Le site Hip-Hop Reverse, partenaire de Captcha Mag, a rouvert ses portes en début de semaine. Pour l’occasion, on vous propose de lire cet article de Squale Sadique, fondateur de HHR, et d’écouter Soviet Rap Vol.2 (et éventuellement réécouter le Vol.1)
Au début des années 2000, une génération de rappeurs russes émigrés en Allemagne donne naissance à un nouveau genre : le « battle rap russe », un mélange d’égotrip, de clash et de gangsta rap. Ce mouvement de rappeurs russes d’Allemagne a été articulé en grande partie autour du label indépendant Rap Woyska Records, fondé par les rappeurs 1.Kla$ et Czar. Czar et 1.Kla$ sont tous deux nés en Russie dans les années 80 mais ont déménagé en Allemagne en 1995-1996, peu après la chute de l’Union Soviétique. Dans sa jeunesse, Czar est fortement influencé par le groupe de rock Красная Плесень (« Moisissure Rouge »), ce qui explique sans doute son style un peu chanté et récité. Ils se lancent dans la musique ensemble, en 1998, le nom d’artiste de Czar est alors M.Mecker et tous deux rappent exclusivement en allemand.
En 1996, Constantin Ponomarev, lui aussi né en République Socialiste de Russie au début des années 80, emménage en Allemagne, dans la ville de Koblenz. Dès l’école élémentaire, il joue de la guitare basse dans des groupes scolaires et en grandissant, il rejoint le groupe de rock Seven days left, dont le nom est inspiré du film de Verbinski Le Cercle. Constantin se démarque de son groupe, il cherche une alternative au rock et choisit par hasard le rap. En 2003, il rencontre le rappeur Dron et ils enregistrent un premier morceau en commun. Plus tard, ils fondent ensemble le groupe Syndikat qui accueillera aussi des rappeurs tels que Draven, D.1.S et Hooligan. Dans un premier temps, Constantin choisit comme pseudonyme Kozz Porno.
En 2000, 1.Kla$ et Czar gagnent un concours et remportent la somme de 2000 euros, ce qui les pousse à se lancer professionnellement dans le rap. En 2002, ils rencontrent un premier succès avec le projet Weiss-Blau-Rot (blanc, bleu, rouge, les couleurs du drapeau russe), mais leur notoriété se imite à l’Allemagne, ils sont totalement inconnus en Russie et dans l’ex-URSS. Cela va changer à partir de 2006, après la sortie du morceau Как Гитлер (« Comme Hitler »). La même année, il sort son premier album solo, Сукины дети (« Enfants de putains »), qui lui permet d’être exposé dans tout le pays. Certains de ses morceaux atteingnent le million de vues sur internet, ce qui relève alors de l’exploi en Russie. En 2007, il sort deux projets qui vont bouleverser tout le rap underground russe : Хуй в рот styles (« Bite dans la bouche styles ») et son album commun avec Czar Твою мать (« Ta mère »). Peu de temps après, Czar rencontre le rappeur Schokk, ainsi que les groupes Syndikat et Ginex.
Dimitri Hinter, plus connu sous le nom de Schokk, est né en République Socialiste du Kazakhstan. Son père était allemand et sa mère juive, pour cette raison ils déménagent en 1996 en Allemagne, dans la ville de Bamberg. Dimitri y restera jusqu’en 2012, puis il déménagera à Berlin. En 2007, il rencontre Czar sur Myspace et ils sortent ensemble le morceau Два удара (« Deux coups ») : c’est son premier morceau en russe. Il entre dans le label de A.Kla$ et Czar, Rap Woyska Records et en 2008 on lui propose d’entrer dans le label Optik Russia, qui est parrainé par le célèbre rappeur allemand Kool Savas. La même année, il rencontre le rappeur Oxxxymiron avec qui il entame une collaboration soutenue.
1.Kla$
En 2007-2008 éclate un clash qui est encore aujourd’hui considéré comme le plus important de l’histoire du rap russe. Beaucoup de rappeurs ont eu l’occasion d’émerger à l’occasion de ce clash, notamment Kozz Porno du groupe Syndikat. Tout commence avec le morceau du rappeur Dessar intitulé Comeback : « Retourne plutôt à l’école élémentaire [il s’agit d’un jeu de mots car en russe 1.Kla$ se prononce comme le premier niveau de l’école élémentaire, équivalent du CP], et apprends à lire / Des phrases toutes simples où il n’y a pas le mot salope / Je sais que ça ne sera pas facile, mais essaye quand même ». 1.Kla$ ne réplique pas immédiatement, mais Czar et Schokk sortent à leur tour un morceau intitulé Gayssar. Dans le morceau Не рэппер (« Pas un rappeur »), Kla$ intervient pour la première fois. En tout, le clash se sera étalé sur près de 17 morceau dont 13 sont adressés à Dessar. Il prend fin avec la sortie d’un morceau de Syndikat et Schokk intitulé С 8 мартом (« Joyeux 8 mars »).
En 2008, Syndikat sort sa première mixtape, Syndikat Mixtape volume 1, et la même année le groupe sort Syndikat Mixtape volume 1.2, sur laquelle on trouve de nombreux featurings avec Dandy, NG, СД, N1k et Buhoi. Cependant cette deuxième mixtape est la dernière du groupe, Draven quitte le Syndikat avant sa sortie et en 2009 le groupe se sépare définitivement. Kozz Porno entamme alors sa carrière solo. En 2008-2009, il se brouille avec beaucoup de rappeurs, notamment Schokk et Czar ; il entre peu à peu dans une phase de dépression. En 2009, il participe à la compilation Optik Russia – New Russian Standart, sur laquelle il place le morceau Kozz = Beef.
Lors d’une fête, 1.Kla$ frôle l’overdose et c’est son ami Sacha qui meurt, pourtant une rumeur persistante court sur internet selon laquelle le rappeur aurait décédé. En 2008, il sort son unique clip intitué NRS sur lequel on retrouve Schokk et le rappeur allemand I.G.O.R. Il annonce aussi la sortie de son album Sieg Kla$ mais la sortie est décalée de plusieurs mois, entre temps le projet fuite sur internet, ce qui réduit énormément les ventes. Après la sortie de l’album, il reste silencieux pendant près d’un an puis en 2010 Schokk quitte Rap Woyska Records et annonce que 1.Kla$ a pris la décision d’arrêter le rap. Czar termine seul l’album Твою мать 2 (« Ta mère 2 ») et malgré les difficultés techniques rencontrées le projet rencontre un succès inespéré et figure parmis les albums les plus appréciés du rap russe sur un certain nombre de classements. Ce succès n’entamme par la résolution de Kla$, même si en 2013 il sort une collaboration avec Czar intitulée Gazprom qui figurera dans la tracklist de Phantom, l’album de Czar.
En 2009, Schokk entamme une collaboration avec le groupe de musique folklorique allemande Kellerkommando [] et enregistre des collaborations avec les rappeurs russes T1One [] et СД []. Après avoir quitté Rap Woyska Records, il fonde avec Oxxxymiron et Vania Lenin le label Vagabunds. Le label entamme une tournée en ex-URSS intitulée Октябрьские события (« Evènements d’octobre ») en référence à la révolution russe d’octobre 1917. Le 9 juin 2011, Schokk sort la mixtape Operation Payback et 9 jours plus tard le premier projet de Vagabunds est diffusé, une net-tape intitulée То густо, то пусто (« Parfois plein, parfois vide ») qui contient en tout et pour tout deux morceaux et deux remix. En 2011, le label entreprend une deuxième tournée mais pendant un concert privé dans un appartement à Saint-Pétersbourg, le rappeur Roma Zhigan [] fait irruption dans la salle avec 10 hommes armés et masqués qui passent Schokk à tabac et le filment en train de présenter ses excuses à genoux.
Peu de temps après, Oxxxymiron abandonne Vagabund et Schokk prend un nouveau départ en adoptant un nouveau nom d’artiste, Dimi Ya [].
Kozz Porno de Syndikat sort son premier album sous son nom d’artiste actuel, K.R.A., le 18 juillet 2010, il s’agit de Строго вверх (« Droit vers le haut »), un projet de 15 pistes sur lequel apparaissent des rappeurs comme Dron, Hooligan et Mr. Fm. Il a lui-même produit la quasi-totalité de son album avec un Akai MPC1000 et Apple Logic. Il explique son changement de nom de la manière suivante : « Au moment où je préparais mon album, je me suis rendu compte que ça nécessitait quelque chose de plus, quelque chose qui sonne mieux ou qui convienne mieux. Et là, la mythologie antique m’a aidé. » En effet, K.R.A. sont les premières lettres de Kratos, nom d’une divinité grecque de la Puissance, de la Force et du Pouvoir. Par la suite, il sortira deux autres albums solo, Kozz (a) Nostra en 2013 et HMR (Heavy Metal Rap) en 2014.
En 2013, Czar sort aussi son album Phantom, il n’a pas abandonné le rap et vit en Allemagne dans une villa que des rumeurs prétendent achetés grâce aux bénéfices d’un fructueux trafic de drogue. 1.Kla$ a quant à lui tenu sa parole et n’a pas tenté de revenir au rap. Malgré sa défection inexpliquée alors qu’il était à son apogée, il reste une légende du rap underground russe qu’il a marqué à jamais. En l’espace d’à peine quatre projets, il a révolutionné la direction que ce dernier avait pris par des phases telles que « je ne crois pas en Dieu mais en ma queue » et a élevé dans son sillage toute une génération de rappeurs.
Karlito, c’est ce mec dont tout le monde connait le nom, dont peu de monde sait réellement qui il est, et dont encore moins de monde l’écoute.
Syntaxiquement, je ne suis pas certain de la justesse de cette première phrase. En revanche, je suis bien certain de ce que j’avance : vous etes bien peu nombreux à avoir pris la peine d’écouter Impact, son deuxième album solo. Alors j’ai voulu chroniquer ce CD, parce que c’est vraiment un bon produit, et que pousser trois ou quatre personnes à découvrir de la musique de qualité, c’est une des seules raisons qui me poussent à maintenir une activité sur ce site qui ne me rapporte rien. Le problème, c’est que je ne trouve vraiment rien à dire.
Impact est sorti lundi 12 janvier, le même jour que Requiem et No Name. Difficile de ne pas passer inaperçu, avec une telle concurrence. Pour faire court, Impact n’est pas aussi follement exceptionnel que No Name, mais est incroyablement moins décevant que Requiem. Il faut dire qu’il était moins attendu par le public rap français, qui prend toujours bien soin de citer Lino, Lalcko ou Flynt quand on lui parle de lyricisme, mais qui ignore invariablement l’existence de Karlito. Il faut reconnaitre que le boug ne fait rien pour rappeler au monde qu’il est toujours en vie, puisque ses apparitions depuis 2005 peuvent se compter sur les doigts d’une main. Le « secret le mieux gardé du rap français » avait finit par devenir un véritable mystère, une légende qui commençait même à s’effacer de la mémoire des anciens.
Généralement, quand on ne sait pas quoi dire sur un album, on commence par le comparer au précédent projet de l’artiste. Concernant Karlito, Contenu sous pression date de 2001. Porté par les prods de DJ Mehdi, l’orlysien survolait ces douze pistes avec une véritable aisance, livrant un premier opus solo marquant, qui semblait annoncer une belle carrière. Collectif, il avait alors choisi de mettre ses talents au service de ses compères de la Mafia K1fry, en épaulant tour à tour Rohff, Manu Key, et Intouchable, avant de quasiment disparaitre des radars jusqu’à aujourd’hui. Que vaut donc Impactface à Contenu sous pression ? Difficile de dire que ce nouvel album est intrinsèquement moins bon que le précédent. L’analyse est rendue difficile par les évolutions récentes de la tendance rap français. Alors que Contenu sous pression était un disque parfaitement ancré dans son époque, Impact semble lui appartenir à la décennie précédente -voire même celle d’avant-. Mais Katana, notamment, a prouvé l’an dernier que l’on pouvait encore surprendre et taper pas mal de monde avec des sonorités presque boom-bap.
Impact n’est donc pas un album très moderne musicalement. Pas obligatoirement un mauvais point, mais simplement un handicap certain dans la course aux auditeurs. Continuons le remplissage de cet article. Deuxième méthode basique pour décrire un disque : qualités et défauts. Du coté des qualités, la première chose qui vient en tête quand on parle de Karlito, évidemment, ce sont les lyrics. De ce point de vue, le MC n’a rien perdu de son talent, et envoie une flopée d’images fortes enveloppées dans une prose toujours aussi raffinée. Introspectif et réfléchi, mais jamais conchiant ni pompeux, Karlito est un vrai écrivain de la rue. Son univers, toujours collé au bitume, avec ce coté lascar à l’ancienne, correspond parfaitement à l’ambiance musicale un peu « 90’s streets », alternant moments sombres et moments légers. Attention tout de même à ne pas tomber dans la caricature du « tout lyrical » : Karlito a travaillé ce flow un peu rugueux et cassant qui lui avait été reproché en 2001, et sa maitrise, sur ce point, est indéniable. Quelques coups de génie, notamment ce O’Dog Psycho, bourré de références et d’analogies judicieuses au mythique Menace II Society.
Coté défauts, citons ces refrains trop souvent indigestes, qui rendent certains titres étouffants malgré des couplets réussis. Ces refrains, c’est en fait LE gros défaut d’Impact. Karlito a probablement cherché à intégrer un brin de musicalité pour ne pas s’enfermer dans un album trop rigide, mais la démarche n’a pas l’effet escompté. Au final, le verre est n’est qu’à moitié plein. Même réflexion concernant les featurings : si Rocé et Dry sont excellents et apportent une vraie plus-value (A la kiss et Affranchis sont d’ailleurs parmi les meilleurs pistes de l’album), Ruff D et la petite meuf dont j’ai oublié le nom font des apparitions plutôt irritantes et dénotent avec l’impression d’ensemble.
