonbons colorés à Alkpote et pilon bien gras, la mue est achevée. Un à un, Sidisid a absorbé l’âme et les pouvoirs de chacun de ses invités. Avec sa queue. Comme Cell. Mais toujours en toute hétérosexualité, et j’insiste, parce que c’est important. Quelques années en arrière, Sidisid aurait pu passer pour un vulgaire Marc-Olivier Fogiel du rap, avec cet air hautain et moqueur. Ou pour un Lorant Deutsh en Ralph Lauren, avec ses références à Louis XVI et Marie-Antoinette. On n’aurait pas pu éviter des comparaisons foireuses avec Orelsan, un blanc qui parle de sa bite, Seth Gueko, un blanc qui parle de sa bite, ou Jul, un blanc qui chantonne sous autotune. Aujourd’hui, Sidisid se présente comme le Pimp C blanc. Pimp-Sidisid. On n’oserait même pas le contredire. Paris n’est pas Memphis, mais les vices et les cimetières sont les mêmes.

Butter Bullets n’est qu’amour pour l’argent, les trucs rasés à blanc, les moteurs allemands. Les tickets de métro, les petites shneks et les gros chèques. Louis XVI et Stanley Kubrick, Ghostface et les taspé lubriques.
Butter Bullets, c’est l’odeur de la mort et l’amour du trépas. Rien de sinistre … A la limite, peut-on y voir du cynisme. Butter Bullets, c’est le nouveau romantisme. Souviens-toi que tu vas mourir. Memento Mori.

 « Si tu me cherches, j’suis au dessus du soleil, toujours en Ralph Lauren »

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OG Maco : ‘All we know is that Mula, Benjis, Franklins and that Guala’

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Atlanta semble être une source inépuisable de talent. Et cela depuis des décennies. A l’heure ou le monde découvre à peine Young Thug, les rues d’ATL on déjà en leurs seins des gargouilles qui crèveront probablement les écrans d’ici quelques mois. Le nom d’OG Maco circule depuis déjà quelques mois, et c’est finalement avec la sortie de son dernier projet, sobrement nommé OG Maco EP, que j’ai appris son rapprochement avec la structure Quality Control Music, label indépendant rendu célèbre par les trois Migos.
Son clan : OGG pour Originality Gains Greatness, est arrivé dans le game après un coup d’éclat, comme toujours. U Guessed It, titre que Maco avoue sans mal avoir enregistré ivre mort. Un titre trés facile à résumer : 4 notes de piano, une grosse basse et un aliéné qui en une seconde passe d’un crie sauvage à un murmure. Son « You is right » restera dans les mémoires. Ce titre est aussi simple et efficace que brutal, on aime ou on déteste, vous serez vite fixé. Mais aux états-unis quand on aime on ne fait pas semblant : a l’heure qu’il est, le titre comptabilise presque 20 millions de vues sur Youtube. En cause, un vrai banger, mais aussi comme de plus en plus souvent un bon buzz sur Vine (#freeShmurda). Preuve de son succès, c’est finalement 2 Chainz qu’on retrouve sur le titre de l’EP.
Les titres Want More et Fuck Em (avec Migos) dégagent la même énergie dévastatrice, qui donne envie de fumer du napalm. Là aussi les notes sont simples, et restent dans la tête avec la même persistance que les cris qui les accompagnent. Pour s’en convaincre, il suffit de voir l’énergie que ses titres dégagent quand la joyeuse bande pousse la chansonette. Épique. Mais on s’apperçoi vite que Maco n’est pas bon qu’a crié comme un pestiféré. Parfois, il serait même plutôt mélodieux (Road Runner). Que serait un rappeur d’atlanta sans parler de cocaïne ? Depuis le bonhomme de neige Jeezy et Tonton Guwop (#freeGucci ), c’est semble-t-il un passage obligatoire. Maco le fait avec brio sur 12 Bricks, et me fait penser que la ville de Coca Cola devrait peut être un jour changer d’icône, et ce n’est pas la nouvelle série de Noisey qui me contredira. Comme ce n’est pas la moitié d’un idiot, Maco n’a pas raté l’occasion de déclarer de la plus belle des manières, son amour pour le sirop codéiné, avec la festive et conviviale 2 Bars. Médicament toujours, Human Nature est une chanson que semble-t-il, les spécialistes semblent oublier. Sorte de réflexion mélancolique sur fond d’ordonnances médicales, cette chanson est l’exemple parfait de son potentiel versatile.
OG Maco est donc un jeune à surveiller, en partie car on ne sait pas vraiment ou il peut nous emmener. Mais pour découvrir un autre facette de sa musique, il faut creuser un peu. Pas loin. Il collabore régulièrement (depuis peu) avec Rome Fortune, autre rappeur d’Atlanta qui apprécie lui aussi se « détacher » sensiblement de la mode trap.  Sur sa dernière mixtape Smal VVorld (à la pochette magnifique) que je vous conseil d’aller écouter, OG Maco est invité 3 fois, dont sur le très bon 4 Seasons. Les deux semblent très bien s’entendre, même si Rome Fortune est sur un créneau assez différent, en partie a cause des prods qu’ils utilisent, tantôt planantes tantôt un peu psyché (Why / Second Chance) et aussi des ses refrains chantonnés. Sans lui volé la vedette, c’est intéressant de savoir que Maco peut aussi faire des bonnes choses dans ce genre d’ambiance. Preuve de leur bonne entente, ils ont sorti un projet commun assez sympathique : Yep. Au menu, le sympathique Pearls sur un prod de Childish Major, le très bon Sex et le violent Riot. Une seule chose est sure, le bougre a du talent. Maintenant qu’il est affilié a Quality Control Music, il a toutes les clefs en main (prods / feat ) pour fournir des bons produits.
« This tape is a culmination of every failure and lesson it ever took to achieve victory with my team, with my family and for the world. » – OG Maco

