Mode d’emploi : toi aussi fabrique ta chronique de Or Noir !

Écrire une chronique rap, c’est pas bien compliqué. La preuve en quelques points, avec Or Noir de Kaaris :

1. Rappeler que Kaaris est numéro 1 sur Itunes

Les Inrocks
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Le Nouvel Obs
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MeltyBuzz
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2. « Kaaris était encore inconnu l’année dernière …

Nouvel Obs
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… mais nous on est trop frais alors on le connaissait déjà »

Rockyrama
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WeLove
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3. PARLER DE KALASH. C’EST OBLIGATOIRE. THIS IS THE LAW.

Nouvel Obs
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Rap-game.org
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4. Résumer le style de Kaaris en quelques mots

Rockyrama
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Les Inrocks
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Variante possible autour du champ lexical de la violence :

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5. En placer une pour Therapy et Chris Maccari :

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Rockyrama
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WeLove
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6. (bonus) Si t’es « spécialiste des cultures urbaines » (sic) et que t’as un chapeau, c’est encore mieux.

LOL

Chronique : Kaaris – Or Noir

Rarement un premier album n’avait suscité une telle attente. Après cinq extraits tous plus efficaces les uns que les autres, Or Noir se dévoile enfin, laissant transparaitre un résultat très en marge de ce que propose la scène rap français depuis quelques années. Retour sur 18 pistes de pur romantisme assumé.

Alors que Kaaris assurait à qui veut l’entendre « préparer un album hardcore », force est de constater que l’intro le fait déjà mentir. Entrée en matière douce et bucolique, « Bizon » prend immédiatement l’auditeur à contre-pied. Véritable hymne à la femme, cette première balade invite tout gentleman digne de ce nom à éviter à sa dulcinée les contraignants transports en commun (« J’veux voir ton clito dans le Merco« ), et surtout, là où le rap s’est fait connaitre avec les « Nique ta mère » et autres « Motherfucker », à aimer les mamans, en appelant à les satisfaire durablement et efficacement (« J’leur baise tellement leurs daronnes qu’elles ont même du retard sur leurs menstrues« ).

La suite de l’album suit l’inclinaison bucolique de Bizon. Oscillant entre douceur et romantisme, entre envolées passionnées et balades débonnaires, Or Noir ne dépasse jamais le stade de simple « disque à l’eau de rose ». Alors, certes, le personnage de Kaaris n’a pas la virilité d’un Sneazzy West, et on ne peut décemment pas lui demander de faire rimer shnek et chèque. Bien sûr, par instants, on sent qu’il cherche à durcir son jeu, à sortir de son style si gentillet … mais sa nature reprend immédiatement le dessus. Exemple le plus criant : sur Dès le Départ, Kaaris prend les devants, lâche enfin un peu d’énervement au micro (« On te casse le cul … »). Mais dans la seconde suivante, il se sent obligé de se rattraper, et le gentil sevrannais refait surface. Résultat ? « On te casse le cul … et on le répare« .

Un homosexuel se cache sur cette image. Sauras-tu le retrouver ?
Un homosexuel se cache dans cette image. Sauras-tu le retrouver ?

On ne demande pas à Kaaris de jouer le mec hardcore, ce ne serait pas cohérent. Mais un album entier, fait uniquement de chansons douces, est-ce vraiment envisageable, dans le rap français, en 2013 ? Ne devrait-il pas plutôt chercher à casser son image de mec fragile, de petite nature ? Souvenez-vous ce morceau de Disiz la Peste, dans lequel il racontait comment, à 35 ans, il se faisait raqueter par des mecs de son quartier. En s’exposant autant, en livrant autant sa personnalité délicate, Kaaris ne risque-t-il pas de subir le même sort ? On aimerait parfois qu’il montre un peu plus les crocs, ne serait-ce que des dents de lait.

Incapable de faire du mal à une mouche, le rappeur avoue même ne pas oser tuer un animal avant de le manger (« Ici on découpe notre steak sur le dos de l’animal vivant« ). Généreux (« Le compte courant sur le gros cul des strip-teaseuses« ), jamais avare de bons conseils (« Si tu veux pas te mouiller faut pisser dans la direction du vent« ), il se décrit tantôt comme le parfait collègue de travail (« J’t’apporte des gobelets en plastique pour ton pot de départ« ), tantôt comme un amant amoureux et délicat (« Suce-moi la bite jusqu’à c’que j’en ai marre« ).

Pas franchement aidé par la direction artistique de Therapy, qui oriente clairement l’album dans une direction tendre, langoureuse, limite pastel, on finit presque par se demander pourquoi « Or Noir » et pas « Or Rose ». Pas une mauvaise galette au final, on retiendra surtout ce manque de virilité ambiant, cette propension ininterrompue à chanter l’amour, la tolérance et le rejet inconditionnel de toute forme de violence. Kaaris, on t’aime bien, mais si tu veux être un peu crédible dans ce rap-jeu, va falloir aller pousser à la salle.

From Russia with Love, épisode 2 : Evsei Agron

En mai 1972, la visite du président américain Richard Nixon à Moscou marque l’apaisement des tensions de la Guerre Froide. Conséquence directe de ce revirement politique, le gouvernement soviétique autorise plusieurs milliers de ressortissants juifs à quitter l’URSS. Bon nombre de ces émigrants se réfugient aux États-Unis dès 1975, profitant de l’amendement Jackson-Vanik de 1974, qui était prévu pour faciliter ce genre de démarches. L’aéroport John F. Kennedy accueille jusqu’à 600 émigrés par jour au cours de cette vague d’immigration qui enrichira au total la population étasunienne de plus de 5 000 personnes. Aux États-Unis, les soviétiques s’étaient établis dans le quartier de Brighton Beach, à Brooklyn, un quartier ouvrier qui offrait à la fois des loyers relativement réduits et la proximité d’une plage et de l’océan. Très vite le quartier se trouva afflubé du surnom de Petite Odessa, car son ambiance cosmopolite n’étais pas sans rappeler les rivages de la Mer Noire et cette charmante ville de Crimée qu’est Odessa, et qui avait par ailleurs largement fourni cette vague d’immigration puisqu’elle était réputée pour abriter une importante population juive.

