Atlanta continue sa route dans la course de la ville la plus prolifique de ce rap jeu. Qu’on aime ou pas le son de Géorgie, force est de reconnaître que l’effervescence perpétuelle de cette scène est fascinante. Il y a toujours des nouvelles modes, des nouvelles prods, des nouveaux flow, des nouveaux rookies. ATL bouillonne comme de la coke au bain-marie et c’est tout benef’ pour les amateurs de bonne musique que nous sommes.
Il y a à peine un an, je présume que très peu d’entre vous avaient déjà entendu des noms comme Migos, Young Scooter, Young Thug ou Peewee Longway. Toute cette joyeuse marmaille est en fait plus ou moins les derniers rejetons de la grande famille Bricksquad. Sorte de clan Corleone aux multiples entités, mais avec des dreads et de l’herbe dans les poumons.
Le tragique et définitif divorce entre les clans Ice Cream Cone et Waka Floqué n’ont heureusement pas eu trop d’influence sur les sorties, ni sur la qualité des différents projets des membres les plus éminents … ouf. Gucci et Waka devront se disputer la garde de Wooh Da Kid et consorts, mais quoi qu’il arrive, il y aura toujours des choses à se mettre dans les oreilles. Gucci étant d’ailleurs réputé comme étant un scout redoutable dans le sud : Waka, Scooter, Future, Zaythoven sont autant de noms que Gucci a plus ou moins poussé dans le grand bain, avec un sans faute à chaque fois. Les deux prochains de la liste sont Peewee Longway et Young Thug…
Si je devais vous expliquer qui est Young Thug, ou ce qu’est Young Thug en moins d’une minute, je vous dirais que c’est un genre de clone dégénéré de Future qui a trempé dans l’acide trop longtemps, comme Double-face. Sauf que lui, en plus de lui avoir grillé les neurones, ses cordes vocales ont aussi des grosses séquelles, ce que vous remarquerez à la première écoute. Sa voix si particulière fait que même sans connaître sa musique sur le bout des doigts on le reconnait parmi 1000. D’ailleurs, sa voix a une autre particularité : elle semble camoufler un léger accent qui à mon avis prend racine beaucoup plus bas que l’État de Géorgie. Ça ne m’étonnerait pas qu’il soit originaire d’un pays des caraïbes, d’après mes informateurs secrets, il serait originaire Haïtienne. L’intéressé explique que son « slang » est dut aux nombreuses femelles de différentes espèces qu’il a fréquenté… En tendant bien l’oreille d’ailleurs, dans son flow, son attitude et sa diction, on reconnaît des similitudes avec la musique jamaïcaine moderne, celle qui se rapproche le plus du rap. Sizzla et Capleton ne font pas partie de le même école que Vybz Kartel, pour vous donner une idée.
Refermons cette parenthèse culturelle et revenons-en aux faits. Le jeune natif de Jonesboro zone 3 a donc tout un arsenal d’armes blanches quand il rentre dans la cabine pour enregistrer. Il peut et sait quasiment tout faire. Le génial Loaded avec Peewee Longway (son alter-ego), Danny Glover extrait de la mixtape de Southside et TM88 (ces deux là ne font pas que boire du thé non plus au passage) : un mélange de nonchalance et une voix aiguë plaintive, presque comme des gémissements. Young pue la rue par tous les pores de sa peau, et en même temps on a l’impression que sa musique vient d’une autre planète. L’effet produit est un peu le même que celui quand on écoutait Future la première fois. Je me demandais qui était ce gars qui chantait sur ces refrains (seul Z-Ro avait ce privilège) fan de Jimmy Hendrix et qui ne jurait que par l’immensité de l’espace et le sirop pour la toux. Young Thug est un autre genre d’ovni mais tout aussi fascinant à écouter. Ça part vraiment dans tous les sens, des cris, des bruits on ne sait même plus vraiment : on frôle le génie et la folie pure at the same damn time. Il n’est définitivement pas tout seul dans sa tête. On sent que le bonhomme ne maîtrise pas tout ce qu’il dit ni ce qu’il fait, et je le soupçonne de prendre autant de drogue que Gunplay dans sa grande époque -des quantité astronomiques-. J’avais déjà évoqué le côté tribal voodoo de Chief Keef avec des titres comme Go To Jail : Thug, véritable tête de crackhead, boxe un peu dans la même catégorie.