Impact n’aura pas l’impact (ok, elle est facile celle-là) de Contenu sous pression, et restera probablement un album assez confidentiel. S’il n’est pas exempt de tout reproche, ce second projet solo de Karlito mériterait tout de même que du monde s’y arrête. Les amoureux de lyrics y trouveront de quoi s’extasier, les puristes apprécieront ce retour aux fondamentaux, et la nouvelle génération gagnera à découvrir un artiste qui a marqué, dans l’ombre, une grande époque.
EDIT : Certains me font remarquer à juste titre que j’ai complètement zappé la période Ozas de Karlito. C’est un oubli inconscient, mais quelque part vous pouvez aussi remercier ma mémoire sélective de faire comme si ce projet n’avait jamais existé.
Je ne l’ai jamais caché, je suis ce genre d’auditeur qui considère un pet de Lino comme un coup de génie lyrical. Un Radio Bitume à moitié terminé et sans le moindre mixage avait suffit à m’achever, c’est donc peu dire que j’attendais Requiem comme d’autres attendent Detox. Et logiquement, plus hautes sont les attentes, plus dure peut-être la déception. Alors qu’il était appelé à devenir au minimum le meilleur album de l’année, Requiem n’est devenu que le troisième meilleur album de la journée du lundi 12 janvier 2015, derrière Joe Lucazz et Karlito. Requiem a fait de moi un auditeur déçu, voici pourquoi.
N’y allons pas par quatre chemins : le véritable suicide commercial de cet album, c’est la direction artistique. Clairement LE gros défaut de Requiem. Lino est fort. Lino est exceptionnel. Mais Lino rappe sur des instrus qui ne ressemblent à rien. J’ai lu un mec dire sur twitter « la plume de Lino avec les prods de la Team BS« . C’est terrible à dire, mais c’est putain de juste. La moitié de l’album pue juste clairement la merde. C’est arbitraire, mais il n’y a pas besoin du moindre argument. Lancez juste l’écoute de 7 milliards sous le ciel, ou De rêves et de cendres, et dites moi que Sindy et Fababy n’auraient pas leur place là-dessus. Bien sur, Lino reste bon quoi qu’il arrive, il ne va pas perdre son talent d’écriture uniquement parce qu’il pose sur de la soupe. Mais musicalement, ces morceaux sont simplement inécoutables. « Dites aux trentenaires qu’ils peuvent rallumer la radio » … non, Bors, ce type de son parlera à une lycéenne, pas à un père de famille. On sait bien qu’il faut des titres avec une petite meuf sans âme au refrain pour tourner en radio et vendre des disques, mais après Suicide Commercial, ça semble presque ironique.
Et c’est malheureux, parce que cet album comporte tout de même son lot de grosses frappes. Le Flingue à Renaud, Choc Funèbre, Ne m’appelle plus rappeur, Narco (je reconnais que l’idée de reprendre La bicrave est dans ma tête est fabuleuse) … Cette tracklist est composée comme une putain de montagne russe : une frappe atomique, un son de merde, une frappe atomique, un son de merde, une frappe atomique, un son de merde. Au final, Requiem est l’album le plus frustrant depuis une décennie. Quand on sait ce dont Lino est capable, on a l’impression de le voir tirer à blanc avec un M16.
Ce dont Lino est capable, c’est peut-être bien le fond du problème. Depuis bon nombre d’années, on se tue à dire que Lino donne de la confiture à des cochons, tellement il est bon, et tellement le public suit peu. Alors, soit il a voulu se mettre au niveau du public, en descendant d’un cran, soit on en attendait trop de lui. Peut-être aussi qu’à force de s’entendre dire qu’il était si exceptionnel, il s’est installé dans un certain confort. Difficile de se remettre en question quand tout le monde est sur ta bite. Du coup, si on excepte le thème de Suicide Commercial, aucune prise de risque. Requiem est un album convenu et balisé, qui ne sort jamais des clous. Ce coté très solennel qu’on a parfois beaucoup aimé chez Bors devient ici handicapant tant il est omniprésent. Piano-violon, piano seul, chœurs, samples de musique classique … C’est triste à dire, mais on se fait chier.
Lino mise énormément sur sa plume, forcément. Comment pourrait-il en être autrement ? Le premier problème, c’est qu’elle ne peut pas tout le temps faire toute la différence à elle seule. Le second problème, c’est que même cette plume, aussi exceptionnelle soit-elle, n’arrive plus à nous surprendre. Chaque texte est parfait, à la syllabe près. Ce n’est pas un grief -ce serait un comble !-, mais une piste de plus. La perfection n’est pas humaine. Un peu à la manière d’un Messi ou d’un C.Ronaldo dans le monde du football, à qui l’on ne peut rien reprocher d’autre que le manque d’émotions procurées par leurs performances hors-normes, on peut se demander si Lino n’est juste pas trop déshumanisé. Requiem est un disque sans émotions. Et même l’habituel lot de punchlines de Monsieur Bors manque d’impact. Les punchs sont bonnes, excellentes, même. Mais noyées dans un disque trop insipide, elles n’ont pas le même retentissement.
« La rue attend mon album comme Scarface 2« . Pour ma part, c’était le cas. Et j’ai effectivement l’impression d’avoir vu la suite de Scarface. Vous savez, cette suite rincée sur Playstation 2, avec Rohff dans la BO. Je dis beaucoup de mal de Requiem, et ça peut sembler exagéré. Ce n’est pas un mauvais disque. Il est juste terriblement handicapé par cette direction artistique catastrophique. Et si je n ‘en attendais pas autant, je considèrerais peut-être que c’est juste un album moyen d’un grand rappeur. Bien sur, j’avais eu quelques frayeurs, quand la tracklist a fuité : Youssoupha, Corneille, Zaho, Manon … putain, c’est dur. Je m’attendais à devoir zapper sans vergogne trois ou quatre pistes, disons que je considérais ça comme le prix à payer pour avoir douze ou treize autres bons titres. Le problème, c’est qu’en mettant de coté tous les titres fades, je me suis retrouvé avec un EP 6 titres sous la main. Allez, peut-être 7 ou 8, en poussant un peu. C’est bien maigre.
« J’monte trop haut dans leur estime, j’en viole l’espace aérien« . Du coup, t’es redescendu d’un cran. Le plancher des vaches est encore loin, t’en fais pas, ça doit te faire bizarre d’apercevoir le commun des mortels. Allez, Bors, on est prêt à oublier Requiem si tu nous sors une réédition masterisée de Radio Bitume.
EDIT :
Suite à la publication de cet article, j’ai été invité par l’émission de radio ‘Ca parle hip-hop’ pour un petit débat sur Requiem. A écouter ci-dessous, de 0’37 à 0’47 :
La première fois que j’ai entendu Joe Lucazz, j’avais un duvet brun en guise de moustache, et pas de poils à la bite. Et surtout, la première fois que j’ai entendu Joe Lucazz, je me suis dit « putain, il sait pas rapper ! » mais en même temps je me suis aussi dit « putain, il rappe mieux que n’importe qui ! ». Un concept étonnant que Kery James a matérialisé quelques années plus tard avec le « j’rappe tellement bien qu’on me dit que je rappe mal » que personne n’a compris. Moi, j’ai compris : il parlait de Joe.
La première fois que j’ai entendu Joe Lucazz, je me suis dit « mais il est complètement off-beat, qu’est ce que c’est que ce bordel ? ». Puis j’ai réécouté le morceau, parce que quand même, je me disais « c’est le meilleur rappeur off-beat que j’ai jamais entendu ». Au bout de 3-4 écoutes, j’ai fini par comprendre que c’était le beat qui était off-Joe, et pas le contraire.
Suite à cette drôle de révélation, j’ai passé la moitié de ma vie à attendre un album de Joe Lucazz. Il y a eu des projets un peu disparates, en solo ou en groupe, avec ETA, Buffalo Soldiers, de Rencontre avec Joe à So Parano, et je crois que la moitié de la discographie de Joe Lucazz est composée de bootlegs compilés par Le Blavog. D’un point de vue purement honorifique, c’est mieux que d’être compilé par Booska-P, sauf si tu veux que des gens t’écoutent. Il y a eu aussi un nombre incalculable de featurings éparpillés, d’apparitions dans des compilations plus ou moins exposées, et puis de longues périodes d’absence où Joe était soit en prison, soit dans autre chose que le rap.
Vouloir décrire le style de Lucazzi, c’est comme vouloir définir avec certitude la position et la vitesse d’une particule quantique. Au-delà du fait de vouloir me la raconter, c’est une métaphore un peu pompeuse pour dire que c’est impossible, mais qu’on peut essayer, si on n’a pas peur de l’incertitude. Joe aime se définir comme un lyriciste. Quand on s’arrête sur ses textes, bien entendu, on ne peut pas lui donner tort, mais on se dit que c’est quand même un peu réducteur, et qu’il est bien plus que ça.
L’aspect vraiment frappant dans le Joe’s rap, c’est cette manière de punchliner. La plupart des rappeurs font de la punchline sur une mesure tout au plus, parce qu’ils se disent certainement qu’une phrase courte a plus d’impact. Ça suit un peu le principe selon lequel une droite bien balancée ne laisse pas le temps au mec en face d’esquiver. Joe, lui, fait ça sur plusieurs mesures d’affilée, et je crois qu’hormis Despo, et peut-être Lalcko d’une manière différente, personne ne peut prétendre faire durer aussi longtemps la punchline avant la retombée, sans prendre le risque de perdre l’auditeur en chemin.
Un exemple m’a particulièrement marqué l’année dernière, sur Marche Arrière, un morceau tiré de la compilation du Gouffre :
Si j’devais m’réincarner en objet ?
Sans hésiter j’dirais un glock 17, discret
Dans la poche d’un moins de 17
Déjà, là, c’est très fort. Non seulement d’un point de vue technique c’est une sacrée mise à l’amende, mais au niveau du sens, ça t’en met une sacrément violente dans le nez.
Sauf que c’est pas fini. Alors qu’il vient de t’en coller une de face, Joe, ne te laisse pas le temps de te relever, et t’en balance une derrière la nuque.
Attends j’ai mieux
Une grenade dans la bouche d’un juge ou d’un commissaire
Je pourrais remplir encore une trentaine de paragraphes à parler de Joe Bonhomme de Neige Lucazzi, mais 1. j’ai pas que ça à foutre, 2. ça ne servirait pas à grand chose. J’ai plein d’anecdotes, genre Joe & Cross se sont rencontrés sur les bancs de la Fac, ou l’avocat de Joe s’appelle Maitre Le Bras, mais Joe c’est pas Booba, on s’en bat les couilles de savoir s’il se déguise en Batman pour Halloween. Ce qui compte avec Joe, c’est ce qu’il envoie quand il entre en cabine.
Je ne vais donc pas m’amuser à détailler tout ce qui fait de No Name le meilleur album de 2015, quelles que soient les sorties à venir pendant les onze prochains mois. On pourrait parler des prods un peu intemporelles, des feats aussi peu nombreux que parfaits (Cross deux fois, parce que des collabs Cross-Joe dans un album de Joe Lucazz, c’est tout ce qu’on attendait, et Express Bavon, absolument PAR-FAIT sur Corner), recenser tous les thèmes abordés, ajouter un mot sur l’ambiance super posée et à la fois super brute … Ça ferait beaucoup de remplissage, et je pourrais être satisfait d’avoir écrit une chronique de plus de 3000 caractères, mais ici je suis pas payé donc cette phrase fera office de conclusion.
Nous sommes en 2001, moment stratégique dans l’industrie du rap, c’est là que moult destins sont en train de se nouer. Les nanars distribués par les labels notoires du rap sudiste se succèdent à un rythme effréné. A Memphis, Tommy Wright 3 sort Behind The Closed Doors pendant que ses concurrents directs pour ne pas dire ennemis intimes, Three 6 Mafia, illuminent les écrans des cinémas provinciaux avec leur premier long-métrage: Choices.
Attention ! Filmé en grande partie dans les quartiers de Dark City qui ont vu grandir et prospérer Juicy J, DJ Paul, La Chat, Lord Infamous, Gangsta Boo & Project Pat, Choices est un long métrage qui véhicule un message de jadis et de naguère. Sommairement interprété par des acteurs de seconde voire troisième zone, à la fois longuet, bavard, filmé avec les pieds, Choices prétend mettre en balance l’éternel conflit entre le bien et le mal, le chemin à emprunter, ou bien celui à éviter etc…. avec comme fil conducteur un ex-taulard alias Poncho Villa (!) auquel la société a donné une nouvelle chance de mener une vie citoyenne tristement conforme, donc remplie de frustrations.
Projet un tantinet ambitieux qui montre les tauliers de Hypnotize Minds Records/Films cabotinant au gré d’un scénario farci de clichés inhérents à ce genre de production. Ce n’est rien de dire que DJ Paul et Juicy J ont les dents en or qui rayent le parquet de Pyramid Arena, vu qu’ils ont fini par écarter du casting l’âme du groupe (Lord Infamous) afin de pondre cette œuvrette qui lorgne d’un œil torve vers la série Zzzz. Autant dire qu’artistiquement le suicide 666 est à cet instant définitivement consommé.
« Je voulais faire quelque chose que mes enfants puissent voir dans quelques années. » dira Paul au sujet de la motivation qui l’a poussé à se faire cadrer et recadrer. Avant de glisser entre ses chicots miroitants : « Nous savions que nous pouvions faire pas mal de blé avec ça. Aussi, dès que nous avons vu que ça intéressait les gens, nous avons décidé d’ajouter un supplément de 45 minutes au film. »
Aucun doute. Avant de pimper un des trophées phalliques du cinéma US il leur faudra attendre des lustres, cinq ans exactement. Car, ici, c’est bien lui et ses compères qui ont tenu ce putain de stylo qui a dessiné ce putain synopsis, lequel vend de la rédemption à la petite semaine, du braquage mou du chibre, du snitchin’ de pacotille, de la chute de petits caïds au rabais… Bref, on est à des années lumières de l’atmosphère profondément oppressante de Mystic Stylez, quoique par moment on caresse l’absurde, le kafkaïen.
