Lacrim, R.I.P.R.O Vol.1 : Au nom du fils …

Moins d’un an après son album « Corleone », Lacrim sort sa mixtape « R.i.p.r.o vol.1 », épée de Damoclès au dessus du crâne et 6.35 dans le jean. La prison l’attend déjà. Il doit quelques années de sa vie à la justice française. Quelques années de plus, pour une histoire d’empreintes digitales, d’armes de l’est et de vidéoclip. Alors il faut rentabiliser le temps passé dehors. Maroc, Algérie, Thaïlande, Lacrim bouge à droite à gauche, écrit, enregistre, clippe. Bref, il travaille. Et les clients sont satisfaits.

lacrim prison

14 titres pour une mixtape de haut vol. Certains diront que Lacrim tourne en rond, d’autres argueront qu’il est fidèle à lui même. Bien des morceaux de « R.i.p.r.o vol.1 » auraient pu figurer sur «Corleone ». Stupéfiants, luxe, voyages, amour, trahison. Le rappeur continue de rouler sur les terrains qu’il maitrise, et autant dire qu’il pilote en I. Le rap français couché au sol, Lacrim fait frotter la bavette sur son front. « Dis leur Bellek,  j’les baise même si j’suis bloqué, ils vont rien faire c’est qu’une bande de cons cokés » Ou alors il fait monter un MC français dans le 4×4, place du mort. « On démarre la voiture on va voler toute la nuit, Kore ils veulent avoir le feat au prix du tron-li, dis leur qu’ils se mettent un doigt. »   Signé chez Def Jam France, Karim Zenoud met à profit les moyens de la major. Invitant Migos sur « Money », choix de featuring respectable. Offrant la piste de fermeture à son ami marseillais SCH, pour un solo, « Million », générosité admirable.

AU NOM DU FILS

Lacrim ne sait pas tellement sur quel pied danser. Des Zanottis à Médine, des claquettes au Perthus. « En janvier j’étais en taule, en décembre sur un bateau, starfoullah pardonnez moi, Mon Dieu, mais j’en profite, les épreuves me ralentissent mais mon fils grandit trop vite.» Ce fils, justement. Comme si tout était fait pour lui. Déjà sur « Corleone », il était le cœur d’une musique de tous les vices. L’assistance respiratoire d’un père en proie à ses passions. Ici encore, le garçon est le souffle d’un rap violent. La raison d’un daron à fleur de peau. « J’ferai en sorte que tu ailles te baigner très loin du malheur, dans une rivière de diamants », « Mon fils, t’iras pas te jeter dans le feu, tu verras le mauvais qui se cache dans leurs yeux. » Lacrim dédie au petit une chanson. Il y invite Leslie, le crossover est réussi. Mais un enfant ne peut l’entendre. La violence resurgit. Des montées d’adrénaline, des pulsions de haine, des souvenirs d’armes. Le naturel d’un ancien jeune qui revient au galop dans la tête d’un jeune vieux. Et qui veut déjà faire de son bambin un jeune lui. « Mon fils a quatre ans, on met les mêmes sappes, collection Philippe Plein. Pour lui j’ai pas le cœur noir, frérlacrim 2ot, j’laisse tomber les maux de tête, j’veux qu’il sache respecter Dieu et diriger un hôtel. »

Impossible de dire si Lacrim écrit son passé ou son présent. Difficile même de déceler le réel de la fiction. Le rappeur parle en grosses sommes.  « Ils disent l’argent ne fait pas le bonheur, essaie donc avec un million. Le bonjour à tous mes voleurs, dix bouteilles, Don Pérignon. » Parfois, l’impression d’entendre un rappeur détaillant lambda des halls. « Il nous faut de l’oseille et la vue du soleil donc ça débite, capuchés sous la pluie il y a les porcs qui nous cherchent mais ça débite. » D’autres fois, l’impression que Tany Zampa lui même a enregistré une mixtape avant de se passer la corde au cou. « Frérot on fait pas semblant, j’achète la dernière Bvlgari , cent bouteilles le jour de l’an. » Il faut se dire que Lacrim rappe le mouvement, de Chevilly à Monte Carlo, des cages d’escaliers aux sols marbrés, des petites coupures aux grosses transactions. De hier à demain. Le départ, la chute, mais jamais l’arrivée. C’est la course en avant, de mal en pis. « Bois d’Arcy, Bois d’Argent, plus d’insignes, plus d’agent, boite 7, sous Jack, bébé j’ai rayé la jante. » Q5 à pleine vitesse direction le sud. « L’habitude de rouler sans permis, j’fume la frappe de batard entre Toulouse et Perpi. »

ROI  SANS COURONNE ET SCÉLÉRAT

lacrim 3Quand certains enregistrent ce genre de choses le sourire aux lèvres et des rêves plein la tête, Lacrim semble le faire avec fierté et tristesse. Il pousse la chansonnette, ralentit son débit de paroles quand il s’adresse à sa progéniture, l’accélère pour invectiver ses ennemis. Sur un refrain comme celui de « Carte de la vieillesse », l’interprétation de Lacrim flirte avec des lamentations. « La rue m’a pris mon coeeeeeeur, niqueeeer ma jeuneeeeeesse. » Les armes crachent des larmes que les billets épongent. Liquide lacrymal. De même sur « Red Zone ». Un beat classique de Dj Kore, de tristes souvenirs dans le 94 et de sombres persepectives en maison d’arrêt. «Petit ramène moi ces vingt kil’ à rue du Nivernais. » Et pour rapper la tristesse, qui mieux que Nessbeal ? Le retour du roi sans couronne. Des années que le rap français l’attend. Le revoilà, verbal brolick en main et pleurs éternels sur la joue gauche. « Entre la parole et les actes khoya t’as le Sahara, j’écris sous la pluie, Franck Sinatra. » Un joli couplet pour un revenant que l’on espère ne pas tarder à revoir.

Parmi les autres invités, citons Gadur, Sadek et SCH. Enfin … citons surtout SCH. SCH. Un morceau solo et un couplet sur « R.i.p.r.o vol.1 ». 20/20. Le rap de scélérats a de l’avenir. Le rap français se porte mieux que le cinéma français. Il sort un Brian De Palma par an. Rien à ajouter. A Lacrim de conclure: « J’voulais tout baiser gros j’ai fait comme toi j’ai regardé Scarface. »

Les 1001 crasseries d’Alkpote

« Dans mon cahier d’textes, des rimes j’en ai écrit plus d’18 000 » … En véritable stakhanoviste du rap français, Alkpote abreuve les gorges des auditeurs à une cadence infernale depuis une bonne décennie. Son œuvre, dérangeante et crasseuse, n’a cessé d’explorer les champs lexicaux de la fellation, de la sodomie, des substances illicites, et de la bonne bouffe. Épicurien dépravé, Jonathan H, dit l’Empereur de la crasserie, dit la ténébreuse mitrailleuse, n’a de cesse de pervertir les oreilles chastes. Sa fin de carrière approchant, le moment de compiler ses plus belles crasseries est venu.

1001alk

Chapitre I : Manger, boire et fumer.

« J’suis un épicurien, putain, mon haleine sent le vin ». Alkpote ne s’en est jamais caché … il s’en est même plutôt vanté : en bon vivant, il voue une passion toute particulière à la ripaille. « Je dois réchauffer la marmite, déguster mon couscous garbit », « J’suis accro au fromage, pizza, couscous et aux gâteaux de riz » ou encore « J’mange du poisson cru, du riz blanc » … l’estomac du personnage n’est pas difficile à contenter. Parfois, le gueuleton prend même une tournure … étonnante : « J’insère mon spéculos dans le spéculum », « sur ma bite j’verse du sirop d’érable », « du bon lait, du boursin viens branler mon oursin », ou pire « j’vais me faire piper par ta mère et lui faire bé-ger le diner ». Pour baigner le gosier suite à cette orgie de victuailles, l’ogre Alk ne croit guère en les vertus de l’eau. « J’festoie fils : serre-moi un verre d’vin rouge ». Amoureux de tord-boyaux et de fumée verte, le légendaire Géant Vert prône les vérités d’un esprit malsain dans un corps pourri du foie aux poumons.

