C’est l’histoire de 4 rappeurs tombés accidentellement dans un liquide mutagène, appelé ULTRAP, et qui finissent par être recueilli par un certain Radric Davis, qui, en s’exposant aussi au mutagène, devient le fameux Gucci Mane. A peine sorti de ce produit visqueux qu’ils commencèrent à muter petit à petit, jusqu’à devenir des trappeurs confirmés, dotés de sens de la formule très singulière et d’une dextérité impressionnante sur des prods à 90 bpm.
Ces 4 trappeurs se font respectivement appeler : Zefor, Detess, Zed et Oldpee.
Ensemble, ils se sont juré de prouver au rap français que le 93 ne prendra jamais par le cul, quoi qu’il en coûte (et quoi que cela puisse vouloir dire).
Le plus énervé du quatuor, celui dont le sourire est aussi rare qu’un bon morceau de Big Flo et Oli. Les yeux rouges comme le bandeau, ou comme le sang qu’il a pu faire couler dans la cité des Beaudottes : « Deusté style essence allumette, yeux rouge, pas de lunettes ». Amateur de lignes tranchantes comme des saïs (« comme un dealer de crack, moi j’ai toujours ma Gilette »), sans filtre (« j’suis plus au collège, j’ai pas de teau-mar »), son agressivité lui confère un charisme qui pourrait nous rappeler Ryan Golsing dans Drive (« Gran Turismo, circuit rempli de barj’ »). Même quand l’hiver pointe le bout de son nez, son sang reste toujours bouillant et il est toujours prêt à combattre ses ennemis, avec toute l’artillerie qu’il a sous sa carapace (« même en hiver, ya tous les outils, le manteau est large »). Mais surtout quand la nuit tombe, quand ses frères et lui rodent dans la ville : « c’est comme une journée pour nous le soir« .
Cependant, il peut faire preuve d’amour (#NoHomo) et de fraternité envers ses complices : « j’ai confiance en mes corps secs, des cerveaux, des nerveux et du du genre, yen a qui ont la gâchette facile, on est un mélange de tout, mes OG, reconnaissez-vous ? ».
Mais attention, faut quand même pas le titiller, chasse le naturel et reviens au galop : « Si j’écoute mes sentiments, j’aurais laissé des corps à terre »).
Le technicien de l’équipe, le plus inventif même dans les moments les plus désespérés : « t’as d’la merde dans les yeux si tu vois pas le truc qui me gêne les couilles ». Son secret ? Sa polyvalence. Il s’adapte à toutes situations possibles, à la fois autodidacte (« j’ai tout apris à la tess pendant que t’etudiais les films ») et il apprend des réussites des autres : « OP, appliqué comme mes nègres des 3keus ».
Autant passionné par les armes que par les nouvelles formes de technologie, il s’impose comme étant un membre indispensable, et c’est même pas la peine d’en débattre : « Le 9.59F et mes couilles sont posés sur la table ». Surtout quand il a une arme entre les mains : « rien à foutre de savoir ils sont combien, j’espère tu comprends bien, 11.43 dans les mains, RAHHH RAHHH, plusieurs balles au-dessus des reins ».
Splinter/Gucci Mane :
L’élément déclencheur de toute l’histoire, c’est lui. Le meilleur dans son domaine. Son dojo, quelque peu poisseux, a vu défiler bons nombres de jeunes apprentis motivés, qui sont pratiquement tous devenu de redoutables guerriers. Et c’est ce qu’il en a fait de cette fratrie.
Casey Jones/Ninho :
À la fois impulsif mais amical, toujours là que ce soit pour aider, car disons-le, il sait se salir les mains, ou pour faire la fête. Chaque fois qu’il était là pour aider les 4 refres, ça s’est toujours terminé en boucherie.
April O’Neil/La meuf d’insta dans la machine à laver :
Nous sommes en 1980 lorsque Seydou Koné, du haut de ses 27 ans, quitte les Etats-Unis la tête basse et le moral miné. Cet ivoirien qui avait toujours rêvé de l’Oncle Sam a réussi à y décoller quelques années plus tôt, en 1976. Des rêves pleins la tête, l’homme pensait y découvrir le succès dans le monde de la musique, dans ce reggae qu’il a tant écouté et pratiqué. Hélas, ce ne sont qu’échec dans les études, petits boulots mal payés et froideur des hivers newyorkais qu’il a récolté. L’homme se sent seul sans ce disque qu’il aimerait tant réussir à enregistrer et publier pour s’infiltrer dans les transistors du monde entier.
Arrivé à l’Aéroport International d’Abidjan, celui qui chante sous le nom d’Alpha Blondy file au nord de la ville, vers la commune de Cocody. Il compte y pour passer quelques jours chez un ami d’enfance qui croyait autant que lui en son rêve. Alors qu’il ère dans les rues, pensif, en direction de l’habitation de cet ami, il croise un être haut comme trois pommes, âgé d’à peine quelques mois mais qui marche déjà le torse colossal et bombé comme un Kirikou sous créatine. Apparemment assez malin pour déjouer la vigilance de sa mère, le marmot se balade en ne criant qu’un seul mot, façon Hodor. « ZONGO. ZONGO. ZONGO LE DOZO » bafouille le bébé barbu. Intrigué par cette rencontre et fatigué de ne pouvoir cracher toute son omniprésente frustration depuis tant de mois, Seydou décide de s’adresser à ce bébé.
Il lui explique tout. De la beauté et la cruauté de l’Amérique, à l’abattage de poulet qui lui a permis de gagner quelques clopinettes au Texas, en passant par la grandeur de la musique et l’importance de croire en ses rêves sans jamais les lâcher. Subjugué par cet rencontre, Alpha Blondy part requinqué vers chez son ami, son esprit délivré de la frustration, son inspiration plus présente qu’elle ne l’a jamais été. Une rencontre capitale qui lui inspirera quatre ans plus tard le titre de son deuxième disque, celui d’après l’arrivée tardive mais effective du succès : Cocody Rock.
Ce bébé, depuis, a bien grandi. Et il n’a jamais oublié les mots de cet homme croisé un jour au bord d’une route alors qu’il partait en vadrouille à la quête d’un peu de lait de chatte. Croire en son étoile, qu’importe les épreuves et qu’importe le temps que met à arriver le succès. Toujours être méthodique lorsque l’on abat des poulets. Aimer l’Amérique et la musique qu’elle apporte.
Alors, en hommage à cette rencontre et à ce qu’elle a généré chez l’un comme chez l’autre, nous vous offrons ce bootleg portant le nom de la ville de naissance du grand Zongo le Dozo aka Kaaris. Voici « Cocody Trap » pour vous, réunion des plus beaux cassages de nuques offerts par K2a hors de ses projets personnelles. Joyeuse écoute.
Dans l’album 2020, PPP tient une place à part : le morceau succède aux sons 50 et Ketama, dont les prods sont oppressantes, obscures et le verbe de Sanguee caverneux. PPP arrive comme une bouffée d’air (ou d’herbe) frais : Momo Spazz façonne pour l’occasion une prod apaisante et lente, agrémenté d’échos infinis. Et de l’écho comme effet sonore à la mélancolie comme tonalité existentielle, il n’y a qu’un pas que Triplego franchit. La prod agit en accoucheuse de tourments, et Sanguee se livre comme un élève docile de Socrate.
PARADIS PERDU ?
Le morceau débute sur la sempiternelle complainte, répétable chaque matin : « Plus jamais comme avant, plus jamais comme hier… » Mais au lieu de se limiter à ce constat qui, somme toute, vaut pour tout un chacun, Sanguee chatouille la plaie du passé : « On aurait fait la pair, sur la Terre entière. » L’usage du conditionnel, la mégalomanie : le diagnostic est clair, Sanguee est pathologiquement mélancolique ; on en a interné pour moins que ça. Mais le gars se fait discret, garde la photo cachée dans sa poche, pour rendre présent à tout instant les vestiges du passé, d’un amour passé, ose-t-on s’imaginer. Le clip met en scène l’enfance dans tout ce qu’elle a d’idyllique : des gosses qui courent, qui jouent, qui nagent ; un autre gosse qui retourne dans les bras accueillants de sa mère (évidemment, on pense à Auparavant, dans Eau max). Sont-ce des larmes que le duo attend de nous ?
PARADIS PERDU.