La petite Odessa vers 1980
La petite Odessa vers 1980

Si à priori cette opération se déroula sans anicroches, il en allait autrement en réalité. En effet, on présume aujourd’hui que le KGB avait profité de cette occasion exceptionnelle pour envoyer à l’étranger les truands qui perturbaient le fonctionnement du système pénitentiaire soviétique. Ceux-ci se fondirent sans difficultés dans la masse des nouveaux arrivants et les douaniers américains n’y virent que du feu, d’autant plus que l’existence d’une organisation criminelle russe était totalement inconnue aux États-Unis à cette époque.

Ce 8 octobre 1975, entre deux couples de vieillards yiddish, un homme d’une quarantaine d’années se présente aux douaniers et n’attire aucunement leur attention. Il est de taille moyenne, a un crâne étiré, le front dégarni, des yeux noirs et une moustache tombante. Il ne contraste en aucune manière avec la foule qui l’environne. Et pourtant. « Evseï Agron », inscrit-il dans son formulaire d’immigration ; il indique également être natif de Leningrad (l’actuelle ville de Saint-Pétersbourg) et arriver d’Allemagne de l’Est, où il aurait séjourné quatre ans. Dans la catégorie « profession », il écrit: « joaillier ». Il omet de préciser qu’il a passé sept années (ou dix selon les sources) en prison pour meurtre et contrebande et qu’il en est ressorti adoubé « Voleur dans la Loi » (Vor v Zakonie), c’est à dire appartenant à cette caste de criminels endurcis qui, soumis à un code d’honneur, formaient une sorte d’aristocratie du crime organisé soviétique. Après avoir quitté la Russie en 1971, il a dirigé pendant les quatre années qu’il a passé en RDA une bande qui contrôlait les tripots de jeu et la prostitution à Hambourg.

Evsei Agron et sa proverbiale moustache
Evsei Agron et sa proverbiale moustache

Installé à Brighton Beach, Agron entreprend de réunir une bande, sa « Brigade », qui avait son Quartier Général dans l’arrière-salle d’un bar miteux, l’El Caribe Club. Premier arrivé, premier servi, Agron et sa Brigade prirent rapidement le contrôle d’un certain nombre d’affaires de Brighton Beach et soumirent la plupart des criminels indépendants à leur joug. Les hommes d’Argon trempaient dans toutes les magouilles imaginables, du vol à l’arnaque à l’assurance. Ces affaires rapportaient vers 1980 aux environs de 500 000 dollars par semaine au premier « parrain » juif de Brighton selon un journal américain. Il aurait même acheté le « Nouveau Mot Russe », un journal cyrillique de Brighton. Il avait organisé un racket des commerces sur un principe très simple: il envoyait des hommes créer du désordre dans les commerces et ceux-ci venaient chercher d’eux-mêmes sa protection. Il prélevait en échange de cette protection 10 à 15 pourcents des revenus de chaque commerce. Un ancien membre de la bande témoigne: « Que se passait-il si quelqu’un refusait de payer? On l’aurait tué devant tout le monde. Mais tout le monde payait de manière régulière. Ils savaient ce qui les attendait s’ils ne payaient pas. Ils savaient qu’on les aurait tués. »

Agron travaille avec son associé, chauffeur et garde du corps Boris « Beepa » Nayfeld, un biélorusse féru de musculation, sur cette affaire de racket qui assure son fond de commerce.

Evseï était réputé pour sa rigueur qui confinait au sadisme. Il conservait dans sa voiture un pique-boeuf électrique avec lequel il n’hésitait pas à frapper ou à torturer ses victimes. Plusieurs rumeurs circulaient alors sur son compte. Ainsi vers 1980, une émigrante aurait accepté de témoigner contre un de ses complices. Avant même que l’affaire soit traduite en justice, l’émigrante et son fils avaient été tués et leurs yeux arrachés, selon la tradition des truands russes qui voulait que les yeux du mort gardent l’empreinte visuelle de son assassin. On racontait aussi que le jour des noces de la fille d’un immigré russe, il aurait appelé ce dernier en le menaçant de tuer la mariée s’il ne lui amenait pas 15 000 dollars. Appeler la police, c’était prendre le risque de recevoir une visite impromptue d’hommes de main du parrain de la Petite Odessa, les gros bras Nayfeld ou le tueur Émile Pouzyretsky.

Mais Evseï, figure haute en couleurs par excellence, a laissé derrière lui une image qui contrastait souvent avec cette violence apparente. Ainsi le chanteur Mikhail Choufoutinsky racontait au cours d’une interview qu’Argon lui-même l’avait aidé à commencer sa célèbre chanson « À la Kolyma ». D’après lui, Agron aurait été un homme intelligent et cultivé, amateur de musique et qui aurait connu pat coeur un certain nombre de chansons. Il a précisé qu’il l’avait rencontré en tant que participant à l’album de chansons de sa femme Maïa Rosova, une artiste de cabaret. Un journaliste indépendant disait à son sujet: « Comme beaucoup de vrais criminels, Agron n’entretenait pas de mode de vie extravagant. »

« Na Kolymie », À là Kolyma, chanson célébrissime à l’écriture de laquelle Agron aurait pris part.

Les affaires d’Evseï lui rapportaient environ 100 millions de dollars par an, mais il souhaitait passer à l’étape supérieure. Sa cible principale était Michael Markowitz, qui gérait plusieurs stations services à Brooklyn qui vendaient du pétrole détaxé obtenu à la suite d’opérations complexes impliquant une chaîne d’entreprises fictives, les « burning companies », qui s’évaporaient une fois la transaction terminée. Conscient de la menace qu’Argon représentait, Markowitz contacta Michael Franzese, représentant de la famille Colombo. La coopérative qu’il mit en place avec l’aide de celui-ci contrôlait environ 600 stations-service à New-York et assurait 75 pourcents des bénéfices aux italiens et 25 seulement aux russes. Elle marquait l’entrée de ces derniers dans le crime organisé américain, et assurait de plus à Markowitz une sécurité certaine vis-à-vis de son concurrent.

