Narcos : la B.O alternative consacrée à Pablo et son produit phare

Si vous n’avez pas encore regardé la première saison de Narcos, il est temps de vous y mettre. La série produite par Netflix plaira autant à ceux qui connaissent l’histoire d’Escobar par cœur qu’aux curieux.

Pour l’accompagner dignement, j’ai concocté à l’aide de ce brave Jocelyn Anglemort une fine tracklist. Une manière de célébrer dignement le grand Pablo Emillo Escobar Gaviria, son produit et les exploits macabres du cartel de Medellin. Que de la luxueuse cocaine musique, avec ses plus talentueux représentants : Pusha T, Gunplay, Jeezy, Young Scooter, le Trap God himself et bien d’autres. Tendez l’oreille et appréciez, il y a probablement dans le tas des chansons que vous n’avez jamais eu l’occasion d’écouter. N’hésitez pas à vous aider de Rap Genius pour le décryptage, le jeu en vaut la chandelle.
C’est disponible sur le player mixcloud, à consommer sans modération. L’artwork de mauvais goût est signé Bogdan (Zblurk Blog). S/O Yung Joss

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Narcos : Unofficial Original Soundtrack by Jocelyn Anglemort on Mixcloud

Tracklist :

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Iceberg Slim : Proxo, Ghetto, Coco & C°

De Eightball & MJG en passant par Ice-T, Ice Cube, Snoop Dogg, Too $hort et Jay Z, tous sans exception ont reconnu l’influence de Robert Beck alias Iceberg Slim sur leur art, sur leur travail, sur leurs planétaires renommées. En gros, sans Iceberg Slim, pas de 6 ‘N The Mornin ou de Fuck Tha Police, encore moins de Pimps in The House ni de Late Night Creep / Too $hort (ci-dessous)

Je sais que tu es de Chicago, maque-la,

Fais-en une pute, et dicte-lui ta loi,

De cette petite fille d’église, fais-en une pécheresse!

Avant que les écrits de Slim étayent l’architecture verbale du ‘pimp rap’ ou nourrissent les scénarii glamours de la Blaxploitation, c’est la voix trop longtemps étouffée des marginalisés que les romans de Slim ont fait résonner haut et fort.

A la même époque, Malcolm X, Eldridge Cleaver ou James Baldwin ont décrit avec une verve analogue, une rare et semblable intensité, les destins des non-conformistes noirs dans une Amérique blanche profondément xénophobe, néanmoins Iceberg Slim tient une place à part dans la révolution culturelle populaire…

Au départ, Slim a un mentor nommé Albert ‘Baby’ Bell. Celui-ci est un proxénète un tantinet psychopathe de Chicago qui lui inculque le mal nécessaire d’être un mac noir, simplement parce qu’il incarne celui qui, par le biais des femmes noires, se donne enfin la possiblité d’arnaquer les hommes blancs. Un sentiment revanchard intimement lié au sexe et à la virilité que l’on retrouve également dans Soul On Ice d’Eldridge Cleaver, le futur membre des Black Panthers qui, avant d’être incarcéré en 1957, violait femmes noires mais aussi blanches poussé par cet irrépressible sentiment de compensation envers l’establishment entouré de barbelés dressés par les Blancs. Un professeur en psychologie d’ordre sociétale vous en dirait sûrement beaucoup plus que moi, mais il est clair qu’encaisser violences et mépris sans pouvoir broncher a agit de façon corrosive sur les encéphales de Cleaver et d’Iceberg Slim, les poussant à agir de la sorte envers la « femme », seul et unique sujet malléable à leur faible portée.

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Les responsables du mouvement des droits civiques et les Black Panthers ne sont pas encore descendus dans l’arène, et la génération de couards (sic) à laquelle Slim se dit appartenir n’a pas d’autres recours que de réagir à l’envol consumériste de l’Amérique des 40/50’s par divers stratagèmes liés au maquereautage. Puisque la société ne laisse pas d’autres choix que celui du « poison de la rue », Slim, hypnotisé par les vêtements flashy, les poubelles rutilantes et les bijoux des macs de son quartier, a décidé qu’il voulait vivre la vie dangereuse et amorale d’un souteneur.

« Je voulais ce frisson, cette sensation voluptueuse de contrôler une écurie de femmes. » rajoute-t-il au sujet de ses motivations intimes.

Ici, Slim s’épanche sur ses premiers émois amoureux contrariés par les rapports de classes au sein de la communauté et autres affres dues à la pigmentation de sa peau. La description de ses incarcérations dans les ‘cercueils en acier’ tels qu’il les nomme, est d’un réalisme glaçant. Puis, il y a cette lettre poignante destinée à son père, Jack, qu’il a longtemps mésestimé, voire rabaissé au rang de pauvre nègre trimard, lui, le mac flambeur qui possède pas moins de cinq putes qui font chauffer la planche à biftons.

Catharsis brutale, poétique, Du Temps où J’étais Mac prend en compte le fait qu’il a raccroché une bonne fois pour toute son manteau en fourrure, qu’il s’est débarrassé à jamais de la coke qui l’aidait à arpenter le turf avant de se marier et d’entamer une carrière d’écrivain. S’il est question des rapports psychologiques avec les femmes de façon à mettre à profit leur sexualité, le racisme émasculateur et l’injustice sociale qui font le sel du livre font chambre commune avec la puanteur des boxons, avec la haine de la mère comme carburant secret, enfin, avec les 38 mm aux nez retroussés… Par instant, c’est donc en tant que proxo repenti qu’il peut jouir d’une belle notoriété, allant jusqu’à louer la noblesse, le courage et la jugeote révolutionnaire de Melvin X, jeune black panther qui vient de tomber sous les balles des assassins de la liberté.

Quoi de plus naturels que de donner des conseils de tempérance aux rookies noirs du maquereautage qui fatalement le vénèrent, l’idéalisent… Comme il en concédera quelques uns à un admirateur du nom de Mike Tyson qu’il rencontra en 1988 grâce à l’acteur Leon Isaac Kennedy. L’histoire raconte que lorsqu’ils se retrouvent dans un appartement de South Central pour baratiner, Slim met Tyson en garde. Lui expliquant clairement que tout comportement anarchique envers les femmes peut mettre n’importe quel homme, qu’il soit champion du monde de boxe ou pas, en danger. Voilà, seulement Tyson vient de se marier et la psychologie féminine n’est pas son fort… En ce sens que sa femme va bientôt l’accabler de tromperies et de violences domestiques, jusqu’au piège (du viol) tendu par Desiree Washington en 1992, précipitant dans le gouffre sa carrière de Roi incontesté du ring de la fin du XXème siècle. « J’aurai souhaité le rencontrer avant de me marier avec Robin. » dira plus tard Mike Tyson au sujet d’Iceberg Slim. « Il m’aurait sûrement aidé à filer droit. »

Soulja Slim VS Pancho Villa, en 11 actes révolutionnaires

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1/ José Doroteo Arango Arámbula, plus connu sous le pseudonyme de Francisco Villa alias Pancho Villa est né le 5 juin 1878 à La Coyotada, non loin de Durango (Mexique). James Adarryl Tapp Jr. plus connu sous le nom de Soulja Slim est venu au monde le 9 septembre 1977 à la Nouvelle-Orléans, non loin de l’embouchure du fleuve Mississippi (Louisiane).

2/ A cette époque de révolte populaire, Soulja Slim serait à coup sûr devenu le gouverneur militaire de l’État de Chihuaha comme le devint Pancho Villa en s’autoproclamant de la sorte. Finalement, il est devenu ce fantassin notoire et redouté de Magnolia, une terre toute aussi inhospitalière que cette contrée du Mexique précitée où l’on faisait peu cas de la vie humaine circa 1911-1912.

3/ Comme Villa avant lui, Slim fut un homme de guérilla, indépendant, mal discipliné, car constamment sous l’emprise du ‘singe’ brun et addictif agrippé à son dos alors que le bandit mexicain ne fumait, ni ne buvait. Une façon très courante aux débuts des années 90, voire la seule qui se respectait pour Slim, de faire baisser la tension artérielle quand il était plongé jusqu’au cou dans le marigot des embrouilles interpersonnelles et des soucis d’ordre artistique.

