L’Orgasmixtape 2, second volume du meilleur compact-disc de tous les temps, sera dans les bacs le 11 mai 2015. Pour préparer le terrain, Alkpote a déjà offert à la populace deux extraits : Formule 1, et son clip censuré par le groupe Accor, et Tourbillon. Réalisé par Kevin El-Amrani -un homme étrange déjà à l’origine d’un paquet de clips super chelous- avec l’assistance de William Krampf (DFHDGB), responsable des animations, Tourbillon est sans aucun doute la vidéo la plus fabuleusement mongole de l’histoire du rap français. On m’a soufflé à l’oreille que ce clip ressemblait à s’y méprendre à du Panteros666, et oui, il y a surement cette inspiration volontaire, mais rebroussez chemin immédiatement si vous n’arrivez pas à saisir le génie d’un logo Duarig ou de Vegeta en train de faire du quad. Le tout, avec de la 3D digne d’un logiciel gratuit tournant sur Windows 95.
Pour faire honneur aux génies en présence -Alkpote, Butter Bullets pour la prod, William Krampf pour les animations, et Kevin el Amrani pour la drogue-, attardons-nous quelques minutes sur tous les éléments de ce musical vidéoclip.
0’03 : La première image du clip est un parfait condensé de tout ce qui va suivre pendant les quatre prochaines minutes : logo Neochrome -évidemment-, paire de Air Max -car Alk sait ce qui plait aux scarla, lui qui rappe pour ceux qui portent encore des sappes Lacoste-, et buste d’Alkpote, lunettes noires et « foulard de chiennasse ».
0’08 : En moins de 5 secondes, le buste d’Empereur s’envole vers les étoiles, et un rôtissoire à kebabs apparait, suivi d’un croissant islamique, d’une croix chrétienne, et d’une étoile juive. Une métaphore juste et un message d’espoir : l’humanité entière peut faire fi des guerres de religion et s’entendre autour d’un bon grec sauce samouraï.
0’13 : Alkpote apparait. Lunettes noires et gros foulard sur la tête, donc. « Laura Smet, Lou Doillon » : le festival du name-dropping débile peut commencer. Et pour faire honneur à ces dames, quoi de mieux qu’un Samsung B2100 qui tournoie, avec une courtisane peu vêtue à l’écran ?
0’21 : Après l’apparition remarquée d’un logo Cartier, voila qu’un premier mystère algébrique, digne de Lost, vient titiller les esprits. Une série de nombres, de 0 à 23, et une inscription : Maison Martin Margiela. La Maison Margiela est une maison de Haute Couture, actuellement dirigée par John Galliano, un mec qui aime crier dans les rues qu’Hitler était un mec sympa. Logique, donc, de le retrouver dans un clip d’Alkpote, qui aurait pu « leur refaire a l’envers comme si -j-‘avais eu l’revolver de Hitler. »
0’31 : Alors que le refrain, qui tournait depuis le début, touche à sa fin, Sidisid apparait. Impassible (et épaulé par un logo Butter Bullets tournoyant), il contemple les ténèbres dominant ce garage sous-terrain. Bon, par contre c’est pas la peine d’attendre qu’il se mette à rapper, il est juste là pour montrer sa tête.
0’42 : Alk défile dans un environnement en 2D avec scroll horizontal, et des petits nuages tout droit sortis de Super Mario 3, et tout à coup, POKEBALL. Qu’est ce que cette pokeball fout là, et surtout, qui contient-elle ? Florizarre ? Ou est-ce une douille, genre Magicarpe ? La réponse est à la fin du clip.
0’50 : « La chatte à Salma Hayek, ou de Cruz Pénélope ». On continue dans le name-dropping improbable.
1’01 : Et là, BIM, le logo Duarig. Celui que t’as pas vu venir, parce que forcément, un logo Duarig en 3D, flottant et tourbillonnant, tu t’attends pas forcément à en voir un dans un clip de rap. Explication de Krampf : « Duarig c le ter ter, 42 tout ça, Sainté ». Faut vraiment enseigner à vos gosses de ne pas toucher à la drogue, les gars.
1’05 : Ensuite y’a un keuf avec un logo du PSG, bon, pourquoi pas.
1’11 : Première apparition d’un petit bout de quad.
1’13 : Retour de la pokeball volante, et Alk qui chante « j’fume un gros calumet pour mon quota de fumée ». Tout va bien dans le meilleur des mondes, et William Krampf vient même montrer sa tête en arrière-plan.
1’28 : Finalement, ce clip est tout ce qu’il y a de plus normal. D’ailleurs, le logo Duarig est de retour. Et il brille. D’ailleurs, dorénavant et désormais je refuse de regarder des clips de rap s’il n’y a pas de logos Duarig incrustés dedans. Démerdez-vous comme vous voulez
1’33 : Les noms de Valentino et Jil Sander apparaissent à l’écran l’un après l’autre … Bon, on va pas faire tous les couturiers du clip non plus. Ce qu’il faut retenir ici, c’est cette dédicace d’Alkpote aux épicuriens et épicuriennes, desquelles il se réclamait d’ailleurs déjà en interview ou encore dans le titre Fume la vie.
1’39 : Du lourd pillon (perdu dans l’tourbillooooon). Notons d’ailleurs le léger filet d’autotune sur « tourbilloooon », qui crée un effet d’absorption tout à fait pertinent.
1’48 : Alors après, y’a un aigle qui entre dans un stade qui semble être le Parc des Princes. Pourquoi pas.
2’00 : Alors là, y’a deux images qui vont apparaitre dans le cadre de ce qui semble être un écran de portable géant. La première, c’est Madeleine à la veilleuse, de Georges de La Tour. Me demandez pas ce que ça fout là, bordel, j’en sais putain de rien. Notez par ailleurs qu’elle contemple une paire de sneakers, c’est le petit +.
2’02 : La seconde c’est, la cover de l’Empereur, premier album solo d’Alkpote. Et le truc tournoie, parce que le son s’appelle Tourbillon et que malgré toutes ces choses sans queue ni tête, il faut bien qu’au moins un élément reste cohérent.
2’13 : Alk dit « ces batards de médias ne nous ouvrent pas la porte », ce qui est techniquement faux, puisque la porte de Captcha Mag est toujours ouverte pour les rappeurs qui parlent de Salma Hayek.
Pause : Heureusement que le morceau dure pas 8 minutes parce que ça commence à me casser les couilles de faire des captures d’écran.
2’18 : Un bout de Pikachu apparait, on pourrait peut-être y voir un indice pour l’histoire de la pokeball, mais je vous rappelle que Pikachu refusait d’aller dans une pokeball, ce petit bâtard préférait gambader comme un clebs aux côtés de son maitre.
2’20 : Un mec immobile dans un car wash.
2’24 : VEGETA SUR UN PUTAIN DE QUAD. GENIE GENIE GENIE GENIE GENIE GENIE GENIE.
2’35 : Une image succincte du clip de Chiens vient se caler là, avec le fameux « On baise les plus belles poulettes » qui vient rimer avec « Butter Bullets ». Tourbillon et Chiens, les deux meilleurs clips de la clipographie d’Alkpote. Ne venez pas en débattre.
2’43 : Retour de Vegeta en quad, et apparition d’un camion-citerne Givenchy. Du génie, j’vous dis.
2’51 : « Je vais arrêter le rap, je passerai à autre chose ». Et aussi, un canon de flingue siglé Damir Doma. Pour tuer avec style. Damir Doma, c’est un créateur de mode croate. Pourquoi pas, après tout les croates ne sont pas seulement nés pour devenir des numéro 10 de génie.
3’14 : Alors là y’a carrément un logo du FC Metz. Personne a compris, c’est un peu comme quand François Hollande s’est retrouvé à l’Elysée. Le truc est là, on va faire avec sans trop se poser de questions, mais c’est tellement improbable qu’on peut presque considérer ça comme une performance artistique prodigieuse.