Il est lui-même en contact avec la famille Genovese par l’intermédiaire de Murray Wilson, connu du FSB pour ses talents de blanchisseur d’argent. Murray avait arrêté ses études prématurément, mais cela ne l’a pas empêché de maîtriser le système boursier international ou les réseaux offshore avec une facilité déconcertante. Il avait entamé des opérations de blanchiment d’argent avec l’aide des Genovese par le biais de casinos au moment où il décida de se lancer dans la fraude fiscale sur les produits pétroliers, une arnaque qui rapportait à ses concurrents aux environs d’un milliard et demi de dollars par an. Il contrôle bientôt un tiers des détaillants de pétrole de l’agglomération new-yorkaise. Malgré des contrôles réguliers, l’administration des impôts est incapable de parer la technique qu’il emploie. Tous les samedis, il se rend aux bains turcs dans le Lower East Side, à Manhattan, pour traiter avec ses associés. Ce lieu présente l’avantage de garantir l’absence de micros cachés ou d’armes sur ses interlocuteurs, en plus du cachet qu’il leur accorde du fait de visites régulières que leur accordaient au temps de la prostitution de gangsters aussi légendaires que Meyer Lansky, Bugsy Siegel ou Lucky Luciano.

Les bains russes et turcs, lieu de rencontres mafieuses
Les bains russes et turcs, lieu de rencontres mafieuses

Cependant cette montée en puissance et le caractère tyrannique d’Argon suscitèrent des jalousie et des haines, couvertes ou non. Agron a été victime à plusieurs reprises de tentatives d’assassinat. La première tentative d’assassinat a eu lieu pendant qu’il se promènait sur les rivages de Coney Island, en 1980. On attribue ce crime à une vengeance ou à une dette non-remboursée mais Agron lui-même n’a jamais commenté ces hypothèses.

La dernière image d'Evseï Agron, le parrain de la Petite Odessa
La dernière image d’Evseï Agron, le parrain de la Petite Odessa

Le 24 janvier 1984, en un inconnu ouvre le feu sur lui alors qu’il sort du garage de son appartement d’Ocean Parkway. Il est touché au cou et au visage, on l’envoie à l’hôpital. Les balles ne pouvant être extraites, il garde comme souvenir de cette mésaventure une moitié de visage paralysée, figée sur un éternel sourire. Il est probable que cette seconde tentative de meurtre soir imputable à Boris Goldberg, ex-officier de l’armée israélienne qui dirigeait un vaste réseau de distribution de cocaïne et d’armes et avec lequel Agron avait entamé une guerre. En mai 1984, Agron réunit ses troupes pour contrattaquer mais apprend que le bâtiment où la réunion a lieu est encerclé par des gangsters mexicains alliés de Goldberg. Le troisième essai se révèlera être le bon. Le 4 mai 1985, Boris Nayfeld part chercher son employeur pour le conduire aux bains. Il lui téléphone, Agron sort de son appartement. À 8h 35 exactement, il appuye sur le bouton de son ascenseur lorsqu’un homme vêtu d’un survêtement de sport et de lunettes de soleil embusqué dans la cage d’escaliers surgit dans son dos et le tue d’une balle dans le crâne. On ne connait pas les commanditaires de son meurtre, mais les noms de Vladimir Reznikov et de Marat Balagula, le successeur d’Agron au poste de parrain de la Petite Odessa, ont été mentionnés à ce sujet à plusieurs reprises.

Le bi-mensuel du Boguibog #1

Ma mission au sein du Captcha est de vous proposer une sélection musicale d’à peu près tous horizons confondues 2 fois par mois chacune entrecoupée d’une quinzaine de jours. Après cette phrase horrible qui ne voulait pas dire grand chose, je vous laisse lire ma petite sélection, et pour la prochaine fois yaura pas d’intro abominable du genre, j’aurais pris le soin de m’étouffer dans mon vomis tout regardant une compil des coulisses des pires scènes d’anal de Belladonna.

T.Gaines – The Groove God (mixtape gratuite)

Hormis la pochette qui laisse grave à désirer niveau hétérosexualité, The Groove God est un projet vraiment frais qui fait beaucoup de bien aux oreilles. T.Gaines est un rappeur en provenance de Chicago actif depuis une grosse année avec déjà un EP à son actif du nom de « Everything Again ». Notre cher ami rappe de manière relativement technique, avec des sujets assez variés allant de grandes théories à la cons que seuls les bâtards de hippies qui prennent possession de nos âmes aux environs de 6 heures du matin oseraient aborder, jusqu’à des thèmes plus simples comme sa ville en général ou son goût pour un certain type de femme. Et pour parfaire le tout, le mec sort des sentiers motocultés de la trap pour nous proposer du rap avec des syllabes et des mots compréhensibles. Non pas que je crache sur les flows codéinés, mais parfois un peu de conventionnalité ne fait pas mal lorsque l’on ne sait plus si ce que l’on écoute est vraiment digeste ou non.

Pour choper le projet c’est ICI.

Danny Brown – Old

19 titres durant lesquels je n’ose pas compter le nombre de mdma/mollysmoke/bluntsnort/cocainesip/lean, pop/pussy qu’on peut trouver tout au long des pistes, sinon je pense mourir de joie. Mais je retiens parfaitement que Danny Brown a décidé d’offrir à son public une visite au plus profond de lui-même en lui filant une dose bien plus élevée qu’il le faudrait d’acides, un scalpel et une ligne de basse de bâtard. Et c’est étrangement jouissif. Je sais pas si vous avez déjà eu l’occasion de baiser dans la chambre de vos grand-parents, mais là c’est exactement la sensation ressentie à l’écoute de l’album : un plaisir doublé du fait de l’interdit bien glauque, mais une sensation de malaise horrible en repensant à tout ce qui a pu se passer dans cette chambre qui empeste le vécu, les chemins sinueux et malgré tout l’amour.

Dom Kennedy – Get Home Safely

Dom revient avec son 4eme album et c’est que du bonheur de revoir le chauvin de L.A. On sent une maturité de ouf ainsi qu’un sujet vraiment bien maîtrisé de sa part. Au travers des 18 pistes il nous dépeint une côte Ouest entre soleil, femmes bronzées agiles et ghettos accueillants.
Je ne peux que vous conseiller d’utiliser cet album en guise de gingembre pour vos moments d’ébats les plus sensuels, l’heure d’écoute transpire le sexe bien fait, mais pas trop sauvage non plus.