4/ Il faut dire que les labels menaient à ce moment là une guerre intestine la plus démolissante qui soit.Ces labels locaux qui multipliaient les intrigues artistiques, politiques ou relationnelles de façon à tenir Soulja Slim négligemment par les couilles… Un peu comme le fit Villa quand il agrippa celles de Reza, son ami payé pour le trahir qu’il tua à Chihuahua avant de s’enfuir.

5/ Comme Villa, Slim avait le don d’exprimer à la perfection ce que ressentait son quartier, sa ville, ses ouailles, et si quelque part, le combat était plus féroce qu’ailleurs, rien ne leur convenait mieux que de naviguer à l’instinct plutôt que de se saturer de théories militaires apprises dans les manuels. C’est au cours de ces errances clandestines que Soulja Slim a appris l’art de la guerre, et que Pancho Villa devint l’un des hommes forts de l’armée aux ordres de Madero.

6/ Pour se faire une réputation dans son quartier où régnaient des gangs réputés dangereux (cf. Dooney Boyz (DBz), Byrd Gang et Hot Boys) Slim volait impunément les dealers de drogues, pendant la nuit, une activité qui lui a valu de réchapper plusieurs fois à la mort. Selon Pancho Villa, il a lui-même débuté sa carrière de hors-la-loi en tuant un notable du gouvernement qui avait violé sa sœur, avant de s’enfuir dans les montagnes. Il venait d’avoir tout juste 14 ans.

7/ En 1912, la captivité et la cour martiale promises par le général Huerta à Villa pour insubordination n’empêchera pas ce dernier de s’évader de prison et de revenir triomphalement à Juarez à la tête d’une junte de 4000 membres. En 1998, la politique de la terre brulée que Master P a décidé d’instaurer à l’intérieur de son label décime ses propres partisans du combat rap, mais ne peut en aucun cas écarter Slim du game. Celui-ci va resurgir tel un feu-follet du bayou, et repartir à la conquête de ses louables ambitions avec deux fidèles compagnons, un Hummer d’appoint, deux livres de dope et un Glock pour la sécurité.

8/ Le fait de réchapper plusieurs fois de justesse à la mort et d’être constamment traqués par les Fédéraux faisait parti de leur karma commun.Cela n’a jamais empêché Villa et Slim de livrer des attaques ponctuelles et de remporter des victoires locales.

9/ A l’instar des péons chez qui il n’était pas rare voire même courant d’avoir plusieurs compagnes, Slim a multiplié les conquêtes, dont certaines lui ont porté préjudice -notamment à la fin. Pancho Villa, lui, avait deux épouses, une femme simple qui l’accompagnera pendant toutes ses années de vie hors-la-loi, et une autre, jeune, mince et souple comme un chat des rues de Chihuahua, surement pour le sexe.

10/ Vu que ceux qui possédaient l’argent et les billets mexicains les enterraient, Villa décida de faire tourner la planche à billet et imprima 2 millions de pesos de fausse monnaie, inondant El Paso de papiers barrés du nom de Villa dans la longueur. Slim, de son côté, enregistra Give It ‘Em Raw, un album qui se vendit à 82000 copies la première semaine.Vu que l’argent perçu lui servait uniquement à payer la weed, les cigarettes et la gamelle lors de ses fréquentes incarcérations, à sa sortie il écrivit et enregistra ‘Slow Motion’ qui se classa n°1 au Billboard Hot 100 en 2003. Ce faisant, la Bank of America fit imprimer quelques planches de cette fausse monnaie sonnante et trébuchante que Slim emportera avec lui dans son cercueil.

11/ Comme l’a été Villa le 20 juillet 1923 à Parral, Slim fut assassiné de plusieurs balles le 26 novembre 2003 à la Nouvelle-Orléans. Soulja Slim a été enterré en grande pompe avec ses bijoux, ses Reebok ainsi que les vêtements de camouflage en cuir qu’il portait sur la couverture Give it 2 ‘Em Raw … Alors que, noir comme de la poudre à canon, le corbillard de la riche épouse de Pedro Alvarado Torres, à la fois magnat de l’exploitation minière, philanthrope et fidèle admirateur de Pancho Villa, fut utilisé pour l’enterrement de ce dernier à Parral.

Mobsters, flambeurs et autres gangsters du rap-game (6) : les gangs de Miami des 90’s.

 

 

Don King,  Richard « Convertible Burt » Simmons & Mike Tyson
Don King, Richard « Convertible Burt » Simmons & Mike Tyson

C’est dans les quartiers comme Overtown, Liberty City, Opa Locka, Little Haïti, Lil’ River et Carol City qu’une guérilla sans fin pour accéder au rêve américain s’est développée aux débuts de années 90. Là, comme un peu partout dans le pays, les jeunes floridiens défient la paix sociale en menant une guerre de la drogue sans merci. Autant dire qu’à cette époque la beef était partout. Même si certains n’avaient pas enclenché le truc ou faisaient tout pour l’éviter, tôt ou tard ils s’y retrouvaient les deux pieds dedans. C’était quelque part comme un phénomène d’aspiration inéluctable, un tourbillon de violence qui a rayé de la carte des brouettes entières de soldats de la rue. Bon, rien à voir avec Grand Theft Auto, cette merde qu’on explore, peinard, le cul posé dans son fauteuil moelleux. Ici, dans le Sud de la Floride, au cœur de la périphérie noire, là où les émigrés haïtiens agitent le vaudou, c’était la vraie vie. Si vous n’avez jamais entendu parler des Vonda’s Gang d’Overtown,  Zoe Pound de Fort Pierce, John Does de Liberty City ou Boobie Boys et Thomas Family de Carol City, c’est que vous n’avez jamais décortiqué les lyrics de la montagne de saindoux de Carol City, Rick « Rozay » Ross. Je vous rassure, ces illustres gangs locaux n’ont strictement rien inventé. Une légende comme Isaac « Big Ike » Hicks a déjà construit un empire local de la drogue à Dade County dans les années 80. Pour les rookies du drug game, ne restait qu’à suivre le chemin escarpé de la criminalité déjà tracé par l’oncle Ike et savoir éviter les bastos.
Rick Ross, quant à lui, les a tous béatifié dans chacune de ses chansons, leur a rendu hommage dans le DVD « M.I.Yayo : The Movie », faisant bien entendu de lui un des maîtres incontesté du « coke rap ».

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Car ce n’est plus un secret pour personne. De Pablo Noriega à Larry Hoover, en passant par Big Meech Flenory, Rick « Rozay » Ross a sucé tous les grands dealers de coke et gangsters notoires de la planète.
Dixit l’intro Trilla de l’album Port of Miami qui date de 2008 : « Shout out to Larry Hoover, Shout out to Big Meech / Shout out to Bunky Brown, Shout out to Kenny Williams. Shout out to E-4. Shout out to Fish Grease / Shout out to Falcon, Shout out to Big Ba / Shout out to John Doe – The hole Lynch Mob (…) Shout out to Boobie Boys, young drug dealers… »
Lustrage de « pivot de la joie » qui s’éternise dans Hustlin où Rick Rozay Ross vend de la drogue à la manière de Richard « Convertible Burt » Simmons, mentor de Kenneth « Boobie » Williams, lui-même mentor des Boobies Boys de Miyayo : « I touch work like I’m Convertible Burt / I got distribution, so I’m converting the work. »
Sortez vos mouchoirs. Toujours dans Hustlin, l’arrestation du leader déchu « Boobie » Williams y est perçue par Ross comme un immense et insurmontable chagrin : « … when they snatched Black [Boobie], I cried a 100 nights, he got a 100 bodies, serving a 100 lifes. »

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Les dictionnaires définissent le crime de la sorte : infractions graves aux lois politiques religieuses et sociales. Du coup pour le public lambda « Boobie » Williams n’est rien d’autre qu’un énième trafiquant de drogue avec un fort penchant meurtrier… Mais pour Rick Ross il est tout autre chose. En vérité, Williams est son modèle et demeurera à jamais son principal inspirateur en ce qui concerne le concept rap qui l’a hissé tout en haut de charts nationaux. « Pour moi Boobie est au Carol City Cartel, ce que Larry Hoover était aux Gangster Disciples » explique -t-il .
Sachez qu’avant d’être appréhendé par le FBI et enfermé à perpète, « Bobbie » n’était pas un énième cave du drug game. Il est le fondateur du Carol City Cartel, c’est à dire un serpent venimeux à la tête d’un empire de la drogue estimé à 85 millions de dollars qui a alimenté plus de 25 villes de la Floride (cf. 12 États) pendant pas moins de quinze ans moyennant 5 tonnes de cocaïne importée de Panama et différentes îles caribéennes. Car un jour « Boobie » a pris conscience de l’atrocité du déterminisme social dans lequel il était englué. Du coup, pour se libérer, lui et son Cartel ne pouvaient le faire que par le crime. La police le soupçonne d’avoir pris part à pas moins de 130 homicides.

