Captcha se met sur son 31 pour la remise des Gandins du Rap !

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Ne me parlez pas de la dégaine de Lil’ Wayne, encore moins de celle de Soulja Boy… gimmicks vestimentaires d’éternels ados qui se la racontent swaggy sous couvert d’être d’impitoyables hommes d’affaires. Nul doute que le code génétique du rappeur est devenu plus équivoque. Je ne comprendrais jamais un MC qui veuille devenir le Lil’ Wayne d’après l’an 2000. Même s’il parle de drogues ou de fesses, Wayne est devenu une sorte de robot androïde du bling sous Prozac, un gars qui a définitivement laissé le côté homérique du rap au vestiaire… Wacka, quant à lui, avait le potentiel, mais il s’est avéré qu’il était un agneau déguisé en loup.

En fait, il fut un temps où le producteur/rappeur ne simulait pas. Il avançait à découvert, le gilet pare-balles sous le veston, la bible ou le coran sous le bras et voulait à tout prix ressembler à Marlon Brando du Parrain, à Al Pacino de Scarface, à Paulie Cicero des Affranchis…

Se dégageait de lui cette persévérance souvent mortifère à s’élever du bourbier. Se manifestait ce devoir impérieux de rallier coût que coûte cette îlot argenté ou terre promise perdue au beau milieu d’un océan d’arrivisme et de brutalité crasse, qu’il allait falloir traverser à la rame pour entrevoir soleil et palmiers.

2Vu la brièveté promise à sa vie, le rappeur/producteur n’hésitait jamais à crever sa tirelire afin d’achalander à prix d’or son vestibule, bravant du coup des siècles de spoliation, des lunes d’infortune : « Dis moi ce que tu portes sur toi, et je te dirais qui tu es ! » rappait-il alors, voix grave et morgue pleine.

Or, tous savaient pertinemment qu’aucune fille ne s’est jamais plainte de l’infinie douceur de la cravate en soie qui file entre ses cuisses, de la froideur polaire de la Rolex qui cours impatiemment dans le creux de ses reins, encore moins du bout incandescent du Bolivar Gold Medal qui sait, bien mieux que son effluve vaginale, parfumer la jungle luxuriante de son triangle d’or.

« C’est ton Gat que je sens, chéri, ou bien tu es en joie ?» interrogeait-elle, suffoquée par la consistance de son calibre en acier trempé, avant d’entamer une sarabande à trois à laquelle était conviée, lui, elle, mais aussi l’ange Gabriel tatoué sur son dos glabre de MC/producteur tout-puissant.

Bon, j’arrête d’extrapoler. Il est temps de distribuer les Gandins du rap, comme d’autres distribuent les Molières, d’autres les baffes, certains autres, les prospectus etc – Liste non-exhaustive ça va de soit !

GANDIN DU RAPPEUR QUI RAPPE (TOUJOURS) : SCARFACE.

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A le voir ainsi endimanché et titiller son barreau de chaise, il ne fait aucun doute que le boss du Grand Sud, le caïd de Houston, c’est bien Scarface et nul autre. D’autant plus qu’il est celui qui a pavé la route, et qui, micro en main ou pas, leur a tout appris ou presque à ceux qui (depuis) rappent ou le plus souvent, chuintent. Le jour où, épaulé par les deux machiavels nordistes, Jay-Z et P. Diddy, T.I. s’est auto proclamé « King of The South », cézigue s’est écrasé. Il a laissé le pseudo monarque d’Atlanta et son soldat Lil Flip se dérouiller, sachant que la vérité finirait un jour par émerger de la boue. Depuis, T.I. a sorti quelques titres, bon nombre de bluettes, des albums dont tout le monde se fout. Scarface, lui, a toujours répondu présent, sortant des projets indispensables, des classics inaltérables, comme d’autres sortent leur toutou pour le faire pisser, c’est à dire sans trop de vagues, sûr de son fait. Il est à tout jamais le boss de la rime, le big boy du Geto, je vous dit, le Gandin du rappeur qui rappe est pour lui !

GANDIN D’HONNEUR : MASTER P.

