#RIP DOE-B : Bon Pied, Bon Œil … et Bad Luck (suite et fin)

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Comme disait l’autre dont j’ai oublié le nom : « Chaque heure blesse, la dernière tue ! »

Feu Glenn Thomas alias Doe-B faisait parti de la caste des MC’s nés sous le signe d’un matériau produisant un champ magnétique et attirant le métal : l’aimant… C’est ça, un gamin de la rue de Montgomery (Alabama) qui attirait les balles à n’en plus finir, comme d’autres attirent les filles, certains, l’anamour. Dans cet univers sombre, banal, périlleux, bref, quartier à hauts risques, Doe-B y avait perdu un œil, il y a deux ou trois ans, et pensait avoir définitivement payé son dû à la National Rifle Association… En vain.
En fait, le Centennial Hill Bar & Grill de son bled, Montgomery, nightclub aussi chaud que le magma en fusion d’un volcan, était connu pour sa violence récurrente et son feu nourri… Déjà, Naughty Shawty, MC du groupe Deuce Komradz y avait perdu la vie en 2007.
L’endroit demeurera à jamais le tombeau de Doe-B, jeune père de 22 ans qui ne buvait, ni ne fumait, et était en train de donner au hip hop alabamien une dimension conforme au talent des artistes (G-Side, Zilla, Jackie Chain, G-Mane, Bambino Gold, Bentley, Lil Mook, Monster etc…) l’ayant sorti de l’ornière, tous plus ou moins oubliés par une industrie discographique gérée par des affairistes pisse-froids, banquiers et autres juristes.

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Un des leitmotivs de Doe-B était la perte de l’innocence dans ce monde de perdition. Perte de l’innocence qui équivaut à la perte du pucelage, d’un ami ou d’un œil, c’est selon les cas. Sa vertu cardinale, l’humilité, mais aussi un alliage entre langue vernaculaire du hood de Montgomery et mélodies lancinantes sur laquelle il surfait avec grâce, sobriété, définissant la trap muzik comme un moyen de survivance qu’on appréhende dès son plus jeune âge.

Fâcheusement, Doe-B n’a pas eu le temps de développer son art du emceing au sein du Hustle Gang de T.I., sa toute récente promotion de luxe qui aurait, selon son manager DJ Frank White, provoqué jalousie, ressentiment et actionné la gâchette d’un certain Jason McWilliams muni lui aussi, coïncidence troublante, d’un cache-œil de pirate.
Retour à la lumière blanche du dernier opus de l’artiste, Baby Je$us. Vous remarquerez que B n’utilisait jamais le ton du justicier, l’anathème. Pas besoin de sauce « gun & hoes » pour bousculer la hiérarchie hip hop. B hissait les couleurs du country hood aux frontons des strip-clubs et des rues décharnées, avec pudeur, sans trop de blush, imprimant dans le crâne des pulsions d’amour et de survie. #RIP

« Pray for me,
Somebody pray for me
Cuz I know the Lord got a day for me
I’m tryin my best to keep them devils away from me
I see death around the corner and it’s waitin on me. »

A relire :

Doe B : Bon pied, bon oeil – épisode 1
Doe B : Bon pied, bon oeil – épisode 2 (Baby Jésus)

Noël au ballon … Pâques à Houston !

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Noël. Joyeux Noël… en prison. Qui se rappelle de Knowledge Born Allah, MC du Lifers Group, un collectif de prisonniers rappeurs cumulant des peines de plus de 25 ans ? Knowledge a connu les pires règles de la vie pénitentiaire. Selon lui, se la raconter, c’est bien… Parler en toute connaissance de cause, c’est nettement mieux. Discréditer les grandes stars du gangsta rap comme N.W.A., dixit : « Tu n’as jamais été en prison, tu n’en as jamais vu une. Merde à N.W.A. ! Range ton pistolet à eau ! » beaucoup en ont rêvé, Knowledge l’a fait.
La prison, c’est comme le Dirty South, tout le monde en parle, rares sont ceux qui y ont foutu les pieds. Bon, pas la peine de refaire un dessin, le Sud de l’Amérique c’est la Centrafrique, le Nicaragua, en gros, ça tombe comme à Gravelotte, ça encellule à tour de bras. Étudier l’histoire de la « jailhouse » US et oublier les diverses descriptions qu’en a fait le hip hop est une carence injustifiable.
A Houston comme partout ailleurs, la prison est la case qu’il faut à tout prix éviter dans le Life/Monopoly Game. Une sale histoire qui ne date pas d’aujourd’hui, les plaintes parlant de Big Brazos et Sugarland résonnent encore dans ces chiourmes visitées jadis par les bluesmen.
En 1935, Shorty George de Leadbelly racontait cela : « Ils m’ont infligé une condamnation à vie / Au pénitencier de Sugarland / Mon Dieu, certains ont pris six mois / D’autres deux ou trois ans / Trop de bons gars passent leur vie ici. »

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Convicts : « Penitentiary Blues »

noel3La pochette explique beaucoup de choses, pourtant c’est bien Big Mike qu’il faut écouter relater sa propre expérience pénitentiaire. D’après lui, le manque de nicotine, la privation de sexe et la malnutrition prennent une ampleur significative en zonzon. Pourtant Mike ne s’arrête pas là. Il observe le sort des victimes de violences au cours de leur enfance, les violés devenus violeurs etc,  s’attardant notamment sur un jeunot au nom de Buck qui va se coltiner 50 piges. Certes, Penitentiary Blues date de 1991 mais dépeint avec force et détails les inconvénients de la vie pénitentiaire, là où il n’est pas bon de se baisser quand on est sous la douche…

D of Trinity Garden Cartel : « Niggaz Say, Niggaz Do. »

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noel5Darrell « D » William alias D of Trinity Garden Cartel a eu son heure de gloire chez Rap-a-Lot avec le crew éponyme, notamment lors du procès retentissant que des (vrais) flics imposèrent au label texan après la publication de la pochette de Don’t Blame It On Da Music (1994) discréditant leur profession.

Trop vite écourtée, sa carrière en solo comporte Game Done Changed (1995), Straight Texas Hoodlum muni du prémonitoire « Sittin In My Cell » (1995) et I Love N.I.G.G.A.Z. (1997). Seulement, jamais D n’a adhéré au ralentissement prôné par le Screw Movement.,  préférant continuer à rapper comme il vivait, c’est à dire à deux cent à l’heure. Un jour, il a dégainé, riposté et a tué quelqu’un. Terrible erreur qui se paye cash quand tu es noir et que tu n’es pas fils de. A partir de là, ils lui ont ôté son permis de rapper à D, via un châtiment de 25 Noëls, pas moins.

