Mai est terminé, et JUL a vraiment fait ce qu’il lui plaisait. Ecoutez du rap américain putain. Lire la suite « Rap US : le bilan du mois de mai 2014 »
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Riski et moi

A la base, j’avais pas prévu d’écouter Riski. Tout ça parce que, comme une bonne frange du rap-game, Metek s’était aventuré dans un tweetclash avec moi (mon amour pour les nazis est incompréhensible pour certains, soit). Je me suis dit « quel connard ce boug, jamais j’écouterai son album ». Le souci, c’est que ce connard rappe très bien. Alors forcément, quand la moitié de mes contacts est en sang sur sa dernière production, je finis par me dire que finalement, je vais peut-être y jeter une oreille. Surtout que les dernières sorties rap français ne m’enthousiasment pas le moins du monde. Après tout, si je n’écoutais que les rappeurs qui m’aiment bien, je n’écouterais plus grand monde.
J’ai donc lancé l’écoute de ce Riski. Et merde, le produit est bon. Alors une fois l’écoute terminée, je l’ai re-lancée. Puis encore une fois, et encore une autre. Quinze, ou vingt écoutes plus tard, je ne sais toujours pas quoi en penser. Une position que Pure Baking Soda a parfaitement résumé : « dur d’oser donner un avis sur ce disque, il est tellement personnel« . La seule chose dont on puisse être certain, c’est que Riski est un très bon disque. La première remarque je me fais, c’est qu’après un nombre conséquent d’écoutes complètes, je ne suis pas lassé. Contrairement à une majorité d’albums récents, très bons, certes, mais qui saturent trop rapidement, Riskavi s’apprécie sur la durée, au fur et à mesure qu’il se découvre. En exagérant l’idée, on pourrait considérer Riski comme l’antithèse d’Or Noir. Or Noir tabasse dès la première écoute, met des grosses baffes à chaque mesure, mais tourne rapidement en rond une fois que la surprise est passée. Au final, on l’écoute de moins en moins au fil des mois. Un album consommé jusqu’à l’os, puis jeté parce que devenu incapable de nous surprendre.
Riski est donc tout le contraire : il faudrait un bon millier d’écoutes pour tout comprendre. Et encore, on pourrait y revenir dans dix ans, et capter encore un quelconque sens caché, une référence dissimulée sous l’herbe, une phase mal comprise pendant les 999 premières écoutes. Pour autant, ce n’est pas non plus un disque complètement inaccessible. Metek a eu la bonne idée de combiner ses textes ultra-personnels avec des mélodies extrêmement porteuses. Ça parait simple : le fond est travaillé, la forme aussi. Mais pourquoi tous les rappeurs ne font pas ça ?
Deuxième remarque : Riski est ce genre de disque intemporel, qu’on résumerait presque par un caricatural « ni old-school, ni futuriste ». Pas de boom-bap à la con, pas non plus de gros beats trap, d’adlibs dans tous les sens, ou de sur-abus de voix autotunées. Juste des refrains chantonnés, des couplets denses, un flow technique et quelques belles accélérations bien dosées. Merde, je vous jure que cet article n’est pas sponsorisé. Riski m’a complètement convaincu.
Tiens, à l’instant, mon collègue entre dans le bureau, entend le refrain de Payer tes dettes, et me lâche un « ça fait quinze secondes que je l’entends, et je l’ai déjà dans la tête. C’est qui ? Metek ? Connais pas ». Metek est peut-être un petit con sur les réseaux sociaux, mais le public français gagnerait à écouter sa musique.
Rien à ajouter.
A lire : une très très bonne chronique de Riski par Paperboys
Alkabitbol, Le rappeur le plus classe du monde
-Une fois n’est pas coutume, on commence notre histoire avec 2 membres de 1995, Alpha Wann et Nekfeu, mais vous barrez pas, je vous jure qu’on va rire, malgré tout.
Alpha Wann -Wesh.
Nekfeu -Wesh ?
Alpha Wann -Wesh.
Nekfeu -Qu’est-ce qu’il te prend de dire « wesh » ?
Alpha Wann -Rien. C’était pour dire « wesh ».
Nekfeu -Bah ça. C’est pas banal.
-Chemin faisant vers le studio, ils échangent d’autres amabilités jusqu’à arriver sur les lieux pour alors tomber nez à nez avec un étrange spectacle.
Alkpote -Salut les rappeurs conscients.
Nekfeu -Mais ? Qu’est-ce que tu fais là ?
Alkpote -Je vous attendais, je voulais vous parler.
Alpha Wann -La bite à la main ?
Alkpote -Ouais, je trouvais le temps long, alors je me branle en attendant.
Nekfeu -Mais on est là, maintenant. Tu peux arrêter.
Alkpote -J’arrive aussi, t’inquiète.
Nekfeu -…
Alpha Wann -…
Alkpote -Voilà une bonne chose de faite. Chaud lapin avec des rouleaux de sopalins.
Nekfeu -Doux Jésus, à quoi venons nous d’assister ?
Alpha Wann -J’ai bien peur que…
Alkpote -Bon c’est pas le trou, mes gargouilles, mais je suis là pour vous inviter sur ma mixtape, les petits hipsters.
Alpha Wann -Ça c’est des rumeurs, on a jamais été des hipsters.
Nekfeu -Et encore moins des rappeurs conscients.
Alkpote -Mais si, vous êtes des petits hipsters donc vous faites du rap conscient démago pour puceaux et c’est exactement ce qu’il faut sur ma tape.
Nekfeu -Euh… Pas exactem…
Alkpote -C’est A L K P O T E ! La putain d’bite qu’il fallait dans ta putain d’bouche.
Alpha Wann -Euh… Nous on est plus hiphop et…
Alkpote -Ouais mais ta gueule quand même.
Nekfeu -Mais y’a longtemps j’ai fait un freestyle où je disais « tu suces ma verge et tu m’appelles Nek », on doit pouvoir trouver un terrain d’ent…
Alkpote – Faux, nul. Quand tu dis ça tu ne fais que constater que ton pote te suce, c’est pas suffisant.
Nekfeu – Nan mais ho ! J’imaginais une meuf à la base.
Alkpote – Sûrement, sûrement. Le truc c’est qu’il faut que ce soit un ordre, que le public comprenne qu’il a pas le choix. Toi avec ta phase t’arrives après la bataille, ça n’a aucun intérêt.

