From Russia with Love, épisode 3 : Viktor Ianoukovitch

L'ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch
L’ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch

Il a fait la une de tous les médias ces dernières semaines, tour-à-tour comme interlocuteur de l’Union Européenne, comme allié du président russe Poutine, comme boucher envoyant des bataillons de policiers réprimer toute contestation dans le sang et enfin comme président destitué d’un pays à l’avenir désormais incertain … Mais qui est-il vraiment ? Épopée d’un ancien métallurgiste au passé sulfureux devenu président d’un des pays les plus corrompus au monde.

 

Viktor Fedorovytch Ianoukovitch est né le 9 juillet 1950 dans la ville industrielle de Ienakievo, située dans la région de Donetsk. Son père est lui-même métallurgiste dans l’usine de la ville et sa mère est infirmière. Le jeune Viktor commet ses premiers larcins à l’âge de 15 ans, lorsqu’il entre au collège minier. Il rejoint une bande de jeunes, Pivnovka, et se spécialise dans le vol de chapeaux et de montres (1). Il est arrêté pour la première fois en novembre 1967. Il est accusé de vol et condamné à trois ans de privation de liberté. Il est envoyé dans un camp de redressement pour jeunes délinquants, où il ne purge que 6 mois avant d’être libéré pour bonne conduite. En juin 1970, il est de nouveau condamné, cette fois à deux ans de détention, pour coups et blessures. Au cours de ces années passées derrière les barreaux, Viktor rencontre le chemin d’un personnage qui changera sa destinée, Rinat Akhmetov.

 

Rinat Akhmetov, l'éminence grise de Ianoukovitch
Rinat Akhmetov, l’éminence grise de Ianoukovitch

Aujourd’hui, Rinat Akhmetov est l’homme d’affaires le plus riche d’Ukraine, avec un capital estimé à 15,4 milliards de dollars, et se place dans les 50 premières fortunes individuelles mondiales selon le magasine Forbes (2). Cette fortune, Rinat l’a acquise alors qu’il était connu sous le sobriquet d’Alik Grek. Dans les années 90, Alik Grek dirige un clan de truands tatars de la ville de Donetsk. L’indépendance de l’Ukraine est proclamée en août 1991. En 1992, une guerre entre clans mafieux éclate dans les rues de Donetsk. La moyenne d’homicides de la région de Donetsk passe en 1992 de 50 par an à 6 par semaine…

Rinat Akhmetov, grâce à des méthodes expéditives, prend rapidement le contrôle de la ville et de ses commerces, et maintient le milieu politique sous une pression constante. Lorsqu’il décide de mettre la main sur le club de football du Shakhtar-Donetsk, il place une bombe dans les gradins lors du match du 15 octobre 1995 qui oppose les ukrainiens à Tavryia pour assassiner le président du club Akhat Bragin. Akhat décède, ainsi que de nombreux civils présents dans les gradins. Rinat investit alors dans des équipements coûteux et des joueurs d’envergure internationale avec l’intention du faire du Shakhtar-Donetsk un grand club européen.

Alik désire également investir les instances politiques de l’oblast de Donetsk. Pour cela, il fait appel à Vikto Ianoukovitch, qui est en contact avec les truands de Donetsk depuis ses séjours en prison. Dès 1997, Ianoukovitch devient gouverneur de la région, fort de l’appui de son protecteur. Le président, Léonid Koutchma, a conscience de mettre un truand au pouvoir mais espère réguler par ce moyen la violence déployée par le clan de Rinat (3). L’influence du clan d’Alik Grek sur l’univers politique ukrainien se manifestera non-seulement avec l’ascension de Viktor Ianoukovitch et du Parti des Régions, mais aussi par un soutien à Igor Merkulov, premier dirigeant du Parti Libéral d’Ukraine, qui apportera d’ailleurs son soutien à la candidature de Viktor Ianoukovitch au cours des élections de 2006. Merkulov sera d’ailleurs condamné le 25 août 2006 à Moscou pour une fraude dont le montant s’élèverait a plusieurs dizaines de millions de dollars (10).

