Alkpote qui hurle « sucez » sur disque, c’est très bien, mais Alkpote qui hurle « sucez » en live, c’est encore mieux. Vendredi, il était en concert à La Boule Noire, accompagné d’une dizaine d’invités franchement prestigieux, et d’un public imbibé d’alcool. Pour ma part, comme je suis un mec responsable, j’ai embarqué avec moi le petit frère de ma femme.
Avec une bonne heure de retard sur l’heure annoncée -ce qui, il faut le dire, m’a bien arrangé-, l’arrivée de DJ Weedim sur scène a suffit à faire entrer en fusion les premiers rangs. Pas le temps pour les préliminaires, une minute plus tard Alkpote était sur scène, annonçant la couleur avec un « J’vous prends dans toutes les positions, jouissez pendant l’introduction ». Public évidemment hyper réactif, qui règle son niveau de décibel sur le niveau d’obscénité des rimes : plus c’est salace, plus les murs tremblent. Alk l’a bien remarqué, et enchaine avec le titre Frissonnez et cette mesure mythique « même si t’es musclé tu peux te faire dépuceler le cul par des petits pédés qui font que s’branler comme des curés ».
La Boule Noire est une petite salle, mais les fans d’Alk sont de véritables fanatiques. Ils connaissent la moindre rime à la virgule près, hurlent sans arrêt, et n’attendent pas qu’on leur dise de lever les bras en l’air pour le faire. Rien à redire là-dessus : 100 fans d’Alkpote font plus de bruit que 1000 fans de Booba. Il y a d’ailleurs un truc assez marrant avec le public d’Alkpote : il est très majoritairement blanc. Une situation qui s’est parfaitement illustrée quand, au milieu du concert, Alk s’est lancé dans un périlleux « Y’a des tunisiens dans la salle ? ». Chou blanc, auf wiedersehen. Pour rattraper le coup, il a alors tenté un « y’a des algériens, des marocains … ? ». Même silence gênant. Dans un genre de genki-dama maghrébin, il a alors tenté le tout pour le tout, avec un « y’a des Nord-Africains dans la saaalle ? ». Les quelques quidams aux lointaines origines kabyles, et deux-trois mecs qui voulaient faire plaisir à l’Empereur, ont poussé un cri timide. Visiblement, Alkpote a plutôt bien retenu la leçon, puisqu’il ne s’est pas lancé dans un « y’a des meufs dans la salle ? ». La Boule Noire, vendredi soir, c’était 100% de couilles, 0% de mélanine.
Du côté du show, il faut reconnaitre que c’était tout de même assez minimaliste. Un DJ, deux cameramens, et Alkpote au milieu. Vraiment rien de fou, mais le public qui vient voir ce type de concerts ne s’attend pas à des effets de lumière incroyables, et à voir son rappeur favori changer 8 fois de tenue comme Beyoncé. Pas de chorégraphies, forcément -d’ailleurs Alkpote ne bouge pas énormément sur scène, mais il n’en a franchement pas besoin. Le légendaire Géant Vert s’amuse avec son public, prend même parfois le temps de discuter avec, répond à chaque fois qu’on l’interpelle entre les morceaux, et tire une taff de verdure de temps à autre. Il s’adoucit la gorge avec du miel, aussi.
A défaut d’avoir construit un véritable show à l’américaine, avec flammes, projecteurs, et écrans, Alkpote a gâté son public avec une liste d’invités absolument faramineuse. D’abord, un Demon One méconnaissable, avec grosse barbe, lunettes noires et capuche en aluminium, accompagné de son fils. Ensuite, et je les cite certainement dans le désordre chronologique, Zesau, Tunisiano, Infinit -venu balancer un featuring inédit-, Idjil, et, gros plaisir, Tige la Rafale. On m’a raconté après le concert que ce dernier avait disparu du game ces dernières années parce qu’il était en prison en Algérie. J’ai pas eu de confirmation, mais en tout cas il n’a rien perdu de son flow dingue. Ensuite, Sidisid, évidemment, était là, pour un enchainement Chiens / La Crise / Prêt pour la guerre pas piqué des hannetons. Bon, pour le premier titre, son micro était super mal réglé, donc on a absolument rien entendu de son couplet. Mais le coeur y était, et puis on a vu sur sa tête qu’il se donnait à fond. Comme le micro était réglé normalement pour les deux titres suivants, on a vraiment pu apprécier l’alchimie Alk-Sidi, avec La Crise et Prêt pour la guerre qui fonctionnent incroyablement bien sur scène.
Mais le vrai grand bonheur de la soirée, c’était le passage de Vald. Déjà, parce qu’il a pris le temps de traverser toute la salle pour venir me saluer avant le show, et que j’ai apprécié cette marque de respect. Ensuite, parce qu’une fois en feat avec Alk sur scène, on a vraiment eu l’impression qu’il réalisait un rêve de gosse. On sait que le garçon est un grand, grand fan d’Alkpote et qu’il connait tous ses titres par coeur … Faire « Meilleurs lendemains » avec lui a dû lui faire sacrément chaud au coeur. Se tenir sur scène aux côtés de son idole … le mec était heureux, affichait un vrai sourire de gamin, c’était beau.
Y’a aussi eu ça :
Vendredi soir Vald a remplacé le mot « ennemi » par le mot « Israël » quand il a fait Meilleurs Lendemains sur scène, c’était beau et émouvant.
Du côté des absents, aucune tête d’affiche de chez Neochrome. Alk dédicace quand même 25G « de là où il est », et répond au public qui réclame Katana, son ancien compère de l’Unité de Feu : « gros bisous, beaucoup d’amour pour Katana. Des calins pour Katana ! D’énormes calins pour Katana ! ». Une belle manière de dire que malgré la séparation des chemins, l’amitié et la reconnaissance restent. Alkpote n’est qu’amour, mais ça, vous le saviez déjà. Joe Lucazz non plus n’est pas monté sur scène, et c’est assez étonnant puisque je l’ai croisé en sortant de la salle. « Mais pourquoi t’es pas monté sur scène, Joe ? ». « On a pas eu le temps de s’organiser, c’est de ma faute, j’aurais du m’y prendre plus tôt ». Bon, pour la petite histoire, il m’a aussi et surtout confirmé que ses prochains projets étaient en bonne voie … enfin, s’il trouve le temps de s’organiser.
Comme je vous l’ai déjà dit un peu plus haut, Alkpote ne s’est vraiment pas foutu de la gueule de son public, et le show a duré autant que possible. Un autre inédit de l’Orgasmixtape 2 (« j’vous laisse le temps de sortir vos portables si vous voulez filmer »), pas mal de vieux titres qui font plaisir à tout le monde (Chambre de torture, Bande de putains, L’Empereur), des titres un peu plus récents (« Désanussage, Liberté d’Expression, Mongoldorak), et tous les extraits déjà divulgués de l’Orgasmixtape 2 (Introduction, Tourbillon, Au top de ma forme, et Meilleurs lendemains). Au bout d’un moment, il a même fallu que les videurs de la Boule Noire insistent auprès d’Alk pour qu’il veuille bien mettre fin à sa représentation. Il a conclu en rappelant une bonne dizaine de fois la date de sortie de l’Orgasmixtape 2 (le 11 mai 2015) : « faites quelque chose de bien dans votre putain de vie, achetez ce CD ! Faites quelque chose de bien dans ma putain de vie, achetez ce CD ! »
Pour conclure, Alk est resté une bonne petite demi-heure avec ses fans à l’extérieur de la salle après la soirée, à faire des photos et à faire semblant de ne pas trouver super relous tous ces mecs bourrés. Pour ma part, j’ai continué ma route avec Sidisid, Kevin el Amrani (réalisateur de la plupart des clips de Butter Bullets), Krampf (le mec qui a fait les animations géniales du clip de Tourbillon -et qui avait certainement pris de la drogue) et Julius, le réalisateur du clip Vald x Alk. Et le petit frère de ma femme, qui, comme moi, semblait dépité par tous ces blancs bourrés et/ou défoncés. Joe Lucazz, lui, est parti direction Pigalle, mais ça ne nous regarde pas.
Pour ma part, vous n’en avez certainement rien à foutre, mais pour cause de travaux sur les voies, je n’ai pas eu de train pour le retour, et j’ai fini dans un bus de nuit, à ronfler, la tête enroulée dans mon écharpe. Deux heures de trajet pour arriver jusqu’à Mantes la Jolie. Mais ça valait le coup.
PS : les photos de l’article ont été volées sur instagram et twitter parce que je suis trop un ratpi
Premier paragraphe – La première fois que j’ai entendu la voix criarde de L.O.A.S, il duettait avec Hyacinthe sur le projet Sur la route de l’Ammour. Il oscillait entre rap énergique et mélodies chantonnées, parlait de drogue et de sa bite, d’alcool et de chattes. Pas forcément original dans le fond, le boug a depuis prouvé, à maintes reprises, sa singularité. Plutôt que de se présenter immédiatement avec un projet solo, il a préféré jauger son public et préparer le terrain, pendant de longs mois, à coups de clips tous plus fous les uns que les autres. Une stratégie plutôt intelligente, puisque l’attente grandit, et la curiosité s’attise. L’EP ‘Ne pleurez pas Mademoiselle » débarquait alors, en décembre 2013, et venait combler une partie de la fan-base naissante du dénommé Elois. Un an plus tard, démarrait la promo de son premier véritable projet solo, NDMA. Disponible depuis ce lundi, ce 10 titres est un parfait condensé de tout ce que sait faire L.O.A.S : rapper, chanter, parler de drogue et de sa bite, d’alcool et de chattes.
C’est là que commence l’interview.
L.O.A.S : Bon, je vais essayer de pas trop dire de la merde.
Genono : Ah mais si, au contraire, tu peux en dire. On est là pour ça. Bon, alors première question, tu …
L.O.A.S : « Présente-toi ! Qui-est tu ? »
Genono : Ah nan, putain. On fait pas des interviews de merde.
L.O.A.S : La dernière interview que j’ai faite, ça a commencé comme ça.
G : Zekwe Ramos m’a appris à ne jamais le faire. Bon, laisse-moi poser ma question. Il y a un côté très frénétique dans ta musique, mais en même temps, beaucoup d’introspection dans tes textes. Comment tu fonctionnes, niveau écriture ?
L.O.A.S : Il y a deux étapes. Déjà, je note plein de matière, à chaque fois que ça me vient en tête. Dans le métro, en lisant, en pleine discussion … j’ai une inspiration, je la note. Ensuite, y’a la deuxième phase, où je mets tout ça en forme, en fonction de l’instru, de l’émotion que je veux donner …
Genono : Donc t’écris avec l’instru ?
L.O.A.S : Ouai … mais j’utilise pas forcément l’instru sur laquelle j’écris. J’ai pas de méthode spécifique pour l’écriture. Je peux écrire un morceau d’une traite, ou alors je peux écrire un couplet, le zapper, et écrire le deuxième couplet six mois plus tard.
Genono : Tu te fixes des thèmes, ou des lignes directrices ?
L.O.A.S : Oui, mais pas des thèmes dans le sens où on l’entend habituellement. Je vais me concentrer sur la mise en place d’un univers, ou … je peux même te raconter une soirée, sans qu’au final l’auditeur s’en rende compte.
Genono : Quand tu rappes, t’as une voix super aigue, que certains peuvent trouver irritante. Est-ce que t’en joues, au niveau de tes intonations, etc ?
L.O.A.S : Ouai, forcément.
Genono : C’est un truc que tu bosses, et que t’essayes de mettre en forme ?
L.O.A.S : Ouai, notamment sur ce projet, NDMA. J’avais vraiment envie d’aller dans des trucs violents et énergiques, donc j’ai insisté là-dessus. Je force dessus, pour aller dans les aigus, mais c’est pas ma voix de tous les jours. J’ai une vraie volonté d’appuyer dessus, pour exprimer la rage. Ce qui me plait dans le rap, c’est cette rage véhiculée dans les morceaux que j’écoutais étant ado. Sur ce projet-là, j’avais vraiment envie d’explorer cette rage. Sur les prochains, je pense qu’elle restera toujours d’une manière ou d’une autre, mais elle prendra peut-être une autre forme. On dit toujours qu’un artiste doit trouver sa voix, mais pourquoi est-ce qu’il devrait n’en avoir qu’une ? Pourquoi on ne devrait avoir qu’une seule vie ? J’ai décidé d’avoir plusieurs vies dans ma vie. En ce moment je vie trois vies en même temps, et avant ces trois vies, j’en ai vécu plein d’autres. J’ai fait des choses avant le rap, et j’en ferai d’autres après. Je ne veux pas me limiter à des trajectoires droites … d’ailleurs je me suis un peu éloigné de ta question, non ?
Genono : Tu parles du côté revendicatif du rap, y’a une phase dans l’EP où tu dis « le hip-hop c’est le sida, pour ça qu’ils parlent tous de rester positif ». Tu te sens pas l’héritier de l’esprit hip-hop ?
L.O.A.S : Ce qui m’a parlé, c’est la rage, l’émotion. A la limite, les mots utilisés pour exprimer cette rage, c’est même pas l’important. Ce que j’écoutais, globalement, c’était du rap de cité. Moi je viens pas de cité, je viens de la campagne. Je viens d’un bled paumé en Province. Y’avait une autoroute, un abribus, et une rue. Rien d’autre. La vie en cité, ça me parlait pas, c’est quelque chose que je connaissais pas. Mais l’émotion véhiculée, ça, c’est un truc qui me parlait.