Mais aussi : « Pendant des heures, tu boufferas mes macarons » ; « Les barrettes sont grosses comme des bâtons de Surimi » ; « C’est avec de l’émotion que j’fume chaque do-bé » ; « Si si si gros, je viens élever le niveau, pour déguster le gigot » ; « J’tise jusqu’à avoir des taches jaunes dans l’foie » ; « Mes archanges ne mangent pas d’jambon Madrange » ; « Nadine Morano, lèche un peu mon Ferrero » ; « J’rajoute du fromage sur mes raviolis » ; Fume ton cannabis, mange ta tablette de Galak fils » ; « Imbécile, retourne manger du pain d’épice » ; « Deux, trois grammes d’Hollande je ne fume que du H collant » ; « J’ai compris le folklore, le bon brie, le roquefort » ; « Voila l’plateau de fromage, la baguette de chez Paul La bouteille de vodka, la canette de Red Bull » ; « Mange mes Babybel, bois mon Actimel et ce sera nickel » ; « Les produits illicites illuminent le sol comme dans Billie Jean » ; « Harissa, ketchup, mayonnaise Plus de la moutarde, sauce samouraï » ; « J’fume du shit noir et de la beuh verte fluo » ; « Je me porte mieux quand je mange des croque-monsieur » ; « Putain d’putains, du pain du vin des joints et tu sais même plus combien font 1 + 1 » ; « Juste un sachet d’weed et un carré de Kiri » ; « Sers-moi un verre d’vin rouge dans la piscine » ; « Dans mon cigare de la p’louse, mixée au chocolat » ; « J’fume du marocain en maillot d’bain »

Chapitre II : Autoportrait

« J’ai les yeux bridés comme un Japonais ». Sobre, cette description d’Alkpote a l’avantage de s’arrêter sur une partie du corps tout à fait décente. D’autres variantes de la même idée existent (« j’ai des yeux d’chinois, du pilon ultra gras » ou « j’ai les yeux bridés comme si j’vivais au Japon »), mais la grande majorité des descriptions physiques du rappeur tournent évidemment autour de son phalus : « Nos sexes sont flexibles et maniables », « j’te baise même avec le zizi mou », « ma bite te serve de levier » … L’organe génital d’Alkpote est même personnifié, éprouvant des émotions dignes de personnages dramatiques : « me complimente pas trop, j’ai la bite qui rougit », « salope mon zizi pleure » …

« Jonathan le souteneur, coup de bite, coup de cœur ». Malgré cette hiérarchisation phallocratique du corps humain, Alkpote est un grand romantique. Nouveau romantique comme son comparse Sidisid, l’Aigle de Carthage sait plus que quiconque parler aux femmes -il l’affirme d’ailleurs haut et fort : « il suffit que j’parle pour qu’les filles jouissent c’est inouï ». « Fais pas ta nerveuse, suce mon missile a tête chercheuse », « essuie tes pleurs, suce ma bite », « salope coiffe les poils de ta chatte » … Des mots doux qui obéissent à quelques règles simples de la vie de couple : petites attentions, réconfort dans les moments durs, et compliments à chaque nouvelle coupe de cheveux. Sans oublier un élément essentiel à toute relation amoureuse : l’hygiène, caractérisée par ce mythique « suce ma bite pétasse j’ai mis de l’eau d’Cologne ».

Mais aussi : « J’ai l’cœur qui palpite et la bite toute dure », « j’veux lécher des bouts d’seins », « j’veux m’abreuver d’gros lolos », « montre moi ta shneck sur ta webcam », « j’veux plus seulement me faire tirer par le bout de la bite », « j’vais t’désosser sale pute, te défroquer ta jupe », « belle voiture, belle coiffure, ma queue pourvue qu’elle soit dure »

L’hygiène, une véritable obsession chez Alkpote. « On bouffe ta viande là où ça pue la pisse et la fiente » : notre homme aime les odeurs marquées, et veut profiter de son odorat comme de ses quatre autres sens. Jamais rebuté par un fumet, il sait se retrousser les manches et aller au fond des choses quand elles doivent être faites : « je passe que par derrière, même si ça n’sent pas bon », « chiennasse j’passe par derrière j’m’en fous d’l’odeur », « v’là le petit sale arabe qui renifle le string à ta femme » et, pire que tout, « j’pourrais renifler les sous-vêtements à Madonna ». Mais si John H accepte les relents de sa partenaire, c’est aussi parce qu’il n’est pas en reste : « j’ai une haleine d’hindou », « dans mon alk-leçon ça sent l’alk-momille ». Même ses albums ont de drôles de senteurs : « faut pas qu’tu graves ce disque (Salope), il sent la merde et les flaques de pisse, le zet’ et les pack de 6 ». Un bon conseil ? « Nettoie ton slip et lave-toi les dents sale pipeur »

Chapitre III : Cinéma, séries télévisées, dessins-animés

« Au top de ma forme comme a l’époque où sniffait Van Damme ». Alkpote est un grand fan de cinéma, de séries télévisées, et de dessins-animés. Des références évoquées de manière classique, parfois (« on t’flingue comme Zé Pequeno », « Ca bombarde comme Jason Statham », « Comme David Kleinfeld dans une impasse »), beaucoup moins classique, souvent (« J’veux m’faire sucer par Joséphine l’Ange gardien », « J’encule les Sarah Connor, Alk le terminator », « J’peux commettre un meurtre à l’extincteur, comme dans Irréversible » ou sa variante « j’déforme ta ganache comme dans le film Irréversible »). Des références improbables, on ne remerciera d’ailleurs jamais assez Alk d’avoir cité la plus grande série comique de tous les temps : « comme Malcolm et Reese (Francis), vos forces s’épuisent ».

Mais aussi : « Ils n’auront pas ma peau comme Roger Rabbit » ; « J’pars à l’aventure comme John Locke » ; « J’commence mes classiques comme Orange Mécanique » ; « J’veux être riche comme Jack Abbott » ; « J’ai la bougeotte comme Van Damme dans Bloodsport » ; « Tu vas saigner des yeux comme Daredevil » ; Y’a que des T-1000, finis les T-800″ ;  « J’maîtrise l’acier : appelez-moi Magneto » ; « On s’paye des baveux à la Perry Mason »

« Caillera depuis l’époque de Lucile, Tristan et Mathias ». Grand fan de l’époque Club Dorothée, l’Empereur alias Jojo l’affreux alias Pef le dégueu est un fin connaisseur de la japanimation des années 90. Cobra, Saint Seyia, et surtout Dragon Ball Z : « Vous rêverez d’échanger d’corps contre le mien comme Ginyu » ; « dès que j’enlève mes lunettes, j’mets le détecteur de Radditz » ; « mon membre s’rallonge même si chui pas Piccolo » ; « il me manque un bout d’cerveau, un peu comme le Cyborg 16 » ; « je viens du futur comme Trunks »

Mais aussi : « Mes tortues Ninja fument des feuilles de laitues » ; « j’pourrais descendre dans les égouts manger des pizza comme une tortue ninja » ; « Gros j’déconne pas, j’suis un Pokémon rare » ; « Prêt pour la guérilla, j’tire avec le bras d’Cobra » ; « Gagnant comme Batman et Robin » ; « Vous allez saigner des yeux comme Shiryu » ; « J’suis dans mon vaisseau comme Actarus, j’fume de l’amnésia avec Venusia et Alcor, j’plane comme le Dragon Falcor »

Chapitre VI : Name-Dropping

Le name-dropping, de plus en plus répandu chez les rappeurs français, est une constante chez Alkpote depuis les premiers textes. De Vivian d’Secret Story  à Roman Polanski en passant par Tom Cruise, Mouammar Khadafi et Sylvain Mirouf, chaque blaze est plus improbable que le précédent, c’est un véritable festival de l’absurde. Y’en a une putain de chiée, et la liste n’est même pas complète.