E.S.G. : « Money & Power. »

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Autant le monde est froid, autant la prison est polaire. En conséquence, un homme libre averti en vaut des dizaines dans le hood. Se tenir à carreau ? Mhh, faut voir… La vie est une salope. Les murs en brique ont des oreilles, les balances te font plonger pour un Benjamin. En l’an 2000, E.S.G. usait de l’intimidation, laquelle doit clairement palier à toutes déconvenues. En substance, Money And Power prodiguait un vrai conseil d’ «ami » à celui ou ceux qui seraient tenté d’avertir les Fédéraux !
« If you scream to the FED’s, put a beam on your head / My beam ain’t scared, kidnap your nieces / You can find ’em in the Gulf, sharks eating they pieces . »

Geto Boys : «  G-Code »

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Certains MC’s qui ont eu à faire à l’exigence pathologique de DJ Screw racontent que ce dernier se plantait devant toi, à quelques millimètres de ta figure, te fixait dans les yeux, t’inspectait, te calculait, te reniflait… Survenait ce moment assez angoissant où tu te demandais s’il allait te palper les glaouis le Maître syrupé. Non, absolument rien de sexuel dans cette parade glamoureuse. C’est juste qu’avant de t’intégrer dans la Screwed Up Click. DJ Screw voulait vérifier si chaque pore de ta peau suait la vérité, ou plus exactement si la putain de semence qui allait gicler de ta bouche aurifiée n’était pas du Nestlé en boîte, de la branlette pour « petits Blancs »…
Pas la peine de leur palper les glaouis aux Geto Boys pour savoir que chacune de leurs rimes applique le défunt G-Code (2005).
« These motherfuckers look at me like I’m a slanger / Makin threats to my family, dawg I’m in danger / Who do you call when these agents want you dead / And they hit these penetentiaries and niggaz make a pledge  »

K-Rino : « The Blood Doctrine »

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Non, K-Rino n’est pas à proprement parler un joyeux drille, loin s’en faut. Le fondateur de South Park Coalition continue à faire ce qu’il a toujours fait tout au long de sa prolifique carrière : unir les talents de Houston ajouté à une sérieuse et introspective réflexion sur la vie. Bon, ici dans The Blood Doctrine (2008) tout y passe… la drogue, Satan, Dieu, Obama, les prophéties douteuses, la manipulation, le mensonge, l’argent, la prison etc…
Aucun doute là-dessus, l’homme est éminemment religieux, spirituel, habité par le désir d’informer, d’éduquer, de clarifier… Les quatre pôles de la ville lui doivent beaucoup !
« My tainted mind is dizzy, And now it seems every time I need a sign where is he? / Called God but his line was busy / We in and out of prison, trying to make our living / In an unforgiving system that’s money and power driven / The conditions seems immutable, A plethora of wakes and funerals. »

Pharoah : « Rock, Rock A Bird (Chopped & Screwed) »

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Darrel « Pharoah » Burton a été condamné à 55 ans de prison pour avoir séquestré et attenté à la vie d’une femme de 55 ans au moyen d’une arme alors qu’il était défoncé au PCP. Faut dire qu’il y a un petit moment qu’il avait fondu les plombs le Pharaon de Houston, et pas qu’un peu. Recueilli lors du procès, le témoignage d’une ex-petite amie racontait ceci : « Il y a un moment qu’il tuait mes chiens, et les ouvrait pour en extraire des micros. Il pensait que le FBI et la CIA les plaçaient à l’intérieur de leurs corps ! »
En 2007, au bout de 7 ans d’incarcération, jugé schizophrène, le membre de Street Military était selon un psychiatre apte à reprendre une vie normale… à deux conditions : ne pas s’approcher de la famille de la victime, mais aussi des animaux !
Malgré des nouvelles rassurantes de KB Da Kidnappa & Lil Flea, ses deux compères du Military crew, il serait toujours encellulé mais désirerait rapper à nouveau en communicant avec eux à l’aide d’un téléphone portable.
Un seul problème, le système pénitentiaire texan autorise l’emploi du téléphone une seule fois tous les trois mois … Screw thing for him !

#FREE PHAROAH  #FREE « D » of TRINITY GARDEN CARTEL

Compilation : Deuxmillezeutré Music

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Petite sélection d’artistes de l’ombre qui pourraient exploser en 2014. La plupart ne sont même pas au courant qu’on les a foutu dans notre compil, alors messieurs les artistes et/ou ayant-droits, si vous n’êtes pas contents de vous retrouver chez nous, faites-le nous savoir, et on supprimera le truc (non sans penser que vous êtes des petits enculés).

Tracklist :

1. Bigg Meuj – Un peu de Yayo
2. Mayo – C’que j’ai à dire
3. Clone X – Nino (feat Million)
4. Sizay – Insomniaque
5. Sémaphore – Puuh Puuh Puuh
6. Faz – Je l’aime à mourir
7. Criks – LCALT
8. Moise the dude – San Fernando Valley
9. Grizz – O’Dog Francophone
10. DFGDGB – Rap Game Nuit sans Fin (feat Jok’air)
11. M24 – Stress Free (feat Lalcko)
12. Barabara – Michoacan
13. Teddy the beer – Bédo Mineur
14. Pompes funègres – Nelson Mandela

Téléchargement direct (version découpée) : http://jheberg.net/captcha/captcha-mag-deuxmillezeutr-music/

Écoute en ligne (mix by Genono) :

(Cover par Genono mais avec un artwork volé sur Google Images)

10 albums du mois de Novembre 2013

Parfois, les astres se placent dans une position délicate et créent une sorte d’alchimie avec un nom qui oscillerait entre le mot “levrette” et “smoothie à la cyprine”. C’est exactement ce qu’il s’est passé ce soir de pré-hiver entre Mugen et moi autour d’une conversation Twitter remplie d’insultes. Après avoir compris que les étoiles nous le demandaient, on a finalement décidé d’oeuvrer ensemble pour vous présenter les 10 meilleurs albums sortis le mois dernier. Que du rap bien gras pour Mugen, et un peu de tout pour ma part.

6ix Commendments – Da Mafia 6ix

Pour ceux qui n’auraient pas allumé internet ces dernières semaines, sachez que Three 6 Mafia se cache derrière ce nom barbare. L’obligation de renommer le légendaire groupe de Memphis, sûrement pour des questions de droits (le plus grand ennemi du rap avant MTV, n’est ce pas Z-Ro) n’aura finalement pas changé grand chose. Il faut reconnaitre que ce nom n’est pas si désagréable et que surtout, l’essentiel n’est pas là. Juicy J ne fait pas partie de cette joyeuse fête sanglante, même s’il passe quand même faire coucou sur une piste. Dj Paul est le principal artisan de cette réunion, et il en faut de l’énergie pour réunir ces gens proches de la retraite. Et sa coke doit être de très bonne qualité parce qu’à coté il a bossé comme un Chinois dans une usine Nike. A Person Of Interest, For I have Sinned, une courte mixtape avec Yelawolf, celle avec Drumma Boy « Clash Of The Titans » (que j’ai même pas eu le temps d’écouter et je vais aller en enfer pour ça d’ailleurs) avant d’enchaîner avec la réunion mafieuse. Je sais de source sûre que Richard Gasquet l’a contacté personnellement. Et comme la drogue rend les rappeurs bons, cette cassette de Three 6 est une petite tuerie.