Alpha Wann -En tout cas, j’aime beaucoup L’Unité 2 Feu.
Alkpote -De quoi ?
Alpha Wann -Donc je suis partant pour un feat avec toi.
Alkpote -À la bonne heure, mon bucéphale hystérique.
Nekfeu -Tu crois qu’il sait ce qu’il dit ou il balance des mots au hasard ?
Alpha Wann -Tu crois que t’es vraiment bon ou juste un gars qui est bon quand il refait ce que des mecs bons ont déjà fait ?
Nekfeu -Quoi ?
Alpha Wann -Certaines questions resteront sans réponse
Alkpote -C’est quoi le dernier son que vous avez fait ? Salope ! Salope !
Alpha Wann -C’est un morceau où on parle de souvenirs, de flashbacks, un morceau qui donne le spleen, le blues.
Nekfeu -Moi par exemple, je parle de mon grand père qui est décédé et…
Alkpote -Parfait ! Alors, les p’tits bobos, je vais poser sur ce son et dire que j’explose des diaphragmes. Et le foutre sur mon projet.
Nekfeu -Hey mais…
Alkpote -Et je veux pas du gars en gueu-gueu dessus.
Sneazzy -Je peux pas poser sur le son ?
Alkpote -Non, toi tu fais vraiment trop gay. Sur ta face j’ai envie de cracher mon glaire.
Sneazzy -Ah ça. Mais vous refusez le dialogue.
Alkpote -Exactement, je veux pas qu’on parle, je veux que tu me bouffes l’anus pendant que je me branle.
Sneazzy -Et c’est moi qui suis PD, après ?
Alkpote -C’est toi qui mets des strings, suceuse ! Et de toute façon y’a déjà un blanc sur le feat, les quotas seraient dépassés avec toi
Sneazzy – Mais je suis marocain
Alkpote – Va dire ça à ta coupe de cheveux.