Diplo – Revolution EP

Tu as besoin de musique pour faire des pompes sautées sur les poings ? Tu n’as plus de quoi te motiver pour cuisiner du crack sous speed ? Ou tu veux simplement transpirer tes acides dans une cave au rythme de basses qui te feront saigner des tympans ? Ben voilà, pour moins cher qu’un taz tu as de quoi te gaver mon copain. Ne t’attends bien évidemment pas à de la grande musique, juste un petit groupe de plus qui fait de l’electro-trap bien énervée.

2 Chainz – BOATS 2 : Me Time

Jar Jar Binks a sorti son nouvel album il y a un petit mois, et c’est passé aussi inaperçu qu’un sexe mal rasé dans une partouze de classe populaire. En plus l’album a pris de mauvaises critiques. Mais en tant que bon connard, j’ai quand même voulu voir ce que ça donnait, sachant que son premier album ne m’avait pas convaincu du tout. Et étrangement, j’ai l’impression que Tity Boy a trouvé la solution miracle pour faire un album quasiment parfait : la débilité profonde. On dirait qu’il assume complètement son mauvais goût ainsi que son incapacité à pouvoir déployer quelconque type d’intelligence supérieure à celle d’un clochard ivre mort à 3 heures du matin en club de strip-tease. Et c’est vraiment excellent. Ah oui, et c’est rempli de featurings, eux aussi de mauvais goût.

CHVRCHES – The Bones Of What You Believe

[Attention ceci n’est pas du rap] N’écoute surtout pas cet album si les longues après-midis passées à te regarder dans le blanc des yeux avec ton ou ta petit(e)-ami(e) restent un souvenir douloureux (voire même pas un souvenir) ou si l’idée de te balader nu(e) dans un champs après avoir pris du LSD ne t’emballe pas plus que ça. Sinon, c’est un groupe écossais qui fait de l’electropopswingchantfunkavecunpeudegrooveparfoisrockslowmotion.

Starlito & Don Trip – Step Brothers 2

Les deux demi-frères reviennent avec leur album (ou mixtape gratuite, c’est vraiment à rien y  comprendre chez eux et c’est par ICI) qui renifle le Sud à 3 kilomètres, et c’est pour notre plus grand plaisir auriculaire. Les 2 compères aux voix qui n’ont rien à voir rappent à propos de divers sujets -bien évidemment très thus – mais avec quelque chose que l’on peut percevoir comme du regret. Ils ont beau nous chier dessus leur supériorité de rappeurs aux fronts en fonte, on sent tout de même une pointe d’humanité grâce à cette touche de lamentation ainsi qu’aux productions qui te donnent à la fois envie de swinguer comme un veau, mais parfois aussi de pleurer un peu en repensant à des choses tristes comme le jour où ton pote  dealer a posé sa démission dans le domaine du traffic illicite, enfin tout ce genre de trucs graves quoi.

Le Gouffre – Marche Arrière

J’écoutais tranquillement « My Name Is My Name » de Pusha T pour essayer de le caser dans cette chronique lorsque j’ai remarqué que mes oreilles commençaient à suinter une quantité de merde trop importante, situation délicate qui m’a forcé à écourter l’écoute et de ne plus jamais vouloir entendre parler de cet album du diable. Voulant tout de même finir en beauté, je me suis un peu penché sur ce que pouvait offrir le rap français en ce moment, et c’est là que je me suis rappelé du projet Du Gouffre. J’ai dans un premier temps frolé le lumbago en voyant des noms comme Nekfeu ou Rabakar dans le tracklist, mais j’ai réussi à me ressaisir en voyant le nombre de pistes (69, c’est assez ouf) et que les bougres avaient invité des mecs comme Niro, Atef, Furax et j’en passe. Donc non je n’ai pas écouté beaucoup de titres de ce projet, mais je pense qu’il mérite le coup d’oreille (ndlr : on reviendra d’ailleurs plus en détail sur ce projet prochainement). Et vous aurez le même sentiment que moi une fois que vous aurez cliqué sur le lien ci-dessous, juste parce que c’est Katana, que c’est nouveau, et que c’est bien évidemment de la bombe.

Young Dolph : first round draft pick + Extra Stupid Mixtape.

Rangeons d’office Young Dolph parmi les sophomores. Même s’il n’a pas encore une énorme exposition outre atlantique, le jeune rappeur de Memphis commence à se faire un nom, du moins dans le sale sud des Etats-Unis. En témoignent ses nombreuses collaborations avec des noms qui vous seront surement familiers : Juicy J, Project Pat, 8 Ball & MJG dans un premier temps, Memphis 10 affiliation. Young Scooter et aussi surtout Gucci Mane, proche voisins d’Atlanta.

Après avoir vu le nom de Dolph traîner discrètement sur les nombreuses cassettes de l’homme au cône glacé, les deux rappeurs ont finalement sorti une mixtape en commun sobrement appelée EastAtlantaMemphis. Des rumeurs ont même circulé dans les internets à propos d’une signature de Young Dolph chez Bricksquad. Même si au final, cette histoire est restée au stade de rumeur (et peut être tant mieux finalement), ça peut vous aider à évaluer le potentiel du jeunot. Rappelez-vous que Waka Flocka, Future et dans un avenir proche (sans prendre trop de risques) Young Scooter ont tous été plus ou moins mis dans le rap jeu grâce à tonton Gucci. Rentrons dans le vif du sujet : qui est-il ? D’où vient-il ?