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Encore fallait-il que le SON de son No Limit de label rapporte du blé. Bref, qui dit SON dit de la bonne avoine pour bétaillères mais aussi cette imagerie sans laquelle le rap n’est rien. En s’attaquant brutalement au concept, Master P avait déjà tout compris en 1995, les autres, les Cash Money, Maybach Music et consorts n’ont fait qu’appliquer l’implacable recette du tank doré. Le jour où P a échangé sa casquette à l’envers contre un costard, il était devenu l’une des grandes fortunes de son pays. Pas moins. Puis, il s’est comporté comme tous ces parvenus du hip hop des années 90, à négligé de payer ses artistes et producteurs, enfin, de fil en aiguille, encornés par le pugnace Pastor Troy, sa crédibilité et son compte en banque ont fondu comme neige au soleil. Qu’importe. Lorsqu’en Alabama, en Floride en passant par le Tennessee vous évoquez le nom du plus grand producteur de tous les temps, tous à l’unanimité clament le nom de Master P.

Grâce à lui, beaucoup ont appris qu’un label est plus exigeant qu’une fille, qu’il faut le bichonner sans cesse et ne jamais lui tourner le dos…

Gandin d’honneur donc pour Master P !

GANDIN DE POCHE: Mr POOKIE

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Mr Pookie est de Dallas Qui dit dallas dit la ville de JR Ewing, suppôt télévisuel du Bushisme en devenir made in Texas, chef réaliste de l’entreprise pétrolifère qui sévissait dans la série américaine éponyme des 80’s où on n’apercevait jamais aucun Noir, ni le moindre Latino. Rien de neuf sous le soleil sudiste en ce qui concerne le cinéma US. Déjà en 1958, King Creole, long-métrage musical de Michael Curtiz (starring Elvis Presley) déambulait pendant 116 minutes dans les rues et les clubs de la Nouvelle-Orléans, ne montrant jamais ce qu’Hollywood avait décidé de bannir de la pellicule tournée dans une ville composée à 75% d’afro américains.

En ce qui concerne le rap, Mr Pookie avait la dégaine, le flow, son album Tha Rippla (2000), un hit régional en béton Crook For Life, mais n’a jamais confirmé les espoirs fondés en lui… too bad !

Rien que pour ça, je lui décerne le Gandin de poche

GANDIN A PERPETE : BIG LURCH

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Antron Singleton alias Big Lurch a débuté son périple au sein de Cosmic Slop Shop, trio rap qui faisait dans le hippie/crunk hip hop (Da Family 1998) du côté d’Oakland.

En 2002, Big Lurch est incarcéré pour cannibalisme. Les raisons ? Il est accusé d’avoir dévoré certaines parties du corps de sa colocataire après après l’avoir estourbi, acte commis sous l’emprise de la Phencyclidine, drogue qu’il prenait couramment afin de calmer les douleurs persistantes dues à un grave accident de voiture survenu en 2000.

En 2004, le notoire label Black Market décide le soutenir en réalisant It’s All Bad, le dernier dernier projet de Lurch à ce jour. Gadin ou pas Gandin ? Telle était la question que posait la pochette de l’album… Métaphore shakespearienne ambiguë, avec un Big Lurch arborant costard funéraire, chapeau de croque-mitaine et crâne humain de circonstance, qui allait pousser la mère de la victime à intenter un action en justice envers Black Market Records.

Depuis, Big Lurch purge sa sentence à vie dans divers pénitenciers de Californie.

Nul autre que lui mérite le Gandin à Perpète !

GANDIN « PIMP » : PLAYA G

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Gerald Jenkins alias Playa G est de Memphis. Sa dégaine casquette à damiers et bretelles faisait mal en 1996 en couverture de Pimp Shit, opus axé sur la manière de vivre dans la clandestinité du ghetto à Memphis, mais tout autant sur « comment parler aux filles afin de les séduire, sous couvert qu’elles ne vous refusent plus jamais rien ». J’ai pas mal appris en écoutant Pimp Shit, peu sur les filles, soit, mais l’essentiel sur Memphis et sa culture pimp.

A Memphis, le pimp rap n’exprimait rien d’autre que cette filiation avec la funk moite que les maquereaux écoutaient en boucle dans leur rutilantes poubelles pendant les années 70, attendant que leurs poules, le cul chauffé à blanc par les passes successives, ramènent le butin avec en guise de remerciements torgnoles, mais aussi délicatesses.

8Ball & MJG en ont fait leur cheval de bataille, Playa G et DJ Nite en ont fait un seul et unique monument du genre.