-On retrouve Sneazzy, à table, prenant un petit déjeuner, au bar des rappeuses (me demandez pas pourquoi, moi même je sais pas ce qu’on fout là).
Moon’A -Demander des feats à d’autres rappeurs, je trouve ça drôlement courageux de la part d’un petit PD comme toi.
Sneazzy -Mais je suis pas PD.
Shay -C’est fou que t’aies tant de complexes.
Moon’A -Allez, dis le que t’es PD.
Sneazzy -Je vous jure que non.
Shay -En string, t’étais bonne.
Sneazzy -Mais euh !!… Très bien, je vais tout vous dire… j’étais pas en string… C’était euh… un caleçon avec un string dessiné dessus !
Shay -Mais bien sûr, tu joues à faire l’homo mais t’es pas homo.
Moon’A –Pourquoi imiter les guêpes ? Une calamité.
Shay -Tu voulais dire les deps, non ?
Sneazzy -Ou les gays ?
Moon’A –Compte les rapports. Tu vois pas le rapport ? Accélérateur ! Je ne vois plus de rappeurs.
Sneazzy -C’est facile de compter mes rapports, j’en ai jamais eu.
Moon’A -…
Shay -…
Moon’A –Prie pour être stérile ou tu feras un enfant de putain.
Shay -Ça j’ai compris.
Sneazzy -Mais c’était crédible, comme excuse, le coup du string dessiné sur le caleçon, nan ?
Shay -Non.
Sneazzy -Rhooo la bitch.
Shay -C’est moi que tu traites de bitch, là ? Parce que si t’es pas content, on peut en parler autour du nine (elle sort un 9 milli de son sac à main).
Sneazzy -Euh… Non… Je parlais de moi !
Shay -Je préfère. Bitch, je suis tyrannique.
Moon’A -Allez, y’a rien. Je paye ma teille…
Sneazzy -Enfin quelqu’un qui reconnaît ma supériorité, faible f…
Moon’A –Pour te l’enfoncer dans le trou, biatch !
Sneazzy -Quelle barbarie… Cela dit, c’est assez émoustillant d’imaginer la scène.
Moon’A -MCs travestis jouent les Boyz n the hood mais ont toujours le cul opé.
Shay –Penalty sur ces pouffiasses.
-On retourne dans le studio-
Alkpote -Rebonjour les p’tits hipsters ! Alors on est revenus voir son petit Alka putain d’pote préféré ? On cherche des émotions violentes ?
Nekfeu -Mais on a pas bougé d’ici.
Alpha Wann -Et tu n’es jamais parti.
Alkpote -C’est comme ça que je fonctionne ! C’est comme ça que je fonctionne !!
Nekfeu -Bon, au moins ce sera toujours du rap multisyllabique sur du boom bap. T’aimes bien les sons typés New York, toi, non ?
Alkpote -Ouais, j’aime bien. J’ai le cœur qui palpite et la bite toute dure.
Nekfeu -Quelle vulgarité. Par contre, ça rime bien avec petite coupure.
Alpha Wann -TECHNIQUE !!!
Nekfeu -Wooooouuuuuuuuh ! 3 syllabes ! Rimes sur 3 syllabes ! Excelsior !!
Alpha Wann -Comment c’est trop bien le multisyllabisme ! On est trop des bêtes !
Nekfeu -ON-EST-TROP-TECH-NIQUE
Alpha Wann – c’est genre historique ! HISTORIQUE
Nekfeu – TRISOMIQUE
Alkpote -C’est la première fois que je vois des gens aussi dérangés.
Alpha Wann – mais c’est bizarre qu’on arrive à te choquer
Nekfeu – oui, c’est genre illogique
Alpha Wann – ILLOG…
Alkpote – Vos gueules putain. Pourquoi vous faites pas rimer ça avec « kilos d’shit » d’abord ?
Nekfeu – je préfère « stylo bic »
Alkpote – et « ptite coquine » sinon ?
Alpha Wann – je préfère « hypophyse »
Alkpote – bon ben moi je recommence à me branler si c’est comme ça.
Sidi -Alors, t’as vraiment posé avec ces gens ?
Alkpote -Ouais, sur un morceau genre nostalgique, une connerie comme ça, je crois.
Sidi -Pfff… encore des trucs de passéistes qui préfèrent regarder derrière. Leur rap de merde existe encore, c’est un miracle. Sur notre son, on va poser sur de la trap. T’entends ? De la trap ! C’est tout l’effet que ça te fait quand je te dis qu’on va poser sur de la trap ?
Alkpote -J’ai le cœur qui palpite et la bite toute dure.
Sidi -Voilà ! Là je te reconnais. En plus, ça rime avec petite coupure.
Alkpote -Tu me rappelles Nekfeu, techniquement.
Sidi -Nekfeu ?! Et qu’est-ce que j’ai à voir avec Nekfeu ? Rien en fait ! Parce que si on réfléchit bien, moi je suis un vrai rappeur. Nekfeu n’est qu’un hipster de merde ! UN HIPSTER DE MERDE !!
et le « film » en entier pour les plus jeunes et les plus cons d’entre vous
MAGIE, HOODOO, BAYOU ET MYSTERES : LA LOUISIANE A L’ECRAN