J’ai découvert Dolph en errant sans but dans les suggestions Youtube (un job a plein temps) et en tombant sur le titre I Think I’m Sprung. Des basses plus lourdes que les fesses de Cherokee , Juicy J en LV qui rappe un puissant couplet devant une Bentley, un refrain qui rentre dans le crâne sans plus jamais vouloir sortir … Ca parlait d’herbe, d’argent sale, avec des punchlines mongoles à souhait (le gimmick de Dolph est d’ailleurs : STUUUUUUPID), ça dansait des coudes … Il n’en fallait pas plus. Sur la première ligne (à l’époque) de son CV figurait High Class Street Music 2. Une cassette pas exceptionnelle mais qui laissait par quelques indices, espérer du très bon à l’avenir. Dans le désordre, le street banger Gangsta (avec l’intro de son clip que je vous laisse savourer), son amour pour les polos Ralph, un son avec Drumma Boy (excellent producteur, originaire de Memphis lui aussi ), I need my medecine, un feat avec 2 Chainz (époque T.R.U Realigion) un flow nonchalant à souhait … Et l’intime conviction que les cris insupportables de Dj Scream était finalement des douceurs pour les oreilles à côté des beuglements insupportables de Bigga Rankin (#teamNODJ).

Deux mixtapes plus tard, Young Dolph est passé de futur bon potentiel au statut d’un prétendant d’un pick parmi les 5 premiers choix de la draft. A Time 2 Kill est le projet de plus de 20 titres qui est probablement encore aujourd’hui sa meilleure ogive. Si vous voulez vous faire une idée fidèle de ce que Dolph Gabbana a sous le capot, c’est ce qu’il faut écouter en priorité. Le street single A-Plus leaké juste avant la sortie de la K7 annonçait la couleur : enchainement de titres puissants (Sky High), savant mélange entre le spectre de Memphis et la trap music moderne purement Géorgienne. Tout y passe. Apologie au statut d’auto-entrepreneur : Money Talk avec Don Trip, Money Money Money, Clientele, Booked Up avec Gucci Mane. L’addiction aux diverses drogues locales (Hella Stoned) et les histoires de rues toujours bien décrites, avec souvent, Oncle Vick comme point central : Runs Thru My Blood, Survival Of The Fittest et Linvin’ My Life. Orchestré de très près par Dj Squeeky qui signe 80% des prods, vieux mais néanmoins talentueux DJ originaire de … Memphis.

 

Les deux tapes suivantes symboliseront la vitesse de croisière de Young Dolph. C’est solide et homogène. Blue Magic (bel hommage a Frank Lucas, d’Harlem pas de Star Wars) se verra doté d’un peu moins de prod de Squeeky et d’un peu plus de Drumma Boy. High Class Street Music 3 : Trapin Out A Mansion la dernière en date, est objectivement un niveau en-dessous malgré quelques pépites. No Sleep, Insane, Grew Up… Si Dolph n’avait cesser de crier à longueur de morceau «I should do a movie» pour je ne sais quelle raison, sa prochaine sortie ira dans ce sens : South Memphis Kingpin sort aujourd’hui chez tous les bons crémiers, et sera accompagné par un DVD disponible sur iTunes (et donc payant probablement) le 19 #YOUSMELLME ?!

 

Vous pouvez d’ailleurs retrouver toutes ces mixtapes en version NO DJ sur iTunes. Blue Magic, A Time 2 Kill, Hustler Paradise et Trappin’ Out A Mansion.

Comme d’habitude, votre site favori vous livre une mixtape qui vient tout juste de sortir du four : EXTRA STUPiD MiXTAPE, YOUNG DOLH & FRiENDS. Cliquez mes jeunes, c’est gratuit et non-imposable. Vous pourrez écouter ce que peux produire Young Dolph en dehors de ses propres mixtapes et sans son « entourage habituel » : Dj Squeeky et Drumma Boy particulièrement. Entre les synthés des prods de Zaytoven et les notes de piano estampillé Speakers Knockers, vous retrouverez des featurings avec des rappeurs assez méconnus sur notre coté de la planète : Don Trip, Starlito, Peewee Longway, Scooter, Zed Zilla… STUUUUUUUPiD !

 

HUNTER S. THOMPSON : JOURNALISTE ET HORS-LA-LOI (1)

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« Je suis très branché rythme – écrire au sens musical. J’aime le charabia si ça chante ! » Hunter S. Thompson.

Hunter Thompson est mort comme Hemingway, son modèle, seul le choix du calibre diffère en ce qui concerne leur suicide: petit trou donc petit calibre pour Thompson, du gros sel pour le vieil Ernest. Qu’importe de mourir à 67 balais pour quelqu’un qui était persuadé qu’il mourrait avant la trentaine et considérait le reste comme du rabe.
« Hunter ne s’est pas suicidé, Hunter a suivit la voie du samouraï. » s’est écrié Iggy Pop, poétisant le jusqu’au-boutisme du casse-couille de première qui a inventé le genre littéraire « Gonzo ». A savoir, se positionner au cœur du sujet traité au moyen d’un journalisme subjectif qui a le don de mettre le lecteur dans une position réactive — aidé en cela par de grands renforts d’alcool et de substances plus ou moins licites.

En fait, hormis trois ou quatre bouquins à ranger aux rayons du Panthéon « Gonzo » , l’unique sujet de l’œuvre de Hunter c’est avant tout sa vie que tout le monde ou presque connait dans les grandes lignes. Vie de chieur patenté entamée à Louisville (Kentucky) le jour de la mort de son père qui les laissent, lui et sa famille, dans le plus grand désarrois financier. A partir de là, c’est un gamin doté d’une intelligence assez troublante qui entre dans une spirale négative : vandalisme, agressions, racket et menaces de viol qui lui font rater les études et l’envoient en taule.
A sa libération, on le pousse à quitter sa ville natale et à s’engager dans l’armée de l’air, ultime alternative pour un délinquant de cet acabit… Seulement, il a une haine viscérale de l’autorité et lorsqu’il pense devenir pilote on lui impose le droit de devenir…. électricien. C’est déjà l’écriture qui lui permet d’échapper à un quotidien concentrationnaire où jouer à la guerre prend toute la sainte journée. Lorsqu’il intègre la rédaction du Command Courrier en tant que journaliste sportif, il inaugure une technique qu’il utilisera plus tard dans Fear And Loathing in Las Vegas : la fausse « note de rédaction ». Pour oublier juteux acariâtres et autres colonels, il s’investit à fond dans son travail, perd vingt kilos, picole comme un trou, avale des litres de café et fume trois paquets de cigarettes par jour. Il lubrifie sa prose, raconte des histoires complètement délirantes à partir d’une anecdote dont il est le seul à en percevoir l’utilité !
Insubordinations, ribotes, ivresses diurnes et orgies nocturnes font que ses relations avec l’armée partent en vrilles jusqu’à son renvoi à la vie civile en novembre 1957.