 

https://soundcloud.com/2kliferadio/og-maco-new-money

 

Rap Woyska Records | L’émergence du rap russe en Allemagne

Le site Hip-Hop Reverse, partenaire de Captcha Mag, a rouvert ses portes en début de semaine. Pour l’occasion, on vous propose de lire cet article de Squale Sadique, fondateur de HHR, et d’écouter Soviet Rap Vol.2 (et éventuellement réécouter le Vol.1)

Au début des années 2000, une génération de rappeurs russes émigrés en Allemagne donne naissance à un nouveau genre : le « battle rap russe », un mélange d’égotrip, de clash et de gangsta rap. Ce mouvement de rappeurs russes d’Allemagne a été articulé en grande partie autour du label indépendant Rap Woyska Records, fondé par les rappeurs 1.Kla$ et Czar. Czar et 1.Kla$ sont tous deux nés en Russie dans les années 80 mais ont déménagé en Allemagne en 1995-1996, peu après la chute de l’Union Soviétique. Dans sa jeunesse, Czar est fortement influencé par le groupe de rock Красная Плесень (« Moisissure Rouge »), ce qui explique sans doute son style un peu chanté et récité. Ils se lancent dans la musique ensemble, en 1998, le nom d’artiste de Czar est alors M.Mecker et tous deux rappent exclusivement en allemand.

En 1996, Constantin Ponomarev, lui aussi né en République Socialiste de Russie au début des années 80, emménage en Allemagne, dans la ville de Koblenz. Dès l’école élémentaire, il joue de la guitare basse dans des groupes scolaires et en grandissant, il rejoint le groupe de rock Seven days left, dont le nom est inspiré du film de Verbinski Le Cercle. Constantin se démarque de son groupe, il cherche une alternative au rock et choisit par hasard le rap. En 2003, il rencontre le rappeur Dron et ils enregistrent un premier morceau en commun. Plus tard, ils fondent ensemble le groupe Syndikat qui accueillera aussi des rappeurs tels que Draven, D.1.S et Hooligan. Dans un premier temps, Constantin choisit comme pseudonyme Kozz Porno.

En 2000, 1.Kla$ et Czar gagnent un concours et remportent la somme de 2000 euros, ce qui les pousse à se lancer professionnellement dans le rap. En 2002, ils rencontrent un premier succès avec le projet Weiss-Blau-Rot (blanc, bleu, rouge, les couleurs du drapeau russe), mais leur notoriété se imite à l’Allemagne, ils sont totalement inconnus en Russie et dans l’ex-URSS. Cela va changer à partir de 2006, après la sortie du morceau Как Гитлер (« Comme Hitler »). La même année, il sort son premier album solo, Сукины дети (« Enfants de putains »), qui lui permet d’être exposé dans tout le pays. Certains de ses morceaux atteingnent le million de vues sur internet, ce qui relève alors de l’exploi en Russie. En 2007, il sort deux projets qui vont bouleverser tout le rap underground russe : Хуй в рот styles (« Bite dans la bouche styles ») et son album commun avec Czar Твою мать (« Ta mère »). Peu de temps après, Czar rencontre le rappeur Schokk, ainsi que les groupes Syndikat et Ginex.

Dimitri Hinter, plus connu sous le nom de Schokk, est né en République Socialiste du Kazakhstan. Son père était allemand et sa mère juive, pour cette raison ils déménagent en 1996 en Allemagne, dans la ville de Bamberg. Dimitri y restera jusqu’en 2012, puis il déménagera à Berlin. En 2007, il rencontre Czar sur Myspace et ils sortent ensemble le morceau Два удара (« Deux coups ») : c’est son premier morceau en russe. Il entre dans le label de A.Kla$ et Czar, Rap Woyska Records et en 2008 on lui propose d’entrer dans le label Optik Russia, qui est parrainé par le célèbre rappeur allemand Kool Savas. La même année, il rencontre le rappeur Oxxxymiron avec qui il entame une collaboration soutenue.