Sans prendre le moindre risque on pourrait dire que Young Thug ne percera probablement jamais à grande échelle comme un Rick Ross ou Jay-Z , mais il est fort probable que son infini potentiel soit un jour exploité et maitrisé au mieux et que cela lui rapporte une grande quantité de benjamins franklin. Young Thug risque de tous nous péter à la gueule dans les prochains mois, et internet l’attend avec impatience. Rattrapez votre retard car c’est pour très bientôt. Prions pour que la sainte mère du Trap continue à mettre au monde des mutants aussi fascinants et atypiques, par amour pour la science et la bonne musique.
Je vous conseille l’écoute de sa dernière mixtape en date, 1017 Thug. Pour le reste, j’ai cuisiné un court mix d’inédits récents. Disponible en streaming sur soundcloud ou en téléchargement, directement prêt pour vos iTunes. L’artwork est fait pas le Garçon Emeraude Holos Graphein , as usual.
Kevin Gates est décidément bon partout ou il passe. Ce petit gravi les échelons rapidement, interdiction de s’endormir dessus. On aura surement l’occasion d’en reparler plus longuement …
En vérité y’a que 4 avis, mais comme la rubrique s’appelle « 5 avis sur », il faut lire cet article en imaginant un cinquième avis-fantôme qui est caché entre les lignes de cette page. Lire la suite « 5 avis sur l’album des Casseurs Flowteurs »→
Koh-Lantwitch, c’est la contraction de Koh-Lanta, et de Blair Witch. Un jeu de mots de grande qualité, comme seul ton webzine préféré sait en faire. Tu trouves cette intro rincée ? Alors ne lis pas la suite, car elle est du même acabit.Lire la suite « Siberia : Koh-Lantwitch »→
People ain’t been educated on fightin’ back unless it’s some street shit, like fighting your neighbors or beating up… fighting your family members, killing your best friend. And nobody like… fightin’ the government, the city. “What you mean, fight the city? You mean like… Houston against me?” – Willie D / Geto Boys
1/ « Mind Playin Tricks On Me » par Geto Boys
Titre emblématique des Geto Boys paru chez Rap-A-Lot (1991). A cet instant le rap est une affaire strictement new yorkaise. Les Geto Boys ont compris qu’il leur faut frapper fort pour se faire entendre au beau milieu de cette déferlante nordiste. Surfant sur le concept de l’errance mentale d’un déséquilibré déjà entrevu dans « Mind Of A Lunatic » les Geto Boys scrutent cet excès de schizophrénie à la loupe et entrent au pied de biche dans l’Histoire !(Depuis, samplé ou bien référencé dans le texte par Prodigy, The Notorious B.I.G, The Insane Clown Posse, The Clipse, The Game, Outkast, Lil’ Wyte etc… le titre a été classé au 45ème rang des « 100 Greatest Songs of Hip Hop ».)
2/ « Pimp Tha Pen » de DJ Screw Feat Lil Keke.
« Just pop in yo grey cassette / Turn up yo fuckin deck / Lend me your ear becuz the southside fina reck. » Lil Keke pousse la ritournelle pendant que le pygmalion du screwmix boulonne et déboulonne les encéphales syrupés. « Time don’t stop when you live by the clock. Seconds are hours, minutes are days. Screw slows them down. Mysterious ways. » explique-t-il au sujet de sa philosophie rap. Alchimie exclusive qui est en train de faire les beaux jours de la cassette grise, support à bande qui anticipe la mixtape et que l’on se passe de main en main, qui voyage de projects en projects, élevant titre après titre DJ Screw au rang d’icône .
3/ « One Day » de U.G.K. (1996)
Particule de l’album Ridin Dirty qui reste la meilleure vente du duo texan (distribué par Jive Records). « One Day » c’est la voix doucereuse de Ronnie Spencer qui survole le refrain et cette façon infiniment sudiste d’énumérer un à un les dangers de la rue et de demander aux parents de rester vigilants … Déontologie proche du « Christian rap » ou « Gospel hip hop » aujourd’hui totalement désuète dans le mainstream.