 

 

La région de Donetsk, épicentre de la criminalité organisée ukrainienne, est située au Sud-Est du pays
La région de Donetsk, épicentre de la criminalité organisée ukrainienne, est située au Sud-Est du pays

 

Sous l’égide de Ianoukovitch devenu premier ministre en 2002, le clan d’Akhmetov prend une ampleur incroyable. Sur les 54 adjoints attachés au ministre, 47 sont originaires de Donetsk. De nombreux hommes politiques, comme Vassily Djarty, président du conseil des ministres de la République Autonome de Crimée sont issus directement du milieu du crime. Vassily, autrefois connu pour avoir pratiqué le racket armé d’une batte de baseball, a été au cours de sa carrière politique accusé de détournements de fonds et d’avoir organisé un trafic de voitures volées à l’échelle nationale. Sous son influence, la frontière polonaise de l’Ukraine devient assez poreuse pour permettre l’installation d’un passage vers l’Union Européenne de denrées diverses, telles que des produits stupéfiants ou encore des esclaves. Chaque année, près de 100 000 esclaves, dont la moitié de prostituées, transitent par l’Ukraine (1). Ce trafic a été placé sous la tutelle d’un dénommé Manusov, qui y a impliqué des pointures du crime organisé, comme Anatoly Bandura, qui sera abattu en 2005 parce qu’il refusait de verser sa part à Rinat (4).

Toujours grâce à Ianoukovitch, d’autres trafics se sont développés, dont un trafic de médicaments utilisés comme drogues. Ce trafic se déroule grâce à l’appui de Tiatiana Bakhteeva, directrice générale des syndicats cliniques et médicaux de la région de Donetsk devenue députée du Parti des Régions au parlement en décembre 2012 (3, 5). Les médicaments, Tramadol, Promedol et Méthadone, sont distribués à travers le pays, où les addictions se révèlent de plus en plus nombreuses.

Dernier exemple de l’influence néfaste du clan de Donetsk sur le pays, le cas de la région industrielle de Donbass. Les ouvriers métallurgistes et les mineurs de Donbass sont vingt fois moins payés que des ouvriers européens ou américains, trois fois moins que des ouvriers russes, et même moins que des ouvriers chinois ou sud-africains. Les installations sont vétustes et des accidents sont très fréquents, comme le samedi 11 mars 2000 dans la mine de Bakorkovo (6). Chaque année, entre 3 et 7 milliards de grivnas, soit plus de 220 millions d’euros, sont volés sur l’ensemble de la production industrielle de Donbass (3).

On se souvient également de l’affaire des hôtels ukrainiens qui, peu avant le lancement de l’Euro 2012, avaient doublé le prix des chambres, consciemment ou sous la menace de groupes armés qui avaient réquisitionné les établissements hôteliers de force, par exemple l’hôtel Slavoutitch (7).

L’ ex-premier ministre ukrainien Mykola Azarov a quitté le pays dès l’annonce de sa démission le 28 janvier. Il a aussitôt rejoint Vienne, où sa famille possède des investissements de plusieurs millions d’euros dans divers sociétés-écrans. Le président Ianoukovitch a lui-même eu recours à ce genre de manipulations, en faisant recours à une société nommée « Group-DF » (8). Peu après, le président a lui-même tenté de s’enfuir le 22 février en proposant un pot-de-vin aux responsables de l’aéroport de Donetsk pour laisser décoller son appareil, qui n’était pas en règles (9). Comme on peut le constater, le choix de l’aéroport n’a pas été confié au hasard, le président espérait sans-doute trouver dans cette ville le soutien du clan qu’il a nourri pendant sa présidence …

 

 

(1) Уникальная биография кандидата в Президенты Украины В.Ф.Януковича (Biographie unique du candidat à la présidence d’Ukraine V. F. Ianoukovitch) – Анатолич : http://censor.net.ua/forum/499671/unikalnaya_biografiya_kandidata_v_prezidenty_ukrainy_vfyanukovicha

(2) Forbes – Rinat Akhmetov : http://www.forbes.com/profile/rinat-akhmetov/

(3) Криминальная оккупация (Occupation criminelle) – Alexandre Boïko (2007)

(4) Genshtab – Anatoly Bandura : http://genshtab.info/Бандура,_Анатолий

(5) Бахтеева Татьяна Дмитриевна (Bakhteeva Tatiana Dmitrievna) : http://file.liga.net/person/660-tatyana-bahteeva.html

(6) Les Dernier Mineurs du Donbass – Max Hureau : http://www.regard-est.com

(7) Benjamin Bidder et André Eichhofer – La mafia ukrainienne fait monter les prix des chambres d’hôtels : http://www.courrierinternational.com/article/2012/04/16/la-mafia-ukrainienne-fait-monter-les-prix-des-chambres-d-hotel