3’17 : La pokeball s’ouvre …
3’18 : … et c’est un soldat qui en sort :
Alors j’ai demandé l’explication à William Krampf. Et il m’a envoyé deux liens : celui-là et celui-là. Libre à vous de cliquer et de ne plus dormir la nuit, mais perso je vais pas développer plus j’ai déjà passé trop de temps à faire des captures d’écran, et je suis bénévole.
3’28 : Sidisid a mis son K-Way, parce que si jamais il pleut, il veut pas être mouillé.
3’40 : Le mot de la fin est pour Pikachu, ce petit enculé qui préfère pousser des enfants à se scarifier plutôt que de rentrer dans sa pokeball grand luxe.
1/ José Doroteo Arango Arámbula, plus connu sous le pseudonyme de Francisco Villa alias Pancho Villa est né le 5 juin 1878 à La Coyotada, non loin de Durango (Mexique). James Adarryl Tapp Jr. plus connu sous le nom de Soulja Slim est venu au monde le 9 septembre 1977 à la Nouvelle-Orléans, non loin de l’embouchure du fleuve Mississippi (Louisiane).
2/ A cette époque de révolte populaire, Soulja Slim serait à coup sûr devenu le gouverneur militaire de l’État de Chihuaha comme le devint Pancho Villa en s’autoproclamant de la sorte. Finalement, il est devenu ce fantassin notoire et redouté de Magnolia, une terre toute aussi inhospitalière que cette contrée du Mexique précitée où l’on faisait peu cas de la vie humaine circa 1911-1912.
3/ Comme Villa avant lui, Slim fut un homme de guérilla, indépendant, mal discipliné, car constamment sous l’emprise du ‘singe’ brun et addictif agrippé à son dos alors que le bandit mexicain ne fumait, ni ne buvait. Une façon très courante aux débuts des années 90, voire la seule qui se respectait pour Slim, de faire baisser la tension artérielle quand il était plongé jusqu’au cou dans le marigot des embrouilles interpersonnelles et des soucis d’ordre artistique.
4/ Il faut dire que les labels menaient à ce moment là une guerre intestine la plus démolissante qui soit.Ces labels locaux qui multipliaient les intrigues artistiques, politiques ou relationnelles de façon à tenir Soulja Slim négligemment par les couilles… Un peu comme le fit Villa quand il agrippa celles de Reza, son ami payé pour le trahir qu’il tua à Chihuahua avant de s’enfuir.
5/ Comme Villa, Slim avait le don d’exprimer à la perfection ce que ressentait son quartier, sa ville, ses ouailles, et si quelque part, le combat était plus féroce qu’ailleurs, rien ne leur convenait mieux que de naviguer à l’instinct plutôt que de se saturer de théories militaires apprises dans les manuels. C’est au cours de ces errances clandestines que Soulja Slim a appris l’art de la guerre, et que Pancho Villa devint l’un des hommes forts de l’armée aux ordres de Madero.
6/ Pour se faire une réputation dans son quartier où régnaient des gangs réputés dangereux (cf. Dooney Boyz (DBz), Byrd Gang et Hot Boys) Slim volait impunément les dealers de drogues, pendant la nuit, une activité qui lui a valu de réchapper plusieurs fois à la mort. Selon Pancho Villa, il a lui-même débuté sa carrière de hors-la-loi en tuant un notable du gouvernement qui avait violé sa sœur, avant de s’enfuir dans les montagnes. Il venait d’avoir tout juste 14 ans.
7/ En 1912, la captivité et la cour martiale promises par le général Huerta à Villa pour insubordination n’empêchera pas ce dernier de s’évader de prison et de revenir triomphalement à Juarez à la tête d’une junte de 4000 membres. En 1998, la politique de la terre brulée que Master P a décidé d’instaurer à l’intérieur de son label décime ses propres partisans du combat rap, mais ne peut en aucun cas écarter Slim du game. Celui-ci va resurgir tel un feu-follet du bayou, et repartir à la conquête de ses louables ambitions avec deux fidèles compagnons, un Hummer d’appoint, deux livres de dope et un Glock pour la sécurité.
8/ Le fait de réchapper plusieurs fois de justesse à la mort et d’être constamment traqués par les Fédéraux faisait parti de leur karma commun.Cela n’a jamais empêché Villa et Slim de livrer des attaques ponctuelles et de remporter des victoires locales.
9/ A l’instar des péons chez qui il n’était pas rare voire même courant d’avoir plusieurs compagnes, Slim a multiplié les conquêtes, dont certaines lui ont porté préjudice -notamment à la fin. Pancho Villa, lui, avait deux épouses, une femme simple qui l’accompagnera pendant toutes ses années de vie hors-la-loi, et une autre, jeune, mince et souple comme un chat des rues de Chihuahua, surement pour le sexe.
10/ Vu que ceux qui possédaient l’argent et les billets mexicains les enterraient, Villa décida de faire tourner la planche à billet et imprima 2 millions de pesos de fausse monnaie, inondant El Paso de papiers barrés du nom de Villa dans la longueur. Slim, de son côté, enregistra Give It ‘Em Raw, un album qui se vendit à 82000 copies la première semaine.Vu que l’argent perçu lui servait uniquement à payer la weed, les cigarettes et la gamelle lors de ses fréquentes incarcérations, à sa sortie il écrivit et enregistra ‘Slow Motion’ qui se classa n°1 au Billboard Hot 100 en 2003. Ce faisant, la Bank of America fit imprimer quelques planches de cette fausse monnaie sonnante et trébuchante que Slim emportera avec lui dans son cercueil.
11/ Comme l’a été Villa le 20 juillet 1923 à Parral, Slim fut assassiné de plusieurs balles le 26 novembre 2003 à la Nouvelle-Orléans. Soulja Slim a été enterré en grande pompe avec ses bijoux, ses Reebok ainsi que les vêtements de camouflage en cuir qu’il portait sur la couverture Give it 2 ‘Em Raw … Alors que, noir comme de la poudre à canon, le corbillard de la riche épouse de Pedro Alvarado Torres, à la fois magnat de l’exploitation minière, philanthrope et fidèle admirateur de Pancho Villa, fut utilisé pour l’enterrement de ce dernier à Parral.
« C’est un beau métier que tu fais, j’aurais aimé être journaliste. Quand j’étais petit, je disais toujours que je voulais être journaliste ou écrivain. Dans ma famille, je suis un peu l’artiste fou, celui qui passe son temps à écrire. Avec le rap, je suis resté dans le domaine de l’écriture. »
Il parait que Joe est un mec difficile à capter. Un texto, deux coups de téléphone, et 24h plus tard, j’étais assis en face de lui, dans un café du 18ème arrondissement parisien. Aussi loquace que sur disque, il revient sur le meilleur projet rap français de ce début d’année, No Name. L’occasion d’évoquer également ses prochains projets, ses amitiés dans le rap, son rapport à l’écriture, et ses aspirations futures.
Genono : Déjà, est-ce que t’es satisfait des premier retours sur No Name ?
Joe Lucazz : Pour l’instant, ouai … je suis même agréablement surpris ! C’est mon premier véritable projet solo, alors que ça fait bientôt vingt ans que je fais cette merde. Et j’ai commencé en solo, dans ma salle de bain, donc c’est un peu un retour aux sources. Ca me fait kiffer, y’a des propositions à droite, à gauche, des demandes de featurings, plein de bons retours de la part de la presse grand public comme de la presse spécialisée, les radios qui commencent à jouer le jeu … C’est super cool. Après, faut jamais être satisfait, parce que c’est que le premier pas.
Genono : On t’a pas vu -dans le monde de la musique, en tout cas- pendant pas mal de temps, là c’est un vrai retour, tu comptes enchainer ?
Joe : Voila, c’est exactement ce que je voulais exprimer, tu m’enlèves les mots de la bouche. C’est bien, je suis satisfait parce qu’il y a des bons retours, mais maintenant je veux augmenter le level. C’est ça que je trouve chanmé : maintenant que j’ai mis le premier pied en avant, je suis obligé de monter la barre. Je sais que j’ai encore rien lâché, c’était juste de la frustration à sortir. Maintenant que j’ai lâché ça, c’est bon, on peut envoyer les choses.