Ça manque de moiteur, de cimetières, de mysticisme rural, de crocodiles de la mort échappés du Memphis Zoo. Ça manque surtout d’un vrai branquignol auquel on puisse s’accrocher pendant 98 minutes, un peu comme on agrippe une bouée dans la tempête. Tobe Hooper aurait été parfait pour cadrer le petit braquage où le staff trépasse à grands coups de tronçonneuse. Néanmoins, ne soyons pas bégueules, ne renions pas notre plaisir, tout n’est pas à jeter aux orties dans Choices. Ci-joint 8 bonnes raisons de reluquer ce désormais classic de la ‘Rap-exploitation’ sudiste :
– Samplé par Project Pat pour le titre du générique, Choice of Colors (1969) de Curtis Mayfield (The Impressions) n’est pas le premier sample emprunté par le groupe à l’artiste chicagoan. Project Pat a déjà samplé Oh, So Beautiful de Mayfield pour Life We Live, Triple 6 Mafia a samplé Give Me Your Love pour Lick My Nuts. Plus tard, Prophet Posse utilisera le sample de Hard Times pour Nothin’ But My Pimp Shit.
– Je sais bien que la mode a évolué, n’empêche qu’en tant que Drug Lord/Petit-fils du Diable, Project Pat est fringué comme un as de pique.
– Comme dans la vraie vie, Paul s’envoie de la coke et Juicy J biberonne la lean améliorée.
– Question numérologie, la fiancée à Poncho Villa fait davantage songer au 69 kamasutresque plutôt qu’à ce 666 satanique dont on nous rabat les oreilles.
– Poncho, justement, miskine, il fait penser à l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’Actors Studio.
– Les deux flics blancs ont des trognes à se faire car-jacker par Tommy Wright 3 & la Manson Family, par une nuit noire, du côté de Smokey City, à la sortie du tournage.
– Désolé, mais La Chat ne sait pas tenir un flingue correctement.
– Memphis y est montré tel qu’il est, c’est à dire un trou obscur, une ville fantôme. Fidèle à sa réputation de ‘Dark City’ telle que l’a nommé Juicy J ?
A l’heure des bilans de fin d’année, on a tendance à s’arrêter sur les albums, street-albums, éventuellement les mixtapes, voire même les compilations. Mais personne, jamais, ne semble retenir les EP. L’extended play est pourtant en train de devenir un véritable format de référence dans le petit monde du rap français. Il s’adapte en effet parfaitement aux exigences imposées par les nouveaux modes de consommation des auditeurs, résumables par une formule caricaturale mais malgré tout très véridique : « je télécharge, j’écoute frénétiquement, je passe à l’artiste suivant, j’oublie ». L’EP (grosso modo 5 à 10 titres) demande en effet moins de travail qu’un véritable album. L’artiste peut ainsi enchainer plus vite les sorties, et donc avoir une actu régulière, plutôt que de s’enfermer un an en studio pour préparer un album complet, en donnant au public l’impression d’avoir disparu pendant une éternité.
2014 a été une année faste en EP de qualité. Des EP parfois proposés en téléchargement libre, à l’impact minime, et pourtant extrêmement intéressants. Il est en effet plus aisé de développer un univers cohérent en 7 ou 8 titres qu’en 18. Les concepts sont donc plus poussés, ce qui confère à certains une aura complètement atypique.
L’exemple le plus frappant est signé BARABARA. Plus que de la musique, Il était une fois le barbouzeest unevéritable œuvre littéraire. Résumé très succinct du synopsis de l’EP : après la fin du monde, un schizophrène parcourt des paysages trop torturés pour être tout à fait réels, mais trop criants de vérité pour n’être qu’imaginés. Il y affronte son double, combat sa propre folie, tout en s’épanchant sur quelques notions très humaines (amour / haine, individualisme/solidarité, sexualité/solitude). Un story-telling halluciné et fascinant inspiré de la folle histoire personnelle de BARABARA, aide humanitaire au Sud-Soudan, un coin où « la fin du monde a déjà eu lieu ». Cramé par six années de vie au milieu de la guerre civile et de la misère humaine, il s’accorde un break de six mois dans le Grand Nord canadien, et pose son croupion dans une auberge isolée en pleine foret boréale. En revenant à la civilisation, il met une balle dans la tête de son double, palabre des heures en tete à tete avec son cadavre, et écrit la fin de son récit.
A l’opposé de cette très sérieuse plongée dans le psyché torturé d’un être bipolaire, le récent Bohemian Club est l’essence-même de ce que doit être un rap qui assume pleinement son haut-degré de mongolerie. Le concept, là-aussi poussé à son maximum : 7 pistes centrées sur les illuminatis, la franc-maçonnerie, et les rituels sataniques. Alors que de nombreux rappeurs doivent se défendre au premier degré d’accusations de sorcellerie ou de satanisme, David Gourmette –ex-Seno des Sales Blancs- et Moise the Dude s’en amusent et jouent le jeu à fond. D’ailleurs, Bohemian Club démontre un autre avantage du format EP : il permet la collaboration de deux artistes qui ne veulent pas forcément s’engager sur un album complet, mais qui veulent tout de même voir plus loin qu’un simple featuring. Pour la petite histoire, Moise est un vieux fan de Seno, et rêvait de collaborer avec lui depuis pas mal d’années. Après avoir fait le forcing pour obtenir un featuring, les rôles se sont inversés, et c’est Seno (devenu David Gourmette, donc … suivez, bordel !) qui a fini par proposer une collaboration sur un projet complet.
Transition parfaite avec Volume 2, EP solo du Dude et support du premier featuring Moise-David (référence biblique très forte et pourtant complètement fortuite). 7 titres à mi-chemin entre indolence et insurrection, conclus par un Porno Psy-chic, une métaphore sexuelle entre lui et sa psychologue, filée sur 3 minutes 30 avec gémissements de jouissance d’une sirène en background … là où ça devient glauque, c’est que la première version du texte parlait de la relation du rappeur avec sa mère. Sans le mot « porno » dans le titre, sans la métaphore sexuelle, et sans les gémissements de jouissance, bien sur (Moise n’est pas originaire du Nord-Pas-de-Calais).
Mais l’EP n’est pas réservé aux rappeurs blancs friands de concepts étranges. Il existe également des rappeurs noirs friands de concepts étranges, à l’image de Teddy the Beer (blaze d’artiste le plus drôle et inventif depuis Alkpote) et son EP SPAM : projet monté sans label, sans manager, enregistré dans une penderie (réellement !), avec carte son et mac book posés sur une table à repasser. Et pour faire parler d’un disque si artisanal, rien de tel qu’un clip tourné avec les moyens du bord. Dans le titre éponyme « Spam », Teddy joue donc les Paper Boys, et distribue à la volée journaux et CDs dans un petit quartier bourgeois de Montréal (oui, Teddy vient du Québec, on ne vous l’a pas dit tout de suite pour ne pas vous faire fuir). Problème : rapper, pédaler et faire de grands gestes devant la caméra, tout en essayant de garder l’équilibre, c’est le meilleur moyen de perdre en précision dans le lancer de galettes. Quelques fenêtres de pavillons et pare-brises de Porsche Cayenne gardent donc de légères séquelles du tournage de Spam. Heureusement que Teddy n’avait pas prévu d’y distribuer des briques.
L’EP le plus ambitieux –et donc le plus attendu- de l’année, Petits Meurtres entre Amis a réunit en octobre Aketo -l’ex-Sniper aux trois disques de platine- et Sidisid –moins vendeur mais au moins aussi talentueux-, le tout sous la coordination de DJ Weedim. Projet initialement censé compiler les quelques collaborations entre les deux rappeurs, PMEA s’est petit à petit engraissé de pistes supplémentaires, devenant quasiment un disque collaboratif réunissant au total, entre featurings et remixs, une bonne dizaine d’artistes. 9 pistes, dont un véritable petit bijou, Joeystarr, né de l’esprit de DJ Weedim, qui s’amusait à poser le refrain (« Chi-chi-chicots en or / Comme Joeystarr ») entre deux séances de studio. Au bout de quelques répétitions, tous les rappeurs qui entendent cette ébauche bassinent Weedim pour poser dessus. En pleine préparation de PMEA, il limite ce droit à Aketo et Sidisid, mais un gros remix pourrait prochainement voir le jour, avec quelques noms bien ronflants au casting. Et Joeystarr sur le refrain ?
SPAM, PMEA, M8NU8T … le monde a réellement commencé à partir en couilles le jour où les rappeurs français ont compris ce qu’était un acronyme. Vald n’échappe pas au fléau, et après NQNTMQMQMB (personne n’a jamais trop compris ce que ça voulait dire), sa première véritable galette, NQNT (Ni Queue Ni Tete) est sortie en octobre dernier. Bien qu’il comporte treize pistes (sans compter les morceaux bonus disponibles sur son site), le CD est catégorisé comme un EP (ça non plus, personne n’a vraiment trop compris, et Vald non plus, d’ailleurs). Fini le travail artisanal, les chaussettes en guise d’anti-pop et les braillements de la daronne en arrière-plan : Vald bosse désormais avec Barclay, ne compte plus les heures de studio, et fait même des vrais clips. Pour Toutatis, il imagine un personnage de flic crapuleux, un genre de Shaft sans mélanine, sans foi ni loi … et se retrouve finalement en vulgaire îlotier, képi sur le front et moustache gauloise sous le nez.
Il y a encore six mois, personne n’associait encore OKLM à Booba. Le groupe Triplego pourra peut-être se venter d’avoir lancé le mouvement, avec l’EP Eau Calme (comment ça, le jeu de mot est pourri ?), un titre trouvé en tirant des grosses lattes sur des jonx devant un lac à Montreuil. L’eau était calme, l’EP s’est appelé Eau Calme (comment ça, l’anecdote est naze ?). Grosse demi-heure de pure chill impulsée par les beats planants de MoMo Spazz et ambiancée par le rap technique de Sanguee. Un nouvel EP, tendrement appelé Putana, sera dispo dans quelques jours. L’histoire ne dit pas si le titre a été trouvé en mettant des coups de rein à une fille de joie devant un lac à Montreuil.
« Là bas ils ont Danny Glover, ici on a Omar Sy ». On a aussi Fred Testot, mais là n’est pas le sujet. Omar Sy a été le vrai ghetto-tube de l’été. Elixir, EP solo de Nip Stuck malheureusement passé trop inaperçu, malgré l’aura des Pompes Funiggez, un groupe qui charbonne en toute indépendance depuis une grosse quinzaine d’années. Peut-être à cause de cette tendance très essonnienne de tout faire à l’arrache, au dernier moment : Elixir a été écrit, produit, enregistré et mixé en un mois seulement. D’ailleurs, pour le clip d’Omar Sy, personne n’est prévenu à l’avance : dix minutes avant le début du tournage, les membres du groupe se rendent compte qu’ils n’ont pas suffisamment de figurants. Et que fait un groupe de rap français quand il a besoin de figurants ? Il va à l’épicerie du quartier, et engage tous les clients. Pas de bol, Omar Sy ne trainait pas dans le coin.
Le principe du « all stars remix » est simple, et remonte à la préhistoire du rap. En gros : prendre un morceau existant, rallonger ostensiblement la durée de l’instrumental, et inviter tous ses petits copains à venir pousser la chansonnette. Cette pratique, fréquente chez nos amis ricains, tend à se démocratiser chez nous, particulièrement cette année, et comme vous allez le constater en parcourant cette liste, particulièrement dans le 91.
Le meilleur de l’année : Touché-Coulé Remix
L’hôte : Cokein Les invités : Canardo, M.O et Tony (La Comera), Hype, Juicy P, Ol Kainry, Bassirou, Kozi Le MVP : Tout le monde est tellement haut sur ce remix qu’il est difficile de choisir une performance plus exceptionnelle que les autres. Par amour du Grand Banditisme, citons Hype, l’un des rappeurs les plus sous-cotés de l’hexagone : schéma de rimes redoublées pour les amoureux de la technique, flow maitrisé à la perfection, et clip en short, dans le plus grand des calmes. La punchline : « Méfie-toi de mon petit corps de lâche » (Canardo) –bon, c’est pas la punchline de l’année, mais avec mes 70 kilos tout mouillé, elle m’a particulièrement ému- Le mec qu’on aurait bien aimé entendre : Face à un tel casting, pas facile de tenir la comparaison. En plus de savoir kicker, il faut également pouvoir s’adapter au style très rue des autres participants. Gradur semble tout indiqué, lui qui ne rechigne jamais à participer à un remix. D’autant qu’il a déjà croisé le fer avec Juicy P et Kozi, ce qui nous fait une transition parfaite avec le prochain morceau de la liste.
Le plus gros casting : Click Click Paw Remix
L’hôte : Juicy P Les invités : Gradur, Mac Tyer, Rim’K, Grodash, Jack Many Le MVP : On aurait tendance à dire Juicy P, qui fait une entrée hyper nerveuse, mais sur ce son, c’est lui qui invite, et il se doit donc de laisser le trône à un invité. Question de bonnes manières. La couronne revient logiquement à Gradur, qui lâche lui aussi un couplet très énergique : « suce mon flow, suce mon bob, suce mon équipe » … le boug sait ce qu’il veut, et il sait comment le demander. La punchline : « J’pousse la chansonnette comme Carla Bruni » (Rim’K) Le mec qu’on aurait bien aimé entendre :Niro, un mec qui compte déjà une bonne centaine de featurings à sa discographie, et qui aurait parfaitement sa place ici, étant donné qu’il a déjà collaboré avec tous les artistes présents sur ce remix.