Photo : Jipé Corre
Deuxième paragraphe –
La musique de L.O.A.S, aussi singulière soit-elle, est un bon reflet des évolutions récentes du rap. Les thèmes existent toujours, mais sont dilués au sein d’un bouillon d’egotrip, d’histoires de drogue et de meufs. L’esprit revendicatif existe toujours, mais est moins politisé, plus rentre-dedans. Derrière l’énergie très éparpillée de son auteur, NDMA est un EP qui semble presque empreint de méditation, tant les réflexions autour de questions existentielles sont profondes : la vie, la mort, l’esprit, la réalité -tangible ou non, l’amour, la haine. Un ensemble un peu fourre-tout, mais parfaitement cohérent. L.O.A.S est un rappeur conscient, conscient de ne pas l’être. On s’arrête facilement sur son personnage un peu déluré, sur son attrait pour la drogue et pour les filles de petite vertue, mais on oublie bien souvent de noter la qualité de son écriture. Maintenir une telle homogénéité, sans tomber dans des thèmes linéaires et lassants, et sans trop s’éparpiller, c’est un tour de force digne d’un vétéran.
Genono : Question bateau : tu rappes depuis combien de temps ?
L.O.A.S : Trois ans, en comptant la première année où j’ai juste passé du temps chez moi à écrire, seul dans mon coin.
Genono : Qu’est ce qui t’a donné envie de te lancer ?
L.O.A.S : La naissance de mon fils. J’étais coincé, il allait naitre, j’étais seul, j’avais personne à voir … J’avais une espèce d’urgence, et je me suis mis à écrire de manière frénétique. J’ai énormément taffé mon écriture, tout seul, sans rien demander à personne.
Genono : Et pourquoi le rap ? T’aurais pu écrire un bouquin, ou des nouvelles érotiques.
L.O.A.S : Je sais pas, ça s’est fait, c’est tout. Je ne me suis pas posé de questions. A la base, j’avais énormément de difficultés avec l’interprétation, c’est un truc qui s’est fait progressivement. Ensuite, je suis parti en Inde. Là-bas, dans les maisons, il y a des pooja room. C’est un genre de placard, qui sert de salle de prière. J’avais mis des matelas sur les murs, et tous les soirs je m’enfermais dedans. J’avais un ordinateur, une carte-son, et un micro. Et je rappais, tout seul, dans ce placard. Tous les soirs, pendant six mois. C’est là que j’ai trouvé cette voix, cette façon de jouer sur les aigus, ces intonations …
Genono : Sur NDMA, tu chantes beaucoup … on va peut-être pas dire « chanter », disons que tu chantonnes. Déjà, est-ce que c’est plus difficile que de rapper de manière classique ?
L.O.A.S : C’est plus casse-gueule, j’ai l’impression de plus me mettre en danger. C’est maladroit, et justement, c’est ça qui me plait. Le premier titre solo que j’ai balancé sur internet, c’était C2C, avec un refrain un peu chanté. J’avais voulu faire un morceau un peu rap-pop, c’est quelque chose qui m’a toujours plu. J’aime chanter, je vais continuer à bosser ça.
Genono : Tu chantes toujours sans autotune. Pourquoi ?
L.O.A.S : Pourquoi sans autotune … parce que putain, de manière totalement pragmatique : on sait pas le faire.
Genono : (rires) D’habitude c’est plutôt le contraire : les mecs ne savent pas chanter, donc ils mettent de l’autotune.
L.O.A.S : Ouai, bah moi je sais un tout petit peu chanter, donc je me dis que j’en ai pas forcément besoin. J’arrive de temps en temps à être un peu juste … même si c’est souvent faux (rires). Je dis pas que c’est bien de chanter faux, mais … on s’en bat les couilles de chanter juste, de rapper dans les temps, et de faire de la musique très carrée. L’important, c’est de toucher les gens. J’ai l’impression d’y arriver, même si les réactions sont mitigées. Parfois c’est positif, parfois c’est négatif, mais tant que ça me permet d’avancer, je trouve ça bien.
Genono : Le seul feat rap sur cet EP, c’est Hyacinthe, un choix très logique. T’as pas eu envie d’amener quelqu’un qui aurait un peu plus surpris ?
L.O.A.S : Je sais pas qui j’aurais pu amener, qui aurait réellement surpris. J’avais proposé à Metek, sur un morceau qui ne lui correspondait peut-être pas. J’ai fait un mauvais choix. Du coup, ça a trainé, je pense qu’il n’osait pas trop me dire que ça ne collait pas. Il a fini par venir au studio, et par enregistrer un couplet sur une prod que je n’ai finalement pas gardé … donc j’ai un couplet de Metek dans les tiroirs, que j’utiliserai peut-être sur un autre projet. Mais je sais pas si c’est vraiment un feat qui aurait surpris.
Genono : Pas tellement, on sait qu’il gravite un peu autour de vous, il a déjà fait des titres avec Hyacinthe …
L.O.A.S : Voila. Peut-être que sur le prochain projet, j’essayerai de faire un peu plus de collaborations, mais là je voulais vraiment un truc perso. C’est mon premier projet solo, j’avais plein de trucs à dire. J’arrive déjà à 10 morceaux, sachant que c’est un EP … Y’a plein de morceaux qui sont passés à la trappe.
Troisième paragraphe –
Hyacinthe-L.O.A.S, c’est une évidence. Pourtant, les deux rappeurs ne sont, en apparence, pas si jumelés. Les quelques années d’écart, les -grosses- différences familiales, les modes de vie disjoints … hormis ce style de faux hipsters, il faut voir plus loin que quelques raccourcis grossis pour trouver des similitudes entre eux. Et pourtant, lorsque l’un et l’autre se trouvent sur le même terrain -une prod de Krampf, en général-, les deux entités semblent fusionner, poussées par la même envie de voir les fréquences sonores s’assombrir, poussés par cette même volonté morbide de dominer l’instru comme si elle n’était qu’une vulgaire esclave sexuelle, réclamant de se faire fouetter par la voix aiguisée de l’un et le flow pesant de l’autre.
Genono : Du coup pourquoi t’as pas poussé pour faire trois-quatre morceaux de plus, et proposer un vrai long format ?
L.O.A.S : Je voulais vraiment que ça tienne la route. Plus il y a de titres sur un projet, plus c’est compliqué de garder une certaine cohérence.
Genono : Y’a un truc qui m’a fait rigoler dans l’intro du morceau NDMA, tu lâches un petit « wesh » … est-ce que c’est pour attirer le public caillera ?
L.O.A.S : C’est même pas un mot que j’emploie au quotidien, c’est juste le genre de merde que je dis quand je suis bourré ou défoncé (rires).
Genono : Justement, la drogue, c’est un truc qui revient beaucoup dans tes textes. C’est quelque chose qui fait vraiment partie de ta vie, ou c’est juste que ça te fait marrer d’en parler ?
L.O.A.S : Je sais jamais comment répondre à cette question … oui, ça fait partie de ma vie, c’est pas juste un délire. Tout ce que je raconte, c’est que du vécu. Je pense que si c’était pas du vécu, j’en parlerais moins bien. J’ai toujours peur d’en faire l’apologie malgré moi.
Genono : Je pense que les gens qui t’écoutent sont quand même assez avertis.
L.O.A.S : Bah je sais pas, je vois quand même pas mal de jeunes. Des mecs de 16 ans qui reprennent mes phases … Je voudrais pas qu’on retrouve un mec qui a fait une overdose dans sa chambre, avec un CD de moi sur son étagère.
Genono : Et du coup la drogue a un rôle dans ton processus de création ?
L.O.A.S : Pas directement. Mon écriture se base sur mes expériences, mais je consomme pas pour écrire, ni pour enregistrer, ni pour aller sur scène.
Genono : T’as besoin d’être à jeun pour rapper ?
L.O.A.S : Ouai, parce que pour moi c’est un taff. Le rap, c’est mon travail, je viens rapper comme je pars bosser. J’ai vu trop de rappeurs arriver bourrés sur scène, ou avoir besoin de fumer pour écrire. C’est l’angoisse totale, j’ai pas du tout envie d’être dépendant de cette merde pour créer, écrire, chanter. Je fais ça sérieusement, je viens en studio avec des vrais horaires de bureau, de 9h à 17h.
Genono : Du coup, t’as quelles ambitions dans la musique ? T’arrives déjà à te fixer des objectifs ?
L.O.A.S : Mon ambition, c’est de me marrer le plus possible. Tant que c’est cool et que j’ai pas l’impression de me faire chier, je veux aller le plus loin possible. Et surtout, je veux pas avoir l’impression de perdre mon temps. Ca sert à rien de s’accrocher si tu stagnes.
Genono : Tu te dis pas « je veux en vivre un jour », ou ce genre de connerie ?
L.O.A.S : Putain, ce serait le pied ! Ce serait mortel, bien sûr, mais je mise pas tout là-dessus. Comme je te le disais tout à l’heure : avoir plusieurs vies dans une seule vie. Si le rap avance, c’est cool, mais y’a d’autres trucs à côté. Si ça marche et que je continue de me marrer, tant mieux. Mais y’a un moment où je vais passer à autre chose.
Genono : Dix titres, presque dix producteurs différents. C’est une volonté de ne pas t’enfermer musicalement ?
L.O.A.S : Nan, c’est juste que ça s’est fait comme ça, presque malgré moi. J’ai sélectionné les instrus qui me plaisaient, il s’avère qu’elles sont toutes de producteurs différents … le seul qu’on retrouve deux fois, c’est Krampf.
Genono : T’as collaboré avec Nodey … est-ce que la légende sur ses tarifs exorbitants est vraie ?
L.O.A.S : Nan … en fait je sais pas, parce que j’ai pas payé la prod, je lui ai piqué sur soundcloud (rires). Je suis un pirate !
Genono : Ouai enfin j’imagine qu’il est au courant, quand même.
L.O.A.S : Ouai bien sûr, il a kiffé le morceau, il m’a fait plein de retours, positifs comme négatifs. On a bu un verre ensemble y’a pas longtemps, il est hyper gentil, il m’a donné plein de conseils, il m’a raconté plein d’anecdotes. Après, je connais pas ses tarifs. Sur l’EP avec Hyacinthe, y’avait une prod de Ryan Hemsworth … on le connait pas du tout, on a juste piqué son instru et posé dessus. A un moment donné, faut pas se poser de questions, et juste prendre ce que t’as sous la main.
Genono : Vous attachez beaucoup d’importance à faire des clips hyper travaillés visuellement. Est-ce que t’as peur que les gens viennent regarder le clip uniquement parce la vidéo est belle, et passent complètement à côté de la musique ?
L.O.A.S : J’en suis complètement conscient.
Genono : Et ça te pose pas de souci ?
L.O.A.S : Nan. Je sais pas, je me vois pas juste comme un mec qui rappe. Je propose un univers complet. Il y a la musique, mais il y a aussi les images, les histoires qu’on raconte, les interactions qu’on a avec le public … c’est un tout. Je fais de la musique, ok, mais j’ai pas l’intention de me limiter à ça. Si les gens viennent pour les vidéos et kiffent pas la musique, tant mieux. Et si c’est le contraire, tant mieux. Et si t’aimes rien, tant mieux aussi.
Genono : Faire des clips aussi travaillés, ça doit couter de l’oseille, nan ?
L.O.A.S : Ah, c’est clair que ça coute de l’argent …
Genono : Et ça vous embête pas d’investir un peu de vos deniers personnels là dedans ?
L.O.A.S : Nan, c’est un vrai kiff. Un clip, ça coute de l’argent, c’est sûr, mais c’est un kiff de mettre en forme ses idées. J’ai déjà rencontré des réalisateurs, qui arrivent avec leurs idées, leur projet, et dans ces cas-là, ça ne fonctionne pas. Le mec te dit « on va mettre un éléphant, un cheval et un coq » … forcément, on va galérer. Nous, on fait avec ce qu’on a sous la main.
Genono : Genre des poulpes.
L.O.A.S : Exactement ! Pour prendre l’exemple du clip dont tu parles, 3ème Cime, qui est, je pense, l’un des clips les plus aboutis qu’on ait fait. Ce clip est ce qu’il est uniquement parce qu’on a fait avec ce qu’on avait sous la main. On est partis dans une direction, on avait plein d’idées, il y a plein de choses qu’on a dû abandonner parce qu’on ne pouvait pas les faire, mais sur la route on a trouvé plein d’éléments qu’on a pu intégrer, et qui ont contribué à donner ce clip là. La moitié des détails visuels, on les a trouvés au dernier moment. C’est une interaction avec la réalité et avec les contraintes. Je travaille énormément avec les contraintes, j’en ai énormément dans ma vie : j’ai pas de thunes, j’ai la voix que j’ai, j’ai des contraintes familiales, des responsabilités auquel je ne peux pas échapper … Et plutôt de voir ça comme des obstacles, je m’appuie dessus. Pour les clips, c’est exactement pareil. Plutôt que de chialer à me dire « snif, je peux pas faire ça », je me dis : « ok, je peux pas faire ça. Mais qu’est ce que je peux faire à côté ? ». Faut sortir des codes et des choses qui s’imposent d’elles-mêmes. Normalement, dans un clip, tu montres le cul d’une meuf. Et bah nan, nous on montre le cul de Hyacinthe ! (rires)
Quatrième paragraphe –
Original et singulier ne veut pas forcément dire révolutionnaire. DFHDGB n’est pas un crew qui va révolutionner le rap français. Mais lorsque des efforts pour sortir des codes, s’approprier de nouveaux terrains, et s’élever -sur certains aspects- au dessus du niveau général, il convient de le saluer. L’aspect visuel est l’une des grandes forces des Faux Hipsters. Sur ce point, et quelque soit le jugement apporté sur leur musique, on ne peut qu’être impressionné par la qualité des réalisations vidéos. La mise en scène est léchée, les idées exploitées bien au delà de leur limite, et le soin apporté au rendu final est d’un professionnalisme presque irréel, tant le rap français nous a habitué à un amateurisme aussi charmant qu’handicapant.