Des larmes de tequila, à la limite, et encore. On passe à autre chose, on pense à la villa. Le coeur est vide, le stade est vide : on se laisse sombrer dans une profonde léthargie, on cherche l’oubli. Car il y a aussi du shit dans la poche : la source de la douleur est accompagnée de son anesthésiant. Le clip montre un autre gosse, un adolescent, faire tourner son handspinner avec un ennui palpable ; les adultes fument un joint et s’affrontent sur Fifa. Avec l’âge l’excitation s’atténue, les contradictions et les dilemmes naissent ; et pourtant les sourires persistent. C’est simple, tout se résout dans la seule phase à retenir du morceau : « Frère, peuf peuf passe…« . Le joint, les frères, le partage. Calumet de la paix intérieure, paix intérieure que rien ne saurait plus ébranler : « L’amour est mort dans le coin, mais je brûle mon joint. »
Début des nineties dans l’est parisien, 21 rappeurs s’organisent en crew sous le nom de ATK (Avoue que Tu Kiffes). L’aventure dure un peu plus d’un an, mais cela reste compliqué d’unir autant de personnes aux envies et goûts différents. Une refonte s’impose, et de ce recentrage ressort sept membres divisés en trois duos distincts :
Freko Ding + Cyanure = Legadulabo
Axis + Antilop Sa = Apocalypse
Freddy K + Test = Maximum de Phase
DJ Tacteel
La formation définitive lancée, un 10 titres est enregistré. »Micro Test » sort en 1996 et fait connaître le crew hors des frontières parisiennes. Puis, deux plus tard arrive »Heptagone ». Presque entièrement produit par Axis, l’album frappe par sa cohérence. Le propos et les instrus se marient parfaitement sur tout les titres.
Malgré la diversité des sources utilisés pour composer ce classique (Soul, variété française, funk, classique, jazz…), on sent une ligne directrice tout au long de l’écoute. Et cet album le doit en grande partie à ses productions. Captchamag vous propose de découvrir les originaux qui ont permis la création d’ Heptagone. Parce qu’il n’y a pas que le rap dans la vie, il y a aussi la bonne musique.
Télécharger: cliquer ici ou sur la cover en bas de l’article.
Tracklist:
01. Edith Piaf – Exodus
02. Sade – Jezebel
03. Imagination – All I Want To Know
04. Gloria Gaynor – Even a Fool Would Let Go
05. Sade – Haunt Me
06. Jacques Brel – La Fanette
07. Toto – Hydra
08. Jean-Sebastien Bach – Suite pour Orchestre n°3
09. Claude François – Elle est au Bout de La Nuit
10. Barry White – Mellow Mood (Pt. I)
11. Joe Sample – In All My Wildest Dreams
12. Shalamar – I Don’t Wanna Be The Last to Know
13. Jerry Goldsmith – Homecoming
14. Daniel Balavoine – Lady Marlène
15. Hubert Laws – Restoration
16. John Addison – Murder, She Wrote (Main Theme)
Certes, comme le dirait un éminent penseur de notre temps, « expliquer c’est déjà un peu excuser ». Cependant, je persiste à croire contre toute attente qu’un certain contexte est nécessaire afin de comprendre un peu le déroulement pas très orthodoxe de cette interview.
Débutons par le facteur matériel : dans l’idée, je devais enregistrer l’entrevue sur un dictaphone, c’est à dire le matériel de base de n’importe quel journaliste (ou même blogueur). Mais la complexité mystérieuse de cet objet à deux touches demeurant impénétrable jusqu’à l’heure du rendez-vous, je dus me contenter de mon gars sûr, mon fidèle Huawei. Par ailleurs, mes questions étaient délicatement rédigées sur une copie-double, ce qui est un peu encombrant pour être honnête (même si cela m’a valu dans l’espace média une remarque tout à fait gratifiante : « c’est mignon tes copies-doubles, ça me rappelle le lycée… »).
C’est donc armé de mon téléphone et de ma copie-double que Nicolas Lee (le photographe) et moi-même succédâmes au crew suréquipé de France 3 Champagne-Ardennes dans un petit spot tranquille du festival, où nous attendait Vald.
Bon, et parce qu’il faut que ça déconne un peu jusqu’au bout, il faut savoir qu’on a failli ne pas le faire, cet entretien : peu de temps avant l’heure fatidique, notre interview est annulée pour des raisons obscures par l’organisation du festival (comme on avait oublié de confirmer la chose ils ont pensé qu’on avait renoncé – encore fallait-il savoir où, comment, auprès de qui il fallait confirmer la chose) et c’est finalement en retard d’un quart d’heure et en passant par la petite porte des négociations de dernière minute qu’on réussit enfin à la faire, cette foutue entrevue.
Maintenant enquillons avec le second facteur, humain cette fois : Vald paraissant partiellement éméché, et moi-même l’intervieweur, qui possèdent précisément une expérience égale à zéro dans ce domaine. Dire que je suis novice en interview serait presque un euphémisme s’il existait un terme pour décrire un amateurisme plus amateur que l’amateurisme même. Il était à peine 20h00, et le rappeur venait de terminer deux interviews dans un état d’euphorie naissante. Il repartait pour un tour avec nous. Et puis comme nous c’était « Captchamag », ce serait un délire autre que la cordialité professionnelle avec France 3. Autre à tel point que les filles de l’organisation qui assistaient à l’interview ont littéralement halluciné : « Pourquoi ça s’est passé comme ça les gars? » Parce que « ça », c’est le rap français, ça joue, ça rigole, ça clashe, ça pique, et ça re-rigole. Univers quelque peu ésotérique pour qui n’y est pas plongé, effectivement. En ce sens, les didascalies indiquant « rires » dans l’interview ci-dessous ne font que souligner des éclats particuliers dans une atmopshère d’hilarité globale.
Bref, c’était un joyeux bordel en direct.
Vladeck – Vald, c’est au moins ton neuvième festival de l’été : quel effet ça fait d’être la coqueluche des festivals, à défaut d’être la « bête de foire de Captchamag » ? Il fallait la faire…
Vald – Il fallait même commencer par ça ! Écoute je suis très content, et j’aime que tu en parles en ces termes. Personne ne parle assez de moi en ces termes. Je suis d’accord qu’on encule tous les festivals qu’on fait. Écoute je suis très content. Je suis ravi… J’imagine que c’est parce que qu’on fait des bonnes performances.
Vladeck – Apparemment t’as réussi à séduire un public très large. Dans le camping [du festival], on a vu pas mal de jeunes porter de (faux) tatouages « NQNT »…
Vald – Yeeesss !
Vladeck – Comment expliques-tu cet engouement autour de toi alors que tu disais il n’y a pas très longtemps faire du rap « spé » ?
Vald – [S’adresse soudainement au photographe Nicolas Lee] Tu m’fais peur avec toutes tes photos fréro. Je vais mettre mes lunettes…
Alors répète-moi ta question fréro.
Vladeck – Comment t’expliques cet engouement autour de toi alors que tu fais du rap que tu considères encore spé ?
Vald – J’imagine que je fais beaucoup de rap spé, mais je fais aussi des morceaux où je cherche à élargir et à toucher plus de gens pour les forcer à écouter mon rap spé. Mais tout ça s’explique aussi par la fidélisation. J’ai bien peur que tout ça soit scientifique… Il suffit d’envoyer de la qualité régulièrement pour que les gens accrochent et en parlent autour d’eux. Tu regroupes les troupes.
Vladeck – En un sens, est-ce que tu ne serais pas devenu le porte-voix d’une génération complètement désaxée ? En tout cas, quand on regarde le visuel de ton album Agartha, il y a l’idée du prophète…
Vald – J’imagine que je suis le porte-parole d’un… pan de la nouvelle génération. Effectivement.
Vladeck – Donc la politique tu t’en branles pas finalement ?
Vald – [il hésite] Nan parce que quand on parle des politiques, on parle des représentants qu’on a en ce moment. Et il est sûr que tous ceux qui parlent en ce moment n’inspirent rien. Alors du coup, effectivement, la politique, en ce sens… Je m’en fous profondément. Ils me font peur, ils me font terriblement peur.
Vladeck – Mais t’as pas peur de la concurrence de Macron par exemple, sur scène ? Des mecs comme ça qui lors des meeting, dégagent un certain charisme ? [La question n’a absolument pas de sens, sort d’on ne sait où, mais elle suscite tout de même une réponse]
Vald – J’ai plus de voix que Macron. J’ai aucunement peur. Et idéologiquement je suis plus préparé. Peut-être qu’il a deux-trois notions économiques qui me dépassent, mais je le foudroie sur le reste [rires].
Vladeck – Plus sérieusement maintenant, tu as du rencontrer pas mal d’artistes sur les festivals cet été. Est-ce que des connexions se sont faites et doit-on s’attendre à des featurings pop ?
Vald – Ecoute, ceux que j’ai en tête c’est ceux que j’ai rencontré sur le dernier festival. J’ai rencontré MHD, Vianney, Justice… Et on a tous parlé avec beaucoup de sympathie. J’espère pourquoi pas faire de la musique avec ces gens, ils font de la bonne musique. Et puis ils ont un audimat énorme… Alors si je peux leur gratter leur public moi je suis là !
Vladeck – En parlant de featuring, maintenant on va revenir vers le rap français [mauvaise idée]. Est-ce qu’il y a quelque chose de concret qui va sortir avec Freeze Corleone ?
