Les 2 meilleurs ennemis du rap français, à savoir Rohff et Booba, ont toujours été d’accord sur un point : que le rap est comme un sport de combat, et que la défaite n’est pas une option. Ces 2 derniers pratiquants justement des sports de combats sont les mieux placés pour faire la comparaison.
Mainte fois les rappeurs ont faits références à des grands combattants : Lino (100 Rounds) et Kery James (le nom de son album « Muhammed Alix ») faisant référence à Joe Frazier, et qui a aussi sorti un son s’appellant « Mormeck », ou encore le défunt Sean Price qui appela son dernier album « Mic Tyson ».
Ici, nous allons vous montrer une dizaine de clips où les rings sontles pièces maitresses du décor.
Babass Escobar – Ville feuj
Pas la peine de demander d’où vient ce rappeur, tout est dans le titre du clip. Extrait de sa (très bonne) mixtape « Brulé dans l’ame » sorti en 2009, ce clip contient tout ce qu’on aime : des armes à feu, des cagoules, gilets par balle, compet’, tronçonneuse, et toutes une équipe s’agitant sur un ring, tout ça sous une face B de « Andrenaline Rush » de Twista. Que demander de plus ?
Medine – Lecture Aleatoire
Extrait de « Table d’Ecoute » (2006), on peut voir Medine rappait sur un ring de boxe parsemé de vynil d’albums de rap français, et son ombre frappait dans un sac de frappe pendant qu’il recite ses textes. Avouons, il y a de l’idée là. A noter le caméo de Lino, Kery James, Lord Kossity et Jacky Brown.
50 Cent – Hustle Ambition
Premier single de la bande originale du film « Get Rich Or Die Tryin’ », on peut voir 50 allait bicrave la substance durant un combat de boxe clandestin, sous le rythme du sample magnifique de « I Need You » de Frankie Beverly & Maze. Ce son est vu comme un veritable tube à l’époque, et le film (semi-) autobiographique était alors très attendu, et impose le G-Unit comme une veritable plaque tournante.
Sazacorbac – La Gouinezer
Cousin de Sazamyzy (Grand Banditisme Paris), ce jeune lyonnais clippe ce diss track contre La Fouine, où il est en train de marbré son sosie (très ressemblant) sur un ring (et ce dernier fait aussi ce qui ressemble à une caricature de pole danse sur un sac de frappe). Et c’est très rigolo.
Kamelancien – Danse De Guerrier
Ancien acolyte/protégé de Rohff, sa carrière en plein ascension, Kamelancien balance un clip où se mêle capoeira (apparemment) et combat type MMA dans un cage, tout ça dans un gymnase municipal. Ce qui est regrettable est que Kamel autorise les coups bas. Pas très fair play tout ça.
Mac Kregor – Les enfants terribles
La moitié de Tandem sort le premier clip annonçant son street album « Carthasis ». Mis à part que le son soit d’une lourdeur incontestable, voir un policier se faire piégé jusqu’à finir dans une cage, dans un combat à mort et se faire marbrer comme il faut, réchauffe mon petit cœur. Ses propos ne regardent que ma personne.
Z-ro – My Money
J’ai déjà beaucoup parlé de Z-Ro (dans 2 articles, plus précisément), mais comme on voit un ring, c’était un bon prétexte pour poster le clip, j’en dirais donc pas plus, à part regardez.
John Cena – U Can’t See Me
Comment ne pas parler de cet homme mi-catcheur mi-rappeur, et qui a traumatisé toute une jeunesse à cause de ce son qui faisait guise d’entrée avant ses combats ?
Pastor Troy – Dopeboy
Bon, on voit pas de ring mais ça fait toujours plaisir de voir Pastor Troy se pavaner avec sa ceinture de champion, comptant les liasses de billets avec 2 bad bitch et parlant de poudre blanche.
Mele Mel VS Willie D
Là c’est pas un clip, c’est pour de vrai. Willie D des Geto Boys et Melle Mel du grouge Grandmaster Flash & The Furious Five c’était affronté dans un match de boxe en 1992 à l’occasion du MTV Fight. Je ne vous dis pas qui a gagné, il n’y a qu’à cliquer.
Moon’A – Ovoc
La rappeuse du 94 se met à rapper à coté de mec qui font du sparring. Ne me demandez pas pourquoi elle parle de Louboutin et de ladyboy, trop occupé à admirer sa plastique de rêve.
Sofiane – SAVASTANO
11éme episode de #JeSuisPasseChezSo, le théme (???) est l’un des persos les plus important de Gomorra. Je ne vois pas le rapport, mais juste voir Sofiane avec une ceinture de champion (qu’il mériterai, entre nous), un biberon et l’écouter savaté la prod comme il sait le faire en vaut largement le détour. A noter qu’il sort un projet en Janvier 2017, si tout ce passe bien. Espérons que la PJ de Versailles ne le pette pas sur Insta en attendant.
Moral de l’histoire : la violence dans le rap n’est pas que lyrical mais peut être aussi visuel (je parle comme une âme sensible, je m’en excuse). En tout cas, faites du sport et écoutez du rap, parce que rapper en boxant, ça a l’air un peu compliqué.
Plusieurs années après que le defunt Pimp C ait mis fin à leur beef, Z-Ro et Slim Thug envoient un single qui présager un projet en commun en 2012 : « Summertime ». Et autant vous dire que ça a été un sacré raz-de-marée dans les bbq party de Houston. En 2013, un second extrait, « Loving U », nous confirmait de plus en plus l’existence de ce projet, « The King And The Boss », et une date circulait sur internet (le 10 Septembre 2013).
Mais malheureusement, rien ne s’est passé comme prévu. Joseph, ayant des soucis à l’époque avec le label Rap-A-Lot qui lui interdisait de sortir des sons ou des projets avec son nom de scène « Z-Ro » au risque d’une énorme amende, fut obligé de changer son blaze pour « Mo City Don » et de laisser moisir ce potentiel classique dans les cartons de J. Prince.
Trois ans se sont écoulés, et Z-Ro, passé chez One Deep Entertainment, a sorti plusieurs projets (dont j’ai parlé dans cet article) et a fini par reparler du fameux album avec Slim Thug, qui devrait sortir le 3 Janvier 2017. Slim Thug a confirmé par la suite en interview. La machine est donc lancée.
Pour feter ça, on vous propose donc un bootleg de l’ensemble des collaborations où Z-Ro et Slim Thug se font passer le micro.