Genono : Est-ce que parfois vous faites exprès de mettre des trucs chelous dans vos clips juste pour qu’on se dise « ça n’a aucun sens, donc c’est forcément du génie » ?
L.O.A.S : Tout a du sens. Tout ce qu’on a fait a du sens.
Genono : Mais un sens que le public ne va pas forcément comprendre.
L.O.A.S : Ah, ça c’est clair. Y’a plein de blagues privées, de références qu’on est les seuls à pouvoir capter. Mais tant mieux, parce qu’ils vont comprendre autre chose. Ils vont comprendre ce qu’ils ont besoin de comprendre. Nous, on propose juste une trame, visuelle et auditive. Et les gens vont se projeter là-dessus. Certains vont s’arrêter sur certains détails, d’autres vont comprendre différemment … Ca veut dire qu’on a proposé quelque chose de suffisamment large pour que chacun puisse se poser suffisamment de questions. Mais tout a du sens.
Genono : Du coup les poulpes, ça a un sens ?
L.O.A.S : Ca me fait chier d’expliquer le clip, comme ça me ferait chier d’expliquer mes textes. Parce que si j’explique le clip, je définis un cadre. Et quand les gens vont lire mon explication, ils ne pourront plus voir au delà de ce cadre. Tu vois ce que je veux dire ? Troisième Cime, c’est une histoire. Le poulpe … pour moi c’est évident. Nan ?
Genono : Je sais pas.
L.O.A.S : C’est en rapport avec le thème de l’EP, une thématique qui revient souvent dans nos textes … On parle d’un certain type de personnes qui nous font avaler des trucs …
Genono : Ah ouai, d’accord. Moi je vais jamais chercher trop loin.
L.O.A.S : C’est ça, faut pas chercher trop loin. Tu y vois ce que t’as envie de voir.
Genono : Bah moi j’ai vu un truc chelou, j’étais content, ça s’est arrêté là. Du coup, si t’aimes pas expliquer tes clips, ou tes textes, j’imagine que t’as pas de compte certifié chez Rap Genius.
L.O.A.S : J’ai un compte non-certifié, mais je mets pas mes textes dessus. J’y vais parce que des gens mettent mes textes, et je me dis que je dois pas très bien articuler, parce qu’ils entendent des trucs que je dis pas (rires). Donc j’y vais uniquement pour leur faire des suggestions, histoire qu’ils fassent des modifications. Mais nan, j’irai jamais expliquer mes textes.
Genono : Le clip de Lady Gaga, tu peux nous raconter la manière dont ça s’est fait ?
L.O.A.S : C’est le clip le plus difficile que j’ai eu à tourner. Mentalement, physiquement, c’était une vraie épreuve. Et du coup, c’est un des clips dont je suis le plus fier. C’était la première fois que je revenais dans le Sud pour travailler, pour créer. Je suis allé chercher Nicolas Capus, qui n’avait rien fait depuis des années, pour le remettre en selle et lui proposer quelque chose de nouveau. Je lui ai envoyé le morceau, mais il arrivait pas à trouver d’idée. Alors j’ai pensé à ces ados américains qui pètent les plombs, et qui débarquent dans leur lycée pour flinguer tout le monde. Je lui ai dit « viens, on fait ça ». On se met en situation, on prépare des munitions, on y va et on fait le truc. Sauf qu’on n’a pas envie de vraiment tuer des gens, on fait ça juste pour la vidéo.
Genono : Du coup, tu t’es dit que la peinture c’était mieux que les balles.
L.O.A.S : Ouai, alors la peinture, je t’explique. J’ai vécu en Inde, et j’y retourne assez souvent. Là-bas, il y a une fête qui s’appelle le Holi Festival. Pendant toute une journée, les gens se balancent de la peinture dans la gueule. J’ai trouvé que c’était une excellente manière de faire sortir toute son agressivité, toute sa violence, et toute sa frustration … c’est très libérateur. Donc j’ai voulu faire la même chose. Et puis, venant du Sud, c’est pas que je porte pas les gens de là-bas dans mon cœur, mais … ayant grandit là-bas, j’étais pas spécialement dans mon élément. Et puis, particulièrement à Marseille, on a tourné à un moment où il y avait énormément d’agressivité, des mecs se faisaient plomber tous les jours.
Genono : Donc les gens qui se font arroser de peinture sont volontaires ou pas ?
L.O.A.S : Je vais pas te livrer tous les secrets de fabrication mais … je me suis pas fait exploser, donc y’a bien une raison. Y’a une partie cinématographique, je laisse à chacun le soin de tracer la frontière entre la réalité et la fiction. La limite se situe à un endroit, chacun la voit plus ou moins loin. Mais c’est clair que le tournage m’a valu de grosses montées d’adrénaline. Et puis, j’ai du faire énormément de recherches en amont. Déjà, comment on fait, avec les extincteurs ? Parce qu’il me fallait un truc un peu violent, je pouvais pas juste arriver en balançant des piments de couleur avant de partie en courant, ça aurait été ridicule. J’ai fait plein d’essais dans mon garage, j’ai bidouillé des trucs, j’avais trop peur que ça me pète à la gueule … Et puis, je voulais pas empoisonner les gens, y’a des trucs cancérigènes, ou dangereux. Donc voila, c’était du boulot. Je fais de la merde, mais je le fais très sérieusement.
Cinquième paragraphe –
Le rappeur blanc est tout de même une espèce à part. A croire qu’en France, le citoyen caucasien est tellement répandu que pour se démarquer, et donc exister, il est dans l’obligation de s’extravertir, forcé de jouer un rôle extravagant. L.O.A.S n’est pas Orelsan, Sidisid, ou Vald. Mais il partage bien plus avec eux qu’une simple pigmentation.
L.O.A.S, comme tout bon rappeur blanc, parle de sa bite. Les rappeurs noirs aussi parlent de leur bite, mais le problème avec les rappeurs blancs, c’est qu’ils semblent à chaque fois vouloir prouver quelque chose. « Je suis blanc, mais j’ai quand même une bite honorable ! ». Calmez-vous, les mecs.
L.O.A.S, comme tout bon rappeur blanc, parle de drogue. La différence avec les rappeurs noirs, qui, dans leurs textes, en vendent des tonnes, c’est que les rappeurs blancs adoptent leur point de vue, celui du consommateur.
L.O.A.S, comme tout bon rappeur blanc, est un personnage très farfelu. Et comme tout bon rappeur blanc, on ne peut s’empêcher de se demander si sa musique serait différente, dans un monde où son taux de mélanine aurait explosé. Peut-être que ça aurait simplement donné une expérience ratée, un blanc au visage foncé, genre de hipster malgache. Et si, dans un monde parallèle, L.O.A.S était Stromaé ?
Genono : Quand je décris L.O.A.S à mes potes, je résume à : « c’est un rappeur blanc chelou ». Est-ce que t’es d’accord avec ça ?
L.O.A.S : Ouai, grave.
Genono : Est-ce que tu penses qu’avec ton style de rap, et ton image, tu peux toucher d’autres personnes que des blancs chelous ?
L.O.A.S : (réflexion silence)
Genono : Déjà, est-ce que t’arrives à visualiser ton public ?
L.O.A.S : Y’a pas que des blancs, déjà. Mais c’est vrai que les gens sont chelous (rires). Y’a des numéros, je te raconte même pas ! Des fois, j’ai un peu honte. Mais la majeure partie, c’est hyper touchant. Y’a plein de gens qui me disent que je décris des moments de leur vie, que je retranscris des émotions sur lesquelles ils sont incapables de mettre des mots … Je pense que ce qui leur parle, c’est que j’ai gardé une part adolescente, un côté un peu rageux et torturé. Après, est-ce que je peux toucher d’autres personnes ? Oui, je pense. On verra sur les autres projets. Peut-être pas sur NDMA, mais j’ai envie de faire évoluer ma musique. T’en penses quoi ?
Genono : Je pense que ton public s’élargit à chaque projet. La plupart des gens t’ont découvert avec Ne pleurez pas Mademoiselle, et j’imagine que NDMA peut t’aider à franchir une marche. Après, concernant ton public, en fait, quand je fais écouter ta musique à quelqu’un … selon sa tête, je sais d’avance s’il va aimer ou non.
L.O.A.S : Y’a pas longtemps, j’ai lu un mec qui parlait du métal … un mec qui fait des illustrations, je sais plus son nom (Adrien Havet). Il disait que le métal, c’est le genre de musique qu’on ne peut pas faire écouter en public, parce que ça met mal à l’aise. Je pense que ma musique met les gens mal à l’aise. D’ailleurs, plein de gens qui écoutent du métal à la base, se mettent à nous écouter. Je suppose que c’est parce qu’ils retrouvent ce truc qui met mal à l’aise.
Genono : « Svastika Bambaataa » ; « j’aime les svastikas, tout le monde pense que je suis raciste » … J’imagine que c’est en rapport avec tes nombreux voyages en Inde, mais est-ce qu’il n’y a pas aussi une volonté de jouer sur l’ambigüité et de choquer ?
L.O.A.S : C’est vraiment un symbole religieux que je kiffe. Esthétiquement, c’est beau. Le souci, c’est qu’il est relié à un passé pas super cool en Europe. Quand t’arrives en Inde, y’en a partout, tu te dis « bordel, qu’est ce que c’est que ce truc ? » (rires). Mais en fait, c’est complètement normal, et je m’y suis habitué. Et quand je suis revenu ici, ça me faisait chier de savoir qu’il avait cette connotation. C’est un symbole qu’on retrouve sur tous les continents, dans tout un tas de cultures. C’est vraiment un symbole universel par excellence. Il était chez les Amérindiens, il est en Asie, en Europe … La croix basque, c’est une svastika arrondie. C’est un symbole qui a des milliers d’années d’existence, et juste parce qu’une poignée de cons s’en est servi pendant 30 ou 40 ans, il est complètement banni. Si j’arrive et que je fais une croix gammée en diagonale, dans un cercle blanc avec un carré rouge … oui, ce serait aller trop loin. Mais ça reste un symbole, comment est-ce que toi, tu vas l’utiliser ? On a massacré des populations entières au nom de la croix chrétienne ! On a crucifié des gens dessus, on en a brulé dessus, aux Etats-Unis on pendait des noirs avec ces putains de croix brulées … Et personne n’a jamais interdit la croix chrétienne ! Donc ça me fait chier que cette svastika soit interdite, et que dès qu’on en voit une, on pense « facho », ou « nazi ». J’ai aucune revendication nazie, bordel ! Après, dans mes textes, je fais deux-trois jeux de mots et je joue effectivement un peu sur l’ambigüité … Svastika Bambaataa c’est le plus vieux morceau du EP, je l’ai enregistré le même jour que Langue Maternelle. Il a deux ans. A la base, je voulais le clipper, avec Da, qui est justement le réalisateur du clip de Langue Maternelle. Mais ça ne s’est pas fait, et je me dis que c’est pas plus mal. Si j’étais arrivé avec ce clip, ça aurait été mal compris. On avait de super bonnes idées, dans nos têtes, on avait tout écrit, c’était mortel. Il y a eu des concours de circonstances, des trucs qui ont fait que le clip n’a pas pu se tourner. Peut-être que ça m’a sauvé. Mais c’est quand même un morceau qui me tenait à cœur, voila pourquoi il se retrouve dans l’EP. Svastika Bambaataa, c’est un peu une deuxième identité. Je sais freestyler, rapper face à une caméra, un micro, une radio … un peu comme un zoulou. Le fond, c’est ça. Et puis, « Svastika Bambaataa » … ça résume bien mon côté étrange et décalé (rires).
Genono : « Ma vie est tellement dar quand mon fils dort » … Est-ce que ça veut dire que quand il est réveillé, tu détestes ta vie ?
L.O.A.S : Nan, c’est pas ça que j’ai voulu dire … connard ! (rires)
Genono : Est-ce que du coup, tu lui donnes des somnifères pour avoir plus de temps pour kiffer ?
L.O.A.S : T’es un enculé ! Qu’est ce que tu veux me faire dire ? Ma vie diurne a une certaine coloration, c’est clair que ma vie nocturne est différente … « Ma vie est dar », c’est dans le sens « elle est hardcore ».
Genono : Est-ce que, quand tu l’entends se réveiller, tu te dis « putain, fait chier … » ?
L.O.A.S : Absolument pas, putain ! Je suis trop content quand il se réveille, je suis content de savoir qu’il est là, avec moi. Il a pas été là pendant pas mal de temps, malgré moi. On a été séparé pendant de très longs mois, et c’était pas du tout mon choix.
Genono : C’est pour ça qu’aujourd’hui tu le détestes, et que tu préfères ta vie quand il dort ?
L.O.A.S : …
Genono : Pourquoi des magnets avec ton CD, et pas des seringues ou des sextoys ? Parce que ça correspondrait beaucoup plus à ton image.
L.O.A.S : Je sais pas, mais ça fonctionne de ouf. Les gens kiffent. J’ai trouvé ça complètement ringard, c’est chanmé.
Genono : C’est une preuve de plus que ton public est chelou.
L.O.A.S : Je pense que les gens qui choisissent le magnet sont les moins chelous, justement. Ce sont ceux qui ont une vie assez carrée pour avoir un frigo où poser le magnet (rires).
Genono : Donc selon toi, les gens chelous n’ont pas de frigo. Je note.