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The Boobie Boys : Des modèles, des mentors du hood… bref, des légendes.
« Le mec qui m’a mis dans le jeu de musique est Boobie. Ma musique touche à son mode de vie. Boobie a aidé beaucoup de gens dans le hood et a inspiré beaucoup de choses positives. L’inconvénient est qu’il a été accusé de plus de 100 homicides et de la gestion d’un trafic de drogue plusieurs millions de dollars » a expliqué Rick Ross, confirmant son  affiliation avec « Boobie ». « Le truc dont je parle est réel. La drogue est réelle. Le truc concernant les armes à feu est officiel. Regardez Kenneth « Boobie » Williams, regardez d’où il vient. Ce n’est pas rien d’en être fier. J’ai été témoin. Les négros faisaient leur truc. Je ne faisais que regarder. J’étais un fan du game. Je m’asseyais sur le porche et regardais les Cadillacs passer ! »

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Accusé à un moment donné de mythomanie, puis un brin secoué par l’afflux des attaques, Rick Ross a toujours su répondre présent en ce qui concerne les hommages aux kingpins. Par exemple, il n’invente rien en ce qui concerne la flambe de « Boobie ». En fait, c’est une véritable caverne d’Ali Baba que ce dernier trimbale sur lui quand il déambule dans le hood. Faut savoir que le bling, sorte de miroir aux alouettes qui attire les regards les plus chastes, « Boobie » en a plein les fouilles, autour du cou aussi. Il est aussi dans le trip « OG swangers », le même qui se développe à Houston par l’intermédiaire des rappeurs. A son apogée, il s’habille en Gucci, s’envoie du Moët au prestigieux Delano Hotel, porte sur lui des diamants roses 8 carats, conduit au hasard des envies, Cadillac, Lexus Coupé, Porshe Carrera voire une Chevy Impala 73 blanche ivoire avec intérieur en cuir immaculé et vitres teintées afin d’éviter d’attirer l’œil des poulets et autres carjackers. La barrique Ross n’invente rien non plus quant à sa cruauté, car « Boobie » a été aussi impitoyable que le fut son entreprise criminelle. Lui et sa bande ont créé une vague de terreur rarement perçue à Miami tout au long des années 1990. Décennie régentée par les Boobie Boys et autre Vonda’s Gang qui est un moment assez effrayant pour la communauté. Faut savoir que pour la discrétion les gars pouvaient repasser. De toute façon la discrétion était le dernier de leurs soucis. Pour eux, l’important était de mettre les gangs rivaux sous l’éteignoir afin de contrôler la rue chaude et d’en tirer les meilleurs bénéfices. Le problème, c’est que des innocents mouraient. Les gars arrosaient copieusement concurrents mais aussi passants et touristes avec leurs AK-47. Enfin, une fois les faits accomplis, ils partaient sans se retourner, laissant invariablement les flics se briser les reins quand était venu le moment de ramasser leurs douilles.

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Œil pour œil…
A cet instant précis, c’est quotidiennement que rafales de fusils d’assauts et «  Miami bass » s’accouplent dans une étreinte à la fois compulsive et macabre, trahissant la quiétude des nuits étoilées du sud de la Floride. Étoilé comme ce trou de balle de shérif de la Metro Dade Police qui passe la moitié de son temps à identifier des corps aussi froids que celui du dénommé Ankey du Thomas Gang qui a balancé quelques pruneaux bien mûrs sur « Boobie » et ses associés avant que ceux-ci lui retournent l’offrande. De leurs côtés, Fat Wayne et Efrain « E-4 » Casado se sont chargés de tuer Willie Jetier qui, dans un dernier soupir, bafouille leurs blazes avant de trépasser en 1991.
En cette fin d’année 1992, jour de Noël assez morose pour James Powel qui est descendu dans le dos – par Santa « Gangsta » Claus (?) – Généralement, ça se passe comme ça : E-4 conduit le bolide pendant que les joyeux drilles que sont Plex, Fat Wayne ou Chico défouraillent sur la cible mouvante. Quand ils ne liquident pas autrui, les Boobie Boys sont en train de créer à grande allure un axe de vente de cocaïne concernant l’entière Côte Est.

En 1994, le mot d’ordre est d’éliminer tout individu qui a de prêt ou de loin un rapport avec la Thomas Family. Imaginez une seule seconde le chantier !
C’est à bord d’Impala et Delta 88 que les Boobie Boys poursuivent Walter « Fatso » Betterson et Derrick « Hollywood » Harris dans leur propre quartier jusqu’à ce que morts s’ensuivent. Cette fois-ci, c’est au tour de « Boobie » et de Leonard « Bo » Brown d’être identifiés comme les tireurs, mais la police a toujours autant de mal à les appréhender car les tueurs cachent leurs visages à l’aide de masques de ski ou de hockey et autres cagoules.
Le brouhaha généré par les médias pousse la police à se bouger le cul. Seulement, le jour où elle décide d’appréhender Corey « Fishgrease » Mucherson des Boobie Boys pour lui tirer les vers du nez et rassurer l’opinion aux abois, ce dernier est abattu avant d’avoir pu être entendu.

 

 

Kenneth « Boobie » Williams
Kenneth « Boobie » Williams

Rarement la guerre des gangs impliquant les Boobie Boys et les différents gangs a été évoqué jusqu’à cette récente enquête sur la violence à Miami dans les années 1990, temps cruciaux où certaines légendes de la rue sont en train de naître sous une grêle de coups de feu. Ces investigations ont révélé qu’une certaine reine de la drogue nommée Avonda « Black Girl » Dowling a tenu tête à la puissance dévastatrice des Boobie Boys. Cheftaine du précité Vonda’s Gang, Avonda Dowling a pourtant été au centre du business de la drogue à Miami pendant plus de 15 ans. Une question se pose, comment a-t-elle pu échapper aux moindres soupçons pendant toutes ces années? Surtout qu’elle a engrangé plusieurs millions de dollars en vendant à la fois crack, héroïne, herbe et cocaïne, tout cela en tuant des dizaines de concurrents, statut de criminelle au moins équivalent à celui de Kenneth « Boobie » Williams.

 

 

Avonda
Avonda

Avonda Dowling featuring « Rah-Rah », ou quand la guerre fait rage.
Beaucoup ont été surpris d’apprendre qu’une femme dirigeait l’un des gangs de la drogue les plus actifs à Miami. Autant dire que sa féminité n’a jamais entravé ses rêves de pouvoir et d’argent. Il est dit que les gens du milieu la respectaient et la craignaient. Discrète et efficace, elle était redoutée pour sa dangerosité si bien que quand les gars de son gang étaient coffrés et interrogés par les cognes, jamais rien ne filtrait.

Afin de s’élever dans la hiérarchie locale du banditisme, Avonda s’est d’abord éprise d’un éminent gangster de Miami nommé Bunky Brown. A partir de là, elle grimpe quatre à quatre les marches de l’organisation. Le jour où Bunky est emprisonné, Avonda prend en main le gang. En 2003, l’un des ses principaux lieutenants, Jamal « Pookalotta » Brown, avouera aux enquêteurs que dans le courant de l’année 1994 un haïtien du nom de Tony enseigne à Avonda comment transformer la cocaïne en crack. Après quelques expérimentations, elle est capable de tambouiller la coco et de confectionner les paquets dans les différents appartements qu’elle loue.
Elle est épaulée par l’homme des basses œuvres, un certain Robert Lee « Rah-Rah » Sawyer, l’exécuteur en personne du gang d’Overtown alias Colored Town. En 1986, Avonda a payé 10 000 dollars et un demi kilo de cocaïne pour que « Rah-Rah » tue le dealer Michael McBride qui vend une came de bien meilleure qualité à un prix modique. C’est le début d’une longue et barbare co-entreprise.
En juillet de la même année, c’est en temps que criminel fugitif que « Rah-Rah » est arrêté alors qu’il attend un ami à l’aéroport international de Washington Dulles. Il passe une année en prison et est relâché.