« Bayou Gumbo Ya-Ya »
Parcourir l’État du Nord au Sud et d’Est en Ouest comme un chien perdu sans collier. Après avoir barboté en eaux troubles à New Orleans, humé l’acre parfum chimique des torchères de Plaquemine, caressé les longues jambes d’amazone du delta du Mississippi, ne reste plus qu’à perdre sa propre boussole à l’intérieur même du pays cajun, ses po’ boys, crawfish pies et sa musique diatonique qui porte son âge. Atchafalaya bayou. Fantômes amérindiens. Labyrinthe de rivières et cloaques boueux rendu encore plus vertigineux par le manque cruel de repères, sans oublier les mousses espagnoles qui se balancent à la façon des corps refroidis de Strange Fruit et vous abritent temporairement du soleil assommant.
Quasiment incompréhensible, le patois du gars du coin qui conduit le rafiot et sans lesquels vous ne retrouveriez jamais votre chemin de retour vous persuade une bonne fois pour toute que vous avez bien posé vos deux pauvres burnes sur une planète inconnue. Bruit du moteur et clapotis contre la coque du bateau cachent un silence séculaire brisé par les bruits d’animaux et autres bêtes mystérieuses de la jungle hostile, mais ne peut clairement rien contre le taux d’humidité assez vertigineux qui surcharge vos poumons et mouille votre chemise. Bref, le gars ouvre la bouche, exhibe ses chicots manquants et te raconte cette veille histoire de rougarou (cf. loup-garou) à te faire froid dans le dos, alors qu’il fait 45° Celsius. Mi-humain, mi-loup qu’il est le rougarou… Bon, éthyliquement parlant, le gazier ne donne pas de signe probant de sobriété. Et puis, le cagnard aidant, tout se mêle, tout s’embrouille. En définitive, le rugaru, est-il mi-homme, mi-alligator, folklore du bayou pour péquins ou bien Cavalier sans tête ?