J’baise des cougars comme Vivian d’Secret Story

Dans mes clips j’suis Benoît Magimel

Même le fils de Nicolas Sarkozy kiffe trop ma saloperie

Laura Smet, Lou Doillon Consomme du lourd pilon

Va t’faire baiser par Jeremstar, Vincent Mc Doom et Magloire

mes gros vampires baisent tous Roman Polanski

J’suis musclé pas comme framboisier, Bernard Minet et puis Remy

J’danse ma dernière valse avec la femme de Manuel Valls

Tu veux rouler en Porsche Cayenne, ou éjaculer dans la gorge d’Ayem

La chatte a Salma Hayek ou de Cruz Pénélope

Pour moi ça roule comme Larry Flint

Je m’échappe avec les millions d’Céline Dion et d’René-Charles

Aigle Royal balafré tout comme Franck Ribéry

J’traverse pluies diluviennes à la Rémy Julienne

j’suis pété comme Serge Gainsbourg

Ma drogue douce vaut la scientologie de Tom Cruise

J’ai la même came que Jean-Philippe Smet

Si c’est Halloween, j’mettrai le masque de Nina Roberts

Des squelettes dans l’placard comme la famille de George Bush

On protège les bonnes sœurs tout comme Whoopie Goldberg

J’suis l’nouveau Serge Gainsbourg sans Jane Birkin

J’écoute la musique de Jean-Michel Jarre par temps hivernal

J’crois pas en cupidon, comme Thomas et Nabilla

Repose en paix Kadhafi et Saddam Hussein

Je vous espionne comme Mark Zuckerberg

Misérable minable malchanceux, on va baiser la femme de Karembeu

Scientifique comme Mac Lesggy

Viens m’Instagramer avec Enora Malagré

J’compte vous baiser comme Bernard Madoff

On respecte Rocancourt

J’veux qu’on se souvienne de moi comme John Lennon

J’veux dormir dans du satin bercé comme Jean Dujardin

J’disparais comme Sylvain Mirouf

mon pistolet va trouer les Frank Dux

J’veux mener la vie d’château comme le colonel Chabert

Repose en paix Saddam

Des fins gourmets comme Claude Brasseur

Mes malfrats fument comme des rastas, en imaginant la chatte d’Laetitia Casta

J’assure comme Will Smith, j’rappe et tu jouis, fils

J’suis le côté diabolique de Serge Gainsbourg

J’te fais rire comme le gros Michel Boujenah

C’est des coups d’machette verbale, lyrical Khaled Kelkal

J’vais t’électrocuter comme Claude François

Gros tu vas disparaître comme Larusso

J’tise comme Gorbatchev

La même moustache que l’gros Noel Mamere

J’écoute du Balavoine

Faire plus de sous qu’Étienne Mougeotte

J’écris aussi bien que Francis Cabrel

Infréquentable tout comme Alain Soral

J’affronte des monstresses au cheveux rouges comme Véronique Genest

Cessez de m’imiter, comme Laurent Gerra

J’suis plus violent que Manson Marylin

Vilain canard comme Balotelli mais j’baise des garces qui ressemblent à Ophélie

Imagine Joe Dassin avec un putain d’flow malsain

J’te prédis la fin du monde comme Paco Rabanne

Salope j’vais t’écarter les jambes comme Jean-Claude Van Damme

J’écris mes textes avec la main à Maradona

C’est pour les frères qui partent au card-pla et qui rêveraient de se faire sucer la bite par Loana

Je vous demande de vous arrêter comme Balladur

Monstrueux comme Lady Gaga

Repose en paix Thierry Gilardi

Du taf d’orfèvre comme Marc Dorcel

On vous divertit un peu comme Guy Lux

Dehors les shlags s’endorment et les petits se prennent pour Charles Bronson

on pisse de gauche à droite comme Bernard Kouchner

j’ai les mêmes chicos qu’Demon One

Je baise Benjamin et Flavie Flamant

Jean Valjean encule Cosette

Nous on écoute pas Patrick Fiori

On cherche notre Paradis comme Depp Johnny

A Paris les sales chiens me feront toujours rire comme Patrick Sébastien

L’Unité 2 feu c’est deux fois plus vicieux qu’Emile Louis

J’veux plein d’cash sur mon compte comme le dénommé Arthur

C’est Néochrome et Alkpote, le nouveau Doc Gynéco

Adef et l’poto Bachir vont salir vos navires et partir élargir le trou d’Amanda Lear

j’ai pas la droite de Joe Frazier

Nique Brigitte Bardot, ici ça bibi de la dope

Ils veulent tous percer comme Laurent Voulzy

J’veux crever vieux comme Michel Serrault

Pétasse t’as qu’à bouffer des p’tits zizis vu qu’tu suceras jamais la bite de P.Diddy

Mes serpents cognent comme Marcel Cerdan

Je chante comme Claude Nougaro

J’suis éloquent comme Fabrice Luchini

Emprunter à Cofidis pour ressembler à Ben Affleck

 

Chapitre V : Des belles, des moches

« Je tartine des corps maigres et étranges » On reproche facilement aux rappeurs d’entretenir de mauvais clichés sur les critères de beauté : gros culs, 95C et lèvres pulpeuses sont sans cesse mis à l’honneur dans les clips et les refrains estivaux. Mais -faut-il le répéter encore ?- Alkpote n’est pas un rappeur lambda. En grand romantique, il aime toute femme, sans la moindre discrimination, si ce n’est peut-être la présence d’un vagin. Belle, moche, grosse, maigre, vieille … tout y passe. « Ça fourre des chiennes toutes moches », « une vieille cougar dans un boulevard », « 91 gang-bangers avec une fille pas belle », « mes fortes têtes fourrent des corps de rêve » : le panorama est complet.

Mais aussi : « On désosse des ogresses, des fois des bonnes, des mauvaises » ; « les p’tites garces que j’partouze ont pipé trop d’clodos sales » ; « j’fais l’amour à d’belles geoise-bour » ; « salope t’es vraiment belle » ; « mec, c’est tard le soir que j’fourre des beautés matures » ; « j’fourre même des laiderons avec la tête ronde » ; « des p’tites boulimiques nous sucent la bite » ; « rase tes jambes velues, qu’tu sois sous zet’ ou verdure, tu feras pas couverture d’Entrevue »

Chapitre VI : Rap conscient

« Mes pro-palestiniens lisent des livres sur les putain d’diables égyptiens ». Catalogué comme rappeur hardcore, rappeur technique, rappeur vulgaire, rappeur atypique, Alkpote s’est parfois distingué par une clairvoyance impressionnante sur des sujets intellectuellement difficiles d’accès (« J’me renseigne sur les reptiliens et égyptiens »). Reptiliens et sionistes sont les cibles préférées de l’Alkalucide : « ces sionistes gâchent nos moments de vie » ; « les reptiliens en haut de l’échelle » ; « ça commet n’importe quel délit comme la putain de LDJ » ; « J’encule les reptiliens et tous les pharaons » ; « nique le CRIF et la LICRA » ; « on voit clair dans vos pratiques sionistes ». Passionné d’histoire, Alkpote aime également citer des personnages historiques (« les putes en civils traînent avec des gens pires qu’Hitler », « je repars leur refaire à l’envers comme si j’avais eu le revolver de Hitler »).

