Interview : Escobar Macson (partie 1/2)

Genono : Commençons par le commencement. Tu découvres le rap à 11 ans, lors d’un séjour aux États-Unis.

Escobar Macson : Voila, c’était des petites vacances, je suis resté deux mois, en juillet-août. J’ai de la famille à New York, San Francisco, et Los Angeles. Premier voyage, j’avais 11 ou 12 ans, et c’était donc à San Francisco.

G : T’es tout de suite dedans ?

E : Tout de suite. J’ai découvert Cypress Hill, c’était leur moment. En plus j’étais à San Francisco, le quartier s’appelait Fresno, avec une population hispanique bien présente. Et puis juste après, c’était Death Row.

G : Tu reviens en France, tu te dis « je vais rapper », ou c’est venu plus tard ?

E : C’est venu longtemps après. Le rap, c’est un concours de circonstances, je dirais même un hasard. Alibi Montana, qui est un mec de La Courneuve, est venu habiter dans mon fief : Villetaneuse. Je traînais avec son petit frère, Alino. Et Alibi, en connexion avec la commune, décide de monter un projet. Et plus y’a de têtes, plus y’a de sous ! Donc un jour je suis avec lui, je le suis dans son idée, je l’accompagne à la mairie, je laisse ma pièce d’identité. Je fais donc partie, entre guillemets, de son organisation. Je me retrouve en studio, et là on me dit « il faut rapper ». Mais moi, je rappe pas ! A ce moment là, c’est pas mon délire. Mais petit à petit je rentre dans le jeu, les choses avancent. Le projet s’appelle Villeta Saga, on l’a enregistré, mais ça n’est jamais sorti.

Spleenter : En fait, c’est une arnaque à la mairie qui t’a fait entrer dans le rap.

E : (rires) On va dire ça comme ça !

Teobaldo : Et t’as décidé de rester, alors que t’as vu qu’il y avait pas de sous ?

E : Phénomène de mode ! Et puis y’avait des petits avantages, les filles aimaient bien. Quand t’étais rappeur, tu dégageais quelque chose, on nous déroulait le tapis rouge, je sais pas trop pourquoi. On s’est donc mis à écrire des trucs qui devenaient, au fur et à mesure, intéressants pour les autres.

T : C’était quoi tes inspirations à ce moment-là ?

E : A l’époque, ceux qui régnaient, c’était Time Bomb. L’écurie Time Bomb, c’est l’école du rap. D’ailleurs, tous les ex-membres te le diront : ça rigolait pas. Ceux qui n’étaient pas prêts, ils ne montaient pas sur scène, ils n’allaient pas en radio. Les mecs bossaient, rien à voir avec le rap d’aujourd’hui. Déjà, l’époque est différente, on avait pas d’ordinateurs, on était dans l’analogique. Tu rappais one shot ! Tu rates ton truc, tu passes ton tour.

Y’avait donc Time Bomb, La Cliqua … (il hésite) … je vais pas dire le Secteur Ä, mais, pour ma part, Ärsenik. J’ai beaucoup aimé Ministère A.M.E.R, pas forcément dans « l’art » du rap, mais surtout dans ce qu’ils racontaient. On se reconnaissait dedans. Ça puait la rue ! Chaque morceau avait un délire différent. Déjà, ils n’ont fait aucun morceau dansant. Je sais pas qui a fait les instrus à l’époque, mais ça fait peur !2237311985_1

G : A tes débuts, on te prêtait une comparaison avec Oxmo, au niveau de ton timbre de voix. C’est pas un truc qui t’a cassé les couilles ?

E : Au départ, c’est flatteur. Oxmo, c’était pas n’importe qui ! Il était très fort, et il l’est toujours. Pour moi il faisait partie du top 3 dans l’écurie Time Bomb … peut-être top 4. Les trois autres, c’est à vous de voir ! Ou je dirais peut-être top 5.

G : Ah, il était pas si bon que ça finalement ! (rires) Il va finir dans le top 10, top 15.

E : Je dis top 5, mais j’ai pas dit dans quelle position. Il est peut-être premier, ou deuxième ! Y’avait Lunatic qui sortait du lot, y’avait Hifi, et Ill. Après, ça a commencé à me casser les couilles dans une phase de recherche, ou tu veux définir un peu ton identité. Je me calquais pas sur lui, c’est juste que j’avais une grosse voix, et que je rappais presque en parlant.

S : La formation de Drive-By Firme, elle arrive comment ?

E : C’est arrivé bien après. J’ai commencé en 1998. Il faisait froid, ça devait être en automne ou hiver.

S : D’ailleurs sur Résurrection, t’as un morceau caché qui date de cette époque.

E : Ouais, il fait partie de ce qu’on préparait avec Alibi.

T : Au début du morceau, tu parles de Paul Kuhan, je rêve pas ?

E : Nan nan, tu rêves pas. On disait un peu tout et n’importe quoi (rires). Tout nous inspirait, les dessin-animés, les politiciens méchants …

T : Pas les gentils ?

E : Nan, les gentils ils faisaient pas partie de nos inspirations.

G : Politiciens gentils, en même temps, y’en a pas beaucoup.

E : Non, ils sont là, ils nous sourient … Bon, pour revenir à Drive-By Firme, à la base y’avait le projet Villeta Saga. Un membre du projet, R.A.N.I, Rabza Armé Non Identifié, devait poser dans une compilation (Sarcelles Ligne de Front) produite par Menace Records, en coproduction avec Jean-Marie, un mec de Sarcelles, qui avait sa boite, Come-in Prod. R.A.N.I était de Pierrefitte, il avait eu le plan, et il n’a pas pu se rendre en studio. Donc il nous a appelé, et nous a proposé de prendre sa place. Donc Alibi, moi, et un membre d’un autre groupe de Villetaneuse, 7ème Kommando, on est partis, on a posé sur la compil.

Les rappeurs qui avaient posé sur la compil devaient laisser leurs coordonnées. Moi, rien à branler, j’ai rien laissé. Alibi a laissé son numéro de téléphone, et on l’a rappelé pour nous proposer une signature. Pour moi c’était nouveau, j’y connaissais absolument rien. Voilà comment on a atterrit tous les deux chez Menace Records.

Ensuite, j’ai posé dans des compils … Alibi, lui, a sorti son album, « T’as ma parole ». D’ailleurs, l’album, on le préparait tous les deux. C’était un album commun, au départ. Malheureusement j’ai été … indisposé. Disons que je suis parti en vacances aux frais de l’Etat. Et un mois plus tard, je reviens, Alibi avait terminé l’album. J’ai posé sur un freestyle, qui était le dernier titre enregistré pour ce projet-là … et c’est tout.

Après, c’était mon tour, logiquement, de sortir mon projet ! J’entre en studio, je fais ce que j’ai à faire … Tu t’appelles Menace Records, mais tu trouves que ce que je fais, c’est un tantinet hardcore ! Mais mec, ce que je raconte c’est là où je vis ! T’es venu me chercher en voiture, t’as vu comment ça se passait ! On fait pas dans la dentelle, Candy c’est un dessin-animé !

En plus de ça, je sentais pas la motivation en face … Je posais dans des compils, on me mettait pas en avant. A chaque fois fallait ramer, y’avait toujours des excuses, des explications, ça m’a cassé les couilles. J’enregistrais trois morceaux par jour, l’album était prêt, mais ça sortait pas, pour des raisons que lui seul connait. J’ai donc dit salam, shalom, salut, arrivederci, sayonara.

On se retrouve donc avec 3ème degré (R.A.N.I, Jozahef), Di-extaz, et on forme l’équipe Drive-By Firme, chaperonnés par un grand, Big fou. En gros, c’est lui qui gérait les studios, etc. Jeunesse, manque de maturité, de discipline, difficultés à combiner nos emplois du temps … le projet sur lequel on était a été avorté naturellement. Mais le nom est resté, et à chaque fois qu’on avait l’occasion de le faire retentir, on le faisait.

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T : On a même pas fait la moitié de ton parcours, et t’as déjà un cimetière de morceaux jamais sortis. T’en as combien en tout, des centaines ?

E : Honnêtement, je sais pas. J’en ai mis quelques-uns sur Résurrection … je sais pas. Je peux pas quantifier, mais effectivement, y’en a beaucoup.

G : Y’a une chance de les entendre un jour ? Y’aura pas de Résurrection 2 ?

E : Peut-être un jour, pour le fun, je sais pas.

Mike (manager de Escobar Macson) : En tout cas, si ça se fait un jour, ce sera gratuit.

E : Dans un débarras, je dois avoir trois boites de baskets Foot Locker remplies de cassettes.

S : Comment s’est faite la rencontre avec DJ Hamdi ?

E : DJ Hamdi, c’est un mec de Sarcelles. Moi je suis de Villetaneuse, donc à 10 minutes en voiture. Je l’ai rencontré par le biais de R.A.N.I, puisqu’on allait enregistrer chez lui, dans son home-studio. Je collabore toujours avec lui. Il fait des clips aussi, en fait il a un don : il sait parler avec les machines. Tu lui donnes une machine avec plein de boutons, une machine qui a la varicelle, il arrivera toujours à en faire quelque chose. Il est technique, touche-à-tout.

S : A l’époque où il était le DJ de Casey, vous avez jamais fait de feat ?

E : Publiquement, non.

S : Donc ça s’est fait, mais c’est jamais sorti ?

E : Peut-être … (rires) Y’a beaucoup de surprises, y’a des choses qui arriveront et qui en étonneront plus d’un. Enfin, on peut espérer ! (rires)

T : Avec le reste d’Anfalsh aussi ?

E : On peut espérer ! (rires à nouveau –Escobar est décidément machiavélique)

G : T’as sorti Bestial Chapitre 1. C’est prévu qu’il y ait d’autres chapitres ?

E : Oui, il y en aura d’autres. Quand, je sais pas, mais y’en aura d’autres.

T : Bestial c’était un peu bizarre la façon dont c’était annoncé, comme un best-of.

escobar-macson-122254E : Ouais… c’était plus pour des raisons administratives. Résurrection, il est sorti dans les conditions que vous pouvez connaitre. Faut revenir sur mon drôle de parcours rapologique. Après Drive-By Firme, j’ai été contacté par un mec qui s’appelle K-libre, qui co-produisait avec Bayes chez Menace Records, et avec qui j’étais en bons termes.

Chez Menace, il rappait, et il était très très dangereux. Il voulait pas sortir de projets, il faisait juste ça en studio, et il me poussait, il contribuait à créer une ambiance de challenge au sein du label, il donnait envie de se surpasser. Bref, quand j’ai raccroché les gants chez eux, il m’a dit que lui aussi finirait pas laisser Bayes, et par monter sa propre structure, et qu’il m’appellerait à ce moment-là. Ça s’est donc fait en 2002. Son label s’appelait Calibre Records. Même ambiance qu’ici (l’interview se déroule dans le studio d’enregistrement d’Escobar Macson) : premier arrondissement, sous terre, pas de réseau, en claquettes, mon jus d’orange, mes biscuits … comme à la maison ! Il me manquait juste le peignoir pour me sentir dans mon élément.

Aucune fuite, pas de projet à droite, à gauche, aucun feat, rien. Tous les jours en studio. Jusqu’au jour où on s’est retrouvé à faire la pochette de l’album, qui s’appelait Negrociation –on avait gardé le même nom que celui qui devait sortir chez Menace Records-. On se retrouve au Père-Lachaise, chez le graphiste. Et là, coup de fil d’un mec de Générations 88.2 : « y’a des embrouilles, viens vite, amène le gars avec qui t’es, et puis appelle des potes à toi, surtout s’ils sont musclés, et s’ils peuvent venir avec de quoi faire un joli 14 juillet, qu’ils viennent, ça va chauffer ». Deux stations de métro plus loin, j’arrive. On me parle de problèmes, de Booba, Ali, du 45 … Attends, tu m’appelles pour ça, mais c’est pas mon oignon ! Je m’en contre-branle un peu ! Au final, les embrouilles n’ont pas eu lieu … c’était le beef, par rapport au départ de Booba.

Je rencontre Lalcko à ce moment là, et il me dit que Jean-Pierre Seck veut remettre les casseroles sur le feu, avec Sang d’Encre 2. J’avais bien aimé le premier opus, donc je suis intéressé. J’appelle K-libre, je lui dis que, même si j’avais prévu de participer à aucun projet, ce serait bien de déroger à la règle. Il me répond qu’il connait très bien Jean-Pierre Seck …

S : tu connaissais pas Lalcko avant ça ? C’est à ce moment là que tu le rencontres ?