C’est dans cette nature envoutante et sauvage, très appropriée à retranscrire polars poisseux, histoires fantastiques et autres légendes issues du bayou, que cinéastes américains et européens (autant notoires qu’undergrounds) sont venus quérir ce que seule la Louisiane possède, défend, et ne bradera jamais à qui que ce soit : magie, swamp freaks, mythologies antiques & mystères.
En gros, ça commence en 1948 avec Louisiana Story, film de commande tourné pour la Standard Oil Company racontant l’histoire d’un jeune garçon cajun qui arpente sur sa pirogue le bayou de Louisiane. Cependant, rien de bien mystérieux ni d’écolo dans un scénario écrit à la gloire du capitalisme US. Bientôt, attiré par des bruits de machines qui perturbent le calme d’une nature presque vierge, le garçon aperçoit des ouvriers qui installent au cœur des marais un puits de pétrole. Alors que son père vient de signer avec la compagnie pétrolière un contrat d’exploitation de sa terre, le garçon, intrigué, ne cesse d’observer l’étonnante fabrication du derrick…

Précédant d’un an Un Tramway Nommé Désir réalisé en 1951, film mythique basé sur un scénario d’une pièce de Tennessee Williams mettant en scène un huis clos digne d’une tragédie psychiatrique, Panique Dans La Rue (Panic In The Streets) est un des tout premiers films où Elia Kazan s’affranchit du théâtre, de Broadway, et décide de ne plus être esclave du script. Du coup, il s’en va tourner les scènes dans les rues à bordels, dans les bars louches, sur les quais mal-famés de la Nouvelle-Orléans et finit par imposer la vraie trouvaille de ce film noir: la sale gueule de malfaiteur découpée à la serpette, celle de Jack Palance – Lequel est un pur rookie de la bobine et s’appelle encore Walter.
Sous couvert d’enquête menée par le Dr Clint Reed (Richard Widmark) et le capitaine Tom Warren (Paul Douglas) afin de retrouver les malfaiteurs et tous ceux qui ont approché un homme porteur du virus de la peste pulmonaire et éviter que l’épidémie ne se répande, c’est bien l’idéologie communiste qui est visée par Kazan. Son témoignage devant la tristement célèbre Commission sur les Affaires Anti-Américaines lors de la Chasse aux Sorcières (1953-54) confirmera cette éventuelle propagande anti-rouge.
EASY RIDER (1969)

Prostituées, sexe dans un mausolée ouvert et prise de LSD font partie des moments cultes de Easy Rider (1969), notoire film « beatnick » qui a pour vedettes nominales Peter Fonda, Dennis Hopper, Jack Nicholson, Luke Askew, mais aussi le tout récent condamné à perpète pour le meurtre de sa dulcinée, Phil « Wall of Sound » Spector – Lequel négocie l’achat de quelques grammes de coco au tout début.
Les scènes de Carnaval montrent la ville aux mille danses sous des aspects les plus champêtres, avant que Peter Fonda et Dennis Hopper filent à l’anglaise avec les filles pour s’adonner aux plaisirs du sexe sous acide. Les scènes sont filmée à l’intérieur du cimetière St Louis N°1, là où se trouve le sépulcre de Marie Laveau, incontournable Reine vaudou qui grimpa dans la société hiérarchique locale grâce à sa vision mainstream du vaudou. Au lieu de confronter son vaudou à la foi héréditaire de la vieille aristocratie européenne, Marie Laveau cuisina un gumbo platonique pour « petits blancs », nécessairement populaire, donc très lucratif… Ici, dans Easy Rider, le Sud y est perçu comme une terre particulièrement hostile, intolérante, réactionnaire. Un endroit où l’autochtone blanc incarné par Cat Man (Hayward Robillard) – celui qui tue Nicholson à coups de gourdin – a droit de vie et de mort sur la fange composée par les négros, fags et autres beatnicks. Finalement, la petite mort entrevue au Cimetière N°1 va laisser la place à la vraie… Un peu avant que les Yankee queers (sic) franchissent la limite du comté.
VIVRE ET LAISSER MOURIR (LIVE AND LET DIE) (1973)