Vald – Ecoute, pas pour le moment. Je ne le connais pas, il habite loin de chez moi. Voilà. Je me suis retrouvé à beaucoup parler de lui parce que j’écoutais son album pendant la période de promotion. Il faut savoir que les périodes de promotion sont courtes… Sans vouloir réduire mon amour pour Freeze Corleone.
Vladeck – Et autres question d’auditeur de rap spé, ne devait-il pas y avoir un morceau avec Dixon qui devait sortir un jour, où c’est dans les oubliettes ?
Vald – Ecoute, j’ai bien peur, par la force des choses et par la tragédie de la vie, que ce soit Dixon qui soit aux oubliettes.
[Un petit malaise s’ensuit, puis le rappeur réaffirme sa pensée.]
Je l’ai dit, hein. J’ai dit que j’avais bien peur que ce soit par la tragédie de la vie et par la force des choses… C’est lui, il rappe plus quoi.
Vladeck – Autre chose qu’on voudrait tirer au clair…
Vald – [me coupe et s’esclaffe] C’est mes copains ils rigolent aussi…
Suik’on Blaz AD – [s’approche de nous] Captchamag ! « J’suis pas la bête de foire de Captchamag », vous en avez parlé de ça ?
Vald – On a dit bonjour là-dessus !
Vladeck – Donc autre chose qu’on voudrait tirer au clair : ton sweat Redskins, il est finalement parti aux enchères ou pas ?
Vald – Nan… J’attends qu’un Saoudien soit fan de Vald !
Vladeck – Il est à quel prix en ce moment ?
Vald – Dix-mille-eu-ros ! Mais comme je ne le mets pas dans les nouveaux clips le prix n’augmente pas. Je suis à deux doigts de faire mon prochain clip avec…
[ici manque la question cruciale : « quel est ce prochain clip ? » Grossière erreur de novice]
Vladeck – Ceci étant réglé, je voudrai aborder un aspect de ton personnage qu’il serait intéressant d’éclaircir…
Vald – Eclaircissons.
Vladeck – Dans ton titre « Si j’arrêtais », tu dis qu’il est impossible pour toi « d’arrêter de faire semblant ». Le philosophe Levinas disait que la parole ne peut être absolument sincère. Est-ce que c’est ce que tu voulais dire ? En gros, est-ce que tu te sens obligé de faire constamment du second degré ? Être constamment dans l’excès ?
Vald – Alors moi je pense que c’est une erreur de promotion, et médiatique, et très certainement aussi de ma part de parler beaucoup de second degré, parce que finalement je ne suis pas beaucoup au second degré. Et quand je parle de « faire semblant », je parle de « faire semblant » quand je me prends des entités inconnues. Quand je me prends des inconnus je sais pas comment ils vont réagir et je suis tellement gentil que je veux pas les blesser. C’est comme ça que je fais semblant. Donc je peux pas m’arrêter de faire semblant, je suis trop gentil.
Vladeck – Quand je parlais d’excès, je parlais notamment de morceaux comme « Eurotrap », comme « Selfie », des morceaux qui font que tu as pu être catégorisé par certains médias dans le « Troll rap ». Qu’est-ce que ça te fait d’être comparé à des mecs comme Lorenzo ?
Vald – Ca me fait énormément de peine… Et à ce propos [rires et hésitation du rappeur]
Vladeck – On veut bien un propos sur Lorenzo ! [Appel à la paix dans la plus pure tradition de feu l’esprit hip hop]
Vald – [rires] Non, pas « sur » Lorenzo… Je suis très content de sa réussite. J’espère qu’il fait beaucoup d’argent avec ce qu’il entreprend. Mais maintenant me mettre dans la même catégorie que lui alors qu’on fait pas la même chose… Qu’on ne s’exprime pas de la même manière… On n’a pas les mêmes objectifs. Alors quand on me met dans la même catégorie que lui, je suis plutôt en colère [rires, encore]. Mais je contrôle ma colère, parce qu’il y a pire dans la vie. Et maintenant c’est vraiment les journalistes qui font mal leur boulot de me mettre dans le même sac que Lorenzo. Et si tu veux parler de « Eurotrap » et « Selfie » on pourrait faire des thèses pour que j’explique que ça n’a rien à voir avec Lorenzo.
Vladeck – Mais moi je suis d’accord ! [J’ai du oublier à cet instant que j’étais intervieweur et non pas une vieille groupie de base]
Vald – Je suis content que tu sois d’accord [rires] !
Vladeck – Enfin, il y a quelques années tu disais dans une interview pour Captcha que tu ressentais de la sérénité chez les gens qui avaient la foi [j’aurai pu dire plus simplement « les gens pieux », « les croyants », mais les aléas du direct ont rendu la chose autrement plus compliqué et inutile]. Je voulais savoir si tu avais évolué sur cette question-là, si tu t’étais rapprocher de la religion ou de quelque chose de cette ordre-là ?
Vald – Alors il est sûr et certain que je ne me suis certainement pas rapproché de la religion… Pour des raisons que je n’évoquerai pas pour ne surtout pas blesser les gens qui se retrouvent dans la religion. Maintenant il est sûr que je vois toujours beaucoup de sérénité chez certains religieux. Évidemment pas chez tous. Je suis content d’avoir découvert la sérénité chez l’homme, à travers des gens qui avaient la foi dans des dieux. Et sûr que je ne me suis aucunement rapproché de la religion… [Autre perche tendue non-saisie : « comment, toi, parviens-tu à la sérénité ? » autre grossière erreur de débutant]
[Attention, ce qui va suivre est un contre-exemple total de la conclusion idéale pour une interview, âme sensible s’abstenir]
Vladeck – Bon eh bien moi j’avais pas plus de questions que ça…
Vald – Fais une conclusion mec ! Réfléchis à une conclusion…
Vladeck – Oui j’ai réfléchi à une conclusion mais… [C’est absolument faux, j’étais totalement perdu]
Vald – Ne fais pas une fausse conclusion que t’écriras après… Réfléchis à quelque chose. Moi, ben je te souhaite le meilleur.
Vladeck – Je te souhaite le meilleur… Et t’as un dernier mot pour conclure ? [Là je ne suis même plus rattrapable je dis de belles conneries. Conneries expliquables par un défaut de connexion au niveau des neurones sans doute]
Vald – Appuie sur « REC », te fous pas de ma gueule [rires] !… Eh bien merci à toi frère !
[Question bonus adressée à Suik’on Blaz AD]
Vladeck – Où ça en est ton EP avec DJ Weedim ?
Suik’on Blaz AD – [rires de l’équipe] On va manger les frères ? Tu peux écrire ça : on va manger. [Il faut savoir que l’équipe de Vald et DJ Weedim ont récemment rompu les liens après de si belles et tendres collaborations… Information qui me manquait lors de l’interview et qui peut expliquer entre autres la réponse ci-dessus]
C’est donc sur cette sage parole manifestant un sens aigu des priorités de la vie que s’achève l’interview.
La saison chaude et ses corollaires : la moiteur des serrages de main, les photos Facebook aux cadrages foireux des « amis » qui voyagent, les blockbusters cramés, le gouvernement qui fait passer ses ordonnances au nez et au désintérêt du peuple… Y a pas à dire, les étés se suivent et se ressemblent. Bizarrement, il s’agit de la saison la plus attendue, le principe du plaisir étant poussé à son paroxysme. Le seul mot d’ordre, donné à tous, est le suivant : que la vie est douce. C’est pratique. Cela permet de fermer les yeux sur la vie, le monde, tout ce qui nous agresse le reste de l’année. Tout se prend à la légère, « ce n’est pas grave, c’est l’été, profitons, on verra plus tard » nous disons-nous. Il n’empêche, c’est toujours là. La seule carte postale qui soit vraie est celle décrite par Audiard : « En été, les vieux cons sont à Deauville, les putes à Saint-Tropez, et les autres en voiture un peu partout ». L’été, c’est l’ennui déguisé en chapeau de paille.
Alors quoi ? La musique suit le mouvement, les fameux tubes de l’été pleuvent sous le soleil avec pour seul objectif affiché de faire danser la masse en vacances. Le monde du rap, quant à lui, encore un peu digne malgré tout, se fait un peu plus rare. Alors que les six premiers mois de l’année ont été particulièrement intensifs, avec un nombre mirobolant de sorties (de qualité qui plus est), les rappeurs se trouvent plus avares depuis ces deux derniers mois – probablement occupés à Deauville ou à Saint-Tropez diront les mauvaises langues. Et c’est tant mieux. L’auditeur consciencieux peut alors prendre le temps de rattraper les albums qu’il aurait omis d’écouter. À ce titre, peut-être êtes-vous passés à côté de la belle affaire du mois de mai. À savoir, deux albums et une compilation en libre téléchargement d’un groupe à (re)découvrir, Ambusquad.