E : Il connaissait ma musique, il l’appréciait. On évoluait plus ou moins dans le même monde, on avait des amis en commun … donc le feeling s’est fait assez naturellement. D’ailleurs je suis toujours en contact avec lui, en très bons termes, c’est comme un frelo pour moi.

Donc K-Libre s’occupe de la connexion, on se retrouve dans les locaux du 45, on leur fait écouter ce qu’on préparait dans notre cuisine, ils ont apprécié la sauce. Ils m’ont filé un CD avec deux instrus de Geraldo … au départ c’était pas top. J’ai écrit le morceau, entre-temps j’ai appelé Jean-Pierre, pour qu’il demande à Geraldo de retoucher l’instru. Il l’a fait, deux jours après on était en studio, à Saint-Ouen, dans le 93. En 1h30 c’était bouclé. Ils étaient satisfaits, le morceau était en rotation… Les retours ont fait qu’ils m’ont proposé d’intégrer le label. Ils se sont arrangés avec K-Libre, comment dire … comme quand un club achète un joueur de foot ! Je les ai laissés s’arranger, en récupérant ce que moi j’avais à récupérer au passage. J’arrive chez 45, j’enregistre. Je fais du sale, proprement.

T : Du coup, ce que t’avais enregistré sur K-Libre Records, t’as pas pu le récupérer ?

E : Non. Je lui ai dit : « sors-le ». Profite du fait que je sois là-bas, tu vas bénéficier de la promo qu’ils vont faire pour ce que je vais sortir chez eux, t’auras juste à balancer le truc. C’est un vélo, t’auras même pas besoin de pédaler : ça va rouler tout seul. Mais, poisse sur poisse … le disque dur avec tout ce que j’avais enregistré a sauté.

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T : Tu t’es jamais dit que t’étais maudit ?

E : Si. Je me suis dit que dans le rap, y’a des mecs qui ont dû consulter des marabouts, des sorciers, en leur disant : ce mec est dangereux, faut lui mettre des bâtons dans les jantes, faut pas qu’il avance, sinon t’es baisé. Donc à chaque fois, c’est des concours de circonstances incroyables, des poisses dignes de films fantastiques.

Pour revenir au 45 (l’air agacé), on est là, avec Lalcko, chacun enregistre son album, on fait des feats entre nous. Le 45 c’était une huître fermée, et comme le voulait la maison, on s’est nous aussi transformés en huîtres fermées. Y’a une vision des choses qui leur est propre, mais que je trouve en même temps archaïque. Quand les mixtapes commençaient à paraitre, eux parlaient encore de maxi. Arrêtez les mecs, un maxi-vinyle !? Les petits de mon ghetto, ceux dont les pères écoutent des vieilleries avec leurs platines-disques, ok, mais les autres ? Comment ils font ? Même en radio, ça commençait déjà à mixer avec des platines-CD. Faut vivre avec son temps.

Plein de petites choses comme ça, comme la mise en valeur, l’exposition. Je leur ai posé la question, y’aura-t-il d’autres signatures ? On m’a répondu non. Alors faisons des couvertures, communiquons, présentons la nouvelle équipe ! Mais non, ils l’ont pas fait. Après, y’avait des problèmes en interne entre les gérants, à savoir Les 3 Mousquetaires : Geraldo, Ali, et Jean-Pierre. L’atmosphère était pas bonne, la façon de travailler non plus. J’avais ma vie à côté, mais je me retrouvais à faire le gérant. J’avais toutes les casquettes ! C’est moi qui vais voir le graphiste, c’est moi qui prends plus ou moins en charge les séances de studio … à un moment faut arrêter de déconner.

Le temps passe, je commence à mettre la pression, j’ai des réponses du type « c’est pas bon que ton maxi sorte en février, parce que moi mon album sort en avril ». On perd son temps, et puis on est comme tout le monde, de temps en temps on prend les transports, on tombe sur des gens qui apprécient le boulot, et qui cassent les couilles à chaque fois avec la même question dans les oreilles, à en devenir taré : « quand est-ce que tu sors ? ».

Donc DJ Hamdi me propose la chose suivante : « donne-moi tout ce que t’as fait, je fais un bidouillage, et puis on le balance ». C’est ce qui a donné naissance à Résurrection. J’ai juste fait un inédit, Rimes et Tragédies. Sinon tout le reste, c’est des vieilleries, mais au moins ça a permis aux gens de me découvrir. Mais même la façon dont est arrivé Résurrection, c’est du n’importe quoi. J’étais lié contractuellement par des clauses d’exclusivité. J’ai donc posé la question : est-ce que je peux faire ce projet-là, histoire de tenir le public en haleine ? On me répond oui, pas de problème, vas-y. Je donne tout à DJ Hamdi, il met tout dans la casserole, se met à tourner … et avant même que le plat soit prêt, les mecs reviennent, et me proposent un coup de pouce pour sortir le projet. J’étais très occupé, j’avais une vie un peu agitée, en même temps, le côté administratif du game, je le connaissais pas forcément, donc j’ai accepté. Et ce fut une belle erreur ! Parce que les mecs se sont retrouvés avec le master et la cover du CD… et ils sont allés voir Musikast pour presser la galette !

Mike : C’est bien, je vous avais demandé de pas parler du 45, mais il en parle tout seul !

T : Nous on en parle pas hein ! (rires)

E : Voila, en gros ils ont fait les cons, ça m’a pas plu, je leur ai dit salut, et donc rebelote, on reconstruit : on sort le projet Vendetta.

S : Du coup tu re-rentres dans une période où tout le monde te casse les couilles dans les transports pour savoir quand sortent tes projets ?

E : Si c’était juste les transports … on me presse tellement les couilles que je crois que je ne peux plus procréer.

S : Dans tes premières interviews, on avait l’impression que ça t’emmerdait qu’on te parle de ton côté « gore ». C’est parce que tu trouvais ça trop réducteur ?

E : Oui, et puis c’est surtout venu avec Résurrection. Quand je fais un projet, je suis comme un acteur de cinéma qui intègre son personnage. Le thème je l’utilise à fond, je le presse comme un citron, j’en fais tous les jus possibles. Donc je suis resté dans le champ lexical de la résurrection. Si t’es quelqu’un d’un peu flippé, t’écoutes ça, t’éteins la lumière … c’est chaud, tu changes de slip.

Mais c’est vrai que ça m’a cassé les couilles, c’est quoi cette histoire de rap gore ? C’est quoi le rap gore ? Qui pratique le rap gore ? Qu’est ce qui est gore ? Moi, je fais du rap gore ? Passe-moi mon jus de fruits et ferme-la.

T : Ça te faisait une particularité intéressante. Même si l’étiquette est un peu à chier, parce que même si on rapproche ça de l’horrorcore, ça ressemble pas vraiment à du Evil Pimp dans la forme.

E : Voila, c’est pas du Korn version hip-hop ! A mon avis c’est juste à cause de Résurrection, son habillage sonore, avec les extraits de films, les tronçonneuses … Les étiquettes c’est relou, mais tu mets ça à 100 degrés à la machine à laver, y’a plus d’étiquette.

Mais ça a attiré des mecs un peu farfelus aussi. On m’a parlé via les réseaux sociaux, j’ai eu un peu peur. « Ouais du rap gore, j’adore, putain ça saigne, c’est trop bien, tiens, je t’envoie des instrus » … putain j’écoute le truc, Massacre à la tronçonneuse, plein de trucs de ce genre, tout combiné, il a mis ça dans la cocotte, et me l’a envoyé en mp3 … C’est cool mec, mais … c’est pas ça ! (rires) J’ai une dentition normale, je sors la journée, je suis pas un vampire !

Mike : D’ailleurs tous les beats qu’on recevait à cette époque, c’était tout dans ce délire, formaté pour l’image dégagée par Résurrection.

G : A propos d’image, tu publies pas mal de photos en costard-cravate pour Red Business. C’est pour donner une image un peu businessman autour de ce projet ?

E : Voila, tu l’as dit. Ça fait aussi partie de ma vie personnelle, mais c’est surtout parce que dans ce game qu’on appelle le rap, les gens sont très focalisés sur le paraitre et l’histoire du mec. Où est-ce qu’il crèche, qu’est ce qu’il a fait, est-ce que ceci, est-ce que cela … Je veux dire, on s’en bat les couilles ! Prends ton mp3, écoute ce qu’il fait, t’aimes bien, tant mieux, t’aimes pas, tu passes à autre chose.

Donc ouais, le costume c’est pour le Red Business, et puis j’aime bien les costumes. Ça change un peu, et puis ça permet de se démarquer. C’est pas pour intégrer un personnage de mafieux, d’Al Pacino ou je sais pas quoi … J’m’en bats les couilles. J’aime pas.

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T : T’aimes pas les films de mafieux ?

E : Si, j’aime bien. Plus ils sont paranoïaques, plus j’aime. On se rend compte que tant qu’ils sont paranos, tout va bien, et dès qu’ils se relâchent un peu, ils se font niquer. Les films de mafieux finissent tous comme ça. C’est une bonne philosophie !

S : Entre-temps, t’as eu pendant un petit laps de temps un look blaxploitation, avec une petite touffe afro.

E : Ça, c’est une longue histoire ! Ça vient d’un pari ! (rires) J’avais fait une petite allergie à un truc, et j’avais un petit trou dans les cheveux. Et les mecs pensaient que j’étais chauve, donc j’ai dit « attendez, vous allez voir ». (rires) J’peux faire c’que j’veux avec mes cheveux, moi aussi !

Mais c’est encore prématuré d‘en parler, c’est le projet qui arrivera après, je pourrai mieux vous justifier cette tenue vestimentaire et ce look.

S : D’ailleurs c’est pas dans Karma que t’as ce look ?

E : Oh … y’a une petite chevelure, mais c’est léger.

S : T’as des nouvelles de l’avancement du projet ?

E : Très bonne question ! Comme je suis pas aux manettes de ce truc là, en toute franchise, je ne sais pas. Ça devrait arriver pendant les grandes vacances, mais j’ai pas vraiment d’infos, c’est juste ce que j’ai ouï dire, comme on dit en bon français. Faudrait demander à Dosseh.

S : Pas mal de tes punchlines parlent d’amputation. C’est moins marqué maintenant, mais à une période, y’en avait quand même beaucoup : « tam tam avec le coude », « coupe le doigt aux balances entre le 1 et le 7 », « si le bruit court il faut que je l’ampute » « si tu danses du mauvais pied on te coupe l’autre » « si on comptait mes amis sur les doigts de la main faudrait m’amputer » …

T : Y’en a une sur le docteur Cohen aussi nan ?

E : Docteur Cohen, c’était sur les couilles. Je lui demandais de me retirer les testicules et de me mettre des boules de pétanque.

T : Ca reste de l’amputation, on est dans le domaine de l’ablation.

S : C’est ton côté zaïrois, ou c’est le côté films d’horreur ?

E : (rires) Les zaïrois c’est pas des culs-de-jatte, tu confonds avec les roumains là !

S : La machette est populaire quoi !

E : Oh, pas forcément, c’est plus la sapologie qui est populaire. La machette ce serait plutôt … bah la machette elle est africaine. Et encore, elle est même pas africaine, elle est noire ! Même aux Antilles, on utilise le coutelas ! Mais non, j’ai pas d’explication particulière à cette obsession de l’amputation ! (rires)

Mike : Gilles de la Machette !

S : Toujours à propos de punchline, le terme est galvaudé aujourd’hui. Ce serait quoi ta définition ?

E : Très bonne question. Ma définition : la punchline c’est un package avec une pointe d’humour, de la violence, de la métaphore, de l’image, et une touche de complexité. Voilà ma définition à moi de la punchline. Si un mec balance une punchline et que je la capte tout de suite … c’est de la flunchline. C’est de la merde pralinée. Aujourd’hui, tout le monde parle de punchline, mais la plupart ne sait même pas ce que c’est. Déjà, dans punchline, y’a « punch ». A l’époque, quand on en entendait une, on se tenait la tête, on se disait « merde, il est fou ! A quoi il a pensé quand il a écrit ça ? Dans quelles conditions, il faisait quoi ? ».