J’associe la fille qui pose ici (back & front) à la remise de ce Gandin « Pimp » enlevé d’une courte passe par Playa G.

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GANDIN DE PLATINE A TITRE POSTHUME : PIMP C

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Le jour où Pimp C est mort, c’est à chaudes larmes que l’immensité du Grand Sud a pleuré sa perte. En fait, bouquiner la vie de Pimp C, c’est un peu lire la vie de Jésus, mais noir. La vérité est que Pimp C est biblique ! On peut tourner et retourner sa biographie dans tous les sens, difficile de trouver quelque chose à lui reprocher à feu Chad Butler.

Sens de l’éthique et du devoir, droiture de tous les instants, pourfendeur de la rime riche, brillant porte parole du ghetto à papa, Pimp C véhiculait la poésie terriblement épique des Black ou bien Willie Dynamite, héros « pimp » de la Blaxploitation, devenus icônes rap par atavisme.

Et puis, il y a cette mort subite, cependant parfaite, dans un sommeil plombé par le sirop pourpre… sans jamais avoir baisé les pieds des nordistes qui ont mis des lustres à accepter sa colossale influence.

Bref, Gandin de platine à titre posthume pour C. #RIP

GANDIN DU MEILLEUR ESPOIR : KEVIN GATES

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Kevin Gates est né à la Nouvelle-Orléans, ça aide.. Puis, il a déménagé à Baton-Rouge, ça aide aussi quand tu t’es fixé cet objectif à risques qui est de devenir un rappeur au pays des alligators à la mâchoire sertie d’or!

Très imprégnés par le côté mélodramatique légué par les mentors de la ville (Lil Boosie, Young Bleed, Max Minelli) il y a beaucoup de diversité dans les raps de Gates… Mixtape bâtie autour d’un des personnages les plus violents du Parrain interprété par Lenny Montana, The Luca Brasi Story déroule son gumbo mercenaire, très riche en mélodies, décors variés, vulnérabilité, intégrité, thug lyrics, club banger, avec toujours la rue comme canevas…

« In a rain storm in the blizzard, expressing all of my feelings

Paps never took me serious, Mama never wanna listen,

Stomach hurting, my pockets empty, how dare a nigga wanna tempt me,

In a dark room, all prayed out, ain’t never sat in no Bentley. »

Gandin du Meilleur Espoir pour lui !

Grizz – O-dog francophone

On reçoit bien souvent des mails promotionnels d’artistes souhaitant que l’on diffuse leurs clips ou leurs sons. C’est bien souvent de la merde, si bien qu’on ne prend même pas la peine de leur répondre, mais parfois y’a de bonnes surprises, comme ce « O-Dog Francophone » bonne ambiance.

Alors selon le mail, « Grizz aka Clint Westhood est un rappeur de 22 ans résidant dans le 92. Parfois abstrait, souvent trash, toujours subtil, il mêle gangstérisme parisien et poésie moderne ». On sait pas trop ce que ça veut dire, on imagine le gangstérisme parisien de Sazamyzy, coincé dans le corps du poétique Oxmo.

Makizars – J’entends la neige brûler (clip)

« MAKIZARS est un groupe de Rap Français constitué de M24 et de Saoudien que vous avez peut être déjà entendu sur différentes compiles et mixtapes. Originaire de Rouen et installé sur la région Parisienne (93 et 92) depuis 2003, les membres du groupe ont collaboré à plusieurs reprises avec SULTAN, LALCKO, POISON, BOBBY VALENTINO, DJ SKORP et autres …

Sous forme d’épisode, une première vidéo vient d’être publiée vous permettant ainsi de découvrir l’univers de leur Album en préparation. »

Page Facebook: http://fr-fr.facebook.com/pages/MAKIZARS/143888495677382

Twitter: https://twitter.com/Makizars

Site internet: http://www.makizars.fr/

Critique ciné : The Hole

Écrire des films d’horreur tout public ? C’est là le défi qu’aura essayé de relever Joe Dante tout au long de sa carrière. C’est une nouvelle fois la contrainte qu’il s’est imposé avec la réalisation de The Hole ; contrainte qu’il lui aura souvent permis de se transcender …

The Hole raconte l’histoire d’une famille monoparentale, composée d’une mère et ses deux fils, emménageant dans une petite ville de banlieue. L’un de ses deux garçons est un enfant, l’autre un ado. Lucas et Dane – les deux fils donc – font rapidement la connaissance de leur voisine, ayant approximativement l’âge du plus âgé, qui flashera d’ailleurs très vite sur elle. La bande découvre un trou sans fond dans la cave des nouveaux arrivants.