1.Kla$
1.Kla$

En 2007-2008 éclate un clash qui est encore aujourd’hui considéré comme le plus important de l’histoire du rap russe. Beaucoup de rappeurs ont eu l’occasion d’émerger à l’occasion de ce clash, notamment Kozz Porno du groupe Syndikat. Tout commence avec le morceau du rappeur Dessar intitulé Comeback : « Retourne plutôt à l’école élémentaire [il s’agit d’un jeu de mots car en russe 1.Kla$ se prononce comme le premier niveau de l’école élémentaire, équivalent du CP], et apprends à lire / Des phrases toutes simples où il n’y a pas le mot salope / Je sais que ça ne sera pas facile, mais essaye quand même ». 1.Kla$ ne réplique pas immédiatement, mais Czar et Schokk sortent à leur tour un morceau intitulé Gayssar. Dans le morceau Не рэппер (« Pas un rappeur »), Kla$ intervient pour la première fois. En tout, le clash se sera étalé sur près de 17 morceau dont 13 sont adressés à Dessar. Il prend fin avec la sortie d’un morceau de Syndikat et Schokk intitulé С 8 мартом (« Joyeux 8 mars »).

En 2008, Syndikat sort sa première mixtape, Syndikat Mixtape volume 1, et la même année le groupe sort Syndikat Mixtape volume 1.2, sur laquelle on trouve de nombreux featurings avec Dandy, NG, СД, N1k et Buhoi. Cependant cette deuxième mixtape est la dernière du groupe, Draven quitte le Syndikat avant sa sortie et en 2009 le groupe se sépare définitivement. Kozz Porno entamme alors sa carrière solo. En 2008-2009, il se brouille avec beaucoup de rappeurs, notamment Schokk et Czar ; il entre peu à peu dans une phase de dépression. En 2009, il participe à la compilation Optik Russia – New Russian Standart, sur laquelle il place le morceau Kozz = Beef.

Lors d’une fête, 1.Kla$ frôle l’overdose et c’est son ami Sacha qui meurt, pourtant une rumeur persistante court sur internet selon laquelle le rappeur aurait décédé. En 2008, il sort son unique clip intitué NRS sur lequel on retrouve Schokk et le rappeur allemand I.G.O.R. Il annonce aussi la sortie de son album Sieg Kla$ mais la sortie est décalée de plusieurs mois, entre temps le projet fuite sur internet, ce qui réduit énormément les ventes. Après la sortie de l’album, il reste silencieux pendant près d’un an puis en 2010 Schokk quitte Rap Woyska Records et annonce que 1.Kla$ a pris la décision d’arrêter le rap. Czar termine seul l’album Твою мать 2 (« Ta mère 2 ») et malgré les difficultés techniques rencontrées le projet rencontre un succès inespéré et figure parmis les albums les plus appréciés du rap russe sur un certain nombre de classements. Ce succès n’entamme par la résolution de Kla$, même si en 2013 il sort une collaboration avec Czar intitulée Gazprom qui figurera dans la tracklist de Phantom, l’album de Czar.

En 2009, Schokk entamme une collaboration avec le groupe de musique folklorique allemande Kellerkommando [] et enregistre des collaborations avec les rappeurs russes T1One [] et СД []. Après avoir quitté Rap Woyska Records, il fonde avec Oxxxymiron et Vania Lenin le label Vagabunds. Le label entamme une tournée en ex-URSS intitulée Октябрьские события (« Evènements d’octobre ») en référence à la révolution russe d’octobre 1917. Le 9 juin 2011, Schokk sort la mixtape Operation Payback et 9 jours plus tard le premier projet de Vagabunds est diffusé, une net-tape intitulée То густо, то пусто (« Parfois plein, parfois vide ») qui contient en tout et pour tout deux morceaux et deux remix. En 2011, le label entreprend une deuxième tournée mais pendant un concert privé dans un appartement à Saint-Pétersbourg, le rappeur Roma Zhigan [] fait irruption dans la salle avec 10 hommes armés et masqués qui passent Schokk à tabac et le filment en train de présenter ses excuses à genoux.


Peu de temps après, Oxxxymiron abandonne Vagabund et Schokk prend un nouveau départ en adoptant un nouveau nom d’artiste, Dimi Ya [].