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Aujourd’hui, y’a plus de culture du hip-hop. Tout le monde veut rapper. Y’en a qui ont la chance de pouvoir le faire, mais concrètement, c’est des « Monsieur vues ». Tu te retrouves en maison de disques, ou t’as des opportunités, parce que t’as fait tant de vues, ou parce que t’as une histoire un peu abracadabrantesque, et que tu joues de ça. C’est un personnage, mais tu racontes de la merde … les gens ont la bouche trop près du cul. Ca c’est un truc, franchement, trêve de plaisanteries, ça me casse les couilles. Balancer à tout va « punchline, ceci, cela » … ils savent même pas ce que c’est.

Ce que j’aime dans la punchline, c’est comme si j’essayais de trouver la combinaison d’un coffre. Quand ça vient tout de suite, je vois même pas l’intérêt. Y’a des punchlines de certains artistes que j’ai compris au bout d’un an ! Et le fait de comprendre la chose beaucoup plus tard, ça montre à quel point la personne est réellement dans le futur. Y’en a aussi qui te parlent de futur, ils se prennent pour des extra-terrestres, ils ont découvert la science … laissez les auditeurs s’exprimer, arrêtez de vous autoproclamer ceci ou cela.

Mike : Tu fais référence aux « professeurs punchline » et compagnie, qui ont poussé depuis quelques années ?

E : C’est comme les champignons au bois de Boulogne … Tonton Punchline, Professeur Punchline, Monsieur Punchline … J’ai sorti Monsieur Punchline parce qu’un autre mec me l’avait sorti juste avant. Même mon blaze de Escobar Macson, regarde, Mac c’est mon prénom, et Escobar c’est parce que j’avais sortit une connerie dans un texte genre « je vends mes rimes, je bicrave mes rimes », et on m’avait répondu « tu vends t’es rimes toi ? T’es Pablo Escobar ! ». Tout le monde était là « Escobar, Escobar » … et le mec qui n’avait pas suivi la vanne, la conversation le jour J, a fini par m’appeler Escobar lui aussi. C’est resté, et puis ça me fait un nom et un prénom, Macson Escobar, c’est très bien. Mais y’a jamais eu d’auto-proclamation. On laisse les gens s’exprimer, et si ça nous plait, on prend.

Escobar-MacsonS : Tu faisais référence à Seth Gueko avec « Professeur Punchline » ?

Mike : Ouais, après c’est pas lui personnellement, mais plutôt tout ce que ça a généré.

Teobaldo : C’est toujours pareil, c’est comme quand le mot « bling-bling » est arrivé … ou plutôt qu’ils l’ont compris, parce qu’il a toujours été là. Pareil pour le mot « buzz », maintenant c’est le mot « swag », même s’il existe depuis 5-6-7 piges.

Escobar : Je peux même me vanter de …

Mike : (il coupe) Pas d’auto-proclamation ! (rires)

Escobar : Là, franchement, je le fais ! J’ai été le premier à avoir parlé de tsunami. Le morceau dans lequel je parle de tsunami c’est Trois voyelles et quatre consonnes, que j’avais enregistré chez 45 en 2004. Personne ne savait ce que c’était ! Même quand je l’ai balancé, Jean-Pierre Seck m’a demandé : « mais qu’est ce que c’est ? ». En fait, à la base j’étais chez moi, je suis comme tout le monde, je zappe, je tombe sur Arte. Ça parle d’un raz-de-marée qui a balayé le Japon dans les années 40 ou 50. J’ai pris une feuille, un stylo, et j’ai noté « tsunami », avec entre parenthèses « raz-de-marée ».

Après y’a eu le tsunami en Thaïlande, tout le monde l’a repris, je me suis dit « ah les pédés, ils m’ont cramé » (rires)

Mike : D’ailleurs c’est pas Ali qui a fait un titre qui s’appelle Tsunami ?

Genono : Si si, y’a même un clip en Porsche.

Mike : Ah oui, genre ça se passe au Japon ?

Genono : C’est ça.

Escobar : Un tsunami, un tsunami … c’est juste un verre d’eau.

Spleenter : Beaucoup de rappeurs font référence à La Cité de Dieu, mais t’es le seul à prononcer Beignet et Zen Pequenõ. Pourquoi ?

Escobar : Oula, ça c’est une longue histoire. On va pas trop rentrer dans les détails. J’avais été heurté par certaines personnes, et ces deux personnes-là, au lieu de les appeler Bené et Ze Pequenõ, je les ai appelé Beignet et Zen Pequenõ, petit nez. C’était une flunchline. (rires)

Spleenter : Dans tes critères pour les punchlines, t’as intégré l’humour. Les gens retiennent surtout ton côté dur, hardcore, mais beaucoup de tes phrases donnent un sourire, tes images sont marrantes. Comme par exemple sur Esprits Crapuleux, quand tu dis « je suis avec ma planche j’attends la prochaine vague de violence ». C’est conscient, ce côté ludique ?

Escobar : Non, pas spécialement, ça me vient comme une envie de pisser.

Mike : Il parle comme ça toute la journée !

Escobar : Voila, je sors des conneries à la seconde, donc c’est ce qui ressort aussi dans les textes. Comme je te le disais, une punchline combine humour, violence, etc, donc parfois y’a un peu plus d’humour que de violence, mais ça reste toujours la même formule.

Mike : Moi j’ai une question pour vous ! (notre tendance à nous faire interviewer par nos propres interviewés se confirme donc) Les « punchlines » à base de comparaison, par exemple « j’ai les yeux bleus comme des gyrophares » … vous qui écoutez pas mal de son, et qui êtes extérieurs à ça, pour vous c’est une punchline ou pas ?

Teobaldo : Une punchline maintenant, c’est devenu une phase.

Genono : Dès qu’il y a une petite image, un petit truc, on va dire « punchline ! »

Escobar : Normalement, la punchline c’est au-dessus de la phase. On a banalisé le truc.

Spleenter : En fait ça dépend. Si la comparaison est vraiment inattendue, genre … ce qui me vient là, c’est Taïpan quand il fait « trouve moi sous ta tasse comme Kobayashi ». T’es obligé de réfléchir, d’avoir le double-sens de tasse et de penser à Usual Suspects, il grille Kobayashi grâce à la marque de la tasse… Ça, c’est bien trouvé. Mais un mec qui me dit « bleu comme gyrophare », non. C’est comme ce qu’ils appellent les punchlines-hashtag : « les jaloux vont maigrir #anneaugastrique ». C’est exactement la même chose, sauf que t’enlèves le « comme ».

Genono : Question par rapport à Lalcko et Despo : qu’est ce qui se passe ?

Spleenter : Oui, ça a pas mal parlé de projet commun.

Escobar : Qui a parlé de projet commun ? Je m’en souviens pas moi ! Est-ce que j’ai fait une seule interview où j’ai annoncé ça ? Est-ce que je suis monté sur une table pour dire « on va faire un projet commun » ?

Teobaldo : C’est une question en tant qu’auditeur.

Spleenter : Voila, c’est un fantasme d’auditeur. Et puis y’a eu 2-3 interviews de Lalcko où il fermait pas la porte. (Dans la nôtre, par exemple)

Teobaldo : Puis vous avez fait beaucoup de connexions ensemble, et il se passe toujours quelque chose. Et à chaque fois quelque chose de différent en plus.

Spleenter : Juste après La cage aux lions, y’a même des mecs qui disaient que Seth Gueko s’ajoutait au projet.

Mike : Je crois que ça a toujours été du domaine du fantasme. Si vous avez la source, on va aller le flinguer direct, parce qu’à chaque fois on nous pose la question.

Escobar : J’te laisse tirer, la prison ça va aller. La gamelle, mon pote … (rires)

Mike : Nan mais un projet comme ça, faut avoir les couilles de le produire.

Escobar : C’est même pas une question de couilles, un projet comme ça, ça peut aussi rouler tout seul. Mais pour répondre à ta question … bah faudrait leur poser la question, à eux.

Genono : Mais toi, ça t’est venu à l’idée ? Est-ce que ça peut se faire à l’avenir ?

Escobar : Tout ce qui peut donner de la force au game, et changer ce qui me déplait à travers ce que j’écoute et ce que je vois … avec plaisir ! Mais faut leur poser la question !

Genono : Despo, quand tu le vois avec Guizmo et Mokless, ça t’inspire quoi ?

Escobar : Bah … j’vais pas être gentil, et d’ailleurs je suis pas là pour être gentil, mais ça m’inspire pas trop. Ça m’inspire pas trop parce que, c’est vrai qu’on peut être différents, être issus d’univers différents, et s’entrechoquer pour créer de la matière, mais j’arrive pas à me retrouver dans ce trio. Pour moi, c’est vraiment le grand écart américain. Alors tu me dis Mokless, encore, bon, oui. Plus ou moins. Mais vraiment, Guizmo, ça n’a rien à voir.

Par comparaison, c’est comme si je prenais Booba, que je le mettais avec Youssoupha, et pour le troisième mousquetaire je vais prendre … Orelsan. J’ai vraiment pris au hasard, je dis pas que Booba c’est lui, Orelsan c’est l’autre …

Mike : A la limite, Orelsan et Youssoupha ensemble, moi j’y crois.

esco citation 4

Genono : Bah pareil, Mokless avec Guizmo, pourquoi pas, mais Despo …

Escobar : Mais attention, je dis pas qu’ils sont mauvais ! C’est que Despo, il a un univers très particulier. C’est comme si tu prenais un litre d’eau et un litre d’huile, et que t’essayais d’en faire quelque chose … ça n’existe pas ! On verra, des fois la chimie c’est bizarre, peut-être que tu vas trouver la formule qui permet de diluer l’eau avec l’huile, tu vas inventer un carburant qui va te permettre de rouler 3000 kilomètres avec un plein.

La vraie question qu’il faut se poser, c’est : à qui va bénéficier ce projet ? Au delà des points communs, qui va tirer son épingle du jeu ?

Spleenter : Y&W !

Escobar : Oui, mais je parle maintenant des artistes.

Teobaldo : Celui qui sera le meilleur sur l’album, tout simplement.

Spleenter : Celui qui a une actu derrière surtout !

Escobar : Celui qui a le plus d’actu aujourd’hui, c’est Guizmo. Mokless un peu moins, Despo, avec les soucis qu’il a eu, les rumeurs, etc, son album date de 2010. Comme moi, ça date. Je pense que c’était pas la meilleure façon de revenir, en ce qui le concerne lui, parce que les autres, je les connais pas.

Spleenter : Comme quoi, les fantasmes d’auditeurs ça va loin, parce que quand l’annonce de ce projet est tombée, y’a eu des commentaires de type « bravo, tu passes de Esco et Lalcko à ces deux types » …

La suite : la semaine prochaine

Escobar Macson : Interview (Captcha Mag x Le Blavog) from Captcha Mag on Vimeo.

MOBSTERS, FLAMBEURS ET AUTRES GANGSTERS DU RAP GAME (5)

# RAYFUL EDMOND 3

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« The city ain’t been the same since then. Especially, with that bitchass Rayful telling. It almost seems as if he made it a fad. I definitely blame him for that. » The DC Hustler

« I was real jazzy. I’m like let’s try to have a lot of class. » Rayful Edmond

Le jour où Rayful Edmond 3 fut jeté en prison pour le restant de sa vie, il adressa ce message à la centaine de balances et autres fils de putes qui avaient œuvré contre lui : « Je reviendrai ! »

Non, « Big dog » Rayful n’est jamais revenu de l’enfer pénitentiaire. Il y coule des jours caniculaires, investi dans le « United States Federal Witness Protection Program », visité régulièrement par sa maman, protégé par le Gouvernement puisque son entêtement à vendre de la drogue en font un témoin historique en tout point irremplaçable.

Avouez qu’il aurait pu tomber facilement dans l’oubli. Seulement, tagué en long et en large sur les murs de Chocolate City par la légende du graffiti local, Cool « Disco » Dan, célébré par un jeunot Jay-Z (« Can I Live » 1996), vénéré par The Clipse, enfin, remis récemment dans la lumière par Wale (« DC Or Nothing » 2011) puis par Meek Mill feat. Rick Ross (« Work » 2011) Rayful Edmond 3 n’a rien à envier aux autres kingpins racontés précédemment dans la saga des « Mobsters, Flambeurs et autres Gangsters du rap game » en terme de notoriété dans l’industrie du rap. Pour s’en assurer, il ne suffit pas d’écouter attentivement les lyrics, il est impératif de revenir sur le destin vite abrégé d’un as du business de la drogue pour tenter de discerner l’aura du bonhomme …

The coach, John Thompson
The coach, John Thompson

Un flambeur passionné de sport …

Né en 1964 à Washington D.C., Edmond 3 a une réelle passion pour le sport. Il est un fan absolu des Georgetown Hoyas, panel d’athlètes multi-sports qui véhiculent la réputation de l’université de Georgetown à travers le pays.