4/ « Psycho Thug ! » de Ganxsta NIP (1999)
Aucun doute, Ganxsta NIP est le Souverain de l’Horrorcore rap, le Prince du « Psycho sound ». Au tout début, Juicy J l’a admiré et plagié comme personne, aussi 3-6 Mafia lui doit tout ou presque … Présentement, le Raider Klan devrait lui élever une statue ! Après avoir bâti quatre albums essentiels réalisés chez Rap-A-Lot et frôlé le dépôt de bilan le jour où on a trouvé une de ses cassettes dans l’autoradio d’un jeune thug qui vient d’abattre un flic, Ganksta NIP change son pseudo initial en « Ganxsta » et décide voler de ses propres ailes … Non, pas de retournement de veste chez NIP, c’est pas le genre de la maison, il est toujours un résident de ce South Park chaud comme l’Enfer et continue à explorer le concept Psycho qui l’a élevé au rang de Légende texane … Psycho 4 Life 4 NIP !
5/ « Sittin Side Wayz » de Paul Wall Feat. Big Pokey (2005)
Après avoir tenté l’aventure avec son ami d’enfance et compère de Color Changin Click, Chamillionaire, Paul Wall retourne la queue entre les jambes chez Swishahouse et sort son premier projet : The People’s Champ.
En fait, Wall est blanc, porte des grillz et rappe aussi bien sinon mieux que n’importe quel rappeur Noir de H-Town … Jusqu’à « Sittin Side Wayz » les rappeurs blancs sudistes n’étaient pas légion. Nul doute que Paul Wall a décomplexé tous ces gamins à la face de craie qui rêvaient timidement de se confronter aux Ogres couleur corbac du Dirty South … Autant le géorgien Bubba Sparxxx a souffert de son image de redneck mal embouché, autant Wall bénéficie d’une telle aura qu’il va faire sauter les verrous de la chiourme qui maintenait le lobby blanc en détention. Depuis, d’autres ont franchi les barbelés de l’anonymat : Lil Wyte, Yelawolf, Rittz, Riff Raff etc …
6/ « Ridin’ » de Chamillionaire Feat. Krayzie Bone (2006)
1er du Hot 100, 7ème du Hot R&B/Hip Hop Songs, N°2 du Hot Rap Tracks …
Autant dire, un vrai miracle pour Chamillionaire qui pensait pourtant avoir raté le bon wagon en cette fin d’année 2005. En effet, Swishahouse, son label formateur, a explosé à la face du monde et c’est en solitaire que Cham a sorti The Sound Of Revenge comme d’autres sortent leur pitbull pour le faire pisser. Et là, un truc totalement imprévu se passe : « Ridin’ » qui ergote sur le profilage racial et les flics corrompus cartonne, se vendant à coup de millions pour les sonneries de portables. Éclipsant du coup tous les héros de la ville qui avaient fait le buzz l’année précédente — notamment Paul Wall. Une leçon de rap, mais aussi une leçon de vie pour tous ceux qui se pensaient à l’abri dans l’ombre étouffante de leurs prestigieux labels.
7/ « No Help » Trae Feat Z-Ro (2006)
Les parcours de Trae et Z-Ro sont indissociables. A la fois cousins de sang et membres fondateurs de Guerilla Maab et de Assholes By Nature (ABN), les deux mastodontes connaissent mœurs et vicissitudes du jeu local comme le fond de leurs poches. En 2006, ils sont devenus ces héros de la jungle houstonienne, néanmoins dépendants de leurs petits tracas journaliers … C’est à dire se retrouver (enfin) seuls pour fumer quelques têtes bien grasses, compter les biftons et rapper à la vitesse d’une voiture de flic lancée, sirène-gyrophare hurlant, à pleine allure sur la North Sam Houston Tollway …
8/ « Leanin’ » de Slim Thug Feat UGK (2009)
Ici, le Boss of The Bosses pose avec les ol’ tymers libertaires – Bun B et son acolyte Pimp C qui a lâché la rampe en 2007 – Autant dire que cette passation de pouvoir ne se fait pas dans l’acrimonie, dans la nostalgie. Pour l’occase, on a sorti flonflons, cocktail pourpré qui rend pseudo-cool, weed, chromes rutilants et rimes badines … D’ailleurs Slim Thug confirme qu’il appuie sur le champignon car putain d’urgence il y a : « Drank and dro got me floss mode, doin’ 100 on the toll road / Pimp and Bun runnin’ right behind, pieced up with the grill shine. »
De son caveau de Greenlawn Memorial Park, bien qu’embaumé au Banana Split, nasillard, C le Pimp s’autorise une dernière petite saillie : « Smelling like Bar 9 cologne, gotta billion dollars out my microphone / Slab crusha, dome busta / Promethazine mixed with the tussa / We call it banana split, choose a pimp ho I’m legit. »