« Sisi fils, va pas choper la syphilis ». Le rap conscient, ce n’est pas seulement noyer l’auditeur sous une tonne d’informations encyclopédiques. En bon moralisateur, Alkpote est là pour livrer une tripotée de bons conseils, des plus basiques (« ne mets pas tes putains de doigts dans la prise ») aux moins académiques (« belek à pas te manger un zizi d’travlo »). Il y en a bien sûr pour tout le monde : filles faciles (« les tasspé, arrêtez d’sucer la vie est courte »), jeunes rappeurs (« arrête le rap et taffe à Castorama »), drogués (« sniffe un trait ou roule un joint sur ma pochette de CD, si t’es perdu, seul le Prophète peut t’aider »), bambins (« fils demande notre CD à c’putain d’Père Noël »), femmes indisposées (« mettez des couches, des serviettes hygiéniques »), célibataires (« achète-toi un gode vibreur fourni avec des mini-piles »)

Chapitre VII : Du bon lait, du boursin

« J’éjacule en dessinant des croquis ». Résumer Alkpote à un rappeur obsédé par la fellation et les pratiques sexuelles douteuses est terriblement réducteur. Si Booba faisait des dons d’urine pour que la France entière se désaltère, Alkpote, lui, fait des dons de sperme. Difficile de ne pas y voir une visée humaniste, le sperme étant la matière première de la vie. Dans le fond, Alkpote cherche peut-être simplement à peupler la terre de mini-tounsi ?

T’es friand de ce que j’éjacule, j’remplis des récipients

J’envoie des perles de lait

Si j’bande j’cracherais dans ta gueule ma sauce piquante

Ils vont s’abreuver de c’que j’ai éjaculé dans le pot de chambourcy

Éjacule du jus gluant

Joue pas les gangsters si ta bouche sent l’sperme

Au mic c’est Alkpote, je crache du mascarpone

Ouvre-la seulement pendant les douches de sperme

Salope tu plongeras dans une marre de sperme

J’étais déjà un maître crémier bien avant l’époque où dans vos frocs vous spermiez

T’aimes faire trempette, tu baignes dans le sperme

Mon sperme, tu vas l’absorber !

Chapitre VIII : Une sexualité débridée

« On encule les gouines autrichiennes ». Puisque nous sommes dans la lancée du sujet crasseux du chapitre précédent, autant aller au fond des choses : « j’vous baise tellement profond que je fais d’la spéléo ». Sodomie, fellation et levrette sont des pratiques bien trop classiques pour le grand, le gros Alkpote. « Pour toi c’est pire qu’une quadruple pénétration » … l’action est violente, crue et l’usage de la lame semble fréquent : « j’vous fais mouiller avec un couteau rouillé mais très affûté » ; « J’aiguise ma lame, j’déchire ta chatte ». Avantage : la partenaire sexuelle allie plaisir et régime (« quand tu baises avec moi, salope tu perds trop de gras ») … enfin, sauf quand Alkpote préfère se réserver pour des plaisirs solitaires (« j’veux pas t’baiser, j’préfère m’lé-bran ») ou … inhabituels (« bouffez moi l’anus pendant qu’j’me branle »)

Et en cas de petite soif après l’amour, pas besoin de se lever pour aller chercher une canette dans le frigidaure : « J’ai la gorge sèche, je suis assoiffé de cyprine », « j’ai une planche de surf, pour les femmes fontaines », et si on n’avait pas compris, « j’te parle de sexe sans honte, j’aime la cyprine ».

« On va t’fister l’cul avec le museau d’un labrador« . Disons-le clairement : nous pouvons nous estimer heureux quand le partenaire est de type classique -à savoir : humaine de sexe féminin, majeure, et consentante. Adepte des figures de style, Alkpote animalise ses compagnes, au point de nous faire douter : est-on toujours dans le domaine de la  métaphore ? Insectes, rongeurs, canidés, le bestiaire est fourni : « désolé de désosser vos coccinelles », « mon zizi sale attire les rats », « je dois m’lever tôt, je dois emmener des chiennes chez l’véto » et le fameux « chiennasse t’as qu’à dresser la patte pour qu’j’vienne t’al-caresser la chatte ».

Chapitre IX : Dans ton cul, dans ta chatte

« Dans vos chattes, dans vos Fnac, dans vos bacs, bande de chiennasses ». Oui, ce papier avait commencé de manière très soft : nourriture, boisson et fumette. Et puis, petit à petit, on descend les étages des catacombes, pour finir dans la cave la plus obscure. « Dans ta chatte infiltration ». La Bat-cave. Gargantua, la trou noir massif d’Interstellar. On est au fond. « Bientôt vous allez saigner du cul », « c’est un désanussage, pas d’lubrifiant » … Concept simple, qu’Alk se charge d’expliciter au maximum, histoire qu’il ne reste plus la moindre trace de confusion : « A.L.K.P.O.T.E peut t’enculer les fesses ». Et évidemment, ça ne se passe pas toujours bien (« ça finira mal : y’aura du liquide anal », « pendant le cunni, j’te mords la schneck »). Le cul, la chatte … parfois, on en sait plus trop, alors on tape dans les deux en même temps : « encaisse ça dans tes fesses ou ta chatte ma pétasse », « salope t’as 3 issues, c’est soit ta bouche, soit ton cul ou ta chatte », « on t’prend en sandwich » …

Mais aussi : « Je perfore les orifices à la Ovidie » ; « Pétasse j’pratique la levrette » ; « Homme de Néandertal aimant le rectal », « Les culs s’dilatent kho j’les lubrifie à l’eau » ; « Alk sodomise les filles comme Rocco Siffredi » ; « Maintenant c’est l’heure de la sodomie » ; « P’tite sodomie, p’tite sodomie, p’tite sodomie » ; « J’te la mets dans la gorge ou le machin ovale » ; « Tu vas te faire casser l’cul si t’essaies de passer le mur » ; « J’vais envoyer la purée et vous désanusser » ; « Salope tu devrais plus squatter la salle de gym, on va t’enculer à sec sans Vaseline » ; « J’vais te faire connaître le plaisir anal, Sheitan me dédicacera » ; « Les oreilles on purifie, les trous du culs on lubrifie » ; « Même si t’es musclé tu peux te faire dépuceler le cul par des ptits PD qui font qu’s’branler comme des curés »

Chapitre X : De l’argent, des pédés, des travelos et un peu de scato

« C’est 1 500 euros le feat, après avoir zépo j’te quitte ». Alkpote annonce les tarifs froidement, loin de l’hypocrisie du rap-game. « Je pose pour 2000 balles maintenant j’augmente les tarifs ». Logique, car Alkpote va se faire de plus en plus rare. Respectons l’adage « ce qui est rare est cher », d’autant que « 1000 euros par mois ça me rend malheureux ». On le comprend, étant donnée l’ambition de départ : « On veut finir obèse avec des grosses caisses, des cuirs et des fourrures ». Peut-être que le rap n’était pas le chemin idéal pour Alk (« j’ai loupé ma carrière d’acteur dans le film X »), lui qui imagine que le milieu est « contaminé » (« sûrement, que dans le rap y’a des travlos »)

« Appelez vos frères homosexuels, sur vos faces on vient cracher nos glaires ». Car oui, malgré son obsession des pratiques sexuelles déviantes (labradors dans le fion, lames dans le vagin …), Alkpote le Légendaire nourrit une certaine aversion pour l’amour entre hommes : « Anti PD comme Elton John », « C’est Alk-putain-de-pote l’homophobe », « J’ai mal comme un chevalier Jedi quand je vois toutes ces pédales sur les chars de la Gay Pride », « J’toucherai pas le gros lot dans ce pays d’homos », ou encore « Mes sacrés collègues détestent les pédés depuis Les Années Collège ». Autre paraphilie peu orthodoxe, la scatophilie tient une place prépondérante dans l’univers crasseux d’Alkpote. « Satanée crasseuse pourrie, essuie avec du moltonel ta merde », « J’suis un pyromane scatophile », ou, moins tendancieux, « J’fais chier les constipés » … Chez Alkpote, le Trône du Rap Game prend une toute autre signification (t’es incontinent et tu souffres de constipation (Merde !) ; « J’pisse à la raie d’ceux qui nous chient dans les bottes »)

Chapitre XI : Des putes et des snuff movies

« Même les grosses putes des bois ont kiffé le clip de Sucez-moi ». « Pute » est certainement sur le podium des mots les plus utilisés par Alk le lyriciste essonnien. De la pute classique (« Des putes de rêve me sucent le sexe pendant qu’je fume le zeb ») à la pute du futur (« j’nique des prostiputes »), la pute est partout, donnant parfois des fulgurances qui relèvent du génie : « J’ai toujours voulu baiser la princesse des putes, ainsi que sa daronne la reine des putes ».