D’ailleurs, John Thompson, émérite coach en basket-ball à Georgetown, lui intime l’ordre d’arrêter de fréquenter les futures stars du panier que deviendront John Turner et Alonzo Mourning. A n’en pas douter, Edmond 3 sent déjà le souffre. Conséquences de sa fréquentation avec le dealer, Mourning est convoqué par les Feds pour se justifier. « Je n’ai jamais vu de drogues, de cash, ou d’un quelconque attirail de transformation dans aucune de ses maisons ! » confirmera-t-il, un peu avant que Thompson n’hésite pas à menacer publiquement le gangster et sa présence inconvenante. A vrai dire, coach Thompson fut le premier et dernier quidam à oser affronter et menacer Edmond 3 sans avoir recours à des représailles. Son statut d’entraineur des Hoyas l’a à coup sûr préservé du pire …

A cette époque, en 1986, Rayful Edmond 3 est en pôle position du business de la drogue à Washington. Ce dernier a ouvert un marché à ciel ouvert dans le Southwest de la ville et il paye ses « runners » entre 100 et 500 dollars par semaine. L’endroit s’appelle « The Strip ». N’importe quel quidam a besoin de sa dose peut débarquer à n’importe quel moment du jour et de la nuit, car c’est ouvert 24h sur 24, 7 jours sur 7. En quelques mois la crack cocaïne est devenue la chose la plus courue à Chocolate City. La police a perdu le contrôle de la situation dans les ghettos, si bien que Washington est élue la capitale US du crime. Drôle de promotion pour la capitale fédérale du pays qui est devenue l’équivalent de Chicago période Al Capone, à la mode des années 80/90. Ville historique au climat tempéré où les gens ont peur de sortir de chez eux car terrifiés par les meurtres et autres drive bys qui s’enchaînent sans la moindre interruption jusqu’à ce 14 février 1989, authentique Valentine Day avec ses 13 morts par balles.

Rien de nouveau sous le soleil du District de Columbia. Déjà en 1972, l’écrivain gonzo Hunter S. Thompson avait décidé d’attaquer le problème de la violence locale à la racine dans son réactionnaire « Fear and Loathing on the Campaign Trail ’72 », dénonçant la passivité du gouvernement Nixon embourbé au Vietnam et se demandant ce qu’attendaient les Blancs pour foutre dehors les quelques 72% de Noirs qui composaient à cet instant la ville de Washington D.C..

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Et puis il y a ce gamin de 17 ans qui est classé parmi le Top 10 des « runners » qui bossent pour Edmond, et qui, lorsqu’il se fait serrer, possède 7 voitures et gagne 20 000 dollars par mois. Les bruits courent, la rue les colporte … Bref, les Feds ont des oreilles un peu partout dans le ghetto. Aussi le jour où ils convoquent Edmond, ce dernier ne trouve pas mieux que de se pointer à l’entrevue en limousine blanche avec chauffeur, sapé comme un roi africain, arborant au poignet sa montre favorite estimée à 300 000 dollars. Cette désinvolture de nouveau riche, notre homme l’arbore sans retenue. Non, l’attitude « jazzy » d’Edmond n’est pas pure mythomanie. Il est connu pour avoir dépensé précisément 457 619 dollars dans un magasin de sapes italiennes, le Linea Pitti à Georgetown, dont le patron Charles Wynn sera un peu plus tard accusé de posséder 34 comptes de blanchiment d’argent.

Sachez que Rayful Edmond n’est pas uniquement supporter des Hoyas, gros dealer ou flambeur, il aime aussi boxer. Non seulement l’art du jab et de l’esquive le maintient en forme, mais lui donne une vraie assurance lorsqu’il faut donner le coup de poing, même si c’est Antonio « Yo » Jones qui est rémunéré pour s’acquitter de la sale besogne. C’est en accord parfait que lui et sa propre famille vendent de la drogue, pourtant c’est encore et toujours sa passion pour le sport qui guide sa destinée. Se déplacer en jet privé jusqu’à Las Vegas afin de voir son idole, Ray Sugar Leonard, démolir un à un ses opposants va à jamais changer sa vision du business. Là-bas, à l’ouest, il ne tarde pas à rencontrer Melvin Butler et Brian « Waterhead Bo » Bennett, deux membres des Crips qui ont dans leur carnet d’adresses la connexion avec le Cali Cartel qui œuvre en Colombie. Importer une drogue qui a pris l’aspect de la crack cocaïne est devenu un jeu d’enfant pour Edmond 3, il leur envoie l’argent par courrier et c’est par centaines de kilos qu’il est approvisionné dans son fief de Georgetown.

Le crew de Rayful Edmond 3
Le crew de Rayful Edmond 3

Une entreprise familiale

Le Quartier Général, lui, se situe chez la grand-mère d’Edmond. C’est là que les membres de la famille ajoutés à ceux du crew supervisent les opérations, comptent l’argent et empaquètent la drogue destinée au « The Strip ». Si le prénommé Antonio « Yo » Jones est en charge de la sécurité, le crew qui entoure Edmond est d’une efficacité totale. Les membres connaissent parfaitement les codes de la rue – « If you’re willing to do the crime then be willing to do the time. » – et savent la boucler quand les choses s’enveniment. Se déplacer sur le fil du rasoir fait parti de leur quotidien et vendre 25 dollars de coke est une opération si bien orchestrée qu’elle peut se multiplier à l’infinie … Rien à enlever ou à rajouter, la machine est parfaitement huilée.

Alors que le crew œuvre dans l’ombre la plus complète dans les rues exiguës de Main Street x Orleans/Morton, endroit stratégique où se situe ce volcan en fusion appelé « The Strip », Rayful Edmond 3 alias le « 300 Million Dollar Man » parade en Benz, Porsche ou Jaguar, jette les dés à Las Vegas ou Atlantic City, va chez le merlan au moins trois fois par semaine, mais n’oublie pas de soigner son image publique avec la minutie d’un horloger suisse. Malgré que les haters lui attribuent des tendances homosexuelles, ce type est un vrai aimant à gonzesses, en plus, son entourage roule sur l’or, mais pas que … Pour se maintenir à ce niveau quasi schizophrène de héros du hood, il n’oublie jamais de voler au secours des nécessiteux de son quartier, leur offrant la dinde ultra gavée de Thanksgiving, distribuant les billets de 100 dollars aux gosses pour qu’ils s’offrent des Air Jordans.

Autant le rapprochement avec Robin des Bois s’impose, autant Main Street x Orleans/Morton n’a rien a voir avec la forêt de Sherwood … Zone urbaine exsangue, certes, n’empêche que quand les flics rappliquent, ils ont été repéré depuis longtemps par les sentinelles et devront enjamber de multiples obstacles qui ont été dressé par les dealers afin d’entraver leur progression.

Famille nombreuse, famille heureuse
Famille nombreuse, famille heureuse

Trop grand, trop haut, trop vite …

Entre 1985 et 1989, la criminalité a doublé à Washington. Le fléau de la crack cocaïne a bien entendu contribué à cette escalade, aussi pour continuer à régner sur la ville et espérer ne pas descendre trop précipitamment des nuages crayeux flottant sur son Gangster’s Paradise, Edmond s’allie avec une femme blanche du nom d’Alta Ray Zanville. Miss Zanville vend la drogue qu’Edmond lui livre et devient tout naturellement intime avec sa mère, Bootsie. Si elle prête son nom pour qu’Edmond puisse avoir accès à voitures et appartements dans l’anonymat le plus complet, elle a un micro dissimulé et recueille tout ce qu’il faut savoir sur l’organisation des gangsters de Georgetown. Quelque part, à l’écoute, les Feds attendent patiemment de posséder le strict nécessaire pour confondre Rayful.

La spirale négative s’est mise en route le jour où Royal Brooks, ami d’enfance d’Emond 3, se fait virer de L.A après avoir perdu 2 millions de dollars en cash dans une affaire de drogue. Edmond vient d’avoir 22 ans. Si les coutures de ses costards Hugo Boss, Valentino ou Ralph Lauren tiennent encore le coup, celles de son organisation lâchent tout doucement … Il ne le sait pas encore, mais va l’apprendre à ses dépens.

En 1989, Edmond est finalement appréhendé avec 29 autres personnes dont sa mère, sa tante, ses frères et sœurs, et Johnny Mondord, son cousin … Les membres de son crew sont éparpillés dans diverses prisons alors qu’il est accusé d’être responsable de pas moins de 60% du marché local de la cocaïne, plus détention d’armes, meurtres et autres actes de violenc e… Il aura fallu 2 ans et quelques 200 agents fédéraux pour le déboulonner de son piédestal d’original snowman.

Michael « Corleone » Blanco
Michael « Corleone » Blanco

Sitôt jugé et condamné à la prison à vie, on le parachute au pénitencier de Lewisburg en Pennsylvanie. Là, il se lie avec les frangins Trujillo/Blanco qui sont les rejetons de la marraine de la coke, feue Griselda Blanco alias «La Madrina », qui fait régner son pouvoir sanguinaire en Floride. Si les frères Blanco ont eu leur première Porsche à l’âge de 6 ans, leur enfance fut un véritable calvaire : tentative d’enlèvement à 4 ans, famille constamment sous les verrous, père rapidement assassiné, des corps sans vie en guise de décorum …

Le pénitencier de Lewisburg regorge de mexicains, colombiens et cubains, et tous ont accès aux drogues les plus diverses. Du fond de leurs cellules, Rayful Edmond et les frères Blanco parviennent à organiser un chargement entier de 2 tonnes de cocaïne en provenance des champs de coca de Colombie. Du pur délire ! Il faut dire que les téléphones libres d’accès et l’ignorance des gardiens des régions rurales en ce qui concerne l’argot jacté par Edmond pour communiquer avec les dealers sans être confondu lui facilitent grandement la tâche. En une seule après-midi Edmond a passé 54 coups de fil à quatre États US différents et à deux pays étrangers sans que quelqu’un ait la moindre chose à lui reprocher.

Pour comprendre le fin mot de l’histoire, les Feds décident de décoder ses longues conversations téléphoniques. Puisque l’histoire le rattrape et le condamne à nouveau en 1996, Edmond balance cet argument : « Ça m’amusait ! Il n’y avait rien d’autre à foutre en prison, et puis c’est un truc qui concerne un peu tout le monde ici, vendre de la drogue directement ou bien indirectement. La tentation est là, bien présente, donc tout le monde le fait ! »

Du coup, c’est bien 30 ans que les instances fédérales ajoutent à sa sentence, joli petit bonus accordé à un prisonnier récalcitrant qui a décidé d’arroser à grands jets d’urine chaude à la fois condamnation à perpète et rédemption. Bref, on le transfère en hélicoptère au pénitencier de Sandstone dans le Minnesota … Il sait depuis longtemps déjà qu’il en sortira les pieds devants.

Enfin, en 2004, afin de bénéficier des visites réconfortantes de sa mère, on lui demande de charger Kevin Gray, gangster notoire du Murder Inc. Crew de Washington D.C. en passe d’être à son tour condamné, il ne s’en prive pas … Gray va prendre 26 ans et sombrer dans l’anonymat, pendant que Bootsie, la vieille maman d’Edmond 3, est devenue une sorte d’icône gangsta depuis que son profil est apparu dans divers magazines et livres qui relatent l’épopée thug américaine.

You say no to drugs, Ricky Hil can’t


Dans la catégorie du «meilleur nom de mixtape du monde» après Enregistré Saoul le mois dernier, j’appelle aujourd’hui un nouveau nominé : SYLLD pour Support Your Local Drug Dealer. Meilleur slogan de campagne ever. Rep a ça Arnaud Montebourt.