Quant à Bun B, il nous rappelle qu’il est ce bon vieux gladiateur encore capable de se jeter dans la fosse aux lions … Montrant à ceux qui ferment impunément les yeux que respect et hiérarchie, galvaudés ailleurs, feront toujours partie des fondements du Leanin’ Rap made in Screwston : « You’ll leak coming out the candy, die where you standing simple and plain / I’m a gangsta baby not a baby gangsta, I’m overgrown it’s understood. »
9/ « What I Be On » de Devin The Dude (2010)
Rien depuis ses débuts avec Odd Squad chez Rap-A-Lot [Fadanuf Fa Erybody !! 1994] n’a jamais pu faire dévier Le Dude de son chemin. Évidemment, Le Dude s’est toujours assis sur toutes ces histoires de faux gangsters, préférant s’épancher sur les plaisirs simples de la vie : la fesse, le gorgeon et la weed ! Que dire de plus qui n’a pas été dit concernant cézigue ? Sinon que le génie de Devin « Back Door Man » The Dude réside dans ces bribes de What I Be On « I stay on my Ps and Qs / I stay on my weed and booze … » Flegme absolue, second degré, humour potache, Le Dude enfume tout son monde avec l’élégance, la poésie et l’espièglerie de cet éternel gamin du hood qui a décrété que « rien n’est vraiment sérieux dans ce bas monde » !
On avait pas tous les mêmes avis sur le dernier projet de La Rumeur, alors on a décidé de publier l’avis de tous ceux qui en avaient un. Cinq chroniques pour le prix d’une. Lire la suite « 5 avis sur Les Inédits 2 (La Rumeur) »→
#1 Juillet 2012 : J’étais posé à Englewood avec mon pote Keith Kozart aka Chief Keef et quelques mecs du GBE, on fumait un peu de François Hollande avant de prendre une décision qui mettait nos nerfs à rudes épreuves.
Je vous explique : on était en plein conseil de guerre comme dans Son Of Anarchy pour la simple et bonne raison qu’un rappeur dénommé « Lil Jojo » nous menaçait à travers des vidéos Youtube où de très jeunes afro-américains se mettaient torse nu en exhibant des flingues.
Au début avec le GBE on ne calculait pas trop parce qu’on trouvait ça ridicule, mais quand le groupe à Lil Jojo a commencé à rajouter un « K » à la fin du nom de notre groupe (K signifiant Killer) on a su que la situation pouvait très vite devenir explosive.
Donc on ne savait pas trop quoi faire, on était là, dans le quartier le plus dangereux de Chiraq (Chicago hein), chez la grand-mère à Chief Keef, à discuter autour d’une table ronde tels les chevaliers du Roi Arthur.
Pour l’anecdote, on faisait vraiment tout chez la grand-mère à Chief Keef : nos devoirs maison, des goals à goal, des corps à corps, etc.
On faisait aussi des clips de rap homemade (vous devez notamment connaitre « I don’t Like », un titre où Chief avoue ne pas aimer grand chose).
Bref je reviens à l’anecdote, tout le monde disait qu’on restait là bas parce qu’on avait peur des autres gangs mais la vérité c’est que Chief Keef ne pouvait pas sortir car il était en « résidence surveillée » après avoir été condamné pour « fabrication et vente d’héroïne ».
#2 Donc tous les titulaires de l’équipe étaient là : Miky, Koyo, Popo, Chelmi, Tinky Winky, Lala et j’en passe.
La particularité de notre gang, euh je veux dire notre label était que la plupart des membres avaient des coiffures dégueulasses dures comme du papier crépon.
Et c’est alors que la tension était à son paroxysme que Lil Reese, un cadre du GBE a posé une question pertinente :
– « A votre avis Doggystyle ça passe crème même si la meuf elle est en hess des fesses ? »
Sa fils de puterie avait à peine eu le temps d’éclater que la grand-mère de Chief Keef nous a interrompu en nous demandant si « on voulait des cookies ».. que ca répondait : « Nah ! Nahhh ! » avec la même hargne que la voix off dans « I don’t like » alors que wAllah je voulais grave des cookies.
Pour revenir à Lil Reese c’est le genre de mec qui pose des questions de ouf et après qui s’étonne quand ça lui traite sa mère.
En gros, ce soir là, la réunion n’avait rien donné malgré notre piraterie de haut standing, nous avons pris congé.