Un jour d’été en Haute-Savoie, je me suis rendu chez un pote à moi qui avait UTorrent avec une idée précise en tête : qu’il me télécharge Convictions Suicidaires. Le clip de « Dangeroots » tournait un peu à la télé, et ce mec au flow heurté me donnait l’impression d’être un homme beaucoup plus intéressant et talentueux que La Fouine. Une fois l’album téléchargé dans mon MP3 qui débordait de sons de Canardo ou de la Sexion, je me suis mis en route pour mon tour de vélo quotidien, musique à fond dans les oreilles.
En pleine ascension, la lecture aléatoire a choisi de passer « Innenregistrable ».
Depuis, j’écoute du rap tous les jours, et Despo a toujours eu dans mon cœur une place particulière.
J’ai saigné son album jusqu’à connaître toutes les chansons par coeur, j’ai économisé pour acheter sur Internet Les Sirènes du Charbon, je regardais les clips, les interviews, les freestyles. Sans m’identifier, je comprenais que le rap, c’était plus qu’un mode de vie, parce que si on pas besoin d’être drogué à l’absinthe et au spleen pour aimer Baudelaire, on peut comprendre Despo en tant qu’ado blanc de la classe moyenne. Despo était un cri de douleur sourde dans un rap qui me semblait déjà follement aseptisé.
« Apocalypto » fut un morceau décevant, l’album avec Guizmo et Mokless une erreur artistique. Despo n’existait plus dans cet art mouvant où l’auditeur a bien souvent une mémoire sélective ou inexistante. Des rumeurs couraient qu’il était fou, et je me sentais coupable de penser que ça ne pourrait faire que du bien à sa musique, que ses fêlures seraient des portes d’entrées vers une nouvelle esthétique de la douleur.
Et puis est arrivé Majster.
Que dire de Majster ? Que c’est le plus grand album de rap de l’année, et par son ampleur, l’un des plus grand album TOUT COURT ? Que c’est le testament artistique d’un rappeur que les problèmes, les doutes, les souffrances ont fini par dépasser, à tel point que ce sont elles qui le nourrissent et non l’inverse ? Que c’est le seul album assez fou pour contenir des chansons de 17 minutes, et qui relègue un feat avec Kaaris au rang de chanson d’appoint ?
Tout ça à la fois, mais aussi plus et moins. Majster EST Despo, dans son exagération, dans ses boursouflures, dans ses états de grâce.
Alors pourquoi personne n’en a parlé ? Beaucoup d’auditeurs, sur les réseaux sociaux, se sont plaint du silence médiatique vis-à-vis de l’album, comme si un avis « éclairé » s’imposait, comme si une grille de lecture façonnée par un esprit critique averti suffisait à déchiffrer une oeuvre plus cryptée que la pierre de Rosette. La vérité, et je ne pense pas me tromper en disant cela, et que parfois l’art dépasse la propre critique qu’on peut en faire. A l’écoute de « Risperdal », quoi dire de pertinent ? « Despo parle de l’hôpital psychiatrique, de ses délires paranoïaques, de ses addictions, d’une manière si personnelle et poignante qu’on se sent nécessairement oppressé pendant l’écoute ? » C’est à la fois paraphraser et dévaluer la portée de la chanson.
Despo a crée un monstre avec Majster, et on n’apprivoise pas un monstre.
Le problème est que le monstre a apprivoisé Despo. Ce qu’on reproche le plus à Despo, et à juste titre, ce sont ces dérapages sur Facebook, ses « révélations » ridicules sur tout et n’importe quoi, son soutien à Sarkozy, ses piques surréalistes envers Ferré et Brassens. Pour qui aime un tant soit peu Despo, c’est d’une tristesse insondable, c’est à en pleurer. Mais sans cette débauche auto-destructrice, pas de Majster. Il ne se sacrifie pas pour son art ; mais l’art est indissociable du sacrifice entrepris, il en est le résultat sans filtre, la plus pure nudité.
C’est pour cela que Majster est hors-normes, boursouflé, aussi plein de défauts que rempli de qualités. Chaque mot est une entaille, chaque mot est un calcul, un acte de bravoure, une déclaration, un hommage, une défaite, un regret, un souhait, une crainte, une terreur. Majster est autant le fleuve et abscons « King Zion » que le quasi-commercial « La dose ». C’est pour cela qu’on passe à l’une des plus belles chansons jamais écrites sur l’acte sexuel « Dans les Yeux » à un morceau introspectif brûlant de froide nostalgie qu’est « La Rage de Vaincre ». Kaaris, Machiavel, le judaïsme, la maladie mentale: ça n’est pas un patchwork opportuniste, c’est la vérité. La vérité de Despo. Le soldat sans grade est dans le dénuement complet, et là où paradoxalement, ses albums précédents, introspectifs mais aussi manifestes d’émancipation, cherchaient, par la violence des mots et des images, à réunir, à rassembler, et à recueillir un artiste plus faible qu’il n’y paraissait, ici, il est tout seul.
Même en featuring, il n’y a que Despo. Kaaris, Seth Gueko, Lino et Mc Jean Gab’1 ne peuvent pas endosser la solitude que porte sur son dos l’artiste qui les invite ; esseulés, ils disparaissent, à l’exception d’un MC Jean Gab’1 au moins aussi torturé. Il n’y a pas de place pour feindre, et pourtant Despo tente de prouver qu’il va bien. Mais impossible de le croire, face à un tel bloc de tristesse. Le poète français Jules Laforgue disait que « les petits morts-nés ne se dorlotent guère ». Alors que peut-être que dans Majster, se joue le drame d’une « Douleur de croissance » qui ne peut se cicatriser. Peut-être. On ne sait pas et je ne sais pas. Peut-être que ce regret éternel de n’avoir pas eu « ce grand frère de la street » est une marque d’échec. Toujours est-il qu’avec Majster, Despo semble avoir ouvert ses entrailles dans un acte sacrificiel formidablement émouvant.
Peut-être que j’exagère, ou que je surinterprète. Peut-être Despo n’est-il plus qu’un pantin à sermons débiles, tout juste bon à utiliser son oeuvre à des fins de propagande, pour une religion ou pour Sarko. Si écrire autant sur Majster ne rime à rien, il faut peut-être s’arrêter, en disant que « seule la musique compte », mais la musique ne compte pas chez Despo, elle n’est pas moyen, elle est fin. Écouter Despo, c’est déjà en parler, c’est déjà construire un raisonnement, c’est déjà se mouiller.