Kozz Porno de Syndikat sort son premier album sous son nom d’artiste actuel, K.R.A., le 18 juillet 2010, il s’agit de Строго вверх (« Droit vers le haut »), un projet de 15 pistes sur lequel apparaissent des rappeurs comme Dron, Hooligan et Mr. Fm. Il a lui-même produit la quasi-totalité de son album avec un Akai MPC1000 et Apple Logic. Il explique son changement de nom de la manière suivante : « Au moment où je préparais mon album, je me suis rendu compte que ça nécessitait quelque chose de plus, quelque chose qui sonne mieux ou qui convienne mieux. Et là, la mythologie antique m’a aidé. » En effet, K.R.A. sont les premières lettres de Kratos, nom d’une divinité grecque de la Puissance, de la Force et du Pouvoir. Par la suite, il sortira deux autres albums solo, Kozz (a) Nostra en 2013 et HMR (Heavy Metal Rap) en 2014.

En 2013, Czar sort aussi son album Phantom, il n’a pas abandonné le rap et vit en Allemagne dans une villa que des rumeurs prétendent achetés grâce aux bénéfices d’un fructueux trafic de drogue. 1.Kla$ a quant à lui tenu sa parole et n’a pas tenté de revenir au rap. Malgré sa défection inexpliquée alors qu’il était à son apogée, il reste une légende du rap underground russe qu’il a marqué à jamais. En l’espace d’à peine quatre projets, il a révolutionné la direction que ce dernier avait pris par des phases telles que « je ne crois pas en Dieu mais en ma queue » et a élevé dans son sillage toute une génération de rappeurs.

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Tracklist

1 – Intro – 1.Kla$ & Czar

2 – Wieder da – 1.Kla$ [De nouveau là]

3 – Настоящий воен – Ginex [Combattant authentique]

4 – На войне как на войне – K.R.A. [A la guerre comme à la guerre]

5 – HRS (HolzRussenSlang) – Schokk

6 – Meine Hunde – 1.Kla$ & Czar [Mes chiens]

7 – Adelheid – KellerKommando & Schokk

8 – Короли Хардкора – Czar featuring Artures [Les rois du hardcore]

9 – Vagabund – Schokk

10 – Почему – 1.Kla$ [Pourquoi]

11 – Жизнь одна – I.G.O.R. featuring Tork [Une seule vie]

12 – Мы больше улицы – Syndikat [On est plus grands que la rue]

13 – Outro – I.G.O.R. featuring Jules

Je ne trouve rien à dire sur le nouvel album de Karlito

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Karlito, c’est ce mec dont tout le monde connait le nom, dont peu de monde sait réellement qui il est, et dont encore moins de monde l’écoute.

Syntaxiquement, je ne suis pas certain de la justesse de cette première phrase. En revanche, je suis bien certain de ce que j’avance : vous etes bien peu nombreux à avoir pris la peine d’écouter Impact, son deuxième album solo. Alors j’ai voulu chroniquer ce CD, parce que c’est vraiment un bon produit, et que pousser trois ou quatre personnes à découvrir de la musique de qualité, c’est une des seules raisons qui me poussent à maintenir une activité sur ce site qui ne me rapporte rien. Le problème, c’est que je ne trouve vraiment rien à dire.

Impact est sorti lundi 12 janvier, le même jour que Requiem et No Name. Difficile de ne pas passer inaperçu, avec une telle concurrence. Pour faire court, Impact n’est pas aussi follement exceptionnel que No Name, mais est incroyablement moins décevant que Requiem. Il faut dire qu’il était moins attendu par le public rap français, qui prend toujours bien soin de citer Lino, Lalcko ou Flynt quand on lui parle de lyricisme, mais qui ignore invariablement l’existence de Karlito. Il faut reconnaitre que le boug ne fait rien pour rappeler au monde qu’il est toujours en vie, puisque ses apparitions depuis 2005 peuvent se compter sur les doigts d’une main. Le « secret le mieux gardé du rap français » avait finit par devenir un véritable mystère, une légende qui commençait même à s’effacer de la mémoire des anciens.

Généralement, quand on ne sait pas quoi dire sur un album, on commence par le comparer au précédent projet de l’artiste. Concernant Karlito, Contenu sous pression date de 2001. Porté par les prods de DJ Mehdi, l’orlysien survolait ces douze pistes avec une véritable aisance, livrant un premier opus solo marquant, qui semblait annoncer une belle carrière. Collectif, il avait alors choisi de mettre ses talents au service de ses compères de la Mafia K1fry, en épaulant tour à tour Rohff, Manu Key, et Intouchable, avant de quasiment disparaitre des radars jusqu’à aujourd’hui. Que vaut donc Impact face à Contenu sous pression ? Difficile de dire que ce nouvel album est intrinsèquement moins bon que le précédent. L’analyse est rendue difficile par les évolutions récentes de la tendance rap français. Alors que Contenu sous pression était un disque parfaitement ancré dans son époque, Impact semble lui appartenir à la décennie précédente -voire même celle d’avant-. Mais Katana, notamment, a prouvé l’an dernier que l’on pouvait encore surprendre et taper pas mal de monde avec des sonorités presque boom-bap.