#3 Un couple de jours plus tard alors que je dormais jusqu’à 15h comme Kennedy dans « Nique sa mère », je reçu un appel de Chief Keef, il avait une voix MMGiesque :
-« Staaaaaaay schemin’, niggas tryna get at meeeeee ! »..
Dog, je n’avais rien compris mais il fallait que je ride for my niggas.
On s’est rejoint chez lui, Lil Reese était présent aussi.
Apparemment il avait le grand pote de Lil Jojo en ligne, un certain « Ca$h Out ».
Ça rigolait grave fort au bout du fil (Chief avait mis le haut parleur) … un moment on entend : « +1 312-642-6363», Lil Reese demande direct :
-« Chief, ce n’est pas le numéro à ta daronne ça ? ».. . Là on avait deux questions :
1. Pourquoi le groupe à Jojo avait le numéro de la reumé à Chief Keef ?
2. Comment ça se fait que Lil Reese le connaissait aussi ?
Quand Lil Reese a commencé à parler Chinois LV3 en disant qu’il devait aller chez le coiffeur alors qu’il avait le Krilin swagg contre le vilain swagg Shaolin, on a compris qu’il y avait anguille sous roche.
Les mecs au bout du fil ont continué à rire en insinuant que la mère à Chief Keef cette cougar, elle tournait plus que la Bac de Créteil.
Là Chief a fondu en larmes en ouvrant aussi grand sa bouche que Luffy lors de la mort de Portgas Ace et il a dit au téléphone que «des numéros de tasses rien qu’il en ramassait et rien qu’il en jetait», puis il a repris ses esprits en terminant l’appel par :
– « Qui que vous soyez, je vous traquerai, je vous retrouverai … et je vous tuerai ».
Ca$hOut enfin a raccroché après avoir dit :
-« Bon chance ».. Le « Bon chance » s’explique par le fait que Ca$hOut était déscolarisé depuis 2004 et qu’il avait du mal à accorder les articles.
La situation était tendue quant aux agissements de sa mère et Chief Keef voulait en avoir le cœur net.
#4 J’ai accompagné en voiture Chief dans l’immeuble où réside sa mère.
Il m’a dit de l’attendre sur le parking mais je l’ai suivi discrètement avec la même agilité que dans Tenchu.
La daronne à Chief Keef elle correspondait parfaitement à la description que 50 Cent faisait de sa mère avant qu’elle ne soit assassinée, c’est à dire une crackman.
Ils ont discuté sur le palier, elle ne voulait pas laisser rentrer Chief Keef parce qu’elle avait de la compagnie à l’intérieur … j’ai même cru voir Rico Strong mais peut être n’était-ce qu’une simple impression.
Ils ont commencé à parler en mode soap-opéra zehma les feux de l’amour, Chief Keef a demandé :
-« Je vais te poser la question qu’une seule fois, as-tu oui ou non eu des rapports sexuels avec les membres du groupe de Jojo ? ».
Quand elle a répondu que sa vie privée ne concernait qu’elle, j’ai compris qu’elle avait merdé … Chief Keef a levé la tête vers le ciel en quête de rédemption.
Un peu plus tard Chief Keef m’a rejoint dans la voiture l’air de rien en agitant ses gros cheveux crépus, il ressemblait à un Mystherbe.
Il m’a expliqué que « sa mère dormait » et qu’il espérait qu’elle avait « bien éteint le gaz » car son appart sentait le propane … il a aussi ajouté que « Rico Strong allait manquer au cinéma porno américain ».
Le lendemain Le Chicago Tribune titrait : « Incendie d’origine criminelle dans un HLM de Chicago … 2 portés disparus ».
#5 On était en août, et le quartier d’Englewood était redevenu paisible comme à Wisteria Lane.
Avec Lil Reese, on nettoyait tranquillement sa voiture, ça discutait, Reese m’a dit :
-« Tu savais que le bâtiment de la mère à Chief avait brulé le mois dernier ? La police envisage la piste criminelle. » J’ai simplement demandé :
-« Comment tu sais que la daronne à Chief Keef habite là bas ? » … il a commencé à bégayer. Nous fumes interrompus par Lil Jojo, qui roulait avec une dizaine de potes en voiture.