Genono : No Name, on n’a pas trop su si c’était un album, mini-album, projet indéfini , EP …
Joe : Alors, je t’explique l’histoire. Ca fait un an que j’étais en train de taffer l’album. C’est la première fois que je me retrouvais à enregistrer seul, en pouvant prendre tout mon temps, sans aucune pression … C’est vraiment mon truc à moi. Je prenais mon temps, je me faisais plaisir. Je retrouvais un peu les sensations de mes débuts, à une époque où, tant que t’étais pas prêt, tu n’osais même pas dire que t’étais rappeur. T’as un texte que tu connais par cœur, mais tu vois le niveau des gens à côté, tu te dis « nan, je suis pas prêt ». J’étais donc un peu dans ces conditions. J’ai enregistré pas mal de morceaux, et je sentais quand même une certaine attente. Alors on s’est dit qu’il fallait en balancer quelques-uns, dans un certain format. Après, je sais pas, aujourd’hui, entre EP, LP, album, mini-album, street-album … y’a trop de trucs, j’en sais rien. Je pourrais dire que c’est mon album, mais non, puisque je suis en train de le taffer, le vrai album. J’ai juste enlevé quelques pièces du vrai album pour les mettre sur No Name. Tant que ça reste cohérent … de toute façon, ça ressemble à du Joe. Mais l’album va ressembler à ça, en mieux, si Dieu le veut.
Du coup, on en arrive au blaze. Comme je savais pas trop comment le définir –album, pré-album, mini-album-, j’avais pas non plus de nom. D’ailleurs, je pense que si vraiment je devais le définir, je dirais que c’est un album avant l’album.
Genono : Un peu comme Salif quand il a fait Boulogne Boy ?
Joe : Ouai, c’est un bon exemple. Juste histoire de dire que je suis toujours là, et que les choses arrivent. « Excusez-moi pour cette longue attente, je vous offre ça ». Et donc, voila pourquoi « No Name ». J’allais pas inventer un nom super recherché, un concept, ou un gimmick de fou juste pour en faire un titre … Je pourrais inventer une tchatche, je suis rappeur, c’est facile de mentir. Mais la vérité, c’est que je savais même pas sous quelle forme présenter ce projet. Si j’étais un cainri, je l’aurais appelé « Untitled ».
Genono : Est-ce que t’es capable de définir ton style ?
Joe : Maintenant j’y arrive, parce que je m’assume plus. Je sais où je vais, je sais qui je suis. Mon style, c’est très influencé soul, jazz, parce que c’est ce qui me fait vibrer, et pas seulement dans le rap. Après, j’aime de tout, je suis assez bon public. J’aime la variét’, le reggae, le blues … J’aime la musique classique, même si je suis pas du tout pointu dans ce domaine, y’a des trucs qui me parlent. Après, dans le rap, mon style est influencé par New-York, forcément. Le New-York des nineties. Mais je veux pas rentrer dans la polémique du « le rap c’était mieux avant », c’est juste que mon influence est celle-là. C’était pas mieux ou moins bien avant, c’est pas la question. C’est juste que ça me parle plus. Chicago, Atlanta, pour parler du rap d’aujourd’hui, c’est pas tellement mon délire. Et pour finir, mon style, c’est l’importance donnée à l’écriture. J’aime les gens qui écrivent, que ce soit dans le rap français ou dans la chanson française.
Genono : Justement, tu dis « J’suis Le Rat Luciano, j’suis Flynt, et j’suis Bors ». Pour toi, ces trois là, c’est le haut du panier, en France ?
Joe : On va les prendre dans l’ordre. Le Rat Luciano et Flynt, j’ai eu la chance de les connaitre et les côtoyer, et même de faire des morceaux avec eux. Et ce qu’ils disent, ce qu’ils racontent, ça me parle. Bon, pour Flynt, on se connait depuis plus de dix ans, je suis fier de son parcours. Lui et moi, on a commencé, on n’avait jamais rien enregistré. Aucune apparition, rien. Concernant Le Rat Luciano … pour moi, c’est le meilleur rappeur français. Il arrive à parler de trucs sincères, sans la moindre insulte, et en restant très rue. Il arrive à mettre de l’émotion dans ses lyrics, à super bien interpréter, il a une plume de malade … j’attends son retour comme un dingue ! Et Lino …j’ai toujours kiffé, au même titre que Lunatic, que les X-Men. T’écoutes un texte de Lino, tu te manges tellement d’informations dans la tête. Je suis super content qu’il soit revenu, parce que c’est des mecs comme lui qui font qu’aujourd’hui, les gens qui écoutent du rap se disent que c’est pas juste une musique pour faire les singes en boite et danser.
Donc ces trois là, je considère que c’est des super belles plumes. Et ce que j’aime, c’est qu’ils n’en jouent pas, ils font ça de manière très naturelle. Flynt, son rap lui ressemble. Luch’, c’est l’exemple-type. Quand j’ai pas de news de lui, j’écoute un de ses morceaux. Dans son rap, tu retrouves tout ce qu’il est.
Genono : Sur No Name, les seuls invités sont Cross et Express Bavon. C’est une volonté de faire un projet où tu es vraiment au centre, et où tu es le seul à être mis en avant ?
Joe : A la base, je voulais aucun invité. Je voulais donner que du Joe, parce que j’ai jamais sorti de long format solo. Je partais donc sur un dix titres 100% solo. Et puis après, je me suis dit « c’est con, mon négro Cross … allez, on va kicker un ou deux morceaux ». Ensuite, sur Corner, je voyais bien un refrain chanté. J’ai d’abord pensé à mettre une nana, mais je suis très difficile, j’aime bien les vraies belles voix. Trouver la bonne voie, c’est un vrai bourbier ! C’est vrai aussi que j’aurais pu le faire moi-même, mais le vocoder … nan, c’est interdit, je peux pas. Alors j’ai pensé à Express Bavon, qui est un pote à moi, et que je trouve très bon.
A l’avenir, y’a des collaborations qui vont arriver, d’ailleurs certaines sont déjà prêtes. Ce sera sur les prochains projets. J’aurais pu appeler du monde, de toute façon, ceux que j’aime bien, je les connais déjà. Si je les avais appelé, ils seraient venus, je pense. Mais c’est vraiment un choix. Là, comme y’avait une petite attente, je voulais vraiment donner que du Joe.
Genono : Cross, il continue le rap de son côté, ou il s’est motivé uniquement parce que tu l’as appelé ?
Joe : Il avait mis ça de côté, un peu comme comme moi. Et le fait que je me remette dedans, et qu’il y ait de bons retours, je pense que ça l’a un peu remotivé. On a enregistré quelques trucs … wow ! Ah ouai, t’es encore là, négro !
Genono : T’as fait un son avec Alkpote l’année dernière, Hors-jeu, où t’adoptes un flow super saccadé à la Migos. C’était une envie de ta part, ou c’est Alk qui te l’a demandé ?
Joe : Moi, les Migos, et toute la scène d’Atlanta, Chicago, etc, c’est vraiment pas ma came. Quand ça passe en soirée, je suis comme tout le monde, je lève les bras et je danse, mais ça s’arrête là. Pour ce titre, on s’est retrouvé en studio avec Alk, il venait de terminer sa séance, c’était mon tour … Alk, c’est un frangin, on se connait depuis belle lurette, et on a déjà collaboré plusieurs fois ensemble. Y’a un respect mutuel entre nous. Et effectivement, il avait imposé un rythme sur ce titre, avec son flow saccadé, il m’a dit que ce serait bien que j’essaye de suivre ce truc. Pourquoi pas my man, on va voir ce que ça rend ! Mais c’était pour faire comme Alk, pas pour faire comme Migos.
Genono : Le prochain album est déjà enregistré ?