Le plus Grignyfornien : Click Click Paw Neo Gang Remix
L’hôte : Juicy P Les invites : Jack Many, Tony et M.O (La Comera), Skinny Troy, Ketokrim, Cokein, Mossda & Don Diega Le MVP : Puisqu’un remix ne suffisait pas, Juicy P relance la machine avec ses petits copains de Grigny. Là aussi, on pourrait l’élire MVP du remix, mais citons plutôt Skinny Troy, dit Castor Troy, l’un des membres-fantômes de la LMC Click. Un mec qu’on n’entend pas tellement souvent, pour la simple et bonne raison qu’il n’en a pas grand-chose à foutre du rap. La punchline : « Si l’homme descend du singe, le singe descend de sa branche / Tu l’as vu sortir de l’hotel, elle descendait surement de ma breuch » (Mossda) Le mec qu’on aurait bien aimé entendre : Pour aller au bout du concept, il aurait fallu doubler –voire tripler ou quadrupler- la durée du morceau, et inviter TOUS les rappeurs de Grigny : Myssa, D.O.Z, Gizo Evoracci, Skeem, Doyen OG …
L’hôte : Alkpote Les invités : Sidisid, Zekwe, Zesau, Jeff le nerf, Aketo, 25g, Bolo, Neoklash, Rcp, Kmaze Le MVP : Le truc drôle, sur ce remix, c’est qu’Alkpote a forcé tout le monde à reprendre son flow saccadé façon Migos. Une vraie bonne idée, qui nous permet d’entendre Jeff le Nerf ou 25G rapper de manière complètement hachée, un truc qu’on n’aurait même pas osé imaginer. A ce petit jeu, c’est Sidisid qui s’en sort le mieux, forcément : reprendre les Migos, c’est son dada. La punchline : « J’écris, j’produis bêtement : Alain sous-skonk, Jean-Jacques Gol-mon » (Zekwe Ramos) Le mec qu’on aurait bien aimé entendre : Sur ce casting hyper-éclectique, on aurait pu imaginer un autre canasson de l’écurie Neochrome (Jason Voriz ou Seth Gueko, par exemple), mais sur un concept aussi mongol que Mongoldorak, rien de mieux qu’un rappeur en total contre-emploi : Akhenaton. Vous l’imaginez, avec son accent et ses textes au savon, rapper comme les Migos ? Ce serait absolument horrible. Et donc parfait.
Le plus chti : Guns, Drogue, Money
L’hôte : Baltaz Les invités : NVR Boyz, Rimkhana, Slimane, Yanis, ZKR, Gradur, M16S, Mad. Le MVP : Pour qui n’a pas le nez dans la nouvelle scène rap du 59 (c’est-à-dire : 60 millions de français), le seul nom connu de la liste, c’est Gradur. D’ailleurs, la moitié des rappeurs présents ici n’a pas la moindre discographie. Pourtant -et c’est bien ce qui est impressionnant- ils sont tous super forts. Mention pour Rimkhana (à 2’30), un mec qui rappe avec une casquette Lacoste, en 2014, sans la moindre pression. La punchline : « C’est le monde à l’envers, on va au code en véhicule » (ZKR) Le mec qu’on aurait bien aimé entendre : Dans ce grand méli-mélo de Nordistes, une pensée pour Krilino, un Lillois qui n’a pas encore l’âge de voter pour Martine Aubry, mais qui découpe déjà pas mal de monde quand il entre en cabine.
Le plus green : Grinder Remix
L’hôte : DJ Weedim Les invités : Sidisid, Aketo, Ksa, Nathy, Boss, Belabeu, Wacko, Millionaire, Infinit, Alkpote. Le MVP :Alkpote se fait attendre pendant presque 6 minutes, mais quand il débarque enfin, on comprend que ça valait le coup. Sur le thème de la fumette, qu’il maitrise comme personne, le meilleur rappeur du monde s’éclate à placer les images les plus improbables : « j’ai de l’herbe fraiche et des Kinders Délice », « j’roule avec des dealers d’épice », « j’échange des lovés en verdure » … La punchline : « J’suis le Jean-Pierre Coffe du rap, en version hétéro et plus méchant » (Sidisid) Le mec qu’on aurait bien aimé entendre :Nessbeal, véritable spécialiste des herbages, aurait pu nous servir un superbe couplet dans le pur style du mythique Amnezia.
Le plus « génération années 90 » : Soldat Remix
L’hôte : Busta Flex Les invités : Zoxea, Kool Shen, Lord Kossity Le MVP : Certainement pas Lord Kossity, qui a bien du mal à poser dans les temps. Certainement pas Kool Shen, qui rappe encore comme en 1997. Fatalement, le meilleur invité de Soldat Remix est donc Zoxea, par K.O. La punchline : « J’ai largement passé l’âge » (Kool Shen). La phrase n’est pas terminée (il parle de recevoir des conseils de la part de petits, si j’ai bien suivi) et ces quelques mots sont complètement sortis de leur contexte, mais lâchés comme ça, ils sont terriblement véridiques. Le mec qu’on aurait bien aimé entendre :SALIF. SALIF. ET ENCORE SALIF. SI VOUS VOULEZ JOUER SUR LA FIBRE NOSTALGIQUE DES VIEUX FANS DE FOR MY PEOPLE, FAITES LES CHOSES A FOND ET FAITES REVENIR LE BOULOGNE BOY. MEME POUR UN SEUL COUPLET. MEME POUR UNE SEULE MESURE.
Le plus westeux : Yeah Moggo (91 Super Thugz Remix)
L’hôte : Grodash Les invités : Smoker, Juicy P, Jack Many, Maestro, Malcolm Fik’s, Myssa, La Karabine, Popo, Alkpote, Zekwe Ramos, Steve Austeen. Le MVP :Myssa, le Grignyifornien. Rien à voir avec Mysa, le mec qui considère Kaaris comme un envoyé de Satan, voire même comme un sorcier à l’influence démoniaque. La punchline : « Précis comme une vasectomie pour tes petites corones » (Zekwe Ramos) Le mec qu’on aurait bien aimé entendre :Freko Ding, l’essonnien le plus rare du game. Qu’il aurait été beau d’entendre sa voix rocailleuse sur des sonorités si westeuses !
Le plus long : 11’43
L’hôte : Mister You Les invités : Al Bandit, Lacrim, Nessbeal, Brulé. Le MVP : Mister You est étrange. Tout le rap français attend un retour de Nessbeal depuis 3 ans. Il accepte enfin de poser un couplet sur l’album Le Prince, un véritable événement, un featuring qui pourrait faire du bruit … et You le colle en plein milieu d’un morceau de 12 minutes, quelque part entre Lacrim et Brulé. La meilleure façon de rendre son apparition anecdotique. Triste, d’autant que Nessbeal livre une fois de plus une prestation de très haut vol. La punchline : « Le rap commun c’est pas vraiment le truc tah Audrey Pulvar / Mon point commun avec Natasha, c’était mes chicots de devant » (Mister You) La meuf qu’on aurait bien aimé entendre :Isleym, qui est à Nessbeal ce que Tic est à Tac, aurait été absolument parfaite sur ce genre d’ambiance un peu tristounette, avec mélodie au piano et chœurs en arrière-plan. Elle aurait apporté un peu de musicalité au milieu de ces rappeurs crapuleux, et aurait même servi une petite leçon de flow à certains d’entre-eux.
L’hôte : Zekwe Ramos Les invités : Alkpote, Nakk Mendosa, Black Brut, Dixon, S.pri Noir, Alpha Wann, Taipan. Le MVP : Alkpote est, comme toujours, extraordinaire, mais laissons-en un peu aux autres, et rendons hommage au couplet tout en punchlines de Nakk Mendosa, et cette comparaison fabuleuse entre « les petits qui se tuent à internet » et un hybride Steve Jobs / Guy Georges. La punchline : « Pendant le cuni, j’te mords la schnek » (Alkpote) Le mec qu’on aurait bien aimé entendre : Dans ce concours de punchlines marrantes, Orelsan n’aurait pas fait pale figure, et ça aurait été l’occasion d’enfin l’entendre ferrailler avec Alkpote au petit jeu du « qui parlera le plus de sa bite dans son couplet ? ».
Cette interview date de septembre 2013, mais on l’avait jamais sorti pour cause de : nous sommes des branleurs.
En plus, c’était une entrevue filmée, mais les vidéos n’ont jamais été montées pour cause de : nous sommes des branleurs.
Du coup, on vous balance quand meme l’interview, avec une bonne année de décalage, ce qui explique pourquoi on n’y parle pas des premiers extraits de Memento Mori, du clash contre Olivier Cachin, ou des derniers feats avec Alkpote. Ne fuis pas tout de suite, on parle quand même de pas mal de choses foutrement intéressantes, telles que : les haricots, Fauve, Joe Lucazz, les déménagements, Project Pat, la Suisse, et les ventes de Fababy.
C’est pawti :
Teobaldo : Avant le feat avec Alk, tu faisais des trucs, mais qui n’étaient pas spécialement exposés.
Sidisid : Ouai, on faisait des trucs, mais j’en suis pas fier du tout.
Teobaldo : T’en es pas fier, avec le recul, ou déjà, sur le coup, tu te disais « c’est pas terrible » ?
Sidisid : Bah déjà, à l’époque, entre le moment où tu le fais, et le moment où ça sort, y’a deux ans qui se déroulent. Donc sur le coup, oui, ça va, parce que t’es dedans, mais deux ans plus tard, tu te dis nan, c’est pas possible. Avant Peplum, on a quand même sortit deux albums !
Teobaldo : Ils étaient dans les bacs ?
Sidisid : Nan, pas des les bacs, mais sur des sites spécialisés.
Teobaldo : Même formation, avec Dela à la prod, et toi au micro ?
Sidisid : Ouai, et après on avait des autres potes qui produisaient, mais qui sont plus dans le son aujourd’hui. On est arrivé comme ça, mais à l’époque, je me bousillais déjà à Express D. C’est juste que c’était impossible, il n’y avait pas de place pour un petit blanc de Franche-Comté qui fait du rap ! J’avais rien à raconter qui pouvait intéresser, à l’époque, un auditeur de rap. Toute cette époque, avec Compagny Flow, Def Jux, ça existait pas du tout en France. Enfin si, y’avait peut-être TTC, qui a été mal interprété, mais c’était les seuls à être un peu dans ce délire. Mais Compagny Flow, c’était chanmé, j’étais à fond dedans. Et même les blogueurs qu’on connait aujourd’hui, ils respectent à mort. « Nous les blancs », c’est ce qui nous a donné une crédibilité.
Teobaldo : Le fait d’être le seul rappeur du groupe, c’est un choix, ou c’est juste que ça s’est fait comme ça, par la force des choses ?
Sidisid : C’est pas spécialement un choix, ça s’est fait comme ça, c’est tout. Avant, j’avais un groupe, on était deux … bon, j’avais 14 ans. Et c’est une expérience de groupe qui a foiré ! Un jour, je me suis rendu qu’il n’écrivait pas … il n’avait jamais rien écrit. On avait enregistré des trucs, mais on écrivait jamais ensemble. Et un jour j’écoute une compil, un morceau d’un mec totalement inconnu, et je me dis « putain je connais ce couplet ». J’ai cherché pendant au moins une semaine ! Et quand ça a fait tilt, je me suis dit « le fils de pute ! » (rires). En plus, sur la fin il faisait ça intelligemment, en prenant 4 mesures dans un texte, 4 mesures dans un autre …
Teobaldo : T’avais 14 ans, et t’avais déjà enregistré des trucs ?
Sidisid : Ouai, on a eu accès à un petit truc. C’était l’époque ODB, etc. Mais je suis bien plus vieux que ce que l’on croit !
Spleenter : Faut dire ton vrai âge, du coup.
Sidisid : Mais je l’ai jamais dit, encore !
Genono : Et bah c’est le grand moment !
Sidisid : Nan, je l’ai jamais dit, personne le sait … mais je suis assez vieux pour avoir connu tous ces trucs. J’aime bien le mystère, donc je veux le garder secret. Et puis je le vis mal, en plus. Le fait d’avoir bientôt cinquante ans, c’est dur (rires).
Teobaldo : C’était pas trop compliqué d’enregistrer, à 14 ans, sans les possibilités qu’on a aujourd’hui ?
Sidisid : Nan, un mec qui avait un studio, et qui nous a dit « allez-y, faites-vous plaisir ». Y’avait pas encore internet, c’était l’époque de Jeunes, Coupables et Libres. 1999 à peu près.
Genono : Donne pas trop de dates, parce qu’on va pouvoir déduire ton âge.
Sidisid : Ouai, mais j’ai commencé à rapper à 6 ans en fait.
Spleenter : Et la connexion avec Tekilatex et TTC, elle se fait quand ?
Sidisid : On allait souvent faire des soirées en Suisse, et à l’époque, il y avait un DJ, DJ Raze, qui ne jouait que du screwed. Le screwed and choped, en France, y’a peut-être 100 mecs qui savaient ce que c’était ! Je me suis dit « qui est ce mec ? ». On aurait dit Lil Jon en blanc, tu vois ? Il jouait que du Bun B, du Three 6, j’étais halluciné. Je pensais pas qu’un mec qui jouait ça pouvait exister en Europe ! Je vais le voir, il me dit (Sidisid prend l’accent suisse, l’imitation est criante de vérité) : « Mais si, viens donc fumer une canne ». On est devenu potes, et il était connecté avec eux, parce qu’ils avaient sortit un album en screwed.
Spleenter : Ah, donc t’étais déjà dans ce délire-là ? Parce que beaucoup se disent qu’ils t’ont connu avec des clips très colorés, où ça parle de bonbons.