Lil Jojo se tenait au bord de la fenêtre avec une kalachnikov, dans la même posture que dans le début du clip Zoo de Kaaris, j’ai demandé :
-« Ils risquent de nous Drive-By non ? » Mais Reese a juste répondu avec décontraction :
-« C’est bon tranquille, on n’est pas dans les quartiers Nord de Marseille ».
Ce fils de pute de Lil Reese conservait son sang-froid même dans les conditions les plus extrêmes.
Et en effet, quand Lil Jojo est arrivé à notre hauteur, il s’est contenté d’aboyer :
-« D-Boy you all shit boy fuck is wrong with you a’yo bricks squad what you talking about bitch « , ce à quoi Lil Reese a répondu :
-« Nigga I’m gonna kill you ».
Perso je lui ai juste dit que si Lil Jojo mourrait il pourrait avoir une injonction et être suspecté d’homicide à cause de ses menaces.
Peu importe, la guerre était déclarée.
Cette fois ça avait réuni le fin du fin de la pègre de Chicago : Ball Out, Capo et le chef Fredo Santana, un tueur à gage rappeur qui avait la même allure que Swagg Man à cause de ses multiples tatouages sur le visage.
Après cet énième conseil de guerre, nous décidâmes de prendre une mesure radicale en faisant appel à un jeune assassin qui en voulait, un qui n’agissait que pour la mula comme Kakuzu … Celui que la légende appelaurio « Lil Durk ».
Lil Durk était un jeune nukenin dans la lignée des Ezio de Assasins Creed et des Agents 47 de Hitman.
Il s’était exilé à New York suite à de sombres affaires dont l’origine ne fut jamais expliquée.
Cependant il voulait faire croire qu’il était parti là bas faire une détection pour jouer aux New York Knicks alors que tout le monde sait que pour jouer en NBA il faut être drafté mais bon hassoul …
Après avoir reçu un message prévu pour s’autodétruire une dizaine de secondes après la lecture, il prit la direction de Chicago.
#6 Le 4 Septembre 2012
On était en voiture avec Lil Durk, nos services de renseignements nous avaient indiqué que Lil Jojo aimait bien faire du vélo chaque mardi après l’école et aller acheter des bonbons à la boulangerie.
Le plan était simple : intercepter Lil Jojo alors qu’il se baladait tranquillement dans la rue.
Avec Durk, ça roulait en rappant vite comme le renoi qui fait le featuring avec Chamilionnaire dans « Ridin Dirty », que ça criait : « They see me rollin ! They hatin !! ».
J’ai demandé :
-« Durk, on dit que t’as fuit Chicago pour éviter les embrouilles, c’est vrai ? ».
-« Je suis parti faire des essais pour jouer en NBA fils de pute ».
-« Insulte pas les mère fils de pute » ai-je répondu sur un ton mi-figue mi-raisin.
Notre échange prit fin quand Durk a pointé du doigt Lil Jojo en train de sortir d’une boulangerie avec un gros sac de Dragibus … Je suis parti rejoindre la cible.
-« Hey mec t’as du shit mec ? » ai-je lancé en direction de Jojo.
-« Je n’ai rien casse toi sale junkie » il a répondu d’un ton sec ce bâtard.
-« Je te file mon cheeseburger mec » j’étais encore plus insistant qu’un témoin de Jéhovah … il a répondu que ça se voyait à mon t-shirt Distinct que je n’avais pas de sous.
Alors je ne sais pas pourquoi je me suis à lui dire des cochonneries :
-« Je te suce la bite mec » … Direct Lil Jojo a posé un 3-5-7 sur ma tempe et m’a demandé « t’as dit quoi fils de pute ? ».
J’ai répété en articulant bien comme Kery James :
-« Je-te-suce-la-bite-mec » … Et là il a rangé son flingue en me disant qu’il « fallait le dire plus tôt » et de « le rejoindre dans une ruelle » avec un clin d’œil coquin …
… 5min plus tard le gun de Lil Durk était posé sur la nuque de Lil Jojo qui s’était isolé dans la ruelle … Le traquenard venait de se refermer.
Jojo a demandé :
-« Pourquoi cette arme Durk ? » ce à quoi Lil Durk a répondu :
-« Yé souis comment vous dites ? … paranoïaque ! » apparemment les 2 hommes se connaissaient.
Jojo a éclaté en sanglots comme Frank Lopez dans Scarface avant de demander s’il pouvait faire sa prière, puis il a commencé a réciter : « Achhadou an leïleha illallah wa achhadou ana Mohamed rassouloulah » … C’était fou, Jojo venait à la fois de se convertir à L’islam et de chahed sous nos yeux.