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Le journalisme comme style de vie

Thompson a découvert le journalisme et entame une nouvelle vie. Il se retrouve vite à bosser pour un petit canard à Jersey Shore, un bled plutôt glauque en Pennsylvanie. Il ne prend même pas la peine d’encaisser son dernier salaire et prend la tangente avant que, dixit Hunter : « Ces salopards de quakers ne m’émasculent… »
Étape suivante : New York ! Aussitôt débarqué, il envoie des missives de demandes d’embauche truffées d’insultes, de provocations et menaces en tout genre (voir ci-dessous), parvient néanmoins à se faire embaucher par Time Magazine, mais touche des peccadilles et commence à s’agacer d’un style de vie réduit à des fêtes incessantes et errances nocturnes de poivrot qui cultive l’art de se créer des ennuis.

1er octobre 1958, 57 Perry Street New York City

Monsieur,

« J’ai pris un pied d’enfer en lisant l’article publié cette semaine par Time Magazine. En plus de vous souhaiter bonne chance, j’aimerais vous offrir mes services.(…) Quand vous aurez reçu cette lettre, j’aurai mis la main sur quelques exemplaires récents du Sun et, sauf si le journal ne vaut absolument rien, je vous maintiendrai mon offre. Et ne croyez pas que mon arrogance soit involontaire : je préfère vous offenser maintenant plutôt qu’après avoir commencé à travailler pour vous. »

Lassé de New York car toujours dépendant de la bonté et hospitalité de ses amis, Hunter postule au San Juan Star de Porto Rico. Bientôt, le voila à vivoter dans une cabane sur une plage à gratter des pages blanches relatant du bowling local. Travail de sténographe et non de journaliste, une sorte d’humiliation pour quelqu’un d’ambitieux comme lui. Fidèle à lui même, les flics l’arrêtent pour grivèlerie dans un restaurant de Porto Rico et le foutent en taule. Libéré grâce au bakchich qu’un ami bien placé a glissé aux autorités locales, Hunter s’enfuit à bord d’un voilier vers les Bermudes.

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Hunter S . Thompson rentre à New York, il a 23 ans et le dénuement lui colle à la peau. Il décroche 2 ou 3 petits boulots en free lance et participe à un jeu télévisé où il gagne 50 dollars après avoir raté les 300 qui lui auraient sûrement permis d’arroser son gosier en pente jusqu’à plus soif!
Fervent admirateur des écrits d’Henri Miller qui vit depuis les années 40 sur la péninsule de Big Sur à deux pas du Pacifique, il se rend sur place et, à défaut de rencontrer Miller, dégote un boulot de gardien sur une propriété privée. Sandy, sa régulière, le rejoint. Tous deux vivent chichement dans les quartiers domestiques. On est en 1961, Sandy tombe enceinte une fois, deux fois, et part se faire avorter au Mexique pendant que Hunter bosse comme un acharné sur Prince Jellyfish et The Rum Diary (qu’il appelle « Un livre de flagellation, de castagne et de baise ») et, boulot de gardien oblige, effraie les homosexuels qui pensent avoir trouvé un havre de paix à Big Sur.

Le temps de se faire embaucher par le National Observer et Thompson repart trainer ses guêtres en Amérique du Sud. Il traverse tous les pays du continent et se fixe à Rio en 1962. Lorsqu’il rejoint la Colombie à bord d’un voilier piloté par des contrebandiers, c’est pour accoucher de son premier article important : « Un américain paumé dans le fief des contrebandiers ! ». Son statut est revu à la hausse, il palpe 1000 dollars pièce pour chaque article…
Quand on le croise à Rio, il trimballe un petit singe constamment ivre dans la poche de sa veste. Finalement, à force d’accompagner Thompson dans ses cuites les plus mémorables, le  singe se suicidera en se jetant de l’appartement qui se situe au neuvième étage, tragique victime (selon Thompson) du delirium tremens.
Entre deux cuites et trois voyages, il écrit sur le traumatisme post-électoral au Brésil, s’aventure dans l’histoire des Incas, et raconte dans un style très froid la fusillade du Domino Club qu’il attribue à l’armée brésilienne. Fervent défenseur de la machine à écrire qu’il ne lâchera pas jusqu’au moment de se tirer une balle dans la bouche en 2005, Hunter ne sait pas qu’il est en train de prendre part à ce qu’on appellera bientôt le « Nouveau Journalisme ». A New York, la concurrence est rude entre cette nouvelle vague de journalistes qui s’affrontent à grand coup d’articles dans le New York Herald Tribune, l’US News, Newsweek, l’Esquire, les New Yorker et Time.
Pendant ce temps, au pays des cariocas, Thompson écrit « Pourquoi des vents de haine anti-gringo soufflent souvent au sud de la frontière », s’enivre, tire sur des rats avec un 357 Magnum et se retrouve une nouvelle fois en taule. Il faut une intervention de l’ambassade US pour le libérer.
Pris d’une frénésie de patriotisme à cause de John Kennedy et d’un nouveau optimisme envers son pays, Hunter décide de rentrer à Louisville et de se marier avec Sandy.
Si son moral est au beau fixe en cette année 1963 : « J’ai un chien, une femme, des armes, du whisky, beaucoup de temps pour travailler et une poubelle électrique ! (dans l’ordre) », l’assassinat de Kennedy à Dallas le rend furibard : « J’essaie de mettre de l’ordre dans ma rédaction au truc odieux, puant, plein de merde qui s’est produit aujourd’hui ! »

En 1964, il s’installe avec sa femme et son nouveau-né de fils, Juan, dans le quartier de La Mission à San Francisco… Il se retrouve aux premières loges d’une révolution culturelle qui s’ébroue mais le National Observer ne s’intéresse pas encore à ce genre d’article. Souvent ivre, défoncé, les relations se tendent avec le journal qui l’emploie. Se sentant au bout du rouleau en tant que journaliste, il tente de devenir chauffeur de taxi mais se retrouve à faire la queue avec vagabonds et pochards afin de distribuer des prospectus. Il quitte définitivement l’Observer à l’été 1965.