Ricky Hil, ancien Rich Hil est un parfait anti-héros ( insérez un jeu de mots avec héroïne ) : petit blanc sans prétention et accessoirement fils de Tommy Hillfiger. Ce qui, par une habile déduction, nous permet la supposition suivante : la musique est surement une passion pour lui, et les soucis financiers ne doivent pas être sa grande priorité. Ne vous attendez donc pas a un champ lexical de «trap» musique dont j’ai l’habitude de vous parler. Si tous les rappeurs s’improvisent vendeurs de drogues dans leurs morceaux, malgré que la majorité d’entre eux n’ait jamais vendu un seul sachet de poudre , on est ici de l’autre côté de l’échiquier : celui du consommateur. Et là, pour le coup, on n’a pas de mal à croire que le gus en question ait gouté un peu a tout. Entrons dans son univers si particulier. Prenez vos bagages, nous partons loin …

Dernier projet en date du petit Hilfiger : SYLDD pour les intimes, a été une véritable bonne surprise, à condition de savoir où on met les pieds. Drogue, amour, déprime : le trio gagnant. Le tout avec une voix rocailleuse, usée par la vie et les substances diverses. Un tableau chaleureux et convivial en somme. Tout le monde a déjà vécu ce moment où tout nous tombe dessus en même temps, où il nous arrive tellement de merdes en si peu de temps qu’on se met a croire que Dieu personnellement est en train de s’acharner sans vergogne à nous chier dessus. Qu’est ce qu’on fait à ce moment, dans 99% des cas ? On écoute les musiques les plus tristes qu’on a sous la main (et on se perche le crâne). C’est merveilleusement stupide, et tout le monde le fait. C’est là qu’il faut lancer l’écoute de SYLDD : si un jour votre copine vous trompe avec votre meilleur pote, que vous perdez votre travail, ou si quelqu’un qui vous est cher décède, la voix de Ricky Hil ferait une parfaite bande-son, histoire de s’enfoncer encore plus profondément dans sa propre déprime. Si vous avez envie de pousser quelqu’un au suicide, c’est aussi une technique qui vaut le coup d’être étudiée …

Sur les 11 chansons de la tape, j’ai décidé de vous parler brièvement des meilleures, pour ne pas gâcher le plaisir. On ouvre le bal avec les deux premières chansons de SYLDD qui sont Slickville et I can’t stand : les deux sons les plus déprimants, et probablement les deux meilleurs du projet. Est-ce que la drogue provoque la déprime ou est-ce l’inverse ?  On ne sait plus vraiment dans quel ordre toute cette merde a commencé. Derrière la simple apparence du petit fils de riche qui se drogue pour le plaisir, les textes de Ricky Hil sont profonds(MOM par exemple), et son interprétation est crédible, parfois même touchante (#nohomo). La diction est lente et nonchalante, comme celle d’un shlag en pleine descente.

Ricky Hil parle beaucoup de drogues, dures, douces. Les femmes font pour lui aussi partie de cette catégorie. C’est un chanteur de Blues coincé dans un corps de Redneck, qui a d’ailleurs probablement plus de haters que de fans, à cause de son statut sans doute. Pourtant Sarah’s song, Beautilful when you’re sad, et l’excellent MOM avec Fat Trel ( avec qui il  semble bien s’entendre, un très bon point ) se classent parmi les chansons d’amour, mais pas avec les gémissements immondes caractéristiques des chanteurs de R’n’B. The Weekend, qui apparemment aurait émis le souhait de faire un morceau avec Hilfiger Junior est d’ailleurs présent sur Nomads, ce qui vous donnera une occasion de plus de faire écouter Ricky Hil a votre petite amie. Et si madame fait sa difficile, il y a même un featuring sorti de nulle part : Fix Me avec…Leona Lewis. Le WTF total, et pour clôturer cette parenthèse, le petit Hil aurait plus d’une dizaine de titres de bouclés avec a la prod, Lex Luger en personne …

SYLDD est donc un parfait osni : objet sonore non identifié. Aucun rap ne ressemble à ça, à tel point qu’on ne sait pas trop dans quelle case ranger la musique de Ricky Hil … mais on n’en a finalement plus ou moins rien a foutre. Par simple curiosité, je conseille à tous d’écouter quelques titres, c’est radical. On sait tout de suite si on accroche ou non. Sa diction et sa voix peuvent être rebutantes au début. C’est le genre de projet que vous pourriez faire écouter aux filles allergiques au rap, à des drogués ou à des dépressifs : dans tous les cas il y a de grandes chances pour que ça marche. Et même si vous êtes le seul a aimer, gardez cette mixtape sous le coude pour la prochaine déprime.

Cliquez, c’est de la bonne musique gratuite.

Staline, G or not G ?

Moscou, 1946. La salle résonne, renvoie les centaines de conversations qui s’y tiennent. Soudain, les rangées de pionniers se redressent et, dans un mouvement d’une synchronisation parfaite, soufflent dans leurs trompettes. Chacun se tait, les conversations s’éteignent, un homme s’avance. L’homme est de taille moyenne, un peu plus d’un mètre soixante-dix. Son visage est râblé, ravagé par une petite vérole précoce. Il abore fièrement une moustache fournie qui lui confère l’air sympathique d’un vieux paysan bougon. Trapu, son corps est couvert d’un uniforme de l’armée rouge. Il foule d’un pas cadencé le tapis déployé en son honneur, gravit les quelques marches qui le séparent de l’estrade au milieu d’un silence respectueux. Il s’arrête au centre du balconnet, devant une large étoile d’un carmin flamboyant, derrière un microphone et au-dessus d’un immense drapeau soviétique déployé. « Camarades! », réussit-il à prononcer avant que les applaudissements frénétiques de la foule ne retentissent. Dans la salle, des agents du NKVD sillonnent les rangées de sièges pour repérer le malheureux qui aura la maladresse de cesser d’applaudir le premier. Quelques cris retentissent. « Vive le camarade Staline »! « Pour le Grand Staline »! Celui-ci attend patiemment la fin du brouhaha pour reprendre son discours. « Huit années se sont écoulées depuis… » C’est une image sempiternelle, presque caricaturale, du dictateur soviétique. Et pourtant… Staline était un bien atypique dirigeant.

Staline sur son estrade.
Staline sur son estrade.

Le futur petit père des peuples nait à Gori, petite bourgade du centre de la Géorgie, en 1878. Initialement nommé Iossip Vissarionovitch Djougachvili, il adoptera au cours de sa vie mouvementée une ribambelle de surnoms ou de faux noms avant de se faire connaître sous le nom de Staline, l’homme d’acier. Son père, Vissalion Djougachvili, exerçait la noble profession de cordonnier, qui lui assurait un revenu plus que convenable. Il était cependant connu pour son irrésistible penchant pour l’alcool. On le surnommait « Besso le Dingue », en référence aux violentes exactions auxquelles il se livrait sous l’emprise de dame gnôle. Fermement opposé à l’envoi de son fils au séminaire, il n’hésite pas à battre ce dernier ainsi que sa femme, Ekaterina « Keke » Geladze. Il frappe un jour son fils si fort que celui-ci urinera du sang une semaine durant. En dernière extrémité, il envoie de force Iossip dans une fabrique de chaussures réputée pour ses mauvaises conditions de travail. Vassalion meurt quelques années plus tard au cours d’une rixe de taverne. Le jeune Iossip a alors seize ans. Élève brillant doué d’un talent certain pour la poésie, il obtient une bourse et est envoyé au séminaire de Tiflis en septembre 1994. Il en sera renvoyé rapidement pour n’avoir pas assisté aux examens de lectures bibliques (il se vantera toute sa vie d’avoir été en réalité renvoyé pour diffusion de propagande marxiste).

Comme tout thug qui se respecte, Staline pose ici pour un photographe d’État.
Comme tout thug qui se respecte, Staline pose ici pour un photographe d’État.

Marginalisé, Staline se retrouve rapidement mêlé au milieu interlope russe. Il se révèle extrêmement doué pour le changement d’identité, la cavale et autres activités tout aussi utiles au criminel avide de liberté. Depuis les grandes famines de la fin du XVIIe et du début du XVIII, le milieu du crime russe s’était hiérarchisé en catégories de criminels: voleurs à la tire, pilleurs de coffres, tueurs… Au début du XXe siècle, cette organisation était si solidement ancrée que celui qui outrepassait ses attributions était aussitôt livré à la police, geste de mépris des plus extrêmes s’il en est. Par ailleurs, énormément de liens avaient été tissés au début du vingtième siècle entre le milieu du crime et le parti social-démocrate. À la recherche de fonds pour financer leurs campagnes et leurs actions, les soviétiques n’hésitaient pas pratiquer l’expropriation, c’est-à-dire le braquage d’établissements capitalistes (donc de banques, notez l’habileté de la formulation). Staline était justement parfaitement qualifié pour pratiquer ce type d’activités. Il est généralement accompagné par son complice de toujours, Kamo. La réputation de ce dernier était si grande qu’il est aujourd’hui considéré comme une sorte de saint patron par les criminels russes. Jugé être un tueur sadique par les hommes de la Tchéka, il sera cependant présenté comme un véritable héros du régime jusqu’à sa mort. Pendant la guerre civile, il fait subir à ses hommes des mises à l’épreuve: il arrache le coeur des officiers tsaristes, se livre à des actes de cruauté gratuite. C’est à un tel personnage que Staline avait associé son destin. Parvenu au pouvoir, il tentera de l’effacer de la mémoire collective, souhaitant dissocier son image de celle de ce bandit.

Kamo, un visage d'intellectuel et un coeur de barbare.
Kamo, un visage d’intellectuel et un coeur de barbare.

Tiflis, 26 Juin 1907. L’atmosphère est lourde, une chaleur oppressante règne en maître sur les rues de la ville. Un nuage de poussière s’est élevé à quelques centimètres de la chaussée et refuse de redescendre. Pas ou peu de bruit. De temps en temps, le claquement des sabots d’un cheval et le cahot irrégulier d’une voiture retentissent.
Vers neuf heures, la rue se peuple soudain. Une courte averse emplit d’eau les sillons tracés par les calèches. À dix heures et demie, une diligence traverse la place Erivan, escortée par un contingent de gendarmes. Soudain, un phaéton traverse à toute vitesse une rue adjacente et bondit en direction du véhicule. Un groupe d’homme lance des grenades sur l’escorte, puis ouvre le feu. Quelques bombes roulent à terre. Les malfaiteurs prennent la fuite avec le contenu de la diligence, soit 340 000 roubles qui transitaient de la poste à la banque nationale, l’équivalent de trois millions de dollars actuels. Le bilan est lourd, on compte trois morts et quarante blessés, preuve définitive de la supériorité du révolutionnaire géorgien sur le terroriste américain. À la tête du groupe, un jeune homme d’une vingtaine d’années à peine surnommé Koba, accompagné une fois de plus de son inséparable acolyte Kamo. Vous l’avez deviné, Koba est le surnom du futur Staline, inspiré du nom d’un héros populaire géorgien.

La place Erivan quelques années après la fameuse expropriation, parcourue par les tramways.
La place Erivan quelques années après la fameuse expropriation, parcourue par les tramways.

Quelques mois plus tard, il est arrêté et déporté en Sibérie, d’où il s’évade un an plus tard. Il est presque aussitôt ré-arrêté à Bakou. On l’envoie sous bonne garde au bagne. Lassé de ces allers-retours incessants et fort préoccupé par l’évolution de sa street credibility, notre héros décide de violer sa logeuse, qui tombe enceinte. Le parallèle avec l’affaire DSK ne fut pas établi à l’époque pour des raisons obscures. Malgré cette bavure qui aurait pu mettre la puce à l’oreille de ses gardiens, il finit par s’enfuir de nouveau en 1912. Il entre au Comité Central Bolchevik de St. Pétersbourg. Il est de nouveau arrêté et déporté en Sibérie, il s’évade de nouveau. Le jeune Staline commence à connaître les bagnes de Sibérie comme sa poche. Il y rencontre Lénine, qui l’associe à ses activités. Il s’exile à Cracovie puis à Vienne, avant de rentrer au pays. Une semaine après son retour il est arrêté et envoyé en Sibérie. Il y restera quatre ans avant d’être libéré par les troubles révolutionnaires de 1917.

Les bagnes de Sibérie, véritables élevages de révolutionnaires au nord de l'Empire russe.
Les bagnes de Sibérie, véritables élevages de révolutionnaires au nord de l’Empire russe.

La révolution propulse définitivement Staline dans le monde politique. Cependant, sa nature profonde de gangster le renvoie rapidement vers le côté obscur de la force. À la mort de Lénine, il intercepte et empêche la publication de son testament, où il conseille à tous de soutenir la succession de Trotsky et non celle de Staline, qu’il juge trop violent. Staline décide ensuite de se débarrasser de ses opposants politiques. Il commence par faire assassiner Trotsky. Celui-ci est forcé de prendre la fuite. Il se réfugie en Turquie, en France et en Norvège avant d’être finalement être abattu par un sbire de Staline en août 1940 dans une rue de Mexico. Simultanément, Staline décide de purger le gouvernement du reste de ses adversaires, en réalité de la totalité des proches de Lénine, en lesquels il n’arrive pas à placer sa confiance. Pour ce faire, il lance une série de procès truqués, accusant tantôt de terrorisme, tantôt de haute trahison des personnages influents du régime: hommes politiques, officiers et révolutionnaires de la première heure sont aux premières lignes. Ils ne disposent d’aucune défense, et subissent de régulières séances de torture qui les incitent à reconnaître leurs torts devant le tribunal. Les cellules dans lesquelles ils sont placés sont traversées par une gouttière, destinée à récupérer le sang versé. En conclusion de cet éclaircissement biographique, remarquez que la mort-même du grand homme est à l’image de sa vie: constatant qu’il ne quittait pas sa chambre, personne, ni proche ni médecin, n’osa s’aventurer dedans, craignant des représailles.