Joe : Nan, j’ai commencé, mais y’a encore du taff. De toute façon, même quand tout est terminé, y’a encore du taff. Mais là, je suis sur la bonne lancée. J’ai pas mal de titres qui sont déjà en boite, je continue à faire des sélections d’instrus … Je suis content, ça a une bonne couleur. Un peu la même couleur que No Name, mais le level d’au-dessus. En tout cas, j’essaye. Les efforts sont faits dans ce sens. Ce sera mon premier vrai album solo. Et dans le courant de l’année, je vais peut-être envoyer un No Name 2.0. J’ai pas mal enregistré ces derniers temps, j’ai des choses en stock.
Genono : T’as une écriture très particulière, est-ce que t’as une méthode ?
Joe : Bah c’est marrant, parce qu’en lisant toutes les chroniques sur l’album, je m’aperçois que tout le monde dit ça. Mais pour moi c’est vraiment naturel. J’entends le son, et à partir de là, ça se fait tout seul. Soit je vais suivre le beat, soit je vais suivre la boucle, mais c’est le son qui va dicter l’écriture.
Genono : T’écris toujours avec l’instru ?
Joe : Au mieux, oui. Mais si j’ai pas l’instru, j’écris quand même. J’écris tout le temps, avec ou sans le son. C’est très instinctif, je balance mes idées comme elles me viennent, je les couche sur le papier. Après, en fonction du son, t’as toujours des aménagements à faire, pour que ça colle … mais y’a pas de calcul. Je kiffe écrire autant que rapper, et j’aime le contact de la feuille et du papier. Je peux pas écrire sur un portable, par exemple, j’ai besoin de voir mes ratures, mes corrections.
Genono : Tu pourrais écrire autre chose que du rap ? Roman, scénario, autobiographie …
Joe : Bien sûr, j’adore l’écriture … je bosse sur un scénario en ce moment. J’adore écrire ! Enfin, il ne faut adorer que Dieu donc … disons que j’aime énormément écrire. Au moins autant que rapper. Je pourrais écrire pour des gens, c’est mon kiff. Je me verrais bien écrire un bouquin, faire plein de scénars de films, des textes pour des chanteurs …
Genono : « Ma scolarité se résume à : bon en français … ». Cet amour de la langue, c’est un truc que t’as depuis tout petit ?
Joe : Je pense, ouai. J’étais bon en rédaction, c’était mon truc. Et même aujourd’hui, j’aime la grammaire, j’aime l’orthographe … C’est quelque chose qu’il faut respecter. Les « tkt », « mdr », « lol », c’est pas mon truc. Peut-être que je suis pas assez entré dans le XXIème siècle.
Genono : D’ailleurs t’es pas trop sur les réseaux sociaux, je crois que t’as juste un compte facebook, mais t’es pas sur twitter, instagram …
Joe : Nan, j’ai que facebook. Mais peut-être que twitter, je vais m’y mettre. C’est un bon outil de communication.
Genono : Niveau marketing et mise en avant de tes sorties, ça peut aider.
Joe : Voila, je pense m’y mettre dans peu de temps. On me le conseille, et c’est des bonnes personnes qui m’en parlent, donc pourquoi pas. Après, Snapchat, etc, je peux pas. C’est trop ! Tu passes ta vie sur ton téléphone. Les trucs, c’est devenu des ordinateurs. Et si ça avait pas ce format qui rentre dans la poche, on se baladerait tous avec notre ordinateur. On serait tous dans le métro, à la cantine, dans la rue, avec un gros IBM entre les mains.
Genono : No Name n’est pas sorti en physique. C’est un choix pour éviter des démarches qui auraient retardé la date de sortie ?
Joe : Bah déjà, c’est pas moi qui ait eu la décision finale là-dessus. Mais bon … No Name, c’est presque un tour de chauffe. « Tenez, je vous le donne, prenez-ça ». C’était pas dans le but d’attraper du monde. Sinon, j’aurais fait des sons dans la tendance actuelle, des featurings avec des gens du moment. J’ai fait le truc que j’aimais faire, et je voulais faire plaisir à mes gens. L’idée n’était pas de ramener un nouveau public. Donc oui, on est en train de voir si on va pouvoir mettre en bacs une version physique. Mais au moins, le produit est sorti, et les gens ont pu l’écouter. C’est l’essentiel.
Genono : Le reproche qu’il y a eu, c’est ce mix pas tout à fait parfait.
Joe : Quand t’es rappeur, t’es là, tu fais ton morceau, tu l’écoutes, le réécoutes, le ré-réécoutes. Ensuite, tu fais le mix, donc tu vas le réentendre des dizaines de fois. Ensuite, tu fais le mastering … à la fin, t’es limite écœuré de tes morceaux. Du coup, pour le mix, sur le coup je le trouvais bon, et je trouve toujours bon. C’est un truc que j’ai validé sur le moment, je peux pas dire maintenant que le mec qui a mixé a fait du mauvais boulot. A partir du moment où j’ai validé, c’est ma responsabilité. Donc oui, on aurait peut-être pu faire différemment … Certains morceaux rendent mieux que d’autres, je suis pas fou. J’ai réécouté, ouai, ça aurait pu être taffé différemment. Ce qui joue aussi, c’est que sur certains morceaux, les beatmakers étaient présents, et sur d’autres non. C’est une manière de travailler qui est différente.
Genono : A propos de beatmakers, t’as deux prods de Butter Bullets sur No Name (Gatsby et Pharell), et tu avais déjà collaboré avec eux sur leur album Peplum, en 2012. Comment s’est faite la rencontre ? Parce que vous avez des univers qu’on n’associerait pas forcément naturellement.
Joe : Avant même la musique, Sidisid et moi on a des amis en commun, on traine dans les mêmes endroits. Ils taffent aussi beaucoup avec Alk, ou avec DJ Weedim, qui est un très bon gars, qui fait des bêtes de prods … donc on est souvent amené à se croiser. Ce mec, c’est une belle rencontre, qui s’est faite très naturellement. On a trainé ensemble, ridé ensemble … Mais le truc que j’aime chez Sidisid, c’est qu’on a des choses en commun en dehors du rap. Donc finalement, quand tu me dis qu’on ne nous associe pas naturellement. Musicalement, c’est peut-être pas proche, mais on a tellement d’amis en commun, et de meufs en commun.
Butter Bullets, en termes de prods, ça me rappelle un peu le délire d’Alchemist. Après, quand Sid rappe, c’est un autre délire. Mais j’aime comment il écrit, j’aime son univers.
Genono : Du coup, pour ses prods sur No Name, c’est même pas une démarche de ta part d’aller les chercher, ça se fait vraiment naturellement.
Joe : Voila, je me rappelle même plus si c’est moi qui lui demande, ou c’est lui qui me propose … ça se fait tellement naturellement ! Je suis pas trop dans les mathématiques, ça reste de la musique. Il faut une part de vrai, s’il y a trop de calcul, ça perd tout son sens. On se fait plaisir.
Genono : Vous allez continuer de collaborer ensemble ?
Joe : Bien sûr !
Genono : Uniquement sur les prods, ou y’aura encore des feats ?
Joe : Les deux, on va faire du feat, je sais pas si ça sera sur son projet ou le mien … Pour les prods, y’en aura forcément des siennes sur mon album, mais pour la majorité, ça restera Pandemik Muzik parce que … comme disent les cainris, « my brother from another mother ».
Genono : « Derrière chaque grand homme, y’a toujours une femme » … est-ce que tu es une Femen qui s’ignore ?
Joe : (rires) Attention, je pourrais le prendre mal ! « Derrière chaque grand homme, y’a toujours une femme », c’est la vérité, non ? Même s’il peut m’arriver de les traiter de pétasses, de putes, de tchoin, de cougars … je les aime, les femmes ! Et puis, j’ai pas mal de sœurs, je suis forcé de les respecter. Ce que je veux dire, c’est qu’on peut réussir ou chuter, mais si t’as une vraie femme avec toi, une femme qui te supporte, tu peux aller beaucoup plus loin. Chaque personne a son histoire, certains avancent mieux tous seuls, mais une femme, ça crée un équilibre, ça t’aide à moins te disperser et à rester focus. Parce qu’on est humains ! Un cul qui passe, un clin d’œil, hop, t’oublies tes objectifs.