Ambusquad est un groupe originaire de la banlieue caennaise et originalement composé de six membres. Isma, Malik, Driss et Karim au micro, ainsi que de Sylence (et Driss) à la production et de DJ Batigoal. Formé au milieu des 90’s et actif jusqu’à la fin des années 2000, Ambusquad produit un rap issu des carcans de l’époque, à savoir une musique engagée et énervée dans lesquelles les samples structurent encore les productions. Les membres du groupe reprennent les thèmes chers à ces années glorieuses : dénoncer les dysfonctionnements, raconter la galère, exprimer son amour pour le rap, qui représente davantage qu’une simple musique mais un style de vie. La rage, les désillusions, la fraternité, l’ennui, l’espoir fondent la mosaïque des émotions et des valeurs exprimées par le groupe.
Proche du D.Abuz System, groupe majeur du rap français, Ambusquad a longtemps arpenté la scène en underground avant de sortir un premier album. Passé par les Découvertes du Printemps de Bourges en 1998 (ce qui n’est pas une petite victoire pour l’époque), l’héritage que laisse Ambusquad n’a pas à rougir devant la discographie des groupes pour lesquels ils ont assuré les premières parties : 2Bal 2Neg, Saïan Supa Crew, Rim’K ou encore Assassin. En 2007, le groupe se produit même en première partie de Public Enemy lors de leur tournée en France.
Le premier album d’Ambusquad, La Dernière marche, voit ainsi le jour en 2009, après une longue période de gestation pendant laquelle le groupe existe donc grâce à la scène. S’en suit une net tape en 2012, Nouvel Horizon. Si aujourd’hui l’occasion de revoir Ambusquad en concert se trouve impossible en raison de l’arrêt de la formation, ses membres proposent en libre téléchargement ses deux projets, ajouté à cela une compilation de morceaux regroupés pour marquer le coup sous l’appellation Les Mondes Engloutis. Retrouvez l’intégralité des projets en cliquant sur le lien suivant :
Il est possible que vous ne sachiez pas lequel des trois projets choisir en priorité afin de vous faire une idée, comme au début de Pokemon. Nous vous invitons à plonger dans le second projet, Nouvel Horizon, plus abouti que le précédent, un projet qui aurait mérité une bien plus grande exposition et qui démarre sur les chapeaux de roue en réutilisant le célèbre sample de Many Men de 50 Cent. Si La Fouine et Soprano l’ont fait avant, Ambusquad transforme véritablement l’essai. D’autres morceaux animent cet album de bien belle manière comme Enfants de la Rime, un titre clairvoyant, un potentiel hymne davantage qu’un tube. On peut cependant regretter la volonté d’Ambusquad de produire de longs projets, difficilement digestes tant les flows débitent sans interruption. Ecouter Ambusquad exige de l’auditeur une attention particulière. Enfin, la qualité des productions est assez inégale d’un morceau à l’autre, mais cela est aussi lié au fait que le groupe s’inspire de courants musicaux divers pour produire sa propre musique. D’ailleurs, Ambusquad se veut être l’initiateur du concept All School, impliquant par-là la volonté de puiser ses inspirations partout, sans frontières de genre.
Pour aller plus loin : Mektoub Lounes et Ismaël Lesage
Deux des membres d’Ambusquad sont encore actifs en solo et forment un crew nommé RedDrum Muzik pour lequel Sylence et Driss produisent encore. Mektoub Lounes a sorti un EP digital iJacking sortit en septembre 2016 et disponible sur son Bandcamp (sont également téléchargeables ses deux autres projets solo). Mektoub Lounes a gardé son attachement aux valeurs qui étaient celles d’Ambusquad mais n’a pas hésité à moderniser les productions et l’interprétation pour correspondre davantage à la musique actuelle, à l’image de l’excellent Mémoires d’un jeune con.
Ex-leader d’Ambusquad, Ismaël Lesage a, quant à lui, sorti deux albums en 2013 et 2014, disponibles également sur son Bandcamp et prépare un album prévu pour le début de l’année 2018. Ambusquad ne meurt donc jamais ; un peu comme Bouteflika.
Avis aux septiques
Ne nous méprenons pas. L’étiquette « Rap Conscient » qu’arbore Ambusquad n’en fait pas une musique à destination unique des fameux puristes. Ce raccourci, forcément réducteur, pourrait vous faire passer à côté de morceaux tout à fait succulents et d’un groupe dans le plus pur esprit underground. D’ailleurs, il serait bon d’indifférencier les catégories d’auditeurs comme si le rap, musique plurielle mais unique, devait voir s’affronter tel type d’auditeur à tel autre type d’auditeur. Le rap se divise en plusieurs styles, mouvances. Cela rend cette musique extrêmement riche. Mais ce faisant, elle divise aussi ses auditeurs. S’affrontent alors l’arrogance des puristes à l’ignorance des anti-puristes. Dans les deux cas, la bêtise est commune et empêche les uns et les autres d’offrir à leurs oreilles de beaux morceaux. Ne faites pas cette erreur avec Ambusquad, leur discographie, de par son volume, contient forcément des titres qui vous combleront. Peut-être devrions-nous nous aussi être un peu plus All School. Enfin, comme le disait le Roi Heenok : « Il faut arrêter cette merde t’entends, et fumer le calumet de la paix, LE calumet de la paix ».
Nice. Sa promenade, ses palmiers, sa pissaladière… et ses rappeurs talentueux. Quelques exemples:
Masar : vit à N.Y et travaille avec Max B
Weedim: qui a produit pour 66,6% des rappeurs français
Veust Lyricist : un des rappeur les plus respecté autant pour sa technique que pour sa plume
Jason Voriz : genre de vaurien mi vallaurien/mi thaïlandais aux références qui tâchent
Infinit’ : jeune beuf ingénieux et habile sur tout type de prod.
Et c’est de ce dernier dont il s’agit aujourd’hui.
Bientôt deux mois que son dernier projet »NSMLM » est sorti, et encore une nouvelle preuve qu’il faut compter sur le zin du zero6. Depuis sa première mixtape »HDS Vol. 1″ le flow et sûr et l’écriture riche . Rookie et membre des plus actif de la DBF, Infinit’ semble avoir digéré le rap plus rapidement que les autres rappeurs de sa génération. En effet, au vu de son jeune âge, le maralpin affirme son style et s’est vite émancipé, sans les renier, de ses premières inspirations (Dipset, Three 6 Mafia…).
Histoire de prolonger le plaisir de « NSMLM », Captchamag vous propose donc ce bootleg réunissant ses apparitions hors mixtapes et albums.
P.S: Le rap du 06 ne cesse de surprendre et de nous éblouir, et je suis persuadé qu’une autre preuve de cette superbe nous parviendra avant la fin de l’année (s/o Veust).
À la fin du mois d’août (du jeudi 24 au dimanche 27) se produit depuis désormais douze ans le traditionnel festival du « Cabaret vert », du côté de Charleville-Mézières. Concerts de musique, expositions de BD, projections de films et arts de rue sont au programme.
Côté musique, on y croisera entre autres les vétérans de Cypress Hill, l’incontournable Catherine Ringer, et les sombres et mystérieux individus derrière le phénomène The Blaze. Mais surtout, malicieux que nous sommes, on comptera bien demander quelques comptes à VALD, notre bête de foire préférée. Après un été intense et surbooké, que restera-t-il du rappeur ? Survolté, éreinté ? Nous le saurons là-bas (le teasing est fou). Quoi qu’il en soit, nous profiterons de la moindre inattention de ce Stromboli de Tefa pour remettre la main sur notre propriété foraine, et la remiser dans l’obscure cave de Mantes-la-jolie qu’il n’aurait jamais du quitter.
Et puis, en dehors de ces petits plans secrètement élaborés par le cabinet noir de Captchamag, il y aura sûrement suffisamment de boissons à découvrir, d’activités à faire, de rencontres à apprécier ou à subir pour oublier le temps d’un dernier week-end la reprise des cours et du travail.
Avant de vous précipitez sur la billetterie, n’oubliez pas que le festival se déroule dans les Ardennes : Faites vos provisions d’anciens francs et vérifiez vos vaccins !
Jok’air avait une discographie déjà foisonnante au sein de la MZ en compagnie de Dehmo et Hache-P : cinq mixtapes et deux albums sortis en l’espace de quelques années seulement. C’est donc tout logiquement que suite à l’annonce fracassante de la séparation du groupe, le rappeur originaire de Chevaleret (Paris 13e) s’est lancé officiellement en solo en ce début d’année en sortant le morceau C’est la guerre, petite ballade mélodique annonçant un premier E.P, rapidement suivi d’une mixtape en juin.