Alkpote – Mazter Chefs Muzik vol.1 (chronique)

5 euros 99 mon salaud. Moins cher que ton paquet de clopes. Et c’est garantit sans substances cancérigènes.

Alkpote est productif. Depuis l’Empereur contre-attaque, l’aigle de Carthage n’a pas cessé de planer sur le rap français. Quelques mois seulement après l’excellent Neochrome Hall Star, il est déjà de retour, avec un projet sans grandes prétentions : Mazter Chefs Muzik volume 1. Seize titres, inédits pour la plupart, et quatre instrus. Parfait pour continuer à occuper le terrain avant l’été.

Monsters (Alkpote, Zekwe, Waybess)

L’entrée en matière est monstrueuse : sur une prod angoissante, Zekwe (présent au total sur 6 pistes) et Waybess viennent prêter main forte à Atef.  « Difficile monnaie, difficile life » : la singularité du label est réaffirmée une fois de plus. Les punchlines sont toujours aussi déglinguées, Atef maitrise toujours aussi bien son personnage décalé : « Si c’est Halloween j’mettrai le masque de Nina Roberts ».

Mongoldorak (Alkpote)

Premier extrait de la tape, Mongoldorak est un morceau difficile à appréhender : nombreux sont les auditeurs déstabilisés par le flow ultra-saccadé d’Alkputaindepote. Pourtant, il y a dans Mongoldorak tous les ingrédients du bon classique alkpotien : de la crasserie sexuelle (« j’fourre même des moches, cougars, vieillasses, camionneurs »), des phases complètement hallucinées (« un sachet de weed et un carré de kiri »), et une débilité génialement assumée (« on protège les bonnes sœurs tout comme Woopy Goldberg … salope ! »). Ajoutez à cela une prod hyper lourde signée Zekwe, un refrain entêtant, et vous aurez le morceau le plus écouté de ma playlist récente.

Kubiak frappe (25G, Zekwe)

« On reprend Tupac Back, on remplace par Kubiak frappe ». La recette est simple, le résultat efficace. La rage habituelle de 25G, le rappeur préféré de Fdesouche, à qui l’on reproche souvent son côté « je gueule au micro et tant pis pour tes oreilles » est ici assez contenue pour rendre le morceau agréable à l’écoute, même s’il dénote un peu avec le reste de la galette. Toujours aussi franchouillard, on l’aurait bien vu en feat sur l’album de Seth Gueko.

La France qui se lève tard (Alkpote, Joe Lucazz, Zekwe)

Que ça fait plaisir d’entendre un nouveau couplet de Joe Lucazz, « un Abd al Malik sous alcool ». Dans son style toujours atypique, sa présence est une vraie valeur ajoutée, le genre de guest qui fait gagner énormément de crédibilité à une digitape sans prétentions. Cerise sur le gâteau : Zekwe vient taper un coup de crampon dans la fourmilière de rumeurs qui entoure les raisons de l’incarcération de Joe : « il était bourré, il a touché les seins d’une keuf qui l’a contrôlé ». Lucazzi la légende !

Pas facile (Zekwe, Hayce Lemsi)

Prod festive, flows énergiques, bourrés d’accélérations et de variations bienvenues : une réussite de plus. Hayce Lemsi, pour sa seule apparition sur la tape, fait le taff. Avec un refrain chantonné entrainant, Pas facile est le genre de titre parfait pour s’ambiancer, pieds dans le sable, soleil sur la peau, GHB dans le verre de ta voisine de plage. Après cinq pistes, Mastez Chefs Muzik fait un sans-fautes.

Protège ta nuque (Alkpote)

« Protégez vos petites sœurettes » … non, La Fouine n’a pas été invité sur Mazter Chefs Muzik. Protège ta nuque s’inscrit dans le plus pur style alkpotien : instru sombre et sale et punchlines crasseuses (première phrase du morceau : « maintenant c’est l’heure de la sodomie »). Ce genre de son aurait parfaitement collé à l’ambiance de l’Empereur contre-attaque. Prendre des risques, varier, s’essayer à des nouveaux styles, c’est très bien, mais on apprécie qu’Alk n’oublie pas de revenir de temps en temps à du très classique, et à ce qui a fait ses premiers succès.

Douille pleine (Waybess)

On va pas te mentir : avant Mazter Chefs Muzik, on connaissait pas Waybess. Il se présente ici avec un égotrip très classique. Pas complètement fou, sans pour autant être mauvais ou insipide, le titre est à ranger dans la catégorie « pas grand-chose à en dire ». Ca se laisse écouter, mais ça ne restera pas dans les mémoires.

Prêt à faire feu (Alkpote, Katana)

Même si les apparitions de l’U2F se distillent au compte-goutte, l’équipe est toujours prête à défourailler. Katana-Alkpote, c’est une association qui fonctionne toujours. Encore une grosse saveur, et une fois de plus, on se prend à rêver d’un nouvel album Atef-Serge.  Alk, fais pas la sourde oreille, on sait que tu vas lire ça. Cette connexion camerouno-tunisienne est aussi nécessaire pour le rap français que l’association oxygène-azote dans le putain d’air qu’on respire.

Agas (Dinos Punchlinovic)

Bon, Dinos, on a rien contre toi, mais si t’as la prétention de t’appeler Punchlinovic, faut assurer derrière. T’as pas le choix, t’es obligé de balancer des phases de fou dans chacune de tes mesures. Et franchement, c’est pas le cas. Sur trois minutes de son, ok y’a quelques rimes sympas, mais rien d’assommant. En plus t’as pas de chance, tu tombes juste derrière l’U2F, qui balance un nouveau classique, et en plus, tu te tapes la prod la moins intéressante de toute la tape.

H.A.T.F.R (Zekwe, Waybess)

Le même effet que Douille Pleine. Pas mauvais (d’ailleurs Zekwe fait toujours forte impression mic en main), mais loin d’être transcendant. Le genre de son qui ne fait pas de mal, mais qui ne s’avère pas nécessaire, et n’apporte rien de particulier à la galette finale.

Juste à côté Remix (Alkpote, Zekwe, Seth Gueko)

Un remix peu judicieux. Ca reste bon, mais c’est un cran en dessous de l’original, qui était l’un des morceaux les plus réussis de Neochrome Hall Star. Il aurait peut-être été plus intéressant de s’intéresser à une autre track de l’album.

Tour de passe-passe (Alkpote, Katana)

Après quelques pistes en deça des attentes, l’U2F revient mettre les pendules à l’heure. C’est crasseux (« de mauvaise humeur, comme si j’avais des menstruations »), technique, pertinent. Les métaphores sont folles, la prod de Zekwe tabasse, et Katana confirme pour l’énième fois qu’il est vraiment le partenaire idéal pour l’esprit psycho-troublé d’Alkpote. Alk, fais pas la sourde oreille, on sait que tu vas lire ça.

Phuket Finest (Seth Gueko, Jason Voriz)

Phuket, nouvel amour du gueko. Le son, issu de la mixtape gratuite « Manstrr » de Jason Voriz date de décembre 2012. On le connait déjà bien, on se demande s’il apporte vraiment quelque chose à la tape, ou s’il est juste là pour ajouter une piste à la tracklist.

91-93 (Alkpote, Sadek)

Sadek, qui nous offre une magnifique danse du ventre dans le clip de Mongoldorak, est la vraie bonne surprise de Mazter Chefs Muzik. Sur une nouvelle prod très réussie de Zekwe, il apporte une véritable énergie à un son qui s’impose comme l’un des plus réussis de la digitape.  On regrette presque de ne l’entendre que sur une seule piste, tant son apport sur ce featuring est visible.

J’suis pire que ça (Sadik Asken)

Sadik Asken ! Le vétéran rappeur- producteur, jamais mieux servi que par lui-même, pose sur une prod de Tony Danza. Forcément, c’est du sur-mesure, et sans poser le morceau de l’année, il nous gratifie d’une prestation de qualité. On aurait aimé le voir participer d’avantage au reste du projet, poser sa patte sur plus de tracks.

Violentissime (Alkpote, Demon One, Selim du 94)

Deux noms ronflants de plus pour venir gonfler la liste des invités. Demon One fait du Demon One, ni plus, ni moins. C’est très bien. Selim du 94 fait du Selim du 94. C’est pas terrible. Finalement, c’est peut-être la piste qui résume le mieux l’ensemble du projet : du bon, du moins bon, sans grosses prétentions, et sans révolutionner le genre, le rendu est propre et efficace.

Don’t fuck with italians, chap.1 : Le clan Rizzuto

1954, Nouvelle Écosse, port de Halifax, quai 21. Débarquement du Vulcania MS, paquebot de près de 200 mètres de long reliant la botte italienne au continent nord-américain depuis près de trois décennies. A son bord, Nicolo Rizzuto, né 29 ans plus tôt en Sicile, venu suivre les traces de son père, Vito, assassiné en 1933 à New York, dans des circonstances troubles. A cette époque, Nicolo a déjà trempé, à petite échelle, avec les milieux mafieux, puisqu’il est marié depuis 8 ans à Libertina Manno, fille d’Antonino Manno, patron de la pègre de l’Ouest sicilien. Propriétaire terrien, il loue ses champs à des agriculteurs, et les assure, moyennant contrepartie financière, de sa protection.

Son ambition étant autre que celle de sous-louer ses terres à de vulgaires paysans, Nick veut vivre ce qu’Hollywood finira par appeler le « rêve américain ». Après deux tentatives d’émigration clandestine vers les Etats-Unis, il se rabat donc sur le Canada, et choisit de s’installer à Montréal. Affilié au clan américano-calabrais Cotroni, sorte de sous-traitant de la famille Bonanno, il se fait rapidement un nom dans le monde de la drogue. Ses connexions intactes en Sicile lui permettent d’étendre son influence, et, en montant plusieurs chevaux à la fois, de se construire un réseau véritablement international : Europe-Amérique du Nord-Amérique du Sud.

Nick Rizzuto
Nick Rizzuto

Paolo Violi, numéro 2 de la famille Cotroni, ne voit pas les activités de Nick d’un bon œil : il n’apprécie pas de le voir faire cavalier seul, et le soupçonne de gérer ses propres affaires sans en avertir ses supérieurs. Ajoutez à cela la rivalité centenaire entre calabrais et siciliens, et vous aurez tous les éléments d’une véritable poudrière prête à exploser. Manque le détonateur. Ca tombe bien, Vincent Cotroni, numéro 1 du clan, prépare sa succession : il est vieillissant, et commence à être inquiété par la justice. Et évidemment, il choisit Paolo Violi, calabrais comme lui, pour prendre sa place.

La prise de pouvoir

On est alors au milieu des années 70, et la guerre de succession peut démarrer. Plus entreprenants, plus déterminés, mieux armés, les hommes de Rizzuto, parmi lesquels Vito, fils de Nicolo, assassinent tour à tour Violi et ses frères. Surtout, Nick a tout prévu, et est allé se mettre à l’abri au Venezuela en attendant que les choses se calment. Le bénéfice est double : il reste loin des potentielles tentatives d’assassinat sur sa personne, et surtout, il dispose d’un alibi solide face à la justice, qui cherche pendant un temps à lui mettre sur le dos le meurtre de Violi.

Vic Cotroni, n’ayant pas pris partie dans le conflit, et en pleine lutte avec un cancer qui finira par l’achever en 1984, n’est pas inquiété par les menaces siciliennes. Il se retire de lui-même des activités de la famille. Sans l’ombre du clan calabrais, les siciliens ont désormais la voie libre, et peuvent enfin s’investir complètement dans le trafic de drogues. Un business plus que fructueux, puisqu’en quelques années seulement, la famille Rizzuto s’engraisse au point de bientôt régner sur un véritable empire, étendu sur trois continents.

