Vikings c’est comme Game of Thrones, mais en mieux

Le mois dernier, quand les quatre premiers épisodes de GoT ont leaké, j’ai fait comme tout le monde : j’ai téléchargé. Sauf qu’au moment de choisir le fichier à enregistrer sur mon disque dur, mon choix s’est arrêté sur Vikings que je n’avais pas eu le temps de regarder depuis sa sortie 2 jours plus tôt. Au lieu de faire comme tous ces nazis arrivistes qui ne jurent que par GoT parce que la plupart des autres nazis ne jurent que par GoT, j’ai préféré visionné une meilleure série, et en pensant aux nazis je me suis dit que j’allais en faire un billet pour Captcha Mag.

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On ne présente plus GoT, série mondialement connue et reconnue comme étant certainement la plus populaire, et qui a entame sa 5ème saison. Vikings est moins renommée, et ne compte que 3 saisons.

La popularité n’est pas gage de qualité -en témoignent les millions de vues recueillies par les vidéos Youtube d’artistes merdiques qui pullulent sur la toile, il ne convient donc pas de comparer les 2 séries sur ce champ de bataille. Si tel était le cas, GoT prendrait bien évidemment l’avantage. Mais comment peut-il en être autrement quand le diffuseur s’appelle HBO, quand la promo est digne d’un Marvel et quand le livre duquel est un best-seller dans des dizaines de pays ? Vikings est diffusé sur la chaine History, une  canal canadien bien moins côté que la charismatique HBO, et qui offre une communication presque amatoriale comparée aux gros budgets américains. Mais le succès d’estime est là, car la série est appréciée par la plupart des personnes qui osent y rentrer.

Si vous regardez GoT pour les histoires de cul -libre à vous d’aimer les partouzes de nains ou encore l’inceste- vous devriez regarder de plus près ce qu’il se passe chez Vikings. Bon, c’est peut-être un mauvais exemple, il n’y a pas autant de cul … m’enfin, une série ne se regarde pas uniquement pour voir des coïts, rassurez moi ? Parlons d’action, par exemple : Vikings achève à plate couture GoT en mettant en scène des combats digne de Gladiator, et cela de la saison 1 à la 3 actuellement en cours de diffusion. C’est l’une des forces de la série, les combats sont sanglants, épiques, violents, intenses. Leur mise en scène est léchée avec de superbes plans-séquence, ponctués de ralentis pour souligner leur violence.

Si vous trouvez GoT trop long, trop fastidieux, trop complexe à comprendre du fait des trop nombreux clans et familles, alors vous avez toutes les chances d’adhérer à Vikings. Plusieurs clans existent dans un même pays, et les pays se font également face, mais la compréhension y est bien plus abordable que dans GoT. L’intrigue est portée par un rythme soutenu et bien moins entrecoupé d’histoires externes ou parallèles comme c’est le cas dans la série de HBO. De plus, malgré l’aspect fictif de la série, on aurait presque le sentiment de regarder l’histoire se jouer sous nos yeux … ce qui n’est franchement pas le cas quand on voit 3 dragons essayer de croquer un oiseau.

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Je vais passer pour un hater de GoT alors que ce n’est pas le cas, je vous encourage simplement à jeter un œil à Vikings tout en continuant évidemment de regarder Game of Thrones. Vous ne serez pas déçu.

Le Bruit De Mon Ame est-il meilleur qu’Or Noir ?

On pourrait s’interroger sur la pertinence de comparer entre eux deux albums d’un même artiste, mais faites pas chier.

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Avant de détailler les qualités intrinsèques de ces deux disques, il convient de contextualiser leurs sorties. En 2013, quand Or Noir déboule, Kaaris jouit d’une attente quasiment jamais vue dans l’histoire du rap français -et je pèse mes mots. Depuis deux ans, il préparait le terrain : quelques gros freestyles, une série de featurings avec des noms relativement importants (Despo, Dosseh, Sazamyzy, Alkpote …), et Z.E.R.O -qui reste pour moi, à l’heure actuelle, son meilleur projet. Puis, le passage à la vitesse supérieure, symbolisé par deux featurings avec Booba : Criminelle League d’abord, puis, surtout, Kalash. En un seul couplet sur l’album du rappeur le plus médiatisé de France, Kaaris a attiré toute l’attention sur lui. A l’époque, personne ne s’est encore engouffré dans les sonorités trap comme Kaaris. Même s’il ne fait qu’adapter des codes venus de Chicago ou d’Atlanta, il donne aux oreilles françaises une véritable impression de nouveauté. En important des sonorités pourtant déjà vues et revues aux Etats-Unis, il a presque révolutionné à lui-seul le rap français. Il faut dire que Kaaris est doué.

illustration-kaaris-olivier-devaureix-306x350Extrêmement bien gérée, la période promotionnelle fait monter la sauce de manière exponentielle. Zoo est un tube incroyable qui finit d’assoir la popularité du rappeur sevranais, les interviews sont méthodiquement distillées, et les polémiques sont évincées comme si elles n’avaient jamais existé. Chaque extrait précédent la mise en bacs est parfaitement choisi (Binks, AMG 63 …), et achève à chaque fois un peu plus l’attente homérique autour de la sortie d’Or Noir. Et puis, il y a ce personnage, sorte de Black Terminator, qui semble aussi insensible qu’impitoyable. Excellent rappeur, style révolutionnaire, personnage captivant … je ne vais pas vous refaire l’histoire, mais il est important de bien se rappeler dans quel contexte est sorti Or Noir : rarement l’attente autour d’un premier album de rappeur français avait été à ce point phénoménale.

Le contexte autour de la sortie du Bruit de mon Âme était bien différent. D’abord, parce qu’en un peu plus d’un an, Kaaris était devenu un rappeur confirmé, et un poids lourd de l’industrie de la musique. Difficile de surprendre quand tout le monde connait ses moindres faits et gestes, et quand chacune de ses mesures est décortiquée comme si les commentateurs de Rap Genius étaient rémunérés. Kaaris attire moins la curiosité, parce qu’on sait tous de quoi il est capable. La vraie difficulté, cette fois, était de confirmer après un premier album presque unanimement qualifié de classique instantané.

 

Attention, je ne dis pas que le contexte de sortie de LBDMA est plus compliqué que celui d’Or Noir. Car l’attente fabuleuse autour du premier album a généré une pression pas forcément facile à gérer. Et surtout, qui dit grosse attente, dit très gros risques de déception. LBDMA était moins attendu, et risquait donc moins de décevoir. Mais il avait également un peu plus de chances de laisser indifférent. En fait, les craintes concernant les réelles qualités de cet album sont nées avec les premiers extraits, pas franchement flamboyants. D’abord, aucun tube universel façon Zoo. Ensuite, une impression de redite biaisée d’Or Noir, avec du French Chiraq (Sevrak, Magnum), et aucun titre vraiment porteur.

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Une fois l’album lancé, les doutes s’envolent pourtant rapidement. Dès l’intro, on comprend d’ailleurs immédiatement où se situent les différences entre les deux albums : Bizon était un coup de pression incroyable, avec deux grosses minutes de puissance brute sans la moindre respiration, comme un enchainement de droite-gauche-crochet interminable. Kadirov est également très dur et énergique, très rentre-dedans, mais fonce moins tête baissée. BPM moins élevées, plus d’espace entre les mesures -et donc un peu plus le temps de rependre son souffle entre chaque droite-, mais aussi plus d’effets sonores. Cette distance entre les deux premières pistes, c’est l’analogie parfaite de la distance entre les deux albums. Kadirov est intrinsèquement aussi bon que Bizon, mais il ne provoque pas le même effet chez l’auditeur. Bizon clouait au sol, alors que Kadirov nous laisse le temps d’apprécier ses qualités. Cette analogie se retrouve tout au long de l’album, même si on ne peut pas la reporter piste par piste, bien sûr. Cela n’aurait aucun sens. La plupart des titres sont trop singuliers pour être comparés à d’autres. Zoo n’a pas d’équivalent sur LBDMA, de la même manière que 80Zetrei n’a pas d’équivalent sur Or Noir.kaaris-est-en-studio-et-prepare-son-prochain

Mais on retrouve par exemple le même type de différence sur les deux titres éponymes : Or Noir et Le Bruit de mon Âme. Deux titres plus posés et plus introspectifs, qui dénotent avec le reste de l’album, et qui mettent l’accent sur d’autres qualités de Kaaris -son écriture, en premier lieu. L’un ou l’autre toucheront différemment l’auditeur en fonction de ses sensibilités et du contexte, mais Le Bruit de mon Âme est clairement mieux maitrisé : plus musical, avec un refrain bien plus abouti, et une prod moins minimaliste. LMDMA est beaucoup moins instinctif qu’Or Noir, mais il est beaucoup mieux pensé. Comme si la créature surpuissante mais complètement incontrôlable du premier opus avait appris à maitriser ses super-pouvoirs. Or Noir était en quelque sorte un enchainement de bangers : grosses gifles (si ce n’est plus …) de la première à la dernière piste. Le problème de ce type d’album -un album extraordinaire, pas de doute là-dessus-, est qu’il est typiquement un produit consommable. Or Noir s’écoute énormément, se savoure à grosses doses, mais ne dure pas réellement. Or Noir part.2 a été un second souffle fabuleux, mais toujours sur ce modèle de bangers qui s’empilent les uns sur les autres, sans réel sens à la construction.

LBDMA, malgré quelques gros bangers devenus inévitables, est plus dilué. Les titres ne s’empilent pas les uns sur les autres, mais se complètent, afin de former un ensemble plus solide. On le ressent même dans la structure des morceaux, plus denses et plus variés. Kaaris change 4 ou 5 fois de flow sur quasiment chaque titre, c’est réellement impressionnant. Il le faisait également sur Or Noir, bien sûr, mais il semble avoir passé un palier avec ce nouvel album. Il pourrait presque sortir d’une école de commerce tellement il est méthodique. Certains vont même jusqu’à lui reprocher ce côté « envie de trop bien faire ». C’est caustique. On irait presque jusqu’à lui reprocher de trop bien faire son travail.

 

Si le Kaaris d’Or Noir était Avon Barksdale, toujours prêt à entrer en guerre sans besoin de personne, le Kaaris de LBDMA serait Stringer Bell : posé, réfléchi, prêt à s’associer avec les bonnes personnes, et faisant passer les affaires avant la rue. Ou alors, il est peut-être plus simplement cette synthèse des deux qu’est Marlo Stanfield : ambitieux et impitoyable, incapable de faire des concessions, et prêt à tuer celui qui l’a pris sous son aile.

L’album de PNL, c’est le feu

30 Novembre 2014

– « Tu connais PNL ? Non ? Tu devrais t’y intéresser, c’est très bon
– Ouai, là j’écoute l’EP de DJ Weedim, mais je vais y jeter une oreille ».