Genono : Tu fais quelques références à la religion dans tes textes, mais c’est très parsemé, tu ne développes jamais vraiment. C’est quoi ton rapport à la religion ?
Joe : Ce que je fais, ça reste de la musique. Après, y’en a qui en vivent, mais dans ce cas, c’est plus de la musique, ça devient un game. Moi, la musique, elle m’a rapporté très peu, voire pas du tout. Donc je préfère parler de ce qui me touche personnellement, et de ce qui fait partie de ma vie de tous les jours. Ca ne veut pas dire que la religion n’en fait pas partie. Elle fait partie de moi, tous les jours, je ne peux pas m’en détacher. Je suis musulman, je crois en Dieu, j’espère être guidé à un moment ou à un autre –peut-être que je le suis même en ce moment, je sais pas. Mais en tout cas, si j’en parle peu dans mes textes, c’est que la religion, c’est sérieux. C’est pas sur un son trap que je vais te parler de spiritualité. Après, je pourrais faire un morceau axé sur la religion, mais faudrait qu’il soit beau, parce que la religion est belle. Faut que les gens sachent que la religion, c’est quelque chose de beau. Arrêtez d’être effrayés par les événements. Donc peut-être que sur l’album, y’aura un morceau là-dessus, mais je peux pas faire d’annonces là-dessus, j’en sais rien. Je préfère distiller des petits trucs au milieu de mes morceaux plutôt que d’en faire un gros thème un peu forcé.
Genono : T’as fait une interview y’a quelques jours où tu disais que t’aimais la variété … d’ailleurs, à un moment dans l’ « album » tu cites Benjamin Biolay. Ca te plairait de collaborer avec un artiste de variété ?
Joe : Oh putain, ouai ! Ca m’exciterait beaucoup plus qu’avec quelqu’un du rap. Dans le rap, j’aime Flynt, Lino, Le Rat, Metek, Eloquence, S-pri Noir, Alpha Wann … donc travailler avec eux, ouai, mais travailler avec des gens de la variet, ça serait encore mieux. Pas forcément faire une collaboration rap-variet … mais si Biolay me faisait un son, ce serait magnifique. Si Pauline Croze me fait un petit refrain guitare-voix, pareil. Kavinsky, sa musique, son univers, ça me parle. Tellier, c’est la même chose, ça me parle énormément. Qui d’autre … Thomas Fersen, j’aime beaucoup. J’aime la chanson française, tout simplement.
Genono ; Tu dis que ça serait pas forcément une collaboration rap-variet, mais alors ça se présenterait comment ? Tu chanterais ?
Joe : Non, moi je ferais my shit, comme d’hab. Mais une vraie collaboration, c’est plus que « je fais mes couplets, tu viens, tu fais ton refrain, et on met ça dans la boite ». Je parle de travailler le morceau ensemble du début à la fin, de se nourrir de nos idées, de tout penser à deux.
Genono : On arrive à la fin de l’interview, je te laisse le mot de la fin.
Joe : Si Dieu le permet, 2015, c’est pour Joe. Si je suis toujours en vie, c’est mon année. On m’a reproché de ne pas assez donner d’image, bah les clips arrivent. Les projets sont déjà dans les machines, y’a pas de raison que ça n’avance pas. Je me sens prêt à offrir ce que j’ai aux gens.
Toujours sur ce concept pompé au Blavog, lui même pompé aux cainris, que j’ai déjà appliqué à Oz. Un concept extrêmement poussé et complexe, qui consiste à trouver des comparaisons foireuses entre les personnages d’une série et les principaux acteurs du rap-jeu français. Aujourd’hui : Gomorra.
On a tous aimé cette première saison de Gomorra. Des personnages super bien foutus et suffisamment complexes, de la trahison, des morts (beaucoup), du suspense, bref, tous les ingrédients d’une bonne série. Conséquence logique, une saison 2 a été commandée, et est déjà en cours de production. Le monde découvre donc que l’Italie sait produire d’excellentes séries, et dans le même genre, je ne peux que vous conseiller d’aller jeter un oeil à Il Capo dei Capi(pour rester dans l’univers mafieux), à Romanzo Criminale, ou à Crimini. Par ailleurs, l’Italie livrera dans les mois à venir deux autres séries très prometteuses : 1992, série politico-policière, et, surtout, Diabolik, basée sur l’histoire du célèbre Don Ciccio, Matteo Messina Denaro.
ATTENTION : Avant d’aller plus loin, assurez-vous d’avoir maté l’intégralité des épisodes de la première saison, car cet article est rempli de spoilers.
Danielino – Zifou
Un petit gars pas méchant mais un peu naïf, qui s’est vu promettre plein de belles choses et s’est pris au jeu, rêvant de côtoyer les pontes du game et de devenir riche … mais qui s’est fait complètement baiser par le système, qui l’a utilisé et pressé au maximum avant de le jeter comme une petite merde. Devenu embarrassant pour tout le monde, il finit sur le carreau.
Manu, la petite meuf de Daniellino – La Bambina
Une enfant qui n’a rien demandé et qui finit insultée, rouée de coups et carbonisée par un mec sans coeur.
Donna Imma – Diams
Une petite meuf qui paye pas de mine à la base, et qui semble juste être là pour kiffer la vibe avec son mec. Puis quand les choses deviennent sérieuses, on se rend vite compte qu’elle n’est pas d’humeur à ce qu’on lui prenne la tête, et elle prouve à tout le monde que dans ce milieu d’hommes, la meilleure meneuse de business, c’est elle. Impliquée dans le social, elle met également en place des deals assez incroyables, et fortifie la main-mise de sa famille. Le succès finit par se retourner contre elle.
Attilio – Fabe
Un mec qu’on pensait voir vieillir, prendre du poids, et devenir important dans le jeu, mais qui s’est arrêté plus tôt que prévu. Ciro le considère comme un exemple et prend le même chemin que lui.
Salvatore Conte – Hype
Un mec qui te parle de religion et de foi la moitié du temps, mais n’hésitera pas à te casser la mâchoire et te pisser dessus si tu fais un peu trop le malin.
Michele Casillo – Orelsan
A la base, on se dit que c’est juste un branleur sans ambitions qui aime trainer en boite de nuits. C’était donc pas gagné pour lui au départ, mais à force de persévérance, il atteint de grands objectifs, ferme pas mal de bouches, et peut même se permettre de faire croquer ses potes.
Ciro quand il boit de la pisse – Les ratpi de Booba
Parce qu’avec un peu de bonne volonté, on peut se convaincre que la pisse du boss est meilleure que le Moët le plus raffiné. Bon, il reste un arrière-gout un peu dégueulasse, et niveau haleine ça laisse un peu à désirer, mais quand t’es un soldat, tu t’exécutes et tu la fermes.
Ciro quand il est largué au milieu de la Méditerranée par Salvatore Conte – Disiz
Et tu nages, et tu nages, et tu nages, et t’en vois pas le bout.
Ciro quand il kidnappe la petite meuf de Danielino – La Fouine
« Allez, petite, monte dans la voiture, on va faire un tour tous les deux. Skuuuurt »
Ciro après la mort de Donna Imma – Pierre Bellanger quand il flagelle une mineure
Ce même regard sadique et machiavélique.
Malammore – Djé
Un mec qui se contente d’apparitions épisodiques mais qui reste fidèle à son patron du début (et même avant) à la fin (et même après).
Bolletta – Dam16
Un bon gars respecté par tout le monde, qui n’a jamais trahi personne, mais qui se retrouve dans le collimateur du boss sans trop qu’on sache pourquoi. L’embrouille entre les deux coïncide d’ailleurs indirectement avec la chute de ce même boss. Le karma, frère.
O Pescivendolo – Le Rat Luciano
Un ancien chahuté par les jeunes, qui se laisse un peu bousculer, mais quand même capable de t’allumer ta mère si tu vas trop loin.