Mais aussi : « On est poursuivis par des putes de joie », « Pendant la crise c’est navrant les p’tites sucent », « J’cherche des putes sur VivaStreet qui viennent d’éclore d’la chrysalide », « Les victimes braquent, même les putes tirent comme dans Nikita », « Tu mérites pas l’Formule 1, tu mérites pas l’baladin, tu mérites pas la cave à vin : tu mérites rien, t’es qu’une sale catin »

« J’peux commettre un meurtre à l’extincteur comme dans Irréversible » Visiblement meilleur qu’une partie de jambes en l’air avec une prostituée sur le périph : l’horreur d’une bonne séance de torture. « Le masque de soudeur, le tablier d’charcutier » … « Dans ta tête j’perce un trou, prends d’l’aspirine ». Les films pornos ? C’est démodé : « on filme des snuff-movies avec des D500 ». Et quitte à se lancer dans le film d’horreur, autant aller jusqu’au bout (« j’ai pris en stop la dame blanche au virage, j’l’ai mis en cloque ») … sans jamais oublier de perdre le Nord (« les vampires sucent pendant qu’on dort »)

Chapitre XII : SUCEZ

« Qu’on m’suce le gland sur le champ ! ». Sur le podium sus-cité, le verbe sucer occupe immanquablement la première marche. Pénis, bite, tuyau de plombier, tour de Pise … tout ce qui possède de près ou de loin une forme allongée est susceptible d’être suçoté. Là encore, la liste est non-exhaustive :

Poupée si tu sais piper, allez grimpe

Qu’on m’suce le gland sur le champ !

Attends le déclic pour me sucer le pénis

Essuie tes pleurs, suce ma bite

Frotte ma lampe d’Aladdin, n’oublie pas d’faire un voeu

Suce mon tuyau de plombier

Suce ma bite, lèche mes boules !

Ta garce me pipe

Fais pas ta nerveuse, suce mon missile a tête chercheuse

Suce ma bite pétasse j’ai mis de l’eau d’cologne

Vous allez m’sucer la bite

tu veux m’pomper vieux t’auras qu’ma queue à sucer

Sucez-nous pendant qu’on festoie

J’enfonce ma bite jusque dans tes amygdales

Suce mes boules et lèche ma guirlande

Suce moi tranquille, je suis pas pressé

J’me fais sucer le sexe par ton chéri

Sucez nous pendant qu’on respire !

Tu peux me sucer avec ton appareil dentaire

si t’es un fin gourmet, tu vas sucer des longues queues

Suce ma tour de Pise

Si tu suces pas mieux j’te casse les dents

J’te la mets dans la gorge ou le machin ovale

Suce ma putain d’bite Salope !

Va t’faire sucer par des travelos dans l’bois

Lèche mon sorbet

J’suis élégant quand je viens chez les gens, suce ma trompe d’éléphant

Suce ma putain de Neochrome-bite

Chapitre XIII : Toute bonne chose a une fin, sale putain

A.L.K.P.O.T.E alias
L’Empereur de la Crasserie
Alias, Belmondieu
Alias Pef le dégueu
Alias Jojo l’affreux
Alias Jonathan H
Alias l’Aigle royal de Carthage
Alias la ténébreuse mitrailleuse
Alias le meilleur du 91
Alias la légende de la banlieue sud
Bande de putains
Néochrome pour toujours et à jamais

Faut-il investir 21 euros dans le bouquin de Mehdi Maizi ?

Premier album de Mehdi Maizi, « Rap Français, une exploration en 100 albums » est un disque très particulier. D’abord, il y a ce format étonnant : pas de boitier, pas de CD, uniquement un (très gros) livret. Des prods extrêmement minimalistes -pas de beat, aucun sample ni compo- aux refrains simplement inexistants, difficile de comprendre où a voulu en venir le rappeur. « Le silence n’est pas un oubli », chantait Lunatic en l’an 2000. Maxime appliquée à la lettre par Mehdi, qui fait ici une démonstration de maitrise des rythmes aphones. Posée par France Culture, la question « Le silence peut-il être musical ? » prend ici tout son sens. Ode au muet -la seule sonorité notable ici est celle des pages qui se tournent-, cette exploration en 100 albums n’est clairement pas dans la tendance -ni cherchez pas d’autotune ou de featurings avec Future- mais semble s’inscrire dans la bonne direction : le sens chronologique.

Sur tous les sites qui parlent du bouquin on trouve la même photo, alors j'ai innové avec un montage haut-de-gamme.
Sur tous les sites qui parlent du bouquin on trouve la même photo, alors j’ai innové avec un montage haut-de-gamme.

Passée cette introduction insolente et un brin cocasse, intéressons-nous sérieusement à ce premier ouvrage de Mehdi Maizi (le premier d’une longue série ?). Je pourrais faire les choses dans l’ordre, en commençant par présenter le bonhomme, mais j’aime les choses décousues et aussi mal construites que la carrière de Kennedy. Pour faire court, disons que Mehdi Maizi est un genre de sosie d’Ali Badou fan de rap, qu’il fait partie de l’équipe de l’Abcdrduson depuis 8 ou 10 ans (flemme de faire une recherche google pour trouver la date exacte), et qu’il présente plutôt très bien les émissions Deeper Than Rap et Abcdr. Pour le reste, demandez-lui de se créer une page wikipédia, ça facilitera les choses pour les mecs qui écrivent des articles sur lui, et ça fera bien sur son CV.

« Rap Français, une exploration en 100 albums » (que l’on abrégera ensuite par l’acronyme RFUEECA) est un bouquin avec des défauts et des qualités : les qualités de ses défauts, et les défauts de ses qualités. Sa construction, tout d’abord, est très linéaire : 100 albums, classés par ordre chronologique, avec une double-page par album. Chaque chronique, elle aussi, obéit à une construction plutôt linéaire : contextualisation de la sortie, description du disque, rappel des titres importants, et rapport rapide sur les prods. Avec, en fonction de la période, un mot sur la carrière antérieure ou postérieure de l’artiste/du groupe, toujours en conservant une temporalité très neutre. Mehdi traite d’un album de 1991 comme d’un album de 2014 : avec le point de vue de l’auditeur lambda à l’instant T. C’est un parti pris, que l’on jugera comme une qualité ou comme un défaut selon sa sensibilité et ses attentes. RFUEECA n’est pas un bouquin d’analyse. Il livre simplement des faits, se place en simple observateur, comme le guide d’un safari touristique. Le co-redacteur en chef de l’Abcdrduson est là pour nous présenter un panorama global de la faune et de la flore du paysage rap français, pas pour le disséquer.

Cette construction très balisée a l’avantage de faire de RFUEECA un livre qui se parcourt très vite, sans avoir besoin de prévoir une longue plage horaire pour s’y atteler. Une double-page se lit en deux minutes, et il m’est arrivé fréquemment d’ouvrir le bouquin, d’en lire deux pages, et de le refermer. En le faisant 15 à 20 fois dans la journée, à chaque fois que j’avais quelques minutes de procrastination devant moi, j’avais torché les 223 pages en quarante-huit heures. Chaque chronique d’album va à l’essentiel, le lecteur peut ainsi prendre le temps de s’arrêter sur des disques qui ne l’ont pas forcément marqué, ou qui ne lui ont pas forcément plu. A titre d’exemple, j’ai même lu le passage sur Youssoupha.