« Dans la haine, je cherche la paix », écrit-il dans « She Hates Me ». Du coup, peut-être que tout cela, haine de soi, de son art, des femmes, n’est que une volonté de se retrouver, de revivre à travers la musique…
Oui, mais dans Risperdal: » Elle me reflète, ma musique, trop mystique, I’m Sick »… Alors peut-être que c’est la musique qui l’ostracise, et que donc il ne peut vivre que seul dans son art, les gens ne pouvant pas comprendre son altérité… et que la musique lentement le tue…
Bref, il est impossible de dégager une ligne directrice claire de Majster, et peut-être que c’est cela qui fait l’impossibilité herméneutique, cet hermétisme par trop d’ouvertures. Mais une chose est sûre: avec cette oeuvre qui repousse les limites du rap, qui éructe autant de bêtises qu’il émeut aux larmes, qui prouve que la folie est bien la matrice de toute création incroyable, Despo continuera de réactiver en moi ce sentiment de pleine conscience ressenti sur un vélo l’été de mes 13 ans.
Et si cette sensation existe chez quelqu’un d’autre, et quelqu’un d’autre, et quelqu’un d’autre encore, alors c’est peut-être ça, la vraie force de Majster.
Sur le même sujet :
Mouv – La malédiction de Despo Rutti
OKLM – #LaSauce du 17/10/16 : chronique de Majster (Genono)
OKLM – #LaSauce du 12/12/16 : Majster album de l’année (Genono)
Un classique ne vieillit pas, c’est juste. Un classique se définit aussi par l’influence qu’il a sur ses contemporains. Et dans les deux cas qui suivent, ce paramètre est incontestable.
Un an et demi, voilà ce qui sépare »Temps Mort » de »Mauvais œil ». Pourtant en écoutant ces deux classiques on est frappé par l’évolution des productions, par cet apport de sonorités électro amorcé par Dj Mehdi et »Les Princes de la ville ». Pour comprendre, sur la forme, la première décennie des années 2000 on est obligé d’évoquer »Temps Mort ». Concernant le fond, l’évolution s’est opérée un peu plus tôt. Avec »Mauvais œil » le discours s’est durci et 90% des rappeurs ont suivis.
Voici donc un bootleg compilant des titres qui ont permis la création des ces deux classiques.
Parce-qu’il n’y a pas que le rap dans la vie, il y a aussi la bonne musique.
Comme d’hab, pour télécharger, clique sur la cover ci-dessous, ou ici.
Dans l’histoire du rap, les projets avortés sont plus que monnaie courantes. Faute de moyens financiers, manque d’engouement du public, problèmes avec les labels/maisons de disques ou encore retraites anticipées sont les causes les plus entendues pour enfermer à double tour les maquettes dans les tiroirs ou pour laisser prendre la poussière dans le disque dur.
Mais la frustration est beaucoup plus grande quand il s’agit de projets qui devaient être des suites du premier opus, souvent étiquetés incontournables ou classiques.
Voici une liste non-exhaustive (donc pas la peine de nous menacer de mort en commentaire) des projets qui sont nommés « Volume 1 » mais dont la suite ne verra jamais le jour, comme la seconde saison de la série Vinyl, produit par HBO (on voulait initialement placer le remake de Robocop, mais finalement, ce n’est pas une grande perte) :
X-Men & Ghetto Diplomat – Big Bang Vol.1 (2000)
On ne présente plus les X-Men, Ill et Cassidy, ils sont déjà légendaire dans le rap français. Cependant, on va présenter ce second groupe, rejeton de Time Bomb, que l’on nomme Ghetto Diplomats, initialement appelé Jedi.Composé de 4 membres, Celsius, Watchos, Kamal et Kamal, ces 4 comoriens du 19eme arrondissement de Paris font armes égales avec les X le temps d’un album.
Et beaucoup diront que cet album est meilleur que « Jeunes, Coupables et Libres ». Surement dù aux productions beaucoup plus « actuelles », représentatives de l’époque, ou dû au feat qui sont de bonnes qualités : Mala, Movez Lang, Menzo et Sat (de Fonky Family), et Metek.
Puis, après cet album, chaque groupe pars de son coté. Les Ghetto Diplomats sortent ensuite une mixtape devenue incontournable « Speciale Mix Tapes » en 2003, puis ils ont changé de noms de groupe (pour la 3éme fois) et deviennent Famille Haussmann pour leur album « 40 Grammes et Une Mule » sorti en 2008.
Tandem – Tandematique Modéle Vol.1 (2004)
Une année avant la sortie de leur unique album, Mac Kregor et Mac Tyer, formant le groupe Tandem, sortent leur second projet : Tandematique Vol.1, mixtape regroupant des sons présents dans plusieurs projets (par exemple, « Sport de Sang » avec Dadoo et Busta Flex provenant de la compilation Mission Suicide, « Tout ce passe en profondeur » dans une tape de DJ Poska, « 93 Barjot » dans Talents Fachés, ou « Les Maux » extrait de « Ceux qui le savent m’écoutent »), des freestyles sur face B et des inédits.
Bande sonore super sombre, extraits de films cultes ou d’interviews choques en guise d’interlude, featuring au top niveau et lyrics qui vont droit au but comme une balayette laser, c’est ce qu’il vous faut pour passer l’hiver.
Après « C’est toujours pour ceux qui savent », les 2 rappeurs d’Aubervilliers décident de chacun partir en solo, mais la séparation sera officialisée qu’en 2012 via une interview de Mac Kregor. (En bonus, DJ Uka avait sorti en 2015 un bootleg gratuit nommé « Tandematique Vol.2 », pour vous faire plaisir : https://www.hauteculture.com/mixtape/2322/tandem-tandematique-modele-vol-2 )
Rohff – Le Cauchemar Du Rap Français Chapitre 1 (2007)
Été de l’an 2007, Rohff balance sa seconde mixtape (la première étant « 10 Ans d’Avance »), alors en plein développement de sa marque streetwear Distinct. « Dirty Hous » (en featuring avec Big Ali) en rotation massive dans les ondes hertziennes, l’ainé des M’Kouboi en profite pour sortir ce projet qui a l’effet d’un rouleau compresseur : vague de face B, extrait de freestyles radios et de couplets venant d’autres projets, remix de ses meilleurs morceaux d’ « Au dela de Mes Limites », un concentré de haut niveau de violence (2-3 coups de pelle pour les rageux) et d’hymne vitrio étalés sur 1h12.
2 semaines après la sortie de cette tape, Rohff finit incarcéré, et même après sa libération, ce dernier ne pense plus à réitérer l’expérience, partant dans l’optique de sortir que des albums. « Le Cauchemar du Rap Français » sonne comme le clap de fin d’une discographie tout bonnement exceptionnelle.
Cam’ron & Vado – Heat in Here Vol.1 (2010)
Alors que le Dipset n’est plus, que le dernier restant du crew est son capitaine Cam’ron et qu’on le voyait finir sa carrière en solo, un jeune prodige venu lui aussi de Harlem et que beaucoup surnomment alors « le nouveau Big L », apparait pour donner une seconde chance au plus sudiste des crews new-yorkais : Vado.