Impact n’est donc pas un album très moderne musicalement. Pas obligatoirement un mauvais point, mais simplement un handicap certain dans la course aux auditeurs. Continuons le remplissage de cet article. Deuxième méthode basique pour décrire un disque : qualités et défauts. Du coté des qualités, la première chose qui vient en tête quand on parle de Karlito, évidemment, ce sont les lyrics. De ce point de vue, le MC n’a rien perdu de son talent, et envoie une flopée d’images fortes enveloppées dans une prose toujours aussi raffinée. Introspectif et réfléchi, mais jamais conchiant ni pompeux, Karlito est un vrai écrivain de la rue. Son univers, toujours collé au bitume, avec ce coté lascar à l’ancienne, correspond parfaitement à l’ambiance musicale un peu « 90’s streets », alternant moments sombres et moments légers. Attention tout de même à ne pas tomber dans la caricature du « tout lyrical » : Karlito a travaillé ce flow un peu rugueux et cassant qui lui avait été reproché en 2001, et sa maitrise, sur ce point, est indéniable. Quelques coups de génie, notamment ce O’Dog Psycho, bourré de références et d’analogies judicieuses au mythique Menace II Society.

karlito impact civerCoté défauts, citons ces refrains trop souvent indigestes, qui rendent certains titres étouffants malgré des couplets réussis. Ces refrains, c’est en fait LE gros défaut d’Impact. Karlito a probablement cherché à intégrer un brin de musicalité pour ne pas s’enfermer dans un album trop rigide, mais la démarche n’a pas l’effet escompté. Au final, le verre est n’est qu’à moitié plein. Même réflexion concernant les featurings : si Rocé et Dry sont excellents et apportent une vraie plus-value (A la kiss et Affranchis sont d’ailleurs parmi les meilleurs pistes de l’album), Ruff D et la petite meuf dont j’ai oublié le nom font des apparitions plutôt irritantes et dénotent avec l’impression d’ensemble.

Impact n’aura pas l’impact (ok, elle est facile celle-là) de Contenu sous pression, et restera probablement un album assez confidentiel. S’il n’est pas exempt de tout reproche, ce second projet solo de Karlito mériterait tout de même que du monde s’y arrête. Les amoureux de lyrics y trouveront de quoi s’extasier, les puristes apprécieront ce retour aux fondamentaux, et la nouvelle génération gagnera à découvrir un artiste qui a marqué, dans l’ombre, une grande époque.

EDIT : Certains me font remarquer à juste titre que j’ai complètement zappé la période Ozas de Karlito. C’est un oubli inconscient, mais quelque part vous pouvez aussi remercier ma mémoire sélective de faire comme si ce projet n’avait jamais existé.

Mais pourquoi le nouvel album de Lino est-il si décevant ?

Je ne l’ai jamais caché, je suis ce genre d’auditeur qui considère un pet de Lino comme un coup de génie lyrical. Un Radio Bitume à moitié terminé et sans le moindre mixage avait suffit à m’achever, c’est donc peu dire que j’attendais Requiem comme d’autres attendent Detox. Et logiquement, plus hautes sont les attentes, plus dure peut-être la déception. Alors qu’il était appelé à devenir au minimum le meilleur album de l’année, Requiem n’est devenu que le troisième meilleur album de la journée du lundi 12 janvier 2015, derrière Joe Lucazz et Karlito. Requiem a fait de moi un auditeur déçu, voici pourquoi.

lino gun

N’y allons pas par quatre chemins : le véritable suicide commercial de cet album, c’est la direction artistique. Clairement LE gros défaut de Requiem. Lino est fort. Lino est exceptionnel. Mais Lino rappe sur des instrus qui ne ressemblent à rien. J’ai lu un mec dire sur twitter « la plume de Lino avec les prods de la Team BS« . C’est terrible à dire, mais c’est putain de juste. La moitié de l’album pue juste clairement la merde. C’est arbitraire, mais il n’y a pas besoin du moindre argument. Lancez juste l’écoute de 7 milliards sous le ciel, ou De rêves et de cendres, et dites moi que Sindy et Fababy n’auraient pas leur place là-dessus. Bien sur, Lino reste bon quoi qu’il arrive, il ne va pas perdre son talent d’écriture uniquement parce qu’il pose sur de la soupe. Mais musicalement, ces morceaux sont simplement inécoutables. « Dites aux trentenaires qu’ils peuvent rallumer la radio » … non, Bors, ce type de son parlera à une lycéenne, pas à un père de famille. On sait bien qu’il faut des titres avec une petite meuf sans âme au refrain pour tourner en radio et vendre des disques, mais après Suicide Commercial, ça semble presque ironique.

requiemEt c’est malheureux, parce que cet album comporte tout de même son lot de grosses frappes. Le Flingue à Renaud, Choc Funèbre, Ne m’appelle plus rappeur, Narco (je reconnais que l’idée de reprendre La bicrave est dans ma tête est fabuleuse) … Cette tracklist est composée comme une putain de montagne russe : une frappe atomique, un son de merde, une frappe atomique, un son de merde, une frappe atomique, un son de merde. Au final, Requiem est l’album le plus frustrant depuis une décennie. Quand on sait ce dont Lino est capable, on a l’impression de le voir tirer à blanc avec un M16.