16 Janvier 2015

-« Alors, t’as écouté PNL ?
– Nan là je suis à fond dans l’album de Joe Lucazz, mais juste après j’écoute ton PSF là
– Nan, PNL
– Ouai, si tu le dis »

25 Février 2015

-« T’as toujours pas écouté PNL ? Y’a de nouveaux extraits de l’album en ligne et …
– Attends frère, je viens de recevoir le nouvel album d’Ali »

19 Mars 2015

– « L’album de PNL est sorti !
– Ah ouai … Mais l’EP de Riski il défonce, nan ? »

2 Avril 2015

-« Tu devrais vraiment écouter Que la famille, il défonce.
– Ouai, j’finis mon article sur Alkpote et je l’écoute »

8 avril 2015, 15h57

– « Bon, je lâche l’affaire, tu veux pas les écouter, c’est dommage pour toi.
– Ok, vas-y, je viens de le télécharger, je presse play. »

8 avril 2015, 15h58

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8 avril 2015, 16h02

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8 avril 2015, 16h10

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8 avril 2015, 16h31

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L’album « Que pour la famille » de PNL est dispo sur itunes et la plupart des plate-formes de téléchargement légal ou illégal. Faites pas comme moi, allez l’écouter tout de suite. Vraiment, c’est le feu.

Et puis, la cover défonce :

Cover

Des clips :

 

D’autres clips ici.

Ride, chimères et bibine | Clone X – La Licorne

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Certaines voix ne semblent trouver de force que dans la régression. Ayons l’amour des belles choses et ne boudons pas notre plaisir : ces derniers temps, le rap français va très bien. Du haut de la pyramide au bas du caniveau, toutes les fourmis s’agitent. Et souvent, cette dynamique de mouvement, de créativité, d’évolution est bénéfique pour toute la fourmilière. Ces derniers mois, on a donc vu des artistes qui évoluaient en sous-marins depuis des années apparaitre un peu plus dans la lumière, à des échelles différentes.

Le grand panthéon de la ride française, a semble-t-il décidé de s’impliquer d’avantage dans la musique. Sortir de l’ombre sans chercher a briller, voila a quoi ressemble cette partie d’échecs. Metek semble avoir réussi cette transition avec Riski et Matière Noire, deux projets dont on a beaucoup parlé -à juste titre. Mais dans cette grande famille, naviguent d’autres poissons tout aussi singuliers : Joe Lucazz (No Name), Jeune LC, Bigg Meuj, Bang Bang (Delirium / Au bout de ma ride) et les Clones X, que vous avez peut être déjà entendu sur l’album Peplum de Butter Bullets.  Le temps passe si vite : il y a déjà 3 ans, vous avez pu lire notre interview des Clones X. En 2015, les Clones reviennent avec un nouveau projet : un nouvel album (sur leur label Relax Music) sobrement nommé La Licorne. 13 titres, une magnifique cover pleine de couleurs et au menu, comme d’habitude, des saveurs de toute sortes.

« Même si les rues sont sales, on fait des tracks en sucre. »

Le doux sample sur le prod de Yallah ouvre le bal avec énergie, histoires de rappeler que Mooky et Koikou sont toujours aussi habiles une fois en cabine. Petite invitation qui fera surement plaisir aux anciens, les Clones ont invité Ill sur L’œil de l’empire, qui fait office de single. Dans une ambiance plus funky, la sucrée Dernière Ballade ( avec D.S.L) et 2.0 Tismé font honneur aux douces créatures de belle manière. Thème que Mooky aura d’ailleurs l’occasion d’approfondir avec brio sur un morceau solo de haut vol, l’hypnotisant Lucky Boy.

Dans leurs précédents projets, la vie nocturne occupait une grande place dans la musique des deux frères. Sur La Licorne, le liquide n’est pas en reste : deux gros titres nous rappellent que les jumeaux sont très doués dans les récits de ride mouvementées. L’excellent banger Mauvais avec Grain De Caf est taillé pour les clubs, et on rêverait de voir les jumeaux jouer ce titre sur scène #OriginalAlcoolMauvais. La clef fait elle aussi partie des meilleurs chansons de l’album.

« La ride ouvre toute les serrures »

L’alchimie entre les jumeaux est toujours aussi bonne et il n’y a aucune raison pour qu’elle se perde avec le temps. Comme le bon vin, les Clones s’améliorent avec le temps. Mais on ne devine jamais vraiment la finalité de leur poursuite. Une femme ? Une chimère ? La déesse de la ride ? Ou peut être un peu de  lumière, tout simplement.

Pour écouter le projet, il n’en vous en coutera que 4 petits euros via iTunes, une broutille. Longue vie aux Clones et vive la ride.

http://www.theclonex.com/

La nouvelle trap d’Orléans | Dosseh – Pérestroïka (chronique)

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Impossible de passer à côté de la sortie d’un album annoncé depuis au moins 2 ans. Ce n’est plus un secret pour personne, je suis assidument la carrière et l’évolution de Dosseh depuis la première claque que j’ai reçu en écoutant la compilation One Beat. J’ai tout de suite été frappé par deux points forts chez Dosseh : son écriture et son interprétation de ses textes. Du coup, j’ai suivi d’un œil inquiet son évolution vers la trap ces derniers mois. Je n’ai rien contre, en soi, mais je trouvais dommage de ne pas plus mettre en avant son écriture, notamment sur les premiers extraits de la tape. D’autant qu’on se rend compte que certains sites (et une partie du public) ne semblent pas connaitre son parcours, et se permettent du coup ce genre d’irrespect digne de Morandini :

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C’est donc avec inquiétude que j’attendais la sortie de cette mixtape, en préférant les hors séries balancés régulièrement sur Youtube plutôt que les extraits officiels, notamment l’excellente reprise du sample de Nirvana qui méritait largement sa place dans l’album.

Malgré ces a priori, cette mixtape est une excellente surprise : les extraits étaient simplement en deçà du reste de la galette. Mention spéciale à Scarla, Yuri Negrowski et surtout l’excellent L’Age de nos Actes. D’ailleurs, on pourrait presque faire un article entier dédié à ce morceau aux ingrédients qui rappellent une certaine idée du rap de la fin des années 90. Première réussite : cette prod de Redrum, avec ces sonorités asiatiques, cet extrait de film culte des années 90, et cette jolie boucle d’Eric Clapton à la toute fin. Tout en gardant un flow et une écriture actuels, Dosseh explicite clairement le changement lié à ce premier projet, et en profite pour rappeler qu’il n’a plus le temps de jouer. Ce morceau est d’ailleurs une véritable pause avant un enchainement de bangers. Des titres moins variés, avec moins de prises de risques, qui ne mettent pas en avant le talent d’écriture du bonhomme. En gardant en tête une certaine indulgence, due format du CD (mixtape, et non album), et certaines attentes concernant les prochaines sorties, on attend pourtant beaucoup plus de la part de Dosseh. Espérons que les critiques positives autour des hors-séries l’inciteront justement à partir sur plus de variété sur l’album prévu en fin d’année.

5e6dad0a5ca3855f28f582bb9d780a0a.960x932x1Autre conséquence positive suite à cette première sortie signée : la perspective de le voir enfin tourner sur scène. Avec plus 10 années passées en indé, les dates de Yuri sur scène se comptent sur les doigts d’une main. L’occasion idéale pour voir si les bonnes choses entendues sur CD se confirment sur scène. D’ailleurs, lui même le disait dans une interview au Blavog : « c’est sur scène qu’on voit réellement si un artiste procure les même émotions que sur CD ». La seule réelle crainte sur cette tournée annoncée, c’est qu’elle soit trop focalisée sur la mixtape, alors que Dosseh compte des tonnes de titres qui mériteraient une vie sur scène : Igo, 1001 questions, Prototype, Aigle Royal, Mon Gang …

Si le public est maintenant ouvert à la trap, avec -notamment- les succès de Kaaris ou Gradur, il faut reconnaitre que Dosseh emmène le genre à un autre niveau, garce à sa qualité d’écriture toujours intacte. Passée la crainte, et la petite déception des premiers extraits, on se fait finalement plutôt bien à l’évolution de l’artiste. Pérestroïka est une bonne nouvelle de plus pour le rap français en ce début d’année. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, Summer Crack 3, nouvelle mixtape gratuite, est déjà annoncé pour cet été … avant la sortie de l’album en fin d’année. Si on n’avait pas peur de paraitre trop exigent, on ne s’en contenterait pas et on réclamerait la suite de Karma.

 

 

Mido Ban

Alkpote à La Boule Noire | Du miel, des inédits et des invités de luxe

Alkpote qui hurle « sucez » sur disque, c’est très bien, mais Alkpote qui hurle « sucez » en live, c’est encore mieux. Vendredi, il était en concert à La Boule Noire, accompagné d’une dizaine d’invités franchement prestigieux, et d’un public imbibé d’alcool. Pour ma part, comme je suis un mec responsable, j’ai embarqué avec moi le petit frère de ma femme.
Avec une bonne heure de retard sur l’heure annoncée -ce qui, il faut le dire, m’a bien arrangé-, l’arrivée de DJ Weedim sur scène a suffit à faire entrer en fusion les premiers rangs. Pas le temps pour les préliminaires, une minute plus tard Alkpote était sur scène, annonçant la couleur avec un « J’vous prends dans toutes les positions, jouissez pendant l’introduction ». Public évidemment hyper réactif, qui règle son niveau de décibel sur le niveau d’obscénité des rimes : plus c’est salace, plus les murs tremblent. Alk l’a bien remarqué, et enchaine avec le titre Frissonnez et cette mesure mythique « même si t’es musclé tu peux te faire dépuceler le cul par des petits pédés qui font que s’branler comme des curés ».