Sidisid : Pour l’histoire du bonbon … on a essayé de faire un single, point barre. Mais je parlais déjà de ma bite, hein. Même là, on va essayer de faire des singles, si y’a de la thune à prendre, je la prendrai. Donc ouai, l’évolution, je comprends qu’elle puisse en étonner certains.
Spleenter : Bah même moi, ça m’étonne. Quand tu me dis qu’à l’époque tu te buttais déjà à Express D … disons que ça transparait pas forcément.
Sidisid : Ah nan, ça transparait même pas du tout. C’est une époque où on écoutait Dipset, où j’allais souvent à New-York, et où je m’achetais que du XXXL violet, parce que Camron. C’est débile, mais c’est un peu ça aussi. Alors qu’au fond, ma musique est noire. Je me suis fait niquer, j’ai grandit. Ca n’arrivera plus !
Teobaldo : Apparemment t’écoutes beaucoup de mecs du Sud. On t’identifie beaucoup à Memphis, d’ailleurs t’as ramené des gens de Memphis. C’est vraiment parce que t’en as eu l’occasion, ou si t’avais pu ramener des mecs de Houston, ou d’Atlanta, tu l’aurais fait ?
Sidisid : Memphis nous a quand même bien bouffés. Au début, c’était New-York. Le deuxième Mobb Deep, le premier Wu-Tang …
Spleenter : Ouai mais nous, on est quand même plus jeunes que toi.
Sidisid : Ah ouai ? (visiblement touché dans son orgueil de vieux) Mais faut dire que j’ai commencé à écouter du rap super tôt aussi.
Spleenter : Bah alors c’est encore pire.
Sidisid : Vous avez quel âge ?
Spleenter : Moi j’ai 27.
Sidisid : Bref, nous c’était l’époque New-York. J’avais un buraliste qui importait The Source, et on y voyait les pubs des albums genre No Limit.
Spleenter : Avec les fameuses pochettes …
Sidisid : Voila, et on avait limite honte de se dire « on va écouter ça ». Impossible, c’était trop vilain ! Et puis un jour, on est tombé sur un Three Six, et on s’est dit « putain de merde, on a loupé tellement de trucs ». Du coup on a voulu tout rattraper, on a tout bouffé. Three Six c’était le rap ! Le flow ! Mis à part Bone Thugs, y’avait qu’eux qui faisaient du ternaire. Mais y’a pas eu que Memphis ! New-York, Houston … en fait, ça dépend des périodes. Aujourd’hui, Memphis, ça existe presque plus.
Teobaldo : Pourquoi tu ramènes Project Pat et Evil Pimp plutôt que d’autres ?
Sidisid : C’est une question d’opportunités. Y’a encore deux ans, t’avais Prodigy pour 200 dollars. Ils s’en foutent, ils sont en studio, ils vont te faire un couplet qu’ils ont même pas écrit … Pour eux, c’est rien. C’est 200 dollars de gagnés, quasiment sans rien faire. Bon, c’est pas du tout la question que tu m’as posé … (rires)
Spleenter : Concrètement, la connexion avec Project Pat, Evil Pimp, Droop-E, elle se passe comment ? J’imagine que c’est par internet ?
Sidisid : Droop-E, c’est différent, parce que j’étais pote avec son frère.
Spleenter : Du coup, explique un peu qui est Droop-E, pour ceux qui connaissent pas.
Sidisid : Droop-E, c’est le fils de E-40. Et sur le coup, je savais pas. J’étais pote avec le petit, qui s’appelle E-chou (comment ça s’écrit, merde ?), je savais même pas quel âge il avait, je savais même pas que c’était le fils d’E-40. On discutait sur internet, et un jour j’apprends qui est son père … Imagine, un gros débile de fan comme moi, je me suis dit « qu’est ce que c’est que cette histoire ? ». Je me suis dit, E-40, ça va être compliqué, mais on envoie quand même des beats. Je sais qu’il en a mis certains de côté, mais après … tu peux y aller et dire « bon, Monsieur Quarante, qu’est ce que vous faites avec mon beat ? » (rires)
Spleenter : Et les deux autres, c’est pareil ?
Sidisid : Bah, tout se fait sur le net. Pour Project Pat, on est passé par le manager, un truc réglo quoi. Après, les mecs, t’aimerais les faire venir, mais tu peux pas. Project Pat, je sais même pas s’il a des papiers.
Spleenter : C’est intéressant, parce qu’on se rend compte que tout est possible, sans dépenser des sommes folles. Je te demande pas forcément la somme exacte que t’as payé, mais si t’as envie de le dire, tu le dis (notez l’approche subtile pour amadouer le rappeur et lui faire lâcher des infos).
Sidisid : J’ai payé ce qu’il y avait à payer, tout simplement parce que j’estime que c’est normal. Mais c’est un tarif misérable. Project Pat, c’est une légende. C’est comme Snoop ! Donc oui, c’est misérable. Je sais plus, mais j’ai dû le payer 200 dollars, un truc comme ça. C’est vraiment misérable.
Spleenter : Donc en fait, c’est juste que d’autres français ont pas la démarche de le faire, puisqu’apparemment, c’est possible pour pas mal de gens.
Sidisid : C’est possible pour tout le monde, je pense. Bon, là je te le dis, parce que ça va pas se faire, mais on devait avoir Camron pour le prochain album. Finalement, ça se fait pas, parce que d’une minute à l’autre, il a changé d’avis, en demandant une somme qui est devenue subitement beaucoup moins abordable.
Teobaldo : Tu disais que les mecs écrivaient même pas leurs couplets ?
Sidisid : Selon moi, hein.
Teobaldo : Du coup … je me demande un peu : c’est quoi l’intérêt ? C’est juste le fait d’avoir son nom sur ton album ? Si tu débourses 200 dollars, même si c’est très peu, et que tu sais à l’avance qu’il va te pondre un couplet médiocre …
Sidisid : Je vois ce que tu veux dire. Bah déjà, si le couplet est nul, je le mets pas. C’est déjà arrivé, si j’invite un mec sur mon album, et qu’il vient pour faire de la merde, je le garde pas. C’est normal.
Spleenter : Tu pourrais nous définir tes influences ? Parce que tu parlais de Memphis au niveau du flow, disons tout ce qui est roulements pour caricaturer un peu … est-ce que t’as d’autres trucs, par exemple au niveau ambiance ?
Sidisid : J’ai toujours bien aimé les mecs un peu techniques. J’aime bien les mecs ultra laid-back, qui s’en battent les couilles, qui rappent tellement bien que des fois tu sais pas si … comment il dit Kery James ? Ils rappent tellement bien que tu crois qu’ils rappent mal. Tu vois ce que je veux dire ? Comme Joe. Un mec comme Joe, tu sais pas. Enfin, moi je sais, mais … Quand on était en studio avec lui, l’ingé comprenait pas. Et trois semaines après, il était là « putain, mais Joe Lucazz, c’est tellement un tueur » (rires)
C’est comme Demon One ! A l’époque de « Les points sur les I » … c’était super technique. Il nous a fait une démonstration, une leçon de flow. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il arrive plus trop à … je sais pas si c’est voulu, si il a moins envie …
Teobaldo : C’est un mec qui a une aisance naturelle. Maintenant, peut-être que le rap actuel ça lui parle moins, c’est plus les mêmes ambiances, les mêmes instrus …
Sidisid : Déjà, ça a ralentit de 30 bpm. Bref, pour revenir à ta question, mes influences, ça a toujours été les mecs techniques. Pour les ambiances, tout ce qui est un peu sombre. Mobb Deep, etc, de toute façon, New-York, à la grande époque, ça a toujours été sombre. Enfin, je parle de trucs sombres, mais y’a aussi …
Spleenter : Bah, y’a Dipset aussi.
Sidisid : Oh, c’est sombre Dipset quand même. (il hésite) Enfin, maintenant que tu le dis …
Spleenter : C’est quand même très fantaisiste.
Sidisid : Ouai, c’est pas faux. C’est plus l’attitude, avec de vraies ambiances. Après, y’a pas que le rap, y’a aussi le cinéma, la bande-dessinée, etc.
Spleenter : Et si je te pose la même question, mais sur le rap français ?
Sidisid : Démocrates D, ça m’a pas mal buté. J’ai jamais écouté NTM, ça m’a toujours fait chier, IAM aussi. L’accent marseillais, c’est impossible pour moi. Sinon, y’a eu toute l’époque Time Bomb …
Spleenter : Minister Amer, pas trop ?
Sidisid : Si, mais ça me fatiguait un peu. Le côté trop freestyle, tu vois ? Mais j’ai réécouté plus tard, et oui, ça me parlait déjà un peu plus. Le délire baskets blanches, etc, j’aimais bien. Hifi, lui, il m’a bien buté. J’ai remis son album dans mon téléphone, parce que vraiment, il était trop fort. Les X-men … Bon, je pourrais t’en citer 1000.
Teobaldo : C’est surtout avant 2000 en fait.
Sidisid : En fait, après 2000, ça m’influence plus. Quand t’es déjà dans le rap, ça te parle différemment. Ca empêche pas de continuer à bouffer des influences, du Sud, de la Crunk … J’ai adoré la Crunk !
Spleenter : Du coup t’as une pensée émue pour l’évolution de Lil Jon ?
Sidisid : Apparemment, il gagnait vraiment énormément de thunes … et tant que les mecs font du pognon, ils ont mon respect.
Spleenter : Ca te manque pas un peu ? Genre Crunk Juice, tu le réécoutes aujourd’hui, ça tue toujours.
Sidisid : Je sais pas, je pense que ça a été remplacé par la Trap, tout simplement. Mais Lil Jon, attends, il faisait un single tous les trois mois. T’imagines le truc ? T’en fais un seul, déjà, t’es bien. Lui, il en a combien ?
Spleenter : Donc pour situer un peu la chronologie de Butter Bullets … En gros, y’a eu toute la période où vous étiez plus ou moins affiliés à TTC, ensuite une grosse pause, et ensuite le retour avec Chiens. C’est ça ?
Sidisid : C’est à peu près ça, oui.
Teobaldo : La « pause », tu l’expliques comment ? C’était un ras-le-bol, ou quelque chose de pas vraiment prévu, ou … ?
Sidisid : Y’a un peu des deux … Après cette période un peu inactive, je suis venu vivre ici (Paris), et puis la rencontre avec Alkpote, c’est ce qui nous a donné une certaine crédibilité.
Genono : Donc la raison de ta venue à Paris, c’est uniquement la musique ?
Sidisid : Ouai. C’est pas que ce soit déplaisant d’habiter en Province, mais au bout d’un moment, t’avances pas. Et puis franchement, dans une petite ville, tu te fais chier. A Paris, si t’arrives à t’ennuyer, c’est vraiment que t’es un fainéant et que t’as rien envie de faire.
Teobaldo : … ou que t’es pauvre.
Sidisid : Ouai, aussi. Mais je travaille hein, c’est pour ça que j’ai de l’argent !
Spleenter : C’est vrai que tu peux aussi avoir cette image de « gosse de riche » …
Sidisid : C’est vrai, alors que pas du tout … On me prête souvent ce côté « blanc, bourgeois, qui s’encanaille », mais si quelqu’un me cherche dans la rue, je vais le taper ! Je suis pas une caillera, mais je m’encanaille pas.
Je viens d’une famille nombreuse, on a manqué de rien, mais on a jamais roulé sur l’or non plus. On le doit à mon père, qui a toujours travaillé dur. Personnellement, j’ai jamais eu spécialement de thunes. Enfin, j’ai toujours travaillé pour en avoir. Mais je pourrais aussi décider de ne pas travailler, et de vivre uniquement du rap ! Bon, ce serait pas évident, mais y’en a plein qui le font. Tu les connais, la plupart le font. Mais moi j’ai un rythme de vie qui fait qu’il faut que je travaille ! Et puis, si je travaillais pas, je me ferais chier …
Spleenter : Faut payer les Ralph Lauren !
Sidisid : Bah, faut tout payer, en vrai ! Et puis j’ai pas envie de me priver. J’aime le bon whisky, j’ai pas envie d’aller chercher des bouteilles de sous-whisky qui t’arrache le foie chez l’épicier.
Genono : On parlait de ta famille juste avant … Quel regard portent tes parents sur ta musique ?
Teobaldo : Bah ils sont pas au courant ! (rires)
Sidisid : Comme je viens d’une famille un peu nombreuse … je vais pas dire que je suis le moins intéressant, mais rien que mon grand-frère, il est Docteur en physique, le plus haut niveau d’études en France. J’ai une sœur qui est productrice de porno. J’ai une sœur qui fait de la danse classique … et bref, moi, au milieu de tout ça, je fais du rap. Mon père, ça l’intéresse pas trop, par contre ma mère, elle comprend tout. Quand on était ados, on mattait des films ensemble, des dessins-animés, elle comprenait tout. Tout ce à quoi je m’intéressais, elle essayait d’aller voir pourquoi je m’y intéressais. Bon, après, concernant la musique, elle me dit « j’ai écouté ton album … j’aime pas tout hein ! » (rires)
Mais elle est fière, même si y’a pas vraiment de raison de l’être. Elle est fière que son fils fasse quelque chose, et même si je faisais de la merde, je pense qu’elle en serait fière quand même.
Teobaldo : De toute façon, quand t’as un gamin qui est Docteur en physique, les autres peuvent bien faire ce qu’ils veulent …
Genono : C’est pas lui le plus perturbé !
Sidisid : (rires) Sa passion c’est la physique, bon, c’est un truc que j’arrive pas à comprendre, mais lui non plus, il doit pas comprendre qu’on essaye de faire rimer des trucs.
Spleenter : Dans un morceau tu dis « J’suis le Hitman du rap, Gotham City », et un autre où tu parles d’Heath Ledger …
Sidisid : … est-ce que j’aime bien Batman ?