(8) France 24 – Ukraine-Autriche : les liaisons dangereuses du clan Ianoukovitch : http://www.france24.com/fr/20140207-ukraine-autriche-paradis-fiscal-ianoukovitch-azarov-blanchiment-clan-famille-klyuev-firtach/

(9) Kim Hullot-Guiot – Où est passé Ianoukovitch, le président fuyard ? : http://www.liberation.fr/monde/2014/02/26/ou-est-passe-ianoukovitch-le-president-fuyard_983155

(10) Businessman Condemned for Attempt on Investments – http://www.kommersant.com/p699949/r_500/Businessman_Condemned_for_Attempt_on_Investments/

 

Autres sources:

 

Fondation Robert Schuman – Election présidentielle en Ukraine, 31 octobre et 14 novembre 2004 : http://www.robert-schuman.eu/fr/oee/0348-election-presidentielle-en-ukraine-31-octobre-et-14-novembre-2004

http://ru.wikipedia.org/wiki/Кушнарёв,_Евгений_Петрович

http://theinsideleft.com/shakhtar-donetsk/

Noël au ballon … Pâques à Houston !

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Noël. Joyeux Noël… en prison. Qui se rappelle de Knowledge Born Allah, MC du Lifers Group, un collectif de prisonniers rappeurs cumulant des peines de plus de 25 ans ? Knowledge a connu les pires règles de la vie pénitentiaire. Selon lui, se la raconter, c’est bien… Parler en toute connaissance de cause, c’est nettement mieux. Discréditer les grandes stars du gangsta rap comme N.W.A., dixit : « Tu n’as jamais été en prison, tu n’en as jamais vu une. Merde à N.W.A. ! Range ton pistolet à eau ! » beaucoup en ont rêvé, Knowledge l’a fait.
La prison, c’est comme le Dirty South, tout le monde en parle, rares sont ceux qui y ont foutu les pieds. Bon, pas la peine de refaire un dessin, le Sud de l’Amérique c’est la Centrafrique, le Nicaragua, en gros, ça tombe comme à Gravelotte, ça encellule à tour de bras. Étudier l’histoire de la « jailhouse » US et oublier les diverses descriptions qu’en a fait le hip hop est une carence injustifiable.
A Houston comme partout ailleurs, la prison est la case qu’il faut à tout prix éviter dans le Life/Monopoly Game. Une sale histoire qui ne date pas d’aujourd’hui, les plaintes parlant de Big Brazos et Sugarland résonnent encore dans ces chiourmes visitées jadis par les bluesmen.
En 1935, Shorty George de Leadbelly racontait cela : « Ils m’ont infligé une condamnation à vie / Au pénitencier de Sugarland / Mon Dieu, certains ont pris six mois / D’autres deux ou trois ans / Trop de bons gars passent leur vie ici. »

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Convicts : « Penitentiary Blues »

noel3La pochette explique beaucoup de choses, pourtant c’est bien Big Mike qu’il faut écouter relater sa propre expérience pénitentiaire. D’après lui, le manque de nicotine, la privation de sexe et la malnutrition prennent une ampleur significative en zonzon. Pourtant Mike ne s’arrête pas là. Il observe le sort des victimes de violences au cours de leur enfance, les violés devenus violeurs etc,  s’attardant notamment sur un jeunot au nom de Buck qui va se coltiner 50 piges. Certes, Penitentiary Blues date de 1991 mais dépeint avec force et détails les inconvénients de la vie pénitentiaire, là où il n’est pas bon de se baisser quand on est sous la douche…

D of Trinity Garden Cartel : « Niggaz Say, Niggaz Do. »

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noel5Darrell « D » William alias D of Trinity Garden Cartel a eu son heure de gloire chez Rap-a-Lot avec le crew éponyme, notamment lors du procès retentissant que des (vrais) flics imposèrent au label texan après la publication de la pochette de Don’t Blame It On Da Music (1994) discréditant leur profession.

Trop vite écourtée, sa carrière en solo comporte Game Done Changed (1995), Straight Texas Hoodlum muni du prémonitoire « Sittin In My Cell » (1995) et I Love N.I.G.G.A.Z. (1997). Seulement, jamais D n’a adhéré au ralentissement prôné par le Screw Movement.,  préférant continuer à rapper comme il vivait, c’est à dire à deux cent à l’heure. Un jour, il a dégainé, riposté et a tué quelqu’un. Terrible erreur qui se paye cash quand tu es noir et que tu n’es pas fils de. A partir de là, ils lui ont ôté son permis de rapper à D, via un châtiment de 25 Noëls, pas moins.