Le style littéraire de Mehdi Maizi est plutôt classique. Rien de trop pompeux (c’était ma grande crainte, venant d’un mec de l’Abcdr), rien de trop simpliste non plus (c’était aussi une crainte, venant d’un maghrébin). En allant à l’essentiel, Mehdi fait dans la recherche spontanée de l’intelligible roturier. Son livre s’adresse à l’auditeur de rap lambda, qu’il soit complètement bousillé au son, ou qu’il soit un amateur lointain. Simplement, la lecture se fera différemment. Faisant partie de la première catégorie, je n’ai pas fait de réelle découverte dans cet ouvrage. J’avais déjà écouté 97 des 100 albums cités, et je connaissais les 3 restants sans m’y être jamais intéressé. En revanche, j’ai réellement eu l’envie de réécouter pas mal de vieux disques cités dans le bouquin. Sur ce point, l’auteur touche sa cible : sans jouer sur la fibre nostalgique, il parvient à raviver un certain intérêt pour des albums que l’on considérerait presque comme obsolètes aujourd’hui. Deuxième très bon point : le choix de traiter les sorties par ordre chronologique se révèle au final d’une grande pertinence. Un quart de siècle de rap français se déroule le long de ces 223 pages, et, une fois arrivé au bout, on est pris d’une petite sensation de vertige. 25 ans, c’est peu. Mais 25 ans dans le rap français, c’est tout un univers, avec des époques complètes que l’on a vu naitre, vivre et disparaitre sous nos yeux. Les débuts laborieux, l’explosion de Time Bomb, l’émergence de Skyrock, la domination du piano-violon, le retour à une tendance racailleuse, l’arrivée de l’autotune, puis de la trap … Sans jamais traiter directement des grandes tendances qu’a connu le rap depuis Rapattitude, RFUEECA est un fabuleux panorama historique de ce genre musical.

En adoptant maintenant le point de vue d’un amateur plus éloigné du rap, ou même d’un jeune passionné n’ayant pas connu NTM ou le Ministère Amer, RFUEECA est la porte d’entrée parfaite. En quelques lignes, il est aisé de comprendre pourquoi tel album est essentiel, et pourquoi tel artiste a eu telle ou telle carrière. Les deux petits encadrés « à écouter aussi » et « conseillé également », à chaque fin de double-page, sont le juste prolongement pour qui veut creuser un peu plus. Pour le grand public, ce premier ouvrage de Mehdi Maizi peut être le pont idéal pour l’amateur du dimanche qui veut se tourner vers une écoute un peu plus pointue, et qui veut solidifier ses bases sur l’historique du rap en France.

Enfin, l’autre intérêt de cette sélection, c’est justement la sélection en elle-même. En ne choisissant qu’un seul album par artiste/groupe, Mehdi Maizi s’expose forcément aux possibles désaccords de ses lecteurs. J’aurais choisi Temps Mort ou 0.9 plutôt que Ouest Side, j’aurais choisi Top Départ plutôt qu’Identité en Crescendo, Amour Suprême plutôt qu’Entre deux mondes. J’aurais mis un solo d’Alkpote, l’Empereur ou l’Orgasmixtape. Concernant Salif, j’aurais préféré Prolongations à Tous Ensemble, et j’aurais aussi intégré Si si la famille, l’album le plus sous-estimé de l’histoire du rap français. J’aurais aussi fait des choix super chelous, genre sélectionner uniquement le CD 1 du double-album La Fouine VS Laouni, ou écrire une chronique d’un skeud qui n’est pas du rap et qui n’existe même pas officiellement, comme La Remixtape Vol.4.

Ah oui, et aussi j’ai pas aimé la préface en mode wikipédia, retraçons l’histoire du hip-hop. Et j’ai pas trouvé très rap français de voir des remerciements sans fautes d’orthographe à la fin du bouquin.

Il n’y aura pas de conclusion à cet article parce que là c’est l’heure du goûter et après j’emmène mes gosses au parc.

 

Vikings c’est comme Game of Thrones, mais en mieux

Le mois dernier, quand les quatre premiers épisodes de GoT ont leaké, j’ai fait comme tout le monde : j’ai téléchargé. Sauf qu’au moment de choisir le fichier à enregistrer sur mon disque dur, mon choix s’est arrêté sur Vikings que je n’avais pas eu le temps de regarder depuis sa sortie 2 jours plus tôt. Au lieu de faire comme tous ces nazis arrivistes qui ne jurent que par GoT parce que la plupart des autres nazis ne jurent que par GoT, j’ai préféré visionné une meilleure série, et en pensant aux nazis je me suis dit que j’allais en faire un billet pour Captcha Mag.

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On ne présente plus GoT, série mondialement connue et reconnue comme étant certainement la plus populaire, et qui a entame sa 5ème saison. Vikings est moins renommée, et ne compte que 3 saisons.

La popularité n’est pas gage de qualité -en témoignent les millions de vues recueillies par les vidéos Youtube d’artistes merdiques qui pullulent sur la toile, il ne convient donc pas de comparer les 2 séries sur ce champ de bataille. Si tel était le cas, GoT prendrait bien évidemment l’avantage. Mais comment peut-il en être autrement quand le diffuseur s’appelle HBO, quand la promo est digne d’un Marvel et quand le livre duquel est un best-seller dans des dizaines de pays ? Vikings est diffusé sur la chaine History, une  canal canadien bien moins côté que la charismatique HBO, et qui offre une communication presque amatoriale comparée aux gros budgets américains. Mais le succès d’estime est là, car la série est appréciée par la plupart des personnes qui osent y rentrer.

Si vous regardez GoT pour les histoires de cul -libre à vous d’aimer les partouzes de nains ou encore l’inceste- vous devriez regarder de plus près ce qu’il se passe chez Vikings. Bon, c’est peut-être un mauvais exemple, il n’y a pas autant de cul … m’enfin, une série ne se regarde pas uniquement pour voir des coïts, rassurez moi ? Parlons d’action, par exemple : Vikings achève à plate couture GoT en mettant en scène des combats digne de Gladiator, et cela de la saison 1 à la 3 actuellement en cours de diffusion. C’est l’une des forces de la série, les combats sont sanglants, épiques, violents, intenses. Leur mise en scène est léchée avec de superbes plans-séquence, ponctués de ralentis pour souligner leur violence.

Si vous trouvez GoT trop long, trop fastidieux, trop complexe à comprendre du fait des trop nombreux clans et familles, alors vous avez toutes les chances d’adhérer à Vikings. Plusieurs clans existent dans un même pays, et les pays se font également face, mais la compréhension y est bien plus abordable que dans GoT. L’intrigue est portée par un rythme soutenu et bien moins entrecoupé d’histoires externes ou parallèles comme c’est le cas dans la série de HBO. De plus, malgré l’aspect fictif de la série, on aurait presque le sentiment de regarder l’histoire se jouer sous nos yeux … ce qui n’est franchement pas le cas quand on voit 3 dragons essayer de croquer un oiseau.

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Je vais passer pour un hater de GoT alors que ce n’est pas le cas, je vous encourage simplement à jeter un œil à Vikings tout en continuant évidemment de regarder Game of Thrones. Vous ne serez pas déçu.

Le Bruit De Mon Ame est-il meilleur qu’Or Noir ?

On pourrait s’interroger sur la pertinence de comparer entre eux deux albums d’un même artiste, mais faites pas chier.