Au début, tout le monde se fout de sa gueule : c’est juste un petit branleur avec un peu trop de ventre et des survets has-been. Mais quand le business devient sérieux, ce petit con met tout le monde à l’amende. Mettant de côté le circuit classique, il établit une connexion directe entre fournisseur et consommateur. Forcément, grâce à lui, son clan s’en met plein les fouilles. Il traine derrière toute une bande de petits gremlins prêts à bouffer le monde.
Le docteur – Rockin Squat
Les petits vieux lui sont fidèles, et même s’il a perdu de son influence d’il y a vingt ans, il a toujours son petit mot à dire. Il aurait pu monter quelques échelons de plus s’il avait consenti à rallier la cause de plus gros que lui, mais il a fait de son indépendance sa raison de lutter. Forcément, à la fin, il se fait prendre pour un con par la jeunesse, qui lui crache à la gueule (ou à celle de sa fille, littéralement, dans le cas du docteur).
Noemi – Shay
Elle aime les bijoux qui brillent, les voitures qui en ont sous le capot, et les hommes qui en ont dans le pantalon. Ce chien lui a dit qu’il l’aimait trop, il voulait son cœur, elle voulait sa maille.
Franco Musi – Doc Gynéco
Un mec qui avait tout pour lui, qui aurait pu finir très haut, mais qui s’est associé aux mauvaises personnes, s’est fait racketter, a tenté le tout pour le tout, et a fini par se faire prendre à son propre jeu.
Un taulier qui a passé tellement de temps loin du jeu qu’on a finit par se demander s’il allait revenir un jour. Et au moment où on l’attendait le moins, le voila prêt à reprendre sa place. On pourrait le croire un peu puriste, avec ses méthodes héritées de l’ancienne école, mais le boug est juste quelqu’un de loyal, qui a une confiance illimitée envers ses fidèles. Et une fois qu’il est enfin dehors, une seule constatation s’impose : c’est bien lui le plus fort.
Tu veux du rap hardcore ? Des instrus avec des grosses basses ? Des Renois tah le clip ? Des meufs (très) légèrement vêtues et une technique d’écriture proche du zéro ? Non, je ne parle ni de Kaaris, ni de Riff Raff, mais ce des nouveaux MC’s Blancs.
Depuis quelques années, de rappeurs, chanteurs, beatmakers et artistes en tout genre ont décidé d’explorer un tout nouveau genre. Un style musical à mi-chemin entre le cloud rap et l’ambient, le tout saupoudré d’une ambiance wavy. Le résultat n’est pas si mal, puisqu’il a permis à des gars tels que Bobby Raps, Bones, BSBD, Da$h, Dylan Ross, Lil Ugly Mane (Shawn Kemp, son blaze en tant que beatmaker), Mike Dece, Rvmirxz, Pouya, $uicideboy$, Yung Gud et Yung Lean de se mettre en avant (et de pouvoir enfin grailler autre chose que du carton chaque soir). Ce n’est pas un luxe quand on sait que, jusqu’ici, ces types-là mangeaient difficilement.
Bref, voici une sélection de quelques morceaux qui ont attiré mon attention. Les sales puristes ne sauront plus sur quel pied danser…
Pouvoir écouter un troisième album solo d’Ali me semble miraculeux.
J’avais déjà eu beaucoup de mal à croire à la sortie du Rassemblement, il y a 5 ans. Et puis, l’album s’est finalement retrouvé dans les bacs … plus ou moins. Entre les soucis de distribution et les reports, trouver un exemplaire disponible relevait d’une véritable volonté de soutenir l’artiste et le label. Et s’approcher du millier de ventes dès la première semaine était un petit exploit, compte tenu de la taille des obstacles à franchir. A l’époque, j’ai -peut-être naïvement- cru que ce lot de 14 pistes serait sa dernière livraison. J’avais toujours une petite lueur d’espoir, mais aucune illusion : je n’imaginais pas Ali repartir pour un nouveau un marathon, et se coltiner à nouveau toutes les difficultés inhérentes à la mise en bacs d’un album -en plus de la création du contenu, évidemment-.
Chaos et Harmonie a été, pour moi, une œuvre incroyablement marquante. Il est, à mon sens, l’un des albums les plus sous-estimés de toute l’histoire du rap français. Beaucoup sont passés à côté, ou l’ont simplement traversé sans s’en imprégner. Pour ma part, il a été beaucoup plus qu’un simple CD : il m’a accompagné pendant des années, et comme un bon livre de chevet, a contribué à nourrir un long cheminement spirituel. Dans mon petit classement personnel des albums de rap français, j’irai même jusqu’à dire que Chaos et Harmonie a sa place sur le podium. C’est dire à quel point il m’a marqué.
C’est dans ce contexte que j’attendais Le Rassemblement. J’avais été déçu. Ali était toujours très bon, n’avait en rien travesti son message, mais musicalement, ça me parlait moins. J’ai aimé cet album, je l’ai beaucoup écouté, mais il ne m’a pas réellement marqué. Je n’ai pas trop su dire pourquoi. Sa couleur musicale, peut-être. Le Rassemblement était moins sombre que Chaos et Harmonie. Trop … positif. Drôle de reproche. Peut-être aussi que mon état d’esprit n’était pas le même que 5 ans plus tôt. Et puis, comme souvent, quand on place trop d’attente sur un disque, on a moins de chances d’être satisfait.
J’ai donc abordé l’écoute de Que la paix soit sur vous avec beaucoup de détachement. J’ai vu cet album comme un bonus, une nouvelle possibilité d’écouter Ali sur un long-format. Que ce soit extraordinaire ou non, peu importe. Apprécier à fond le plaisir de l’écoute, le temps que ça durera.
Y’a surement un truc à dire sur l’évolution des pochettes, les couleurs de plus en plus vives, le visage d’Ali de moins en moins fermé, etc, mais là j’ai pas le temps.
Si je devais tirer une conclusion hâtive, je dirais que ce troisième opus solo est, certes, un cran en-dessous de Chaos et Harmonie, mais qu’il est aussi et surtout bien meilleur que Le Rassemblement. Dans le fond, il n’y a pas énormément de différences : Ali reste Ali. Spiritualité omniprésente, gros travail lyrical, flow monocorde, prods intemporelles, et toujours ces scratchs au refrain … Si on a aimé le Ali des dix dernières années, on aimera le Ali 2015. Et vice-versa. Pourtant, on note de nombreux efforts pour se renouveler : ce flow, justement, est -par moments- moins linéaire ; musicalement, ensuite, on est parfois surpris, dans le bon sens du terme : je ne suis toujours pas remis de ces solos de guitare électrique. Car oui, je vous jure que c’est vrai : il y a des solos de guitare électrique sur cet album. Il faut l’entendre pour le croire.
Mais la grande et belle surprise de Que la paix soit sur vous, ce sont les featurings. Exs, Hifi, Le Rat Luciano. Depuis la retraite jamais annoncée de Salif, je croyais ne plus jamais entendre sur disque la voix d’Exs, un mec qui, malgré un album solo en 2007, a toujours été un membre de Nysay avant tout. Quel plaisir de l’entendre rapper encore ! Sur On ne s’oublie pas, il s’adapte forcément aux thèmes chers à Ali : Exs parle de La Mecque, de paix intérieure, et de l’aspect éphémère de nos vies terrestres. La combinaison, pas forcément évidente naturellement, fonctionne à merveille, et ce titre est un vrai moment fort.
Ali / Hifi, c’est beaucoup plus évident. Énième collaboration, énième réussite. A la mesure de ses apparitions de plus en plus sporadiques, on a tendance à laisser Hifi disparaitre de la mémoire collective du rap français. On a beaucoup à y perdre. Sur Innocence, il fait ce qu’il sait faire de mieux : rapper mieux que quiconque. Je paierais cher pour l’entendre un peu plus souvent, voire, même, si l’utopie est permise, pour écouter un Rien à Perdre Rien à Prouver Volume 2.