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Les dossiers judiciaires indiquent que la relation meurtrière à trois s’oriente vers un face à face inévitable entre Boobies Boys et Vonda’s Gang. En 1989, peu de temps après les meurtres de Wallace Fortner, de Willie « Stinker » Geter et de E, « Rah-Rah » a décidé de s’inviter à la fête de Noël des Boobie Boys pour les venger. Il s’embarque pour une expédition punitive, repère un des lieutenants de « Boobie » et tente de le tuer, mais le lieutenant survit. Échec cuisant qui pousse « Rah-Rah » à reporter son déchaînement  meurtrier sur Marvin Rogers. Cette fois-ci, il ne rate pas le Boobie Boy à l’origine de la guerre intestine avec le Thomas Gang.

Autre fait marquant. Lors d’une course-poursuite en voiture en 1997, « Boobie » Williams et son complice E-4 sont pris par la police munis de fusils d’assaut, des vêtements de camouflage et des gilets pare-balles. Des révélations tardives diront qu’ils étaient en passe de tuer « Rah-Rah ». Toujours ces preuves manquantes… ils sont relâchés.
En septembre 1997, il est grièvement blessé alors qu’il voyage vers le nord sur la I-95 et est transporté à l’hôpital. Alité, « Rah-Rah » apprend par sa femme venue lui rendre visite, qu’elle a repéré deux membres des Boobie Boys dans l’ascenseur de l’hôpital. Ceux-ci papotaient sur la façon de le liquider. Heureusement pour « Rah-Rah », rien ne se passe.

Le 31 Décembre 1997, « Rah-Rah » repère le Boobie Boy dénommé Rogers debout à côté de sa voiture, en train de parler sur son téléphone cellulaire. Cette fois-ci, « Pookalotta » Brown est au volant, « Rah-Rah » et Bam sont ses passagers. Aussitôt dit, aussitôt fait. « Rah-Rah » et Bam sortent leurs AK-47, puis tuent Rodgers avant de laisser leurs armes et de s’enfuir.
Le lendemain, en représailles à l’assassinat de Rogers, « Pookalotta » est blessé au cou. En fin de compte, la fusillade a paralysé « Pookalotta », l’installant cette fois-ci au volant d’un fauteuil roulant aux jantes alu .

En 1998, des membres des Boobie Boys parviennent enfin à saupoudrer « Rah-Rah » à partir de leur voiture, mais la bonne étoile veille encore sur le miraculé « Rah-Rah » qui survit au guet-apens. Véritable soldat de la rue « Rah-Rah » a été maintes fois ciblé par les Boobie Boys. Tous savaient qu’il était la force vive du Vonda’s gang, du coup ils n’ont cessé de concentrer leurs efforts pour le descendre, en vain.

Rédemption pour « Bo » Brown des Boobie Boys devenu écrivain. [ici, avec sa femme]
Rédemption pour « Bo » Brown des Boobie Boys devenu écrivain. [ici, avec sa femme]

Fin de l’entente cordiale entre flics & drug Lords de Miyayo…

Plex
Plex

En 1995, les meurtres du dealer Otis Green, de sa femme et de leur fils est une fois de plus attribué au trio diabolique E-4, Fat Wayne et Plex. Hormis le nouveau tatouage rédempteur de Plex représentant un crucifix avec un garçonnet priant sur une tombe où est écrit « Dear Lord, can you save me ? », aucun élément ne peut les confondre.

Autant Arthur « Plex » Pless est un dude particulièrement froid et violent, autant il y a un cœur de MC qui bat la chamade quand il s’agit de balancer quelques rimes bien vécues sur le label Badland Records de Miami. Ne lui en déplaise, les Feds le considèrent à juste titre beaucoup plus comme un gangsta qu’un gangsta rappeur. Pourtant il est tout le contraire de ces MC’s qui rappent la pseudo vente d’un pseudo bourrin bien à l’abri sous le parapluie doré de leurs labels respectifs. Depuis, condamné à perpétuité, Plex a écrit Boo Baby: The Secret of Sweet Donnie Mac, polar urbain inspiré par la vie trépidante de ses héros gangsters de Miami.

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Revenons à nos noirs moutons. La guerre de la drogue fait rage à Miami. Les Boobies Boys sont continuellement sous la pression des gangs rivaux et orchestrent ce bain de sang depuis près de dix ans. Successivement, ils ont guerroyé avec la Thomas Family au début de 90’s, ont salement charcuté les soldats du Vonda ‘s Gang au milieu de la décennie, c’est désormais les marlous du John Does Gang qu’ils doivent défier en cette année 1997.

En 1999, Kenneth « Boobie » Williams n’est pas encore devenu une légende chez les rappeurs étiquetés gangsta. Il est un gangster underground, n’empêche qu’on le trouve en caractère gras sur la liste America’s Most Wanted de 1999 dressée par le FBI. Normal, « Boobie » est en cavale, donc considéré comme fugitif. On a mis en place l’Opération « Booby Trap ». Sa tête est mise à prix. Autant dire que ses jours de règne ne sont visibles que dans le rétroviseur de son Impala blanche.
Jusque là imprenable, « Boobie » va voir sa liberté d’agir et son impunité partir en fumée. Sa chevauchée sauvage de baron de la drogue est brutalement stoppée par les Feds qui l’observe depuis des mois et attendent la moindre occasion pour le coincer. Le 17 mai 1999, seul et sans armes, « Boobie » est au volant d’un pick-up Ford qu’il conduit sous un nom d’emprunt. Les Feds le serrent lors d’un arrêt de la circulation. Il n’y a pas de confrontation. « Boobie » révèle aussitôt sa véritable identité.

Déjà branlant, l’empire bâtit à grands coups de AK-47 par « Boobie » vient totalement de s’écrouler. Du coup, son gang explose. Les sentences pleuvent à la façon de cette bourrasque de biftons verts qui célébrait les filles dans un strip-club de Morgan City où « Bo » Brown fut capturé par les poulets en 1998. Enfin, on lui a infligé trois sentences à vie à « Boobie », il en encaissera peut être cinq… Après tout, qu’importe que ce soit 3 ou bien 5. Sans doute que la justice US aime pinailler. Tout dépendra des résultats de l’enquête sur les 100 à 130 prétendus cadavres qui jalonnent ses années de gloire à Miami. L’enquête a également dévoilé qu’il avait corrompu le gratin de la Police de Miami. Bref, une petite routine entretenue depuis des décennies entre flics et drug Lords du sud de la Floride qui aurait tort de s’éteindre.
A son tour, Vonda est arrêtée le 14 novembre 2003. Après six semaines de jugement, elle est convaincue coupable, échappe miraculeusement à la peine de mort, puis envoyée passer 20 ans dans une prison Fédérale. Vu qu’il plaide coupable, ce sera double dose pour l’increvable « Rah-Rah »… Bref, 40 piges, pas plus, pas moins.
A bord de son fauteuil muni de ces roues voilées de l’infortune, « Pookalotta » Brown écope, lui, de 25 ans.

Les précédents épisodes de Mobsters, flambeurs et gangsters du rap-game :

Episode 1 : Kenneth « Supreme » Mc Griffith, l’homme à l’origine des trois balles logées dans la carcasse de 50 Cent
Episode 2 : « Freeway » Ricky Ross, le vrai, celui qui participe à « voler » 18 millions de dollars à Ronald Reagan
Episode 3 : Demetrius « Big Meech » Flenory, fondateur de BMF, alias Blowin Money Fast alias Big Meech Family
Episode 4 : Frank «Black Caesar» Matthews, un mec qui brasse jusqu’à 600.000 dollars par jour au putain de calme
Episode 5 : Rayful Edmond 3, aka « je donne des billets de 100$ aux gosses pour qu’ils s’offrent des Air Jordans »

From Russia with Love, épisode 3 : Viktor Ianoukovitch

L'ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch
L’ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch

Il a fait la une de tous les médias ces dernières semaines, tour-à-tour comme interlocuteur de l’Union Européenne, comme allié du président russe Poutine, comme boucher envoyant des bataillons de policiers réprimer toute contestation dans le sang et enfin comme président destitué d’un pays à l’avenir désormais incertain … Mais qui est-il vraiment ? Épopée d’un ancien métallurgiste au passé sulfureux devenu président d’un des pays les plus corrompus au monde.