C’est court comme la bite de Jean François Copé, mais foutrement plus efficace. Rangez la douceur profond à la cave, il n’y a de la place que pour la violence et l’hémoglobine. En entrée de ce gros tas de chaire fraîche, le combo Go Hard avec Yelaloup (qui n’est pas si périmé, n’en déplaise aux Deeper Than Trappeurs) Beacon-N-Blender et Been Had Hard. Déluge mystique et incantations voodoos, on attendait sa depuis si longtemps en se grattant les bras comme des junkies en bas de la cité Carter. Vos oreilles seraient en droit de demander un peu de répit, comme une chinoise dans un gangbang iinterracial mais oubliez vite cette idée farfelue. La suite n’est qu’une lente descente aux enfers : Betta Pray, avec les Outlawz et Lil Wyte, un bon remake de la déjà excellente Break Da Law…

Presque contraint à faire du track par track tellement ce comeback est puissant. Les prods, les featurings de légende (sur Yeen High, Memphis, je vous fais pas un dessin) rend l’écoute absolument indispensable. J’ai écouté la mixtape deux fois et j’en suis déjà à trois cadavres de découpés, obligé de racheter un congélateur par manque de place.

 

Trappin’ Ain’t Dead – Fredo Santana

Toujours dans la poésie, Fredo Santana a récemment sorti sont premier album. Alors oui, je vous ai assez gonflé avec Chicago mais je ne peux pas passer à coté d’une occasion aussi bonne pour vous parler du mec le plus taré de cette ville si hostile : Fredo Santana aka l’incarnation de l’antéchrist.

Au premiers abords, Fredo pourrait apparaître comme le moins talentueux de toute la clique GBE. Keef, Lil Durk, SD et Reese semble avoir tous un peu plus d’exposition que lui. Il faut dire que Fredo ne fait pas les choses à moitié. De la violence, un peu de sang, beaucoup d’armes à feu, des caisses entières de munitions, de la drogue dure : c’est de la poésie macabre, la rue brute de décoffrage. Même s’il semble qu’il n’ait toujours pas perdu cette mauvaise habitude d’enregistrer ses morceaux dans des catacombes (il y a pire d’ailleurs : Trey Savage), cet album fait largement le travail et n’apporte que peu de mauvaises surprises, hormis l’immonde single avec Kendrick Lamar. Faut bien remplir le frigo. Les bons titres s’enchaînent avec l’aisance d’un Genono proférant des insultes antisémites : Trap Boy, Trap House, Ring Bell (clip légendaire pus bas) Want A Nigga Dead (avec SD toujours aussi bon) le recyclage de Gangbang, Over Here font largement le travail. Mention spéciale pour Bought A Big K avec Chief Keef qui n’est toujours pas redescendu de sa lointaine planète. Si vous cherchez à le localiser son “I sip lean i dont like no rosay” devrait vous mettre sur sa route. Pour en revenir à Fredo, je crois que j’aimerais sa musique tant que sa principale activité sera de parler de l’odeur des cadavres en décompositions entassé devant sa porte. C’est un génie incompris, même si les gens peuvent le trouver ennuyant et monotone. Tas de cons.

BRICKS FROM DA BOAT LOAD aka la bonne cartouche qu’on avait pas vu venir : Third Floor avec Peewee Longway (un noir d’Atlanta qui a poussé sur le même arbre que Yung Thug) sur une prod de nos très chers 808 Mafia. Que demande le peuple ! Ce Trappin’ Ain’t Dead est donc une festive incitation au meurtre que je vous recommande aveuglement malgré ses rares imperfections. SD étant définitivement plus habile à l’autotune que Fredo…
Sa feras une bonne BO pour jouer a GTA 5, dans les missions carnage avec Trevor, certaines phases transpirent le génie macabre. (promis on arrête les vannes avec GTA)

 

 

One For The Road – Devin The Dude

Devin The Dude c’est un peu l’assurance tout risque. Quoi qu’il fasse tout le monde sait que sa musique sera bonne et il n’y a jamais de mauvaises surprises. Pour ceux qui ne connaîtraient pas Devin, je vous conseil vivement de jeter une oreille sur ce qu’il fait. C’est du rap extrêmement lent et chaleureux, smooth comme Moïse The Dude. Y’a un peu de Soul et de Blues. C’est proche de la perfection. Ça s’écoute sans effort, c’est doux le matin, relaxant le soir, agréable en fond sonore dans un apéro enfumé autant que dans lendemain de cuite difficile. C’est le genre de musique que vous pouvez écouter avec mademoiselle sans qu’elle dise « c’est quoi ta musique de singe, ça me casse la tète ». J’avais déjà essayé de faire écouter Mean Muggin’ de Plies à une femme donc je reviens de loin croyez moi. THE DUDE : c’est le bon pote avec qui on traîne pour boire des bières et fumer des joints, se raconter des blagues débiles et pas penser au reste de la vie. C’est presque thérapeutique, sa aide à supporter le monde,à s’en foutre donc, et a apprécier les bonnes choses de la vie : les choses simples. Je pourrais vous parlez de Devin pendant des heures entières, allez simplement écouter ce One For The Road. Si des chansons comme « I’m just gettin’ blow », « Fresh air » « Probably should have » ou « Hear the sound » ne font aucun effet sur votre humeur, vous couvez surement quelques chose de très grave et je vous conseillerais de vite consulter un spécialiste. De la bière fraîche, du poulet, des femmes pulpeuses et de la bonne herbe : vous me retirerais pas de l’esprit que le paradis doit ressembler à quelque chose comme ça.
Mention spéciale pour la meilleure campagne de sensibilisation sur les dangers du crack depuis la naissance de l’univers : Please dont smoke no cheese.

 

Savage Life 4 – Webbie

Les Savage Life on tous sans exceptions été des excellents albums et ce quatrième opus est dans la tradition. « Baton Rouge dans vos génitrices ». Aux premières notes, on reconnait la voix de Webbie et son accent bouseux et putain ça fait du bien, mais #nohomo. Deux ans après l’opus précédent, sans quasiment rien à se mettre sous la dent, sa commençait à faire long. Finalement Webbie c’est un peu un mec comme K.R.I.T : il a grandi en écoutant UGK, les Geto Boys et tout ce qui tournait de bon dans le sud dans les années 90 et il a décidé de faire du rap, en suivant les traces de ses idoles. Et avec des références pareil, vous comprenez facilement que sa destiné était écrite et que c’est un peu dur de pas aimer le bonhomme et sa musique. Et en plus il a une des meilleures coiffure du game. Il y a a boire et a manger dans de Savage Life 4. De la puissance : I’m back, Another one, What I do avec son refrain psyché et Big. Il y a aussi la merveille Mine. Et aussi beaucoups d’autres chansons très émotives et toujours bien racontées. Ça parle d’ailleurs pas mal des femmes… KUNTRY RAP TUNES 4 EVER : LIBEREZ BG !