Après quelques apparitions dans diverses mixtapes, ce jeune loup decide de passer à la vitesse supérieure au côté de l’ambassadeur de Harlem et d’AraabMuzik, beatmaker qui avait déjà travaillé avec ce dernier dans son album « Crime Pays » (et avec Hell Rell entre autres) : ils sortent 2 volumes de « Boss Of All Bosses » qui sont de véritables succés critiques. Ces tapes aident à bien poser le décor avant la sortie d’un projet de plus grand envergure mais qui reste tout de même un apéritif avant les choses sérieuses, et c’est de ce projet que l’on va vous parler. « Heat In Here Vol.1 » est un « album avant l’album » entièrement produit par AraabMuzik (sauf « Sextape » qui est produit par Skitzo), avec en featuring Gucci Mane, Young Chris et Felony Fame.
La complémentarité des 2 loustiques est une fois une évidence époustouflante sur chaque son. Killa et son flow qui épouse chaque prods tout en mêlant ses phrases loufoques font parfaitement équipe avec le flow saccadé et texte plus 1ere degré de Vado.
L’aventure se termine un album et 2 mixtapes plus tard, et le tout en bon terme (Cam et Vado ont même sorti un son il y a un mois de là, on est content dans le coin).
Scardini – Amuse Gueule Vol.1 (2012)
Proche d’Escobar Macson et de DJ Hamdi, habitué des cyphers de Urban Shoot, habillé d’une casquette plate Lacoste et d’une paire de lunettes noires (on ne parle pas de Lino bien sûr), Scardini, originaire de Cergy, decide de sortir une mixtape avant un album, et c’est une sacrée réussite.
Dès la première écoute, son humour et son obscession pour les rimes embrassées nous happent direct dans son délire (« Ceinture de TNT, NTM, captes moi partout comme la TNT ou une paire de TN »). Comme le titre du projet indique, elle sert nous faire une idée du personnage en 17 morceaux, datant entre 2002 et 2012, et de nous faire attendre avant l’album tant attendu.
Mais 4 ans plus tard, toujours aucun ne signe de l’album en question, juste 2 (potentiels) extraits et un EP « Cicatrice » (avec Escobar Macson et Green Money en feat), pas de deuxième Amuse Gueule non plus, les dents frottent l’assiette et les estomacs gargouillent.
380 Dat Lady – A Day In The Life of 380 Vol.1 (1996)
Première dame du label Cartel Record, 380 sort son seul et unique album, « A Day In The Life of 380 Vol.1 ». Cette rappeuse de Houston (Texas) s’en sort plus que bien sur les productions de Mike B (qui a produit pour Devin The Dude, K-Rino, Big Mike, Trinity Garden Cartel COZ, Ganksta NIP ou encore ESG), qui sont pour la première moitié du CD plutôt smooth, voir G-Funk (sauf « Reminisce » en 9éme piste), et l’autre moitié plutôt gangsta rap local, qui rappelle un peu les productions de chez Suave House Records de l’époque. Épaulée par D of Trinity Garden Cartel, ce projet très court est indispensable pour les amoureux des sons sudistes relatant les histoires de rues (même si c’est narré par une femme, zéro misogynie chez Captcha Magasine).
On ne sait pas ce qu’elle est devenue entre-temps, mais elle est maintenant très active sur Twitter, ce qui est une bonne nouvelle (si on veut).
T-Mo – Tribal Groove Vol.1 (1997)
Côte ouest. Mais plus au nord-ouest de Los Angeles (plus loin surtout). Plus précisément la bay area. Et encore plus précisément, la ville de 2Pac et J. Stalin : Oakland. Un artiste ici attire notre attention, son pseudonyme : T-Mo (pas de Goodie Mob, c’est un autre).
On ne sait pas grand-chose de ce jeune homme, mais ce qu’on peut dire, c’est qu’il a sorti une véritable merveille : les sons g-funk et mobb représentatif de la bay area forment une excellente bande son pour la ride, avec en bonus la voix douce de T-Mo et ces textes rappelant un certain Too Short.
A savourer car c’est l’unique projet de T-Mo, disparition totale depuis.
Ski Mask Malley – Ski Mask Malley Vol.1 (2014)
Malgré que Gucci Mane soit encore en prison (bon, vous lisez cette article il est déjà libre mais mettez-vous dans le contexte bordel), son héritage reste quand même intact. Et même en dehors d’Atlanta. La preuve est sous nos yeux : Ski Mask Malley, alias Mal G. Several dans les rues de Cleveland (Ohio). Il reprend les mêmes thèmes que son mentor tout le long de la tape : drogues, liasse de billets dépassant de toutes les poches, tchoin, armes de guerre, histoires cartonnesque de la rue sous prod aux basses hystériques. Il va jusqu’à le rendre hommage sur certains morceaux.
On notera que les productions de Gwapaholics et Beat Zombie sont les points culminants de cette galette virtuelle. Malheureusement, on devra attendre un long moment avant d’avoir un autre opus, car Ski Mask Malley purge actuellement une peine de 9 ans de prison pour homicide involontaire.
Project Pat – Pistol & A Scale Chapter 1 : Omerta (2015)
4 mois après la sortie de son 8éme album « Mista Don’t Play 2 », annoncé depuis plusieurs années, Patrick Houston nous livre gratuitement une mixtape, reprenant le titre d’un son présent dans son projet « Cheez N Dope 3 » : Pistol & A Scale.
Comme à son habitude, Patta nous parle de cambriolage, armes russes et cocaïne en briques, le tout sur des productions de Metro Boomin, Lil Awree, Dun Deal, Joe Blow CEO ou Izze The Producer. Le chapitre 2 est vite jeté aux oubliettes, et remplacé par la quadrilogie « Street God » (starfoullah) qui ne cesse d’augmenter en qualité de suite en suite.
A la base petit groupe composé de 5 membres (50 Cent, Tony Yayo, Lloyd Banks, Young Buck et The Game mais pour des raisons qu’on connait tous, a été éjecté), devenu un super collectif, le G-Unit recrutait de plus en plus d’artistes et devenait de plus en plus grand. Tellement grand que le G-Unit a fait plein de petits, des sous-labels: G-Unit South, G-Unit Philly, et G-Unit West.
Ce dernier, comme le G-Unit Philly, a eu le temps de sortir qu’une seule mixtape avant l’implosion. Et quelle mixtape. Elle regroupe tous les rappeurs west coast avec qui s’est beefé The Game, hormis Snoop Dogg et Bishop Lamont (avec qui il s’est beefé plus tard) : Spider Loc, 40 Glocc, Lil Eazy E et Ras Kass.