Ali / Le Rat Luciano, c’était la surprise du chef. Même avec toute l’imagination du monde, je n’aurais jamais osé penser à cette combinaison. J’avais un peu peur, Le Rat a été très grand, mais ses dernières performances m’avaient laissé une sale impression de « mec, arrête-toi avant de trop effriter ta légende ». Et bien croyez-moi : sur Reflexion, on retrouve Le Rat des grands jours. Son couplet est absolument brillant. J’irai même plus loin : c’est un vrai petit bijou. Et puis, il faut saluer la performance : Le Rat est l’auteur de la SEULE vulgarité de tout l’album : il réussit à placer le mot « couille ». On imagine le tiraillement intérieur vécu par Ali avant d’accepter de ne pas censurer Le Rat.
Copyright : Mascariano Gfx
Malgré le manque de recul nécessaire à la véritable analyse de Que la paix soit sur vous, je crois pouvoir dire que l’on est face à un grand album. Les appréciateurs du style -particulier, j’en conviens- d’Ali seront aux anges. Les autres passeront leur chemin. Il faut être prévenu avant de s’attaquer à son œuvre, très religieuse, parfois mystique, et bourrée de références qui rendent ses textes très compliqués à aborder pour le profane. Je ne sais pas si Ali a réellement une spiritualité extrêmement forte -nul, ici-bas, ne connait le contenu des cœurs-, mais il a, en tout cas, une capacité incroyable à la transmettre. Puisse-t-il continuer à le faire, encore, et à abreuver nos esgourdes, nos méninges et nos esprits.
Et achetez l’album quand il sort, faites pas les rats.
Ce matin sur Twitter, j’ai quelque peu digressé au sujet de Nessbeal, de Skread, et de La Mélodie des Briques, un album qui est selon moi un sacré monument. Un mec m’a alors mentionné en me disant « tiens, je suis justement en train de compiler les meilleurs sons hors-albums de Nessbeal ». La vie est bien faite, n’est-ce pas ?
Comment ça, mon anecdote c’est de la merde ?
Voici donc ce fameux bootleg, une cinquantaine de pistes, et un titre absolument fabuleux : 50 Nuances de Khey.
On dit merci à ce fameux « Marcel La Gnole ». Il va sans dire que vous êtes censés posséder les originaux de tous ces morceaux avant de les télécharger, sinon vous vous exposez à des bails de copyrights, d’hadopi, et de propriété intellectuelle. Par la même occasion, sachez également que la drogue c’est mal (vente comme consommation), et qu’il est important de se brosser les dents après chaque repas.
Par contre y’a pas de lien d’écoute directe genre soundcloud parce qu’on va pas vous mâcher le travail non plus, bande d’assistés.
EDIT du 26/03/15 : On remercie @DaDoomyBear qui a re-taggué tout le bootleg (nouveau lien mediafire)
2015 démarre sur les chapeaux de roues. Le chapeau à 1 million de Joe Lucazz, le bonnet sur la tête d’Adebisi, le lapin mort sous le chapeau d’un magicien défoncé à la coke. Après No Name, premier chef d’œuvre de l’année -auquel Sidisid et Dela ont participé avec les prods de Gatsby et Pharell-, nos deux nécromanciens dévoilent la fabuleuse folie planquée depuis deux ans sous leur couvre-chef.
Qu’est ce que la nécromancie ? Une pratique occulte qui consiste à parler aux morts afin de prédire l’avenir. Sidisid parle bien à un public mort -ou, au mieux, comateux-. Pas de temps à perdre au milieu des vivants, « c’est du rap pour les pompes funèbres« .Mais à la différence du nécromancien classique, c’est lui qui annonce l’avenir et répond aux questions qu’il pose. « Quelle heure est-il ? L’heure de faire de l’argent« .
Absent de la tracklist, mais planant sur Toute la nuit, Doc Gynéco est le premier mort appelé à participer à la fête. Pas le Gynéco quarantenaire, bedonnant et si peu neuronné, que l’épreuve du temps nous a laissé sur le bas-côté d’une route à peine goudronnée et même plus éclairée. Non, ici Butter Bullets rappelle le spectre du Gynéco insolent d’une Première Consultation aussi marquante que la première fois d’une jeune fille de quinze ans -qui ne dira rien à ses copines pour que tu ne dises rien à ses parents. Ce Gynéco mort, déjà rappelé de son Nirvana sur Peplum, retrouve ici le rôle de Celui qui vient chez toi (quand tu n’es pas là), et dans cette cuisine Mobalpa, qui, quinze ans plus tard, sent toujours les spaghetti. La tequila de Bruno est devenue un bon douze ans d’âge, et si Gynéco la jouait discrète « tu ne me connais pas, ta femme me connait« , notre White Pimp C joue de sa petite notoriété : « Tu lui diras, c’est Sidisid, tu sais, Titanic« . Un grand gamin, qui, une fois de plus, s’amuse avec la mort : « j’aime la roulette russe« . Nouvel hymne au suicide (et nouvelle filiation avec le Nirvana de Bruno), 123457 est une déclaration d’amour au repos éternel, une glorification enchanteresse de l’auto-homicide volontaire. Plus que ta femme, la Grande Faucheuse est la meilleure amante de Sidisid et Dela. Plan à 3, étalé sur 18 pistes, et tourné comme un bon gros porno hardcore, avec gros plans et ralentis en screwed and chopped disséminés tout au long de ces 70 minutes de pellicule.
70 minutes, c’est facilement 20 de plus que la plupart des albums qui sortiront cette année. Un exploit qui n’a d’intérêt que si quantité rime avec qualité. Memento Mori est un disque dense, avec pour seuls temps morts MOR -interlude instrumentale torturée qui fait le lien entre le concupiscent Toute la Nuit et le retentissant Olivier Machin– et 14 avril -date de collision entre le Titanic et son slim Icerberg-, outro hypnotisante pianotée par un virtuose du XXIème siècle.
Rare pic of Sidisid
« Musique rap, rap, musique de merde« . Sidisid méprise le rap français (« l’rap c’est rempli de tapettes et de pédés« ), une musique qui « fonce droit dans le mur, comme Diana« . Alors, Docteur Sid s’emploie à sauver ce qui peut encore l’être. Sadique, il l' »opère comme dans Hostel« . Comme pour imposer leur vision torturée de la musique, Young Sid et Jérémie Dela découpent, tailladent, transforment et dénaturent les sonorités qui osent s’approcher trop près de leur centre gravitationnel. « Oh rap français, si tu savais tout le mal que je vais te faire » … Le Marquis de Sade fait groupe de rap, quelque part entre Leopold von Sacher et Joffrey Baratheon. Lyricisme cruel et vicieux, mais pas seulement. Du grain de voix nasillard et nazillon de Sidisid, aux ambiances funestes distillées par Dela, en passant par l’interprétation perverse des morceaux, tout, dans la musique de Butter Bullets, est démoniaque. Écoutez ce « Coucou c’est nous, comme Christophe Dechavanne » (Pimp C). Il aurait pu sonner gay, ridicule ou cocasse, avec tout autre rappeur. Ici, il sonne diabolique. Butter Bullets est le serpent, la pomme, et le pêché originel. Quand Sidisid et Dela sont en studio, Belzebuth est le troisième larron.