 

En vrac : les choses qu’il faut écouter mais dont j’ai pas le temps de vous parler.

La dernière mixtape de Starlito : Fried Turkey. Ne surtout pas passer à coté. Ça parle au insomniaques, aux gens un peu torturés du cerveau, aux dépressifs et aux gens au bord de schizophrénie. Lito est très fort pour raconter des histoires et créer des ambiances, c’est presque lacrymal comme délire. Il a un peu la même voix plaignante et enrayée que celle de Kevin Gates sur certains morceaux. Si vous voulez plus d’infos sur le bonhomme, je vous recommande vivement d’aller lire ceci : les princes de Nashville.

Bernard Freeman (pas le grand père dans les Boondocks, la moitié vivante de UGK, tas de con) conclut sa TRiLLOGiE avec l’album du même nom, sobrement appelé The Epilogue. Comme Lil Keke, Z-Ro, Three 6, 8 Ball et MJG, Bun-B fait partie des légendes vivante de ce bon vieux sud sale. Alors il faut être tolérant et pas mal parler sur Bernard, il quand même 40 ans et encore toutes ses dents. Il a fait vivre Pimp C pendant ces 5 longues années d’incarcérations et rien que pour ça cet homme en a fait plus pour l’humanité que tous les prix nobels réunis. Donc son album est bien, il faut l’écouter, juste pour Dippin’ & Swervin’.

Boss Life de Slim Thug a aussi débarqué très récemment. Il y a tellement de bonnes choses à dire sur cet album que je vais surement lui consacrer un article entier. Enfin c’est surtout que ce fumier de Bogdan trouvais ça trop long. Pourtant d’habitude il dit rien quand c’est trop long, mais comme c’est moi qui me tape l’incruste dans sa chronique j’ai pas vraiment le choix #nohomotho !

DONC VOILA MAINTENANT ON PASSE AUX 5 AUTRES ALBUMS ET ON AINECULE (ENCULER AVEC UN FORT ACCENT MARSEILLAIS ET UN RICHARD DANS LA MAIN) LES TRANSITIONS

Moby – Innocents

Notre chauve partouzeur a sorti son nouvel album du nom de “Innocent”. Après un dernier album mitigé, le génie du clavier revient en force avec des featuring millimétrés et une dose d’entousiasme incroyable terrassée par un arrière-goût de suicide qui plombe radicalement toute tentative de bonheur qui pourrait émaner de ce disque. C’est effectivement là où Richard Melville Hall est très très fort : annihiler toute once d’espoir qu’il a lui même déjà mis en place. Une chanson du disque reflète parfaitement ce que j’essaye de vous dire : Perfect Day. En effet, le titre laisse présager un titre plein d’entrain et de jovialité, ce qui est le cas, mais si l’on se penche un peu plus sur son cas, on s’aperçoit qu’il manque à peu près tout à cette chanson pour rendre cette journée si parfaite, un peu comme si la définition du bonheur de Moby était empilée sur un tas de cagettes complètement instables. Du coup c’est absolument jouissif pour les plus dépressif en quête de moments heureux. N’oublions pas qu’écouter un albuim de Moby c’est un peu comme se faire glisser à l’oreille qu’on a le sida pendant que l’on est entrain d’éjaculer à grosses gouttes dans un vagin bien chaud et accueillant, et c’est exactement ce qu’il arrive durant la longueur de ce disque.

Lil Durk – Signed To The Streets

De tous ces fou-furieux de Chicago, je peux affirmer que Lil Beurk est, de loin, mon préféré. Loin des mixtapes poubelles (Almighty So) de Keef, bien moins chiant qu’un Lil Reese, plus carré qu’un Fredo Santana, Durky Durk arrive à sortir son épingle du jeu surtout grâce à sa façon de rapper qui oscille vraiment entre du chant (bien fait) et du rap. Après niveau rap c’est toujours la même chose, il nous pisse gaiement à la gueule pour affirmer sa suprématie qu’il a réussi à mettre en place grâce à sa forte consommation de drogues, ses nombreux guns ainsi que sa force mentale pouvant mettre à terre la petite salope de Hulk. Pour ma part sa mixtape m’a accompagné durant de longues heures sur GTA V. Petite note : la tape a été signée par les Coke Boys (les copains de French Montana), à voir où ça va le mener tout ça.

Darkside – Psychic

Attention chers amis, ce CD a un potentiel d’hipsterisme (néologisme, je t’encule le scrabble) qui pourrait faire crever n’importe quel récalcitrant à quelconque réédition de la AM1, mais je tente quand même l’approche.
Si l’on devait essayer de comparer cet album à quelque chose, je pense que la meilleure des métaphores serait celle-ci :
Imaginez-vous, nous sommes un samedi après-midi d’été, il fait donc très chaud. Vous décidez donc de vous ruer vers l’intermarché du coin pour vous acheter une boisson rafraîchissante de votre envie (exit le Selecto et le Scwhepps Rastaman par contre). Sur le chemin vers votre quête de la boisson, un dragon avec une chatte (un vagin) apparaît gisant d’on ne sait trop où, éjaculant sur vos vitres sa douce cyprine enflammée. Tentant de vous défendre, vous sortez donc un AK47 en guimauve de votre sac pour lui tirer dessus d’énormes bites en mousse qui rebondissent sur sa carcasse en faisant de léger bruits électroniques déclenchant dans votre cerveau une ballade digne des meilleurs moments d’égarement de DJ Quik. Pendant ce temps là, vous n’aviez pas vu mais Nelly Furtado (vrais reconnaissent vrais) vous taillait une pipe depuis environ 15 minutes, vous informant qu’elle se transformerait en femme fontaine de Sprite bien frais une fois de retour chez vous.
Conclusion : pas besoin de passer à l’intermarché, et vous avez Nelly Furtado qui extrait du Sprite gratos d’entre ses cuisses.Voilà comment j’ai ressenti l’album, vraiment. Merci Nicolas Jaar.

Overdoz – Boom

Il aura fallu attendre 2 ans pour enfin voir un deuxième projet de la part d’Overdoz. A la vue du résultat ça ne me dérange pas d’avoir tant attendu tellement leur mixtape est vraiment fraîche. Si vous les connaissiez pas encore, c’est un groupe de 4 fou-furieux en provenance de Los Angeles qui ont décidé de prendre d’assault le rap game par le cul, tout en conservant quelques constantes comme la forte consommation de THC (et pas que), les femmes à gros culs et leur suprématie lyricale. Après là où je les trouve intéressants, c’est au niveau de leurs prods et ce qu’ils en font. Là aussi ils surfent sur de l’actuel, en effet on y retrouve des grosses sonorités trap bien fraîches, à la différence qu’ils rappent vraiment dessus, et ça rend salement bien.