Ce dont Lino est capable, c’est peut-être bien le fond du problème. Depuis bon nombre d’années, on se tue à dire que Lino donne de la confiture à des cochons, tellement il est bon, et tellement le public suit peu. Alors, soit il a voulu se mettre au niveau du public, en descendant d’un cran, soit on en attendait trop de lui. Peut-être aussi qu’à force de s’entendre dire qu’il était si exceptionnel, il s’est installé dans un certain confort. Difficile de se remettre en question quand tout le monde est sur ta bite. Du coup, si on excepte le thème de Suicide Commercial, aucune prise de risque. Requiem est un album convenu et balisé, qui ne sort jamais des clous. Ce coté très solennel qu’on a parfois beaucoup aimé chez Bors devient ici handicapant tant il est omniprésent. Piano-violon, piano seul, chœurs, samples de musique classique … C’est triste à dire, mais on se fait chier.

Lino mise énormément sur sa plume, forcément. Comment pourrait-il en être autrement ? Le premier problème, c’est qu’elle ne peut pas tout le temps faire toute la différence à elle seule. Le second problème, c’est que même cette plume, aussi exceptionnelle soit-elle, n’arrive plus à nous surprendre. Chaque texte est parfait, à la syllabe près. Ce n’est pas un grief -ce serait un comble !-, mais une piste de plus. La perfection n’est pas humaine. Un peu à la manière d’un Messi ou d’un C.Ronaldo dans le monde du football, à qui l’on ne peut rien reprocher d’autre que le manque d’émotions procurées par leurs performances hors-normes, on peut se demander si Lino n’est juste pas trop déshumanisé. Requiem est LINO_aka_Mr_BORS_by_shaolinblediaun disque sans émotions. Et même l’habituel lot de punchlines de Monsieur Bors manque d’impact. Les punchs sont bonnes, excellentes, même. Mais noyées dans un disque trop insipide, elles n’ont pas le même retentissement.

 

« La rue attend mon album comme Scarface 2« . Pour ma part, c’était le cas. Et j’ai effectivement l’impression d’avoir vu la suite de Scarface. Vous savez, cette suite rincée sur Playstation 2, avec Rohff dans la BO. Je dis beaucoup de mal de Requiem, et ça peut sembler exagéré. Ce n’est pas un mauvais disque. Il est juste terriblement handicapé par cette direction artistique catastrophique. Et si je n ‘en attendais pas autant, je considèrerais peut-être que c’est juste un album moyen d’un grand rappeur. Bien sur, j’avais eu quelques frayeurs, quand la tracklist a fuité : Youssoupha, Corneille, Zaho, Manon … putain, c’est dur. Je m’attendais à devoir zapper sans vergogne trois ou quatre pistes, disons que je considérais ça comme le prix à payer pour avoir douze ou treize autres bons titres. Le problème, c’est qu’en mettant de coté tous les titres fades, je me suis retrouvé avec un EP 6 titres sous la main. Allez, peut-être 7 ou 8, en poussant un peu. C’est bien maigre.

« J’monte trop haut dans leur estime, j’en viole l’espace aérien« . Du coup, t’es redescendu d’un cran. Le plancher des vaches est encore loin, t’en fais pas, ça doit te faire bizarre d’apercevoir le commun des mortels. Allez, Bors, on est prêt à oublier Requiem si tu nous sors une réédition masterisée de Radio Bitume.

EDIT :

Suite à la publication de cet article, j’ai été invité par l’émission de radio ‘Ca parle hip-hop’ pour un petit débat sur Requiem. A écouter ci-dessous, de 0’37 à 0’47 :

https://w.djpod.com/player/?podcast=caparlehiphop&id=103765

Joe Lucazz – No Name (chronique) | Joe est-il humain ?

La première fois que j’ai entendu Joe Lucazz, j’avais un duvet brun en guise de moustache, et pas de poils à la bite. Et surtout, la première fois que j’ai entendu Joe Lucazz, je me suis dit « putain, il sait pas rapper ! » mais en même temps je me suis aussi dit « putain, il rappe mieux que n’importe qui ! ». Un concept étonnant que Kery James a matérialisé quelques années plus tard avec le « j’rappe tellement bien qu’on me dit que je rappe mal » que personne n’a compris. Moi, j’ai compris : il parlait de Joe.