 

Viktor Fedorovytch Ianoukovitch est né le 9 juillet 1950 dans la ville industrielle de Ienakievo, située dans la région de Donetsk. Son père est lui-même métallurgiste dans l’usine de la ville et sa mère est infirmière. Le jeune Viktor commet ses premiers larcins à l’âge de 15 ans, lorsqu’il entre au collège minier. Il rejoint une bande de jeunes, Pivnovka, et se spécialise dans le vol de chapeaux et de montres (1). Il est arrêté pour la première fois en novembre 1967. Il est accusé de vol et condamné à trois ans de privation de liberté. Il est envoyé dans un camp de redressement pour jeunes délinquants, où il ne purge que 6 mois avant d’être libéré pour bonne conduite. En juin 1970, il est de nouveau condamné, cette fois à deux ans de détention, pour coups et blessures. Au cours de ces années passées derrière les barreaux, Viktor rencontre le chemin d’un personnage qui changera sa destinée, Rinat Akhmetov.

 

Rinat Akhmetov, l'éminence grise de Ianoukovitch
Rinat Akhmetov, l’éminence grise de Ianoukovitch

Aujourd’hui, Rinat Akhmetov est l’homme d’affaires le plus riche d’Ukraine, avec un capital estimé à 15,4 milliards de dollars, et se place dans les 50 premières fortunes individuelles mondiales selon le magasine Forbes (2). Cette fortune, Rinat l’a acquise alors qu’il était connu sous le sobriquet d’Alik Grek. Dans les années 90, Alik Grek dirige un clan de truands tatars de la ville de Donetsk. L’indépendance de l’Ukraine est proclamée en août 1991. En 1992, une guerre entre clans mafieux éclate dans les rues de Donetsk. La moyenne d’homicides de la région de Donetsk passe en 1992 de 50 par an à 6 par semaine…

Rinat Akhmetov, grâce à des méthodes expéditives, prend rapidement le contrôle de la ville et de ses commerces, et maintient le milieu politique sous une pression constante. Lorsqu’il décide de mettre la main sur le club de football du Shakhtar-Donetsk, il place une bombe dans les gradins lors du match du 15 octobre 1995 qui oppose les ukrainiens à Tavryia pour assassiner le président du club Akhat Bragin. Akhat décède, ainsi que de nombreux civils présents dans les gradins. Rinat investit alors dans des équipements coûteux et des joueurs d’envergure internationale avec l’intention du faire du Shakhtar-Donetsk un grand club européen.

Alik désire également investir les instances politiques de l’oblast de Donetsk. Pour cela, il fait appel à Vikto Ianoukovitch, qui est en contact avec les truands de Donetsk depuis ses séjours en prison. Dès 1997, Ianoukovitch devient gouverneur de la région, fort de l’appui de son protecteur. Le président, Léonid Koutchma, a conscience de mettre un truand au pouvoir mais espère réguler par ce moyen la violence déployée par le clan de Rinat (3). L’influence du clan d’Alik Grek sur l’univers politique ukrainien se manifestera non-seulement avec l’ascension de Viktor Ianoukovitch et du Parti des Régions, mais aussi par un soutien à Igor Merkulov, premier dirigeant du Parti Libéral d’Ukraine, qui apportera d’ailleurs son soutien à la candidature de Viktor Ianoukovitch au cours des élections de 2006. Merkulov sera d’ailleurs condamné le 25 août 2006 à Moscou pour une fraude dont le montant s’élèverait a plusieurs dizaines de millions de dollars (10).

 

 

La région de Donetsk, épicentre de la criminalité organisée ukrainienne, est située au Sud-Est du pays
La région de Donetsk, épicentre de la criminalité organisée ukrainienne, est située au Sud-Est du pays

 

Sous l’égide de Ianoukovitch devenu premier ministre en 2002, le clan d’Akhmetov prend une ampleur incroyable. Sur les 54 adjoints attachés au ministre, 47 sont originaires de Donetsk. De nombreux hommes politiques, comme Vassily Djarty, président du conseil des ministres de la République Autonome de Crimée sont issus directement du milieu du crime. Vassily, autrefois connu pour avoir pratiqué le racket armé d’une batte de baseball, a été au cours de sa carrière politique accusé de détournements de fonds et d’avoir organisé un trafic de voitures volées à l’échelle nationale. Sous son influence, la frontière polonaise de l’Ukraine devient assez poreuse pour permettre l’installation d’un passage vers l’Union Européenne de denrées diverses, telles que des produits stupéfiants ou encore des esclaves. Chaque année, près de 100 000 esclaves, dont la moitié de prostituées, transitent par l’Ukraine (1). Ce trafic a été placé sous la tutelle d’un dénommé Manusov, qui y a impliqué des pointures du crime organisé, comme Anatoly Bandura, qui sera abattu en 2005 parce qu’il refusait de verser sa part à Rinat (4).

Toujours grâce à Ianoukovitch, d’autres trafics se sont développés, dont un trafic de médicaments utilisés comme drogues. Ce trafic se déroule grâce à l’appui de Tiatiana Bakhteeva, directrice générale des syndicats cliniques et médicaux de la région de Donetsk devenue députée du Parti des Régions au parlement en décembre 2012 (3, 5). Les médicaments, Tramadol, Promedol et Méthadone, sont distribués à travers le pays, où les addictions se révèlent de plus en plus nombreuses.

Dernier exemple de l’influence néfaste du clan de Donetsk sur le pays, le cas de la région industrielle de Donbass. Les ouvriers métallurgistes et les mineurs de Donbass sont vingt fois moins payés que des ouvriers européens ou américains, trois fois moins que des ouvriers russes, et même moins que des ouvriers chinois ou sud-africains. Les installations sont vétustes et des accidents sont très fréquents, comme le samedi 11 mars 2000 dans la mine de Bakorkovo (6). Chaque année, entre 3 et 7 milliards de grivnas, soit plus de 220 millions d’euros, sont volés sur l’ensemble de la production industrielle de Donbass (3).

On se souvient également de l’affaire des hôtels ukrainiens qui, peu avant le lancement de l’Euro 2012, avaient doublé le prix des chambres, consciemment ou sous la menace de groupes armés qui avaient réquisitionné les établissements hôteliers de force, par exemple l’hôtel Slavoutitch (7).

L’ ex-premier ministre ukrainien Mykola Azarov a quitté le pays dès l’annonce de sa démission le 28 janvier. Il a aussitôt rejoint Vienne, où sa famille possède des investissements de plusieurs millions d’euros dans divers sociétés-écrans. Le président Ianoukovitch a lui-même eu recours à ce genre de manipulations, en faisant recours à une société nommée « Group-DF » (8). Peu après, le président a lui-même tenté de s’enfuir le 22 février en proposant un pot-de-vin aux responsables de l’aéroport de Donetsk pour laisser décoller son appareil, qui n’était pas en règles (9). Comme on peut le constater, le choix de l’aéroport n’a pas été confié au hasard, le président espérait sans-doute trouver dans cette ville le soutien du clan qu’il a nourri pendant sa présidence …

 

 

(1) Уникальная биография кандидата в Президенты Украины В.Ф.Януковича (Biographie unique du candidat à la présidence d’Ukraine V. F. Ianoukovitch) – Анатолич : http://censor.net.ua/forum/499671/unikalnaya_biografiya_kandidata_v_prezidenty_ukrainy_vfyanukovicha

(2) Forbes – Rinat Akhmetov : http://www.forbes.com/profile/rinat-akhmetov/

(3) Криминальная оккупация (Occupation criminelle) – Alexandre Boïko (2007)