Les Ancticipateurs – Tour Du Chapeau

Je sais qu’on aime bien le roi Heenok au Captcha, du coup lorsque j’ai vu que Les Anticipateurs avaient sorti leur album, j’ai pas pu m’empêcher de penser à Genono et son amour pour la langue du pays de Céline Fion (c’est un jeu de mot raté durant lequel j’exécute le changement du D en F). En tant que petit Français, c’est souvent corsé d’arriver à supporter l’accent de nos confrères fans de hockey et de poutine Mais là, dès la première seconde de l’album c’est impossible de ne pas aimer vu la violence de la basse qui arrive à Mach 3 dans notre gueule. Très honnêtement, je savais que les prods étaient importantes pour nos deux compères, mais là ils donnent clairement l’exemple à 90 % des rappeurs français. Comme quoi leur soi-disant mauvais goût nous met bien des claques avec de gros gants de hockey. Et sur tout le reste on ne peut que aimer ces divers pamphlets haineux à tout ce qui n’est pas québécois, leurs déclarations d’amour aux Canadiens de Montréal, à la Ford F–350 et à Patrick Roy, les divers essais de drogue qu’ils ont pu faire, et tout particulièrement leur accent. Chissodènelsein (j’ai ça dans l’sang),mayanaillaze japanayeze (mayonnaise japonaise), blènechisseuge (blanchissage) et j’en passe une tonne.

8TM + UGK = Smell my cologne

Smell My Cologne

Pour fêter l’anniversaire de la mort de Pimp C, un petit frenchie s’est allié à la team Fusils A Pompe pour sortir un nouveau projet : un EP de 9 titres de UGK remixés sauce 8TM, ingénieusement titré Smell My Cologne.

Etant depuis mon plus jeune âge un fervent croyant en Saint Butler, je ne pouvais pas m’empêcher de propager la bonne parole auprès de vos paroisses, pauvres pécheurs. Habituellement peu adepte de ce genre d’initiatives, surtout quand il s’agit de UGK (on ne blasphème pas avec la religion) j’ai été agréablement surpris par ce projet. 8TM a d’ailleurs l’air d’être un coutumier du fait. Je vous conseille au passage l’écoute de son précédent projet : Real Estate. Il y a quelque temps, toujours avec Fusils A Pompe, il avait sorti un remix de Slim Thug : Boss Hogg On Candy – OG Edition. Magnifique remix d’un rappeur que j’affectionne lui aussi depuis mon adolescence et que tout le monde semble ignorer ici au passage. Tas de cons. Le remix était fraichement débarqué dans mon lecteur de musique numérique portatif : la prod fait des bulles, douce comme du Sprite se déversant délicatement dans un gobelet rempli de… glaçons. D’ailleurs, le choix de Slim Thug n’est surement pas un hasard. Sa voix déjà lente et nonchalante en temps normal se prête parfaitement à ce genre de remix, dans la plus pure tradition Texane.

Sippin On Some Syrup (8tm Edition) from 8tm on Vimeo.

Smell My Cologne sort donc des mêmes machines. On retrouve quelques-uns titres les plus marquants de la discographie du groupe : Pourin’ Up, Knockin Doors Down ou encore la biblique Sippin’ On Some Sizurp avec nos amis du Tennessee. Ajoutez à cela une magnifique cover, toujours dessinée par le talentueux (et je pèse mes mots) dessinateur Hector Delavallée. Je vous recommande donc chaudement d’écouter ce Smell My Cologne sur souncloud ou en téléchargement.

J’ai cherché pendant de longues heures les raisons pour lesquelles une personne normalement constituée pouvait passer a coté d’un projet comme celui ci, en vain. Sois vous avez un minimum de bon gout et de lucidité, soit vous êtes définitivement un tas d’ignorants bornés et vous préférez continuez d’écouter de la musique de merde. Vous réglerez ça avec le patron quand il vous refusera l’entrée au parfais, c’est pas mon problème après tout, moi j’ai déjà mon billet première classe. Repose en paix Chad, veille sur nos pauvres âmes de la haut, ton eau de cologne ruisselle encore dans nos rues à jamais.

 

Compilation de Noël : Happy G-Mas !

Tracklist:

1- We Wish You A Merry Christmas (G-Mas Cut) – Hit Boy x Squale Sadique

2- A Christmas Grind – Killer Mike

3- Deck Da Club – Ying Yang Twins

4- Ludacrismas – Ludacris

5- Ballin’ On XMas – Jim Jones

6- Christmas In Hollis – RUN DMC

7- Merry Muthafuckin’ Christmas – Eazy-E

8- Christmas In Harlem – Kanye West featuring Cam’ron, Jim Jones, CyHi Da Prynce, Pusha T, Big Sean, Teyana Taylor & Musiq Soulchild

9- Jack Frost – Ras Kass

10- Jack Frost II (White Christmas) – Ras Kass & Doc Hollywood

11- A Christmas Fuckin’ Miracle – Run The Jewels

12- Ghostface X-Mas – Ghostface Killah

13- Christmas Rappin’ – Kurtis Blow

14- Santa Claus Goes Straight To The Ghetto – Snoop Dogg featuring Daz, Bad Azz & Nate Dogg

15- Christmas Time – Da’ T.R.U.T.H.

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Happy G-mas on Mixcloud

« De la neige, on en a pas vu comme ça depuis des années dans la cité. De la bonne neige, blanche, immaculée, qui enveloppe toute la grisaille des tours de béton et des squares sans arbre. De la neige qui fait le bonheur des petits pouvant enfin jouer à des jeux de gosses mais le malheur des paumés qui couchent dans les caves ou sous les porches gelés.

Cet hiver qui commence, est donc vraiment exceptionnel mais pas seulement à cause des chutes de neige impressionnantes qui recouvrent toute la région, non, il est exceptionnel pour moi parce que c’est maintenant que je réalise que les miracles, ça existe. Les miracles de Noël, comme dans un film américain bidon avec de vieux bonshommes et des petits enfants qui croient que le Père Noël existe.

Momo, c’était un drogué qui couchait dans la cave de mon immeuble. Il y a deux jours de ça, on l’a retrouvé raide mort sur les marches qui descendent à la cave. On a cru d’abord qu’il était mort de froid car le sous-sol de l’immeuble est très mal chauffé mais j’ai entendu dire qu’il était mort, en fait, d’une overdose. Une overdose d’héro.