"Nick était petit et trapu, mais costaud et surtout très charismatique"
« Nick était petit et trapu, mais costaud et surtout très charismatique »

Le Canada tout entier est donc sous l’emprise de Nick et de son fils, débarrassés de toute concurrence. Les ramifications de la pieuvre sicilienne s’étendent du Nord des Etats-Unis au Sud du Venezuela, traversant l’Atlantique pour retrouver ses racines à Palerme, ou connecter avec la French Connexion en Corse et sur la Côte d’Azur. La grande force du clan, c’est son réseau : des accords passés avec les principales organisations criminelles mondiales, lui permettant de trouver des alliés partout, dans tous les domaines : cartels colombiens, mafia irlandaise, Hell’s Angels … Les Rizzuto ont des amis partout, se posent bien souvent en médiateurs des conflits inter-organisationnels, œuvrent dans l’ombre pour la paix des territoires et des rues.

Mais malgré les sommes colossales amassées, et le pouvoir acquis, Nick reste un homme simple. S’il goute avidement au train de vie du millionnaire qu’il est devenu, il continue, jusqu’à la fin de sa vie, à se rendre chaque jour au Ed’s Café, un vieil établissement miteux de Montréal, ou à fréquenter le Tony Sports Bar, quelques rues plus loin, pour y dépenser quelques billets autour d’un bon jeu de cartes. Mais Nick aime également se rappeler aux premiers frissons qui l’ont poussé à intégrer la pègre, et, malgré les centaines de soldats, passeurs, et hommes de main à sa disposition, il retourne régulièrement au charbon. Ainsi, en 1988, personne n’est surpris de le voir pris la main dans le sac : il est arrêté au Venezuela, avec autour de la taille une ceinture bourrée de cocaïne. Après cinq longues années derrière les barreaux , son fils, Vito, surnommé Don Teflon pour son habileté à se défaire des problèmes judiciaires, lui fera obtenir une sortie en liberté conditionnelle, moyennant un extraordinaire pot-de-vin de 800.000 dollars canadiens.

La filiale dépasse la maison-mère

Pendant sa détention, c’est donc Vito qui prend les rênes de l’empire, contribuant à le faire prospérer et grandir, à tel point qu’il finit par surpasser en taille, en puissance et en influence, l’empire de la famille Bonanno. La filiale a dépassé la maison-mère : la famille Rizzuto est désormais considérée comme la Sixième Famille, mondialement implantée, reconnue et respectée. En 1993, lorsque Nicolo revient aux affaires, il ne peut que constater le travail accompli par son fils, nommé « officiellement » président du conseil d’administration du crime organisé. Il décide de se ranger sagement à ses côtés, sans chercher à bouleverser le solide équilibre hiérarchique qui permet au clan d’assurer sa pérennité.

Et pendant plus d’une décennie, aucune guerre interne, aucun conflit, aucune concurrence, ne viendront mettre à mal l’hégémonie des Rizzuto. Preuve de la fortune faramineuse accumulée pendant tant d’années par l’organisation : un investissement de 8 milliards (oui oui, 8 milliards) de dollars est proposé par Nick dans le projet du pont de Messine, censé relier la Sicile à l’Italie.

Sixth-Family-cover

Pourtant, en 2003, le grand jury fédéral de Brooklyn monte un dossier contre Vito, en l’impliquant notamment pour des meurtres commis au début des années 80. Impliquant plus de 80 personnes (policiers, magistrats, procureurs, traducteurs, secrétaires …), l’enquête, qui a duré 5 ans, coûte aux contribuables près de 35 millions de dollars. Plus impressionnant encore : le coup de filet géant, qui permettra d’arrêter une centaine de membres de l’organisation, mobilise au total 700 policiers. Des dizaines de kilos de drogues diverses sont saisis, mais aussi des millions de dollars en petites coupures. Entre biens, liquidités, et stupéfiants, la collecte est estimée à plus de 200 millions de dollars !

Avant le début du procès, Vito prophétise : « si vous m’enfermez, le sang va couler ». Il est finalement confondu par des témoins repentis, et se voit contraint de passer un accord avec le gouvernement, et de plaider coupable. En 2007, après 4 ans de préventive, il écope donc de dix ans de prison, assortis de trois années de liberté conditionnelle à sa sortie. Mauvaise pioche : le Parrain est envoyé à Florence ADX, l’ « Alcatraz des Rocheuses », une prison de sécurité maximale, à confinement permanent, aux cellules de 2 mètres sur 3, au mobilier en béton moulé, au fenêtres pointant vers le ciel, « empêchant le prisonnier de situer la position de sa cellule dans la prison ». Détecteurs de mouvements, caméras dans les cellules, sport et exercice interdits, aucune rencontre possible avec d’autres prisonniers … Amnesty International considère même Florence ADX comme « violant les standards minimums définis par les Nations unies pour le traitement des prisonniers ».

On imagine alors que l’épopée Rizzuto terminée, d’autant que Nick, le père, désormais octogénaire, passe deux années complètes en détention préventive, dans le cadre d’une enquête liée à la corruption, au racket, et au blanchiment d’argent. Le Cosenza, café convivial où il aimait passer du temps et boire des expressos, était truffé de caméras et de micros, fournissant aux enquêteurs des preuves flagrantes des activités du vieil homme. En plus de cela, il est menacé d’extradition vers l’Italie, puisqu’un un mandat d’arrêt international est lancé à son encontre lorsque son nom est cité dans l’affaire du pont de Messine. «Ce ne sera jamais plus pareil. C’est la seconde fois que la famille Rizzuto est touchée, et sa tête est décimée», affirme à l’époque le spécialiste de la mafia de Toronto, Antonio Nicaso.

La mort de Nick et le retour du Boss

En 2008, lorsque Nicolo sort de prison, il sait la fin proche. A 84 ans, il continue à mener la barque d’une main de fer, reprenant la tête du comité de direction de la mafia et refusant de partager les activités de son clan, affaibli depuis la mise en détention de Vito. La concurrence se fait pressante : la mafia asiatique cherche à contrôler le marché des drogues douces, tandis que des groupuscules venus du Moyen-Orient visent l’hégémonie sur le trafic des drogues dures, grâce à des réseaux préférentiels d’importation. Malgré les mises en garde de la police montréalaise, par le biais d’un agent d’origine italienne, Nick ne lâchera rien. Il sera contraint d’abandonner ses petites habitudes, son Ed’s café miteux, et ses parties de cartes, pour finir terré dans sa luxueuse demeure. Il est abattu par un sniper dans sa cuisine à l’âge de 86 ans. Les principales soupçons se tournent vers un conglomérat de trois familles calabraises, les Papalio, les Luppino et les Musitano, excédés de voir les Rizzuto leur refuser le partage des secteurs criminels les plus lucratifs. Lors de ses funérailles, une boîte noire décorée d’une croix blanche est déposée sur le parvis. C’est un message pour Vito, toujours emprisonné à Florence ADX. Explicitement : « veux-tu que l’on continue, ou abdiques-tu enfin ? ».

Les funérailles de Nicolo Rizzuto, à Notre-Dame-de-la-Défense, Montréal
Les funérailles de Nicolo Rizzuto, à Notre-Dame-de-la-Défense, Montréal

Et c’est depuis sa cellule de quelques mètres carrés que ce dernier apprend, en plus de la mort de son père, celle de son fils, mais aussi celle de son beau-frère, et de la moitié de ses proches collaborateurs. Entre assassinats et condamnations à des longues peines, le clan semble démantelé. En 2010, André Noel, journaliste de La Presse, écrit même « Le règne des Rizzuto est définitivement terminé ». Et les rues de Montréal ressentent cruellement l’absence de leadership criminel : c’est le début d’une véritable vague de violence, voyant s’affronter les différents clans, ethnies, et groupes criminels. Les trois familles calabraises citées plus haut cherchent des appuis au Québec et à New York. Les asiatiques n’ont pas réussi à s’imposer, pas plus que les groupes du Proche-Orient. Les Bonanno n’ont pas pris position concernant la succession des Rizzuto. En somme : comme Vito l’avait prédit une décennie plus tôt, la capitale québécoise connait son épisode le plus violent depuis plus d’un siècle.

C’est dans ce climat terrible que Vito Rizzuto sort de prison, fin 2012. On le dit affaiblit, on postule sur son retrait des affaires criminelles, d’autant que la Cosa Nostra voit d’un très mauvais œil le fait qu’il soit à l’origine de l’initiation de collaborateurs non-italiens. Pire : tout le monde le donne pour mort si jamais il s’aventurait à poser le pied dans son ancien fief : «si Vito revient à Montréal, il va se faire repasser » confie un enquêteur à la presse.

Et pourtant … après avoir sondé le terrain à Toronto, puis trouvé appui à Montréal auprès de têtes connues, comme Gregory Woolley, premier afro-américain a être accepté dans un club des Hell’s Angels, Vito semble plus que jamais être l’homme de la situation. Les pontes mafieux, révulsés à l’idée de voir les journaux associer chaque semaine leurs noms aux vagues de crimes, cherchent à se tapir, à nouveau, dans l’ombre. A retrouver la discrétion qui fait depuis toujours la force des organisations italo-américaines. « La plus belle ruse du diable est de faire croire qu’il n’existe pas ». Il faut se faire oublier, et c’est précisément ce que Vito sait faire. Mais on ne fait pas d’omelette sans crever des yeux : pendant quelques mois, le sang coule à flots. Le parrain doit montrer qu’il est de retour aux affaires, avec sa main de fer et son artillerie lourde. Et ça fonctionne très bien : à partir de mars 2013, une fois l’effusion d’hémoglobine passée, la ville redevient parfaitement calme, comme du temps de la splendeur des siciliens. Depuis, plusieurs concurrents des Rizzuto ont été assassinés, ou ont décidé par eux-mêmes de quitter la ville, par peur des représailles. Il se murmure que Vito ne se retirera pas tant qu’il ne se considérera pas comme entièrement vengé et lavé de l’affront. Pour sanctionner définitivement son retour dans la place, il s’est entiché d’une apparition publique dans le luxueux club de golf privé Le Blainvillier (5000 dollars la carte de membre), en compagnie de Rocco Sollecito, fidèle associé de Nicolo, du temps où celui-ci était aux affaires. Cette apparition, c’est aussi un joli pied de nez, puisque Le Blainvillier était l’un des lieux de détente préférés de Joe Di Maulo, l’une des premières victimes, au sens propre, du retour de Vito.

Selon les dernières informations, les derniers concurrents calabrais encore en vie attendraient la chute de Vito pour enfin s’assoir sur le trône de la pègre nord-américaine. Après avoir vécu l’enfer à Florence ADX, après avoir mené les deux guerres les plus meurtrières de l’histoire du crime organisé canadien (années 70 puis 2012-2013), après avoir repris le pouvoir alors qu’il était esseulé et au fond du trou, on se demande ce qui pourra venir à bout d’un des plus grands chefs mafieux de l’histoire récente, aujourd’hui âgé de 67 ans. Vito semble plus fort que jamais, apprécié par le crime organisé pour son sérieux et sa discrétion, par les politiciens pour sa faculté à entretenir la paix dans les rues, et par les membres de son club de golf pour son « humour et ses manières de parfait gentleman ».

Pedobs

pedokitty
EDIT : on m’a fait remarquer à juste titre que certains passages n’apparaissaient plus dans l’article d’origine sur le site du Nouvel Obs, sans que ces petits filous précisent ce qu’ils ont viré, ni vu ni connu en espérant que ça passe. C’est là qu’interviennent les légendaires (roulements de tambour) captures d’écran de Maître Spleenter. Pour lire l’article en version originale full pedo party time, c’est donc ici :
1
2
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4 qui entre temps est devenu comme ça, quel dommage c’était le meilleur passage.
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6
(ça fait beaucoup de pages mais vous verrez que ça se lit très vite. Pour les plus flemmards :
AVANT
obs4
APRES
obs révisé
Il y a une longue tradition en France d’intellectuels et autres hommes de lettres qui, non contents de trouver normal qu’un adulte se farcisse des gamins tous les quatre matins, se sont fixés pour mission d’expliquer au reste du monde que tout cela est parfaitement sain et carrément romantique. Et que surtout on n’a pas le droit de les juger.

Dernièrement, un certain François Caviglioli (je connais pas toute l’œuvre de ce joyeux luron mais il a une tête de vainqueur) s’est lâché dans le Nouvel Observateur (ici : http://tempsreel.nouvelobs.com/faits-divers/20130522.OBS0184/yasmine-12-ans-et-sa-prof-30-ans-recit-d-une-passion-interdite.html), et putain croyez-moi ça vaut le détour, donc voici pour vous une relecture toute personnelle de la chose, à la demande générale de toi tout seul.