(4) Genshtab – Anatoly Bandura : http://genshtab.info/Бандура,_Анатолий

(5) Бахтеева Татьяна Дмитриевна (Bakhteeva Tatiana Dmitrievna) : http://file.liga.net/person/660-tatyana-bahteeva.html

(6) Les Dernier Mineurs du Donbass – Max Hureau : http://www.regard-est.com

(7) Benjamin Bidder et André Eichhofer – La mafia ukrainienne fait monter les prix des chambres d’hôtels : http://www.courrierinternational.com/article/2012/04/16/la-mafia-ukrainienne-fait-monter-les-prix-des-chambres-d-hotel

(8) France 24 – Ukraine-Autriche : les liaisons dangereuses du clan Ianoukovitch : http://www.france24.com/fr/20140207-ukraine-autriche-paradis-fiscal-ianoukovitch-azarov-blanchiment-clan-famille-klyuev-firtach/

(9) Kim Hullot-Guiot – Où est passé Ianoukovitch, le président fuyard ? : http://www.liberation.fr/monde/2014/02/26/ou-est-passe-ianoukovitch-le-president-fuyard_983155

(10) Businessman Condemned for Attempt on Investments – http://www.kommersant.com/p699949/r_500/Businessman_Condemned_for_Attempt_on_Investments/

 

Autres sources:

 

Fondation Robert Schuman – Election présidentielle en Ukraine, 31 octobre et 14 novembre 2004 : http://www.robert-schuman.eu/fr/oee/0348-election-presidentielle-en-ukraine-31-octobre-et-14-novembre-2004

http://ru.wikipedia.org/wiki/Кушнарёв,_Евгений_Петрович

http://theinsideleft.com/shakhtar-donetsk/

La criminalité organisée nationale et transnationale abordée à travers … GB Paris vol.1

Si l’album Scarface d’Afrique préfigurait par son nom une profusion de références à la criminalité organisée, que dire de Grand Banditisme Paris 1 d’Hype et Sazamyzy, un album qui accueille par ailleurs le fleuron de l’indépendant français sur un total de 17 pistes. Lire la suite « La criminalité organisée nationale et transnationale abordée à travers … GB Paris vol.1 »

From Russia with Love, épisode 2 : Evsei Agron

En mai 1972, la visite du président américain Richard Nixon à Moscou marque l’apaisement des tensions de la Guerre Froide. Conséquence directe de ce revirement politique, le gouvernement soviétique autorise plusieurs milliers de ressortissants juifs à quitter l’URSS. Bon nombre de ces émigrants se réfugient aux États-Unis dès 1975, profitant de l’amendement Jackson-Vanik de 1974, qui était prévu pour faciliter ce genre de démarches. L’aéroport John F. Kennedy accueille jusqu’à 600 émigrés par jour au cours de cette vague d’immigration qui enrichira au total la population étasunienne de plus de 5 000 personnes. Aux États-Unis, les soviétiques s’étaient établis dans le quartier de Brighton Beach, à Brooklyn, un quartier ouvrier qui offrait à la fois des loyers relativement réduits et la proximité d’une plage et de l’océan. Très vite le quartier se trouva afflubé du surnom de Petite Odessa, car son ambiance cosmopolite n’étais pas sans rappeler les rivages de la Mer Noire et cette charmante ville de Crimée qu’est Odessa, et qui avait par ailleurs largement fourni cette vague d’immigration puisqu’elle était réputée pour abriter une importante population juive.

La petite Odessa vers 1980
La petite Odessa vers 1980

Si à priori cette opération se déroula sans anicroches, il en allait autrement en réalité. En effet, on présume aujourd’hui que le KGB avait profité de cette occasion exceptionnelle pour envoyer à l’étranger les truands qui perturbaient le fonctionnement du système pénitentiaire soviétique. Ceux-ci se fondirent sans difficultés dans la masse des nouveaux arrivants et les douaniers américains n’y virent que du feu, d’autant plus que l’existence d’une organisation criminelle russe était totalement inconnue aux États-Unis à cette époque.

Ce 8 octobre 1975, entre deux couples de vieillards yiddish, un homme d’une quarantaine d’années se présente aux douaniers et n’attire aucunement leur attention. Il est de taille moyenne, a un crâne étiré, le front dégarni, des yeux noirs et une moustache tombante. Il ne contraste en aucune manière avec la foule qui l’environne. Et pourtant. « Evseï Agron », inscrit-il dans son formulaire d’immigration ; il indique également être natif de Leningrad (l’actuelle ville de Saint-Pétersbourg) et arriver d’Allemagne de l’Est, où il aurait séjourné quatre ans. Dans la catégorie « profession », il écrit: « joaillier ». Il omet de préciser qu’il a passé sept années (ou dix selon les sources) en prison pour meurtre et contrebande et qu’il en est ressorti adoubé « Voleur dans la Loi » (Vor v Zakonie), c’est à dire appartenant à cette caste de criminels endurcis qui, soumis à un code d’honneur, formaient une sorte d’aristocratie du crime organisé soviétique. Après avoir quitté la Russie en 1971, il a dirigé pendant les quatre années qu’il a passé en RDA une bande qui contrôlait les tripots de jeu et la prostitution à Hambourg.

Evsei Agron et sa proverbiale moustache
Evsei Agron et sa proverbiale moustache

Installé à Brighton Beach, Agron entreprend de réunir une bande, sa « Brigade », qui avait son Quartier Général dans l’arrière-salle d’un bar miteux, l’El Caribe Club. Premier arrivé, premier servi, Agron et sa Brigade prirent rapidement le contrôle d’un certain nombre d’affaires de Brighton Beach et soumirent la plupart des criminels indépendants à leur joug. Les hommes d’Argon trempaient dans toutes les magouilles imaginables, du vol à l’arnaque à l’assurance. Ces affaires rapportaient vers 1980 aux environs de 500 000 dollars par semaine au premier « parrain » juif de Brighton selon un journal américain. Il aurait même acheté le « Nouveau Mot Russe », un journal cyrillique de Brighton. Il avait organisé un racket des commerces sur un principe très simple: il envoyait des hommes créer du désordre dans les commerces et ceux-ci venaient chercher d’eux-mêmes sa protection. Il prélevait en échange de cette protection 10 à 15 pourcents des revenus de chaque commerce. Un ancien membre de la bande témoigne: « Que se passait-il si quelqu’un refusait de payer? On l’aurait tué devant tout le monde. Mais tout le monde payait de manière régulière. Ils savaient ce qui les attendait s’ils ne payaient pas. Ils savaient qu’on les aurait tués. »

Agron travaille avec son associé, chauffeur et garde du corps Boris « Beepa » Nayfeld, un biélorusse féru de musculation, sur cette affaire de racket qui assure son fond de commerce.

Evseï était réputé pour sa rigueur qui confinait au sadisme. Il conservait dans sa voiture un pique-boeuf électrique avec lequel il n’hésitait pas à frapper ou à torturer ses victimes. Plusieurs rumeurs circulaient alors sur son compte. Ainsi vers 1980, une émigrante aurait accepté de témoigner contre un de ses complices. Avant même que l’affaire soit traduite en justice, l’émigrante et son fils avaient été tués et leurs yeux arrachés, selon la tradition des truands russes qui voulait que les yeux du mort gardent l’empreinte visuelle de son assassin. On racontait aussi que le jour des noces de la fille d’un immigré russe, il aurait appelé ce dernier en le menaçant de tuer la mariée s’il ne lui amenait pas 15 000 dollars. Appeler la police, c’était prendre le risque de recevoir une visite impromptue d’hommes de main du parrain de la Petite Odessa, les gros bras Nayfeld ou le tueur Émile Pouzyretsky.

Mais Evseï, figure haute en couleurs par excellence, a laissé derrière lui une image qui contrastait souvent avec cette violence apparente. Ainsi le chanteur Mikhail Choufoutinsky racontait au cours d’une interview qu’Argon lui-même l’avait aidé à commencer sa célèbre chanson « À la Kolyma ». D’après lui, Agron aurait été un homme intelligent et cultivé, amateur de musique et qui aurait connu pat coeur un certain nombre de chansons. Il a précisé qu’il l’avait rencontré en tant que participant à l’album de chansons de sa femme Maïa Rosova, une artiste de cabaret. Un journaliste indépendant disait à son sujet: « Comme beaucoup de vrais criminels, Agron n’entretenait pas de mode de vie extravagant. »

« Na Kolymie », À là Kolyma, chanson célébrissime à l’écriture de laquelle Agron aurait pris part.