Un Bond classique de Guy Hamilton (1973). Plusieurs agents britanniques ont été tués et James Bond enquête à New York, dans le quartier de Harlem, où il affronte un caïd de la drogue, le redoutable docteur Kananga. Envoyé à la Nouvelle-Orléans, pour enquêter sur ces morts mystérieuses, il rencontre Tee Hee qui a une griffe en guise de main, Baron Samedi à la fois maître vaudou et gardien du cimetière… enfin, la mystérieuse Blanche Solitaire et ses cartes de tarot. Il va sans dire qu’un James Bond de cet acabit ne pouvait accepter les acteurs noirs que dans la parodie, la canaillerie, la vilenie.
Afin de remplir sa mission, et pénétrer à l’intérieur de la «cabalistique» Nouvelle-Orléans, James Bond se doit de naviguer à travers les herbes marécageuses, déjouer les sorts perfides jetés par les autochtones, évoluer sur l’eau, comme Jésus, tout ça avec la maestria et désinvolture bondiesques adaptées à ce genre de situations.
Bref, le message est clair : la séculaire magie locale ne fait pas le poids face à la gadgétisation (cf. modernisation) à outrance de Bond.
J.D’s REVENGE (REVANCHE D’OUTRE-TOMBE) (1976)

Polar fantastique ou bien série B de S.F. voire film d’épouvante blax un peu daté, les cloisons du cinéma de genre sont si poreuses qu’on peut hésiter un brin lorsqu’il s’agit de classifier Revanche d’Outre-Tombe. Le cahier des charges d’Arthur Marks était de filmer une vulgaire histoire de possession comme il en existe des dizaines dans le patrimoine orléanais. De fait, Revanche d’Outre-Tombe conte la vie perturbée d’un jeune étudiant noir qui connaît un dédoublement pour le moins sauvage de sa personne. Peu à peu, dans l’incompréhension la plus totale, le placide Ike (Glynn Turman) pâtit d’un énigmatique phénomène de réincarnation. Adoptant faits et gestes d’une ancienne petite frappe de la Nouvelle-Orléans du nom de J.D. Walker, lequel fut tué au début des années 40 après avoir été accusé d’un meurtre qu’il n’a pas commis… Ike, entièrement sous influence car possédé par l’esprit du défunt gangster, parviendra-t-il à venger ce fameux J.D. Walker puis à retrouver sa personnalité ?

DOWN BY LAW (1986)

Après s’être fait la main de belle manière moyennant le format « minimal » en noir & blanc de Stranger Than Paradise (1985), Jim Jarmush trouve ses marques et lance sa carrière de façon irréversible avec Down By Law (1986), toujours en noir & blanc. Un travelling du générique du film parcourt furtivement les housing projects de Magnolia d’où vont bientôt émerger Bounce music et pléthore de rappeurs notoires de la ville. Petit exercice de style qui plante le décor et anticipe la cavalcade effrénée du trio de petits malfrats à la remorque composé de Tom Waits (Zac), John Lurie (Jack) et Roberto Begnini (Roberto). Si certaines scènes dont la fuite rocambolesque du pénitencier sont dignes du cinéma muet, celles filmées dans les marais doivent beaucoup à l’évasion du camp dans lequel a été enfermé Max Sand alias Nevada Smith (Steve McQueen) dans le film Nevada Smith (1966) de Henry Hathaway. Ce moment à la fois crucial et même fatal où Max/Nevada, Bill Bowdre (Arthur Kennedy) et Pilar (Suzanne Pleshette) s’enfuient avec une pirogue à travers les marécages n’est pas sans rappeler les pièges que doivent surmonter les trois lascars de Down By Law pour entrevoir la liberté…