Mais l’homme qui aime à se faire appeler Big Daddy Jok’ (vous saurez bientôt pourquoi) avait déjà une réelle identité en solo depuis quelques années déjà, en témoignent ses quelques featurings avec Hyacinthe et L.O.A.S, les affreux jojos du collectif DFHDGB, ou bien avec la clique de trappeurs fous constituée d’Alkpote, Sidi Sid et autres DJ Weedim. Ajoutez à cela la flopée de refrains/couplets/les deux… posés sur les projets de Mac Tyer, Hayce Lemsi, Deen Burbigo, Madame Monsieur… sortis depuis un an, il était absolument vital et extrêmement urgent de rassembler toute la « discographie parallèle » du bonhomme qui commence à être assez conséquente.
Appelez ça bootleg, mixtape ou mix (c’est comme vous voulez), quoi qu’il en soit le regroupement de toutes ces collaborations forme un ensemble très riche et très diversifié de plus d’une heure (si vous écoutez le mix sur youtube), voire de presque deux heures si vous écoutez la version découpée piste par piste que vous trouverez plus bas. Tous ces morceaux sortis depuis 2013 montrent bien le large spectre de possibilités qu’a ce Big Daddy au micro : cela va du rap traditionnel (Rap Game nuit sans fin avec DFHDGB, Ma bande avec Deen Burbigo ou le morceau avec Rochdi), des flows plus actuels sur des prods. trap (de DJ Weedim par exemple) aux effluves codéinées (en collaboration avec Chich, Laylow ou les Alchimistes), des flows plus mélodiques sur des instrus légères aux sonorités pop/RnB (en featuring avec Yanissa, Mallaury, Barack Adama ou Madame Monsieur) voire afro (sur la compilation Afro Beat Factory de Passi), jusqu’à quelques tracks à l’ambiance très festive (les morceaux en featuring avec Chilla, S.Pri Noir, Zayra ou Kurtys Layson).
Qu’il soit invité par des rappeurs déjà bien en place ou par de jeunes artistes en développement essayant de créer un univers singulier, Jok’air affirme toujours vouloir faire son maximum, considérant que c’est une grande marque de considération d’inviter un autre artiste sur son morceau. Et justement si ce jeune rookie du rap game made in France est de plus en plus invité, par les artistes reconnus comme par les autres, c’est qu’il ajoute systématiquement une touche de fraîcheur au son, au point que certains considèrent qu’il fasse de quasi toutes ses apparitions « des morceaux de Jok’air ». Faisant partie d’une génération de rappeurs/chanteurs décomplexés par rapport aux codes traditionnels du rap, il n’hésite pas à créer des mélodies, explorant sans cesse de nouvelles pistes, de nouveaux flows, et cela va croissant. Bref, je vais enfin vous laisser écouter ce bootleg/mix/truc indéfini, je l’ai vraiment concocté pour que l’on passe d’une ambiance à une autre, et qu’en un peu plus d’une heure on comprenne les divers skills de ce Joker (d’ailleurs si vous entendiez son rire vous comprendriez mieux l’origine de son nom également). Et puis j’ai rajouté quelques interludes pour le kiff, même si je sais que ça ne fait rire que moi… Eh oui le quotidien du bootlegger c’est pas tous les jours le grand fun. Bisous, et bonne écoute.
Comme promis ce mix est aussi téléchargeable en version découpée track par track, augmentée de nombreux bonus ici !
TRACKLIST :
Les Alchimistes – T’en veux encore feat. Jok’air
Laylow – Gogo feat. Jok’air
Hayce Lemsi – Week-end feat. Jok’air
Yanissa – Ride feat. Jok’air
Interlude – Interview Générations
Hyacinthe – La nuit les étoiles feat. Jok’air
Mac Tyer – Elle m’a fait ça feat. Jok’air
Alkpote – Les Marches de L’Empereur ep.3 feat. MZ (Prod. Dj Weedim)
Ténébreuse Musique – Déjà mort feat. Jok’air (Prod. Weedim & Chapo)
Jok’air – La Rivière du Styx (Prod. Dj Weedim)
Jok’air – Ne parlons pas d’amour (Remix)
Jok’air – Skyrock est Big Daddy (Inédit à Planète Rap)
Deen Burbigo – Ma bande feat. Jok’air
Jok’air – Ma folie feat. Meiway
Interlude – Interview La Sauce
Jok’air et Marlo – Pinocchio
Barack Adama – Allumé feat. Jok’air
Madame Monsieur – Morts ou vifs feat. Jok’air et Ibrahim Maalouf
Hyacinthe et L.O.A.S – Rap game nuit sans fin feat. Jok’air (Prod. Robotnik)
Autarcie Prod. – Les hommes feat. Jok’air
Jok’air et Marlo – Doben
Jok’air – Pas nouveaux
MZ – Freestyle Boosk’Affaire 2 famille
Chich – J’fume trop de bédo feat. Jok’air
MZ – Black Bottle Boys (Live à Generations)
MZ – Black Ink freestyle (Live à Generations)
Kurtys Layson – Samedi soir feat. Jok’air
Chich – Gangster feat. Jok’air
Mallaury – AJDB feat Gamso et Jok’air (Prod. Ekynoxx)
Jok’air – Cramé feat. Chich
Jok’air – Dans mon club feat. Chich
Zayra – Il faut bien vivre feat. Jok’air
Chilla – Exil feat. Jok’air
Interlude – Interview OklmTV
Chich – Attention feat. Jok’air
L’auteur de ces lignes l’avoue difficilement : il ne connaissait pas l’existence d’Iron Sy avant son projet avec Dj Weedim, Question de générations, peut-être, d’affinités, sûrement. Et pourtant cet EP dense, mais éreintant, est un incroyable projet, sans temps mort et temps faible. La voix d’Iron Sy, caverneuse, d’une gravité et d’une violence prégnantes, s’adapte parfaitement aux mélodies simples et circulaires de Weedim. En résulte six titres noirs, sans compromis, où le sens de la formule du rappeur, pleine d’aphorismes brutaux et à la technique irréprochable, explose bruyamment et avec fracas la zone de confort de l’auditeur. 17 minutes qui semblent faire à la fois cinq et mille, où la bicrave routinière se conjugue avec un rap de pur divertissement égotiste. Un parallèle avec Isha pourrait être tracé aisément, et on ne peut qu’espérer que les chapitres ultérieurs sauront rendre justice à ce rap finalement en disharmonie avec les canons actuels, et pourtant d’une contemporanéité à toute épreuve. Amadou Malick Chapitre 1 est une parfaite porte d’entrée…pour regarder dans le rétroviseur et (re)découvrir la carrière d’un vétéran toujours dans la bataille.
Clément Apicella
13 à la douzaine
J’aurais bien aimé qu’Alkpote fasse trois Marches de l’Empereur supplémentaires parce que ça aurait fait une saison en 13 épisodes comme la première, mais le problème c’est que vos rappeurs du top Itunes ont peur de se faire déclasser.
Genono
Triplego, 2020
2020 est le dernier projet sorti par le duo montreuillois Triplego, après avoir publié Eau calme et Eau max. Les gars de Montreuil continuent sur leur lancée, et se projettent dans le futur, à l’ombre des têtes d’affiche actuelles. C’est d’ailleurs un bien mauvais procès que de les associer à PNL et à ce que l’on nomme le « cloud rap ». L’univers de Triplego est en vérité plus liquide que cotoneux. Les productions de Momo Spazz associées à la tonalité caverneuse de la voix de Sanguee créent cette atmosphère si particulière de lenteur, de pesanteur, d’obscurité. Idéal pour aborder sereinement une journée chargée et pressée : sous perfusion d’un casque et d’un mp3, le rythme cardiaque ralentit et chaque pas demande un millier d’années. Et derrière ce sentiment de paix produit, peut-être se prépare à surgir le dernier souffle. « Blanche blanche colombe n’est plus si blanche.«
Vladeck Trocherie
Zuukou Mayzie et le syndrome de Peter Pan
Pour comprendre l’album Disneyland du membre du 667, il suffit de s’en remettre à la pochette : au premier abord, l’univers est coloré et enchanteur mais en second plan, à l’intérieur des murs du château, un enfant roi rumine. Zuukou signe là un beau projet sur l’acte de grandir avec une ambiance sucrée et douce-amère que l’on retrouve contrastée par quelques productions déconcertantes où la notion de bpm n’a plus de sens : Zelda Eurodance vol. 2 ou encore Tinder. Prenez garde toutefois si vous pensez avoir affaire à du rap d’adulescent générique. À la douceur apparente de Zuukou se mêle suffisamment d’étrangeté pour se permettre de ne pas être si catégorique. À destination de tous ceux qui feraient Danse avec les Stars juste pour frotter Alizée.
Hachill YS
Kekra – VREEL 2
Début 2016, « Pas Joli » est un petit séisme dans la sphère rap. Relayé par des sites comme Générations, Abcdrduson, Noisey ou OKLM Radio, Kekra commence à se faire connaître petit à petit après ses 2 tapes gratuites (FB1 et 2). VREEL est un véritable succès d’estime, au point de le mettre dans les meilleurs albums de l’année 2016, inversement proportionnel à ses chiffres de ventes mais apparemment qui satisfait tout à fait l’intéressé. Le 3eme volet de Freebase suis dans la même année, avec comme single Samosa et Roll Deep Style, histoire de nous faire patienter en attendant VREEL 2.