Spleenter : Voila.
Sidisid : (il hésite) Heu … putain, je vais me faire taper (rires). J’aime bien, mais c’était plutôt quand j’étais gamin. Les Marvel …
Spleenter : Mais tu suivais pas la série animée ?
Sidisid : Nan.
Spleenter, Teobaldo et Genono, en chœur : BOUUUUUUH
Teobaldo : Donc tu prendras pas la Lambo, Morray ?
Sidisid : Nan, je prendrai pas la Lambo ! (rires) Mais j’ai vu les films … le dernier, j’ai crié au scandale. Mais les films Batman, j’ai jamais trouvé ça ouf.
Spleenter : Même le Tim Burton ?
Sidisid : Bah je l’ai revu récemment, donc non, je pense que ça mal vieilli, tout simplement. Je l’avais déjà vu à l’époque, mais ça m’avait pas spécialement marqué. Faut dire que Tim Burton, il est … Déjà, il a massacré La Planète des Singes, donc à partir de là …
Spleenter : C’était une grosse commande des studios, il en a fait de la merde. D’ailleurs, pour l’anecdote, il aurait voulu faire une scène d’amour entre la meuf-singe et Mark Wahlberg. Sauf que les studios lui ont dit « tu vas te calmer tout de suite ».
Sidisid : Tu me diras, ouai …
Genono : Ca aurait été cool.
Sidisid : Nan mais c’est surtout la fin qui était aberrante. Je vais faire l’intello de merde, mais la fin du film, c’est l’inverse de la fin du livre. Ca m’avait choqué.
Spleenter : Et même Batman 2, avec Le Pingouin ?
Sidisid : Les super-héros, en fait, ça me parle pas trop.
Spleenter : Si c’est pas pour les super-héros, ça peut être pour les super-méchants.
Sidisid : Si, justement, j’aime pas trop les gentils dans la vraie vie.
Teobaldo : Batman, il a un côté sinistre, c’est pas forcément le gentil de base.
Sidisid : Nan mais j’aime Batman ! C’est juste que je suis pas à fond dedans. Je suis pas Seno quoi !
Teobaldo : On parlait de ton image un peu « blanc, bourgeois », mais t’as aussi un peu ce côté geek, un peu Otaku. Tu t’y connais en mangas, ou en comics ?
Sidisid : Les comics, pas du tout. Les mangas, j’ai suivi quelques trucs, mais je m’intéresse pas à tout. J’ai surtout lu les trucs dont je suis réellement fan, comme Akira, ou Ghost in the Shell. J’ai lu Dragon Ball, comme tout le monde, mais les gros trucs, maintenant, c’est quoi ? Naruto ? Jamais de la vie, je peux pas lire ça.
Spleenter : Dans C’est pas la peine, tu parles de Chihiro et Totoro, c’est un truc super gentil.
Sidisid : Ouai, c’est marrant … Qu’est ce que je dis déjà ? Un truc homophobe encore, nan ?
Spleenter : « C’est plus la peine d’être cool avec ses potes homos, plus la peine de lui faire croire que t’aimes Chihiro et puis Totoro »
Genono : A propos d’Akira, vous avez balancé le clip à Tokyo en même temps que la sortie de « Tokyo », de Joke … C’était fait exprès, pour le faire chier ?
Sidisid : Exactement ! (rires) En plus, si on avait voulu le faire bien, on aurait fait un vrai clip … là, on a filmé avec un téléphone portable. En plus, on l’a balancé quelques jours plus tôt, clairement pour le faire chier.
Genono : D’ailleurs, Kevin El-Amrani, c’est un peu votre Chris Maccari à vous ?
Sidisid : Ouai, en plus, avant de le connaitre, je confondais les deux. Je lui ai jamais dit, il va me détruire ! (rires) Kevin, c’est mon pote. On est devenu potes par le biais de la musique et des clips, mais aujourd’hui, c’est vraiment mon pote. Je pourrais te raconter tellement d’anecdotes sur lui … Le clip de Chiens, par exemple. On s’était déjà vu, mais on se connaissait pas encore vraiment. On tournait le dimanche, et je l’appelle le samedi pour voir s’il est prêt. Il sortait du ciné, il me dit « j’ai pris de la MD, mais t’inquiètes c’est cool » … Le lendemain, on partait super tôt, parce qu’on voulait avoir l’éclairage un peu dégueulasse d’un début de journée. On dirait pas, mais le tournage s’est fait dans le 91. Kevin est arrivé à l’heure, mais complètement … il parlait pas trop quoi. Il partait tout seul, il allait filmer des champignons … Après-coup, il m’a dit « Chiens, c’est un de mes clips préférés, mais je l’aurais jamais fait si je m’étais pas drogué » (rires). Mais c’est vrai qu’il y a une ambiance vraiment bizarre …
Genono : Déjà, tu vois Alk en uniforme, tu dis « wow »
Sidisid : Voila, tu sais pas trop en quoi il est déguisé … et puis c’était même pas prévu, on a pris des trucs un peu au hasard, il a vu l’uniforme, il a fait « ouai, ça c’est bien ». C’était chaud, en plus on a sortit le clip le jour de l’armistice.
Spleenter : Y’a les Orties aussi dans le clip …
Sidisid : Ouai, elles sont arrivées après, elles étaient là … Bon, c’était marrant.
Genono : La connexion avec Alkpote, elle s’est passée comment ?
Sidisid : Je faisais un déménagement pour une copine, et un pote d’un pote d’un pote à lui était là, et il avait un t-shirt Alkpote. Donc j’ai discuté avec lui, et il me dit « attends, mais je le connais Alk, je te connecte avec lui ». Il lui a filé mon numéro, on s’est appelé … C’était un peu bizarre, parce qu’on s’est entendu direct. Il m’a fait venir au studio « Le Bunker », aux Pyramides. J’ai déjà vu des trucs chelous, mais ce studio … T’arrives là-dedans à une heure du matin, en plein milieu d’une cité dont t’as déjà entendu parler aux informations, y’a cinquante mecs qui sont là … dont deux blancs. Bon, les mecs là-bas sont géniaux, mais sur le coup, bêtement, ça fait un peu bizarre.
Je devais faire mon couplet pour La Crème de l’Ile de France, et je suis passé à 7h du matin … Y’avait tellement de monde, et je suis passé en dernier. J’en pouvais plus, j’étais fatigué, j’étais défoncé … Alkpote vient me voir, et me dit « c’est à toi ». Impossible, je réponds « nan, je reviens demain, là je suis pas en état ». Il se lève, il va me chercher un verre de sky, il me dit « bois ! » (rires)
Finalement, j’y suis allé, j’ai fait un couplet super caverneux, j’y suis vraiment pas allé avec le dos de la cuillère. Ca parle du diable, et tout … Et là, plus un bruit. Tous les mecs me regardent, un peu abasourdis, et je me dis « putain, mais qu’est ce qu’il se passe » … 7 heures du matin, entouré de mecs que je connais pas, avec Alkpote à côté, dans ma tête j’étais dans un manga. Je finis mon truc, je sors de la cabine, et là les mecs tapent dans les mains, « putain, t’as tué », Alkpote qui me tape sur l’épaule en disant « alors, mon petit diablotin » (rires).
Teobaldo : T’as quand même beaucoup de phases sur la bouffe … « J’te graisse la patte comme un macaroni »
Sidisid : (rires) Elle est vraiment nulle en plus !
Teobaldo : « Les rappeurs poussent de partout comme des haricots »
Sidisid : Ouai mais ça …
Teobaldo : Ah, t’as quand même « haricot » ! (rires)
Sidisid : Nan mais souvent, y’a plein de gens qui … j’aime bien lire les commentaires, comme Rohff, et …
Teobaldo : Toi, tu vas avoir des problèmes !
Sidisid : … et souvent, les mecs disent « putain mais il raconte n’importe quoi ». Mais pour revenir à « les rappeurs poussent de partout comme des haricots », c’est une rime en rapport avec Darry Cowl (de son vrai nom André Darricau) que je cite juste avant.
Teobaldo : Peut-être aussi que les mecs ne savent pas qui c’est.
Sidisid : C’est vrai, je cite plein d’influences, je me rends pas toujours compte que les gens n’ont pas forcément les mêmes que moi.
Teobaldo : Mais y’en a plein d’autres sur la bouffe : « je dois faire de l’oseille, nique sa mère les épinards » ; « rafale de couscous » …
Sidisid : Rafale de couscous, c’est sur le morceau avec Seth Gueko, nan ? Je me suis adapté.
Teobaldo : Ouai, mais tu peux pas t’empêcher d’y foutre de la bouffe : tu reprends sa phase en disant « tête de Justin Bieber, zgeg de Justin Bridou ».
Sidisid : C’est pareil, c’est adapté à mort. J’aime bien m’adapter sur les featurings, et puis là, Seth Gueko … Genre bite-man, à la base dans mon texte c’était Batman. Et Seth me dit « mais nan, mais Bite-man, c’est cool ».
Spleenter : T’aimes bien faire référence à Justin Bieber, mais en disant à chaque fois un truc très sale derrière.
Sidisid : Bah j’aime bien prendre les commentaires, ou les remarques des gens, et les casser.
Spleenter : « J’ai bourré vos ex, puis vos demi-sœurs, sur du Bieber »
Sidisid : Je joue beaucoup avec les remarques des gens. Les critiques sur le flow, ma voix, etc, c’est une chose. Mais y’a aussi beaucoup de commentaires sur mon physique, ma coupe de cheveux, etc. Donc j’aime bien retourner le truc, j’en joue énormément.
Teobaldo : Sur Peplum, tu fais poser Joe Lucazz sur un sample de 300. Tu savais, à ce moment-là, qu’il avait déjà posé sur ce même sample ?
Sidisid : On lui a proposé, et c’est lui qui a choisi celui-là. Mais il est travaillé différemment, charcuté à mort … Mais c’est cool de retrouver ce genre de petite référence, j’aime bien. Après, est-ce que sur le moment on a pensé à ça … franchement, je sais plus.
Teobaldo : Peut-être que lui-même avait oublié.
Sidisid : Il lui reste quand même un peu de mémoire, à Joe !
Teobaldo : Ca dépend quelle heure il était.
Sidisid : Au début ça allait. A la fin … (rires) J’ai eu la mauvaise idée, ou la bonne, je sais pas, de venir avec une bouteille de Jack.
Genono : Quand je tape « Sidisid » sur Google, la première suggestion est « Prison ». Est-ce que tu es le Adebisi français ?
Sidisid : Qui est Adebisi ?
Genono : Dans Oz, le grand renoi avec le petit bonnet sur le côté.
Sidisid : L’handicapé ?
Genono : Nan, ça c’est le narrateur.
Teobaldo : C’est vraiment le grand renoi, nigérian, qui est incarcéré parce qu’il a décapité un mec à la machette en pleine rue.
Spleenter : Il encule un italien à un moment.
Sidisid : Je sais plus … Je regardais ça quand ça passait sur Série Club, ça fait des années. Et j’ai pas tout vu. Je me rappelle surtout du gang de nazis.
Spleenter : D’ailleurs le chef du gang de nazis encule aussi un italien.
Teobaldo : En somme, ça s’encule beaucoup.
Sidisid : Bon, en gros, tu voulais savoir si j’ai fait de la prison ?
Genono : Ouai, enfin, on sait que non, c’est surtout : pourquoi cette suggestion ?
Sidisid : Mais je sais pas ! J’ai regardé, et j’ai trouvé ça drôle, mais j’en sais rien !
Teobaldo : Peut-être des gens qui veulent t’envoyer en prison, pour ta street-cred.
Sidisid : Bah j’espère ! J’ai une équipe derrière qui est super efficace, mais par contre, ils me mettent pas au courant de tout. Nan, franchement, j’ai aucune idée de ce truc. Après, je sais que j’ai un pote qui s’amuse à mettre des commentaires sur mes vidéos, et il met n’importe quoi. Il change de nom à chaque fois, et justement, la dernière vidéo, il a marqué que j’avais fait trois mois de prison, et que j’étais ressortit juste pour le clip … Du grand n’importe quoi. Mais sinon, j’ai jamais fait de prison. De la garde à vue, oui, 24h, un truc de pédé quoi.
Genono : T’as fait beaucoup de feats avec Radmo. Vous êtes toujours connectés ?
Sidisid : Ouai.
Genono : Un projet commun, c’est possible ?
Sidisid : Nan. C’est mon pote, y’a pas de soucis. C’est pas méchant, on essaye de le faire croquer un petit peu … mais ça s’arrête là. Pas que j’ai pas envie, mais j’ai pas forcément le temps. Ecrire, c’est relou, ça me fait chier … Les gens qui me disent qu’ils aiment bien écrire, à part Abd al Malik, j’y crois pas.
Teobaldo : Du coup, t’écris comment ?
Sidisid : Dans le métro. J’ai une facilité dans les transports, c’est bizarre. Mais chez moi, je vais jamais écrire … je prévois jamais de le faire, en me disant « aujourd’hui, il faut que j’écrive ».
Teobaldo : Tu disais qu’il n’y avait pas vraiment de place pour des rappeurs blancs … comment tu perçois le travail d’un rappeur comme Orelsan ?
Spleenter : Oui, est-ce que tu considères qu’il vole ton travail ?
Sidisid : (rires) Lui et Agonie, ils volent mon travail ! Non, pas du tout, parce qu’Orelsan a toujours prôné le fait d’être un looser. Moi, je me suis jamais dit « putain, je suis trop une merde » … c’était quoi la question déjà ?
Teobaldo : Tu disais qu’il n’y avait pas de place pour les rappeurs blancs …
Sidisid : Y’en a eu après !
