Avengerzer

Les MCs regardaient le ciel, hagards, ils attendaient un signe, ils attendaient le vaisseau mère, izo. L’héliporteur du 92I.
Mais alors que tous les 2 ans, l’hézélizipozorteuzeur descendait et emmenait quelques élus effectuer une autopsie pour les mixtapes du directeur des lieux, le général Booba Fury… Attendez. Mais qui êtes vous ?

Nikkfurie -Je suis Nikkfurie de La Caution et si vous faites une parodie d’Avengers alors c’est moi qui devrait reprendre le personnage de Nick Fury.
Booba -Mais t’es qui wesh ?
Nikkfurie –Nikkfurie, puriste, urine sur le racisme, lubie que…
Booba -Non mais ta gueule, je t’ai pas demandé un freestyle.
Nikkfurie -Figure toi que tu as devant toi Nikkfurie, illustre interprète et compositeur au sein du groupe de rap avant-gardiste y’a genre dix ans : La Caution.
Booba -T’es en train de me dire que vous existez que sur internet.
Nikkfurie -Ah non, c’est moi qui ai fait la musique dans la scène de capoeira entre les lasers d’Ocean’s 12, reprise partout après.
Booba -OK, ça pèse, je peux rien dire. Mais ne m’interromps plus, c’est sérieux ici. Et c’est moi Nizick Furizi.
Nikkfurie -Mais je peux faire un Nick Fury aussi. Y’a plusieurs versions.
Booba -Comment te dire sans être blessant : je suis Samuel Jackson et t’es David Hasselhoff, t’as j’veux dire ?
Nikkfurie -Frais !
Booba -…
Mouloud -Ah t’es là.
Booba – qu’est-ce que tu fous là, toi ?
Mouloud -Je suis le manager de La Caution.
Booba -Ah bah je comprends mieux pourquoi j’arrive pas à le trouver sympathique ce groupe.
Mouloud -Bon, tu viens, Nikkou ? Je vous ai trouvé une 3e de couverture dans le mag Hipsters & Jardinage mais comme ils savent pas qui vous êtes, faudra vous faire passer pour Eric & Ramzy, alors rase toi bien le crâne.
Booba -Et maintenant je comprends comment votre carrière a pas décollé après le film à Clooney et ses potes…

Platane
Platane

Donc, tous les 2 ans, l’Héliporteur du SHIZIELD descend et ramène des élus que le général Booba Fury estime dignes. Mais cette année, il n’y eut point d’autopsie. En lieu et place, il y eut une réédition du Futur. Parce que le Futur est une variable fluctuante, ou va savoir quelle phrase de puceau intrépide ses fans vont encore trouver pour que ça fasse complexe et cool.
Les MCs ne savaient plus quel coin du ciel balayer de leur regard. C’est alors que ça arriva : tous les élus des différentes époques passées furent rappelés sur le vaisseau mère. Réunis dans la salle de contrôle, ils attendent Booba Fury qui ne tarde pas à faire une entrée au moins aussi pressionnante que celle de Shredder dans Tortues Ninjas 1.

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ouais, on fait toujours des montages hideux

Booba -Si je vous ai réunis, c’est que vous avez tous été mes hérauts à travers les âges, c’est à dire de 2005 à 2011 et seulement les années impaires, afin d’un jour mener l’assaut final.
Niro -Mais sinon, on va faire des feats ou pas ? Ça m’arrange pas, j’essaie d’arrêter en ce moment, j’ai acheté des patch et tout.
Booba -C’est moi qui parle, morray. Donc je réunis une équipe, les meilleurs. Il faut sauver le hip hop Frinçais.
Issaka -Non, qu’il repose en paix
Booba -tu vis dans le passé, mec, ça je le disais y’a 5 ans
Issaka -non, y’a 12 ans
Niro -c’est vrai que t’es plus tout jeune dis donc
Booba – fermez la, j’ai 27 ans
Issaka – 37 ans. et ça règle pas le problème, c’est pas du tout ce que tu disais.
Booba – ouais mais à supposer que j’ai vraiment 37 ans, ce qui reste à prouver et qui en attendant vous vaudra à tous un procès en diffamation et sans doute toute une vie de labeur en dommages et intérêts, bah c’est normal que j’ai évolué.
Seth – tu m’étonnes ! C’est comme moi, avant j’avais pas de tatouage. Dingue, non ?
Booba – si tu veux. Et donc en fait…
Seth – maintenant j’en ai plein ! et sur mes mains si je les croise ça fait T.H.U.G S.E.X.E. mais ça fait aussi S.E.T.H. G.U.E.X ! Astuce ! PROFESSEUR PUNCHLINE !
Booba – …bref à l’époque c’est normal que j’ai parlé comme ça, je montais à peine, aucune pute me faisait de steak frites, et Miami c’était juste un décor de série dans ma télé. Là non, donc je peux jouer les mécènes et me plaindre du niveau du rap. Mais effectivement j’en ai toujours autant rien à foutre, si ça peut te rassurer.
Avengerzer