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La Boule Noire est une petite salle, mais les fans d’Alk sont de véritables fanatiques. Ils connaissent la moindre rime à la virgule près, hurlent sans arrêt, et n’attendent pas qu’on leur dise de lever les bras en l’air pour le faire. Rien à redire là-dessus : 100 fans d’Alkpote font plus de bruit que 1000 fans de Booba. Il y a d’ailleurs un truc assez marrant avec le public d’Alkpote : il est très majoritairement blanc. Une situation qui s’est parfaitement illustrée quand, au milieu du concert, Alk s’est lancé dans un périlleux « Y’a des tunisiens dans la salle ? ». Chou blanc, auf wiedersehen. Pour rattraper le coup, il a alors tenté un « y’a des algériens, des marocains … ? ». Même silence gênant. Dans un genre de genki-dama maghrébin, il a alors tenté le tout pour le tout, avec un « y’a des Nord-Africains dans la saaalle ? ». Les quelques quidams aux lointaines origines kabyles, et deux-trois mecs qui voulaient faire plaisir à l’Empereur, ont poussé un cri timide. Visiblement, Alkpote a plutôt bien retenu la leçon, puisqu’il ne s’est pas lancé dans un « y’a des meufs dans la salle ? ». La Boule Noire, vendredi soir, c’était 100% de couilles, 0% de mélanine.
Du côté du show, il faut reconnaitre que c’était tout de même assez minimaliste. Un DJ, deux cameramens, et Alkpote au milieu. Vraiment rien de fou, mais le public qui vient voir ce type de concerts ne s’attend pas à des effets de lumière incroyables, et à voir son rappeur favori changer 8 fois de tenue comme Beyoncé. Pas de chorégraphies, forcément -d’ailleurs Alkpote ne bouge pas énormément sur scène, mais il n’en a franchement pas besoin. Le légendaire Géant Vert s’amuse avec son public, prend même parfois le temps de discuter avec, répond à chaque fois qu’on l’interpelle entre les morceaux, et tire une taff de verdure de temps à autre. Il s’adoucit la gorge avec du miel, aussi.
A défaut d’avoir construit un véritable show à l’américaine, avec flammes, projecteurs, et écrans, Alkpote a gâté son public avec une liste d’invités absolument faramineuse. D’abord, un Demon One méconnaissable, avec grosse barbe, lunettes noires et capuche en aluminium, accompagné de son fils. Ensuite, et je les cite certainement dans le désordre chronologique, Zesau, Tunisiano, Infinit -venu balancer un featuring inédit-, Idjil, et, gros plaisir, Tige la Rafale. On m’a raconté après le concert que ce dernier avait disparu du game ces dernières années parce qu’il était en prison en Algérie. J’ai pas eu de confirmation, mais en tout cas il n’a rien perdu de son flow dingue. Ensuite, Sidisid, évidemment, était là, pour un enchainement Chiens / La Crise / Prêt pour la guerre pas piqué des hannetons. Bon, pour le premier titre, son micro était super mal réglé, donc on a absolument rien entendu de son couplet. Mais le coeur y était, et puis on a vu sur sa tête qu’il se donnait à fond. Comme le micro était réglé normalement pour les deux titres suivants, on a vraiment pu apprécier l’alchimie Alk-Sidi, avec La Crise et Prêt pour la guerre qui fonctionnent incroyablement bien sur scène.
Mais le vrai grand bonheur de la soirée, c’était le passage de Vald. Déjà, parce qu’il a pris le temps de traverser toute la salle pour venir me saluer avant le show, et que j’ai apprécié cette marque de respect. Ensuite, parce qu’une fois en feat avec Alk sur scène, on a vraiment eu l’impression qu’il réalisait un rêve de gosse. On sait que le garçon est un grand, grand fan d’Alkpote et qu’il connait tous ses titres par coeur … Faire « Meilleurs lendemains » avec lui a dû lui faire sacrément chaud au coeur. Se tenir sur scène aux côtés de son idole … le mec était heureux, affichait un vrai sourire de gamin, c’était beau.

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Y’a aussi eu ça :

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Du côté des absents, aucune tête d’affiche de chez Neochrome. Alk dédicace quand même 25G « de là où il est », et répond au public qui réclame Katana, son ancien compère de l’Unité de Feu : « gros bisous, beaucoup d’amour pour Katana. Des calins pour Katana ! D’énormes calins pour Katana ! ». Une belle manière de dire que malgré la séparation des chemins, l’amitié et la reconnaissance restent. Alkpote n’est qu’amour, mais ça, vous le saviez déjà. Joe Lucazz non plus n’est pas monté sur scène, et c’est assez étonnant puisque je l’ai croisé en sortant de la salle. « Mais pourquoi t’es pas monté sur scène, Joe ? ». « On a pas eu le temps de s’organiser, c’est de ma faute, j’aurais du m’y prendre plus tôt ». Bon, pour la petite histoire, il m’a aussi et surtout confirmé que ses prochains projets étaient en bonne voie … enfin, s’il trouve le temps de s’organiser.
Comme je vous l’ai déjà dit un peu plus haut, Alkpote ne s’est vraiment pas foutu de la gueule de son public, et le show a duré autant que possible. Un autre inédit de l’Orgasmixtape 2 (« j’vous laisse le temps de sortir vos portables si vous voulez filmer »), pas mal de vieux titres qui font plaisir à tout le monde (Chambre de torture, Bande de putains, L’Empereur), des titres un peu plus récents (« Désanussage, Liberté d’Expression, Mongoldorak), et tous les extraits déjà divulgués de l’Orgasmixtape 2 (Introduction, Tourbillon, Au top de ma forme, et Meilleurs lendemains). Au bout d’un moment, il a même fallu que les videurs de la Boule Noire insistent auprès d’Alk pour qu’il veuille bien mettre fin à sa représentation. Il a conclu en rappelant une bonne dizaine de fois la date de sortie de l’Orgasmixtape 2 (le 11 mai 2015) : « faites quelque chose de bien dans votre putain de vie, achetez ce CD ! Faites quelque chose de bien dans ma putain de vie, achetez ce CD ! »
Pour conclure, Alk est resté une bonne petite demi-heure avec ses fans à l’extérieur de la salle après la soirée, à faire des photos et à faire semblant de ne pas trouver super relous tous ces mecs bourrés. Pour ma part, j’ai continué ma route avec Sidisid, Kevin el Amrani (réalisateur de la plupart des clips de Butter Bullets), Krampf (le mec qui a fait les animations géniales du clip de Tourbillon -et qui avait certainement pris de la drogue) et Julius, le réalisateur du clip Vald x Alk. Et le petit frère de ma femme, qui, comme moi, semblait dépité par tous ces blancs bourrés et/ou défoncés. Joe Lucazz, lui, est parti direction Pigalle, mais ça ne nous regarde pas.
Pour ma part, vous n’en avez certainement rien à foutre, mais pour cause de travaux sur les voies, je n’ai pas eu de train pour le retour, et j’ai fini dans un bus de nuit, à ronfler, la tête enroulée dans mon écharpe. Deux heures de trajet pour arriver jusqu’à Mantes la Jolie. Mais ça valait le coup.

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PS : les photos de l’article ont été volées sur instagram et twitter parce que je suis trop un ratpi

Interview – L.O.A.S : « Je pense que ma musique met les gens mal à l’aise »

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Premier paragraphe – La première fois que j’ai entendu la voix criarde de L.O.A.S, il duettait avec Hyacinthe sur le projet Sur la route de l’Ammour. Il oscillait entre rap énergique et mélodies chantonnées, parlait de drogue et de sa bite, d’alcool et de chattes. Pas forcément original dans le fond, le boug a depuis prouvé, à maintes reprises, sa singularité. Plutôt que de se présenter immédiatement avec un projet solo, il a préféré jauger son public et préparer le terrain, pendant de longs mois, à coups de clips tous plus fous les uns que les autres. Une stratégie plutôt intelligente, puisque l’attente grandit, et la curiosité s’attise. L’EP ‘Ne pleurez pas Mademoiselle » débarquait alors, en décembre 2013, et venait combler une partie de la fan-base naissante du dénommé Elois. Un an plus tard, démarrait la promo de son premier véritable projet solo, NDMA. Disponible depuis ce lundi, ce 10 titres est un parfait condensé de tout ce que sait faire L.O.A.S : rapper, chanter, parler de drogue et de sa bite, d’alcool et de chattes.

C’est là que commence l’interview.

L.O.A.S : Bon, je vais essayer de pas trop dire de la merde.

Genono : Ah mais si, au contraire, tu peux en dire. On est là pour ça. Bon, alors première question, tu …

L.O.A.S : « Présente-toi ! Qui-est tu ? »

Genono : Ah nan, putain. On fait pas des interviews de merde.

L.O.A.S : La dernière interview que j’ai faite, ça a commencé comme ça.

G : Zekwe Ramos m’a appris à ne jamais le faire. Bon, laisse-moi poser ma question. Il y a un côté très frénétique dans ta musique, mais en même temps, beaucoup d’introspection dans tes textes. Comment tu fonctionnes, niveau écriture ?

L.O.A.S : Il y a deux étapes. Déjà, je note plein de matière, à chaque fois que ça me vient en tête. Dans le métro, en lisant, en pleine discussion … j’ai une inspiration, je la note. Ensuite, y’a la deuxième phase, où je mets tout ça en forme, en fonction de l’instru, de l’émotion que je veux donner …

Genono : Donc t’écris avec l’instru ?

L.O.A.S : Ouai … mais j’utilise pas forcément l’instru sur laquelle j’écris. J’ai pas de méthode spécifique pour l’écriture. Je peux écrire un morceau d’une traite, ou alors je peux écrire un couplet, le zapper, et écrire le deuxième couplet six mois plus tard.

Genono : Tu te fixes des thèmes, ou des lignes directrices ?

L.O.A.S : Oui, mais pas des thèmes dans le sens où on l’entend habituellement. Je vais me concentrer sur la mise en place d’un univers, ou … je peux même te raconter une soirée, sans qu’au final l’auditeur s’en rende compte.

Genono : Quand tu rappes, t’as une voix super aigue, que certains peuvent trouver irritante. Est-ce que t’en joues, au niveau de tes intonations, etc ?

L.O.A.S : Ouai, forcément.

Genono : C’est un truc que tu bosses, et que t’essayes de mettre en forme ?

L.O.A.S : Ouai, notamment sur ce projet, NDMA. J’avais vraiment envie d’aller dans des trucs violents et énergiques, donc j’ai insisté là-dessus. Je force dessus, pour aller dans les aigus, mais c’est pas ma voix de tous les jours. J’ai une vraie volonté d’appuyer dessus, pour exprimer la rage. Ce qui me plait dans le rap, c’est cette rage véhiculée dans les morceaux que j’écoutais étant ado. Sur ce projet-là, j’avais vraiment envie d’explorer cette rage. Sur les prochains, je pense qu’elle restera toujours d’une manière ou d’une autre, mais elle prendra peut-être une autre forme. On dit toujours qu’un artiste doit trouver sa voix, mais pourquoi est-ce qu’il devrait n’en avoir qu’une ? Pourquoi on ne devrait avoir qu’une seule vie ? J’ai décidé d’avoir plusieurs vies dans ma vie. En ce moment je vie trois vies en même temps, et avant ces trois vies, j’en ai vécu plein d’autres. J’ai fait des choses avant le rap, et j’en ferai d’autres après. Je ne veux pas me limiter à des trajectoires droites … d’ailleurs je me suis un peu éloigné de ta question, non ?

Genono : Tu parles du côté revendicatif du rap, y’a une phase dans l’EP où tu dis « le hip-hop c’est le sida, pour ça qu’ils parlent tous de rester positif ». Tu te sens pas l’héritier de l’esprit hip-hop ?

L.O.A.S : Ce qui m’a parlé, c’est la rage, l’émotion. A la limite, les mots utilisés pour exprimer cette rage, c’est même pas l’important. Ce que j’écoutais, globalement, c’était du rap de cité. Moi je viens pas de cité, je viens de la campagne. Je viens d’un bled paumé en Province. Y’avait une autoroute, un abribus, et une rue. Rien d’autre. La vie en cité, ça me parlait pas, c’est quelque chose que je connaissais pas. Mais l’émotion véhiculée, ça, c’est un truc qui me parlait.