On comprend assez vite que ce trou va faire ressortir les plus grandes peurs de ces jeunes. On alterne ensuite les séquences de groupe, dans lesquelles les personnages vont tenter de comprendre ce mystère ; avec des séquences plus axées horreurs dans lesquelles les personnages devront affronter leurs phobies. Le tout est bien mené, les parties aventures sont prenantes, on a nous aussi envie de comprendre ce mystère, malgré des personnages un peu insipides, et pas forcément bien incarnés … Les séquences d’horreur sont aussi bien maîtrisées, grâce à une bonne gestion du montage et de la réalisation.the-hole-still-5

La narration reste assez convenue, et il est vrai qu’on est assez déçu lorsque Dane vient nous expliquer très clairement le principe du film. Toujours difficile d’avaler le fait qu’on nous prend pour des cons incapables de comprendre les enjeux d’un scénario … D’autant plus que l’on saisit assez rapidement quelles sont les peurs de l’adolescente et du jeune garçon. Pour les esprits tordus comme moi, la phobie de l’adolescent semble elle aussi assez évidente : il a peur de la pénétration (quoi de mieux qu’un trou pour symboliser ça ?). Et c’est là que le film surprend !

J’éviterais de vous raconter le dénouement mais le film prend une toute autre tournure, et l’on comprend que The Hole est en fait un film sur le poids des blessures enfantines, et la nécessité de les affronter pour évoluer. Ce fameux dénouement comprend quelques très belles idées visuelles, et d’autres plus moyennes, notamment à cause d’effets spéciaux un peu cheap.

Bon tant pis, il n’y aura pas de cul. Malgré tout, The Hole reste un bon petit divertissement, bien exécuté, avec sa part de surprises. Il est toujours intéressant de voir des réalisateurs jouer avec les contraintes pour le bien de leur œuvre, et on peut dire que sur cet aspect là, Joe Dante est admirable.

Faut-il attendre quelque chose du nouvel album de Seth Gueko ?

A quelques semaines de la sortie de Bad Cowboy (dans les bacs le 6 mai), Seth Gueko en a livré hier un troisième extrait. Décevant à plus d’un titre, Bulldozer est l’occasion de se poser la question : faut-il attendre quelque chose de ce troisième solo du Gueko ? Lire la suite « Faut-il attendre quelque chose du nouvel album de Seth Gueko ? »

Kaaris, l’univers et ma bite

On va pas introduire le bail pendant 107 ans, y’a quelques jours on a reçu le message suivant : « Salut Captcha Magazine, je m’appelle Thibault et je suis étudiant en Lettres à Paris (1). J’ai écrit sur le mode de la dissertation – avec un ton assez « scolaire » et une approche classique – quelques paragraphes sur le rappeur Kaaris. Si vous trouvez l’idée cool,le côté analyse littéraire d’un rappeur, dites le moi et je vous enverrai le texte.« 

Et ouai l’article est pas dégueu, donc on vous le publie tel quel, sans se faire chier avec une quelconque mise en page.

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Sujet 1 : dissertation (4 heures)

Vous discuterez du sujet suivant :

Kaaris, l’oeuvre et l’artiste

L’usage de la calculette est interdit

Dans la peste de Camus, le spectre terrifiant de la maladie apparaît sur scène, au théâtre, et l’image obscène de corps infectés est montré à celles et ceux qui prétendaient y échapper. On retrouve le même procédé dans les chansons de Kaaris, ou la mort joue le premier rôle mais ne se dévoile qu’à la fin de l’acte. Il dit ainsi dans Houdini « fais moi un hug si t’es la veuve d’un CRS« . Le thème principal de la phrase n’est pas la mort du policier mais bien le réconfort, le câlin (hug) fait à celle qui vient de perdre son mari. Le décès est impliqué dans l’affaire, mais n’est pas principal, comme dans la punchline « on fera des youyous pour la mort de ton père si c’est un keuf« . La haine, la compassion et la fête se retrouvent mêlés de manière inattendu.