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Baston, bière-speed & LSD : l’équipée sauvage avec les Anges

Thompson a décidé d’envoyer le journalisme se faire foutre. Néanmoins, lorsqu’il apprend qu’un journaliste du nom de Briney Jarvis a été membre des Hell’s Angels, il décide de le rencontrer et se retrouve à boire quelques 50 à 60 bières avec Ralph « Sonny » Barger, chef du gang, et ses soiffards d’acolytes. A partir de là, Thompson commence à écrire un article pour le Nation, journal qui représente à cet instant la voix du progressisme US. Dès la publication de l’article «  The Motorcycle Gangs : Losers & Outsiders » en mai 1965, sept propositions de livre se profilent… Lorsque l’éditeur Ballantine Books lui propose un contrat de 1500 dollars, Hunter n’hésite pas une seconde et signe des deux mains.
N’empêche qu’il va falloir attendre la publication pour palper les picaillons, aussi, Sandy est contrainte de voler à l’étalage pour nourrir la famille. De son côté, Hunter s’encanaille avec les Anges de l’Enfer qui passent leur temps à se défoncer, à chercher des crosses, à chevaucher à la fois filles et bolides à deux roues. Ces derniers, pourtant rompus à la bière-speed , butent sur le LSD et se mettent à en avaler comme d’autres mangent des cachous. C’est ainsi que commence une belle histoire d’amour entre Thompson et le buvard de LSD.

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Bref, défoncé ou pas, Thompson n’est pas là pour enfiler des perles. Il veut à tout prix vendre son livre et sortir définitivement de la misère qui lui colle aux basques. Un jour, les choses s’enveniment lorsqu’il s’entête à défendre la supériorité de sa moto BSA face à des Anges adorateurs de la sainte Harley Davidson. Les versions de son fameux tabassage par un  Hell’s diffèrent. Si celle léguée par la légende thompsonienne lui attribuent de grosses burnes, celle de l’écrivain William McKeen le rend moins nettement moins héroïque. En fait, Hunter est le seul et unique journaliste a avoir eu le courage de venir passer plusieurs mois avec les Hell’s Angels pour écrire Hell’s Angel’s : The Strange and Terrible Saga Of The Outlaw Motorcycle Gangs, les Anges l’aiment bien mais leur mansuétude a des limites. Les différents témoignages recueillis par McKeen dépeignent un Thompson grande gueule mais qui a les clochettes qui sonnent le glas quand ça s’envenime. Ralph « Sonny » Barger raconte que Hunter s’est caché dans le coffre de sa voiture lors d’un échange musclé avec les lardus (mauvais trip dû à l’acide?). Jusqu’au jour où Thompson ose s’en prendre à Junkie George qui se dispute avec sa femme de façon plutôt virile. A vrai dire, George lui file des beignes devant toute l’assemblée avant de savater son chien venu pour le mordre. Thompson réagit à la riposte dont est victime… le clébard. Terrible erreur de sa part. Le gars lâche momentanément sa femme et son chien pour lui asséner une trempe. Aussitôt rentré chez lui après s’être définitivement fait virer par les Anges, Hunter Thompson se pose devant un miroir, prend une photo de sa trogne tuméfiée et offre à son livre la meilleure publicité qu’il n’aurait jamais imaginé.

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Bootleg : Visite chez le Gynéco

Réduire Gynéco à son premier mythique et impeccable album « Première Consultation » n’est pas rendre complètement hommage au roi de la rime nonchalante.

Car s’il s’est ridiculisé régulièrement à la télé et en soutenant le petit Nicolas, s’il n’y a rien à garder de ses deux derniers albums (dont un double), le Doc a tout de même à son actif une guirlande de morceaux et de couplets post « Première Consultation », qui vont du coup d’éclat dilettante à la grosse tuerie. Avec depuis le début les mêmes obsessions, en vrac : dire la vérité, clasher l’industrie du disque, serrer des meufs, mourir vieux, être tranquillement au dessus du lot (ou en marge).

Rétrospective de la période 1996-2002 en forme de best of de l’une des canailles les plus charismatiques du rap jeu français.

Pour télécharger : clique ici.

Collabs hors albums

« Arrête de mentir » avec Arsenik

L’art du décalage, et l’amour de l’authenticité. Ici avec les frangins de Villiers le Bel, Gynéco taille un costard à ceux qui se prennent pour des cainris, revendiquant le quartier à la française et le rap qui va avec. Vive la France. Vive René Lacoste aussi. Et fuck les mecs en baggy.

« Affaire de famille » avec Arsenik

Décalage encore où comment Gynéco démystifie en un couplet la figure du rappeur gangsta pour mieux réinvestir lui-même la figure du rappeur…gangsta. Et pour bien montrer qu’il a tout compris au game, il fait même une rime en disant qu’il lui manque la rime pour la faire. La boucle est bouclée. C’est qui papa ? (A noter que les scratchs dans le morceau sont réalisés à la bouche par Leroy Kesiah du Saian Supa Crew).

« Tout saigne » avec la Clinique et les Sales Gosses

Dans ce morceau anthologique en tous points, de la prod au casting, Gynéco arrive tel un roi pour donner une leçon. De flow et d’egotrip foutraque fait d’images fortes. Attitude et propos de sale gosse (c’est le cas de le dire) et de tête à claque-cramée-nihiliste qui, replacés dans leur contexte, feraient passer Kaaris pour une danseuse étoile. C’est qui l’boss des caillera ?

« On se laissera pas faire » avec Pit Baccardi

Parce que le colonialisme c’est pas bien. Mais surtout parce que : « Ma pose préférée prendre la fille à quatre, qu’après l’amour elle me fasse chauffer des pâtes ». What else ?

« Oyé Sapapaya » avec Stomy Bugsy

Parce que si le refrain est une rengaine de dragueur qui rentre en tête comme une bite lubrifiée dans un p’tit fion et la musique pleine de soleil, les couplets en revanche alternent entre egotrip et revendication. C’est là que Gynéco lâcha le fameux: « Je suis nègre, juif et communiste, allez leur dire aux Lepénistes ».