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Photo : Jipé Corre

 

 

Deuxième paragraphe –

 

La musique de L.O.A.S, aussi singulière soit-elle, est un bon reflet des évolutions récentes du rap. Les thèmes existent toujours, mais sont dilués au sein d’un bouillon d’egotrip, d’histoires de drogue et de meufs. L’esprit revendicatif existe toujours, mais est moins politisé, plus rentre-dedans. Derrière l’énergie très éparpillée de son auteur, NDMA est un EP qui semble presque empreint de méditation, tant les réflexions autour de questions existentielles sont profondes : la vie, la mort, l’esprit, la réalité -tangible ou non, l’amour, la haine. Un ensemble un peu fourre-tout, mais parfaitement cohérent. L.O.A.S est un rappeur conscient, conscient de ne pas l’être. On s’arrête facilement sur son personnage un peu déluré, sur son attrait pour la drogue et pour les filles de petite vertue, mais on oublie bien souvent de noter la qualité de son écriture. Maintenir une telle homogénéité, sans tomber dans des thèmes linéaires et lassants, et sans trop s’éparpiller, c’est un tour de force digne d’un vétéran.

 

 

 

Genono : Question bateau : tu rappes depuis combien de temps ?

L.O.A.S : Trois ans, en comptant la première année où j’ai juste passé du temps chez moi à écrire, seul dans mon coin.

Genono : Qu’est ce qui t’a donné envie de te lancer ?

L.O.A.S : La naissance de mon fils. J’étais coincé, il allait naitre, j’étais seul, j’avais personne à voir … J’avais une espèce d’urgence, et je me suis mis à écrire de manière frénétique. J’ai énormément taffé mon écriture, tout seul, sans rien demander à personne.

Genono : Et pourquoi le rap ? T’aurais pu écrire un bouquin, ou des nouvelles érotiques.

L.O.A.S : Je sais pas, ça s’est fait, c’est tout. Je ne me suis pas posé de questions. A la base, j’avais énormément de difficultés avec l’interprétation, c’est un truc qui s’est fait progressivement. Ensuite, je suis parti en Inde. Là-bas, dans les maisons, il y a des pooja room. C’est un genre de placard, qui sert de salle de prière. J’avais mis des matelas sur les murs, et tous les soirs je m’enfermais dedans. J’avais un ordinateur, une carte-son, et un micro. Et je rappais, tout seul, dans ce placard. Tous les soirs, pendant six mois. C’est là que j’ai trouvé cette voix, cette façon de jouer sur les aigus, ces intonations …

Genono : Sur NDMA, tu chantes beaucoup … on va peut-être pas dire « chanter », disons que tu chantonnes. Déjà, est-ce que c’est plus difficile que de rapper de manière classique ?

L.O.A.S : C’est plus casse-gueule, j’ai l’impression de plus me mettre en danger. C’est maladroit, et justement, c’est ça qui me plait. Le premier titre solo que j’ai balancé sur internet, c’était C2C, avec un refrain un peu chanté. J’avais voulu faire un morceau un peu rap-pop, c’est quelque chose qui m’a toujours plu. J’aime chanter, je vais continuer à bosser ça.

Genono : Tu chantes toujours sans autotune. Pourquoi ?

L.O.A.S : Pourquoi sans autotune … parce que putain, de manière totalement pragmatique : on sait pas le faire.

Genono : (rires) D’habitude c’est plutôt le contraire : les mecs ne savent pas chanter, donc ils mettent de l’autotune.

L.O.A.S : Ouai, bah moi je sais un tout petit peu chanter, donc je me dis que j’en ai pas forcément besoin. J’arrive de temps en temps à être un peu juste … même si c’est souvent faux (rires). Je dis pas que c’est bien de chanter faux, mais … on s’en bat les couilles de chanter juste, de rapper dans les temps, et de faire de la musique très carrée. L’important, c’est de toucher les gens. J’ai l’impression d’y arriver, même si les réactions sont mitigées. Parfois c’est positif, parfois c’est négatif, mais tant que ça me permet d’avancer, je trouve ça bien.

Genono : Le seul feat rap sur cet EP, c’est Hyacinthe, un choix très logique. T’as pas eu envie d’amener quelqu’un qui aurait un peu plus surpris ?

L.O.A.S : Je sais pas qui j’aurais pu amener, qui aurait réellement surpris. J’avais proposé à Metek, sur un morceau qui ne lui correspondait peut-être pas. J’ai fait un mauvais choix. Du coup, ça a trainé, je pense qu’il n’osait pas trop me dire que ça ne collait pas. Il a fini par venir au studio, et par enregistrer un couplet sur une prod que je n’ai finalement pas gardé … donc j’ai un couplet de Metek dans les tiroirs, que j’utiliserai peut-être sur un autre projet. Mais je sais pas si c’est vraiment un feat qui aurait surpris.

Genono : Pas tellement, on sait qu’il gravite un peu autour de vous, il a déjà fait des titres avec Hyacinthe …

L.O.A.S : Voila. Peut-être que sur le prochain projet, j’essayerai de faire un peu plus de collaborations, mais là je voulais vraiment un truc perso. C’est mon premier projet solo, j’avais plein de trucs à dire. J’arrive déjà à 10 morceaux, sachant que c’est un EP … Y’a plein de morceaux qui sont passés à la trappe.

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Troisième paragraphe –

 

Hyacinthe-L.O.A.S, c’est une évidence. Pourtant, les deux rappeurs ne sont, en apparence, pas si jumelés. Les quelques années d’écart, les -grosses- différences familiales, les modes de vie disjoints … hormis ce style de faux hipsters, il faut voir plus loin que quelques raccourcis grossis pour trouver des similitudes entre eux. Et pourtant, lorsque l’un et l’autre se trouvent sur le même terrain -une prod de Krampf, en général-, les deux entités semblent fusionner, poussées par la même envie de voir les fréquences sonores s’assombrir, poussés par cette même volonté morbide de dominer l’instru comme si elle n’était qu’une vulgaire esclave sexuelle, réclamant de se faire fouetter par la voix aiguisée de l’un et le flow pesant de l’autre.

 

 

 

Genono : Du coup pourquoi t’as pas poussé pour faire trois-quatre morceaux de plus, et proposer un vrai long format ?

L.O.A.S : Je voulais vraiment que ça tienne la route. Plus il y a de titres sur un projet, plus c’est compliqué de garder une certaine cohérence.

Genono : Y’a un truc qui m’a fait rigoler dans l’intro du morceau NDMA, tu lâches un petit « wesh » … est-ce que c’est pour attirer le public caillera ?

L.O.A.S : C’est même pas un mot que j’emploie au quotidien, c’est juste le genre de merde que je dis quand je suis bourré ou défoncé (rires).

Genono : Justement, la drogue, c’est un truc qui revient beaucoup dans tes textes. C’est quelque chose qui fait vraiment partie de ta vie, ou c’est juste que ça te fait marrer d’en parler ?

L.O.A.S : Je sais jamais comment répondre à cette question … oui, ça fait partie de ma vie, c’est pas juste un délire. Tout ce que je raconte, c’est que du vécu. Je pense que si c’était pas du vécu, j’en parlerais moins bien. J’ai toujours peur d’en faire l’apologie malgré moi.

Genono : Je pense que les gens qui t’écoutent sont quand même assez avertis.

L.O.A.S : Bah je sais pas, je vois quand même pas mal de jeunes. Des mecs de 16 ans qui reprennent mes phases … Je voudrais pas qu’on retrouve un mec qui a fait une overdose dans sa chambre, avec un CD de moi sur son étagère.

Genono : Et du coup la drogue a un rôle dans ton processus de création ?

L.O.A.S : Pas directement. Mon écriture se base sur mes expériences, mais je consomme pas pour écrire, ni pour enregistrer, ni pour aller sur scène.

Genono : T’as besoin d’être à jeun pour rapper ?

L.O.A.S : Ouai, parce que pour moi c’est un taff. Le rap, c’est mon travail, je viens rapper comme je pars bosser. J’ai vu trop de rappeurs arriver bourrés sur scène, ou avoir besoin de fumer pour écrire. C’est l’angoisse totale, j’ai pas du tout envie d’être dépendant de cette merde pour créer, écrire, chanter. Je fais ça sérieusement, je viens en studio avec des vrais horaires de bureau, de 9h à 17h.

Genono : Du coup, t’as quelles ambitions dans la musique ? T’arrives déjà à te fixer des objectifs ?

L.O.A.S : Mon ambition, c’est de me marrer le plus possible. Tant que c’est cool et que j’ai pas l’impression de me faire chier, je veux aller le plus loin possible. Et surtout, je veux pas avoir l’impression de perdre mon temps. Ca sert à rien de s’accrocher si tu stagnes.

Genono : Tu te dis pas « je veux en vivre un jour », ou ce genre de connerie ?

L.O.A.S : Putain, ce serait le pied ! Ce serait mortel, bien sûr, mais je mise pas tout là-dessus. Comme je te le disais tout à l’heure : avoir plusieurs vies dans une seule vie. Si le rap avance, c’est cool, mais y’a d’autres trucs à côté. Si ça marche et que je continue de me marrer, tant mieux. Mais y’a un moment où je vais passer à autre chose.

Genono : Dix titres, presque dix producteurs différents. C’est une volonté de ne pas t’enfermer musicalement ?

L.O.A.S : Nan, c’est juste que ça s’est fait comme ça, presque malgré moi. J’ai sélectionné les instrus qui me plaisaient, il s’avère qu’elles sont toutes de producteurs différents … le seul qu’on retrouve deux fois, c’est Krampf.

Genono : T’as collaboré avec Nodey … est-ce que la légende sur ses tarifs exorbitants est vraie ?

L.O.A.S : Nan … en fait je sais pas, parce que j’ai pas payé la prod, je lui ai piqué sur soundcloud (rires). Je suis un pirate !

Genono : Ouai enfin j’imagine qu’il est au courant, quand même.

L.O.A.S : Ouai bien sûr, il a kiffé le morceau, il m’a fait plein de retours, positifs comme négatifs. On a bu un verre ensemble y’a pas longtemps, il est hyper gentil, il m’a donné plein de conseils, il m’a raconté plein d’anecdotes. Après, je connais pas ses tarifs. Sur l’EP avec Hyacinthe, y’avait une prod de Ryan Hemsworth … on le connait pas du tout, on a juste piqué son instru et posé dessus. A un moment donné, faut pas se poser de questions, et juste prendre ce que t’as sous la main.

Genono : Vous attachez beaucoup d’importance à faire des clips hyper travaillés visuellement. Est-ce que t’as peur que les gens viennent regarder le clip uniquement parce la vidéo est belle, et passent complètement à côté de la musique ?