ANGEL HEART (1987)

Angel Heart fait parti des « voodoo movies », genre abordé en 1943 par le bien nommé Vaudou de Jacques Tourneur où les personnages tentent d’échapper à leur passé, aux forces du destin. Un combat vain, désespéré. A noter que, contrairement à Harry Angel/Johnny Favorite (Mickey Rourke), détective privé amnésique d’ Angel Heart, le cinéaste d’origine française – fils de Maurice Tourneur – n’a jamais vendu son âme au Diable. Préférant être mis au ban pendant de longs mois par Hollywood qui voyait en lui un « nigger lover » totalement incontrôlable plutôt que de caricaturer les Noirs à l’écran.
Fascination, fétichisme, parodie et même une certaine anxiété, c’est la représentation que Hollywood a souvent fait du culte vaudou, culture populaire énigmatique et peu comprise de la diaspora africaine. Laissant apparaître au grand jour certains traumatismes dans la société des descendants européens tels que les stéréotypes raciaux et la question du racisme, lesquels flottent comme des bouchons de liège à la surface de l’incompréhension. Bien entendu, le jeu de Tarot de Margaret Krusemark, la diseuse de bonne aventure d’ Angel Heart, fait partie intégrante des tours de passe-passe du hoodoo louisianais… Cartes à jouer mettant en balance le côté cartésien de la foi traditionnelle européenne, toutes capables de réveiller craintes latentes et forces obscures qu’elles invoquent.

BAD LIEUTENANT : ESCALE A LA NOUVELLE-ORLEANS (2010)

Remake à la fois teuton et mou du chibre du chef d’œuvre d’Abel Ferrara. Interminable, lourd et surjoué (2h2mn) le long-long métrage ne possède pas la fièvre communicative du scénario original écrit par feu Zoë Lund & Victor Argo… Ici, il faut sacrifier à la thématique du sublime pour avaler sans broncher ce genre de polar de Werner Herzog. Je vous convie à (re)voir l’interprétation de Harvey Keitel qui savait donner épaisseur et subtilité à son personnage, tout ça sans se répandre. Non, rien n’y fait, la déliquescence de la ville aux mille danses filmée par Herzog ne fera jamais oublier le New York glauque de Ferrara. Ni les décors naturels, ni le scénario, encore moins les substances que s’envoie Terrence McDonagh (Nicolas Cage) à longue-longueur de film ne parviennent à secouer la partie reptilienne de mon cerveau. Pas même le châssis pourtant cubain de Frankie Donnenfeld (Eva Mendes) ne parvient à sublimer l’action, c’est dire…
TRUE DETECTIVE (2014)