La première fois que j’ai entendu Joe Lucazz, je me suis dit « mais il est complètement off-beat, qu’est ce que c’est que ce bordel ? ». Puis j’ai réécouté le morceau, parce que quand même, je me disais « c’est le meilleur rappeur off-beat que j’ai jamais entendu ». Au bout de 3-4 écoutes, j’ai fini par comprendre que c’était le beat qui était off-Joe, et pas le contraire.

Suite à cette drôle de révélation, j’ai passé la moitié de ma vie à attendre un album de Joe Lucazz. Il y a eu des projets un peu disparates, en solo ou en groupe, avec ETA, Buffalo Soldiers, de Rencontre avec Joe à So Parano, et je crois que la moitié de la discographie de Joe Lucazz est composée de bootlegs compilés par Le Blavog. D’un point de vue purement honorifique, c’est mieux que d’être compilé par Booska-P, sauf si tu veux que des gens t’écoutent. Il y a eu aussi un nombre incalculable de featurings éparpillés, d’apparitions dans des compilations plus ou moins exposées, et puis de longues périodes d’absence où Joe était soit en prison, soit dans autre chose que le rap.

joe lucazz 1Vouloir décrire le style de Lucazzi, c’est comme vouloir définir avec certitude la position et la vitesse d’une particule quantique. Au-delà du fait de vouloir me la raconter, c’est une métaphore un peu pompeuse pour dire que c’est impossible, mais qu’on peut essayer, si on n’a pas peur de l’incertitude. Joe aime se définir comme un lyriciste. Quand on s’arrête sur ses textes, bien entendu, on ne peut pas lui donner tort, mais on se dit que c’est quand même un peu réducteur, et qu’il est bien plus que ça.

L’aspect vraiment frappant dans le Joe’s rap, c’est cette manière de punchliner. La plupart des rappeurs font de la punchline sur une mesure tout au plus, parce qu’ils se disent certainement qu’une phrase courte a plus d’impact. Ça suit un peu le principe selon lequel une droite bien balancée ne laisse pas le temps au mec en face d’esquiver. Joe, lui, fait ça sur plusieurs mesures d’affilée, et je crois qu’hormis Despo, et peut-être Lalcko d’une manière différente, personne ne peut prétendre faire durer aussi longtemps la punchline avant la retombée, sans prendre le risque de perdre l’auditeur en chemin.

Un exemple m’a particulièrement marqué l’année dernière, sur Marche Arrière, un morceau tiré de la compilation du Gouffre :

Si j’devais m’réincarner en objet ?
Sans hésiter j’dirais un glock 17, discret
Dans la poche d’un moins de 17

Déjà, là, c’est très fort. Non seulement d’un point de vue technique c’est une sacrée mise à l’amende, mais au niveau du sens, ça t’en met une sacrément violente dans le nez.
Sauf que c’est pas fini. Alors qu’il vient de t’en coller une de face, Joe, ne te laisse pas le temps de te relever, et t’en balance une derrière la nuque.

Attends j’ai mieux
Une grenade dans la bouche d’un juge ou d’un commissaire

Je pourrais remplir encore une trentaine de paragraphes à parler de Joe Bonhomme de Neige Lucazzi, mais 1. j’ai pas que ça à foutre, 2. ça ne servirait pas à grand chose. J’ai plein d’anecdotes, genre Joe & Cross se sont rencontrés sur les bancs de la Fac, ou l’avocat de Joe s’appelle Maitre Le Bras, mais Joe c’est pas Booba, on s’en bat les couilles de savoir s’il se déguise en Batman pour Halloween. Ce qui compte avec Joe, c’est ce qu’il envoie quand il entre en cabine.

Je ne vais donc pas m’amuser à détailler tout ce qui fait de No Name le meilleur album de 2015, quelles que soient les sorties à venir pendant les onze prochains mois. On pourrait parler des prods un peu intemporelles, des feats aussi peu nombreux que parfaits (Cross deux fois, parce que des collabs Cross-Joe dans un album de Joe Lucazz, c’est tout ce qu’on attendait, et Express Bavon, absolument PAR-FAIT sur Corner), recenser tous les thèmes abordés, ajouter un mot sur l’ambiance super posée et à la fois super brute … Ça ferait beaucoup de remplissage, et je pourrais être satisfait d’avoir écrit une chronique de plus de 3000 caractères, mais ici je suis pas payé donc cette phrase fera office de conclusion.