L.O.A.S : J’en suis complètement conscient.

Genono : Et ça te pose pas de souci ?

L.O.A.S : Nan. Je sais pas, je me vois pas juste comme un mec qui rappe. Je propose un univers complet. Il y a la musique, mais il y a aussi les images, les histoires qu’on raconte, les interactions qu’on a avec le public … c’est un tout. Je fais de la musique, ok, mais j’ai pas l’intention de me limiter à ça. Si les gens viennent pour les vidéos et kiffent pas la musique, tant mieux. Et si c’est le contraire, tant mieux. Et si t’aimes rien, tant mieux aussi.

Genono : Faire des clips aussi travaillés, ça doit couter de l’oseille, nan ?

L.O.A.S : Ah, c’est clair que ça coute de l’argent …

Genono : Et ça vous embête pas d’investir un peu de vos deniers personnels là dedans ?

L.O.A.S : Nan, c’est un vrai kiff. Un clip, ça coute de l’argent, c’est sûr, mais c’est un kiff de mettre en forme ses idées. J’ai déjà rencontré des réalisateurs, qui arrivent avec leurs idées, leur projet, et dans ces cas-là, ça ne fonctionne pas. Le mec te dit « on va mettre un éléphant, un cheval et un coq » … forcément, on va galérer. Nous, on fait avec ce qu’on a sous la main.

Genono : Genre des poulpes.

L.O.A.S : Exactement ! Pour prendre l’exemple du clip dont tu parles, 3ème Cime, qui est, je pense, l’un des clips les plus aboutis qu’on ait fait. Ce clip est ce qu’il est uniquement parce qu’on a fait avec ce qu’on avait sous la main. On est partis dans une direction, on avait plein d’idées, il y a plein de choses qu’on a dû abandonner parce qu’on ne pouvait pas les faire, mais sur la route on a trouvé plein d’éléments qu’on a pu intégrer, et qui ont contribué à donner ce clip là. La moitié des détails visuels, on les a trouvés au dernier moment. C’est une interaction avec la réalité et avec les contraintes. Je travaille énormément avec les contraintes, j’en ai énormément dans ma vie : j’ai pas de thunes, j’ai la voix que j’ai, j’ai des contraintes familiales, des responsabilités auquel je ne peux pas échapper … Et plutôt de voir ça comme des obstacles, je m’appuie dessus. Pour les clips, c’est exactement pareil. Plutôt que de chialer à me dire « snif, je peux pas faire ça », je me dis : « ok, je peux pas faire ça. Mais qu’est ce que je peux faire à côté ? ». Faut sortir des codes et des choses qui s’imposent d’elles-mêmes. Normalement, dans un clip, tu montres le cul d’une meuf. Et bah nan, nous on montre le cul de Hyacinthe ! (rires)

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Quatrième paragraphe –

 

Original et singulier ne veut pas forcément dire révolutionnaire. DFHDGB n’est pas un crew qui va révolutionner le rap français. Mais lorsque des efforts pour sortir des codes, s’approprier de nouveaux terrains, et s’élever -sur certains aspects- au dessus du niveau général, il convient de le saluer. L’aspect visuel est l’une des grandes forces des Faux Hipsters. Sur ce point, et quelque soit le jugement apporté sur leur musique, on ne peut qu’être impressionné par la qualité des réalisations vidéos. La mise en scène est léchée, les idées exploitées bien au delà de leur limite, et le soin apporté au rendu final est d’un professionnalisme presque irréel, tant le rap français nous a habitué à un amateurisme aussi charmant qu’handicapant.

 

Genono : Est-ce que parfois vous faites exprès de mettre des trucs chelous dans vos clips juste pour qu’on se dise « ça n’a aucun sens, donc c’est forcément du génie » ?

L.O.A.S : Tout a du sens. Tout ce qu’on a fait a du sens.

Genono : Mais un sens que le public ne va pas forcément comprendre.

L.O.A.S : Ah, ça c’est clair. Y’a plein de blagues privées, de références qu’on est les seuls à pouvoir capter. Mais tant mieux, parce qu’ils vont comprendre autre chose. Ils vont comprendre ce qu’ils ont besoin de comprendre. Nous, on propose juste une trame, visuelle et auditive. Et les gens vont se projeter là-dessus. Certains vont s’arrêter sur certains détails, d’autres vont comprendre différemment … Ca veut dire qu’on a proposé quelque chose de suffisamment large pour que chacun puisse se poser suffisamment de questions. Mais tout a du sens.

Genono : Du coup les poulpes, ça a un sens ?

L.O.A.S : Ca me fait chier d’expliquer le clip, comme ça me ferait chier d’expliquer mes textes. Parce que si j’explique le clip, je définis un cadre. Et quand les gens vont lire mon explication, ils ne pourront plus voir au delà de ce cadre. Tu vois ce que je veux dire ? Troisième Cime, c’est une histoire. Le poulpe … pour moi c’est évident. Nan ?

Genono : Je sais pas.

L.O.A.S : C’est en rapport avec le thème de l’EP, une thématique qui revient souvent dans nos textes … On parle d’un certain type de personnes qui nous font avaler des trucs …

Genono : Ah ouai, d’accord. Moi je vais jamais chercher trop loin.

L.O.A.S : C’est ça, faut pas chercher trop loin. Tu y vois ce que t’as envie de voir.

Genono : Bah moi j’ai vu un truc chelou, j’étais content, ça s’est arrêté là. Du coup, si t’aimes pas expliquer tes clips, ou tes textes, j’imagine que t’as pas de compte certifié chez Rap Genius.

L.O.A.S : J’ai un compte non-certifié, mais je mets pas mes textes dessus. J’y vais parce que des gens mettent mes textes, et je me dis que je dois pas très bien articuler, parce qu’ils entendent des trucs que je dis pas (rires). Donc j’y vais uniquement pour leur faire des suggestions, histoire qu’ils fassent des modifications. Mais nan, j’irai jamais expliquer mes textes.

Genono : Le clip de Lady Gaga, tu peux nous raconter la manière dont ça s’est fait ?

L.O.A.S : C’est le clip le plus difficile que j’ai eu à tourner. Mentalement, physiquement, c’était une vraie épreuve. Et du coup, c’est un des clips dont je suis le plus fier. C’était la première fois que je revenais dans le Sud pour travailler, pour créer. Je suis allé chercher Nicolas Capus, qui n’avait rien fait depuis des années, pour le remettre en selle et lui proposer quelque chose de nouveau. Je lui ai envoyé le morceau, mais il arrivait pas à trouver d’idée. Alors j’ai pensé à ces ados américains qui pètent les plombs, et qui débarquent dans leur lycée pour flinguer tout le monde. Je lui ai dit « viens, on fait ça ». On se met en situation, on prépare des munitions, on y va et on fait le truc. Sauf qu’on n’a pas envie de vraiment tuer des gens, on fait ça juste pour la vidéo.

Genono : Du coup, tu t’es dit que la peinture c’était mieux que les balles.

L.O.A.S : Ouai, alors la peinture, je t’explique. J’ai vécu en Inde, et j’y retourne assez souvent. Là-bas, il y a une fête qui s’appelle le Holi Festival. Pendant toute une journée, les gens se balancent de la peinture dans la gueule. J’ai trouvé que c’était une excellente manière de faire sortir toute son agressivité, toute sa violence, et toute sa frustration … c’est très libérateur. Donc j’ai voulu faire la même chose. Et puis, venant du Sud, c’est pas que je porte pas les gens de là-bas dans mon cœur, mais … ayant grandit là-bas, j’étais pas spécialement dans mon élément. Et puis, particulièrement à Marseille, on a tourné à un moment où il y avait énormément d’agressivité, des mecs se faisaient plomber tous les jours.

Genono : Donc les gens qui se font arroser de peinture sont volontaires ou pas ?

L.O.A.S : Je vais pas te livrer tous les secrets de fabrication mais … je me suis pas fait exploser, donc y’a bien une raison. Y’a une partie cinématographique, je laisse à chacun le soin de tracer la frontière entre la réalité et la fiction. La limite se situe à un endroit, chacun la voit plus ou moins loin. Mais c’est clair que le tournage m’a valu de grosses montées d’adrénaline. Et puis, j’ai du faire énormément de recherches en amont. Déjà, comment on fait, avec les extincteurs ? Parce qu’il me fallait un truc un peu violent, je pouvais pas juste arriver en balançant des piments de couleur avant de partie en courant, ça aurait été ridicule. J’ai fait plein d’essais dans mon garage, j’ai bidouillé des trucs, j’avais trop peur que ça me pète à la gueule … Et puis, je voulais pas empoisonner les gens, y’a des trucs cancérigènes, ou dangereux. Donc voila, c’était du boulot. Je fais de la merde, mais je le fais très sérieusement.

Cinquième paragraphe –

Le rappeur blanc est tout de même une espèce à part. A croire qu’en France, le citoyen caucasien est tellement répandu que pour se démarquer, et donc exister, il est dans l’obligation de s’extravertir, forcé de jouer un rôle extravagant. L.O.A.S n’est pas Orelsan, Sidisid, ou Vald. Mais il partage bien plus avec eux qu’une simple pigmentation.
L.O.A.S, comme tout bon rappeur blanc, parle de sa bite. Les rappeurs noirs aussi parlent de leur bite, mais le problème avec les rappeurs blancs, c’est qu’ils semblent à chaque fois vouloir prouver quelque chose. « Je suis blanc, mais j’ai quand même une bite honorable ! ». Calmez-vous, les mecs.
L.O.A.S, comme tout bon rappeur blanc, parle de drogue. La différence avec les rappeurs noirs, qui, dans leurs textes, en vendent des tonnes, c’est que les rappeurs blancs adoptent leur point de vue, celui du consommateur.
L.O.A.S, comme tout bon rappeur blanc, est un personnage très farfelu. Et comme tout bon rappeur blanc, on ne peut s’empêcher de se demander si sa musique serait différente, dans un monde où son taux de mélanine aurait explosé. Peut-être que ça aurait simplement donné une expérience ratée, un blanc au visage foncé, genre de hipster malgache. Et si, dans un monde parallèle, L.O.A.S était Stromaé ?

Genono : Quand je décris L.O.A.S à mes potes, je résume à : « c’est un rappeur blanc chelou ». Est-ce que t’es d’accord avec ça ?

L.O.A.S : Ouai, grave.

Genono : Est-ce que tu penses qu’avec ton style de rap, et ton image, tu peux toucher d’autres personnes que des blancs chelous ?

L.O.A.S : (réflexion silence)

Genono : Déjà, est-ce que t’arrives à visualiser ton public ?