L.O.A.S : Bah les ados par exemple, ils ne vont pas mettre le magnet sur le frigo de leurs parents. Ceux qui prennent le magnet, c’est ceux qui ont suffisamment de pouvoir d’achat pour avoir un frigo.
Genono : Ok, je vois, tu vises une clientèle fortunée. Bonne stratégie.
L.O.A.S : Je suis toujours étonné des gens qui donnent plus d’argent que ce qu’on demande. Comme quoi, on est pas tous dans la merde financièrement.
Genono : Tu parles un peu de Dieu dans tes textes, et beaucoup du diable. Déjà, est-ce que t’es croyant ?
L.O.A.S : Ouai. Après, est-ce que j’ai foi en Dieu … moi, je crois aux choses spirituelles. Je crois qu’il n’y a pas que la matière et les choses sensibles. Il n’y a pas que ce que l’on voit, touche, entend ou sent. Il y a d’autres choses au delà de ce spectre de sensations. Une onde sonore, on en capte une seule partie. Nos oreilles ne captent pas toutes les fréquences. La réalité, c’est pareil. On ne capte qu’une partie de ce champ vibratoire. Il y a d’autres choses, d’autres degrés de vibration. Après, est-ce que je vénère Dieu, est-ce que je vais à l’église, à la mosquée ou au temple ? J’en sais rien, je crois qu’il y a plusieurs degrés d’entités. Le monothéisme radical … je sais pas. Je pense qu’il y a un Être tout au sommet, mais pour arriver jusqu’à lui, il y a des échelons. Certains diront peut-être que je ne suis pas monothéiste, ou que je suis païen. J’en sais rien. Si Dieu est si puissant, si omniscient, pourquoi est-ce que le monde est si merdique ? Il aurait juste à vouloir que le mal disparaisse pour que tout aille mieux. Pourquoi est-ce qu’Il laisserait d’autres puissances s’accaparer sa création ? Soit c’est sa volonté, soit Il n’est pas suffisamment fort. Je parle beaucoup du diable, parce que je pense qu’il a une légitimité à être là. Il a des choses à nous apprendre, il est pas là par hasard. Tu fous pas une créature dans un jardin en lui disant juste « ne fais pas ça ! ». Le diable, on lui crache beaucoup dessus, mais qu’est ce qu’il fait ? Il punit les méchants. Donc est-ce qu’il est vraiment mauvais ? J’essaye de sortir des visions manichéennes où on nous dit ce qu’est le bien et ce qu’est le mal. Arrêtez de nous casser les couilles.
Résumer L.O.A.S à un rappeur blanc qui parle de sa bite, vous l’aurez compris, c’est extrêmement réducteur. Tout au long des dix pistes de NDMA, il s’enfonce dans une tendance déjà entrevue sur Ne pleurez pas Mademoiselle : L.O.A.S parle de la mort, toujours, tout le temps. Il n’est pas gothique, ni suicidaire, et n’a pas l’allure d’un croque-mort. D’ailleurs, sa musique est tout sauf lugubre.
Pourtant, et c’est réellement frappant quand on prête attention à ses textes, il est complètement obsédé par la Faucheuse et son attirail funeste. « Déjà Mort », « Quand tu me tueras », « La vie » … La tracklist est un premier indice. « C’est l’heure de vider les cimetières » ; « La mort ne fait pas crédit » ; . Avec L.O.A.S, même l’amour est morbide : « Baiser dehors sous la pluie, défoncé dans le cimetière » ; « L’amour en salle de réa, vient d’être débranché ». La drogue est morbide : « Poussière tu es né, poussière tu snifferas ». Le sommeil est morbide : « J’laisse la porte ouverte la nuit quand je dors, j’espère qu’tu me surprennes quand tu m’tueras ».
Genono : Bon, ensuite je voulais parler de la mort, parce que c’est un thème vraiment omniprésent dans ta musique. Déjà, c’est un truc qui t’obsède ?
L.O.A.S : C’est la seule certitude qu’on a. Quand t’es vivant, t’es sûr qu’un jour ou l’autre tu vas mourir.
Genono : T’es sûr d’être vivant aussi, nan ?
L.O.A.S : Parfois j’en doute. Souvent, même. Souvent, je doute de la réalité, et c’est pas juste une formulation un peu stylée que je pourrais mettre dans un texte. Je doute d’être vivant –d’où le titre Déjà mort-, et j’ai déjà fait plusieurs expériences assez violentes qui m’ont approché de la mort. Donc oui, ça m’obsède, mais pas dans le sens où ça m’effraie. C’est dans le sens où je suis fasciné par ce qu’il va se passer. Dans ma vision des choses, quand tu meurs, tu renais ailleurs. Et quand tu nais, tu meurs ailleurs.
Genono : Ok, donc pour toi, il y a une vie après la mort.
L.O.A.S : Ouai, je crois au monde spirituel et en la réincarnation. Je crois pas en l’enfer et au paradis, mais je pense quand même que tu payes ce que tu fais dans ta vie. L’évolution qu’on observe dans le monde matériel, elle existe aussi dans le monde spirituel. Parfois, c’est un peu pesant. Dans les moments de tension émotionnelle, je ressens une fatigue qui est autre que physique. Les choses se répètent, dans ta vie, des schémas reviennent. Si tu regardes ta biographie, année après année, y’a des nœuds où t’es amené à comprendre des choses sur toi-même. C’était quoi la question déjà ?
Genono : Je sais plus, mais la réponse était intéressante quand même … Selon toi, pourquoi la mort existe ?
L.O.A.S : (long silence)
Genono : Ah c’est pas les questions de Tonton Marcel, hein ?
L.O.A.S : Ah putain, enculé ! Pourquoi la mort existe … tu m’en demandes trop. Certainement qu’on a un truc à comprendre là-dedans. Y’a quelque chose à dépasser à ce niveau-là. Avant de faire du rap, j’ai énormément voyagé, j’ai beaucoup cherché, j’ai eu une longue démarche spirituelle. J’ai fait de la méditation, je me suis intéressé à plein de religions, j’ai lu tout ce qui me tombait sous la main. J’ai passé du temps dans un truc monacal, où tu te lèves à 5h du matin, et jusqu’à 19h tu ne fais que méditer. Et la nuit, tu dors pas, parce que t’as tellement médité que tu gardes les yeux grands ouverts. C’est hyper violent. Et à un moment donné, j’ai eu l’impression d’être bloqué, comme coincé contre la vitre d’un aquarium. J’étais en train de perdre complètement pied, j’avais plus du tout de contact avec les gens, j’étais plus rattaché au monde. Je m’envoyais en l’air sans drogue, c’était une démarche spirituelle tellement extrême que j’étais en train de m’égarer. J’ai donc décidé de revenir, de me fonceder, de boire de l’alcool, de baiser plein de meufs … Juste histoire de me remettre avec les gens. Ca n’a aucun sens d’être sur terre et de rester collé là-haut, coincé contre la paroi de l’aquarium, si tu comprends pas pourquoi t’es dans l’aquarium. Donc je suis redescendu jouer avec mes potes les poissons.
Genono : Quel genre de mort aimerais-tu avoir ?
L.O.A.S : Peu importe, du moment que c’est un truc un peu original.
Genono : Quelle est la pire mort possible selon toi ?
L.O.A.S : Toute mort, à partir du moment où t’as pas profité à fond de ce dont tu devais profiter. Je parle souvent de la mort parce que si tu l’as en tête, tu perds pas de temps. Tu restes pas le cul posé sur le canapé, à jouer aux jeux vidéos et à fumer des joints. Si tu gardes cette réalité en face … mais pas dans un délire morbide, hein ! Je suis pas un gothique. Mais … ça va bientôt se terminer, faut en profiter au maximum ! Je sais que je vais pas faire le quart des choses que j’ai envie de faire, je vais pas apprendre le quart des trucs que j’ai envie d’apprendre, et je vais pas visiter le quart des pays que j’ai envie de visiter … donc la mort, c’est une bonne petite piqure de rappel.
Genono : Qu’est ce que t’aimerais qu’on retienne de toi quand tu seras mort ?
L.O.A.S : Putain, mais quel connard tu es (rires).
Genono : Si tu veux, on refait les questions « présente-toi » et « quel est ton parcours ».
L.O.A.S : « Qu’est ce qu’il a voulu dire ? », comme dans Le Grand Détournement.
Genono : Est-ce qu’il vaut mieux avoir une vie banale et une mort glorieuse, ou le contraire ?
L.O.A.S : Ca fait chier les questions à deux réponses. Le manichéisme, j’aime pas ça. On ne peut pas répondre correctement à des questions comme celle-là. Je pense qu’il faut juste avoir la vie que t’as envie de mener. C’est triste de crever sans avoir fait ce pour quoi t’étais venu sur terre. Si t’as une mort banale mais que t’as fait plein de choses stylées dans ta vie, c’est très bien. Et si tu fais rien de ta vie mais que tu fais un truc super important en mourant, tant mieux aussi. Faut mourir droit dans ses bottes.
Genono : Encore deux questions, et j’arrête de te faire chier avec mes questions sur la mort. Quelles seront tes derniers mots avant de mourir ?
L.O.A.S : J’ai un pote qui s’est fait assassiner l’an dernier, et quand son cercueil a été rapatrié dessus j’ai écrit « la prochaine fois sera meilleure ». Je pense que c’est une belle phrase.
Genono : Si on te proposait de devenir immortel ?
L.O.A.S : Je l’ai cherché, pendant un temps. J’ai étudié l’alchimie, d’ailleurs, c’est aussi pour ça que je suis parti en Inde. Si on me propose d’être immortel … A partir du moment où je l’ai mérité, pourquoi pas. Mais il faut pas que ce soit une avancée scientifique foireuse, sinon ça va être la merde.
Genono : L’éternité, ça te paraitrait pas trop long ?
L.O.A.S : Je sais pas si j’arriverais à m’ennuyer, j’ai trop de choses à faire sur terre.
Je pense qu’on peut analyser la musique avec une tonne d’outils différents et avec plus ou moins de pertinence, mais ce qui compte au final, ce sont les émotions qu’elle créé. Je pense que la musique de Metek créé des émotions incroyables sur une palette de couleurs qui va du rouge au violet en passant par le vert.
Je pense que Tony Soprano et James Gandolfini sont la même personne. Je pense que cette personne a continué à vivre sa vie après cet écran noir de 6 minutes, et qu’elle est morte d’une crise cardiaque à Rome le 19 juin 2013.
Je pense que Metek, a pris énormément de risques artistiques sur un laps très court de 5 pistes. Je pense qu’il s’en bat les couilles et je pense qu’il a complètement raison de s’en battre les couilles.
Je pense que Metek, qu’on appelle maintenant Riski, s’en bat également les couilles de savoir s’il fait du rap ou autre chose. Je pense qu’il fait de la musique instinctivement, comme il la sent sur l’instant, sans se demander si quelqu’un comprendra ce qu’il a voulu faire. Je pense que chacun peut comprendre ce qu’il veut dans la musique comme dans la peinture, et donc dans l’art en général. Je pense que c’est particulièrement vrai dans la musique de Riski.
Je pense qu’on peut considérer ça comme de l’art ou comme de la branlette d’auditeur de rap.
Je pense qu’un Kaaris x Riski ce serait super frais, au moins autant qu’un Alizée x Riski. Un Kaaris x Riski x Alizée serait encore meilleur, mais que ça évoquerait beaucoup trop de fantasmes trop avouables à mon pote Vincent Galand. Je pense qu’on devrait avoir le droit de dédicacer ses potes dans les chroniques d’albums comme le font les rappeurs dans les livrets de leurs albums, quand ils ont la chance de pouvoir les sortir en physique et pas uniquement dans un format dématérialisé volatil sur bandcamp.
Je pense qu’il importe peu que la vie dure 20 ou 100 ans. Peu importe que Matière Noire dure 18 minutes ou un million. Une vie bien vécue en vaut 100. 5 titres réussis en valent 1000.
Je pense que la drogue pure a des effets beaucoup trop forts et trop naturels pour un junkie habitué à consommer de la merde synthétique coupée. Je pense que Matière Noire est un concentré beaucoup trop fort pour un amateur de musique diluée.
Je pense que Matière Noire est un disque extrêmement difficile à appréhender si on a une quelconque attache au monde réel. Je pense que Matière Noire est le meilleur disque du monde pendant les dix-huit minutes qu’il dure, à partir du moment où l’on a compris que la musique n’était que la mise bout à bout d’un ensemble de vibrations d’ondes invisibles et intangibles.
Je pense qu’en 2017 on va encore bien se faire baiser. Je n’ai jamais voté de ma vie et je pense qu’un EP 5 titres réussi peut m’apporter cent fois plus de bonnes choses que 100 politiciens de droite, de gauche ou d’ailleurs.
Je pense que Riski, anciennement Metek, n’est pas le rappeur le plus fort du monde, ni le plus technique, le plus fou, ou le plus impressionnant. Je pense qu’il a quelque chose d’incroyablement unique, que n’a absolument personne, en France. Je ne sais pas ce qu’est cette chose, et je pense que ce serait une erreur de chercher à comprendre ce que c’est. Je pense que le jour où on cherchera à comprendre ce qui fait la singularité d’une chose si instinctive, on finira comme Benjamin Chulvanij : riches mais pas plus fiers qu’un patron de supermarché.
Je pense que Riski ne se pose pas la question de savoir s’il fait du rap ou autre chose. Je pense qu’il fait de la musique, et que c’est tout ce qu’il faut retenir. Je crois que je l’ai déjà dit un peu plus haut, mais je sais que ça n’a pas la moindre importance. Je suis enrhumé et le week-end n’est que dans une trentaine d’heures, mais hamdullah. Il y a des choses plus graves dans la vie, et si l’Etat Islamique veut vraiment faire sauter la tour Eiffel, il va leur falloir un super grand trampoline.