31 Mars de l’année 2017, le disque sort, et c’est un véritable ovni, pour plusieurs raisons : dans un premier temps, Kekra fait toujours preuve d’humour (et on en a bien besoin vu les temps qui courent), comme dans l’interlude de Hilguegue, « ils rêvent d’avoir mes idéaux, demandes au valche dans ma vidéo » dans Family, ou encore « T’as 40 ans, tu fais des dabs ? » dans Styliste; ensuite, les prods, beaucoup plus variés par rapport à Vreel premier du nom, sont choisis au petit oignon, Double X (qui ont notamment travaillé avec Damso, Kalash Criminel, Niska ou encore Lacrim) produisent plus de la moitié du disque avec brio, et les Picards Brothers sont à l’origine de 2 véritable bangers que sont « 9 Milli » et « J’suis là pour… »; de plus, un mois après la sortie de la version digitale 12 titres, 5 sons bonus se sont rajoutés dans une version deluxe disponible en physique à notre plus grand bonheur; enfin, l’album a été défendu par Kekra pendant une semaine sur Skyrock, l’occasion pour que les fans d’Aya Akamura et consors écoutent enfin de la bonne musique 1h pendant 5 jours. On voit le bonheur où il y en a.
Golgoseize
Jason Voriz aime la vente de drogue
La bedaine moulée dans le maillot du Napoli, fin avril Jason Voriz débarque avec son nouveau clip »Philanthrope ». Titre extrait du futur album ? Clip inédit balancé entre deux projets ? Aucune indications.
Tout ce que l’on peut constater c’est que la première livraison après la mixtape Trap Manstrr est très lourde. Sur une prod. minimaliste à souhait de Cody MacFly le zin du 06 est brillant. Un refrain entêtant qui glorifie la revente de stupéfiant, et un clip tourné au cœur de la Zaïne à Vallauris. Tout est ici de très bonne facture.
Mais le plus flagrant reste cette progression. A chaque fois que Jason Voriz publie un clip le résultat est de plus en plus marquant. Et l’alchimie entre MacFly et l’amateur de Chang Beer ne fait que croître. On se plaît alors à imaginé un album chapeauté par Cody parsemé de deux, trois productions du duo G Snype/Frencizzle (s/o »Winston Wolf »)…
Crem
Jorrdee, un adieu (?) entre deux feux
Figure éminemment complexe de la sphère du rap français, Jorrdee a toujours fait de la surprise, de l’éphémère et de l’effacement sa marque de fabrique. Sa poésie sibylline, grinçante et arrachée, a toujours naviguée entre tubes exigeants (Rolling Stone en étant le paroxysme) et expériences misanthropes (on ne compte plus les projets fascinants mais abscons sortis, puis effacés). L’hyperactif lyonnais a donc profité de la nouvelle année pour sortir deux albums comme deux synthèses parfaites –time is a flat circle-, qui bouclent et ouvrent à une autre voie. Premier opus : « Avant ». Si le projet n’est pas irréprochable, il représente une belle percée un peu plus grand public, porté par une interprétation plus franchement chantée, comme sur le refrain de l’entêtant California ou sur la complainte inaugurale (l’une des plus poignantes chansons de Jorrdee), Mamen. Les moments de grâce distribués sur l’album laissait penser à une refonte de l’échiquier, et que le fou bête de foire de Captcha Mag se muerait en roi de la pop-rap gothique. C’était sans compter sur le côté imprévisible à la limite du kamikaze de Jorrdee. Un mois plus tard, sort « Belle de jour », un projet débridé, retors, sombre et pour tout dire assez inécoutable, où Jorrdee pousse clairement son dernier soupir de dépit et son dernier râle de créateur, lui qui a dit avoir peaufiné ici son ultime album. Ainsi va la vie de Jorrdee, tout à la fois autiste génial, musicien de bric et de broc, figure fantomatique mais précurseur, qui n’aura jamais trouvé la place qu’il n’a jamais cherché, et qui laisse (peut-être, un revirement subit n’est pas à exclure) un vide pour l’auditeur tenté de se pencher d’un peu trop près dans l’abysse bouillonnant, jamais fade, d’un véritable artiste total.
Clément Apicella
Criminls – Tarantino
Le 93 a toujours été un vivier de talents, et le 3/4 du temps sous-estimé ou totalement inconnu, passant sous les radars. C’est le cas la seconde mixtape de Criminls, « Tarantino ». Ce jeune rappeur de Drancy nous fait profité d’un 6 titres pleins de violence, de réalité cru, au sonorité trap assez sombre, plus proche de Memphis que d’Altanta. Pendant 25 minutes, on a l’impression d’être dans un entrepôt où Criminls serait en train de torturer un mauvais payeur à coup de lame de rasoir tout en étouffant les cris de douleurs avec des prods de DJ Squeeky en boucle. Ce qui n’est pas une image déplaisante.
Golgoseize
Rekta : Profession PIMP
Fidèle à ses influences, le dernier album de Rekta, Hustle Life, propose à l’auditeur un circuit dans les rues crasses de la Cité des Anges, entre Long Beach et Compton. Au programme : G-Funk, vie de PIMP etjantes chromées. Pour l’accompagner, Rekta s’entoure d’authentiques gars de Los Angeles: RBX (cousin de Snoop Dogg, passé entre les mains de grands labels californiens comme Aftermath, Death Row), des fils d’Eazy-E (Lil Eazy-E et Baby Eazy-E – ce genre de blaze ne s’invente pas) ou encore Tray Dee. Côté français, on y retrouve également son comparse Twareg et même Seth Gueko avec qui il signe l’un des hits du projet.De par l’ambiance obscure de certains morceaux, l’album propose davantage qu’une musique d’été débordante de clichés. Au contraire, Hustle Lifes’inscrit en dur dans la pure tradition West Coast. La PIMP life n’attend que vous !
Hachill YS
Rochdi, Mélodies de la cave : les cavus du couvent
Le projet a été enregistré, selon son auteur, entre 2003 et 2007. Il a donc entre dix et quinze piges. Rochdi nous sort son millésime, et on approuve à la dégustation (la métaphore est facile, mais toujours efficace). On s’abîme dans l’univers rochdien. On tombe de Charybde en Scylla, et on chavire à chaque syllabe sous le raz-de-marée constant de métaphores et de références nouvelles.
« Enivrez-vous les amis ! » Voilà l’injonction rochdienne. Entre narration précieuse, et ciselage hardcore (moins hardcore cependant que les projets plus récents du rappeur) , il s’agit de relier la Sorbonne et la rue Chevaleret. Voilà donc près de vingt ans bientôt que le rappeur du 13ème s’échine à creuser son boulevard.
Vladeck Trocherie
Prophecism – Glitch Theory
Des projets de beatmakers sur Soundcloud, il en existe pléthore. Alors pourquoi Glitch Theory plus qu’un autre ? D’abord parce que le EP s’ouvre sur les sifflements d’Elle Driver dans Kill Bill, ce qui devrait déjà en soi achever de vous convaincre, et aussi parce que contrairement à la majorité des projets de ce genre, Prophecism a été assez malin pour y incruster du rap sur certains morceaux, là où d’autres privilégient le 100% instrumental souvent lassant. Non seulement Prophecism a beaucoup de talent, mais en plus sa bio Soundcloud le rend très attachant de par sa candeur : « Please, don’t steal my beats ». Comme si les rappeurs en avaient quelque chose à foutre.
Hachill YS
Le coeur dans les mains, jusqu’à la nausée
J’aime tellement la musique de Despo Rutti que je n’arrive à en parler qu’à la première personne, et sans filtre, sans mesure. Un an après le grande cicatrice béante Le coeur dans les mains devait poursuivre la folie créatrice d’un artiste aux failles touchantes, bouleversantes même. Résultat, un album honteux d’indécence, avec une seule chanson à sauver (Nuance, qu’on dirait une chute des Sirènes), et beaucoup à jeter, entre slam insupportable, paresse d’écriture, instrus d’une faiblesse inédite et intimité dévoilée jusqu’au malaise. Je ne sais pas si Despo est fou, en tout cas, il manque sans aucun doute de discernement artistique. Et c’est bien pire.