RAP EXPLOITATION : Le nanar du mois -CHOICES, THE MOVIE- par Three 6 Mafia

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Nous sommes en 2001, moment stratégique dans l’industrie du rap, c’est là que moult destins sont en train de se nouer. Les nanars distribués par les labels notoires du rap sudiste se succèdent à un rythme effréné. A Memphis, Tommy Wright 3 sort Behind The Closed Doors pendant que ses concurrents directs pour ne pas dire ennemis intimes, Three 6 Mafia, illuminent les écrans des cinémas provinciaux avec leur premier long-métrage: Choices.

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Attention ! Filmé en grande partie dans les quartiers de Dark City qui ont vu grandir et prospérer Juicy J, DJ Paul, La Chat, Lord Infamous, Gangsta Boo & Project Pat, Choices est un long métrage qui véhicule un message de jadis et de naguère. Sommairement interprété par des acteurs de seconde voire troisième zone, à la fois longuet, bavard, filmé avec les pieds, Choices prétend mettre en balance l’éternel conflit entre le bien et le mal, le chemin à emprunter, ou bien celui à éviter etc…. avec comme fil conducteur un ex-taulard alias Poncho Villa (!) auquel la société a donné une nouvelle chance de mener une vie citoyenne tristement conforme, donc remplie de frustrations.

Projet un tantinet ambitieux qui montre les tauliers de Hypnotize Minds Records/Films cabotinant au gré d’un scénario farci de clichés inhérents à ce genre de production. Ce n’est rien de dire que DJ Paul et Juicy J ont les dents en or qui rayent le parquet de Pyramid Arena, vu qu’ils ont fini par écarter du casting l’âme du groupe (Lord Infamous) afin de pondre cette œuvrette qui lorgne d’un œil torve vers la série Zzzz. Autant dire qu’artistiquement le suicide 666 est à cet instant définitivement consommé.

« Je voulais faire quelque chose que mes enfants puissent voir dans quelques années. » dira Paul au sujet de la motivation qui l’a poussé à se faire cadrer et recadrer. Avant de glisser entre ses chicots miroitants : « Nous savions que nous pouvions faire pas mal de blé avec ça. Aussi, dès que nous avons vu que ça intéressait les gens, nous avons décidé d’ajouter un supplément de 45 minutes au film. »

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Aucun doute. Avant de pimper un des trophées phalliques du cinéma US il leur faudra attendre des lustres, cinq ans exactement. Car, ici, c’est bien lui et ses compères qui ont tenu ce putain de stylo qui a dessiné ce putain synopsis, lequel vend de la rédemption à la petite semaine, du braquage mou du chibre, du snitchin’ de pacotille, de la chute de petits caïds au rabais… Bref, on est à des années lumières de l’atmosphère profondément oppressante de Mystic Stylez, quoique par moment on caresse l’absurde, le kafkaïen.

Ça manque de moiteur, de cimetières, de mysticisme rural, de crocodiles de la mort échappés du Memphis Zoo. Ça manque surtout d’un vrai branquignol auquel on puisse s’accrocher pendant 98 minutes, un peu comme on agrippe une bouée dans la tempête. Tobe Hooper aurait été parfait pour cadrer le petit braquage où le staff trépasse à grands coups de tronçonneuse. Néanmoins, ne soyons pas bégueules, ne renions pas notre plaisir, tout n’est pas à jeter aux orties dans Choices. Ci-joint 8 bonnes raisons de reluquer ce désormais classic de la ‘Rap-exploitation’ sudiste :

– Samplé par Project Pat pour le titre du générique, Choice of Colors (1969) de Curtis Mayfield (The Impressions) n’est pas le premier sample emprunté par le groupe à l’artiste chicagoan. Project Pat a déjà samplé Oh, So Beautiful de Mayfield pour Life We Live, Triple 6 Mafia a samplé Give Me Your Love pour Lick My Nuts. Plus tard, Prophet Posse utilisera le sample de Hard Times pour Nothin’ But My Pimp Shit.

– Je sais bien que la mode a évolué, n’empêche qu’en tant que Drug Lord/Petit-fils du Diable, Project Pat est fringué comme un as de pique.

– Comme dans la vraie vie, Paul s’envoie de la coke et Juicy J biberonne la lean améliorée.

– Question numérologie, la fiancée à Poncho Villa fait davantage songer au 69 kamasutresque plutôt qu’à ce 666 satanique dont on nous rabat les oreilles.

– Poncho, justement, miskine, il fait penser à l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’Actors Studio.

– Les deux flics blancs ont des trognes à se faire car-jacker par Tommy Wright 3 & la Manson Family, par une nuit noire, du côté de Smokey City, à la sortie du tournage.

– Désolé, mais La Chat ne sait pas tenir un flingue correctement.

– Memphis y est montré tel qu’il est, c’est à dire un trou obscur, une ville fantôme. Fidèle à sa réputation de ‘Dark City’ telle que l’a nommé Juicy J ?

Éteignez vos portables. En piste !
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