Je pense que Bad Cop Bad Cop est un label minuscule qui fait un travail gigantesque.
Je pense que les juifs noirs qui font de la musique sont peu nombreux. En fait, je n’en connais que deux : Riski, et Sammy Davis Junior. Je pense qu’il devrait y avoir plus de juifs noirs dans le monde de la musique. Je pense que s’il n’y avait que des Riski et des Sammy Davis Junior, notre environnement sonore serait submergé de bonnes vibrations.
«Je ne dors jamais car le sommeil est le cousin de la mort !! » – Maxo.
Ridin’ Nasty.
Enfouraillé comme en Lybie (cf. Maxo Khadafi), un sourire à s’en déraciner les chicots miroitants, nanti de ce ‘ twistin tongue ‘ qui débobine la pensée et titille la glotte encore baignante dans le gorgeon purpurin : Ici, c’est Maxo Kream ou l’art de confirmer son statut de desperado sous les tropiques joyeux du West Side à la faveur de Maxo 187, une œuvre au noir où percent les nouvelles ambitions du rap houstonien.
Faut bien l’avouer, depuis que Trae, Bun-B, Slim Thug, Z-Ro et d’autres vétérans se sont « bunkerisé » dans la routine, les choses ont évolué à Houston. L’apparition de ce ‘shoota’ de l’Ouest en continuelle ascension depuis Quiccstrikes a réveillé les passions. Un soudain engouement lié au fait que Maxo Kream apporte une alternative ‘creepy’ à la nouvelle vague locale composée des Propain, Doughbeezy, Yung Maqus, Sauce Walka, Sauce Twins, SosaMann, Stoppa, Dice Soho, Harold Lee, Honey The Hippie, D-Boss, OG Che$$, Marcus Manchild, Benji Bands, Kwasei La’Flare, Amber London, Boston George…
En fait, un aveugle enfermé dans un cercueil verrait tout de suite que Maxo est une anomalie. Sa rhétorique ‘dirty & nasty’ dénuée de gimmicks dessine tel un sismographe les tremblements parkinsoniens d’un Houston se réveillant au lendemain d’une java qui a duré pas moins de dix ans. Selon Maxo, la fête est bien terminée. Le cycle naturel des choses en somme. Mais ce n’est pas tout. A l’entendre, le rap de Houston est définitivement moribond, en conséquence, il est a réinventer. Manifestement, tout mettre en œuvre pour que son œuvre échappe au conservatisme local et ne ressemble jamais à ces multiples standards joués une fois de trop est aujourd’hui au programme.
Bien entendu, question concept, on est à des années lumières de la résonance communautaire du Saint-Esprit que l’on trouvait chez Grapetree Records, ex-label expiateur aujourd’hui enfoui sous une chape de douilles et de jurons.
Nul besoin de préciser que de ce côté-ci du biz, l’évangile est tout autre : ça transpire le péché de la chair, le Xanax à la louche, la poudre à canon, l’argent du beurre, pour ainsi dire le mauvais genre. D’ailleurs, quand on demande à Maxo s’il croit en Dieu, il rétorque qu’il croit en lui. Et ne se fait pas prier pour conchier la mort, fond de commerce de l’Église, puis kidnapper le pasteur dans Mary & Molly : « Piss on your casket and shoot up the hurse, kidnap the pastor then trap out the church. »
Inspiré, téméraire, Maxo Kream a rallié sans trop de peine la rue à sa cause car il incarne à lui seul le grand chambard … Si la doctrine locale du ralentissement est encore là, latente, dans son charabia aux âcres parfums de tétrahydrocannabinol, force est de constater que celui-ci aime faire appel aux expérimentations bass & drums les plus syncrétiques afin de s’aventurer dans des territoires de préférence obscurs, mystérieux, par moment cauchemardesques. Car la psyché de Maxo Kream est saturée de fantômes et de maisons hantées, de fait, c’est un monde entropique aux accents gothiques qui nous entraine dans les friches d’un rap libéré de ses artifices putassiers.
KREAM CLICC GANG : LES NOUVEAUX APACHES DE PURPLE CITY.
Le statut indépendant revendiqué par la Maxo Kream n’a rien de rédhibitoire quand on est originaire de la métropole qui abrite les institutions Rap-A-Lot, Swishahouse et Boss Hogg Outlawz. Faut dire que depuis K-Rino mais aussi Dope-E, vétérans grisonnants de bien des guerres, on n’a jamais eu peur d’entrer dans la résistance et continuer à vivoter de ses maigres deniers plutôt que renier sa propre éthique. Seulement le très instable centre névralgique du rap actuel a intégré d’autres valeurs que la réussite par le travail et les vertus anti-establishment. Ne suffit plus de ‘bouncer la weed’, de ‘rapper la double cup’ ou de combiner quelques rimes fielleuses sur les Blancs ou le président américain pour tant soit peu surnager à Purple City. Appréhender sa carrière en mode ‘gamejackeur’ est hautement conseillé lorsqu’on désire à la fois briser une bonne fois pour toute la mécanique binaire Nord/Sud de la ville, franchir les limites de l’État et s’en aller conquérir une audience nationale …
Notamment tenir la dragée haute aux spitters de l’Ohio, à savoir Insomniac Lamb$ et autre Mal G alias Ski Mask Malley.
Kream Clicc Lyndo Cartel.
« Like Soulja Slim I got enough of dicc for all y’all ! » a récemment prévenu Kream Clicc Lyndo Cartel sur twitter, preuve que leurs modèles ne sont pas/plus de ce monde … En fait, depuis que Lil’ Andrew aka Woodrow Kream est sorti de sa brève existence les deux pieds devants, la klicc composée des Maxo, Lyndo, Kream Jay, Jared, Jermaine & C° est sur le sentier de la guerre. Pas un choix anodin : tous préfèrent avancer en file indienne, laissant Maxo libre de décider quand, où et en compagnie de quels cracheurs de feu il est envisageable de bruler un bon calumet. Car dans cet univers du rap où moguls et gros bonnets te considèrent comme du gumbo, il vaut mieux vivre entouré de la Clicc et extirper ses propres dollars noirs du caniveau plutôt que de bouffer au râtelier du rap verbeux, pasteurisé jusqu’à la l’overdose. Échapper à ces loups qui veulent t’arracher le fond de ta culotte, mais aussi fuir ces chroniques manipulées par les ghostwriters où l’on détecte mille empreintes digitales, tel est le mot d’ordre. Qu’importe si on se salit les paluches, le jeu en vaut la chandelle, et puis c’est une question de principe, de crédibilité, tout autant qu’une preuve d’amour envers Forum Park Drive 10110, l’un des hoods les plus brulants de Houston où on a perdu depuis longtemps le bouton du thermostat.
Quant à déterrer la hache, autant que ce soit accompagné par ceux qui se prosternent devant le totem sacré qu’est le Tableau B. Ici, c’est avec J. $tash, chasseur de $calp$ osseux et taulier du Relax Gang / Relax Rekords, qu’il entremêle les jargons :
Venons-en à Maxo 187, projet sensé à la fois ouvrir la boîte de Pandore et arroser de napalm le volcan en ébullition qu’est le West Side. Des mois que Maxo annonce sa sortie, faisant monter la hype à la manière d’une banale mayonnaise jusqu’à ce que le quorum des prosélytes soit enfin atteint. Ce faisant, l’album est maintenant en ligne avec une liste d’invités qui rend l’écoute captivante: Father (Atlanta), Joey Bada$$ (New York), Lamb$ (Cleveland), Fredo Santana (Chicago), Lil Family, Sauce Twinz & LE$ (Houston).
Tout d’abord, après avoir balancé la purée façon Kenyatta dans la tire-lire à Carol (cf. Donald Goines) – Paranoia – Maxo sort le mortier et sème le trouble dans le précité Clientele : « Fuck the feds and fuck the judge… Fuck the cops they catching slugs, fuck the laws im selling drugs… »
A partir du moment où les ébats du couple incestueux vicodine & syrup rendent hypnotiques la rotation synchrone des chromes d’antan, 1998 est recommandé pour s’enfoncer dans la jungle houstonienne.
Pas de langues de bois, en aucun cas de langues tièdes, exclusivement des langues débridées et chargées de mots qui roulent comme le tonnerre dans un ciel noir chargé de pluies acides – Sur KKK.
De la magie au paranormal, il n’y a qu’un pas. A la seule écoute de Trap Mami/ Flippin, mon chien est allé se réfugier sous le lit en gémissant. Mmmh … à mon tour, j’ai la nausée du zombie et des douleurs aiguës dans les guitares. A moins que ce soit actavis, xannies, roxies, oc 80s et percs qui intensifient la catalepsie d’Astrodome screwdé à l’aide d’un jeu de clés à cliquet réversible par Wxlf Gxd, lequel se surpasse sur Murder et Cell Boomin’ … Enjoy !
Le clip de Choppin’ Blades vient tout juste de sortir. Pour les retardataires, cette chanson provient du dernier projet de Mike Will : Ransom, sorti dans un mois de décembre dernier très généreux en bons projets.
Sans surprise, Riff Raff est drôle dans n’importe quelle situation. Ici, en vendeur douteux de voitures d’occasion, toujours aussi fluorescent. D’ailleurs, depuis son album Neon Icon, on n’avait pas entendu le White Wesley Snipes rapper aussi bien. La prod de Mike Will y est surement pour quelque chose. Comme ce qu’il fait de mieux, Jody Highroller parle de faire ses courses sur Mars, de sirop, fait des références à des joueurs NBA (personne ne fait ça mieux que lui) et évidemment, donne de l’amour aux jantes énormes dont raffolent tous les rappeurs. La présence du jeune Slim Jxmmi (la moitié de Rae Sremmurd, le groupe aux noms les plus imprononçables du game) prouve une nouvelle fois que ces gosses sont talentueux, sacrement précoce et très bien encadrés -qu’on aime ou pas leur musique. La voix de Slim pousse les murs à la fin de la plupart de ses couplets.
Si vous ne l’avez pas déjà fait, je vous conseille vivement d’aller jeter une oreille sur Ransom. Sans refaire son parcours intégral (le reportage de Noisey Atlanta épisode 9 explique ça très bien), le jeune producteur d’Atlanta a vraiment explosé aux États-Unis, et est considéré a juste titre comme un des meilleurs en activité, malgré la rude concurrence.
Dans Ransom il se place en chef d’orchestre, et sculpte lui-même l’architecture du projet : les productions, le choix dans les regroupements des différents artistes, tout a -semble-t-il- été étudié au millimètre pour livrer un produit fini de très bonne qualité, avec une variété d’univers et d’artistes. La liste des invités est logiquement prestigieuse. On retrouve donc ses deux nouveaux poulains (No Type, No Flex Zone). Habilement il a envoyé Swae Lee aux cotés de Future, et ce n’est peut être pas innocent. Par certains aspects, Swae Lee partage des atouts communs avec son ainé : un bon sens du refrain et une voix assez atypique. Le résultat donne Drink On Us, une chanson hypnotisante. Ajoutez à cela un banger de Juicy J (Don’t Trust) (best rapper alive) iLoveMakonen (Swerve) Future et Young Thug (California Rari) et Migos (l’excellente In My Hands) ce projet peut aussi permettre de découvrir quelques artistes moins exposés. Mention spéciale pour le très mongol Game For Lame de Bankroll Fresh, qui use les cervicales.
Si vous êtes client de rap américain mais que vous n’avez ni le temps ni l’envie de creuser pour trouver des bons morceaux, je vous recommande vivement l’écoute de ce projet tant il est dense et homogène. Aussi, si vous ne connaissez pas le travail que fourni Mike Will c’est une parfaite porte d’entrée pour découvrir ses talents de producteur et de directeur artistique. Typiquement une mixtape qu’on fait tourner de bout en bout. Du travail propre et gratos : consommez. Cliquez pour télécharger.
L’Orgasmixtape 2, second volume du meilleur compact-disc de tous les temps, sera dans les bacs le 11 mai 2015. Pour préparer le terrain, Alkpote a déjà offert à la populace deux extraits : Formule 1, et son clip censuré par le groupe Accor, et Tourbillon. Réalisé par Kevin El-Amrani -un homme étrange déjà à l’origine d’un paquet de clips super chelous- avec l’assistance de William Krampf (DFHDGB), responsable des animations, Tourbillon est sans aucun doute la vidéo la plus fabuleusement mongole de l’histoire du rap français. On m’a soufflé à l’oreille que ce clip ressemblait à s’y méprendre à du Panteros666, et oui, il y a surement cette inspiration volontaire, mais rebroussez chemin immédiatement si vous n’arrivez pas à saisir le génie d’un logo Duarig ou de Vegeta en train de faire du quad. Le tout, avec de la 3D digne d’un logiciel gratuit tournant sur Windows 95.
Pour faire honneur aux génies en présence -Alkpote, Butter Bullets pour la prod, William Krampf pour les animations, et Kevin el Amrani pour la drogue-, attardons-nous quelques minutes sur tous les éléments de ce musical vidéoclip.
0’03 : La première image du clip est un parfait condensé de tout ce qui va suivre pendant les quatre prochaines minutes : logo Neochrome -évidemment-, paire de Air Max -car Alk sait ce qui plait aux scarla, lui qui rappe pour ceux qui portent encore des sappes Lacoste-, et buste d’Alkpote, lunettes noires et « foulard de chiennasse ».