Teobaldo : Des rappeurs blancs, y’en a toujours eu : Akhenaton, Kool Shen … Après, des mecs qui sont un peu alternatifs, qui ne sont pas dans le rap de rue, de cité, ou dans le rap un peu revendicateur … Orelsan a été le premier à vraiment péter, à ce niveau-là. Tu penses qu’il a permis de changer des choses ?
Sidisid : Je me suis jamais vraiment posé la question … De toute façon, il a rien changé pour moi. En fait, je vois même pas ce qu’il fait … Je pense que c’est un mec cool, et même qu’on pourrait être potes. On aurait même pu faire des morceaux ensemble ! Aujourd’hui, non, parce qu’on est dans des univers trop différents.
Genono : A propos d’Orelsan, c’est marrant parce que vous avez sortit quasiment le même morceau au même moment : Saint-Valentin.
Sidisid : Et pourtant, à l’époque, je savais pas qui c’était. Peut-être que lui et moi, on est la même personne. Orelsid !
Genono : Il te manque les disques d’or quoi.
Sidisid : Ouai, mais est-ce qu’il dort bien le soir ? Je suis pas sûr. Mais bon, je respecte son oseille !
Teobaldo : De toute façon, malgré tout son argent, y’a un truc qu’il ne pourra jamais s’acheter : un dinosaure.
(rires de toute l’assemblée, la foule est en délire, les fans hurlent « Teobaldo le peuple aura ta peau »)
Teobaldo : … c’était une réplique de Homer Simpson.
(s’en suit une discussion sur Homer, pas forcément passionnante pour toi lecteur)
Teobaldo : Dans Seul à la maison, tu parles de Macaulay Culkin et des sœurs Olsen ? T’aimes bien le côté maigrichon, pâlichon …
Sidisid : … drogué ? (rires)
Genono : Le clip de Seul à la maison, ça t’a fait gagner en visibilité ? Ou du moins, ça t’a apporté un public différent ?
Sidisid : Pas spécialement … déjà, il a été censuré. La vidéo est bien gore, mais j’avais pas envie de faire une version soft exprès pour Youtube et Dailymotion.
Genono : Et pourquoi ce morceau en particulier, et pas un autre ?
Sidisid : C’est le côté « je suis tout seul chez moi, ma copine est en voyage … ». Et puis, n’importe quel rappeur a envie de faire un clip avec des actrices porno ! C’est un peu un classique. Après, en France, je sais pas si beaucoup de monde l’a fait …
Teobaldo : Y’a eu Rap Intégral, mais c’était pas juste un clip. En gros, les mecs faisaient la BO d’un film porno, tout simplement.
Sidisid : Ouai, c’était marrant.
Teobaldo : Y’a eu un clip avec Joe Lucazz et je sais plus qui …
Sidisid : Y’a eu Abuz, Ricardo Malone. J’aimais beaucoup toute cette équipe, même s’ils avaient peu de visibilité. Y’avait Stor-K, c’est pas lui qui avait fait ce truc en dessin-animé ?
Teobaldo : Père Castor ? Nan, ça c’est autre chose. Sans transition, tu fais aussi un coming-out dans ton intro, où tu parles de Snooki qui mange des cookies.
Sidisid : J’aime bien Snooki ! Ce côté vraiment … Amérique quoi ! Elle est géniale, complètement aberrante, tout le temps bourrée au champagne … J’aime bien.
Teobaldo : Nirvana, c’est un hommage à Doc Gynéco ?
Sidisid : Nan, c’est même pas un hommage, c’est juste que c’est un son qui m’a marqué. J’ai toujours eu envie de faire un son sur le suicide, mais je me sentais pas de le faire tout seul, donc j’ai invité votre ami Metek. Après, ouai, on peut peut-être parler d’hommage, je sais pas trop. Première Consultation, c’est peut-être le meilleur album de l’histoire du rap français.
Teobaldo : Et pour Repose en Paix ?
Sidisid : Bah c’est marrant, on me fait souvent le rapprochement avec Booba. « T’es le Booba blanc » (rires)
Spleenter : Fais gaffe, parce qu’il y en a qui disent pareil à Fababy …
Genono : Qu’il est le Booba blanc ?
Sidisid : (rires) Nan mais c’est bizarre, même dans l’interview de Booba par Ragemag, le mec lui dit « tu connais Sidisid ? C’est un peu toi, mais en blanc ». Il dit « nan », et une semaine plus tard, il passe sur une radio lyonnaise, et le type en face lui redit « tu connais Sidisid ? C’est un peu toi, mais en blanc ». Il dit encore « nan », sauf qu’en fait, il doit nous connaitre, parce qu’on lui envoie des trucs. Il nous boycotte ! Ah, c’est génial comme titre pour votre interview ! « Nous sommes boycottés par Booba » (rires).
Teobaldo : Maintenant, si tu veux faire du buzz, il faut que tu insultes Rohff.
Sidisid : Mais j’ai insulté personne ! J’aime bien Booba, j’aime bien Rohff !
Genono : Toujours à propos de Repose en paix, t’as pas eu de retours négatifs sur la phase sur Lady Dielna ? Genre des plaintes d’associations pour les handicapés ?
Sidisid : Nan, mais j’aurais bien voulu ! En fait, on la connaissait Lady Dielna. En l’écrivant, je trouvais ça cool, puis quand est venu le moment de l’enregistrer, je me suis dit « putain, est-ce qu’elle va bien le prendre ? ». C’est une fille super intelligente, donc je me suis dit qu’elle allait comprendre le truc. Finalement l’album sort, et le jour-même, Dela m’appelle et me dit « va vite voir le facebook de Lady Dielna » … elle avait marqué un truc genre « merci pour la dédicace, c’est chanmé », j’étais super soulagé. Je reconnais que la rime est un peu dark, mais j’ai énormément de respect pour elle. Et c’est marrant, parce que tout le monde a été un peu choqué, sauf elle. Et le morceau, elle le connait par cœur, ça lui a fait super plaisir … donc c’est encore plus cool. Mais je crois que je l’aurais pas fait si je m’étais dit qu’elle pouvait mal le prendre. J’aurais dit autre chose à la place … « ça creuse, comme Rohff » (rires). J’essaye de dire du mal de lui, mais j’y arrive même pas. J’aime bien Rohff, et c’est surtout Dela. Dela est un grand fan de Rohff ! La mixtape qu’il avait fait, avec des faces B … Le cauchemar du rap français ! Ca défonce ! Après, ce qu’il fait sur ses derniers albums, je pense juste que c’est pas pour nous. « Nous », c’est-à-dire les mecs qui écoutent du rap depuis plus de dix ans. Son écriture, c’est plus possible, on dirait un petit de cité … ça a toujours plus ou moins été le cas, mais avant au moins, il nous faisait rire.
Teobaldo : Dans Dernière Séance, tu dis « pas besoin d’être espagnol pour te dire ça franco » …
Sidisid : Elle est vraiment nulle celle-là, tu sors que mes phases les plus pourries, enfoiré ! (rires). C’était sur le morceau avec Seth Gueko, comme je te disais, je me suis adapté.
Teobaldo : Tu veux dire que Seth Gueko est nul ?
Sidisid : Nan, pas du tout … La question, c’est pourquoi j’ai fait une phase aussi nulle ?
Teobaldo : Nan nan, c’est : est-ce que Franco est une référence pour toi ?
Spleenter : Et : est-ce que tu parlais de James Franco ?
Teobaldo : Oui, est-ce que tu as vu Spring Breakers ? Est-ce que tu t’identifies au personnage ?
Sidisid : Est-ce que je peux répondre juste avec un mouvement de doigt ?
Teobaldo : On fera un montage, on dira que c’était pour Rohff.
Spleenter : Du coup, tu dois pas aimer Riff Raff non plus ?
Sidisid : (rires) … mais pourquoi ? Ca n’a rien à voir.
Spleenter : Le personnage de James Franco lui ressemble. Nan mais plus sérieusement, t’aimes bien son délire ? Le fait qu’il soit autant …
Sidisid : … drogué ?
Spleenter : (rires) Nan, surtout le fait qu’il soit autant à fond sur son image.
Sidisid : Ouai, bah en fait Riff Raff, c’est Swaggman. On serait aux Etats-Unis, Swaggman ce serait une star ! Il sait pas rapper, mais je peux te trouver des dizaines de mecs qui vendent des singles aux US et qui savent pas rapper. Souljah Boy, c’est quoi ? Il sait toujours pas rapper. La différence, c’est qu’il a eu Mr. Collipark derrière lui. Si en France, un gros producteur décide de s’occuper de Swaggman … Sauf qu’en France, y’a pas de gros producteur.
Spleenter : Y’a DJ Kore.
Teobaldo : Nan mais pas gros sur la balance.
Spleenter : Il a quand même inventé le reggaeton français. C’est lui le Rai’n’B !
Genono : Bon, maintenant qu’on a bien rigolé, tout ça, on peut parler de Fauve ? Qu’est ce que c’est que cette légende, comme quoi tu aurais écrit pour eux ?
Sidisid : A votre avis, je l’ai fait ou pas ?
Spleenter : Ca me paraitrait un peu bizarre …
Sidisid : Nan mais le pire, c’est que si ça se trouve, on sait tous qui c’est. C’est peut-être même un pote à nous. Si ca se trouve, Fauve, c’est Hype !
Genono : Ca, c’est un bon titre d’interview : « Fauve, c’est Hype »
Sidisid : Nan mais j’ai rien dit de méchant !
Teobaldo : Là, on a rien dit du tout, t’es parti tout seul.
Sidisid : Nan mais c’est pour prendre le truc à l’opposée … Selon moi, ça n’existe même pas, Fauve. Et je dis que j’aurais pu écrire pour eux parce que … leurs textes, c’est ce que t’écris quand t’es aux chiottes. C’est absurde, y’a aucune rythmique, y’a rien. Ce qui est chiant, quand t’écris un couplet, c’est qu’il faut que ça sonne bien, que ça rebondisse. Si c’est juste écrire des couplets, y’a rien de compliqué, je peux t’en écrire 1000. Mais il faut une rythmique ! En plus, si c’est pour parler de ta dépression parce que ta meuf est partie, mais que t’es à moitié pédé, et que t’as une mobylette … je pourrais te faire des freestyles de fou !
Teobaldo : A propos de Hype, sur le remix de Une balle dans la tête, y’a une instru différente pour chaque couplet … chacun a choisi le morceau qu’il voulait ?
Sidisid : Nan, c’est nous qui avons choisi.
Teobaldo : Ah, donc c’est toi qui as dit à Jack Many « toi t’auras Sippin on Syrup » …
Sidisid : Ouai, et puis il faisait référence dans son couplet. Mais on lui a même pas dit. Je leur avais juste demandé de rapper sur la boucle de l’originale, mais par contre je les avais prévenus qu’on allait massacrer le truc. On voulait faire un truc un peu à la Grand Banditisme Paris, un truc qui part dans tous les sens.
Teobaldo : Dans Marc Jacobs, y’a une phase que j’ai pas compris …
Sidisid : Y’en a tellement, moi-même y’en a certaines que je comprends pas.
Teobaldo : Ouai mais moi je suis plus intelligent que toi.
Sidisid : …
Teobaldo : Par contre celle-là, je comprends vraiment pas : « Allez l’OM ou Alléluia, c’est la même merde »
Sidisid : C’est pour dire que je m’en fous de la religion, et que je m’en fous du foot. Je crois pas en Dieu, et je regarde pas le foot, tout simplement.
Teobaldo : Tu crois pas en Zidane non plus ?
Sidisid : Seulement dans les arrêts de jeu.
Genono : La tape « Bullet Time », qui est disponible sur les internets, c’est un truc à vous, ou c’est l’œuvre d’un fan ?
Genono : Ouai, un mec qui a récupéré des sons à droite-à gauche, y’a de bons trucs dessus.
Sidisid : Franchement je sais pas, je l’ai jamais écouté. En tout cas ce qui est sûr, c’est qu’on est pas derrière ça.
Genono : T’as pas touché d’oseille dessus quoi.
Sidisid : (rires) Nan, je crois que je le saurais !
Teobaldo : Au niveau des feats, c’est très disparate. Y’a des mecs que t’aurais aimé avoir en feat, et que t’as pas pu avoir ?
Sidisid : Aux US, oui, y’en a plein, parce que c’est pas forcément très accessible. Mais en France … je pense qu’on va bientôt avoir fait le tour des gens avec qui on a envie de travailler. En dehors du rap, si on parle de vraie musique, j’aurais bien aimé faire un morceau avec Souchon. Mais dans le rap, en France …
Genono : Justement, tu disais avoir fait pas mal de morceaux avec Alkpote, c’est des trucs qu’on pourra entendre sur les prochains projets, ou c’est destiné à mourir au fond d’un disque dur sans jamais voir le jour ?
Sidisid : Je sais pas, je suis pas sûr que ça sorte … Après, Alk c’est un mystère. Il voulait une avance, moi je préférais sortir des trucs gratuitement, un peu à l’américaine.
Genono : Du coup, Ténébreuse Musique c’était censé devenir quelque chose ?
Sidisid : Pas vraiment, c’est nous quoi, c’est notre truc, on avait commencé pas mal de choses. Y’avait notamment un track avec Katana, LMC, La Comera … Le morceau doit dormir quelque part, je sais même pas qui l’a. Et puis, je peux pas dire « je prends le morceau, je le sors », alors que je connais pas spécialement les mecs de La Comera, et qu’ils n’ont pas forcément envie de se retrouver sur un projet qui n’est pas celui d’Alk. Mais on aurait aimé que ça fonctionne, je pense qu’il y avait de la demande, la combinaison était cool. J’aurais pu être le Alk blanc ! (rires)
Teobaldo : Plus que le Booba blanc, oui c’est sûr.