Clément Apicella
Despo Rutti ou la chute du prophète
Majster était un disque grandiose. Il s’agissait d’une œuvre sainte, à l’instar d’une bible musicale. Despo s’y posait en prophète transmettant la parole divine. Les propos ésotériques et conspirationnistes délivrés par le rappeur avec sérieux lui ont porté préjudice et peu d’auditeurs ont vu en Majster un album écoutable, imaginant sans doute qu’il valait mieux s’en écarter comme pour ne pas justifier les démons de Despo. Pourtant rarement un album qui fait la part belle au divin n’aura semblé aussi humain, à la fois poignant et désolant. Il y a dans cette œuvre dérangeante le même ADN que dans Mémoires d’un névropathe de Schreber où celui-ci racontait de manière autobiographique ses délires paranoïaques, entre lucidité et folie. Un nouvel album de Despo en ce début 2017, intitulé Le Cœur dans les Mains, avait donc de quoi animer les apôtres du prophète. Malheureusement, Le Cœur dans les Mains se révèle être bien moins intéressant que son grand frère en grande partie parce que moins musical. Sur plusieurs pistes, Despo ne rappe pas, il justifie de ses actes en parlant. D’autres fois encore, il invite l’auditeur à épier ses conversations téléphoniques avec une femme à laquelle Despo, garant de la morale, donne des leçons de vie moyenâgeuses. Finalement, ce qui différencie Majster du Cœur dans les Mainsest la manière dont Despo mettait sa folie au service de son rap pour le sublimer dans le premier cas. Or, sur ce dernier album, la musique n’est plus du tout au cœur des préoccupations de Despo, il a simplement choisi comme canal de communication celui par lequel il avait le plus de chance d’être écouté pour transmettre la « sage » parole. Pour autant, l’album n’est pas dénué d’intérêt. Quelques morceaux viennent sauver le naufrage, tels que Le sourire du Joker ou l’excellent Comme un Dali, que tout aficionado de Despo se doit de connaître.
Hachill YS
Elo Chapo
Eloquence… A chaque fois que quelqu’un évoque ce nom une image vient immédiatement à mon esprit ; la pochette du premier N*E*R*D. Rien à voir musicalement mais dès qu’Eloquence se met a poser j’ai l’impression qu’il joue à la Play en claquettes. Tout est tellement facile, le flow coule sur n’importe quel type de prod. Et c’est peut-être un des seuls reproches qu’on peut faire à cette tape, le manque de prises de risque niveau productions. L’influence Zaytoven est un peu trop présente à mon goût (flagrant sur »Royal »).
Cependant cette collaboration comporte de grands moments. Notamment le premier titre »Le haut du pavé », avec son instru épique mêlée à la justesse de l’utilisation de l’autotune. Puis, vient le triplé gagnant »Larry Bird », »Totem », »Randy Savage » (mention spéciale à ce dernier titre aussi efficace qu’une descente du coude depuis la troisième corde).
Fidèle à lui-même, Eloquence livre sans forcer de bons textes truffés de références classiques ayant le mérite de sortir de ce satané triumvirat : Tony, Sosa, Manny.
Crem
Le Rap’n Rolla de FK
A l’instar de Coppola avec The Godfather part.2, FK propose une suite à son Purple Kemet qui soit encore plus réussie que le premier. Si la formule ne change pas, FK apparaît encore plus consistant tout en mariant différentes sonorités. La trap (En Dedans) vient côtoyer les résonnances dance hall (Mamacita) et cloud (Solo). L’album se permet même de finir sur de l’afro trap (TMC 225). Ce melting pot musical aurait pu favoriserl’incohérence du projet et pourtant, au contraire, ce Purple Kemet 2 s’écoute d’une traite sans que les changements d’ambiance viennent gêner l’auditeur. FK étonne tant par sa capacité à chanter sans autotune dans les refrains que par son animalité dans les couplets. En ce sens, il n’est pas sans rappeler Dixon, malheureux grand absent de ce semestre. FK s’impose donc avec ce nouveau projet comme un futur grand sur lequel il va falloir compter dans le futur.
Hachill YS
Le fils de Metek
Perso cette année je retiens surtout les tweets de Riski, qui sont d’autant plus précieux qu’ils généralement éphémères. Ce serait bien de faire un peu plus de musique par contre, histoire de s’inscrire un peu moins dans l’instant et un peu plus dans l’histoire
Le rappeur originaire d’Aulnay-sous-bois distille au compte-goutte son talent avec la tetralogie qu’il a annoncé pour l’année 2017. Aujourd’hui, trois des quatre EP promis sont déjà sortis, disponibles sur Haute culture, chacun contenant quatre titres. La recette est travaillée, la formule entrée-plat-fromage-dessert servie par le chef est réussie. Le rappeur sait varier les formes, que ce soit au niveau du chant comme des atmosphères produites. On suit les pérégrinations d’un homme entre deux eaux : trop vieux pour traîner dehors, trop jeune pour la retraite et le confort.
La régularité et la qualité de ses morceaux nous amènent à conclure ceci : c’est un rappeur avec lequel il faudra compter désormais.
Vladeck Trocherie
Kalash Criminel & Douma : les Dushane et Sully du rap français
Pour ceux qui ne comprendraient pas la référence, Dushane et Sully sont les 2 protagonistes de la série anglaise Top Boy. 2 partenaires dans la vente de drogue qui se protègent mutuellement même quand cela n’a pas lieu d’être. Dushane est la tête pensante du duo, et Sully le hoodlum toujours prêt à crosser un renoi qui le matte un peu trop longtemps. Ici, Kalash Criminel et Douma (membre du groupe Bangladesh) sont tous les 2 des Sully. Les natifs de Sevran Rougemont et de Grigny la Grande Borne sont cousins, et partagent une vraie passion pour les coups de coude, de genoux et les écrasements de tête, aussi bien dans leurs textes que dans leurs gestuelles dans leurs clips. Ils ont eu l’occasion de croiser le micro 2 fois en moins d’un an : l’année dernière avec « Makila » (R.A.S) et cette année dans « Nada » (Oyoki). Et les 2 sons sont non seulement les meilleurs sons des projets de KalashCrimi, mais aussi parmi les sons les plus marquants de l’année de leurs sorties. L’alchimie prend directement aux tripes, une telle transmission de violence ne s’était pas vu depuis les 2 sons de DespoRutti et Escobar Macson (2 autres zaïrois, on ne laisse rien au hasard).
En espérant un projet solo de Douma au courant de l’année, on peut patienter en ecoutant le très bon OYOKI de Kalash Criminel, et on milite pour qu’un album en commun puisse voir le jour (et que Douma Kalash sort un album aussi le même jour, la confusion serait totale) avant l’instauration de la VIème République et que l’on trouve une réponse à cette problématique : « Une actrice porno qui fait un enfant, est-ce que pour toi c’est un fils de pute ? ».
Golgoseize
Jok’air/Laylow/Nusky: des cris dans la nuit
Trois trajectoires différentes qui se recoupent dans des thèmes communs : la nuit, le cri, le rêve, la douleur, l’amour, puis la joie, le retour, les excès.
Si Jok’air est aux années 2016-2017 ce que Niro a été au début des années 2010, c’est-à-dire l’invité indispensable voleur de morceaux, ici l’ancien soliste du groupe MZ fait entendre sa voix éraillée et éteinte avec une régularité qui force le respect. Sa plume est simple mais belle, et même si ces deux projets sortis dans l’année ne transforment pas l’essai (trop de superflu polluent encore sa langoureuse musique), son charisme et sa palette de chanteur-rappeur devraient le porter vers les sommets tôt ou tard. Sa chanson de l’année : La mélodie des quartiers pauvres, évidemment. Laylow n’a pas sorti d’album cette année, et ses feat sont encore rares. Mais son dernier projet, Mercy, a traversé le calendrier et continue d’essaimer sur son chemin. Rappeur de la rupture, amoureuse, mais aussi de la voix, hors-temps, hors réalité, qui s’expulse difficilement, à la limite de l’atone et du vide, penché vers le nocturne, Laylow est un chanteur élégiaque, qui pleure sur ce qui est déjà parti, sur les chimères, sur les femmes et sur la mort. Romantique et vertigineux, son art est l’un des plus excitants à suivre dans le rap français actuel. Sa chanson de l’année : son couplet dans T’en veux encore, des Alchimistes. Nusky est un peu l’intrus de la liste, en tous les cas pour 2017.Son excellent projet, l’un des meilleurs de l’année, avec Vaati, Bluh, conjuguait l’amour plus au futur qu’au passé, regard vers l’avenir, les enfants et le bonheur. Le rap de Nusky, un peu insolent, fait de blocs d’abstraction et de métaphores étranges, est probablement le plus évidemment poétique des trois. Porté par les productions sautillantes de Vaati, Nusky enroule sa voix comme un serpent autour de la musique, sans jamais entrer en conflit avec elle, rappelant plus les prouesses que peut réaliser Jorrdee au micro que les rugissements de Laylow ou les vocalises de Jok’air. Parti de plus loin niveau popularité, son côté hipster parisien l’a propulsé tout en haut de l’affiche avec un freestyle pour Konbini qui montre parfaitement son renouveau : drôle, survolté, inspiré, mais toujours dans le cri et la mimique, toujours dans les nuages et dans le feu. Sa chanson de l’année : Avec moi, sublime presque chanson d’amour.