L.O.A.S : Y’a pas que des blancs, déjà. Mais c’est vrai que les gens sont chelous (rires). Y’a des numéros, je te raconte même pas ! Des fois, j’ai un peu honte. Mais la majeure partie, c’est hyper touchant. Y’a plein de gens qui me disent que je décris des moments de leur vie, que je retranscris des émotions sur lesquelles ils sont incapables de mettre des mots … Je pense que ce qui leur parle, c’est que j’ai gardé une part adolescente, un côté un peu rageux et torturé. Après, est-ce que je peux toucher d’autres personnes ? Oui, je pense. On verra sur les autres projets. Peut-être pas sur NDMA, mais j’ai envie de faire évoluer ma musique. T’en penses quoi ?

Genono : Je pense que ton public s’élargit à chaque projet. La plupart des gens t’ont découvert avec Ne pleurez pas Mademoiselle, et j’imagine que NDMA peut t’aider à franchir une marche. Après, concernant ton public, en fait, quand je fais écouter ta musique à quelqu’un … selon sa tête, je sais d’avance s’il va aimer ou non.

L.O.A.S : Y’a pas longtemps, j’ai lu un mec qui parlait du métal … un mec qui fait des illustrations, je sais plus son nom (Adrien Havet). Il disait que le métal, c’est le genre de musique qu’on ne peut pas faire écouter en public, parce que ça met mal à l’aise. Je pense que ma musique met les gens mal à l’aise. D’ailleurs, plein de gens qui écoutent du métal à la base, se mettent à nous écouter. Je suppose que c’est parce qu’ils retrouvent ce truc qui met mal à l’aise.

Genono : « Svastika Bambaataa » ; « j’aime les svastikas, tout le monde pense que je suis raciste » … J’imagine que c’est en rapport avec tes nombreux voyages en Inde, mais est-ce qu’il n’y a pas aussi une volonté de jouer sur l’ambigüité et de choquer ?

L.O.A.S : C’est vraiment un symbole religieux que je kiffe. Esthétiquement, c’est beau. Le souci, c’est qu’il est relié à un passé pas super cool en Europe. Quand t’arrives en Inde, y’en a partout, tu te dis « bordel, qu’est ce que c’est que ce truc ? » (rires). Mais en fait, c’est complètement normal, et je m’y suis habitué. Et quand je suis revenu ici, ça me faisait chier de savoir qu’il avait cette connotation. C’est un symbole qu’on retrouve sur tous les continents, dans tout un tas de cultures. C’est vraiment un symbole universel par excellence. Il était chez les Amérindiens, il est en Asie, en Europe … La croix basque, c’est une svastika arrondie. C’est un symbole qui a des milliers d’années d’existence, et juste parce qu’une poignée de cons s’en est servi pendant 30 ou 40 ans, il est complètement banni. Si j’arrive et que je fais une croix gammée en diagonale, dans un cercle blanc avec un carré rouge … oui, ce serait aller trop loin. Mais ça reste un symbole, comment est-ce que toi, tu vas l’utiliser ? On a massacré des populations entières au nom de la croix chrétienne ! On a crucifié des gens dessus, on en a brulé dessus, aux Etats-Unis on pendait des noirs avec ces putains de croix brulées … Et personne n’a jamais interdit la croix chrétienne ! Donc ça me fait chier que cette svastika soit interdite, et que dès qu’on en voit une, on pense « facho », ou « nazi ». J’ai aucune revendication nazie, bordel ! Après, dans mes textes, je fais deux-trois jeux de mots et je joue effectivement un peu sur l’ambigüité … Svastika Bambaataa c’est le plus vieux morceau du EP, je l’ai enregistré le même jour que Langue Maternelle. Il a deux ans. A la base, je voulais le clipper, avec Da, qui est justement le réalisateur du clip de Langue Maternelle. Mais ça ne s’est pas fait, et je me dis que c’est pas plus mal. Si j’étais arrivé avec ce clip, ça aurait été mal compris. On avait de super bonnes idées, dans nos têtes, on avait tout écrit, c’était mortel. Il y a eu des concours de circonstances, des trucs qui ont fait que le clip n’a pas pu se tourner. Peut-être que ça m’a sauvé. Mais c’est quand même un morceau qui me tenait à cœur, voila pourquoi il se retrouve dans l’EP. Svastika Bambaataa, c’est un peu une deuxième identité. Je sais freestyler, rapper face à une caméra, un micro, une radio … un peu comme un zoulou. Le fond, c’est ça. Et puis, « Svastika Bambaataa » … ça résume bien mon côté étrange et décalé (rires).

Genono : « Ma vie est tellement dar quand mon fils dort » … Est-ce que ça veut dire que quand il est réveillé, tu détestes ta vie ?

L.O.A.S : Nan, c’est pas ça que j’ai voulu dire … connard ! (rires)

Genono : Est-ce que du coup, tu lui donnes des somnifères pour avoir plus de temps pour kiffer ?

L.O.A.S : T’es un enculé ! Qu’est ce que tu veux me faire dire ? Ma vie diurne a une certaine coloration, c’est clair que ma vie nocturne est différente … « Ma vie est dar », c’est dans le sens « elle est hardcore ».

Genono : Est-ce que, quand tu l’entends se réveiller, tu te dis « putain, fait chier … » ?

L.O.A.S : Absolument pas, putain ! Je suis trop content quand il se réveille, je suis content de savoir qu’il est là, avec moi. Il a pas été là pendant pas mal de temps, malgré moi. On a été séparé pendant de très longs mois, et c’était pas du tout mon choix.

Genono : C’est pour ça qu’aujourd’hui tu le détestes, et que tu préfères ta vie quand il dort ?

L.O.A.S :

Genono : Pourquoi des magnets avec ton CD, et pas des seringues ou des sextoys ? Parce que ça correspondrait beaucoup plus à ton image.

L.O.A.S : Je sais pas, mais ça fonctionne de ouf. Les gens kiffent. J’ai trouvé ça complètement ringard, c’est chanmé.

Genono : C’est une preuve de plus que ton public est chelou.

L.O.A.S : Je pense que les gens qui choisissent le magnet sont les moins chelous, justement. Ce sont ceux qui ont une vie assez carrée pour avoir un frigo où poser le magnet (rires).

Genono : Donc selon toi, les gens chelous n’ont pas de frigo. Je note.

L.O.A.S : Bah les ados par exemple, ils ne vont pas mettre le magnet sur le frigo de leurs parents. Ceux qui prennent le magnet, c’est ceux qui ont suffisamment de pouvoir d’achat pour avoir un frigo.

Genono : Ok, je vois, tu vises une clientèle fortunée. Bonne stratégie.

L.O.A.S : Je suis toujours étonné des gens qui donnent plus d’argent que ce qu’on demande. Comme quoi, on est pas tous dans la merde financièrement.

Genono : Tu parles un peu de Dieu dans tes textes, et beaucoup du diable. Déjà, est-ce que t’es croyant ?

L.O.A.S : Ouai. Après, est-ce que j’ai foi en Dieu … moi, je crois aux choses spirituelles. Je crois qu’il n’y a pas que la matière et les choses sensibles. Il n’y a pas que ce que l’on voit, touche, entend ou sent. Il y a d’autres choses au delà de ce spectre de sensations. Une onde sonore, on en capte une seule partie. Nos oreilles ne captent pas toutes les fréquences. La réalité, c’est pareil. On ne capte qu’une partie de ce champ vibratoire. Il y a d’autres choses, d’autres degrés de vibration. Après, est-ce que je vénère Dieu, est-ce que je vais à l’église, à la mosquée ou au temple ? J’en sais rien, je crois qu’il y a plusieurs degrés d’entités. Le monothéisme radical … je sais pas. Je pense qu’il y a un Être tout au sommet, mais pour arriver jusqu’à lui, il y a des échelons. Certains diront peut-être que je ne suis pas monothéiste, ou que je suis païen. J’en sais rien. Si Dieu est si puissant, si omniscient, pourquoi est-ce que le monde est si merdique ? Il aurait juste à vouloir que le mal disparaisse pour que tout aille mieux. Pourquoi est-ce qu’Il laisserait d’autres puissances s’accaparer sa création ? Soit c’est sa volonté, soit Il n’est pas suffisamment fort. Je parle beaucoup du diable, parce que je pense qu’il a une légitimité à être là. Il a des choses à nous apprendre, il est pas là par hasard. Tu fous pas une créature dans un jardin en lui disant juste « ne fais pas ça ! ». Le diable, on lui crache beaucoup dessus, mais qu’est ce qu’il fait ? Il punit les méchants. Donc est-ce qu’il est vraiment mauvais ? J’essaye de sortir des visions manichéennes où on nous dit ce qu’est le bien et ce qu’est le mal. Arrêtez de nous casser les couilles.

Genono : T’as pas peur de te faire clasher par Mysa ? Ou qu’on dise que t’es envoyé par Jacques Attali ?

L.O.A.S : Je m’intéresse pas à ces gens là.

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Photo : Jipé Corre

 

 

Sixième paragraphe –

 

 

Résumer L.O.A.S à un rappeur blanc qui parle de sa bite, vous l’aurez compris, c’est extrêmement réducteur. Tout au long des dix pistes de NDMA, il s’enfonce dans une tendance déjà entrevue sur Ne pleurez pas Mademoiselle : L.O.A.S parle de la mort, toujours, tout le temps. Il n’est pas gothique, ni suicidaire, et n’a pas l’allure d’un croque-mort. D’ailleurs, sa musique est tout sauf lugubre.

 

 

Pourtant, et c’est réellement frappant quand on prête attention à ses textes, il est complètement obsédé par la Faucheuse et son attirail funeste. « Déjà Mort », « Quand tu me tueras », « La vie » … La tracklist est un premier indice. « C’est l’heure de vider les cimetières » ; « La mort ne fait pas crédit » ; . Avec L.O.A.S, même l’amour est morbide : « Baiser dehors sous la pluie, défoncé dans le cimetière » ; « L’amour en salle de réa, vient d’être débranché ». La drogue est morbide : « Poussière tu es né, poussière tu snifferas ». Le sommeil est morbide : « J’laisse la porte ouverte la nuit quand je dors, j’espère qu’tu me surprennes quand tu m’tueras ».

 

Genono : Bon, ensuite je voulais parler de la mort, parce que c’est un thème vraiment omniprésent dans ta musique. Déjà, c’est un truc qui t’obsède ?

L.O.A.S : C’est la seule certitude qu’on a. Quand t’es vivant, t’es sûr qu’un jour ou l’autre tu vas mourir.

Genono : T’es sûr d’être vivant aussi, nan ?

L.O.A.S : Parfois j’en doute. Souvent, même. Souvent, je doute de la réalité, et c’est pas juste une formulation un peu stylée que je pourrais mettre dans un texte. Je doute d’être vivant –d’où le titre Déjà mort-, et j’ai déjà fait plusieurs expériences assez violentes qui m’ont approché de la mort. Donc oui, ça m’obsède, mais pas dans le sens où ça m’effraie. C’est dans le sens où je suis fasciné par ce qu’il va se passer. Dans ma vision des choses, quand tu meurs, tu renais ailleurs. Et quand tu nais, tu meurs ailleurs.