Quand j’ai appris sa mort, j’ai d’abord hésité à venir vous parler. Vous comprenez, j’ai la reup comme on dit chez moi. J’ai peur. J’ai la certitude d’être le dernier à avoir vu Momo avant sa mort. Et maintenant que tout s’est passé comme ça c’est passé, je me rends compte que tout ce qu’il disait Momo, ça avait un sens. J’ai toujours pensé qu’il délirait, que toutes les histoires qu’il me racontait à chaque fois que j’avais le malheur de croiser son chemin, étaient le fruit des hallucinations générées par la shooteuse ou une surconsommation de 8-6. Vous savez ce qu’on dit, la 8-6, la bière des lascars, ça vous ramollit le cerveau.

Donc, si j’ai peur, c’est surtout parce que je crains qu’on me mette sa mort sur le dos. Je suis connu dans la cité pour refiler quelques doses à l’occasion bien que je préfère dealer du shit ou de l’exta que je considère comme des drogues douces et donc moins nocives. Enfin, c’est vrai qu’à l’occasion je refourgue un peu de coke et de l’héro. et bien sûr Momo fait. enfin, faisait partie de ma clientèle.

Croyez-moi ou pas, la veille de sa mort, je lui avais rien vendu tout bonnement parce qu’il prétendait qu’on allait le livrer. D’autres dealers, j’avais cru comprendre. C’est là que tout a commencé.

Intrigué et un peu mécontent que l’on vienne me choucrouter mes parts de marché dans mon secteur, j’ai commencé à cuisiner Momo au sujet de ces nouveaux revendeurs.

« Dis-moi, Momo ! Qui c’est ces connards qui vont te livrer ce soir ? Je lui demandais.

– C’est juste un mec. Mais le mec que tout le monde connaît, tu piges ?

– Non ! C’est qui ce mec ?

– Mais bon sang ! C’est Noël ! Tu piges pas ? J’ai fait un voeu et tu sais quoi ?. J’ai souhaité que ce soir j’ai la dose de ma vie, tu piges ?

– Vas-y, Momo, va pas te défoncer le soir de Noël, ça s’fait ap ! C’est sûr, je comprends que t’aies un coup de blues mais si ça peut te rassurer, moi non plus j’ai personne et je me retrouve seultout ce soir de merde ! T’as qu’à faire comme moi, fume-toi un oinj et va te pieuter. C’est le mieux à faire une nuit comme asse !

– Je peux pas, je t’ai dit ! J’attends le mec qui doit me livrer. »

Et j’avais beau le questionner mais il y avait rien à faire, j’arrivais toujours pas à savoir qui aller venir lui amener sa dose. Alors j’ai décidé de lui tenir compagnie au moins jusqu’à l’arrivée du dealer. J’avais de quoi le recevoir, du reste. Brad, mon pitbull garde du corps, que je tenais au bout d’une corde était là pour lui apprendre les règles du marché à ce voleur de clientèle et il était bien dans mes intentions de lui faire regretter son incursion dans le territoire d’Abdel. Vous me connaissez assez pour savoir que je suis quelqu’un de posé. mais bon ! J’ai mes limites, faut pas dépasser les bornes !.

Il était aux alentours de 11 heures du soir, on était installé sur un banc devant une aire de jeu déserte. On a attendu dans le froid. On a attendu une heure. Momo parlait peu mais des fois, il poussait de petits gémissements comme quelqu’un qui pleure, vous voyez, le genre dépressif à mort !

A minuit sonnante, je les ai entendues. Les clochettes.

C’était bien lui. Je dois bien admettre que je m’y attendais un peu. Momo me répétait que c’était le soir de Noël. Mais moi, ce genre de conneries, j’y crois pas. D’abord parce que je suis musulman et puis toutes ces histoires ont été inventées pour faire vendre de la camelote et s’empiffrer la gueule d’huîtres et de foie gras deux fois dans l’année.

D’accord, j’y croyais pas mais en levant les yeux, je voyais bien un homme en rouge avec une barbe blanche comme du coton, sur un traîneau tiré par quatre rennes qui faisaient tinter des clochettes. Et le tout flottant dans l’air. Une vision incroyable qui illuminait le ciel nocturne. Ouais, c’était le Père Noël qui passait au-dessus de nos têtes. Il s’est posé juste à quelques mètres de nous. Il est descendu de son traîneau et s’est approché. Mon chien s’est alors faufilé sous le banc et il a plus bougé comme pris d’une peur animale.

Le Père Noël a jeté un paquet cadeau à Momo en lui criant :

« Tiens, mon petit Momo ! Et bonne bourre ! » C’était une voix grave et pénétrante. Une voix de bon père, le père dont les enfants rêvent. Le père qui exhausse les voeux. Ensuite, il est reparti comme il est venu. À ce moment-là, j’étais comme anesthésié – peut-être à cause du froid. J’ai repris donc conscience comme on émerge du sommeil et je me suis levé précipitamment – mes jambes, engourdies, me soutenaient à peine. J’ai couru péniblement jusqu’à l’emplacement où avait atterri le traîneau et j’ai bien vu ses traces sur la neige gelée de la veille. Je me suis retourné pour demander des explications à Momo mais lui aussi, il avait disparu.

« Viens, Brad, on gicle ! »

La neige, lentement sur la cité, s’est mise à tomber. Et j’ai couru les yeux au ciel et j’ai gueulé dans la nuit blanche, silencieuse. Brad gueulait avec moi, dans sa langue de chien.

« ATTENDS, MEC ! J’EN AI PAS FINI AVEC TOI ! REVIENS ! »

J’avais la haine comme on dit chez moi. J’avais la haine parce que je venais d’assister à quelque chose que j’ai toujours voulu nier, vous comprenez ? Dans ces moments-là, malgré les preuves, on persiste à refuser les faits. Et je me suis mis à gueuler à travers la cité : «

J’étais tourmenté, déboussolé et triste. Je me suis assis sur une bitte en béton sur le parking de mon immeuble, les yeux toujours accrochés au ciel, je serrais mon klebs dans mes bras et je me suis mis à chialer. Oui, à chialer comme quand j’étais môme. Et j’ai marmonné : « Si t’existes vraiment; vas-y, fais moi un signe ! » Mais il se passait rien. La neige tombait de plus belle. J’étais pas bien et je ressentais une envie forte de me branler ; ça m’prend la nuit, quand j’ai des angoisses ! Je me suis dit : « Allez, laisse béton la neige, rentre chez toi, fais c’que t’as envie de faire, ensuite t’iras te pieuter pour oublier toute cette foutue histoire !. ».

Les mains dans les poches de mon cuir, le nez dégoulinant, je reniflais rageusement en traînant la patte. Je me suis dirigé vers l’entrée de mon HLM. Brad s’est mis alors à pousser des aboiements bizarres. « Qu’est-ce t’as toi ? » je lui demande. J’étais sur le point de lui balancer ma pompe dans la gueule pour le faire taire mais c’est alors que j’ai reconnu l’odeur. La neige qui tombait sur moi fondait pas. En fait, c’était pas de la neige qui venait blanchir mon blouson, non ! C’était de la cocaïne, monsieur ! De la bonne dropou, de la coco, de la neige ! Imaginez ma surprise ! J’étais comme fou, un miracle, le soir de Noël ! Le Père Noël venait de me faire un signe, il venait de me faire cadeau de plus de 200 grammes de coke que je récupérais en secouant le blanc sur mon blouson, quand je suis rentré dans ma piaule.