0’08 : En moins de 5 secondes, le buste d’Empereur s’envole vers les étoiles, et un rôtissoire à kebabs apparait, suivi d’un croissant islamique, d’une croix chrétienne, et d’une étoile juive. Une métaphore juste et un message d’espoir : l’humanité entière peut faire fi des guerres de religion et s’entendre autour d’un bon grec sauce samouraï.
0’13 : Alkpote apparait. Lunettes noires et gros foulard sur la tête, donc. « Laura Smet, Lou Doillon » : le festival du name-dropping débile peut commencer. Et pour faire honneur à ces dames, quoi de mieux qu’un Samsung B2100 qui tournoie, avec une courtisane peu vêtue à l’écran ?
0’21 : Après l’apparition remarquée d’un logo Cartier, voila qu’un premier mystère algébrique, digne de Lost, vient titiller les esprits. Une série de nombres, de 0 à 23, et une inscription : Maison Martin Margiela. La Maison Margiela est une maison de Haute Couture, actuellement dirigée par John Galliano, un mec qui aime crier dans les rues qu’Hitler était un mec sympa. Logique, donc, de le retrouver dans un clip d’Alkpote, qui aurait pu « leur refaire a l’envers comme si -j-‘avais eu l’revolver de Hitler. »
0’31 : Alors que le refrain, qui tournait depuis le début, touche à sa fin, Sidisid apparait. Impassible (et épaulé par un logo Butter Bullets tournoyant), il contemple les ténèbres dominant ce garage sous-terrain. Bon, par contre c’est pas la peine d’attendre qu’il se mette à rapper, il est juste là pour montrer sa tête.
0’42 : Alk défile dans un environnement en 2D avec scroll horizontal, et des petits nuages tout droit sortis de Super Mario 3, et tout à coup, POKEBALL. Qu’est ce que cette pokeball fout là, et surtout, qui contient-elle ? Florizarre ? Ou est-ce une douille, genre Magicarpe ? La réponse est à la fin du clip.
0’50 : « La chatte à Salma Hayek, ou de Cruz Pénélope ». On continue dans le name-dropping improbable.
1’01 : Et là, BIM, le logo Duarig. Celui que t’as pas vu venir, parce que forcément, un logo Duarig en 3D, flottant et tourbillonnant, tu t’attends pas forcément à en voir un dans un clip de rap. Explication de Krampf : « Duarig c le ter ter, 42 tout ça, Sainté ». Faut vraiment enseigner à vos gosses de ne pas toucher à la drogue, les gars.
1’05 : Ensuite y’a un keuf avec un logo du PSG, bon, pourquoi pas.
1’11 : Première apparition d’un petit bout de quad.
1’13 : Retour de la pokeball volante, et Alk qui chante « j’fume un gros calumet pour mon quota de fumée ». Tout va bien dans le meilleur des mondes, et William Krampf vient même montrer sa tête en arrière-plan.
1’28 : Finalement, ce clip est tout ce qu’il y a de plus normal. D’ailleurs, le logo Duarig est de retour. Et il brille. D’ailleurs, dorénavant et désormais je refuse de regarder des clips de rap s’il n’y a pas de logos Duarig incrustés dedans. Démerdez-vous comme vous voulez
1’33 : Les noms de Valentino et Jil Sander apparaissent à l’écran l’un après l’autre … Bon, on va pas faire tous les couturiers du clip non plus. Ce qu’il faut retenir ici, c’est cette dédicace d’Alkpote aux épicuriens et épicuriennes, desquelles il se réclamait d’ailleurs déjà en interview ou encore dans le titre Fume la vie.
1’39 : Du lourd pillon (perdu dans l’tourbillooooon). Notons d’ailleurs le léger filet d’autotune sur « tourbilloooon », qui crée un effet d’absorption tout à fait pertinent.
1’48 : Alors après, y’a un aigle qui entre dans un stade qui semble être le Parc des Princes. Pourquoi pas.
2’00 : Alors là, y’a deux images qui vont apparaitre dans le cadre de ce qui semble être un écran de portable géant. La première, c’est Madeleine à la veilleuse, de Georges de La Tour. Me demandez pas ce que ça fout là, bordel, j’en sais putain de rien. Notez par ailleurs qu’elle contemple une paire de sneakers, c’est le petit +.
2’02 : La seconde c’est, la cover de l’Empereur, premier album solo d’Alkpote. Et le truc tournoie, parce que le son s’appelle Tourbillon et que malgré toutes ces choses sans queue ni tête, il faut bien qu’au moins un élément reste cohérent.
2’13 : Alk dit « ces batards de médias ne nous ouvrent pas la porte », ce qui est techniquement faux, puisque la porte de Captcha Mag est toujours ouverte pour les rappeurs qui parlent de Salma Hayek.
Pause : Heureusement que le morceau dure pas 8 minutes parce que ça commence à me casser les couilles de faire des captures d’écran.
2’18 : Un bout de Pikachu apparait, on pourrait peut-être y voir un indice pour l’histoire de la pokeball, mais je vous rappelle que Pikachu refusait d’aller dans une pokeball, ce petit bâtard préférait gambader comme un clebs aux côtés de son maitre.
2’20 : Un mec immobile dans un car wash.
2’24 : VEGETA SUR UN PUTAIN DE QUAD. GENIE GENIE GENIE GENIE GENIE GENIE GENIE.
2’35 : Une image succincte du clip de Chiens vient se caler là, avec le fameux « On baise les plus belles poulettes » qui vient rimer avec « Butter Bullets ». Tourbillon et Chiens, les deux meilleurs clips de la clipographie d’Alkpote. Ne venez pas en débattre.
2’43 : Retour de Vegeta en quad, et apparition d’un camion-citerne Givenchy. Du génie, j’vous dis.
2’51 : « Je vais arrêter le rap, je passerai à autre chose ». Et aussi, un canon de flingue siglé Damir Doma. Pour tuer avec style. Damir Doma, c’est un créateur de mode croate. Pourquoi pas, après tout les croates ne sont pas seulement nés pour devenir des numéro 10 de génie.
3’14 : Alors là y’a carrément un logo du FC Metz. Personne a compris, c’est un peu comme quand François Hollande s’est retrouvé à l’Elysée. Le truc est là, on va faire avec sans trop se poser de questions, mais c’est tellement improbable qu’on peut presque considérer ça comme une performance artistique prodigieuse.
3’17 : La pokeball s’ouvre …
3’18 : … et c’est un soldat qui en sort :
Alors j’ai demandé l’explication à William Krampf. Et il m’a envoyé deux liens : celui-là et celui-là. Libre à vous de cliquer et de ne plus dormir la nuit, mais perso je vais pas développer plus j’ai déjà passé trop de temps à faire des captures d’écran, et je suis bénévole.
3’28 : Sidisid a mis son K-Way, parce que si jamais il pleut, il veut pas être mouillé.
3’40 : Le mot de la fin est pour Pikachu, ce petit enculé qui préfère pousser des enfants à se scarifier plutôt que de rentrer dans sa pokeball grand luxe.
1/ José Doroteo Arango Arámbula, plus connu sous le pseudonyme de Francisco Villa alias Pancho Villa est né le 5 juin 1878 à La Coyotada, non loin de Durango (Mexique). James Adarryl Tapp Jr. plus connu sous le nom de Soulja Slim est venu au monde le 9 septembre 1977 à la Nouvelle-Orléans, non loin de l’embouchure du fleuve Mississippi (Louisiane).
2/ A cette époque de révolte populaire, Soulja Slim serait à coup sûr devenu le gouverneur militaire de l’État de Chihuaha comme le devint Pancho Villa en s’autoproclamant de la sorte. Finalement, il est devenu ce fantassin notoire et redouté de Magnolia, une terre toute aussi inhospitalière que cette contrée du Mexique précitée où l’on faisait peu cas de la vie humaine circa 1911-1912.
3/ Comme Villa avant lui, Slim fut un homme de guérilla, indépendant, mal discipliné, car constamment sous l’emprise du ‘singe’ brun et addictif agrippé à son dos alors que le bandit mexicain ne fumait, ni ne buvait. Une façon très courante aux débuts des années 90, voire la seule qui se respectait pour Slim, de faire baisser la tension artérielle quand il était plongé jusqu’au cou dans le marigot des embrouilles interpersonnelles et des soucis d’ordre artistique.
4/ Il faut dire que les labels menaient à ce moment là une guerre intestine la plus démolissante qui soit.Ces labels locaux qui multipliaient les intrigues artistiques, politiques ou relationnelles de façon à tenir Soulja Slim négligemment par les couilles… Un peu comme le fit Villa quand il agrippa celles de Reza, son ami payé pour le trahir qu’il tua à Chihuahua avant de s’enfuir.
5/ Comme Villa, Slim avait le don d’exprimer à la perfection ce que ressentait son quartier, sa ville, ses ouailles, et si quelque part, le combat était plus féroce qu’ailleurs, rien ne leur convenait mieux que de naviguer à l’instinct plutôt que de se saturer de théories militaires apprises dans les manuels. C’est au cours de ces errances clandestines que Soulja Slim a appris l’art de la guerre, et que Pancho Villa devint l’un des hommes forts de l’armée aux ordres de Madero.
6/ Pour se faire une réputation dans son quartier où régnaient des gangs réputés dangereux (cf. Dooney Boyz (DBz), Byrd Gang et Hot Boys) Slim volait impunément les dealers de drogues, pendant la nuit, une activité qui lui a valu de réchapper plusieurs fois à la mort. Selon Pancho Villa, il a lui-même débuté sa carrière de hors-la-loi en tuant un notable du gouvernement qui avait violé sa sœur, avant de s’enfuir dans les montagnes. Il venait d’avoir tout juste 14 ans.
7/ En 1912, la captivité et la cour martiale promises par le général Huerta à Villa pour insubordination n’empêchera pas ce dernier de s’évader de prison et de revenir triomphalement à Juarez à la tête d’une junte de 4000 membres. En 1998, la politique de la terre brulée que Master P a décidé d’instaurer à l’intérieur de son label décime ses propres partisans du combat rap, mais ne peut en aucun cas écarter Slim du game. Celui-ci va resurgir tel un feu-follet du bayou, et repartir à la conquête de ses louables ambitions avec deux fidèles compagnons, un Hummer d’appoint, deux livres de dope et un Glock pour la sécurité.
8/ Le fait de réchapper plusieurs fois de justesse à la mort et d’être constamment traqués par les Fédéraux faisait parti de leur karma commun.Cela n’a jamais empêché Villa et Slim de livrer des attaques ponctuelles et de remporter des victoires locales.
9/ A l’instar des péons chez qui il n’était pas rare voire même courant d’avoir plusieurs compagnes, Slim a multiplié les conquêtes, dont certaines lui ont porté préjudice -notamment à la fin. Pancho Villa, lui, avait deux épouses, une femme simple qui l’accompagnera pendant toutes ses années de vie hors-la-loi, et une autre, jeune, mince et souple comme un chat des rues de Chihuahua, surement pour le sexe.
10/ Vu que ceux qui possédaient l’argent et les billets mexicains les enterraient, Villa décida de faire tourner la planche à billet et imprima 2 millions de pesos de fausse monnaie, inondant El Paso de papiers barrés du nom de Villa dans la longueur. Slim, de son côté, enregistra Give It ‘Em Raw, un album qui se vendit à 82000 copies la première semaine.Vu que l’argent perçu lui servait uniquement à payer la weed, les cigarettes et la gamelle lors de ses fréquentes incarcérations, à sa sortie il écrivit et enregistra ‘Slow Motion’ qui se classa n°1 au Billboard Hot 100 en 2003. Ce faisant, la Bank of America fit imprimer quelques planches de cette fausse monnaie sonnante et trébuchante que Slim emportera avec lui dans son cercueil.
11/ Comme l’a été Villa le 20 juillet 1923 à Parral, Slim fut assassiné de plusieurs balles le 26 novembre 2003 à la Nouvelle-Orléans. Soulja Slim a été enterré en grande pompe avec ses bijoux, ses Reebok ainsi que les vêtements de camouflage en cuir qu’il portait sur la couverture Give it 2 ‘Em Raw … Alors que, noir comme de la poudre à canon, le corbillard de la riche épouse de Pedro Alvarado Torres, à la fois magnat de l’exploitation minière, philanthrope et fidèle admirateur de Pancho Villa, fut utilisé pour l’enterrement de ce dernier à Parral.
« C’est un beau métier que tu fais, j’aurais aimé être journaliste. Quand j’étais petit, je disais toujours que je voulais être journaliste ou écrivain. Dans ma famille, je suis un peu l’artiste fou, celui qui passe son temps à écrire. Avec le rap, je suis resté dans le domaine de l’écriture. »
Il parait que Joe est un mec difficile à capter. Un texto, deux coups de téléphone, et 24h plus tard, j’étais assis en face de lui, dans un café du 18ème arrondissement parisien. Aussi loquace que sur disque, il revient sur le meilleur projet rap français de ce début d’année, No Name. L’occasion d’évoquer également ses prochains projets, ses amitiés dans le rap, son rapport à l’écriture, et ses aspirations futures.
Genono : Déjà, est-ce que t’es satisfait des premier retours sur No Name ?
Joe Lucazz : Pour l’instant, ouai … je suis même agréablement surpris ! C’est mon premier véritable projet solo, alors que ça fait bientôt vingt ans que je fais cette merde. Et j’ai commencé en solo, dans ma salle de bain, donc c’est un peu un retour aux sources. Ca me fait kiffer, y’a des propositions à droite, à gauche, des demandes de featurings, plein de bons retours de la part de la presse grand public comme de la presse spécialisée, les radios qui commencent à jouer le jeu … C’est super cool. Après, faut jamais être satisfait, parce que c’est que le premier pas.