Les affaires d’Evseï lui rapportaient environ 100 millions de dollars par an, mais il souhaitait passer à l’étape supérieure. Sa cible principale était Michael Markowitz, qui gérait plusieurs stations services à Brooklyn qui vendaient du pétrole détaxé obtenu à la suite d’opérations complexes impliquant une chaîne d’entreprises fictives, les « burning companies », qui s’évaporaient une fois la transaction terminée. Conscient de la menace qu’Argon représentait, Markowitz contacta Michael Franzese, représentant de la famille Colombo. La coopérative qu’il mit en place avec l’aide de celui-ci contrôlait environ 600 stations-service à New-York et assurait 75 pourcents des bénéfices aux italiens et 25 seulement aux russes. Elle marquait l’entrée de ces derniers dans le crime organisé américain, et assurait de plus à Markowitz une sécurité certaine vis-à-vis de son concurrent.

Il est lui-même en contact avec la famille Genovese par l’intermédiaire de Murray Wilson, connu du FSB pour ses talents de blanchisseur d’argent. Murray avait arrêté ses études prématurément, mais cela ne l’a pas empêché de maîtriser le système boursier international ou les réseaux offshore avec une facilité déconcertante. Il avait entamé des opérations de blanchiment d’argent avec l’aide des Genovese par le biais de casinos au moment où il décida de se lancer dans la fraude fiscale sur les produits pétroliers, une arnaque qui rapportait à ses concurrents aux environs d’un milliard et demi de dollars par an. Il contrôle bientôt un tiers des détaillants de pétrole de l’agglomération new-yorkaise. Malgré des contrôles réguliers, l’administration des impôts est incapable de parer la technique qu’il emploie. Tous les samedis, il se rend aux bains turcs dans le Lower East Side, à Manhattan, pour traiter avec ses associés. Ce lieu présente l’avantage de garantir l’absence de micros cachés ou d’armes sur ses interlocuteurs, en plus du cachet qu’il leur accorde du fait de visites régulières que leur accordaient au temps de la prostitution de gangsters aussi légendaires que Meyer Lansky, Bugsy Siegel ou Lucky Luciano.

Les bains russes et turcs, lieu de rencontres mafieuses
Les bains russes et turcs, lieu de rencontres mafieuses

Cependant cette montée en puissance et le caractère tyrannique d’Argon suscitèrent des jalousie et des haines, couvertes ou non. Agron a été victime à plusieurs reprises de tentatives d’assassinat. La première tentative d’assassinat a eu lieu pendant qu’il se promènait sur les rivages de Coney Island, en 1980. On attribue ce crime à une vengeance ou à une dette non-remboursée mais Agron lui-même n’a jamais commenté ces hypothèses.

La dernière image d'Evseï Agron, le parrain de la Petite Odessa
La dernière image d’Evseï Agron, le parrain de la Petite Odessa

Le 24 janvier 1984, en un inconnu ouvre le feu sur lui alors qu’il sort du garage de son appartement d’Ocean Parkway. Il est touché au cou et au visage, on l’envoie à l’hôpital. Les balles ne pouvant être extraites, il garde comme souvenir de cette mésaventure une moitié de visage paralysée, figée sur un éternel sourire. Il est probable que cette seconde tentative de meurtre soir imputable à Boris Goldberg, ex-officier de l’armée israélienne qui dirigeait un vaste réseau de distribution de cocaïne et d’armes et avec lequel Agron avait entamé une guerre. En mai 1984, Agron réunit ses troupes pour contrattaquer mais apprend que le bâtiment où la réunion a lieu est encerclé par des gangsters mexicains alliés de Goldberg. Le troisième essai se révèlera être le bon. Le 4 mai 1985, Boris Nayfeld part chercher son employeur pour le conduire aux bains. Il lui téléphone, Agron sort de son appartement. À 8h 35 exactement, il appuye sur le bouton de son ascenseur lorsqu’un homme vêtu d’un survêtement de sport et de lunettes de soleil embusqué dans la cage d’escaliers surgit dans son dos et le tue d’une balle dans le crâne. On ne connait pas les commanditaires de son meurtre, mais les noms de Vladimir Reznikov et de Marat Balagula, le successeur d’Agron au poste de parrain de la Petite Odessa, ont été mentionnés à ce sujet à plusieurs reprises.

HUNTER S. THOMPSON : JOURNALISTE ET HORS-LA-LOI (1)

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« Je suis très branché rythme – écrire au sens musical. J’aime le charabia si ça chante ! » Hunter S. Thompson.

Hunter Thompson est mort comme Hemingway, son modèle, seul le choix du calibre diffère en ce qui concerne leur suicide: petit trou donc petit calibre pour Thompson, du gros sel pour le vieil Ernest. Qu’importe de mourir à 67 balais pour quelqu’un qui était persuadé qu’il mourrait avant la trentaine et considérait le reste comme du rabe.
« Hunter ne s’est pas suicidé, Hunter a suivit la voie du samouraï. » s’est écrié Iggy Pop, poétisant le jusqu’au-boutisme du casse-couille de première qui a inventé le genre littéraire « Gonzo ». A savoir, se positionner au cœur du sujet traité au moyen d’un journalisme subjectif qui a le don de mettre le lecteur dans une position réactive — aidé en cela par de grands renforts d’alcool et de substances plus ou moins licites.

En fait, hormis trois ou quatre bouquins à ranger aux rayons du Panthéon « Gonzo » , l’unique sujet de l’œuvre de Hunter c’est avant tout sa vie que tout le monde ou presque connait dans les grandes lignes. Vie de chieur patenté entamée à Louisville (Kentucky) le jour de la mort de son père qui les laissent, lui et sa famille, dans le plus grand désarrois financier. A partir de là, c’est un gamin doté d’une intelligence assez troublante qui entre dans une spirale négative : vandalisme, agressions, racket et menaces de viol qui lui font rater les études et l’envoient en taule.
A sa libération, on le pousse à quitter sa ville natale et à s’engager dans l’armée de l’air, ultime alternative pour un délinquant de cet acabit… Seulement, il a une haine viscérale de l’autorité et lorsqu’il pense devenir pilote on lui impose le droit de devenir…. électricien. C’est déjà l’écriture qui lui permet d’échapper à un quotidien concentrationnaire où jouer à la guerre prend toute la sainte journée. Lorsqu’il intègre la rédaction du Command Courrier en tant que journaliste sportif, il inaugure une technique qu’il utilisera plus tard dans Fear And Loathing in Las Vegas : la fausse « note de rédaction ». Pour oublier juteux acariâtres et autres colonels, il s’investit à fond dans son travail, perd vingt kilos, picole comme un trou, avale des litres de café et fume trois paquets de cigarettes par jour. Il lubrifie sa prose, raconte des histoires complètement délirantes à partir d’une anecdote dont il est le seul à en percevoir l’utilité !
Insubordinations, ribotes, ivresses diurnes et orgies nocturnes font que ses relations avec l’armée partent en vrilles jusqu’à son renvoi à la vie civile en novembre 1957.

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Le journalisme comme style de vie

Thompson a découvert le journalisme et entame une nouvelle vie. Il se retrouve vite à bosser pour un petit canard à Jersey Shore, un bled plutôt glauque en Pennsylvanie. Il ne prend même pas la peine d’encaisser son dernier salaire et prend la tangente avant que, dixit Hunter : « Ces salopards de quakers ne m’émasculent… »
Étape suivante : New York ! Aussitôt débarqué, il envoie des missives de demandes d’embauche truffées d’insultes, de provocations et menaces en tout genre (voir ci-dessous), parvient néanmoins à se faire embaucher par Time Magazine, mais touche des peccadilles et commence à s’agacer d’un style de vie réduit à des fêtes incessantes et errances nocturnes de poivrot qui cultive l’art de se créer des ennuis.