Et pour notre plus grand plaisir, la sud est aussi venu ramener sa fraise pour la fête : Young Jeezy, Lil Jon, Lil Scrappy, Chamillionaire, Bobby Creekwater et B.G. (Hot Boyz).
La East Coast n’a pas non plus à rougir des artistes présents : Jay-Z, DMX, Bump J, Mobb Deep et Ma$e.
Mais l’année 2006 était déjà le début de la fin du collectif, beaucoup d’artistes sont partis au compte goutte, en laissant les membres originaux seuls dans les locaux du G-Unit Records et en supprimant tout bonnement les sous-labels.
En conclusion, pour les rappeurs qui liront ce papier, arrêtez de mettre « Volume 1 » dans chaque titre de projets si c’est pour ne pas sortir de « Volume 2 », en particulier quand le « Volume 1 » est très très bon. Ca donne envie de s’exploser le caisson.
L’année 2016 est marquée pour les etats-uniens par l’election de Donald Trump (à la grande surprise générale).
Mais pour nous, les auditeurs boulimiques subissant le chômage, cette année est marqué par plusieurs événements : les 6 albums de Lil Boosie, la libération de Gucci Mane et de Freddie Gibbs, la nouvelle sur la réduction de peine de Max B, le meurtre de Bankroll Fresh et Mr 3-2, le fiasco critique de Suicide Squad, et enfin, le sujet qui nous intéresse ici, la productivité de Joseph Wayne McVey, alias Z-Ro.
Le titre de « Designated Survivor » lui va parfaitement, car, pour faire le parallèle avec Tom Kirkman (joué par Kiefer Sutherland dans la série « Designated Survivor »), énormément de membre du S.U.C sont partis (DJ Screw, Fat Pat, Big HAWK, Big Mello, Big MOE, Pimp C, et recemment Mr. 3-2), laissant Z-Ro comme étant le seul réel representant par le fait qu’il soit toujours parmi nous, par son exposition et sa productivité ahurissante.
Ce qu’il faut savoir de notre interprête de « I Hate You Bitch », c’est qu’il débute (officieusement) une 3ème carrière, depuis qu’il a quitté le navire Rap-A-Lot pour pouvoir monté son propre label One Deep Entertainment (la première etant avec le Guerilla Maab et la seconde avec Rap-A-Lot), et après quelques problèmes avec J.Prince qui ce sont (apparemment) tassés depuis le temps. La vie de notre Joseph préféré est connu de tout ceux qui le suivent depuis quelques années : la perte de sa mère quand il était encore jeune, la vie dans les rues de South Park et la mort de ses nombreux proches, dont celui du célèbre DJ Screw, fondateur du collectif Screwed Up Click, l’ont énormément forgé et on fait de lui l’homme qu’il est devenu.
L’ancien membre d’Asshole By Nature (qu’il formait avec son cousin Trae Tha Truth, maintenant soldat du label de T.I. « Grand Hutle ») nous a honorés de 3 sorties cette année : un EP se nommant « Solid » (où il y a un fabuleux featuring entre Ro et BG, qui devait initialement apparaitre dans l’album en commun des 2 légendes), et de 2 autres albums, « Drankin N Drivin » et « Legendary » (20éme album, et dont la cover est un clin d’œil au clip du single présent dans « Solid »).
Et pour ce dernier, ce statut n’est absolument pas usurpé, car, tout récemment, Z-Ro a reçu les félicitations du Maire de Houston pour sa contribution musicale et humaine pour la ville. Ce n’est pas à tout les coins de rues que tu peux trouver un rappeur indépendant avoir une cérémonie de remerciement pour toutes ses œuvres.
« Drankin N Drivin », son 19éme album au conteur, est un succès critique sans précédent (et ceux même avec le côté artisanal de ses clips, mais tout est bon à prendre). Et pour cause, Z-Ro aborde énormément de thèmes que seul lui maitrise à la perfection : la rue, l’argent, la jalousie, les faux culs, le succès, ses relations avec les femmes, les homies entre 4 planches, ses fans (qui lui demande de refaire des sons comme à ses débuts), l’alcool, l’hydroponique (comme dans l’explicite « Dome, Kush & Codeine »), et son légendaire pessimisme à propos de son avenir (en bonus, on a un featuring avec Krayzie Bone qui nous ramène à l’époque de son premier album « Look What You Did To Me », et une reprise du classique de 50 Cent « Many Men » en guise de clotûre d’album).
En fait, il a toujours abordé ses thèmes, depuis son premier solo et « Rise » avec Guerilla Maab jusqu’à « Legendary », mais la forme a évolué : il s’oriente sur des productions beaucoup plus moderne, s’éloignant du country rap (mais pas trop quand même) et fleuretant légèrement avec la trap, tout en restant dans sa zone de confort en lorsqu’il pose sa voix grave sur des sonorités smooths, voir R&B, et en alternant rap et chant comme si de rien n’était, comme si Rother Vandross (son alter ego) prenait le dessus sur Z-Ro. Comparé aux autres rappeurs du game, notre Tony Soprano de H-Town est humain. Il n’hésite pas à parler de sa tristesse et ses regrets, et çà depuis plus de 19 ans, à la façon d’un Lil Boosie ou d’un 2Pac.
Ces 3 derniers opus, malgré qu’ils soient moins introspectifs qu’un « Let The Truth Be Told » ou « The Life Of Joseph McWey », sentent quand même la sincérité à plein nez et une grande lucidité. Il le dit lui-même dans « I Know » dans « Legendary », il sait que certains veulent le voir échoué, voir même mort, il connait ses jaloux aussi bien que sa propre personne. Il dit même ne pas avoir confiance en sa propre meuf et ses propres potos (dans « One Deep 4 Life »). Mais sa paranoïa ne l’embête pas visiblement, car il aime ça, il en a sué pour être maintenant confortablement installé dans le paysage du rap sudiste, il remercie Dieu et il sait qu’il est de son côté.
Car c’est vrai, on oublie son côté preacher, comme son grand ami Scarface du groupe Geto Boys, ou encore DMX. Mais il compte mettre cette partie là de son personnage en avant dans son prochain album qui sortira en Février 2017, « Ghetto Gospel », entièrement produit par Beanz N Kornbread.
Pour conclure, une autre bonne nouvelle qui pourrait en réjouir plus d’un : l’album « The King and The Boss » de Z-Ro et Slim Thug verra finalement le jour le 3 Janvier 2017 (en espérant que ce ne soit pas, une fois de plus, repoussé), après 4 ans d’attente. Une quarantaine de sons ont été enregistrés mais une bonne partie sont dispersés sur plusieurs projets des 2 gaillards de H-Town.