« Tel une bombe » avec les Neg Marrons, Minister Amer, Hamed Daye et Arsenik

Couplet court mais incisif comme Gynéco a su le faire sur « Tout saigne », même si la prestation est moins marquante ici. L’ensemble du posse cut a tout de même une bonne gueule.

« Riche » live avec les Rita Mitsouko

Parce que Gynéco est un des rares rappeurs (et bien avant Booba) à citer le « filet o’fish » dans un texte, en quasi impro qui plus est. L’audace est telle que Ringer réutilise le mot quelques instants plus tard, rien à foutre.

« Melissa » (reprise live avec Julien Clerc et Tonton David)

Parce que c’est frais.

Gynéco solos

LIAISONS DANGEREUSES

« Viens faire un tour dans les cités » avec Nemesis

Le Doc ne fait que le refrain et des backing vocaux. Mais sans ça le morceau n’aurait peut-être pas valu un clou. Avec, il prend une saveur toute particulière. Gynéco représentant officiel du ghetto français.

« L’homme qui ne valait pas 10 centimes »

Avec sa prod chicano-cubaine, ses phases sur le business de la musique et son « si toutes les meufs étaient Carey comme Mariah », ce morceau est un classique aussi classique que les classiques qu’on trouve dans le classique « Première Consultation ». Classique, donc.

« Petit Menuet » – Interlude, extrait d’une itw de Doc Gynéco par Daniella Lumbroso

Pas un morceau mais un extrait d’itw où Gynéco (encore à gauche) fait ce qu’on aimait chez lui (enfin ce qu’on aurait aimé qu’il fasse plus souvent) quand il passait à la télé : être tranquillement politiquement incorrect.

« Les mêmes droits » avec MC Janik et Calbo

Bonne combinaison. Bonne prod, bon casting. Les trois fonctionnement bien ensemble et le couplet de Gynéco est à l’image de ce qu’on aime chez lui, frondeur, cool et malin.

« Hexagonal » avec Renaud et Calbo

Gynéco au sommet dans ce qui est l’un de ses meilleurs morceaux post « Première Consultation » avec « L’homme qui ne valait… ». Renaud et Calbo jouent les guests discrets mais l’ensemble donne un petit bijou de rap nonchalamment critique envers le raciste franchouillard de quartier, entre autre.

« C’est beau la vie » avec Bernard Tapie et Assia

L’objet du scandale et du buzz de l’époque autour des « Liaisons Dangereuses ». Astucieusement c’est le dernier morceau de l’album pour éviter qu’il ne pourrisse le reste du projet. Bien plus malin qu’il n’y paraît. Gynéco ne se trompe pas en invitant le plus emblématique des vrais gangsters, de ceux qui font des millions sans tuer personne, ceux qui sont dans les affaires et la politique, monsieur Nanar Tapie. Subversion et foutage de gueule.

QUALITY STREET

« Caramel »

Sur « Quality Street », troisième projet mais deuxième vrai album seulement, Gynéco prend et entend assumer un virage chanson française entre rap et pop. De ce point de vue « Caramel » est une réussite. Fourre-tout lyrical, vaguement introspectif, vaguement ode à la fumette, musicalement très agréable. Variété de qualité.

« Trop Jeune » avec Ciara Mastroiani

Emblématique lui aussi de l’esprit de « Quality Street », propos à bâtons rompus et formules lâchées sans décodage, le spleen de l’artiste incompris plane sur ce morceau. Gynéco se pose des questions en compagnie d’une Ciara Mastroiani qui se fait l’echo spectral de ses incantations. Abstrait et envoûtant.

« Rue Mazarine »

Comme souvent le morceau est plus malicieux qu’il n’y paraît (rapport ambigu à la gente féminine sous couvert de déclaration d’amour à Mazarine Pingeot, fille cachée de Mitterrand). Il y a une poésie dans le texte et une émotion dans la voix. C’est, avec « Caramel » et « Trop jeune » un autre exemple réussi de ce que Gynéco aurait pu faire s’il avait persisté par la suite dans cette veine entre rap et pop.

« Cousins » avec RZA et Cilvaringz

La combinaison est inattendue mais réussie. RZA à la prod, Gynéco lâche un couplet digne de lui-même et de ses lubbies habituelles (dont tailler des costards à l’industrie du disque). Une version légèrement différente mais moins aboutie est sortie sur l’album solo de RZA « Digital Bullets ».

« Secrets sucrés »

« Viens voir le docteur » l’avait intronisé rappeur capable de pécho des meufs en leurs glissant des saloperies aux oreilles (les Ying Yang Twins avant l’heure). Ne perdant jamais une occasion d’en remettre une couche, sur une prod qui tranche un peu avec le reste de l’album, il nous sert un hymne à la fellation.

SOLITAIRE

« Funky Maxime »

« Solitaire », album mineur mais pas (tout à fait) raté. Avec un flow étonnament vif sur une prod étonnament funky, il fait ce qu’il sait faire : un mélange d’egotrip, de cul, et…d’autre chose. A l’évidence single calibré radio, mais loin d’être dégueu.

« Solitaire » avec Daz Dillinger (Dogg Pound)

Gynéco n’était pas encore tout à fait mort, non. A coup sûr le meilleur morceau de l’album du même nom. Sur une prod smoothie à l’enfantine mais imparable ritournelle, le Doc évoque avec mélancolie le revers de la médaille de son statut de chanteur à succès (« je me sens seul, tellement seul, personne à rappeler ») et cerise sur le gâteau : Daz Dillinger du mythique Dogg Pound de L.A. lâche un couplet. Impeccable.

« L’âge ingrat »

Petite pépite qui ne dit pas son nom. Sur un sample grillé d’Al Green le Doc évoque un thème qui aura aussi parcouru l’ensemble de son oeuvre : la vieillesse et la mort. Morceau léger en apparence mais en apparence seulement, qui effleure aussi en une phrase la question de la vieillesse dans le rap « Peut-être que je serai le premier vieillard du rap français, qu’il reste au moins mes disques dans les bacs de la Fnac ». Pari gagné.

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