Genono : Ok, donc pour toi, il y a une vie après la mort.

L.O.A.S : Ouai, je crois au monde spirituel et en la réincarnation. Je crois pas en l’enfer et au paradis, mais je pense quand même que tu payes ce que tu fais dans ta vie. L’évolution qu’on observe dans le monde matériel, elle existe aussi dans le monde spirituel. Parfois, c’est un peu pesant. Dans les moments de tension émotionnelle, je ressens une fatigue qui est autre que physique. Les choses se répètent, dans ta vie, des schémas reviennent. Si tu regardes ta biographie, année après année, y’a des nœuds où t’es amené à comprendre des choses sur toi-même. C’était quoi la question déjà ?

Genono : Je sais plus, mais la réponse était intéressante quand même … Selon toi, pourquoi la mort existe ?

L.O.A.S : (long silence)

Genono : Ah c’est pas les questions de Tonton Marcel, hein ?

L.O.A.S : Ah putain, enculé ! Pourquoi la mort existe … tu m’en demandes trop. Certainement qu’on a un truc à comprendre là-dedans. Y’a quelque chose à dépasser à ce niveau-là. Avant de faire du rap, j’ai énormément voyagé, j’ai beaucoup cherché, j’ai eu une longue démarche spirituelle. J’ai fait de la méditation, je me suis intéressé à plein de religions, j’ai lu tout ce qui me tombait sous la main. J’ai passé du temps dans un truc monacal, où tu te lèves à 5h du matin, et jusqu’à 19h tu ne fais que méditer. Et la nuit, tu dors pas, parce que t’as tellement médité que tu gardes les yeux grands ouverts. C’est hyper violent. Et à un moment donné, j’ai eu l’impression d’être bloqué, comme coincé contre la vitre d’un aquarium. J’étais en train de perdre complètement pied, j’avais plus du tout de contact avec les gens, j’étais plus rattaché au monde. Je m’envoyais en l’air sans drogue, c’était une démarche spirituelle tellement extrême que j’étais en train de m’égarer. J’ai donc décidé de revenir, de me fonceder, de boire de l’alcool, de baiser plein de meufs … Juste histoire de me remettre avec les gens. Ca n’a aucun sens d’être sur terre et de rester collé là-haut, coincé contre la paroi de l’aquarium, si tu comprends pas pourquoi t’es dans l’aquarium. Donc je suis redescendu jouer avec mes potes les poissons.

Genono : Quel genre de mort aimerais-tu avoir ?

L.O.A.S : Peu importe, du moment que c’est un truc un peu original.

Genono : Quelle est la pire mort possible selon toi ?

L.O.A.S : Toute mort, à partir du moment où t’as pas profité à fond de ce dont tu devais profiter. Je parle souvent de la mort parce que si tu l’as en tête, tu perds pas de temps. Tu restes pas le cul posé sur le canapé, à jouer aux jeux vidéos et à fumer des joints. Si tu gardes cette réalité en face … mais pas dans un délire morbide, hein ! Je suis pas un gothique. Mais … ça va bientôt se terminer, faut en profiter au maximum ! Je sais que je vais pas faire le quart des choses que j’ai envie de faire, je vais pas apprendre le quart des trucs que j’ai envie d’apprendre, et je vais pas visiter le quart des pays que j’ai envie de visiter … donc la mort, c’est une bonne petite piqure de rappel.

Genono : Qu’est ce que t’aimerais qu’on retienne de toi quand tu seras mort ?

L.O.A.S : Putain, mais quel connard tu es (rires).

Genono : Si tu veux, on refait les questions « présente-toi » et « quel est ton parcours ».

L.O.A.S : « Qu’est ce qu’il a voulu dire ? », comme dans Le Grand Détournement.

Genono : Est-ce qu’il vaut mieux avoir une vie banale et une mort glorieuse, ou le contraire ?

L.O.A.S : Ca fait chier les questions à deux réponses. Le manichéisme, j’aime pas ça. On ne peut pas répondre correctement à des questions comme celle-là. Je pense qu’il faut juste avoir la vie que t’as envie de mener. C’est triste de crever sans avoir fait ce pour quoi t’étais venu sur terre. Si t’as une mort banale mais que t’as fait plein de choses stylées dans ta vie, c’est très bien. Et si tu fais rien de ta vie mais que tu fais un truc super important en mourant, tant mieux aussi. Faut mourir droit dans ses bottes.

Genono : Encore deux questions, et j’arrête de te faire chier avec mes questions sur la mort. Quelles seront tes derniers mots avant de mourir ?

L.O.A.S : J’ai un pote qui s’est fait assassiner l’an dernier, et quand son cercueil a été rapatrié dessus j’ai écrit « la prochaine fois sera meilleure ». Je pense que c’est une belle phrase.

Genono : Si on te proposait de devenir immortel ?

L.O.A.S : Je l’ai cherché, pendant un temps. J’ai étudié l’alchimie, d’ailleurs, c’est aussi pour ça que je suis parti en Inde. Si on me propose d’être immortel … A partir du moment où je l’ai mérité, pourquoi pas. Mais il faut pas que ce soit une avancée scientifique foireuse, sinon ça va être la merde.

Genono : L’éternité, ça te paraitrait pas trop long ?

L.O.A.S : Je sais pas si j’arriverais à m’ennuyer, j’ai trop de choses à faire sur terre.

Riski : Matière noire et puzzle de pensées

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Je pense qu’on peut analyser la musique avec une tonne d’outils différents et avec plus ou moins de pertinence, mais ce qui compte au final, ce sont les émotions qu’elle créé. Je pense que la musique de Metek créé des émotions incroyables sur une palette de couleurs qui va du rouge au violet en passant par le vert.
Je pense que Tony Soprano et James Gandolfini sont la même personne. Je pense que cette personne a continué à vivre sa vie après cet écran noir de 6 minutes, et qu’elle est morte d’une crise cardiaque à Rome le 19 juin 2013.
Je pense que Metek, a pris énormément de risques artistiques sur un laps très court de 5 pistes. Je pense qu’il s’en bat les couilles et je pense qu’il a complètement raison de s’en battre les couilles.
Je pense que Metek, qu’on appelle maintenant Riski, s’en bat également les couilles de savoir s’il fait du rap ou autre chose. Je pense qu’il fait de la musique instinctivement, comme il la sent sur l’instant, sans se demander si quelqu’un comprendra ce qu’il a voulu faire. Je pense que chacun peut comprendre ce qu’il veut dans la musique comme dans la peinture, et donc dans l’art en général. Je pense que c’est particulièrement vrai dans la musique de Riski.
Je pense qu’on peut considérer ça comme de l’art ou comme de la branlette d’auditeur de rap.
Je pense qu’un Kaaris x Riski ce serait super frais, au moins autant qu’un Alizée x Riski. Un Kaaris x Riski x Alizée serait encore meilleur, mais que ça évoquerait beaucoup trop de fantasmes trop avouables à mon pote Vincent Galand. Je pense qu’on devrait avoir le droit de dédicacer ses potes dans les chroniques d’albums comme le font les rappeurs dans les livrets de leurs albums, quand ils ont la chance de pouvoir les sortir en physique et pas uniquement dans un format dématérialisé volatil sur bandcamp.
Je pense qu’il importe peu que la vie dure 20 ou 100 ans. Peu importe que Matière Noire dure 18 minutes ou un million. Une vie bien vécue en vaut 100. 5 titres réussis en valent 1000.

Riski - matiere noire UNE CAPTCHAMAG
Je pense que la drogue pure a des effets beaucoup trop forts et trop naturels pour un junkie habitué à consommer de la merde synthétique coupée. Je pense que Matière Noire est un concentré beaucoup trop fort pour un amateur de musique diluée.
Je pense que Matière Noire est un disque extrêmement difficile à appréhender si on a une quelconque attache au monde réel. Je pense que Matière Noire est le meilleur disque du monde pendant les dix-huit minutes qu’il dure, à partir du moment où l’on a compris que la musique n’était que la mise bout à bout d’un ensemble de vibrations d’ondes invisibles et intangibles.
Je pense qu’en 2017 on va encore bien se faire baiser. Je n’ai jamais voté de ma vie et je pense qu’un EP 5 titres réussi peut m’apporter cent fois plus de bonnes choses que 100 politiciens de droite, de gauche ou d’ailleurs.
Je pense que Riski, anciennement Metek, n’est pas le rappeur le plus fort du monde, ni le plus technique, le plus fou, ou le plus impressionnant. Je pense qu’il a quelque chose d’incroyablement unique, que n’a absolument personne, en France. Je ne sais pas ce qu’est cette chose, et je pense que ce serait une erreur de chercher à comprendre ce que c’est. Je pense que le jour où on cherchera à comprendre ce qui fait la singularité d’une chose si instinctive, on finira comme Benjamin Chulvanij : riches mais pas plus fiers qu’un patron de supermarché.
Je pense que Riski ne se pose pas la question de savoir s’il fait du rap ou autre chose. Je pense qu’il fait de la musique, et que c’est tout ce qu’il faut retenir. Je crois que je l’ai déjà dit un peu plus haut, mais je sais que ça n’a pas la moindre importance. Je suis enrhumé et le week-end n’est que dans une trentaine d’heures, mais hamdullah. Il y a des choses plus graves dans la vie, et si l’Etat Islamique veut vraiment faire sauter la tour Eiffel, il va leur falloir un super grand trampoline.
Je pense que Bad Cop Bad Cop est un label minuscule qui fait un travail gigantesque.
Je pense que les juifs noirs qui font de la musique sont peu nombreux. En fait, je n’en connais que deux : Riski, et Sammy Davis Junior. Je pense qu’il devrait y avoir plus de juifs noirs dans le monde de la musique. Je pense que s’il n’y avait que des Riski et des Sammy Davis Junior, notre environnement sonore serait submergé de bonnes vibrations.

MAXO ‘187’ KREAM : ‘RIDIN CREEPY’ [2]

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«Je ne dors jamais car le sommeil est le cousin de la mort !! » – Maxo.

Ridin’ Nasty.

Enfouraillé comme en Lybie (cf. Maxo Khadafi), un sourire à s’en déraciner les chicots miroitants, nanti de ce ‘ twistin tongue ‘ qui débobine la pensée et titille la glotte encore baignante dans le gorgeon purpurin : Ici, c’est Maxo Kream ou l’art de confirmer son statut de desperado sous les tropiques joyeux du West Side à la faveur de Maxo 187, une œuvre au noir où percent les nouvelles ambitions du rap houstonien.