Sidisid : Mais l’entente s’est faite assez facilement, parce que j’étais un peu sa caution « conneries », dans le sens où il hésitait parfois à écrire des trucs, et moi je le poussais en lui disant « vas-y, plus c’est con, mieux c’est ». Alk, il est quand même vachement hardcore. Moi, je suis pas hardcore … je dis des trucs bizarres, mais lui, il part vraiment dans des trucs dégueu.
Sidisid : L’histoire autour de ça … A l’époque, y’avait des vidéos de cul qui tournaient dans leur bloc … et Alk aimait bien les trucs un peu bizarres quoi (rires). Ils avaient tous des vidéos un peu bizarres, et donc y’avait une vidéo, comme ça, avec du fist-fucking avec des museaux de labradors. Et Alk, il te raconte ça genre « trop bien, fist-fucking avec un museau de labrador ! » … et toi t’es là, tu te dis « mais c’est vraiment débile, putain » (rires). Je crois qu’il y avait aussi des trucs avec des têtes de chats rentrées en entier … des chats vivants, hein !
Genono : Y’a un vieux morceau à toi, époque « Ok cool », qui s’appelle « Souvenirs », que personnellement j’aime beaucoup, qui est autotuné du début à la fin. C’est quelque chose que t’as jamais refait par la suite, pourquoi ?
Sidisid : Bah … je sais pas trop.
Genono : Ca te parle plus ?
Sidisid : Si … je crois que l’autotune a eu deux vies, en fait. Y’a eu la période T-Pain, et y’a maintenant, où c’est utilisé différemment, et où les cailleras s’en servent pour dire des trucs hardcores. Avant, c’était quand même plus gai.
Spleenter : Dans « Titanic », tu dis « j’ai l’air de rien, tu t’attendais pas à ça », et à un moment, sur twitter, tu nous avais dit « c’est marrant, je pensais que vous détestiez ma musique ». Est-ce que tu peux développer un peu ? T’as des complexes ?
Sidisid : Nan, mais je pensais juste que ça vous intéressait pas.
Spleenter : Mais alors, en gros, tu vois comment ton public ?
Sidisid : Je sais pas … je me rends pas trop compte en fait.
Teobaldo : Mais t’as pas fait des scènes dernièrement ? Tu vois pas les gens qui sont dans la salle ?
Sidisid : Bah, pas spécialement en fait. Faire des scènes, ok, mais je me vois pas sur un plateau avec Joke et je ne sais qui. C’est soit tu fais du boum-bap à la con, dans un espèce de crew géant avec 100 groupes, donc pas moi, soit t’es un gros, avec une grosse exposition, et tu fais des gros trucs, donc pas moi non plus. On est au milieu de ça, c’est un peu galère.
Spleenter : Tu disais aussi que « châtiment » et « une chatte qui ment », c’était une bête de rime … c’est quoi, le style de rime qui te plait ?
Sidisid : J’ai vraiment dit ça ? (réellement surpris) J’aime bien les rimes hyper compliquées, ou alors les rimes hyper faciles. Les multi, j’en fais de moins en moins, parce que depuis Rap Contenders ça s’est vraiment démocratisé, et maintenant tout le monde en fait.
Teobaldo : Le problème des multi, c’est que c’est trop souvent forcé. Sir Doums, Dany Dan dans une certaine mesure, le faisaient bien. Regarde Akhenaton, dès qu’il commence à le faire, tu sens que c’est hyper forcé. Du coup, ce que tu gagnes en technique, tu le perds en flow. C’est pour ça qu’aujourd’hui je préfère écouter des mecs qui ne font plus du tout de multi. Quand j’écoute Juicy P par exemple, je sais jamais comment ça va retomber. Il serpente, et bim, la rime arrive au moment où tu t’y attends le moins. Là, au moins, t’es surpris, il t’a envoyé un truc.
Sidisid : Mon style est un peu plus bordélique. Alk, par exemple, il peut garder un flow sur un couplet entier. Moi, il faut que ça change, même quand je me dis qu’il faut que je garde un même flow sur tout un couplet, je n’y arrive pas. J’essaye, je me dis que ça peut être marrant de reprendre le même gimmick sur tout un morceau, mais j’y arrive pas. Je crois que je m’ennuie. Le problème en France, c’est qu’un mec qui fait de la multi, on va te dire « ouah, il est trop fort » … mais non ! Une fois que t’as trouvé ton truc, t’as plus rien à faire. Juste, tu comptes tes syllabes, et tu remplis avec des mots. Rien d’autre !
Teobaldo : Ce que je comprends pas, c’est que ça existe depuis plus de dix piges. La Caution faisait ça, mais ils avaient le flow qui allait avec ! Salif, pareil ! Et aujourd’hui, on dirait qu’ils découvrent un truc révolutionnaire.
Sidisid : Je sais pas, après c’est comme nous avec la Three Six … est-ce que c’est pas un peu le même chemin ? En vérité, je me pose pas trop la question, j’écoute pas ces gens-là, vous non plus d’ailleurs. A part Genono, peut-être (rires).
Genono : Moi j’écoute que Canardo, laissez-moi tranquille.
Teobaldo : Canardo, je kiffe pas, mais au moins il a son truc. J’ai pas l’impression d’avoir déjà entendu cinquante mecs rapper comme lui.
Sidisid : Ouai Canardo encore, je peux comprendre. Canardo, c’est Stromaë, c’est la même chose. C’est des mecs qui ont une ouverture, qui découvrent un peu la pop, le pognon, mais qui continuent à te parler de shit. Enfin, ils n’ont rien inventé non plus … qui peut dire qu’il a inventé quelque chose, dans la musique ? Enfin, je vous apprends rien. Le dernier à avoir réellement innové, c’est Mala. A quel moment il s’est dit « je vais faire un album complet avec que des samples de transe et de l’autotune » ?
Teobaldo : C’est là que tu vois qu’il avait de l’avance. Il l’a fait cinq ans avant les américains … pas qu’il les ait influencé, parce que personne là-bas n’a jamais entendu parler de lui, mais il a quand même eu l’idée avant eux.
Sidisid : Mala … on devrait faire un truc avec lui, mais j’en dis pas plus pour le moment.
Spleenter : Et Kaaris ?
Sidisid : J’aime beaucoup Kaaris, donc oui, ça me plairait, mais ça me semble plus difficile à choper.
Spleenter : Est-ce que tu penses qu’il est le Sidisid noir ?
Sidisid : (rires)
Teobaldo : T’as pas trop de mal à t’adapter aux ambiances sombres, un peu noires, t’as jamais essayé avec Escobar Macson ? (Butter Bullets et Escobar Macson partagent le même manager)
Sidisid : Je pense que ça se fera. Après, même si on se connait de loin, on est pas non plus très proches.
Teobaldo : Je pense qu’une connexion de vous deux, avec vos univers très différents, il peut se passer un truc. Ce sera pas une chanson d’amour, c’est sûr, mais ça peut donner un truc vraiment intéressant. Quoique, une chanson d’amour par Escobar Macson, je paierais cher pour entendre ça.
Genono : C’est possible, sauf que l’histoire se termine par une amputation.
Spleenter : Bon, on va passer au quizz. Vous avez encore des questions ?
Genono : J’en ai une dernière, pour conclure : t’as une date pour le prochain album ?
Sidisid : On a bientôt fini. Je peux pas te donner de date, mais d’ici trois mois ça devrait être terminé (interview réalisée en septembre 2013, on est en décembre 2014 … Mesdames et messieurs : le rap français !).
Spleenter : Toujours que Dela à la prod ?
Sidisid : C’est jamais uniquement Dela en fait. Disons que c’est lui à … 75%. Pour le reste, ce sera pareil que sur Peplum, on sort pas trop des gens avec qui on aime bosser : Droop-E, Young L, Glyph, Hits Alive. On en a une de YH, l’ancienne protégée de Camron.
Spleenter : Et les feats ?
Sidisid : Y’aura toujours des feats, j’aime bien inviter des gens. Déjà, y’aura toujours des cainri.
Teobaldo : Et les français, tu nous disais que t’avais fait le tour …
Sidisid : Nan, y’en a encore quelques-uns, mais pas forcément accessibles.
Teobaldo : On te l’avait dit, que La Fouine ne voudrait pas venir sur ton album.
Sidisid : Franchement, c’est un des rares que je refuserais. Faut vraiment être une merde pour faire des singles avec La Fouine, et vendre 4000 disques ! Si demain je dois faire un morceau avec La Fouine, je te promets que je vendrai pas 4000 disques. T’as un Planète Rap, et tout … putain, t’es vraiment une merde. On s’en fout que La Fouine fasse de la merde, t’as vu l’exposition qu’il a ? Même si je viens de te dire que je le ferais pas, si tu le fais … mais tu vends pas 4000 disques, putain !
Spleenter : Nan, 3900.
Teobaldo : C’était ça, La Force du Nombre. Ce nombre, c’était 3900.
Spleenter : Du coup, pour revenir sur les feats, tu peux nous donner au moins un nom de cainri et un nom de français ?
Sidisid : Le ricain, je peux pas, parce qu’il y en a qu’un. Je garde la surprise. En français, je vais vous en donner un. Qui c’est qui pourrait vous faire plaisir …
Genono : Canardo ?
Sidisid : Nan, un qui fera plaisir à vous trois … Lalcko.
(soulèvement populaire suite à cette annonce, le peuple est heureux et entrevoit enfin l’espoir de jours meilleurs)
Lalcko, c’était facile, parce que c’est le pote d’un pote … Et puis il a toujours dit du bien de moi, tout le temps. Après, c’est pas facile de le capter, parce qu’il est dans les affaires, il est une semaine en Chine, un mois au Cameroun, deux jours à New-York … Généralement, les mecs m’aiment bien, dans le rap. Sauf les blancs ! C’est bizarre, parce que tous les mecs avec qui je suis pote dans le rap, c’est des non-blancs.
Teobaldo : Et Seno ?
Sidisid : Ouai, mais Seno c’est une autre génération. J’ai écouté Les Sales Blancs pendant des années.
Teobaldo : Même Hyacinthe et Krampf, tu les connais pas spécialement ?
Spleenter : Ah oui, tu les méprises, eux !
Sidisid : (rires) Tu pourrais dire ça plus subtilement, putain ! Nan, mais c’est pas vrai.
Teobaldo : J’ai découvert le S-Crew récemment, je savais pas ce que c’était … En fait, c’est 1995, mais en pire.
Genono : Et malgré ça, ils ont vendu plus que Fababy en première semaine.
Teobaldo : J’ai une dernière question avant de passer au quizz de Spleenter : toi qui semble plutôt ouvert dans tes thèmes et dans ta musique, t’as pas envie de rapper avec une meuf ?
Sidisid : Bah … y’en a pas !
Teobaldo : Mais si t’en trouvais une, tu serais pas fermé ?
Sidisid : Nan, pas du tout … c’est juste que j’en vois aucune.
Spleenter : Y’a Shay, en plus elle est connectée avec Kevin El Amrani, ça facilite les échanges.
Sidisid : Je sais pas … Ca me parle pas trop. Je préférerais que ça soit un peu plus crade (rires).
Spleenter : Si tu cherches du crade, y’a Liza Monet.
Sidisid : Ouai … dans le principe, je trouve ça cool. C’est un peu Roll-K. C’était vachement bien, Roll-K.
Teobaldo : Mais Roll-K, elle rappait, tu sentais qu’elle aimait rapper. Aujourd’hui, les meufs qui font ça, y’a un côté « ouai, je suis comme ça, t’as quelque chose à dire, fils de pute ? »
Sidisid : Ouai, un côté un peu féministe …
Teobaldo : Femen, même !
Sidisid : Mais Roll-K, tu pouvais que kiffer, avec l’environnement qu’il y avait autour … Tout Simplement Noir, etc. C’est comme quand LIM ramenait des meufs sur ses mixtapes … c’était extraordinaire. Les chansons de LIM avec des meufs au refrain, c’est mes chansons préférées, c’est tellement irréel. Donc ouai, faire un feat avec une meuf … je sais pas.
Genono : Et avec un rappeur homosexuel ?
Sidisid : Ca va être compliqué, j’en connais pas un seul qui soit hétéro (rires). Non mais sérieusement, en France, je vois pas un rappeur déclarer qu’il est homosexuel. Après, s’il est blanc et homosexuel, ça peut être un bon moyen de percer … percer, y’a un jeu de mot, t’as compris ?
Bienvenue aux #CaptchaAwards2014. Ici, pas de Nikos Aliagas, pas de Shym en petite tenue, mais des super montages faits sur Paint, et des jeux de mots à faire honte à Laurent Ruquier.
Bon, autant prévenir tout de suite : ça ressemble à rien, mais j’allais pas passer trois jours à essayer de mettre le truc en forme. Du coup, les vidéos ne sont pas intégrées, donc quand tu veux en voir une, faut cliquer sur l’image pour qu’elle s’ouvre dans un nouvel onglet. C’est laborieux mais frère la vie c’est paro.
C’est parti (par contre comme c’est de la merde, faut attendre que le diaporama se charge, y’en a pour 5 bonnes minutes si t’as une bonne connexion. Si t’es en edge ou en yahoo 56k, rebrousse chemin et retourne dans ton 77) :
Questions : Teobaldo et Genono (et un peu Spleenter aussi, mais vite èf)
Vidéo : Mehdi MK
Réponses : Fuzati et Moïse the Dude
Soyez prévenus : c’est l’interview la plus mongole depuis Bill Clinton face à Dan Rather en 1998. Y’a beaucoup de questions très cons, mais au moins on a bien rigolé. Et personne ne nous enlèvera ça. Pas même les juifs.
Car il est question de juifs dans cette interview. Mais aussi de la factrice de David Gourmette. Et aussi de sa gourmette.
Bref, ça donne pas envie, mais si vous ne cliquez pas pour vous, cliquez pour la science.