E.S.G. : « Money & Power. »

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Autant le monde est froid, autant la prison est polaire. En conséquence, un homme libre averti en vaut des dizaines dans le hood. Se tenir à carreau ? Mhh, faut voir… La vie est une salope. Les murs en brique ont des oreilles, les balances te font plonger pour un Benjamin. En l’an 2000, E.S.G. usait de l’intimidation, laquelle doit clairement palier à toutes déconvenues. En substance, Money And Power prodiguait un vrai conseil d’ «ami » à celui ou ceux qui seraient tenté d’avertir les Fédéraux !
« If you scream to the FED’s, put a beam on your head / My beam ain’t scared, kidnap your nieces / You can find ’em in the Gulf, sharks eating they pieces . »

Geto Boys : «  G-Code »

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Certains MC’s qui ont eu à faire à l’exigence pathologique de DJ Screw racontent que ce dernier se plantait devant toi, à quelques millimètres de ta figure, te fixait dans les yeux, t’inspectait, te calculait, te reniflait… Survenait ce moment assez angoissant où tu te demandais s’il allait te palper les glaouis le Maître syrupé. Non, absolument rien de sexuel dans cette parade glamoureuse. C’est juste qu’avant de t’intégrer dans la Screwed Up Click. DJ Screw voulait vérifier si chaque pore de ta peau suait la vérité, ou plus exactement si la putain de semence qui allait gicler de ta bouche aurifiée n’était pas du Nestlé en boîte, de la branlette pour « petits Blancs »…
Pas la peine de leur palper les glaouis aux Geto Boys pour savoir que chacune de leurs rimes applique le défunt G-Code (2005).
« These motherfuckers look at me like I’m a slanger / Makin threats to my family, dawg I’m in danger / Who do you call when these agents want you dead / And they hit these penetentiaries and niggaz make a pledge  »

K-Rino : « The Blood Doctrine »

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Non, K-Rino n’est pas à proprement parler un joyeux drille, loin s’en faut. Le fondateur de South Park Coalition continue à faire ce qu’il a toujours fait tout au long de sa prolifique carrière : unir les talents de Houston ajouté à une sérieuse et introspective réflexion sur la vie. Bon, ici dans The Blood Doctrine (2008) tout y passe… la drogue, Satan, Dieu, Obama, les prophéties douteuses, la manipulation, le mensonge, l’argent, la prison etc…
Aucun doute là-dessus, l’homme est éminemment religieux, spirituel, habité par le désir d’informer, d’éduquer, de clarifier… Les quatre pôles de la ville lui doivent beaucoup !
« My tainted mind is dizzy, And now it seems every time I need a sign where is he? / Called God but his line was busy / We in and out of prison, trying to make our living / In an unforgiving system that’s money and power driven / The conditions seems immutable, A plethora of wakes and funerals. »

Pharoah : « Rock, Rock A Bird (Chopped & Screwed) »

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Darrel « Pharoah » Burton a été condamné à 55 ans de prison pour avoir séquestré et attenté à la vie d’une femme de 55 ans au moyen d’une arme alors qu’il était défoncé au PCP. Faut dire qu’il y a un petit moment qu’il avait fondu les plombs le Pharaon de Houston, et pas qu’un peu. Recueilli lors du procès, le témoignage d’une ex-petite amie racontait ceci : « Il y a un moment qu’il tuait mes chiens, et les ouvrait pour en extraire des micros. Il pensait que le FBI et la CIA les plaçaient à l’intérieur de leurs corps ! »
En 2007, au bout de 7 ans d’incarcération, jugé schizophrène, le membre de Street Military était selon un psychiatre apte à reprendre une vie normale… à deux conditions : ne pas s’approcher de la famille de la victime, mais aussi des animaux !
Malgré des nouvelles rassurantes de KB Da Kidnappa & Lil Flea, ses deux compères du Military crew, il serait toujours encellulé mais désirerait rapper à nouveau en communicant avec eux à l’aide d’un téléphone portable.
Un seul problème, le système pénitentiaire texan autorise l’emploi du téléphone une seule fois tous les trois mois … Screw thing for him !

#FREE PHAROAH  #FREE « D » of TRINITY GARDEN CARTEL