1er octobre 1958, 57 Perry Street New York City

Monsieur,

« J’ai pris un pied d’enfer en lisant l’article publié cette semaine par Time Magazine. En plus de vous souhaiter bonne chance, j’aimerais vous offrir mes services.(…) Quand vous aurez reçu cette lettre, j’aurai mis la main sur quelques exemplaires récents du Sun et, sauf si le journal ne vaut absolument rien, je vous maintiendrai mon offre. Et ne croyez pas que mon arrogance soit involontaire : je préfère vous offenser maintenant plutôt qu’après avoir commencé à travailler pour vous. »

Lassé de New York car toujours dépendant de la bonté et hospitalité de ses amis, Hunter postule au San Juan Star de Porto Rico. Bientôt, le voila à vivoter dans une cabane sur une plage à gratter des pages blanches relatant du bowling local. Travail de sténographe et non de journaliste, une sorte d’humiliation pour quelqu’un d’ambitieux comme lui. Fidèle à lui même, les flics l’arrêtent pour grivèlerie dans un restaurant de Porto Rico et le foutent en taule. Libéré grâce au bakchich qu’un ami bien placé a glissé aux autorités locales, Hunter s’enfuit à bord d’un voilier vers les Bermudes.

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Hunter S . Thompson rentre à New York, il a 23 ans et le dénuement lui colle à la peau. Il décroche 2 ou 3 petits boulots en free lance et participe à un jeu télévisé où il gagne 50 dollars après avoir raté les 300 qui lui auraient sûrement permis d’arroser son gosier en pente jusqu’à plus soif!
Fervent admirateur des écrits d’Henri Miller qui vit depuis les années 40 sur la péninsule de Big Sur à deux pas du Pacifique, il se rend sur place et, à défaut de rencontrer Miller, dégote un boulot de gardien sur une propriété privée. Sandy, sa régulière, le rejoint. Tous deux vivent chichement dans les quartiers domestiques. On est en 1961, Sandy tombe enceinte une fois, deux fois, et part se faire avorter au Mexique pendant que Hunter bosse comme un acharné sur Prince Jellyfish et The Rum Diary (qu’il appelle « Un livre de flagellation, de castagne et de baise ») et, boulot de gardien oblige, effraie les homosexuels qui pensent avoir trouvé un havre de paix à Big Sur.

Le temps de se faire embaucher par le National Observer et Thompson repart trainer ses guêtres en Amérique du Sud. Il traverse tous les pays du continent et se fixe à Rio en 1962. Lorsqu’il rejoint la Colombie à bord d’un voilier piloté par des contrebandiers, c’est pour accoucher de son premier article important : « Un américain paumé dans le fief des contrebandiers ! ». Son statut est revu à la hausse, il palpe 1000 dollars pièce pour chaque article…
Quand on le croise à Rio, il trimballe un petit singe constamment ivre dans la poche de sa veste. Finalement, à force d’accompagner Thompson dans ses cuites les plus mémorables, le  singe se suicidera en se jetant de l’appartement qui se situe au neuvième étage, tragique victime (selon Thompson) du delirium tremens.
Entre deux cuites et trois voyages, il écrit sur le traumatisme post-électoral au Brésil, s’aventure dans l’histoire des Incas, et raconte dans un style très froid la fusillade du Domino Club qu’il attribue à l’armée brésilienne. Fervent défenseur de la machine à écrire qu’il ne lâchera pas jusqu’au moment de se tirer une balle dans la bouche en 2005, Hunter ne sait pas qu’il est en train de prendre part à ce qu’on appellera bientôt le « Nouveau Journalisme ». A New York, la concurrence est rude entre cette nouvelle vague de journalistes qui s’affrontent à grand coup d’articles dans le New York Herald Tribune, l’US News, Newsweek, l’Esquire, les New Yorker et Time.
Pendant ce temps, au pays des cariocas, Thompson écrit « Pourquoi des vents de haine anti-gringo soufflent souvent au sud de la frontière », s’enivre, tire sur des rats avec un 357 Magnum et se retrouve une nouvelle fois en taule. Il faut une intervention de l’ambassade US pour le libérer.
Pris d’une frénésie de patriotisme à cause de John Kennedy et d’un nouveau optimisme envers son pays, Hunter décide de rentrer à Louisville et de se marier avec Sandy.
Si son moral est au beau fixe en cette année 1963 : « J’ai un chien, une femme, des armes, du whisky, beaucoup de temps pour travailler et une poubelle électrique ! (dans l’ordre) », l’assassinat de Kennedy à Dallas le rend furibard : « J’essaie de mettre de l’ordre dans ma rédaction au truc odieux, puant, plein de merde qui s’est produit aujourd’hui ! »

En 1964, il s’installe avec sa femme et son nouveau-né de fils, Juan, dans le quartier de La Mission à San Francisco… Il se retrouve aux premières loges d’une révolution culturelle qui s’ébroue mais le National Observer ne s’intéresse pas encore à ce genre d’article. Souvent ivre, défoncé, les relations se tendent avec le journal qui l’emploie. Se sentant au bout du rouleau en tant que journaliste, il tente de devenir chauffeur de taxi mais se retrouve à faire la queue avec vagabonds et pochards afin de distribuer des prospectus. Il quitte définitivement l’Observer à l’été 1965.

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Baston, bière-speed & LSD : l’équipée sauvage avec les Anges

Thompson a décidé d’envoyer le journalisme se faire foutre. Néanmoins, lorsqu’il apprend qu’un journaliste du nom de Briney Jarvis a été membre des Hell’s Angels, il décide de le rencontrer et se retrouve à boire quelques 50 à 60 bières avec Ralph « Sonny » Barger, chef du gang, et ses soiffards d’acolytes. A partir de là, Thompson commence à écrire un article pour le Nation, journal qui représente à cet instant la voix du progressisme US. Dès la publication de l’article «  The Motorcycle Gangs : Losers & Outsiders » en mai 1965, sept propositions de livre se profilent… Lorsque l’éditeur Ballantine Books lui propose un contrat de 1500 dollars, Hunter n’hésite pas une seconde et signe des deux mains.
N’empêche qu’il va falloir attendre la publication pour palper les picaillons, aussi, Sandy est contrainte de voler à l’étalage pour nourrir la famille. De son côté, Hunter s’encanaille avec les Anges de l’Enfer qui passent leur temps à se défoncer, à chercher des crosses, à chevaucher à la fois filles et bolides à deux roues. Ces derniers, pourtant rompus à la bière-speed , butent sur le LSD et se mettent à en avaler comme d’autres mangent des cachous. C’est ainsi que commence une belle histoire d’amour entre Thompson et le buvard de LSD.

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Bref, défoncé ou pas, Thompson n’est pas là pour enfiler des perles. Il veut à tout prix vendre son livre et sortir définitivement de la misère qui lui colle aux basques. Un jour, les choses s’enveniment lorsqu’il s’entête à défendre la supériorité de sa moto BSA face à des Anges adorateurs de la sainte Harley Davidson. Les versions de son fameux tabassage par un  Hell’s diffèrent. Si celle léguée par la légende thompsonienne lui attribuent de grosses burnes, celle de l’écrivain William McKeen le rend moins nettement moins héroïque. En fait, Hunter est le seul et unique journaliste a avoir eu le courage de venir passer plusieurs mois avec les Hell’s Angels pour écrire Hell’s Angel’s : The Strange and Terrible Saga Of The Outlaw Motorcycle Gangs, les Anges l’aiment bien mais leur mansuétude a des limites. Les différents témoignages recueillis par McKeen dépeignent un Thompson grande gueule mais qui a les clochettes qui sonnent le glas quand ça s’envenime. Ralph « Sonny » Barger raconte que Hunter s’est caché dans le coffre de sa voiture lors d’un échange musclé avec les lardus (mauvais trip dû à l’acide?). Jusqu’au jour où Thompson ose s’en prendre à Junkie George qui se dispute avec sa femme de façon plutôt virile. A vrai dire, George lui file des beignes devant toute l’assemblée avant de savater son chien venu pour le mordre. Thompson réagit à la riposte dont est victime… le clébard. Terrible erreur de sa part. Le gars lâche momentanément sa femme et son chien pour lui asséner une trempe. Aussitôt rentré chez lui après s’être définitivement fait virer par les Anges, Hunter Thompson se pose devant un miroir, prend une photo de sa trogne tuméfiée et offre à son livre la meilleure publicité qu’il n’aurait jamais imaginé.

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