En attendant, procurer vous les 3 dernières doses et consommer sans modérations lors de longues rides nocturnes, sans alcool bien sûr, on est surveillé par l’Agence Wallonne pour la Sécurité Routière.
Junior de Prince Waly et Myth Syzer est une sortie pleine de promesses. Livrée dans un format EP traditionnellement court, la brièveté et l’efficacité de ce projet ne le rend pourtant pas avare en surprises : on y découvre désormais un Waly tout terrain, souvent hors de sa zone de confort, toujours aussi pimpant. Syzer y étend sa palette sonore, alliant comme à son habitude facilité, diversité et bon goût. Les invités ne sont pas en reste, la cerise sur le gâteau pouvant être attribuée à la prestation de Loveni sur le morceau Vinewood, un Jeune Love encore trop discret compte tenu de son talent. Enthousiasmé par le projet, c’est dans son studio en plein cœur de Montreuil que Waly et son équipe m’ont reçu, l’occasion de revenir sur son actualité chargée, et sur toutes ces promesses présentes dans Junior qui ne demandent plus qu’à être tenues.
Propos recueillis par Le Jeune Did le 13/11/2016
Sortir un projet parallèle à ton groupe, c’était essentiel pour toi ?
Bien sûr, dans le sens où ça m’a permis de m’émanciper on va dire. De montrer d’autres choses, nouvelles, je ne vais pas rester éternellement dans mon terrain jeu. Ce qui est cool dans ce nouveau projet avec Myth Syzer, c’est qu’il a justement réussi à m’amener dans de nouveaux univers. Je pense tout de suite au morceau Vinewood avec cette prod complètement dingue et vraiment moderne, on est à mille lieux du boom-bap. J’ai posé mon couplet dessus tout en gardant mon style, on a vu que ça fonctionnait, on s’est donc dit continuons dans cette direction. Ça permet surtout d’explorer de nouvelles pistes.
De nouvelles créations sous l’entité Big Budha Cheez sont donc toujours envisageables ?
Évidemment, Big Budha Cheez de toute façon c’est jusqu’à la mort on va dire ! C’est avec Fiasko qu’on a crée le groupe, c’est lui-même qui m’a appris à rapper. Tant que je ferai du rap, Big Budha Cheez ça restera. Maintenant, tant que je suis capable de faire d’autres choses, que ce soit en solo ou dans d’éventuelles autres collaborations, pourquoi me priver ?
Source photo : Jéremy Esteve
Pour préparer la sortie de Junior tu as enchaîné les scènes : que ce soit à La Maroquinerie avec Joe Lucazz et Triplego, le festival Canal 93 à Bobigny et aussi la première partie de Jazzy Bazz à La Cigale. Quelles ont été tes impressions ou sensations autour de ces différentes apparitions?
Dans l’ensemble de ces dates, tout s’est super bien passé. Le contexte varie à chaque fois, par conséquent, les ambiances aussi. À La Maroquinerie c’était en tant que Prince Waly, en tête d’affiche partagée avec Joe et Triplego. Il y avait donc une partie du public venue pour Prince Waly. Du coup c’était le feu, vraiment top, il y avait des gens de Montreuil, pleins de gens de Paris que forcément tu ne connais pas ! Et en général le public s’est bien pris les sons, sachant qu’ils n’étaient pas encore sortis (le concert a eu lieu le 19 Octobre ndlr) excepté les deux premiers extraits que sont Soudoyer le maire et Junior tous deux clippés. Les autres sons, le public les découvrait, et ça a bien pris.
Au Canal 93 c’était différent car c’était avec Big Budha Cheez. Comme dans chaque festival, le public n’est pas forcément acquis à ta cause et s’est peut-être déplacé pour quelqu’un d’autre. Donc non seulement on te découvre, mais surtout tu dois les convaincre. Il y avait donc logiquement un peu moins d’ambiance, c’était pas le feu comme à La Maroquinerie où des gens sautaient dans tous les sens ! Ils étaient beaucoup plus attentifs et tu te dois de les convaincre afin qu’ils applaudissent, ce qui a été le cas ! Donc c’était cool et réussi.
Pareil pour La Cigale, le public te découvre pendant la première partie. Une première partie c’est toujours très dur.
Pas trop d’appréhension de monter sur les planches d’une grande scène comme La Cigale ?
J’ai toujours ce petit truc avant de monter sur scène, ce petit trac. Mais c’est du bon trac que tu transformes par la suite en énergie. De toute façon, une fois que tu y es, il ne faut pas avoir peur d’y être. Une fois que tu es en plein dedans, il faut y aller à fond et c’est ce qu ‘on a fait, le public s’est bien pris le truc, on a réussi à bien chauffer la salle avant le concert. Donc ambiance encore différente que les précédentes dates mais tout aussi cool et enrichissante.
Côtoyer d’autres artistes durant les concerts : quelle expérience en tire-t-on et quelle ambiance règne entre vous ?
C’est un peu comme de la concurrence tu vois ? On ne va pas se mentir (rires). Tu essayeras toujours de faire mieux que le précédent. À La Maroquinerie c’était différent car avec Triplego on vient tous de Montreuil donc c’était plus en mode on va se donner de la force réciproquement. Hormis ce cas de figure, j’essaye toujours de ne pas trop faire attention à ce qu’il se fait à côté. Même si je kiffe l’artiste en question, je déteste regarder ce qui se passe sur scène avant que ce soit mon tour. Je me prépare sans trop faire attention à tout ce qui se passe autour, j’y vais et je fais mon truc.
On t’aperçoit entouré de ton équipe Exepoq, du collectif Bon Gamin, Jazzy Bazz, Alpha Wann etc. On ressent cette effervescence collective autour de toi. Est-ce que selon toi c’est cet effet de groupe qui permet de se motiver mutuellement et donc d’avancer ?
Je pense, oui. Quand tu côtoies et travaille avec des génies, toi-même tu es amené à progresser et à en devenir un tôt ou tard on va dire (rires). À force d’apprendre avec les meilleurs, tu fais ensuite partie des meilleurs. Autant tous s’entraider et monter en même temps. Je travaille avec des personnes dont je kiffe le taff. Tout se fait naturellement au final, rien n’est calculé, on peut tous se soulever les uns les autres, à condition de toujours bien travailler.Après il n’y a pas de magie, seul le travail récompense.
Sans tout cela, Prince Waly aurait-il existé ?