Genono : On t’a pas vu -dans le monde de la musique, en tout cas- pendant pas mal de temps, là c’est un vrai retour, tu comptes enchainer ?
Joe : Voila, c’est exactement ce que je voulais exprimer, tu m’enlèves les mots de la bouche. C’est bien, je suis satisfait parce qu’il y a des bons retours, mais maintenant je veux augmenter le level. C’est ça que je trouve chanmé : maintenant que j’ai mis le premier pied en avant, je suis obligé de monter la barre. Je sais que j’ai encore rien lâché, c’était juste de la frustration à sortir. Maintenant que j’ai lâché ça, c’est bon, on peut envoyer les choses.
Genono : No Name, on n’a pas trop su si c’était un album, mini-album, projet indéfini , EP …
Joe : Alors, je t’explique l’histoire. Ca fait un an que j’étais en train de taffer l’album. C’est la première fois que je me retrouvais à enregistrer seul, en pouvant prendre tout mon temps, sans aucune pression … C’est vraiment mon truc à moi. Je prenais mon temps, je me faisais plaisir. Je retrouvais un peu les sensations de mes débuts, à une époque où, tant que t’étais pas prêt, tu n’osais même pas dire que t’étais rappeur. T’as un texte que tu connais par cœur, mais tu vois le niveau des gens à côté, tu te dis « nan, je suis pas prêt ». J’étais donc un peu dans ces conditions. J’ai enregistré pas mal de morceaux, et je sentais quand même une certaine attente. Alors on s’est dit qu’il fallait en balancer quelques-uns, dans un certain format. Après, je sais pas, aujourd’hui, entre EP, LP, album, mini-album, street-album … y’a trop de trucs, j’en sais rien. Je pourrais dire que c’est mon album, mais non, puisque je suis en train de le taffer, le vrai album. J’ai juste enlevé quelques pièces du vrai album pour les mettre sur No Name. Tant que ça reste cohérent … de toute façon, ça ressemble à du Joe. Mais l’album va ressembler à ça, en mieux, si Dieu le veut.
Du coup, on en arrive au blaze. Comme je savais pas trop comment le définir –album, pré-album, mini-album-, j’avais pas non plus de nom. D’ailleurs, je pense que si vraiment je devais le définir, je dirais que c’est un album avant l’album.
Genono : Un peu comme Salif quand il a fait Boulogne Boy ?
Joe : Ouai, c’est un bon exemple. Juste histoire de dire que je suis toujours là, et que les choses arrivent. « Excusez-moi pour cette longue attente, je vous offre ça ». Et donc, voila pourquoi « No Name ». J’allais pas inventer un nom super recherché, un concept, ou un gimmick de fou juste pour en faire un titre … Je pourrais inventer une tchatche, je suis rappeur, c’est facile de mentir. Mais la vérité, c’est que je savais même pas sous quelle forme présenter ce projet. Si j’étais un cainri, je l’aurais appelé « Untitled ».
Genono : Est-ce que t’es capable de définir ton style ?
Joe : Maintenant j’y arrive, parce que je m’assume plus. Je sais où je vais, je sais qui je suis. Mon style, c’est très influencé soul, jazz, parce que c’est ce qui me fait vibrer, et pas seulement dans le rap. Après, j’aime de tout, je suis assez bon public. J’aime la variét’, le reggae, le blues … J’aime la musique classique, même si je suis pas du tout pointu dans ce domaine, y’a des trucs qui me parlent. Après, dans le rap, mon style est influencé par New-York, forcément. Le New-York des nineties. Mais je veux pas rentrer dans la polémique du « le rap c’était mieux avant », c’est juste que mon influence est celle-là. C’était pas mieux ou moins bien avant, c’est pas la question. C’est juste que ça me parle plus. Chicago, Atlanta, pour parler du rap d’aujourd’hui, c’est pas tellement mon délire. Et pour finir, mon style, c’est l’importance donnée à l’écriture. J’aime les gens qui écrivent, que ce soit dans le rap français ou dans la chanson française.
Genono : Justement, tu dis « J’suis Le Rat Luciano, j’suis Flynt, et j’suis Bors ». Pour toi, ces trois là, c’est le haut du panier, en France ?
Joe : On va les prendre dans l’ordre. Le Rat Luciano et Flynt, j’ai eu la chance de les connaitre et les côtoyer, et même de faire des morceaux avec eux. Et ce qu’ils disent, ce qu’ils racontent, ça me parle. Bon, pour Flynt, on se connait depuis plus de dix ans, je suis fier de son parcours. Lui et moi, on a commencé, on n’avait jamais rien enregistré. Aucune apparition, rien. Concernant Le Rat Luciano … pour moi, c’est le meilleur rappeur français. Il arrive à parler de trucs sincères, sans la moindre insulte, et en restant très rue. Il arrive à mettre de l’émotion dans ses lyrics, à super bien interpréter, il a une plume de malade … j’attends son retour comme un dingue ! Et Lino …j’ai toujours kiffé, au même titre que Lunatic, que les X-Men. T’écoutes un texte de Lino, tu te manges tellement d’informations dans la tête. Je suis super content qu’il soit revenu, parce que c’est des mecs comme lui qui font qu’aujourd’hui, les gens qui écoutent du rap se disent que c’est pas juste une musique pour faire les singes en boite et danser.
Donc ces trois là, je considère que c’est des super belles plumes. Et ce que j’aime, c’est qu’ils n’en jouent pas, ils font ça de manière très naturelle. Flynt, son rap lui ressemble. Luch’, c’est l’exemple-type. Quand j’ai pas de news de lui, j’écoute un de ses morceaux. Dans son rap, tu retrouves tout ce qu’il est.
Genono : Sur No Name, les seuls invités sont Cross et Express Bavon. C’est une volonté de faire un projet où tu es vraiment au centre, et où tu es le seul à être mis en avant ?
Joe : A la base, je voulais aucun invité. Je voulais donner que du Joe, parce que j’ai jamais sorti de long format solo. Je partais donc sur un dix titres 100% solo. Et puis après, je me suis dit « c’est con, mon négro Cross … allez, on va kicker un ou deux morceaux ». Ensuite, sur Corner, je voyais bien un refrain chanté. J’ai d’abord pensé à mettre une nana, mais je suis très difficile, j’aime bien les vraies belles voix. Trouver la bonne voie, c’est un vrai bourbier ! C’est vrai aussi que j’aurais pu le faire moi-même, mais le vocoder … nan, c’est interdit, je peux pas. Alors j’ai pensé à Express Bavon, qui est un pote à moi, et que je trouve très bon.
A l’avenir, y’a des collaborations qui vont arriver, d’ailleurs certaines sont déjà prêtes. Ce sera sur les prochains projets. J’aurais pu appeler du monde, de toute façon, ceux que j’aime bien, je les connais déjà. Si je les avais appelé, ils seraient venus, je pense. Mais c’est vraiment un choix. Là, comme y’avait une petite attente, je voulais vraiment donner que du Joe.
Genono : Cross, il continue le rap de son côté, ou il s’est motivé uniquement parce que tu l’as appelé ?
Joe : Il avait mis ça de côté, un peu comme comme moi. Et le fait que je me remette dedans, et qu’il y ait de bons retours, je pense que ça l’a un peu remotivé. On a enregistré quelques trucs … wow ! Ah ouai, t’es encore là, négro !
Genono : T’as fait un son avec Alkpote l’année dernière, Hors-jeu, où t’adoptes un flow super saccadé à la Migos. C’était une envie de ta part, ou c’est Alk qui te l’a demandé ?
Joe : Moi, les Migos, et toute la scène d’Atlanta, Chicago, etc, c’est vraiment pas ma came. Quand ça passe en soirée, je suis comme tout le monde, je lève les bras et je danse, mais ça s’arrête là. Pour ce titre, on s’est retrouvé en studio avec Alk, il venait de terminer sa séance, c’était mon tour … Alk, c’est un frangin, on se connait depuis belle lurette, et on a déjà collaboré plusieurs fois ensemble. Y’a un respect mutuel entre nous. Et effectivement, il avait imposé un rythme sur ce titre, avec son flow saccadé, il m’a dit que ce serait bien que j’essaye de suivre ce truc. Pourquoi pas my man, on va voir ce que ça rend ! Mais c’était pour faire comme Alk, pas pour faire comme Migos.
Genono : Le prochain album est déjà enregistré ?
Joe : Nan, j’ai commencé, mais y’a encore du taff. De toute façon, même quand tout est terminé, y’a encore du taff. Mais là, je suis sur la bonne lancée. J’ai pas mal de titres qui sont déjà en boite, je continue à faire des sélections d’instrus … Je suis content, ça a une bonne couleur. Un peu la même couleur que No Name, mais le level d’au-dessus. En tout cas, j’essaye. Les efforts sont faits dans ce sens. Ce sera mon premier vrai album solo. Et dans le courant de l’année, je vais peut-être envoyer un No Name 2.0. J’ai pas mal enregistré ces derniers temps, j’ai des choses en stock.
Genono : T’as une écriture très particulière, est-ce que t’as une méthode ?
Joe : Bah c’est marrant, parce qu’en lisant toutes les chroniques sur l’album, je m’aperçois que tout le monde dit ça. Mais pour moi c’est vraiment naturel. J’entends le son, et à partir de là, ça se fait tout seul. Soit je vais suivre le beat, soit je vais suivre la boucle, mais c’est le son qui va dicter l’écriture.
Genono : T’écris toujours avec l’instru ?
Joe : Au mieux, oui. Mais si j’ai pas l’instru, j’écris quand même. J’écris tout le temps, avec ou sans le son. C’est très instinctif, je balance mes idées comme elles me viennent, je les couche sur le papier. Après, en fonction du son, t’as toujours des aménagements à faire, pour que ça colle … mais y’a pas de calcul. Je kiffe écrire autant que rapper, et j’aime le contact de la feuille et du papier. Je peux pas écrire sur un portable, par exemple, j’ai besoin de voir mes ratures, mes corrections.
Genono : Tu pourrais écrire autre chose que du rap ? Roman, scénario, autobiographie …
Joe : Bien sûr, j’adore l’écriture … je bosse sur un scénario en ce moment. J’adore écrire ! Enfin, il ne faut adorer que Dieu donc … disons que j’aime énormément écrire. Au moins autant que rapper. Je pourrais écrire pour des gens, c’est mon kiff. Je me verrais bien écrire un bouquin, faire plein de scénars de films, des textes pour des chanteurs …
Genono : « Ma scolarité se résume à : bon en français … ». Cet amour de la langue, c’est un truc que t’as depuis tout petit ?
Joe : Je pense, ouai. J’étais bon en rédaction, c’était mon truc. Et même aujourd’hui, j’aime la grammaire, j’aime l’orthographe … C’est quelque chose qu’il faut respecter. Les « tkt », « mdr », « lol », c’est pas mon truc. Peut-être que je suis pas assez entré dans le XXIème siècle.
Genono : D’ailleurs t’es pas trop sur les réseaux sociaux, je crois que t’as juste un compte facebook, mais t’es pas sur twitter, instagram …
Joe : Nan, j’ai que facebook. Mais peut-être que twitter, je vais m’y mettre. C’est un bon outil de communication.
Genono : Niveau marketing et mise en avant de tes sorties, ça peut aider.
Joe : Voila, je pense m’y mettre dans peu de temps. On me le conseille, et c’est des bonnes personnes qui m’en parlent, donc pourquoi pas. Après, Snapchat, etc, je peux pas. C’est trop ! Tu passes ta vie sur ton téléphone. Les trucs, c’est devenu des ordinateurs. Et si ça avait pas ce format qui rentre dans la poche, on se baladerait tous avec notre ordinateur. On serait tous dans le métro, à la cantine, dans la rue, avec un gros IBM entre les mains.
Genono : No Name n’est pas sorti en physique. C’est un choix pour éviter des démarches qui auraient retardé la date de sortie ?
Joe : Bah déjà, c’est pas moi qui ait eu la décision finale là-dessus. Mais bon … No Name, c’est presque un tour de chauffe. « Tenez, je vous le donne, prenez-ça ». C’était pas dans le but d’attraper du monde. Sinon, j’aurais fait des sons dans la tendance actuelle, des featurings avec des gens du moment. J’ai fait le truc que j’aimais faire, et je voulais faire plaisir à mes gens. L’idée n’était pas de ramener un nouveau public. Donc oui, on est en train de voir si on va pouvoir mettre en bacs une version physique. Mais au moins, le produit est sorti, et les gens ont pu l’écouter. C’est l’essentiel.
Genono : Le reproche qu’il y a eu, c’est ce mix pas tout à fait parfait.
Joe : Quand t’es rappeur, t’es là, tu fais ton morceau, tu l’écoutes, le réécoutes, le ré-réécoutes. Ensuite, tu fais le mix, donc tu vas le réentendre des dizaines de fois. Ensuite, tu fais le mastering … à la fin, t’es limite écœuré de tes morceaux. Du coup, pour le mix, sur le coup je le trouvais bon, et je trouve toujours bon. C’est un truc que j’ai validé sur le moment, je peux pas dire maintenant que le mec qui a mixé a fait du mauvais boulot. A partir du moment où j’ai validé, c’est ma responsabilité. Donc oui, on aurait peut-être pu faire différemment … Certains morceaux rendent mieux que d’autres, je suis pas fou. J’ai réécouté, ouai, ça aurait pu être taffé différemment. Ce qui joue aussi, c’est que sur certains morceaux, les beatmakers étaient présents, et sur d’autres non. C’est une manière de travailler qui est différente.
Genono : A propos de beatmakers, t’as deux prods de Butter Bullets sur No Name (Gatsby et Pharell), et tu avais déjà collaboré avec eux sur leur album Peplum, en 2012. Comment s’est faite la rencontre ? Parce que vous avez des univers qu’on n’associerait pas forcément naturellement.