« Mon esprit ne pense qu’au deuil« 

Un des aspects importants dans le texte du rappeur est aussi la mise en scène, la théâtralité du meurtre. « Continues à glousser, tu pourras griffer ton cercueil« . L’auditeur est ici pris à contre-pied, le déroulement de la pièce est naïf (« glousser« , »griffer« ) mais son dénouement est à la fois tragique et spectaculaire : on assiste à la mise en terre d’une personne vivante. Celui qui écoute devient le témoin,le complice du crime. Kaaris peut aussi jouer avec les registres, en donnant à ses scènes macabres un caractère érotique « la rigidité de ma queue, comme un cadavre après une mort brutale » ou romantique « une rose disparaît, hop ! un flingue apparaît« . On trouve même des métaphores sportives « transversale, but du tur-fu, j’te la mets en pleine tête« . Tout cela peut évoquer les films d’horreurs américains, où on joue avec la tension en ne la faisant éclater qu4au moment ou le spectateur se relâche. Le caractère odieux de certaines scènes se retrouve aussi dans les images que Kaaris propose « résiste on rouvre ta plaie et on vomit sur ta blessure« . L’enfant de Sevran est bien hardcore à outrance.

Kaaris se fait appeler « le légiste » et c’est un bon résumé de l’artiste, la mort et la médecine sont en effet deux thèmes prédominants dans son oeuvre. Ainsi, l’introspection prend chez lui la forme d’un diagnostic « j’arrête pas d’te tirer dessus, j’sais pas ! J’ai peut-être Gi-Gille de la Tourette« , « contre-nature et ce qui m’touche, je suis la haine en cellules souches« . Il se perçoit comme une erreur dans une opération chirurgicale « ne supporte plus la république, comme un putain de mauvais greffon » et le patient se transforme parfois en docteur « une autopsie pour savoir pourquoi ils rappent aussi mal« . Témoigne également de cette obsession les nombreuses réferences à l’accouchement « la street et moi c’est fait ça y est, elle est enceinte de mon CD » ou encore  « les lances roquettes sont venus mettre bas« . Kaaris va même jusqu’à décrire de manière assez cru sa propre naissance sur le titre Le légiste. La force de ce style « médical » réside dans l’impression étrange qu’il laisse à l’auditeur : Kaaris se permet d’être sanglant tout en restant froid et distancié. Le rappeur-légiste-sage-femme ne fait qu’un constat, laissant au public l’interprétation et les sentiments. Celui qui écoute pour La première fois en ressortira troublé, nauséeux. C’est en quelque sorte la science mise au service de l’imagerie rap, comme dans cette exceptionnel punchline « selon le CNRS, l’univers est en expansion comme ma bite« . Ou comment confronter dans une même phrase la réthorique scientifique et un thème trivial, ma bite, dans le plus pur style ego trip. L’artiste reprend donc les codes de la culture Boobasienne, à savoir la bandicité, l’argent, la violence, tout en transcendant le genre.

Kaaris, penseur nietzchéen
Kaaris, penseur nietzchéen

Maintenant que nous avons défini le style et les obsessions de Kaaris, nous pouvons nous avancer sur une vision plus globale du rappeur de Sevran. Là, deux choix s’offrent à nous  : Kaaris le prophète et Kaaris l’animal.

« Les singes viennent de sortir du Zoo, armés comme à l’époque du Clos« . Dans les textes de l’auteur, comme dans les fables de la Fontaine, l’allégorie animalière occupe une place importante. On y retrouve les représentations classiques, comme le poulet pour symboliser le corps policier « Le comissaire court dans tout les sens, comme un putain de poulet sans tête« , « j’aime quand le poulet hurle, bah ça relève le goût de la sauce« . Kaaris reprend également à son compte la métaphore raciste du noir grimé en singe dans le titre Zoo. L’animal se sent « traqué, mais pas domestiqué« . Le Zoo, ou l’aquarium (« gros poissons séchés ») représente dans l’imagerie kaarisienne l’endroit ou les hommes retournent à leur état primaire de bêtes sauvages « Bi-turbo 500 chevaux avec un âne au volant » comme les enfants dans le roman de Golding Sa majesté des mouches.