Faut bien l’avouer, depuis que Trae, Bun-B, Slim Thug, Z-Ro et d’autres vétérans se sont « bunkerisé » dans la routine, les choses ont évolué à Houston. L’apparition de ce ‘shoota’ de l’Ouest en continuelle ascension depuis Quiccstrikes a réveillé les passions. Un soudain engouement lié au fait que Maxo Kream apporte une alternative ‘creepy’ à la nouvelle vague locale composée des Propain, Doughbeezy, Yung Maqus, Sauce Walka, Sauce Twins, SosaMann, Stoppa, Dice Soho, Harold Lee, Honey The Hippie, D-Boss, OG Che$$, Marcus Manchild, Benji Bands, Kwasei La’Flare, Amber London, Boston George…
En fait, un aveugle enfermé dans un cercueil verrait tout de suite que Maxo est une anomalie. Sa rhétorique ‘dirty & nasty’ dénuée de gimmicks dessine tel un sismographe les tremblements parkinsoniens d’un Houston se réveillant au lendemain d’une java qui a duré pas moins de dix ans. Selon Maxo, la fête est bien terminée. Le cycle naturel des choses en somme. Mais ce n’est pas tout. A l’entendre, le rap de Houston est définitivement moribond, en conséquence, il est a réinventer. Manifestement, tout mettre en œuvre pour que son œuvre échappe au conservatisme local et ne ressemble jamais à ces multiples standards joués une fois de trop est aujourd’hui au programme.
Bien entendu, question concept, on est à des années lumières de la résonance communautaire du Saint-Esprit que l’on trouvait chez Grapetree Records, ex-label expiateur aujourd’hui enfoui sous une chape de douilles et de jurons.
Nul besoin de préciser que de ce côté-ci du biz, l’évangile est tout autre : ça transpire le péché de la chair, le Xanax à la louche, la poudre à canon, l’argent du beurre, pour ainsi dire le mauvais genre. D’ailleurs, quand on demande à Maxo s’il croit en Dieu, il rétorque qu’il croit en lui. Et ne se fait pas prier pour conchier la mort, fond de commerce de l’Église, puis kidnapper le pasteur dans Mary & Molly : « Piss on your casket and shoot up the hurse, kidnap the pastor then trap out the church. »

Inspiré, téméraire, Maxo Kream a rallié sans trop de peine la rue à sa cause car il incarne à lui seul le grand chambard …  Si la doctrine locale du ralentissement est encore là, latente, dans son charabia aux âcres parfums de tétrahydrocannabinol, force est de constater que celui-ci aime faire appel aux expérimentations bass & drums les plus syncrétiques afin de s’aventurer dans des territoires de préférence obscurs, mystérieux, par moment cauchemardesques. Car la psyché de Maxo Kream est saturée de fantômes et de maisons hantées, de fait, c’est un monde entropique aux accents gothiques qui nous entraine dans les friches d’un rap libéré de ses artifices putassiers.

https://soundcloud.com/maxo-kream/maxo-kream-x-lyndo-cartel-real-bucc-prod-tommy-kruiseimage003

KREAM CLICC GANG : LES NOUVEAUX APACHES DE PURPLE CITY.

Le statut indépendant revendiqué par la Maxo Kream n’a rien de rédhibitoire quand on est originaire de la métropole qui abrite les institutions Rap-A-Lot, Swishahouse et Boss Hogg Outlawz. Faut dire que depuis K-Rino mais aussi Dope-E, vétérans grisonnants de bien des guerres, on n’a jamais eu peur d’entrer dans la résistance et continuer à vivoter de ses maigres deniers plutôt que renier sa propre éthique. Seulement le très instable centre névralgique du rap actuel a intégré d’autres valeurs que la réussite par le travail et les vertus anti-establishment. Ne suffit plus de ‘bouncer la weed’, de ‘rapper la double cup’ ou de combiner quelques rimes fielleuses sur les Blancs ou le président américain pour tant soit peu surnager à Purple City. Appréhender sa carrière en mode ‘gamejackeur’ est hautement conseillé lorsqu’on désire à la fois briser une bonne fois pour toute la mécanique binaire Nord/Sud de la ville, franchir les limites de l’État et s’en aller conquérir une audience nationale …
Notamment tenir la dragée haute aux spitters de l’Ohio, à savoir Insomniac Lamb$ et autre Mal G alias Ski Mask Malley.

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Kream Clicc Lyndo Cartel.

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« Like Soulja Slim I got enough of dicc for all y’all ! » a récemment prévenu Kream Clicc Lyndo Cartel sur twitter, preuve que leurs modèles ne sont pas/plus de ce monde … En fait, depuis que Lil’ Andrew aka Woodrow Kream est sorti de sa brève existence les deux pieds devants, la klicc composée des Maxo, Lyndo, Kream Jay, Jared, Jermaine & C° est sur le sentier de la guerre. Pas un choix anodin : tous préfèrent avancer en file indienne, laissant Maxo libre de décider quand, où et en compagnie de quels cracheurs de feu il est envisageable de bruler un bon calumet. Car dans cet univers du rap où moguls et gros bonnets te considèrent comme du gumbo, il vaut mieux vivre entouré de la Clicc et extirper ses propres dollars noirs du caniveau plutôt que de bouffer au râtelier du rap verbeux, pasteurisé jusqu’à la l’overdose. Échapper à ces loups qui veulent t’arracher le fond de ta culotte, mais aussi fuir ces chroniques manipulées par les ghostwriters où l’on détecte mille empreintes digitales, tel est le mot d’ordre. Qu’importe si on se salit les paluches, le jeu en vaut la chandelle, et puis c’est une question de principe, de crédibilité, tout autant qu’une preuve d’amour envers Forum Park Drive 10110, l’un des hoods les plus brulants de Houston où on a perdu depuis longtemps le bouton du thermostat.
Quant à déterrer la hache, autant que ce soit accompagné par ceux qui se prosternent devant le totem sacré qu’est le Tableau B. Ici, c’est avec J. $tash, chasseur de $calp$ osseux et taulier du Relax Gang / Relax Rekords, qu’il entremêle les jargons :

https://soundcloud.com/relaxrekords/j-tash-ft-maxo-kream-flexin

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Maxo 187.

Venons-en à Maxo 187, projet sensé à la fois ouvrir la boîte de Pandore et arroser de napalm le volcan en ébullition qu’est le West Side. Des mois que Maxo annonce sa sortie, faisant monter la hype à la manière d’une banale mayonnaise jusqu’à ce que le quorum des prosélytes soit enfin atteint. Ce faisant, l’album est maintenant en ligne avec une liste d’invités qui rend l’écoute captivante: Father (Atlanta), Joey Bada$$ (New York), Lamb$ (Cleveland), Fredo Santana (Chicago), Lil Family, Sauce Twinz & LE$ (Houston).
Tout d’abord, après avoir balancé la purée façon Kenyatta dans la tire-lire à Carol (cf. Donald Goines)  – Paranoia – Maxo sort le mortier et sème le trouble dans le précité Clientele : « Fuck the feds and fuck the judge… Fuck the cops they catching slugs, fuck the laws im selling drugs… »
A partir du moment où les ébats du couple incestueux vicodine & syrup rendent hypnotiques la rotation synchrone des chromes d’antan, 1998 est recommandé pour s’enfoncer dans la jungle houstonienne.
Pas de langues de bois, en aucun cas de langues tièdes, exclusivement des langues débridées et chargées de mots qui roulent comme le tonnerre dans un ciel noir chargé de pluies acides –  Sur KKK.
De la magie au paranormal, il n’y a qu’un pas. A la seule écoute de Trap Mami/ Flippin, mon chien est allé se réfugier sous le lit en gémissant. Mmmh … à mon tour, j’ai la nausée du zombie et des douleurs aiguës dans les guitares. A moins que ce soit actavis, xannies, roxies, oc 80s et percs qui intensifient la catalepsie d’Astrodome screwdé à l’aide d’un jeu de clés à cliquet réversible par Wxlf Gxd, lequel se surpasse sur Murder et Cell Boomin’ … Enjoy !

http://www.livemixtapes.com/embed.php?album_id=31947

Ransom – Mike Will Made It

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Le clip de Choppin’ Blades vient tout juste de sortir. Pour les retardataires, cette chanson provient du dernier projet de Mike Will : Ransom, sorti dans un mois de décembre dernier très généreux en bons projets.

Sans surprise, Riff Raff est drôle dans n’importe quelle situation. Ici, en vendeur douteux de voitures d’occasion, toujours aussi fluorescent. D’ailleurs, depuis son album Neon Icon, on n’avait pas entendu le White Wesley Snipes rapper aussi bien. La prod de Mike Will y est surement pour quelque chose. Comme ce qu’il fait de mieux, Jody Highroller parle de faire ses courses sur Mars, de sirop, fait des références à des joueurs NBA (personne ne fait ça mieux que lui) et évidemment, donne de l’amour aux jantes énormes dont raffolent tous les rappeurs. La présence du jeune Slim Jxmmi (la moitié de Rae Sremmurd, le groupe aux noms les plus imprononçables du game) prouve une nouvelle fois que ces gosses sont talentueux, sacrement précoce et très bien encadrés -qu’on aime ou pas leur musique. La voix de Slim pousse les murs à la fin de la plupart de ses couplets.

Si vous ne l’avez pas déjà fait, je vous conseille vivement d’aller jeter une oreille sur Ransom. Sans refaire son parcours intégral (le reportage de Noisey Atlanta épisode 9 explique ça très bien), le jeune producteur d’Atlanta a vraiment explosé aux États-Unis, et est considéré a juste titre comme un des meilleurs en activité, malgré la rude concurrence.

Dans Ransom il se place en chef d’orchestre, et sculpte lui-même l’architecture du projet : les productions, le choix dans les regroupements des différents artistes, tout a -semble-t-il- été étudié au millimètre pour livrer un produit fini de très bonne qualité, avec une variété d’univers et d’artistes. La liste des invités est logiquement prestigieuse. On retrouve donc ses deux nouveaux poulains (No Type, No Flex Zone). Habilement il a envoyé Swae Lee aux cotés de Future, et ce n’est peut être pas innocent. Par certains aspects, Swae Lee partage des atouts communs avec son ainé : un bon sens du refrain et une voix assez atypique. Le résultat donne Drink On Us, une chanson hypnotisante. Ajoutez à cela un banger de Juicy J (Don’t Trust) (best rapper alive) iLoveMakonen (Swerve) Future et Young Thug (California Rari) et Migos (l’excellente In My Hands) ce projet peut aussi permettre de découvrir quelques artistes moins exposés. Mention spéciale pour le très mongol Game For Lame de Bankroll Fresh, qui use les cervicales.

Si vous êtes client de rap américain mais que vous n’avez ni le temps ni l’envie de creuser pour trouver des bons morceaux, je vous recommande vivement l’écoute de ce projet tant il est dense et homogène. Aussi, si vous ne connaissez pas le travail que fourni Mike Will c’est une parfaite porte d’entrée pour découvrir ses talents de producteur et de directeur artistique. Typiquement une mixtape qu’on fait tourner de bout en bout. Du travail propre et gratos : consommez. Cliquez pour télécharger.