Joe : Avant même la musique, Sidisid et moi on a des amis en commun, on traine dans les mêmes endroits. Ils taffent aussi beaucoup avec Alk, ou avec DJ Weedim, qui est un très bon gars, qui fait des bêtes de prods … donc on est souvent amené à se croiser. Ce mec, c’est une belle rencontre, qui s’est faite très naturellement. On a trainé ensemble, ridé ensemble … Mais le truc que j’aime chez Sidisid, c’est qu’on a des choses en commun en dehors du rap. Donc finalement, quand tu me dis qu’on ne nous associe pas naturellement. Musicalement, c’est peut-être pas proche, mais on a tellement d’amis en commun, et de meufs en commun.
Butter Bullets, en termes de prods, ça me rappelle un peu le délire d’Alchemist. Après, quand Sid rappe, c’est un autre délire. Mais j’aime comment il écrit, j’aime son univers.
Genono : Du coup, pour ses prods sur No Name, c’est même pas une démarche de ta part d’aller les chercher, ça se fait vraiment naturellement.
Joe : Voila, je me rappelle même plus si c’est moi qui lui demande, ou c’est lui qui me propose … ça se fait tellement naturellement ! Je suis pas trop dans les mathématiques, ça reste de la musique. Il faut une part de vrai, s’il y a trop de calcul, ça perd tout son sens. On se fait plaisir.
Genono : Vous allez continuer de collaborer ensemble ?
Joe : Bien sûr !
Genono : Uniquement sur les prods, ou y’aura encore des feats ?
Joe : Les deux, on va faire du feat, je sais pas si ça sera sur son projet ou le mien … Pour les prods, y’en aura forcément des siennes sur mon album, mais pour la majorité, ça restera Pandemik Muzik parce que … comme disent les cainris, « my brother from another mother ».
Genono : « Derrière chaque grand homme, y’a toujours une femme » … est-ce que tu es une Femen qui s’ignore ?
Joe : (rires) Attention, je pourrais le prendre mal ! « Derrière chaque grand homme, y’a toujours une femme », c’est la vérité, non ? Même s’il peut m’arriver de les traiter de pétasses, de putes, de tchoin, de cougars … je les aime, les femmes ! Et puis, j’ai pas mal de sœurs, je suis forcé de les respecter. Ce que je veux dire, c’est qu’on peut réussir ou chuter, mais si t’as une vraie femme avec toi, une femme qui te supporte, tu peux aller beaucoup plus loin. Chaque personne a son histoire, certains avancent mieux tous seuls, mais une femme, ça crée un équilibre, ça t’aide à moins te disperser et à rester focus. Parce qu’on est humains ! Un cul qui passe, un clin d’œil, hop, t’oublies tes objectifs.
Genono : Tu fais quelques références à la religion dans tes textes, mais c’est très parsemé, tu ne développes jamais vraiment. C’est quoi ton rapport à la religion ?
Joe : Ce que je fais, ça reste de la musique. Après, y’en a qui en vivent, mais dans ce cas, c’est plus de la musique, ça devient un game. Moi, la musique, elle m’a rapporté très peu, voire pas du tout. Donc je préfère parler de ce qui me touche personnellement, et de ce qui fait partie de ma vie de tous les jours. Ca ne veut pas dire que la religion n’en fait pas partie. Elle fait partie de moi, tous les jours, je ne peux pas m’en détacher. Je suis musulman, je crois en Dieu, j’espère être guidé à un moment ou à un autre –peut-être que je le suis même en ce moment, je sais pas. Mais en tout cas, si j’en parle peu dans mes textes, c’est que la religion, c’est sérieux. C’est pas sur un son trap que je vais te parler de spiritualité. Après, je pourrais faire un morceau axé sur la religion, mais faudrait qu’il soit beau, parce que la religion est belle. Faut que les gens sachent que la religion, c’est quelque chose de beau. Arrêtez d’être effrayés par les événements. Donc peut-être que sur l’album, y’aura un morceau là-dessus, mais je peux pas faire d’annonces là-dessus, j’en sais rien. Je préfère distiller des petits trucs au milieu de mes morceaux plutôt que d’en faire un gros thème un peu forcé.
Genono : T’as fait une interview y’a quelques jours où tu disais que t’aimais la variété … d’ailleurs, à un moment dans l’ « album » tu cites Benjamin Biolay. Ca te plairait de collaborer avec un artiste de variété ?
Joe : Oh putain, ouai ! Ca m’exciterait beaucoup plus qu’avec quelqu’un du rap. Dans le rap, j’aime Flynt, Lino, Le Rat, Metek, Eloquence, S-pri Noir, Alpha Wann … donc travailler avec eux, ouai, mais travailler avec des gens de la variet, ça serait encore mieux. Pas forcément faire une collaboration rap-variet … mais si Biolay me faisait un son, ce serait magnifique. Si Pauline Croze me fait un petit refrain guitare-voix, pareil. Kavinsky, sa musique, son univers, ça me parle. Tellier, c’est la même chose, ça me parle énormément. Qui d’autre … Thomas Fersen, j’aime beaucoup. J’aime la chanson française, tout simplement.
Genono ; Tu dis que ça serait pas forcément une collaboration rap-variet, mais alors ça se présenterait comment ? Tu chanterais ?
Joe : Non, moi je ferais my shit, comme d’hab. Mais une vraie collaboration, c’est plus que « je fais mes couplets, tu viens, tu fais ton refrain, et on met ça dans la boite ». Je parle de travailler le morceau ensemble du début à la fin, de se nourrir de nos idées, de tout penser à deux.
Genono : On arrive à la fin de l’interview, je te laisse le mot de la fin.
Joe : Si Dieu le permet, 2015, c’est pour Joe. Si je suis toujours en vie, c’est mon année. On m’a reproché de ne pas assez donner d’image, bah les clips arrivent. Les projets sont déjà dans les machines, y’a pas de raison que ça n’avance pas. Je me sens prêt à offrir ce que j’ai aux gens.
Toujours sur ce concept pompé au Blavog, lui même pompé aux cainris, que j’ai déjà appliqué à Oz. Un concept extrêmement poussé et complexe, qui consiste à trouver des comparaisons foireuses entre les personnages d’une série et les principaux acteurs du rap-jeu français. Aujourd’hui : Gomorra.
On a tous aimé cette première saison de Gomorra. Des personnages super bien foutus et suffisamment complexes, de la trahison, des morts (beaucoup), du suspense, bref, tous les ingrédients d’une bonne série. Conséquence logique, une saison 2 a été commandée, et est déjà en cours de production. Le monde découvre donc que l’Italie sait produire d’excellentes séries, et dans le même genre, je ne peux que vous conseiller d’aller jeter un oeil à Il Capo dei Capi(pour rester dans l’univers mafieux), à Romanzo Criminale, ou à Crimini. Par ailleurs, l’Italie livrera dans les mois à venir deux autres séries très prometteuses : 1992, série politico-policière, et, surtout, Diabolik, basée sur l’histoire du célèbre Don Ciccio, Matteo Messina Denaro.
ATTENTION : Avant d’aller plus loin, assurez-vous d’avoir maté l’intégralité des épisodes de la première saison, car cet article est rempli de spoilers.
Danielino – Zifou
Un petit gars pas méchant mais un peu naïf, qui s’est vu promettre plein de belles choses et s’est pris au jeu, rêvant de côtoyer les pontes du game et de devenir riche … mais qui s’est fait complètement baiser par le système, qui l’a utilisé et pressé au maximum avant de le jeter comme une petite merde. Devenu embarrassant pour tout le monde, il finit sur le carreau.
Manu, la petite meuf de Daniellino – La Bambina
Une enfant qui n’a rien demandé et qui finit insultée, rouée de coups et carbonisée par un mec sans coeur.
Donna Imma – Diams
Une petite meuf qui paye pas de mine à la base, et qui semble juste être là pour kiffer la vibe avec son mec. Puis quand les choses deviennent sérieuses, on se rend vite compte qu’elle n’est pas d’humeur à ce qu’on lui prenne la tête, et elle prouve à tout le monde que dans ce milieu d’hommes, la meilleure meneuse de business, c’est elle. Impliquée dans le social, elle met également en place des deals assez incroyables, et fortifie la main-mise de sa famille. Le succès finit par se retourner contre elle.
Attilio – Fabe
Un mec qu’on pensait voir vieillir, prendre du poids, et devenir important dans le jeu, mais qui s’est arrêté plus tôt que prévu. Ciro le considère comme un exemple et prend le même chemin que lui.
Salvatore Conte – Hype
Un mec qui te parle de religion et de foi la moitié du temps, mais n’hésitera pas à te casser la mâchoire et te pisser dessus si tu fais un peu trop le malin.
Michele Casillo – Orelsan
A la base, on se dit que c’est juste un branleur sans ambitions qui aime trainer en boite de nuits. C’était donc pas gagné pour lui au départ, mais à force de persévérance, il atteint de grands objectifs, ferme pas mal de bouches, et peut même se permettre de faire croquer ses potes.
Ciro quand il boit de la pisse – Les ratpi de Booba
Parce qu’avec un peu de bonne volonté, on peut se convaincre que la pisse du boss est meilleure que le Moët le plus raffiné. Bon, il reste un arrière-gout un peu dégueulasse, et niveau haleine ça laisse un peu à désirer, mais quand t’es un soldat, tu t’exécutes et tu la fermes.
Ciro quand il est largué au milieu de la Méditerranée par Salvatore Conte – Disiz
Et tu nages, et tu nages, et tu nages, et t’en vois pas le bout.
Ciro quand il kidnappe la petite meuf de Danielino – La Fouine
« Allez, petite, monte dans la voiture, on va faire un tour tous les deux. Skuuuurt »
Ciro après la mort de Donna Imma – Pierre Bellanger quand il flagelle une mineure
Ce même regard sadique et machiavélique.
Malammore – Djé
Un mec qui se contente d’apparitions épisodiques mais qui reste fidèle à son patron du début (et même avant) à la fin (et même après).
Bolletta – Dam16
Un bon gars respecté par tout le monde, qui n’a jamais trahi personne, mais qui se retrouve dans le collimateur du boss sans trop qu’on sache pourquoi. L’embrouille entre les deux coïncide d’ailleurs indirectement avec la chute de ce même boss. Le karma, frère.
O Pescivendolo – Le Rat Luciano
Un ancien chahuté par les jeunes, qui se laisse un peu bousculer, mais quand même capable de t’allumer ta mère si tu vas trop loin.
Au début, tout le monde se fout de sa gueule : c’est juste un petit branleur avec un peu trop de ventre et des survets has-been. Mais quand le business devient sérieux, ce petit con met tout le monde à l’amende. Mettant de côté le circuit classique, il établit une connexion directe entre fournisseur et consommateur. Forcément, grâce à lui, son clan s’en met plein les fouilles. Il traine derrière toute une bande de petits gremlins prêts à bouffer le monde.
Le docteur – Rockin Squat
Les petits vieux lui sont fidèles, et même s’il a perdu de son influence d’il y a vingt ans, il a toujours son petit mot à dire. Il aurait pu monter quelques échelons de plus s’il avait consenti à rallier la cause de plus gros que lui, mais il a fait de son indépendance sa raison de lutter. Forcément, à la fin, il se fait prendre pour un con par la jeunesse, qui lui crache à la gueule (ou à celle de sa fille, littéralement, dans le cas du docteur).
Noemi – Shay
Elle aime les bijoux qui brillent, les voitures qui en ont sous le capot, et les hommes qui en ont dans le pantalon. Ce chien lui a dit qu’il l’aimait trop, il voulait son cœur, elle voulait sa maille.
Franco Musi – Doc Gynéco
Un mec qui avait tout pour lui, qui aurait pu finir très haut, mais qui s’est associé aux mauvaises personnes, s’est fait racketter, a tenté le tout pour le tout, et a fini par se faire prendre à son propre jeu.
Un taulier qui a passé tellement de temps loin du jeu qu’on a finit par se demander s’il allait revenir un jour. Et au moment où on l’attendait le moins, le voila prêt à reprendre sa place. On pourrait le croire un peu puriste, avec ses méthodes héritées de l’ancienne école, mais le boug est juste quelqu’un de loyal, qui a une confiance illimitée envers ses fidèles. Et une fois qu’il est enfin dehors, une seule constatation s’impose : c’est bien lui le plus fort.
Tu veux du rap hardcore ? Des instrus avec des grosses basses ? Des Renois tah le clip ? Des meufs (très) légèrement vêtues et une technique d’écriture proche du zéro ? Non, je ne parle ni de Kaaris, ni de Riff Raff, mais ce des nouveaux MC’s Blancs.
Depuis quelques années, de rappeurs, chanteurs, beatmakers et artistes en tout genre ont décidé d’explorer un tout nouveau genre. Un style musical à mi-chemin entre le cloud rap et l’ambient, le tout saupoudré d’une ambiance wavy. Le résultat n’est pas si mal, puisqu’il a permis à des gars tels que Bobby Raps, Bones, BSBD, Da$h, Dylan Ross, Lil Ugly Mane (Shawn Kemp, son blaze en tant que beatmaker), Mike Dece, Rvmirxz, Pouya, $uicideboy$, Yung Gud et Yung Lean de se mettre en avant (et de pouvoir enfin grailler autre chose que du carton chaque soir). Ce n’est pas un luxe quand on sait que, jusqu’ici, ces types-là mangeaient difficilement.
Bref, voici une sélection de quelques morceaux qui ont attiré mon attention. Les sales puristes ne sauront plus sur quel pied danser…