Vous pensez que je suis fou, docteur ?. Ou alors, vous pensez que je suis un mytho comme on dit chez moi. Un gars qui raconte des histoires à dormir debout pour se rendre intéressant devant ses copains. Si c’était le cas, j’aurais pas pris la peine de vous amener la poudre. Au moins ça, vous pouvez constater que je l’ai pas rêvé. D’ailleurs, depuis ce soir et surtout depuis la mort de Momo, j’ai décidé d’arrêter de dealer ces trucs. Momo, on peut pas dire que c’était le genre de garçon sage. C’était bien un pauvre type irrécupérable. Pourtant, si le Père Noël est venu pour lui, c’est qu’il souhaitait vraiment canner avec son produit. J’ai ma philosophie au sujet des types comme Momo. Il faisait partie de ces mecs, des crèves comme on dit, des crèves la vie. Incapables de s’adapter au monde réel, malades de la vie et qui un jour finissent par trouver le remède. On les retrouve morts d’un over-shoot, d’une balle dans la tête ou d’une super facture GDF. La vie pour Momo, c’était un calvaire insupportable. Tout ça, c’est bien triste. Mais bon ! Moi, en ce qui me concerne, je stoppe là, vous comprenez. Je me contenterai de dealer du shit ou des petits bonbons à l’entrée des boîtes, c’est moins criminel, je pense. De toutes façons, je vous laisse la preuve de ce que j’ai vécu le soir de Noël. Je vous remercie de m’avoir écouté. Au revoir, docteur !

« Les obsèques de votre femme auront lieu Mardi 28. Il est vraiment désolant de mourir d’un accident de la route un soir de Noël.

– Oui, oui ! Christine avait insisté pour venir passer le réveillon à la maison avec les enfants. Vous saviez qu’on était en instance de divorce. Enfin, c’est la vie. »

Le docteur Xavier Morel repose le combiné de téléphone et reste un moment le regard fixé sur le sachet blanc posé négligemment sur son bureau. Son dernier patient vient de le laisser là et il n’y a pas touché depuis. Il sourit, tire un tiroir de son bureau pour en retirer une petite cuillère et un tube en plastique, ensuite il ouvre le paquet et, avec la cuillère, il étale un peu de poudre sur le sous main de son bureau. Le tube dans le nez, il se penche et aspire fortement le produit.

Oui, pense-t-il en savourant la sensation qui traverse son corps, les miracles de Noël, ça existe ! Il soulève la photo encadrée posée sur son bureau sur lequelle il figure lui et ses deux enfants : Jean et Noémie. Maintenant, il se sent libre. Libre de profiter pleinement de sa vie, avec ses enfants à lui seul. « Merci d’avoir exhaussé mon voeu, Père Noël ! » dit-il à mi-voix. À la différence de son patient, il trouve que la poudre n’a pas d’odeur particulière. Il s’empresse de tout ranger dans son tiroir afin de continuer à donner ses consultations. Son dernier patient attend dans la salle d’attente. Il veut finir tôt. Aujourd’hui, les enfants sont chez leur grand-mère, la soirée, il a décidé de la passer avec Laure, son amante – une ancienne patiente. Cette femme souffrait depuis l’adolescence d’un manque de plaisir sexuel avec des partenaires qui faisaient usage du préservatif tandis qu’avec les autres, ceux qui ne prenaient pas de précaution, tout semblait lui convenir. Grâce à une thérapie appropriée, le docteur Morel a réussi à lui faire reprendre confiance en elle et dorénavant, ses blocages, liés à sa névrose, sont réduits à néant. La vie, pour Xavier Morel, est belle.

Dehors, la neige qui tombe en rafale vient blanchir les trottoirs. »

Abdelkrim T’ngor – Poudreuse

Chicano rap VS Joe Arpaio : un shérif mégalo et ségrégationniste de l’Arizona !

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« La cucaracha, la cucaracha,
Ya no puede caminar;
Porque no tiene,
porque le falta
Marijuana que fumar.
»Traditionnel.

Joe Arpaio n’est autre que ce petit homme qui ressemble ingénument à ton grand-père, c’est à dire nez/fraise bulbeux, goitre simple, bajoues de bouledogue et regard de vieux Border terrier dressé pour entrainer la meute, sauf qu’il ne fréquente pas les boulodromes et ne donne jamais à manger aux pigeons, enfin aux pigeons à la plume basanée gazouillant l’espingouin pour rester dans le domaine animalier. Ce natif de Springfield (Massachussets), en 1932, va fêter ses 82 piges le bougre, et se qualifie lui-même de « shérif le plus dur d’Amérique ! ». Non, Arpaio ne frime pas, il a passé l’âge. Il pourrait même la boucler tant les chiffres parlent pour lui. Ces chiffres précisément qui prouvent que le shérif de Phoenix (Arizona) possède des statistiques de réussite incontestables en ce qui concerne l’immigration chicano et la délinquance … Des preuves ? Alors que la criminalité a baissé de près de 20 % dans le Comté de Maricopa entre 2004 et 2008, cette baisse n’est que de 8 % dans le reste des États-Unis. A n’en pas douter des résultats à filer des complexes aux Ministres de l’Intérieur et autres tyrans les plus narcissiques de la terre entière, seulement ce sont les moyens employés qui dérangent chez José Arpaio accusé de se livrer à un profilage racial systématique en Arizona … Portrait.

Du désert jusqu’à Joe Arpaio : l’angoisse constante de La Raza.

Attention ! Il est dangereux voire mortel de traverser le désert du Sud de l’Arizona. Des croix blanches plantées à même le sol cendreux sont là pour rappeler aux chicanos téméraires les dangers encourus quand il s’agit de marcher pendant des jours et des nuits dans un four qui peut atteindre les 60 degrés Celsius. Pour les plus résistants, ceux qui arrivent à bon port, ils leur restent un ultime rempart à franchir et pas des moindres: il s’agit de l’indéboulonnable Joe Arpaio, élu shérif du Comté en 1992.
Après avoir été agent spécial au sein du Bureau of Narcotics pendant 25 ans (devenu depuis la D.E.A, récemment brutalisée par Maxo Kream dans « Lewinsky ») Arpaio est poursuivit pour discrimination raciale et sexuelle par un de ses collègues de la DEA en 1981. Seulement, Joe a les appuis nécessaires pour continuer à perpétrer cette politique du mépris et de la terreur depuis près de 50 ans sans que quiconque puisse politiquement l’abattre. Il y avait notamment ce suprémaciste blanc d’Arizona, un certain Jason Todd J.T. Ready, à la fois ex-marine, co-fondateur du Neo-Nazi Socialist Movement, mais aussi « recovering mormon », lequel assistait fréquemment aux meetings chargés d’antagonisme de Joe avant de se suicider après avoir tué sa fiancé et trois membres de la famille de celle-ci.