Prince Waly n’aurait jamais existé sans Fiasko (membre de son groupe Big Budha Cheez ndlr). Sans Big Budha Cheez. Vraiment. C’était au collège, je m’en rappelle très bien. C’est le jour où il m’a filé le cd des X-Men, Jeunes coupables et libres. Ça a tellement changé ma vie. Je ne le connaissais pas du tout, pour moi c’était comme un ovni.
Qu’est-ce que les X avaient de plus que les autres pour toi ?
(enthousiaste) Attitude ! Flows ! Charisme ! Paroles ! Tout en fait, ils avaient tout de plus que les autres. C’était tellement cainri. Comme ils le disaient, ils ne faisaient pas du rap français, il faisaient du rap en français. C’est la grosse différence. Rien que leurs placements, leur façon d’articuler, ou alors au niveau visuel, leur façon de bouger, leurs fringues… c’est ce qui fait toute la différence, le souci du détail sur absolument tout.
Comment est née ta rencontre avec Syzer qui a donc abouti sur votre EP commun ?
C’était lors d’un gros plateau à l’International (bar à concert vers Oberkampf dans le 11ème arrondissement parisien ndlr) vers 2013 je crois, et il y avait Bon Gamin de programmé. On jouait chacun de notre côté, et je me suis dit « allons voir ce qu’ils font ». J’ai donc assisté à leur concert, et exactement pareil pour lui de son côté. Et on a chacun kiffé ce qu’on faisait en fait. À cette époque Syzer enregistrait chez Grande Ville (studio basé à Montreuil ndlr) juste à côté de chez nous. Je le croise donc là-bas et me dit qu’il a quelques trucs à me faire écouter. Du coup on monte ensemble au studio, il me fait écouter ses instrus, et là je me souviens, il y avait la prod de Clean Shoes qui sortait du lot. Et là mec, ça a fait comme un truc dans ma tête (rires). Comme je t’ai dit, d’habitude je ne rappais que sur les prods de Fiasko. Parce que je n’arrivais tout simplement pas à écrire sur autre chose. Et sur cette prod de Syzer, bizarrement, j’ai ressenti de l’inspiration. C’est depuis Clean Shoes que j’ai commencé à vraiment composer en solo ou pour des collabs.
Pour parler de son travail sur ce projet, j’ai trouvé les prods très éclectiques. J’aurais aimé qu’il soit là pour confirmer ou non et surtout répondre à la question mais tu vas le faire pour lui (rires). ça m’a fait rappeler pleins de producteurs east coast : Buckwild, les Beatminerz, J Dilla, ou même Pete Rock et pleins d’autres. Selon toi donc, quelle serait la patte ou la touche Syzer qui le distingue de tous ses illustres aînés ?
C’est dur de répondre pour lui , en tout cas pour moi ce mec c’est un génie tu vois ? Il y a toujours un petit détail dans ses prods qui va te rappeler que c’est lui qui l’a composée, tout se passe à l’oreille. Mais surtout, il sait s’adapter à tellement de styles différents. Il a placé des prods pour Damso, pour Hamza, des univers totalement différents. Il a sûrement dû écouter tous ces producteurs, et aussi pleins d’autres. C’est ce qui fait sa force, il a une palette de dingue !
Et dans la diversité des 7 prods sur Junior, tour à tour planante, rugueuse, granuleuse, oppressante ou plus dynamique : où se situe pour toi la difficulté de t’adapter à toute cette palette ?
En vrai il n’y a pas vraiment eu de difficulté. Dès qu’il me faisait écouter ses prods, je me les prenais directement, et de suite j’avais des idées qui m’arrivaient très spontanément. M’adapter à ces différentes atmosphères, ça m’a confirmé que c’était quelque chose que je savais faire en fait. C’était déjà le cas avec les prods de Fiasko, puis j’ai posé sur une prod de Hologram Lo avec Alpha Wann, puis ensuite est venu Clean Shoes… Tu ne cesses de t’adapter au fur et à mesure de ta progression, j’ai cette capacité à m’adapter à tout type de prods.
Comment décrirais-tu votre façon de travailler ?
S’il y a un seul mot pour la décrire ce serait feeling. Tout se fait naturellement, on ne s’est pas mis de pression, on ne s’est rien imposé. Il me fait écouter des instrus. Je lui fais écouter mes textes. Il me donne des pistes à explorer sur tel ou tel thème. Le projet a été élaboré en 2 ans, petit à petit, sans aucune pression, et au bout de tout cela Junior est né.
Quand tu dis que ça fait 2 ans ça ne m’étonne pas car on peut déjà entendre certains des couplets présents sur votre EP dans le freestyle Grunt #23 enregistré fin 2014.
Exactement, il y a des couplets qui étaient crées dès cette époque. Syzer est vraiment perfectionniste, le morceau pouvait déjà être enregistré, ça ne l’empêchait pas de revenir sur la prod afin de la gonfler, la booster ou la retaffer. Le produit ressortait toujours amélioré. Avoir pris notre temps a permis de rendre un projet de grande qualité.
Qu’est-ce que Syzer t’a apporté de plus, ou de nouveau dans ton rap ?
Je dirais la diversité. Mais aussi la prise de risque, ne pas avoir peur de tenter des nouveaux trucs. J’aurais très bien pu lui dire que je ne savais faire que du boom bap, donc qu’il ne me fasse que des instrus boom bap. Je lui ai vraiment fait confiance. Et à chaque nouvelle prod reçue, je n’ai jamais été déçu. À chaque nouvelle expérimentation, je me disais « mais qu’est-ce que les gens vont dire? » et au final en travaillant ensemble je me suis dis qu’on s’en foutait, on fait ça parce qu’on kiffe ça tout simplement.
C’est vrai qu’il y a un bel équilibre dans cet EP entre des sonorités volontairement anciennes et d’autres plus modernes ou contemporaines. Au final cet espèce de clivage old school/new school, vous l’avez bien pris à contre-pied.
Je crois que ce qui permet aux différents publics de se réunir sur ce projet, c’est qu’une partie va s’identifier au côté old school et d’autres au côté new school c’est vrai. Inutile de rester bloquer dans une ambiance. De jour en jour tu découvres d’autres sonorités, d’autres univers, actuels ou plus anciens, qui vont te faire kiffer. Inutile donc de rester bloquer sur une influence ou une période, à moi de bien les digérer, de continuer d’avancer et d’évoluer.
Au niveau de tes influences justement, celles-ci font la part belle aux années 90. Pourquoi d’avantage cette période et moins les années 80 ou 2000 par exemple ?
