Pouvoir écouter un troisième album solo d’Ali me semble miraculeux.
J’avais déjà eu beaucoup de mal à croire à la sortie du Rassemblement, il y a 5 ans. Et puis, l’album s’est finalement retrouvé dans les bacs … plus ou moins. Entre les soucis de distribution et les reports, trouver un exemplaire disponible relevait d’une véritable volonté de soutenir l’artiste et le label. Et s’approcher du millier de ventes dès la première semaine était un petit exploit, compte tenu de la taille des obstacles à franchir. A l’époque, j’ai -peut-être naïvement- cru que ce lot de 14 pistes serait sa dernière livraison. J’avais toujours une petite lueur d’espoir, mais aucune illusion : je n’imaginais pas Ali repartir pour un nouveau un marathon, et se coltiner à nouveau toutes les difficultés inhérentes à la mise en bacs d’un album -en plus de la création du contenu, évidemment-.
C’est dans ce contexte que j’attendais Le Rassemblement. J’avais été déçu. Ali était toujours très bon, n’avait en rien travesti son message, mais musicalement, ça me parlait moins. J’ai aimé cet album, je l’ai beaucoup écouté, mais il ne m’a pas réellement marqué. Je n’ai pas trop su dire pourquoi. Sa couleur musicale, peut-être. Le Rassemblement était moins sombre que Chaos et Harmonie. Trop … positif. Drôle de reproche. Peut-être aussi que mon état d’esprit n’était pas le même que 5 ans plus tôt. Et puis, comme souvent, quand on place trop d’attente sur un disque, on a moins de chances d’être satisfait.
J’ai donc abordé l’écoute de Que la paix soit sur vous avec beaucoup de détachement. J’ai vu cet album comme un bonus, une nouvelle possibilité d’écouter Ali sur un long-format. Que ce soit extraordinaire ou non, peu importe. Apprécier à fond le plaisir de l’écoute, le temps que ça durera.

Si je devais tirer une conclusion hâtive, je dirais que ce troisième opus solo est, certes, un cran en-dessous de Chaos et Harmonie, mais qu’il est aussi et surtout bien meilleur que Le Rassemblement. Dans le fond, il n’y a pas énormément de différences : Ali reste Ali. Spiritualité omniprésente, gros travail lyrical, flow monocorde, prods intemporelles, et toujours ces scratchs au refrain … Si on a aimé le Ali des dix dernières années, on aimera le Ali 2015. Et vice-versa. Pourtant, on note de nombreux efforts pour se renouveler : ce flow, justement, est -par moments- moins linéaire ; musicalement, ensuite, on est parfois surpris, dans le bon sens du terme : je ne suis toujours pas remis de ces solos de guitare électrique. Car oui, je vous jure que c’est vrai : il y a des solos de guitare électrique sur cet album. Il faut l’entendre pour le croire.
Mais la grande et belle surprise de Que la paix soit sur vous, ce sont les featurings. Exs, Hifi, Le Rat Luciano. Depuis la retraite jamais annoncée de Salif, je croyais ne plus jamais entendre sur disque la voix d’Exs, un mec qui, malgré un album solo en 2007, a toujours été un membre de Nysay avant tout. Quel plaisir de l’entendre rapper encore ! Sur On ne s’oublie pas, il s’adapte forcément aux thèmes chers à Ali : Exs parle de La Mecque, de paix intérieure, et de l’aspect éphémère de nos vies terrestres. La combinaison, pas forcément évidente naturellement, fonctionne à merveille, et ce titre est un vrai moment fort.
Ali / Hifi, c’est beaucoup plus évident. Énième collaboration, énième réussite. A la mesure de ses apparitions de plus en plus sporadiques, on a tendance à laisser Hifi disparaitre de la mémoire collective du rap français. On a beaucoup à y perdre. Sur Innocence, il fait ce qu’il sait faire de mieux : rapper mieux que quiconque. Je paierais cher pour l’entendre un peu plus souvent, voire, même, si l’utopie est permise, pour écouter un Rien à Perdre Rien à Prouver Volume 2.
Ali / Le Rat Luciano, c’était la surprise du chef. Même avec toute l’imagination du monde, je n’aurais jamais osé penser à cette combinaison. J’avais un peu peur, Le Rat a été très grand, mais ses dernières performances m’avaient laissé une sale impression de « mec, arrête-toi avant de trop effriter ta légende ». Et bien croyez-moi : sur Reflexion, on retrouve Le Rat des grands jours. Son couplet est absolument brillant. J’irai même plus loin : c’est un vrai petit bijou. Et puis, il faut saluer la performance : Le Rat est l’auteur de la SEULE vulgarité de tout l’album : il réussit à placer le mot « couille ». On imagine le tiraillement intérieur vécu par Ali avant d’accepter de ne pas censurer Le Rat.

Malgré le manque de recul nécessaire à la véritable analyse de Que la paix soit sur vous, je crois pouvoir dire que l’on est face à un grand album. Les appréciateurs du style -particulier, j’en conviens- d’Ali seront aux anges. Les autres passeront leur chemin. Il faut être prévenu avant de s’attaquer à son œuvre, très religieuse, parfois mystique, et bourrée de références qui rendent ses textes très compliqués à aborder pour le profane. Je ne sais pas si Ali a réellement une spiritualité extrêmement forte -nul, ici-bas, ne connait le contenu des cœurs-, mais il a, en tout cas, une capacité incroyable à la transmettre. Puisse-t-il continuer à le faire, encore, et à abreuver nos esgourdes, nos méninges et nos esprits.
Et achetez l’album quand il sort, faites pas les rats.









Coté défauts, citons ces refrains trop souvent indigestes, qui rendent certains titres étouffants malgré des couplets réussis. Ces refrains, c’est en fait LE gros défaut d’Impact. Karlito a probablement cherché à intégrer un brin de musicalité pour ne pas s’enfermer dans un album trop rigide, mais la démarche n’a pas l’effet escompté. Au final, le verre est n’est qu’à moitié plein. Même réflexion concernant les featurings : si Rocé et Dry sont excellents et apportent une vraie plus-value (A la kiss et Affranchis sont d’ailleurs parmi les meilleurs pistes de l’album), Ruff D et la petite meuf dont j’ai oublié le nom font des apparitions plutôt irritantes et dénotent avec l’impression d’ensemble.
Et c’est malheureux, parce que cet album comporte tout de même son lot de grosses frappes. Le Flingue à Renaud, Choc Funèbre, Ne m’appelle plus rappeur, Narco (
un disque sans émotions. Et même l’habituel lot de punchlines de Monsieur Bors manque d’impact. Les punchs sont bonnes, excellentes, même. Mais noyées dans un disque trop insipide, elles n’ont pas le même retentissement.
Vouloir décrire le style de Lucazzi, c’est comme vouloir définir avec certitude la position et la vitesse d’une particule quantique. Au-delà du fait de vouloir me la raconter, c’est une métaphore un peu pompeuse pour dire que c’est impossible, mais qu’on peut essayer, si on n’a pas peur de l’incertitude. Joe aime se définir comme un lyriciste. Quand on s’arrête sur ses textes, bien entendu, on ne peut pas lui donner tort, mais on se dit que c’est quand même un peu réducteur, et qu’il est bien plus que ça.