Prendre la street en levrette pour faire attention au bébé
Prendre la street en levrette pour faire attention au bébé

Mais la bête peut aussi se faire Dieu. Kaaris compare ainsi sa barbe à celle des saints sur le titre Ejaculation Faciale, il se fait même prêcheur sur  Hôte Funeste  » Dis toi que chaque balle sort du silencieux par la volonté de Dieu« . Ce qui est étonnant, c’est que la théologie croise parfois la désacralisation  « la terre se réchauffe jusqu’au dégel, l’auréole est sous les aisselles » ou la provocation « l’Afrique c’est un milliard de Jesus sur des croix« . Quoi qu’il en soit Kaaris a ses fidèles « une pour mes pratiquants, l’autre pour mes trafiquants, j’aurai sûrement plus d’ennemis que le Vatican n’a d’habitants« . Le vocabulaire religieux permet à la fois de contraster avec un phrasé cru propre à l’auteur et d’explorer des thèmes comme le péché ou le pardon.

De la racine de la racine à la sève à la sève

De la terre de la terre, aux étoiles aux étoiles

De la vie de la vie, à la mort à la mort !

Kaaris, apporte nous ta lumière !

 

Ah ouais c’est du catch, des putains de castings : ACES & EIGHTS

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Cette semaine on continue sur Bully Ray. Y a 2 semaines on a vu comment lui et son frangin Devon sont devenu de vrais poids lourd dans l’industrie en équipe. La semaine dernière, je vous disais pourquoi Ray était vraiment un monstre même en solo. Cette semaine on va voir comment il est enfin devenu champion du monde.

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Donc Bully Ray est devenue une valeur sure, un mec méprisable à bien des égards qui a su retenir l’attention avec toujours plus de créativité dans l’enculerie. De son côté, D-Von semble avoir plus de difficulté à s’imposer en gentil. Il est là, il met toujours des branlées à des connards. Il devient même Television champion qui est un titre moins important que champion du monde mais c’est toujours sympa à prendre. Le fait d’être trop gentil et exemplaire dessert Devon mais il prend son rôle très au sérieux et c’est donc tout naturellement que quand un gang de motards attaquent la TNA et surtout le patron Hulk Hogan, Brother Devon propose son aide. Son offre sera décliné par le manager général Hogan qui veut s’en occuper lui même.

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Parce que pour Hogan, c’est personnel. Ces urluberlus sortis tout droit de Sons of Anarchy ont déboulé la première fois en frappant Sting par derrière. Sting le catcheur, pas Sting le chanteur. Sting qui est un des plus grands catcheurs de tous les temps. J’ai malheureusement pas vraiment la place ici de vous parler de Sting en détails, mais faut savoir que aucun catcheur avant lui n’avait atteint une telle popularité sans jamais avoir lutté à la WWE. Il n’a jamais fait partie de la plus grande compagnie mais pourtant tout le monde le connaît et le respecte. Toujours en très grande forme à bientôt 55ans, il était plus que temps de rendre hommage à ce gars. Et c’est pendant cet hommage qu’on découvre les Aces & Eights. Sortis de nulle part, à l’identité inconnue, ils tabassent Sting à plusieurs et repartent aussi vite qu’ils sont venus.