Pour moi, ces années-là représentent vraiment une période où la créativité ne serait-ce que dans la mode, était vraiment marquée. À tel point qu’aujourd’hui, la mode réutilise des créations de cette époque. Refaire du neuf avec du vieux. C’est le principe des rééditions des chaussures par exemple. On retrouve d’avantage de rééditions que de créations. Avec pleins de modèles, que ce soit les Air Max chez Nike par exemple ou plus récemment les Uptempo. Je n’sais pas, les années 80 me parlent moins, à commencer par les sonorités rap de cette époque. Visuellement parlant, cette période me parle juste plus que toutes les autres. C’est un tout, clips, sapes, ciné, il y a des codes visuels et musicaux qui me parlent d’avantage tout simplement, il n’y a rien de calculé. Les fringues de notre époques sont plus lisses, moins fantaisistes, ça ne me parle pas du tout. Même pour les clips d’aujourd’hui, je n’en retiens que très peu, alors que ceux des années 90 je peux en regarder à la pelle.
Tu nous livre un rap parfois fictionnel et décomplexé, que tu combines à une attitude naturellement cool, mais aussi saine : dans le morceau Rally tu dis « vivre d’amour et d’eau fraîche est la meilleure des solutions », ou dans le morceau Cherry à un moment tu sors « fruits et légumes chaque jour ». J’admire ton hygiène de vie et ta philosophie, malheureusement ne penses-tu pas que, par la suite, tenir ce discours ne te ferme des portes ?
Je calcule pas vraiment en fait, je ne fais pas attention. J’essaie toujours d’être le plus sincère possible et d’être en phase avec ce que je pense. Je dis tout ça car j’étais vraiment gros avant, j’avais une hygiène de vie dégueulasse, je mangeais n’importe comment et ne faisais pas de sport. Aujourd’hui par rapport à ça je me sens mieux, que ce soit physiquement ou psychologiquement, je suis donc content de pouvoir le dire en chanson.
Tu as pu être influencé par d’autres artistes, rappeurs ou autres, qui ont pu tenir ce discours ?
Je ne pense pas, peut-être Kendrick. Mais ces textes dont tu parles ont tout de même étaient écrits avant que je ne me mette à écouter Kendrick en fait. Je sais plus dans laquelle de ses chansons mais à un moment il y a une meuf qui dit qu’on a besoin que d’eau pour vivre, le reste n’est que superficiel. C’est vrai que ce genre de discours me parle en fait, car il me fait cogiter.
Tu laisses la part belle au storytelling dans certaines de tes compositions. Ça m’a ramené des années en arrière, ta façon non seulement de rédiger mais aussi de poser tout au long de cet exercice m’a fait penser à des mecs comme CL Smooth ou Masta Ace, deux noms parmi tant d’autres. Des références qui te parlent ?
Pour le storytelling en fait mes références seront vraiment exclusivement rap français, mais aussi cinématographiques. Pour le rap américain c’est différent, n’étant pas bilingue, je ne m’attarde pas assez sur leurs paroles. En fait celui qui me vient tout de suite à l’esprit, c’est Oxmo notamment dans Opéra Puccino, ou bien Ill des X-Men. J’ai du écouter Opéra Puccino des dizaines de fois d’affilée. Je me disais « je veux absolument faire ça moi aussi » , raconter des histoires de cette manière.
En renouant avec cette tradition, ton storytelling surprend agréablement. Le rap français a dans l’ensemble plutôt délaissé ce style de morceaux, ou plutôt devrais-je dire moins mis en avant, comment expliques-tu ce phénomène ?
À mon sens, c’est la difficulté de l’exercice. Ce n’est jamais très évident de pondre un bon storytelling. Pour cela tu dois vraiment te prendre la tête pendant un certain temps. Je pense que globalement les rappeurs en ont moins envie car tout va très vite aujourd’hui.
Volonté de ta part de remettre d’avantage de lumière sur ce genre ou alors c’est jute inconscient, naturel ?
C’était naturel, j’ai tellement aimé des morceaux comme Pucc Fiction ou Alias Jon Smoke d’Oxmo Puccino, qu’à mon tour à un moment je n’écrivais que comme ça. C’était cool et j’y prenais beaucoup de plaisir alors j’ai continué.
Tes idées narratives arrivent comment ?
Aujourd’hui c’est en regardant des films, ou des séries. Je n’ai plus qu’à les mettre en musique. Comme j’aime le dire des fois, ma musique c’est en quelque sorte du TV rap, ou du rap télévisé. C’est vraiment visuel, j’ai envie d’imager mes lignes.
Après L’heure des loups avec Big Budha Cheez, Junior cet EP avec Syzer, tu te sens prêt pour un album solo ?
Je préfère me laisser encore du temps pour l’album. Je ne me sens pas encore prêt, je suis encore dans la recherche. J’ai trouvé les bonnes bases, tout en sachant que je peux m’améliorer encore beaucoup plus. Je me laisse encore du temps avant l’album solo. Il faut avant tout avoir une bonne fanbase, petit à petit. Un album c’est un investissement énorme, en énergie, en temps et en argent. Il te faut les moyens, que ce soit pour tes clips ou ta promo. Je n’en suis pas encore à ce stade, je dois encore travailler dur avant d’y arriver.
Merci à toi Waly, pour terminer, quelle est la question qu’un journaliste ne t’a jamais posé et que tu attends désespérément ?
Où est-ce que je trouve mes vêtements !
Alors ?
Je vous le dirai jamais ! Merci à toi et à Captcha !
Ni temps, ni lieu. Voilà ce qui doit définir un classique.
Sorti en 1999 »Les Princes de la ville » garde sa fraîcheur, à chaque écoute, en toute occasion. Un classique ne vieillit pas, et ce statut cet album le doit en grande partie à ses productions. A 80% orchestré par DJ Mehdi, Les Princes de la ville a insufflé un côté électro à la production française, et préfigure d’un courant nouveau omniprésent dans les années 2000 (et majoritairement personnifié par Animalsons).
Ce bootleg réunit les morceaux originels qui ont permis la création des Princes de la ville. Parce-qu’il n’y a pas que le rap dans la vie, il y a aussi la bonne musique.
Le romantisme n’est pas mort. La Ténébreuse Musique n’a pas oublié tout l’amour que son public lui a donné il y a un an, en finançant entièrement son album. Pour fêter le premier anniversaire de cette sortie déjà légendaire, Alkpote et Butter Bullets veulent à leur tour distribuer de l’amour, le 21 janvier sur la scène du Gibus. Deux rappeurs, un beatmaker : trois issues. Vous connaissez la suite. Et comme une bonne chose ne vient jamais seule, Radmo et Krampf assureront la première partie. Deux concerts en un. D’une pierre deux coups, et d’une capote deux trous. La Ténébreuse Musique vous souhaite la bienvenue en enfer : « ici pas de cotillons, c’est la valse des démons »