Yasmine, 12 ans, et sa prof, 30 ans : récit d’une passion interdite

Un titre accrocheur et original, accompagné d’un dessin totalement hors-sujet, c’est prometteur

Une enseignante d’un collège de Lille entretenait une relation amoureuse avec une élève de 12 ans.

RT si

Sa liaison de deux ans avec sa professeur d’anglais, Mme Amadéo, a fait d’elle une star.

mouahahahahahahha allez les Chtis, en route pour la gloire.

Un garçon : « Si elle avait voulu faire la même chose avec moi, j’aurais pas dit non. »

lui c’est un bon, si si la jeunesse

Un autre, plus dessalé : « Amadéo est lesbienne, et alors ? Normal pour une prof de langue. »

PROFESSEUR PUNCHLINE

On en a vu d’autres à Louise-Michel, un établissement classé en zone d’éducation prioritaire. En juin 2010, un élève a frappé un de ses camarades au visage avec un couteau de cuisine.

couteau > pédo. dédicace au Collège fou fou fou au passage.

Didier Calonne, le principal : « C’est injuste. Nous avons peut-être connu des problèmes dans le passé, mais nous avons redressé la situation. La preuve, c’est que nous avons 75% de réussite au brevet. »

putain mais c’est un sketch c’est magnifique

[Ses collègues] disent le plus grand bien des qualités professionnelles de cette enseignante de 30 ans, aujourd’hui en perdition. « Elle avait une pédagogie innovante », dit l’un.

c’est vrai que c’est assez original, il marque un point.

pedvolution

« Elle aimait les élèves », ajoute étourdiment une autre qui se mord aussitôt les lèvres et rougit.

je pleure de rire

Le taux de chômage dépasse les 20%. La population est exaspérée par le camp rom installé cité du Broutet

logique de devenir pédo du coup, j’aimerais vous y voir vous aussi.

Le camp est devenu un hypermarché de la drogue, protégé par des guetteurs cagoulés de 11 ans, payés 80 euros par jour.

Putains de délinquants, ils pouvaient pas se faire pointer comme tout le monde, non, fallait qu’ils dealent à la place.

l’entrée du collège est située rue André-Gide, un parrainage topologique qui n’incite guère à l’orthodoxie sexuelle.

HOUSTON WE GOT A FDP

« Elle nous apprenait l’anglais par le rythme et la musique », dit une de ses anciennes élèves. Un beau jour, elle décide de perfectionner sa méthode : elle se met à danser.

Nicolas-Cage-Laugh

Mais quel était le message caché derrière les sept voiles de cette danse initiatique qui parlait sans doute d’autre chose que de verbes irréguliers, de postpositions et d’accent tonique ?

ça se confirme, le mec qui a écrit l’article est un champion certifié

Peut-être évoquait-elle des batailles perdues, des espoirs envolés, des désirs inassouvis.

je penche pour la 3e option Jean-Pierre

On ne saura jamais. Ce sont des secrets qui n’intéressent pas un tribunal.

Mais toi tu t’y intéresses car tu défends les vraies causes, t’es un peu un héros

on peut néanmoins reconstituer l’évolution qui l’a conduite de la tentation au passage à l’acte et au désastre.

sortez les pop corns et mettez une musique d’ambiance pour avoir une BO digne de ce qui va suivre. Perso j’ai fait mon choix.

Au début, c’est une danse pédagogique. Elle s’adresse à l’ensemble de ses classes. Mais bientôt, Mme Amadéo ne va plus danser que pour l’élève qu’elle a élue entre toutes. C’est une danse nuptiale.

FILM D’HORREUR. REINE ALIEN. LA MUTANTE 2. POISON IVY DANS BATMAN & ROBIN.

ivy

Elle est destinée à la jeune Yasmine qui ne le sait pas encore : elle a 12 ans.

c’est sympa de le préciser.

Mais elle regarde de tous ses yeux cette chorégraphie qui se fait de jour en jour plus sensuelle.

Putain la salope, quelque part c’est aussi de sa faute.

là je précise qu’on entre dans le paragraphe que le journaliste a élégamment appelé « les appels du désir ». ATTENTION LES YEUX.

Mme Amadéo envoie à Yasmine un premier texto où elle l’assure de son amitié. La jeune élève est d’abord stupéfaite.

comment elle a son phone putain ?

Elle n’a pas l’habitude de telles attentions. C’est une vraie gamine de Lille-Sud. Elle n’habite pas loin du Broutet et du camp des Roms.

les vilains Roms, le retour. Donc Habiter là <<<<<<< se faire minoucher à 12 piges, ça me paraît évident.

Son horizon, ce sont les vieilles bagnoles cabossées, les cabanons de fortune qui tombent en ruine, les poubelles éventrées.

ça se confirme, heureusement que madame Amadeo l’a sauvée de cet environnement hostile.

Elle appartient à une famille modeste aux traditions patriarcales. Elle doute d’elle-même.

et arabe, en plus. Je comprends mieux, c’était la chance de sa vie cette histoire en fait, autant pour moi.

Les SMS de Mme Amadéo lui apportent ce qu’elle n’a jamais connu, une confiance en elle, et la métamorphosent peu à peu.

Sex Intentions ma gueule.

Bientôt ils passent de l’amitié à l’affection. L’enseignante exaltée redécouvre les méandres et la géographie de la carte de Tendre.

celle là on va la refaire au ralenti parce qu’elle le mérite.

L’enseignante exaltée

redécouvre les méandres et la géographie

de la carte de Tendre.

W

T

F

homer crazy

Après l’affection, l’estime, l’inclination pour finir au bout de 2 ans par les appels du désir et tous les désordres de la passion.

cé bô.

britney

Yasmine se laisse aimer et désirer. Elle apprend l’algèbre des sentiments, les exigences et les égarements du corps.

Joli coup Francky, mais même en prenant en compte « l’algèbre des sentiments », quand on calcule son âge elle a toujours 12 ans. Mais tente ta chance au tribunal, ça devrait bien marcher à tous les coups.

Ce qui devait arriver arrive: un saphisme sans violence

c’était pas gagné mais il l’a placé, bravo. Pour les plus incultes on parle donc d’une trentenaire qui bouffe une chatte de 12 ans dans le plus grand des calmes.

wrong

mais aussi un amour condamné, une relation que les deux amantes savent maudite.

et ouais, le mariage pour tous concerne pas les pédos, zut alors. On a encore tant à apprendre.

leur ardeur et leur impatience sensuelle sont telles qu’elles ne craignent pas de se livrer à l’intérieur du collège

WAIT FOR IT …

à des étreintes furtives pimentées par le risque d’être surprises.

et ouais, y’avait de l’exhib, je me disais aussi que ça manquait. Donc en plus de tout le reste madame a eu la brillante idée de faire ça dans son propre collège, on a affaire à un prix nobel.

Leur liaison prend fin brutalement

oh merde, mais genre même pas de « on reste amis » ou quoi. dur.

la mère de Yasmine découvre les textos reçus par sa fille et leur contenu de plus en plus explicite.

heureusement que le daron était pas là, on aurait retrouvé des bouts de la prof aux 4 coins de la France.

Mme Amadéo est convoquée par les services de police, placée quarante-huit heures en garde à vue.

Keyzer Soze is coming

Elle ne cache rien de sa liaison avec sa jeune élève, comme si elle ne pouvait s’empêcher d’en être fière.

say it loud, I’m pedo and proud

Yasmine, elle, reste obstinément silencieuse.

la fierté ne va que dans un sens apparemment, c’est pas de chance putain

Pedobear11

L’enseignante est mise en examen pour atteinte sexuelle sur un mineur de moins de 15 ans par une personne ayant autorité

et l’amour bordel ?

C’est la formule officielle. La justice applique la loi.

toi tu regrettes que la justice ne soit pas plus romantique, je le vois bien.

On arrive au grand final, I bring to you « un magistrat de Lille », attention ça va très vite mais c’est magique.

« La justice sera peut-être clémente, dit un magistrat. Cette histoire est différente de la pédophilie masculine…

ABSENCE TOTALE DE LIEN ENTRE LES 2 PHRASES

…associée à la violence de la pénétration et qui accable les jeunes garçons abusés. »

je n’ai plus aucun commentaire dans l’immédiat, mais je crois bien que la dernière fois que j’ai entendu un adulte faire cette différence entre pédophilie masculine et féminine c’était dans South Park.

Ah, et soit le magistrat lillois ignore l’existence d’accessoires pour les lesbiennes, soit il pense vraiment que c’est plus doux, plus swag, plus soin de détourner des minots quand t’es une meuf. Ou c’est notre rédacteur de génie qui a savamment tronqué ses propos, va savoir mon con.

Et maintenant le bonus track de la mort qui tue : la « note aux lecteurs » du génie. Parce qu’au bout de quelques jours, sans doute qu’au Nouvel Obs y’a un type qui a dit « dis-donc François, tu t’es un peu laissé aller sur ce coup, ta vie sexuelle te regarde mais ajoute un truc pour nous dédouaner, la joue pas perso ».

C’est parti, fais moi rêver poto.

Chercher à éclairer ce qui s’est passé entre cette collégienne et cette enseignante,

apparemment le pari d’écrire le moins possible les mots « sexe » et « mineure » tient toujours.

tenter d’expliquer la nature d’une relation, même si la loi la réprime, n’est pas faire l’éloge de la pédophilie

ouf, tu me rassures Francky. Non parce qu’avec « les appels du désir », « la carte de Tendre » « l’algèbre des sentiments » et tout ça, on aurait pu croire qu’on parlait pas de se taper une go de 12 ans mais plutôt d’un coup de foudre façon Twilight (ouais parce que ça reste extrêmement mal écrit cette merde, faut pas déconner).

Ceux qui savent encore lire ne me font pas ce reproche.

« c’est çui qui dit qui est bande de cons » y’en a qui s’excusent d’avoir mal écrit, lui il te pardonne d’avoir mal lu, magnanime. Mais il supprimera quand même les phrases les plus litigieuses sans rien dire à personne, car assumer ses propos il laisse ça à d’autres visiblement.

Là je sais ce que l’on pourrait dire « c’est quand même plus sain d’avoir viré ce passage ». Sauf que non, l’article reste consternant, et c’est dommage parce qu’on pourrait presque croire que du coup, Francky n’a jamais écrit ces saloperies et que le Nouvel Obs n’a rien à se reprocher (sans parler du fait qu’il est probable que cette suppression découle simplement du conseil de leur baveux, « apologie d’atteinte sexuelle sur mineure de moins de 15 », c’est moyen comme plan promo). Et ça, c’est comme dans Inglourious Basterds quand le nazi dit je vais quitter l’armée, faut bien trouver un moyen de rappeler à tout le monde que ça reste une sombre merde, sinon c’est trop facile.

inglourious-basterds-inglorious-basterds-19-08-2009-21-08-2009-5-g

Fin de l’interlude.

Et là attention, on part pour le rappel de fin de spectacle, c’est plus fort que lui, prenez des photos ça va être mignon.

Dans ce quartier de Lille-Sud dont les habitants se plaignent d’être abandonnés

attends attends ! laisse moi finir : « on fait avec ce qu’on a », c’est ça ?

dans un collège où il est difficile d’accorder à chaque enfant l’attention qu’il mérite

merde, je retente : « c’est déjà pas mal de se faire minoucher par sa prof »

une jeune élève s’est sentie pour la première fois exister sous le regard d’une enseignante qui ne ressemblait pas aux autres

GÉNIE

slow-clap-o

La suite est l’affaire de la justice, mais je ne suis ni législateur, ni magistrat.

t’es pas non plus un journaliste, a priori.

Je laisse la loi à ceux qui ont pour redoutable mission de la dire et l’appliquer

« redoutable mission » ça fait peur quand même, reparle de pédophilie stp, c’était plus cool.

Ce qui m’intéresse, c’est la singularité irréductible de la personne, cet espace qui existera toujours entre la loi et la vie.

T’es mûr pour faire du slam le tordu

Il ne relève d’aucun tribunal, mais seulement de notre conscience et de notre compassion.

ET CE SERA SON DERNIER MOT

« La justice nique sa fille, le dernier juge que j’ai vu avait plus de vice que le pointeur de ma rue », bientôt les t-shirts.

Bref, je pense que nous avons tous appris une leçon de tolérance aujourd’hui avec cette histoire. Mais encore une fois, jamais 2 sans 3 :