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Avant de détailler les qualités intrinsèques de ces deux disques, il convient de contextualiser leurs sorties. En 2013, quand Or Noir déboule, Kaaris jouit d’une attente quasiment jamais vue dans l’histoire du rap français -et je pèse mes mots. Depuis deux ans, il préparait le terrain : quelques gros freestyles, une série de featurings avec des noms relativement importants (Despo, Dosseh, Sazamyzy, Alkpote …), et Z.E.R.O -qui reste pour moi, à l’heure actuelle, son meilleur projet. Puis, le passage à la vitesse supérieure, symbolisé par deux featurings avec Booba : Criminelle League d’abord, puis, surtout, Kalash. En un seul couplet sur l’album du rappeur le plus médiatisé de France, Kaaris a attiré toute l’attention sur lui. A l’époque, personne ne s’est encore engouffré dans les sonorités trap comme Kaaris. Même s’il ne fait qu’adapter des codes venus de Chicago ou d’Atlanta, il donne aux oreilles françaises une véritable impression de nouveauté. En important des sonorités pourtant déjà vues et revues aux Etats-Unis, il a presque révolutionné à lui-seul le rap français. Il faut dire que Kaaris est doué.

illustration-kaaris-olivier-devaureix-306x350Extrêmement bien gérée, la période promotionnelle fait monter la sauce de manière exponentielle. Zoo est un tube incroyable qui finit d’assoir la popularité du rappeur sevranais, les interviews sont méthodiquement distillées, et les polémiques sont évincées comme si elles n’avaient jamais existé. Chaque extrait précédent la mise en bacs est parfaitement choisi (Binks, AMG 63 …), et achève à chaque fois un peu plus l’attente homérique autour de la sortie d’Or Noir. Et puis, il y a ce personnage, sorte de Black Terminator, qui semble aussi insensible qu’impitoyable. Excellent rappeur, style révolutionnaire, personnage captivant … je ne vais pas vous refaire l’histoire, mais il est important de bien se rappeler dans quel contexte est sorti Or Noir : rarement l’attente autour d’un premier album de rappeur français avait été à ce point phénoménale.

Le contexte autour de la sortie du Bruit de mon Âme était bien différent. D’abord, parce qu’en un peu plus d’un an, Kaaris était devenu un rappeur confirmé, et un poids lourd de l’industrie de la musique. Difficile de surprendre quand tout le monde connait ses moindres faits et gestes, et quand chacune de ses mesures est décortiquée comme si les commentateurs de Rap Genius étaient rémunérés. Kaaris attire moins la curiosité, parce qu’on sait tous de quoi il est capable. La vraie difficulté, cette fois, était de confirmer après un premier album presque unanimement qualifié de classique instantané.

 

Attention, je ne dis pas que le contexte de sortie de LBDMA est plus compliqué que celui d’Or Noir. Car l’attente fabuleuse autour du premier album a généré une pression pas forcément facile à gérer. Et surtout, qui dit grosse attente, dit très gros risques de déception. LBDMA était moins attendu, et risquait donc moins de décevoir. Mais il avait également un peu plus de chances de laisser indifférent. En fait, les craintes concernant les réelles qualités de cet album sont nées avec les premiers extraits, pas franchement flamboyants. D’abord, aucun tube universel façon Zoo. Ensuite, une impression de redite biaisée d’Or Noir, avec du French Chiraq (Sevrak, Magnum), et aucun titre vraiment porteur.

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Une fois l’album lancé, les doutes s’envolent pourtant rapidement. Dès l’intro, on comprend d’ailleurs immédiatement où se situent les différences entre les deux albums : Bizon était un coup de pression incroyable, avec deux grosses minutes de puissance brute sans la moindre respiration, comme un enchainement de droite-gauche-crochet interminable. Kadirov est également très dur et énergique, très rentre-dedans, mais fonce moins tête baissée. BPM moins élevées, plus d’espace entre les mesures -et donc un peu plus le temps de rependre son souffle entre chaque droite-, mais aussi plus d’effets sonores. Cette distance entre les deux premières pistes, c’est l’analogie parfaite de la distance entre les deux albums. Kadirov est intrinsèquement aussi bon que Bizon, mais il ne provoque pas le même effet chez l’auditeur. Bizon clouait au sol, alors que Kadirov nous laisse le temps d’apprécier ses qualités. Cette analogie se retrouve tout au long de l’album, même si on ne peut pas la reporter piste par piste, bien sûr. Cela n’aurait aucun sens. La plupart des titres sont trop singuliers pour être comparés à d’autres. Zoo n’a pas d’équivalent sur LBDMA, de la même manière que 80Zetrei n’a pas d’équivalent sur Or Noir.kaaris-est-en-studio-et-prepare-son-prochain

Mais on retrouve par exemple le même type de différence sur les deux titres éponymes : Or Noir et Le Bruit de mon Âme. Deux titres plus posés et plus introspectifs, qui dénotent avec le reste de l’album, et qui mettent l’accent sur d’autres qualités de Kaaris -son écriture, en premier lieu. L’un ou l’autre toucheront différemment l’auditeur en fonction de ses sensibilités et du contexte, mais Le Bruit de mon Âme est clairement mieux maitrisé : plus musical, avec un refrain bien plus abouti, et une prod moins minimaliste. LMDMA est beaucoup moins instinctif qu’Or Noir, mais il est beaucoup mieux pensé. Comme si la créature surpuissante mais complètement incontrôlable du premier opus avait appris à maitriser ses super-pouvoirs. Or Noir était en quelque sorte un enchainement de bangers : grosses gifles (si ce n’est plus …) de la première à la dernière piste. Le problème de ce type d’album -un album extraordinaire, pas de doute là-dessus-, est qu’il est typiquement un produit consommable. Or Noir s’écoute énormément, se savoure à grosses doses, mais ne dure pas réellement. Or Noir part.2 a été un second souffle fabuleux, mais toujours sur ce modèle de bangers qui s’empilent les uns sur les autres, sans réel sens à la construction.

LBDMA, malgré quelques gros bangers devenus inévitables, est plus dilué. Les titres ne s’empilent pas les uns sur les autres, mais se complètent, afin de former un ensemble plus solide. On le ressent même dans la structure des morceaux, plus denses et plus variés. Kaaris change 4 ou 5 fois de flow sur quasiment chaque titre, c’est réellement impressionnant. Il le faisait également sur Or Noir, bien sûr, mais il semble avoir passé un palier avec ce nouvel album. Il pourrait presque sortir d’une école de commerce tellement il est méthodique. Certains vont même jusqu’à lui reprocher ce côté « envie de trop bien faire ». C’est caustique. On irait presque jusqu’à lui reprocher de trop bien faire son travail.

 

Si le Kaaris d’Or Noir était Avon Barksdale, toujours prêt à entrer en guerre sans besoin de personne, le Kaaris de LBDMA serait Stringer Bell : posé, réfléchi, prêt à s’associer avec les bonnes personnes, et faisant passer les affaires avant la rue. Ou alors, il est peut-être plus simplement cette synthèse des deux qu’est Marlo Stanfield : ambitieux et impitoyable, incapable de faire des concessions, et prêt à tuer celui qui l’a pris sous son aile.

L’album de PNL, c’est le feu

30 Novembre 2014

– « Tu connais PNL ? Non ? Tu devrais t’y intéresser, c’est très bon
– Ouai, là j’écoute l’EP de DJ Weedim, mais je vais y jeter une oreille ».

16 Janvier 2015

-« Alors, t’as écouté PNL ?
– Nan là je suis à fond dans l’album de Joe Lucazz, mais juste après j’écoute ton PSF là
– Nan, PNL
– Ouai, si tu le dis »

25 Février 2015

-« T’as toujours pas écouté PNL ? Y’a de nouveaux extraits de l’album en ligne et …
– Attends frère, je viens de recevoir le nouvel album d’Ali »

19 Mars 2015

– « L’album de PNL est sorti !
– Ah ouai … Mais l’EP de Riski il défonce, nan ? »

2 Avril 2015

-« Tu devrais vraiment écouter Que la famille, il défonce.
– Ouai, j’finis mon article sur Alkpote et je l’écoute »

8 avril 2015, 15h57

– « Bon, je lâche l’affaire, tu veux pas les écouter, c’est dommage pour toi.
– Ok, vas-y, je viens de le télécharger, je presse play. »

8 avril 2015, 15h58

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8 avril 2015, 16h02

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8 avril 2015, 16h10

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8 avril 2015, 16h31

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L’album « Que pour la famille » de PNL est dispo sur itunes et la plupart des plate-formes de téléchargement légal ou illégal. Faites pas comme moi, allez l’écouter tout de suite. Vraiment, c’est le feu.