Célébration du 18ème anniversaire de Tent City Jail [Quartier des femmes]
Célébration du 18ème anniversaire de Tent City Jail [Quartier des femmes]

C’est rien de dire que la chicanophobie pollue chacun des atomes de son corps flétri à ce Eugene « Bull » Connor des années 2000. Il y a vingt ans, Arpaio a fait construire Tent City, prison dans laquelle 2000 détenus vivent en permanence en plein désert sous des toiles de tente, contraints de casser des cailloux dans la chaleur asphyxiante. « Travaux forcés ! » et « Magazines pornos interdits ! » affichent les panneaux à l’entrée du bagne.
Les Fédéraux mais aussi Barack Obama ont bien tenté de lui mettre les bâtons dans les roues, pourtant le shérif n’abdique toujours pas : « Ces gens là seront quand même arrêtés, parce que nous avons des lois locales qui continuent à s’appliquer. S’ils croient que je vais abdiquer ils se trompent ! » martèle-t-il, chapeau de mexicain enfoncé sur la tête… Une sorte de Jean-Claude Gaudin sous amphètes capable de massacrer le refrain intemporel de La Cucaracha pour moissonner quelques votes.

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D’ailleurs, Arpaio a déclaré la guerre à Obama, enquêtant sans interruption sur l’authenticité du certificat de naissance de l’actuel président américain, l’accusant d’avoir dénaturé la loi fédérale sur l’immigration par pure démagogie électorale, à vrai dire s’assurer le vote crucial des Latinos sans lequel il aurait eu beaucoup plus de difficultés pour se faire élire. Les rappeurs chicanos Avenue Gangsters, Serio, Chingo Bling, Lil’ Chico et autre Yung Ridah ont beau monter au créneau et qualifier Arpaio d’enculé sur des beats dirty, les choses sont immuables à Maricopa. Malgré que la proportion des habitants d’origines hispaniques ait fait un bond de 45 % lors de la dernière décennie, c’est l’argent appartenant aux banlieues réactionnaire blanches de Phoenix qui décide du pouvoir. Indéfendable sur le plan juridique, cette initiative de harceler et de multiplier les délits de faciès cartonne au niveau politique, car rengaine conspirationniste très prisée parmi ses électeurs d’extrême droite où l’âge moyen est de 73 ans.
En fait, Arpaio est très lucide sur sa réputation de shérif/chasseur de clandestins : « Les Hispaniques me détestent car ils ont peur de se faire arrêter ! »

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Tent City ou ‘pudrirse en la carcèl’ en sous-vêtements roses.

Non, Trent City n’est pas une prison comme les autres. Rien à voir par exemple avec Angola (Louisiane) où les prisonniers, afro américains en grande majorité, se muent en comédiens et jouent des pièces sur la vie de Jésus afin de postuler à un hypothétique rachat, à la rédemption. Ici, à Tent City, on se fait traiter de « wet back » (dos mouillés), d’ « enculés, de salopes de Mexicains » et on casse des cailloux comme au bon vieux temps des chain gangs!
Évidemment, Arpaio a été visé par une procédure du ministre de la Justice pour une série de violations des droits de l’homme commises à l’encontre de son cheptel de Latinos. Bref, rien ne semble inquiéter Joe, lequel, en vieux roublard, a infligé quelques raids nocturnes afin de vérifier la validité des papiers des portiers chicanos de l’hôtel de ville occupé par George Gascon, chef de la police de Mesa qui lui cherchait des noises.
Pour rajouter un peu de piment à cette sombre affaire, Joe Arpaio oblige les détenus à porter des sous-vêtements roses sous leur tenue à rayures blanches et noires, une façon de mieux contrôler les vols des slips boxer blancs par les détenus … Si un slip ou un tricot de corps disparaissent, le détenu se doit d’enfiler ces dessous roses, humiliation ultime pour un macho de chicano.
« Le public est mon patron ! » claironne-t-il, méchamment égotiste, à qui veut l’entendre. Du coup, le caleçon rose,  Arpaio en a fait un des ressorts burlesques de ses campagnes électorales successives qui sentent toujours autant le sapin pour les chicanos, running gag qui participe à cette médiatisation dont il est le principal bénéficiaire depuis la sortie de son livre : « American’s Toughest Sheriff » en 1996.

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Un clown du cirque médiatique accroché à vie à son calibre 50

Pour répondre aux Fédéraux qui refusent de coopérer, pour marquer le coup, Arpaio arrête 500 clandestins de plus en cette année électorale 20012. Escalade dans la provocation qu’il justifie par : « Vote hispanique. Année électorale. Je sers de repoussoir ! ». Pourtant, montré du doigt pour avoir négligé plus de 400 crimes sexuels commis dans le Comté, puis dénoncé par un rapport interne évoquant des années de corruption et de comportement répréhensible, Arpaio s’accroche au gouvernail du pouvoir à la façon d’un cap-hornier syrupé en pleine tempête. Du coup, la Raza se met à espérer un chavirage de son rafiot réactionnaire car il a de plus en plus de mal à arrêter puis à expulser ceux qui n’ont commis aucun délit depuis que Obama a assoupli la politique d’immigration.
Malgré l’image entièrement négative que lui renvoie sans cesse la presse, Arpaio continue à jouer sa partition démagogique pour son seul public de rupins de Phoenix et ça fonctionne toujours aussi bien… Il a collecté pas moins de 7 millions de dollars pour sa campagne et se voit bien rester shérif du Comté de Maricopa jusqu’à 90 voire 100 piges, même assis dans un fauteuil roulant avec un calibre 50 chargé à portée de sa main tremblotante…
Après avoir réclamé des drones au gouvernement pour stopper trafic de drogue et contrebandes frontalières diverses, c’est le cœur sur la main (l’autre sur son calibre 50) que Arpaio a proposé un menu spécial aux détenus de Tent City afin de célébrer dignement Thanksgiving de novembre 2013 – repas payant bien entendu :  5 oz. of turkey soy casserole (24 cents), 1 cup of mashed potatoes (12 cents), 1 cup of glazed carrots (7 cents), half a cup of fresh fruit (8 cents), 1 cup of brownies (which were donated), a dinner roll (4 cents), margarine (1 cent).

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Buen provecho hermanos !

Flynt : 20 questions à propos de Retrographie

Techniquement, c’est pas une véritable interview, puisque, contrairement à notre dernière entrevue avec Flynt, la conversation s’est cette fois-ci déroulé par mail. Du coup, l’échange parait peut-être un peu moins spontané. Rien de grave, mais autant que tu sois prévenu, car on ne roule pas nos lecteurs dans la farine. Lire la suite « Flynt : 20 questions à propos de Retrographie »