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Le Stinger étant l’un des meilleurs et des plus vieux amis d’Hogan, ils entendent bien régler ça eux même.
Devon se sent mis sur la touche, il veut prouver au Hulkster qu’il peut aider en défiant les bikers du gang Aces & Eights, mais rien y fait. Hogan lui tourne le dos.
Devon veut alors renégocier son contrat, parce que ça suffit les conneries, c’est quand même Devon Dudley le mec ! C’est pas Joe le Clodo.
Là encore, il ne trouve aucun terrain d’entente avec Hulk, il décide alors de foutre le camp de la TNA.
Bully Ray est donc le seul Dudley encore actif à la TNA. Mais lui aussi se voit dépassé par les Aces & Eights. En effet, ce gang de motards masqués et tout de cuire vêtus lui vole la vedette : il n’est plus l’enculé number one de la compagnie.
Ces Satans de l’Enfer sont méchants, très très méchants. Ils sortent régulièrement de nulle part en grand nombre pour molester quiconque à grands coups de marteaux.
Ils séquestrent des gens et les torturent dans leur club house de vilains bikers. On rappelle que c’est du catch et donc il est légal d’enlever des gens et de les torturer en leur électrocutant les couilles (pourquoi pas).
Face à ces vikings du bitume qui ne respectent rien ni personne et s’en prennent à n’importe qui qui n’est pas de leur gang, même notre brute préférée Bully Ray est choqué. Il l’avoue pas mais il est choqué. Il se sait menacé au même titre que les autres. En tant que gros salopard, il sait qu’un gros salopard ne peut venir à bout seul d’une grosse bande de gros salopards solidaires. Il tente à son tour de convaincre Hogan de l’aider à défoncer ses empaffés cagoulés et cylindrés.
Hogan ne veut encore moins de l’aide de Ray que de celle de Devon. Déjà parce qu’il voulait régler ça à sa façon mais aussi parce que si il a pas accepté le noir sympa dans son camp c’est pour pour y accueillir son frère blanc qui est une sale race.
Mais Bully est une sale race, justement, il va harceler Hogan encore et encore, le provoquer, lui casser les couilles en toutes circonstances et même l’engueuler régulièrement en le traitant de noms d’oiseaux, parce qu’il faut être une buse pour refuser l’aide de Bully Ray. « Tu as besoin de moi Hogan ! Ce sont des sacs à merde ! je connais bien les sacs à merde ! je suis le plus gros sac à merde qui soit ! On combat le feu par le feu ! je représente ce feu ! » à force de ce genre de discours, Hogan finira par accepter. Les évènements ne lui laissent pas le choix non plus, d’ailleurs.
Hogan avait choisi Mr Anderson pour affronter les motards, mais ces fags tabassent Kenny Anderson à plusieurs dans les vestiaires (c’est vraiment dommage).
Hogan est dans le caca, Hogan est au pied du mur, Hogan a plus le choix, Hogan accepte à contre coeur l’aide du Bully.
Le jour de l’affrontement arrive et là, je vous passe les détails mais les motards d’Aces & Eights vont tricher et gagner.
Devoin n’a pas apprécier d’être mis à l’écart et encore moins d’être lourdé par la compagnie. Mais de voir son fils de pute de frère prendre sa place dans cette bataille ça a du être la cerise sur le gâteau  Ni une, ni deux, il a rejoint les bikerz, enfilé un blouson en cuir et fait son come back dans le ring pour faire passer son reuf à travers une table et offrir la victoire à ses nouveaux copains.

Eux, là, c'est mes coupains !
Eux, là, c’est mes coupains !

La situation est donc inversée. Bully Ray se pose en défenseur des vestiaires de la TNA et entre en guerre contre les motards masqués menés par leur nouveau Sergent Chef, Devon le pas gentil.
Celà dit, Hogan ne fera jamais entièrement confiance à Gros Ray, il subodore une entourloupe, et à juste titre. Mais pas celle à laquelle on s’attendait. En fait, si Bully est devenu le chevalier servant pourfendeur du mal, c’est parce que ce couillon est tombé amoureux de Brooke Hogan, la fille du Hulkster. Visiblement, c’est réciproque et Bully Bull se sent pousser des ailes, devenant également bien plus sympatoche avec les gens.
Plus couillu encore en gentil qu’en méchant, Bully Ray va même jusqu’à commettre l’impensable : demander à genou Brooke en mariage sous les yeux révulsés de papa Hulk qui se trouve dans le même ring à cet instant précis. Parce que oui, les demandes en mariage aussi ça se passe dans les rings, au catch. Et d’ailleurs même les mariages ont lieu dans le ring.
Mariage saboté par les Aces & Eights. Les gangsters à mobylettes envahissent le ring et y tabassent tout le monde. C’est vraiment leur grand truc de faire ça. Hulk était déjà pas super jouasse d’être au mariage de sa fille avec un beauf mais en plus la bande du père à Litteul Kevin le laisse parterre en sang. Quant à Bully, c’est son frère Devon qui s’est occupé personnellement de lui foutre de grands coups de pots de fleurs en marbre dans la gueule. Ça c’est un joli cadeau de mariage, c’est beau l’amour fraternel.
Pour la première fois, beau papa Hogan et gendre idéal Bully sont sur la même longueur d’ondes : il faut péter les dents à ces petites putes en santiags. Ça a trop duré ces conneries.
Un nouveau défi est lancé au Aces & Eights. Rebelotte, re match. Mais cette fois ci, le clan Hogan mené par Bully Ray sort victorieux de ce pugilat.
Beau papa Hogan est vraiment impressionné par la détermination et la combativité du Bully. Et exempt de toute objectivité, il décide qu’il est temps pour le nouveau membre de sa famille de devenir le challenger numéro un pour le titre de champion du monde poids lourd de la TNA.