Clément Apicella
Ahmad n’est qu’Amour
Avec Perdant Magnifique, Sameer Ahmad touchait le ciel. A chaque projet, la progression du montpelliérain n’a cessé d’étonner, si bien qu’à chaque fois, il faisait oublier l’album précédent, les rendant obsolètes. Problème : après une réussite telle que PM, il était difficile d’imaginer Ahmad faire beaucoup mieux et encore moins depasser Perdant Magnifique aux oubliettes. Pour résoudre l’équation, Sameer Ahmad se fait passer pour un nouveau groupe : Un Amour Suprême composé de Jovontae et d’Ezekiel. Le premier projet, Jovontae EP, est sorti début mars. Si la démarche a de quoi laisser perplexe, il n’empêche qu’Ahmad touche juste. Certes, Jovontae EP ne fait pas oublier son prédécesseur, loin de là, mais le disque est suffisamment costaud pour qu’on attende avec envie l’Ezekiel EP.
Hachill YS
Deo Favente, chaos calme
A7 brillait par intermittence, projet bancal mais formidable. Anarchie délaissait la folie des grandeurs gothique au profit d’une bouillie américaine écrasante, mouroir artistique mais succès de label. Sorti de cette anarchie illusoire, autant dire que l’on attendait avec grande impatience le retour du S. DeoFavente n’a pas déçu. Plus projet matriciel que redite du précédent opus, Deo Favente déploie un éventail d’une diversité infinie, aussi bien au niveau des productions que de l’interprétation. Chanson française, comme dans « La Nuit », zumba endiablée dans « Temps Mort » ou terrifique ambiance mafieuse dans « Slow Mo » sont autant de petites capsules d’un grand ensemble à la fois complètement impersonnelle et d’une prégnance individuelle rare. Si le rappeur se livre beaucoup, sur la mort de son père, sur sa difficulté à gérer le succès, il ne faut pas oublier qu’il s’est construit grâce à une personnalité certes iconique, mais en tout points transformiste, où une ambiance équivaut à un avatar, tantôt dragueur plagiste, tantôt escroc impitoyable. De cette diversité atmosphérique, on pourrait craindre la dispersion, l’aplanissement de son charisme au profit d’une logique mercantile qui muerait chaque morceau en démonstration grand public. Mais au contraire, on y voit ici le remuement assez fantastique d’un artiste qui chamboule son univers de l’intérieur, sans se départir de sa volonté populaire, et qui préfère la remise en question calme et diffuse à la rediffusion perpétuelle des mêmes recettes. Et tout ça, en pompant (involontairement de sa part?) une rappeuse anglaise inconnue au bataillon et déjà oubliée. Preuve, s’il en fallait une, que Deo Favente va bien au-delà des considérations de label, et enterre bien la morgue pleine de déférence de cette Anarchie à jeter aux oubliettes.
Clément Apicella
Les Soliloques de Vîrus
Mettre au pilori Victor Hugo, ce profiteur de misère, argoter tout en poésie, siffler sa haine du monde moderne et de ceux qui se goinfrent de festivités quand d’autres n’ont pour sel que leurs seules larmes,voilà l’objet des Soliloques du Pauvre. Au départ, il s’agit d’un recueil de poésie portant attention au quotidien des miséreux dans une langue qui leur appartient. 120 ans après sa publication, Vîrus emprunte l’œuvre du poète Jehan-Rictus et l’adapte sur un disque complété d’un livre. Le résultat est impressionnant de justesse pour un projet qui s’annonçait casse-gueule sur le papier. Adapter LesSoliloques du Pauvre, c’est transmettre une idée préoccupante : la misère d’hier est aussi celle d’aujourd’hui. Ecrit il y a plus d’un siècle, l’œuvre de Rictus est donc toujours d’actualité. Mis en musique par l’acolyte de Vîrus, Banane, les productions assurent le mouvement entre les textes retravaillés par le rappeur et l’ambiance lourde du projet. En prime, le comédien Jean Claude Dreyfus y joue du purotin éprouvé, amer envers la bourgeoise, caché dans la solitude de l’hiver. Si l’œuvre est difficilement accessible, elle s’écoute en plusieurs fois pour apprécier chaque vers, chaque blessure, chaque coup que porte la pauvreté à celleux qui oublient que, dehors, le maroufle porte sa croix toute la journée.
Et parce que Vîrus est probablement l’une des plus belles plumes du rap français, il s’est aussi permis de sortir le meilleur morceau de ce premier semestre sur l’album d’Al Tarba, La Nuit se Lève.
Hachill YS
Le rêve marseillais et Véronique Sanson : Jul way of life
L’album gratuit troisième du nom de Jul est fidèle aux deux premiers et aux albums payants du Stackhanov marseillais : humble, dansant, touchant et populaire, alternants entre musique de fête foraine tout néons dehors et freestyle particulièrement réussis. L’auditeur y picore une ou deux chansons maximum, et réitère la manœuvre deux mois plus tard. La chanson épiphanie de 2017 est donc ce Lacrizeotiek (quel titre!), sorte de long freestyle à l’instru d’une simplicité et d’une vieillesse indécelable au carbone 14, mais où Jul démontre plusieurs choses :
– qu’il est véritablement, n’en déplaise à ses plus vifs pourfendeurs, un rappeur plus qu’honnête
– qu’il sait bien écrire, la chanson étant un long couloir d’assonances et de métaphores, sans tomber dans la démonstration multisyllabique la veine au front Ils ont mis un contrat sur l’instru, appelle-moi l’tueur à gage/ J’ai dribblé le gardien, y’a plus qu’à rentrer dans la cage/J’arrive en dérapage avec les p’tits qui pètent la tâche/ Alors tu voulais jouer à la vache, j’suis pas comme vous, j’sniffe pas la mâche )
– mais surtout, que Jul est parfaitement conscient de ce qui l’entoure et qu’il gère parfaitement le succès bigger than life de sa musique, sans calcul, avec une simplicité désarmante. Être aussi dénué de cynisme fait de Jul le parfait – et seul- représentant d’un rap pop(ulaire) qui confond parfois sincérité et calcul froid pour écouler des disques. Dans cette chanson, cette gentillesse et cet émerveillement constant mais non niais se voit dans une avalanche de noms, où sont convoqués Renaud, Cheb Khalass, Fabolous, et Véronique Sanson aux Victoires de la Musique. Et magie de la rime, Véronique est déjà introduite dans le vers d’avant, à la faveur d’un jeu de mots assez pénétrant et bouleversant de beauté inattendue « Dis-toi que je suis rien sans son ». Se trouvent ainsi liées, presque involontairement, la prosaïque réalité d’un jeune galérien devenu superstar française, et l’ascension presque fantastique de celui-ci, amené à côtoyer les plus grandes stars (?) à la sueur de son front. Bosseur invétéré, au succès amplement mérité, Jul prouve chaque année, disques d’or et de platine pleins les mains, que parfois la gentillesse et la passion triomphent sur le reste. Et vu la niaiserie de ma dernière phrase, on peut dire que son pouvoir est contagieux.
Clément Apicella
Le singe de PNL dans son propre clip
C’est sans doute la banane du mois. Une instru (que certains ont qualifié de plagiat, une fois n’est pas coutume comme on dit), un singe. La France entière attendait la quatrième partie de la série de clips entamée avec Naha, la France entière s’est faite Fred de skyiser.
Vladeck Trocherie
Willow ressuscite Los Santos
Avant qu’Haute Culture ne change de peau pour devenir un site clickbait, il était très agréable de voguer au gré des mixtapes, de parcourir les premiers jets de jeunes rappeurs et surtout de découvrir une pépite cachée et inconnue laissant à l’auditeur ce sentiment propre à l’archéologue lorsqu’il met à jour un objet de valeur enfoui depuis des millénaires. Ainsi, chaque année, quelques énergumènes sortaient du lot et proposaient des projets intéressants. En début d’année, un rappeur du nom de Willow a pondu un EP à la cover aguichante pour la génération qui a passé ses nuits sur le jeu GTA San Andreas. Sur un fond d’écran laissant apparaître la maison de Carl Johnson, en lettre rose fluo se dessine le célèbre quartier du jeu : Grove Street.Cheap, mais terriblement excitant. Mais que vaut le projet une fois l’effet nostalgique envolé ? Willow propose un rap plutôt orienté West Coast, dansant, avec de bonnes idées d’écriture. Sans être dépourvu de défauts, le EP est rafraîchissant et c’est bien là le plus important. Si aujourd’hui la tape n’est plus disponible sur HC, Willow en propose une version allégée sur son Soundcloud, à laquelle il manque deux morceaux dont le très efficace Ballas. Dommage donc, seuls les archéologues chanceux du net en auront la copie originale.