Quand Durk l’a interrompu en disant : « Ta mère la sale pute, il est trop tard pour chehed » j’étais complètement outré.
Enfin Durk, qui aimait bien lâcher des petites punchlines avant chaque meurtre a terminé par :
-« Ce n’est pas parce que tu ne joues plus que le jeu s’arrête » puis il a vidé son chargeur sur le pauvre garçon.
En entendant les coups de feu, le voisinage habitué à la violence des gangs a très vite composé le seventeen.
Le quartier a été bouclé, avec Durk on a quitté les lieux en voiture direction l’Interstate 55 comme si on avait 5 étoiles dans GTA … On a disparu dans la foule comme des rats de Pékin.
#7 Le lendemain à 6h bizarrement, en fait non ce n’était pas bizarre mdr, le domicile de Chief Keef a été perquisitionné.
Ils ont levé Chief Keef en le sortant brutalement de son lit alors qu’il s’était couché à 21h en disant :
-« L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ».
Que les keufs lâchaient des : « mais ferme ta gueule toi ! » à sa grand-mère qui s’opposait à l’arrestation en prétextant que Chief n’était pas bien réveillé. Elle a insisté sur le fait qu’il n’y avait pas de gang chez elle, d’ailleurs où ces gangs allaient se cacher ? Dans sa cuisine ? … Mais quand les keufs ont mis la main sur les armes automatiques que Chief Keef cachait dans sa chambre, elle a demandé la présence de son avocat.
Tout le réseau a été démantelé.
Lil Reese en GAV il faisait le malin en niant posséder de la cocaïne mais quand l’OPJ lui a demandé :
-« Et ce poster torse nu de Tyrese qu’on a trouvé dans ta chambre, ce n’est pas à toi non plus ? » il a très vite changé de ton.
Faute de preuves et de témoignages on a tous été libérés sous caution.
Chief Keef, ce petit con, est direct parti sur Twitter pour poster : « Lol » puis il a posté « Il voulait juste être comme nous » … 50 Cent l’a mentionné pour lui conseiller de quitter la ville et venir se reposer à New York comme Lil Durk.
Quand Lil Reese a demandé à Durk :
-« Wesh Carmelo Anthony, t’es pas parti là bas pour le basket ? » ça allait s’enculer en pleine rue.
De toute façon il n’y a même pas de Foot Locker à New York, qui peut vivre là bas ?
#8 Tout le gratin de Chicago Common, Kanye West, Derrick Rose, etc était consterné par l’annonce de la mort du petit Lil Jojo.
Désormais il reposait en paix comme Hyoga dans son cercueil de glace.
Quand sa mère est passée sur Fox News pour témoigner, Lil Reese a dit avec un sourire narquois :
-« Je l’ai vu à la tv mais je la préfère en vrai » … Ca rigolait comme des barbares.
Il s’avère que Lil Jojo s’appelait en réalité « Joseph Coleman » et qu’il était un élève studieux, tous ses camarades étaient très attristés par son assassinat.
Certains sont même allés jusqu’à dire que « Joseph était un jeune homme sans histoires » … mais quand ils ont vu son clip « 3HunnaK » ils se sont ravisés.
Apparemment, Lil Jojo avait mené cette guerre juste pour le vécu.
Vous savez, il y a eu plus d’homicides au cours de l’année 2011 à Chicago qu’en Afghanistan, donc le maire de Chicago a décidé de prendre des mesures drastiques … Même le maire de Sevran, Stéphane Gatignon, a salué de telles mesures.
Le maire de Chicago par diplomatie, lui a envoyé un courrier stipulant que « Paris ce n’est pas les states gros, on s’en bat les couilles de ton rap de tes mixtapes gros ».
Après ça s’est un peu embrouillé avec Lupe Fiasco, parce qu’il écrivait qu’il voulait arrêter le rap à cause de la violence des jeunes de sa ville, et que Chief Keef était une « bombe à retardement » … mais sa mère la pute à lui.
Pour expliquer les menaces sur Twitter à l’encontre de Lupe Fiasco, Chief Keef a simplement dit que son compte avait été piraté, comme le fait régulièrement Gucci Mane.