Et puis, la cover défonce :

Cover

Des clips :

 

D’autres clips ici.

Ride, chimères et bibine | Clone X – La Licorne

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Certaines voix ne semblent trouver de force que dans la régression. Ayons l’amour des belles choses et ne boudons pas notre plaisir : ces derniers temps, le rap français va très bien. Du haut de la pyramide au bas du caniveau, toutes les fourmis s’agitent. Et souvent, cette dynamique de mouvement, de créativité, d’évolution est bénéfique pour toute la fourmilière. Ces derniers mois, on a donc vu des artistes qui évoluaient en sous-marins depuis des années apparaitre un peu plus dans la lumière, à des échelles différentes.

Le grand panthéon de la ride française, a semble-t-il décidé de s’impliquer d’avantage dans la musique. Sortir de l’ombre sans chercher a briller, voila a quoi ressemble cette partie d’échecs. Metek semble avoir réussi cette transition avec Riski et Matière Noire, deux projets dont on a beaucoup parlé -à juste titre. Mais dans cette grande famille, naviguent d’autres poissons tout aussi singuliers : Joe Lucazz (No Name), Jeune LC, Bigg Meuj, Bang Bang (Delirium / Au bout de ma ride) et les Clones X, que vous avez peut être déjà entendu sur l’album Peplum de Butter Bullets.  Le temps passe si vite : il y a déjà 3 ans, vous avez pu lire notre interview des Clones X. En 2015, les Clones reviennent avec un nouveau projet : un nouvel album (sur leur label Relax Music) sobrement nommé La Licorne. 13 titres, une magnifique cover pleine de couleurs et au menu, comme d’habitude, des saveurs de toute sortes.

« Même si les rues sont sales, on fait des tracks en sucre. »

Le doux sample sur le prod de Yallah ouvre le bal avec énergie, histoires de rappeler que Mooky et Koikou sont toujours aussi habiles une fois en cabine. Petite invitation qui fera surement plaisir aux anciens, les Clones ont invité Ill sur L’œil de l’empire, qui fait office de single. Dans une ambiance plus funky, la sucrée Dernière Ballade ( avec D.S.L) et 2.0 Tismé font honneur aux douces créatures de belle manière. Thème que Mooky aura d’ailleurs l’occasion d’approfondir avec brio sur un morceau solo de haut vol, l’hypnotisant Lucky Boy.

Dans leurs précédents projets, la vie nocturne occupait une grande place dans la musique des deux frères. Sur La Licorne, le liquide n’est pas en reste : deux gros titres nous rappellent que les jumeaux sont très doués dans les récits de ride mouvementées. L’excellent banger Mauvais avec Grain De Caf est taillé pour les clubs, et on rêverait de voir les jumeaux jouer ce titre sur scène #OriginalAlcoolMauvais. La clef fait elle aussi partie des meilleurs chansons de l’album.

« La ride ouvre toute les serrures »

L’alchimie entre les jumeaux est toujours aussi bonne et il n’y a aucune raison pour qu’elle se perde avec le temps. Comme le bon vin, les Clones s’améliorent avec le temps. Mais on ne devine jamais vraiment la finalité de leur poursuite. Une femme ? Une chimère ? La déesse de la ride ? Ou peut être un peu de  lumière, tout simplement.

Pour écouter le projet, il n’en vous en coutera que 4 petits euros via iTunes, une broutille. Longue vie aux Clones et vive la ride.

http://www.theclonex.com/

La nouvelle trap d’Orléans | Dosseh – Pérestroïka (chronique)

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Impossible de passer à côté de la sortie d’un album annoncé depuis au moins 2 ans. Ce n’est plus un secret pour personne, je suis assidument la carrière et l’évolution de Dosseh depuis la première claque que j’ai reçu en écoutant la compilation One Beat. J’ai tout de suite été frappé par deux points forts chez Dosseh : son écriture et son interprétation de ses textes. Du coup, j’ai suivi d’un œil inquiet son évolution vers la trap ces derniers mois. Je n’ai rien contre, en soi, mais je trouvais dommage de ne pas plus mettre en avant son écriture, notamment sur les premiers extraits de la tape. D’autant qu’on se rend compte que certains sites (et une partie du public) ne semblent pas connaitre son parcours, et se permettent du coup ce genre d’irrespect digne de Morandini :

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C’est donc avec inquiétude que j’attendais la sortie de cette mixtape, en préférant les hors séries balancés régulièrement sur Youtube plutôt que les extraits officiels, notamment l’excellente reprise du sample de Nirvana qui méritait largement sa place dans l’album.

Malgré ces a priori, cette mixtape est une excellente surprise : les extraits étaient simplement en deçà du reste de la galette. Mention spéciale à Scarla, Yuri Negrowski et surtout l’excellent L’Age de nos Actes. D’ailleurs, on pourrait presque faire un article entier dédié à ce morceau aux ingrédients qui rappellent une certaine idée du rap de la fin des années 90. Première réussite : cette prod de Redrum, avec ces sonorités asiatiques, cet extrait de film culte des années 90, et cette jolie boucle d’Eric Clapton à la toute fin. Tout en gardant un flow et une écriture actuels, Dosseh explicite clairement le changement lié à ce premier projet, et en profite pour rappeler qu’il n’a plus le temps de jouer. Ce morceau est d’ailleurs une véritable pause avant un enchainement de bangers. Des titres moins variés, avec moins de prises de risques, qui ne mettent pas en avant le talent d’écriture du bonhomme. En gardant en tête une certaine indulgence, due format du CD (mixtape, et non album), et certaines attentes concernant les prochaines sorties, on attend pourtant beaucoup plus de la part de Dosseh. Espérons que les critiques positives autour des hors-séries l’inciteront justement à partir sur plus de variété sur l’album prévu en fin d’année.

5e6dad0a5ca3855f28f582bb9d780a0a.960x932x1Autre conséquence positive suite à cette première sortie signée : la perspective de le voir enfin tourner sur scène. Avec plus 10 années passées en indé, les dates de Yuri sur scène se comptent sur les doigts d’une main. L’occasion idéale pour voir si les bonnes choses entendues sur CD se confirment sur scène. D’ailleurs, lui même le disait dans une interview au Blavog : « c’est sur scène qu’on voit réellement si un artiste procure les même émotions que sur CD ». La seule réelle crainte sur cette tournée annoncée, c’est qu’elle soit trop focalisée sur la mixtape, alors que Dosseh compte des tonnes de titres qui mériteraient une vie sur scène : Igo, 1001 questions, Prototype, Aigle Royal, Mon Gang …

Si le public est maintenant ouvert à la trap, avec -notamment- les succès de Kaaris ou Gradur, il faut reconnaitre que Dosseh emmène le genre à un autre niveau, garce à sa qualité d’écriture toujours intacte. Passée la crainte, et la petite déception des premiers extraits, on se fait finalement plutôt bien à l’évolution de l’artiste. Pérestroïka est une bonne nouvelle de plus pour le rap français en ce début d’année. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, Summer Crack 3, nouvelle mixtape gratuite, est déjà annoncé pour cet été … avant la sortie de l’album en fin d’année. Si on n’avait pas peur de paraitre trop exigent, on ne s’en contenterait pas et on réclamerait la suite de Karma.

 

 

Mido Ban