HBO aime s’implanter en Louisiane afin de profiter des décors naturels et n’hésite jamais à absorber catastrophes et cultures locales pour broder scenarii et intrigues qui font le succès de ses séries les plus populaires – cf. True Blood, Treme –
La dernière en date, la série True Detective, est ce diamant noir taillé avec un soin tout particulier par les producteurs de la firme à installer une intrigue issue de The King in Yellow (cf. Le Roi vêtu de jaune), recueil de nouvelles fantastiques de Robert W. Chambers (1895), au sein même de la pampa louisianaise.
Certainement influencé par le synopsis du Masque de La Mort Rouge d’Edgar Allan Poe (1842), The King in Yellow a enfanté un gnome fantastique :L’Appel de Cthulhu, écrit en 1926 par H.P. Lovecraft dans lequel un anthropologiste découvre un étrange bas-relief représentant une caricature d’homme « à tête de poulpe munie de tentacules surmontant un corps écailleux et grotesque muni d’ailes rudimentaires ». Décidément, rien ne semble différencier le rugaru des marais et l’univers de Lovecraft.
Paru au début des années 80, le jeu de rôle éponyme inspiré par L’Appel de Cthulhu est à la hauteur du labyrinthique bayou louisianais. Un peu à la manière de Rust Cohle, le zinzin de détective de la série, ce défit vous fera perdre tôt ou tard des points de santé mentale, notamment si vous croisez sur votre chemin le Roi Jaune, avatar d’Hastur qui utilise la pièce de théâtre afin de plonger l’humanité dans le chaos le plus total.
Ce qu’il fallait écouter -ou pas- cette semaine #2
Les sorties de la semaine : L’entourage, Bibo, Odezenne, Camelia Pand’or, Elio. Y’a aussi eu le leak du « meilleur album des dix dernières années » de Joke, mais on l’insultera en parlera la semaine prochaine. Lire la suite « Ce qu’il fallait écouter -ou pas- cette semaine #2 »
Trente bonnes raisons d’écouter Violences Urbaines 4 (LIM)
Mais j’ai pas recompté alors y’en a peut-être que 28 ou 29. Lire la suite « Trente bonnes raisons d’écouter Violences Urbaines 4 (LIM) »
Michael Jackson, retour d’outre tombe
Une nouvelle journée sur twitter, c’est un gif de chat bien LOL, un tumblr fun mais éphémère, des instagram de Kim K et une polémique.
Lire la suite « Michael Jackson, retour d’outre tombe »
Cinéfilou : RebootCop

Donc une fois n’est pas coutume, vu que le DVDRIP est de sortie (parce que oui, on est des clodos, on peut pas le faire pour la sortie du film, mais on va pas non plus attendre celle du dvd), je me suis dit que ce serait cool de partager avec vous les moments privilégiés que j’ai passé avec l’équipe du film Robocop (on pourrait croire que je parle d’une partouse mais pas du tout). Attention c’est pas la version culte de 1987 mais celle du reboot de 2014.
On va pas se mentir la principale qualité de ce film ce sont les vidéos ci-dessous. Il est à noter que ce sera sans doute la dernière intervention des célèbres baskets de Spleenter en milieu cinématographique (j’ai explosé les semelles).
Gary Oldman, the man, the myth, avec une super blague à la fin
Joel Kinnaman, l’acteur principal, avec une super blague au début
José Padilha, le réalisateur, avec une super blague au milieu
et ça c’est Robocop – Our Remake, un film financé grâce à un crowdfunding parmi des fans cinglés (55 réalisateurs au total) qui a logiquement donné un « remake » totalement mongol, avec notamment des partis pris audacieux comme « on s’est dit : dans l ‘original Robocop flingue la bite d’un mec. Comment faire mieux ? On n’a qu’à lui faire flinguer la bite de 20 mecs !« . Je vous passe les autres retouches style la mort de Murphy transformée en comédie musciale, les dialogues absurdes, les scènes d’action à la Hot Shots, les références à des trucs totalement HS, etc. Si vous avez le temps et si vous avez pas de souci avec l’anglais, n’hésitez pas, cette oeuvre porte clairement le #BlavogSealOfApproval
Interview Zekwe Ramos – bonus
C’est la suite de ça : partie 1 – partie 2
Jamais 2 sans 3, Zekwe revient pour vous parler de ses influences musicales niveau beatmaking et de son point de vue sur certains collègues (Kaaris, Seth, Al K, Orelsan, L’Entourage, Dinos, Sinik, Diam’s…)
et ça c’est un quizz sur les voyages dans le temps, qu’on a donc décidé d’appeler MacFly Quizz, pour être sûr que personne ne comprenne bien de quoi il s’agit. D’ailleurs à un moment ça parle de Quick.

Ce qu’il fallait écouter cette semaine
Cette semaine, Joke a encore fait le con, Swaggman a calmé tout le monde, et le feat Kaaris-Niro n’a pas convaincu. Mais on a aussi eu droit à quelques bons projets. Lire la suite « Ce qu’il fallait écouter cette semaine »