Aces and Eights tna wrestling

Bully Ray va donc retrouver Jeff Hardy pour un match en cage qui s’annonce barbare.
Jeff Hardy et Bully Ray ont écrit des pages de l’histoire du catch ensemble. Jeff c’était un des 2 Hardy Boyz. Donc il faisait partie des 2 autres équipe qui avaient, avec Ray et Devon, réinventés les matchs de tables, d’échelles et de chaises par équipe. Et Jeff est également passé de star par équipe à immense superstar. Il est ce que Bully Ray veut atteindre.
Malgré celà, le match se prépare et les 2 opposants n’ont de cesse de répéter tout le respect qu’ils ont l’un envers l’autre.
Le soir du combat, il était évident que les motards de l’As et du Huit allait venir casser toute cette bonne humeur désagréable.
Ils escaladent la cage dans laquelle Jeff et Ray sont en plein match. Dos à dos, le Bully et le Hardy sont bien prêts à en découdre avec tous ces péquenauds. Devon sort son marteau et… le lance… à son frère, Bully Ray… qui frappe Jeff Hardy avec à la nuque.
Quenelle de 160 !
Et comme y a pas de disqualifications dans ce genre de match, Bully Ray gagne donc le match comme ça.
Depuis le début, Bully Ray avait orchestré ce plan pour devenir champion du monde. Un plan qui a duré pendant plusieurs mois. Il a même tenu à tendre la main à son frère qui s’était retrouvé au chômage par la faute d’Hulk Hogan. Seul Ray a aidé Devon quand il était vraiment dans la merde. Réconciliés, Devon a pris part avec plaisir à ce plan pour offrir la ceinture de champion du monde poids lourd à son frangin.
C’est la grande accolade dans le ring, Bully Ray pleure de joie en serrant son frère fort dans ses bras « I love you, my brother ! » Il n’oubliera pas d’invectiver sa belle famille au passage. Les Hogans sont aux abords de la cage et sont restés interdits, brooke au bord des larmes, Hulk au bord de l’attaque cardiaque.
« HULK, JE T’AI MANIPULÉ ! BROOKE ! JE T’AI BAISÉE ! » Bros before hoe’s !
Et c’est sous une pluie battante de projectiles en tout genre que le public jette par le toit ouvert de la cage que les frère Dudley et leur gang de raclures célèbrent cette grande victoire.
C’est beau !

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Alors OK, si tu connais le catch, tu l’as vu venir depuis des mois. Mais quand tu connais le catch, tu sais aussi que les plans changent et qu’il en faut peu pour que ça devienne vite extrêmement foireux et que rien n’est joué tant que ça s’est pas encore produit. Donc ce couronnement, même prévisible, reste un grand événement pour les supporters des Dudleyz en général et de Bully en particulier. Surtout que pour un truc qui s’est déroulé en 9 mois, ça reste presque cohérent et Dieu sait qu’on a vu des story lines bien plus extravagantes

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Petite note : Pour ceux qui ont suivi tout ça, vous savez déjà que The Icon Sting a pris une part très importante à toute cette histoire. j’en parle peu ici pour simplifier et aller à l’essentiel mais on l’oublie pas.

Mangas et rap game

Une fois n’est pas coutume, un ptit jeune qui n’en veut nous a proposé de faire ça, donc voilà. L’occasion de rappeler que le blavog est ouvert aux contributions, tant que les gens qui les écrivent sont assez intelligents pour comprendre qu’on a strictement rien à leur offrir en échange, mais suffisamment fous pour penser à des conneries originales. Bref place à Tony Nhem.

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Vous avez eu les comparaisons avec The Wire, puis entre personnages de Comics et rappeurs, vous allez avoir maintenant celles entre personnages de mangas et rappeurs. Je vous préviens tout de suite, rien à battre si certains rappeurs seront comparés à des personnages du sexe opposé et de toute façon, certaines explications n’iront pas plus loin que le bout du nez de Krilin. Et puis, si vous avez des remarques, des suggestions, vous savez où vous adresser. Et le nombre de parties n’est pas encore défini. (là faut que tu cliques sur « page suivante)