« Même devant les portes de l’enfer, j’roule un petit bédo« . Qui mieux qu’Alkpote -« le nouveau Doc Gynéco« – pour escorter des âmes perdues vers le précipice ? S’il n’a pas l’impact incroyable de Chiens, Prêt pour la guerre est une nouvelle preuve de l’excellence du binôme Alk-Sid. Les deux dévoreurs d’âmes se nourrissent l’un de l’autre -en toute hétérosexualité, attention- et nous font regretter un peu plus l’existence avortée du projet Ténébreuse Musique. Beaucoup, beaucoup moins prévisible, l’association Lalcko-BB est l’exemple parfait de ce que doit être une collaboration entre un pur lyriciste et un trappeur axé sur la technique. Sans que ni l’un, ni l’autre, ne dénaturent leur travail, le rapprochement se fait, et ce passage de témoin, où chacun répond dans son style, vaut son pesant d’or : « Ils disent que Colal dans un stud’, c’est comme Sarkozy à l’Assemblée / Resserrez vos cravates, on va carotter, on va faire du blé / J’suis un hustler, je sais que même dans les pâtes y’a du blé » (Lalcko) ; « Ils disent que Sidi dans un stud’, c’est comme Dominique au Sofitel / Desserrez vos ceintures, on va faire du sale, on va vous faire mal / J’suis un hustler, tu sais que même dans ta chatte y’a mon nez » (Sidisid)
Troisième featuring, et troisième ambiance : Zekwe. Sur Mademoiselle, l’ambiance est salement romantique, ou romantiquement sale. Éloge de la muse en Louboutin, Mlle aurait aisément pu figurer sur Seleçao 2, bien calé entre Premier Metro et La fille d’à côté. Prod douce et envoutante, punchlines ramossiennes (« Crache le maximum de fois avant que ta femme revienne« , « transforme vite ton RSA en RS4 si tu veux que cette garce écarte les pattes« ) … La grande qualité de Butter Bullets, c’est de savoir s’adapter aisément au style et à l’univers de chaque invité. Un mimétisme impressionnant, qui atteint, forcément, son apogée, quand Gangsta Boo entre en scène. Car après Project Pat sur Peplum, nos deux compères continuent de se faire plaisir, en collaborant avec un autre membre notoire de la Three 6 Mafia. Si l’ambiance des rues et cimetières de Memphis tend à planer sur la globalité de l’album -voire même sur toute la discographie récente du groupe-, on sent Young Sid et Dela véritablement investis à faire les choses en grand dans 12345666, affublés de leurs meilleurs masques de clowns-tueurs.
« Place aux jeunes, c’est pas mardi-gras« . Olivier Cachin, pauvre victime de l’un des meilleurs titres de Memento Mori, n’appréciera certainement pas ce refrain tout en adlibs, ni cette prod un brin minimaliste. Pourtant, si l’on fait fi du thème et des paroles, Olivier Machin est une démonstration. Dans l’interprétation comme dans l’ambiance, tout est incroyablement maitrisé. C’est une tendance générale sur cet album : le savoir-faire du duo a gommé un à un chaque défaut de l’opus précédent : les prods paraissent moins saturées, les rimes faciles ont été mises de côté, et la direction artistique est parfaitement définie, sans faux pas, de la première à la dernière piste. Butter Bullets, après un parcours hors-normes, arrive enfin à maturité.
Car comme Cell, BB est passé par plusieurs stades. De Tekilatex et bonbons colorés à Alkpote et pilon bien gras, la mue est achevée. Un à un, Sidisid a absorbé l’âme et les pouvoirs de chacun de ses invités. Avec sa queue. Comme Cell. Mais toujours en toute hétérosexualité, et j’insiste, parce que c’est important. Quelques années en arrière, Sidisid aurait pu passer pour un vulgaire Marc-Olivier Fogiel du rap, avec cet air hautain et moqueur. Ou pour un Lorant Deutsh en Ralph Lauren, avec ses références à Louis XVI et Marie-Antoinette. On n’aurait pas pu éviter des comparaisons foireuses avec Orelsan, un blanc qui parle de sa bite, Seth Gueko, un blanc qui parle de sa bite, ou Jul, un blanc qui chantonne sous autotune. Aujourd’hui, Sidisid se présente comme le Pimp C blanc. Pimp-Sidisid. On n’oserait même pas le contredire. Paris n’est pas Memphis, mais les vices et les cimetières sont les mêmes.
Butter Bullets n’est qu’amour pour l’argent, les trucs rasés à blanc, les moteurs allemands. Les tickets de métro, les petites shneks et les gros chèques. Louis XVI et Stanley Kubrick, Ghostface et les taspé lubriques.
Butter Bullets, c’est l’odeur de la mort et l’amour du trépas. Rien de sinistre … A la limite, peut-on y voir du cynisme. Butter Bullets, c’est le nouveau romantisme. Souviens-toi que tu vas mourir. Memento Mori.
« Si tu me cherches, j’suis au dessus du soleil, toujours en Ralph Lauren »
Atlanta semble être une source inépuisable de talent. Et cela depuis des décennies. A l’heure ou le monde découvre à peine Young Thug, les rues d’ATL on déjà en leurs seins des gargouilles qui crèveront probablement les écrans d’ici quelques mois. Le nom d’OG Maco circule depuis déjà quelques mois, et c’est finalement avec la sortie de son dernier projet, sobrement nommé OG Maco EP, que j’ai appris son rapprochement avec la structure Quality Control Music, label indépendant rendu célèbre par les trois Migos.
Son clan : OGG pour Originality Gains Greatness, est arrivé dans le game après un coup d’éclat, comme toujours. U Guessed It, titre que Maco avoue sans mal avoir enregistré ivre mort. Un titre trés facile à résumer : 4 notes de piano, une grosse basse et un aliéné qui en une seconde passe d’un crie sauvage à un murmure. Son « You is right » restera dans les mémoires. Ce titre est aussi simple et efficace que brutal, on aime ou on déteste, vous serez vite fixé. Mais aux états-unis quand on aime on ne fait pas semblant : a l’heure qu’il est, le titre comptabilise presque 20 millions de vues sur Youtube. En cause, un vrai banger, mais aussi comme de plus en plus souvent un bon buzz sur Vine (#freeShmurda). Preuve de son succès, c’est finalement 2 Chainz qu’on retrouve sur le titre de l’EP.
Les titres Want More et Fuck Em (avec Migos) dégagent la même énergie dévastatrice, qui donne envie de fumer du napalm. Là aussi les notes sont simples, et restent dans la tête avec la même persistance que les cris qui les accompagnent. Pour s’en convaincre, il suffit de voir l’énergie que ses titres dégagent quand la joyeuse bande pousse la chansonette. Épique. Mais on s’apperçoi vite que Maco n’est pas bon qu’a crié comme un pestiféré. Parfois, il serait même plutôt mélodieux (Road Runner). Que serait un rappeur d’atlanta sans parler de cocaïne ? Depuis le bonhomme de neige Jeezy et Tonton Guwop (#freeGucci ), c’est semble-t-il un passage obligatoire. Maco le fait avec brio sur 12 Bricks, et me fait penser que la ville de Coca Cola devrait peut être un jour changer d’icône, et ce n’est pas la nouvelle série de Noisey qui me contredira. Comme ce n’est pas la moitié d’un idiot, Maco n’a pas raté l’occasion de déclarer de la plus belle des manières, son amour pour le sirop codéiné, avec la festive et conviviale 2 Bars. Médicament toujours, Human Nature est une chanson que semble-t-il, les spécialistes semblent oublier. Sorte de réflexion mélancolique sur fond d’ordonnances médicales, cette chanson est l’exemple parfait de son potentiel versatile.
OG Maco est donc un jeune à surveiller, en partie car on ne sait pas vraiment ou il peut nous emmener. Mais pour découvrir un autre facette de sa musique, il faut creuser un peu. Pas loin. Il collabore régulièrement (depuis peu) avec Rome Fortune, autre rappeur d’Atlanta qui apprécie lui aussi se « détacher » sensiblement de la mode trap. Sur sa dernière mixtape Smal VVorld (à la pochette magnifique) que je vous conseil d’aller écouter, OG Maco est invité 3 fois, dont sur le très bon 4 Seasons. Les deux semblent très bien s’entendre, même si Rome Fortune est sur un créneau assez différent, en partie a cause des prods qu’ils utilisent, tantôt planantes tantôt un peu psyché (Why / Second Chance) et aussi des ses refrains chantonnés. Sans lui volé la vedette, c’est intéressant de savoir que Maco peut aussi faire des bonnes choses dans ce genre d’ambiance. Preuve de leur bonne entente, ils ont sorti un projet commun assez sympathique : Yep. Au menu, le sympathique Pearls sur un prod de Childish Major, le très bon Sex et le violent Riot. Une seule chose est sure, le bougre a du talent. Maintenant qu’il est affilié a Quality Control Music, il a toutes les clefs en main (prods / feat ) pour fournir des bons produits.
« This tape is a culmination of every failure and lesson it ever took to achieve victory with my team, with my family and for the world. » – OG Maco