Bref le petit frère de Jojo, Swagg Dinero, a juré vengeance comme Max Payne, et depuis il y a certains endroits que les membre du GBE doivent, on va dire, « éviter » comme quelques coins de Chiraq tels que « Boystown » … mais ça c’est parce qu’il n’y a que des homosexuels là bas.
« I know I’m Christ but I got the Devil in me » – Maxo Kream.
« Nous dévalisions des maisons ! » raconte Maxo « Une fois, un des gars avait sa maison bourrée de chaussures, toutes à ma taille. Bref, on était des gros amateurs de sneakers ! Au début, on s’est appelé KREAM Clicc – KREAM signifie Kicks Rules Everything Around Me»
Le houstonien de 23 ans Maxo Kream ne se rappelle pas combien de fois il a répété cette scène de home-jacking dans la vraie vie avant de la tourner (entouré des jack boys de la Kream Clicc) pour la postérité dans le clip de « LEWINSKY », particule de Quicc Strikes (2013) qui surfe sur la harangue politique. Ici, Maxo déblatère sur son dégoût profond envers le système judiciaire sudiste qui a transformé la machine carcérale en une industrie lucrative (la Louisiane est championne du monde en la matière avec plus de 40 000 détenus – 1 Noir sur 7 est actuellement en prison). Et il n’y va pas avec le dos de la cuillère : « FUCK THE PROCESCUTER, FUCK THE D.E.A, MOTHERFUCK’D THE JUDGE, I’LL SPRAY HIM WITH MAZE, MOTHERFUCK’D THE BALLOP, I’LL PUT MOTHERFUCKING BULLET IN HIS FACE AND WHEN I GO COURT MAKE SURE PLAY THIS TAPE. » … Mais Maxo est aussi capable de faire dans la métaphore et autres paraboles cocaïnées lorsqu’il s’agit de passer à la moulinette les icônes controversées de la bonne société blanche américaine — l’humoriste Bob Saget, Monica « Cigar » Lewinsky ou Joey Buttafuoco, l’amant d’Amy Fisher, une mineure de 17 ans qui a tenté d’assassiner sa rivale – la femme de Joey — tous sacrifiés sur le Golgotha de la moribonde doctrine G.
Nul doute que le rap l’a dispensé d’interminables années de zozon à Maxo, voire d’une mort certaine, habituel karma du homejackeur en panne d’inspiration qui finira bien par rencontrer un locataire qui l’abattra dans le dos et lui évitera de se présenter devant ce juge à la fois cocu, raciste et froid comme le paddock du cachot.
A entendre le « cloudy mix un brin syrupé » de Quiccstrike bâti à la truelle par A$ap Mob, qui pouvait affirmer jusqu’alors que le nouveau venu Maxo Kream était de Houston ? Désormais, ses producteurs seront du Nord, de l’Est du pays, voire d’ailleurs … D’une certaine façon, Maxo c’est « Chocolate » Tintin chez les Soviets … Même s’il partage quelques joutes avec ses homies Doughbeezy alias Tha South East Beast et Lindo Cartel sur « Invisible Tops » (ci-dessus), Maxo a décidé de s’attaquer à l’immuable « Régime Totalitaire Screw » de sa ville natale. Pour cela, il a franchi la Red River, Rubicon texan aux eaux aussi pourpres que le sizzurp, parcourant le pays US d’un pôle à l’autre, à la recherche d’une esthétique rap moderne censée convenir à son flow naissant, sa culture de la rue et ses grandes ambitions.
Comme ce titre de la rappeuse Raven Sorvino où il retrouve A$ton Matthews, ancien membre des Bloods de L.A. devenu MC après avoir essuyé une rafale, avec qui il partage une certaine street credibility.
Ultime fait d’armes : la première partie de la tournée nationale de l’ex-moine trapiste Chief Keef devenu en peu de temps vendeur VRP chez Brick Squad / Interscope records. Bref, à suivre à la trace le petit Maxo …
Après une enquête exclusive d’anthologie la nuit passée, je ne pouvais pas passer m’empêcher de reparler de Chicago. Depuis mon dernier article il y a 1 an, les choses ont un peu changé, mais il y a toujours beaucoup de bons morceaux de rap émanant d’une des villes les plus violentes des États Unis. On prend les mêmes et on recommence ? A quelques changements près, oui. A part des meurtres, qu’avez-vous raté de la Drill City depuis tout ce temps ? Lire la suite « Captcha Airlines Ep 3 : Chirac back ! (+ mixtape en téléchargement gratuit) »→