Kennedy -Ouais, il faut sauver le hiphop de tous ces mecs qui pompent mon cahier de rimes, refré.
Booba -Faut surtout le sauver de la médiocrité et des assistés de merde.
Kennedy -Ouais, pendant qu’ils regardaient Dragon Ball, moi je dealais dans le hall. Dealer dans le hall. Lady Di-ler dans le hall.
Booba -Alors déjà, arrête de reprendre mes gimmicks et ensuite, qu’est-ce que t’as contre Dragon Ball ?
Kennedy -T’aimes bien Dragon Ball ?
Booba -Bah évidemment. En plus j’ai le Krilin swag, plus un poil sur le caillou.
Kennedy -Alors j’adore. Tout pareil que toi.
Booba -…
Dosseh -Pas mal le Krilin swagg.
Booba -T’as vu. C’est exactement ça que je voulais dire, quand on s’exprime, c’est classe. On est l’élite du rap, morray.
Linsen -Même moi ?
Booba -Qui es tu ?
Linsen -Un mec de l’Unité Spéciale.
Booba -Izi ?
Linsen -J’ai posé sur Autopsie.
Booba -Izo ?
Linsen -3 fois.
Booba -Izer ?
Kennedy -Je vous ai pas croisés moi, à l’époque. Vous étiez pas sur Autopsie 2.
Linsen -Non, mon frère avait plus de portable.
Kennedy -?
Linsen -Il avait pas de portable où il était.
Kennedy -Ça, ok. Mais où est le rapport ?
Linsen -C’est lui qui a le numéro à Kopp.
Kennedy -Oh cool ! Il peut me le passer ?
Booba -Non !
Prisco Zbeul -C’est les Gheeettooo booooooooys.
Kennedy -Toi non plus je te connais pas. T’as le numéro à Booba ?
Niro -Tu veux faire un feat ?
Booba -Par contre, je vous cache pas qu’il va y avoir de l’écrémage.
Prisco Zbeul -Livin in the gheetooo streeeeeeet.
Booba – …
Prisco Zbeul – bah quoi, c’est plus classe que si je disais « livin in the aulnay streeeeee…
Booba – j’ai compris l’idée
Dosseh – Aulnay ? si ça se trouve c’est un des potes de Booba qui fait sa sécu
Booba – tu confonds avec Ibou
Niro – si ça se trouve c’est la même personne depuis le début
Seth – ou alors c’est Sefyu, c’est pour ça qu’il cache sa tête
Prisco Zbeul – qui suis-je ?
Booba – ça n’a aucun sens, Sefyu existait déjà en 2005
Seth – je vois pas bien le rapport.
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Booba -Passons. Passe moi la zeb et la boisson. J’ai fait appel à vous pour constituer une véritable force de frappe et faire contre poids à toutes ces saloperies qui passent à la radio, dans ce pays.
–>C’est alors que le général Booba Fury allume l’autoradio de l’héliziporteur du shizield :
Pub -Ce soir, radio libre. Un vieil animateur glauque demande à des filles de 14 ans si elles se doigtent.
Jingle –You’re listening to Skylope. Ici, on ne coupe pas les disques, ni les couilles des rappeurs. Et surtout, on ne viole pas les mineures.
Animateur sous coke -Alors Tristan, tu nous appelles de vers Lille et tu vas faire tourner la skyzoulette.
Tristan de vers Lille -Dédicace à mon père et à mon grand frère.
Animateur – ils doivent être fiers
Tristan – pourquoi au pluriel ? C’est la même personne.
Animateur sous coke -Et bien tu repars avec 3 discs compacts de Beyonce et 4 piles.
Tristan de vers Lille -cassded à Madame Amadéo et à Yasm
Animateur sous LSD -Et maintenant c’est l’heure de Planète Rap/R&B/ Cultures Urbaines/ Electro/ House/ Pop/ Zumba.
Fred -Et aujourd’hui on reçoit Team BS, le nouveau crew de La Fouine. Moi, je tiens pas 5 secondes face à Rohff mais je peux tenir 10 minutes face à la Fouine.
La Fouine -C’est çaaaaaaa !
Sultan -On se sait.
La Fouine -Skuuuurt
Fababy -Baby Baby no more dans le noir.
La Fouine -Skuuuuuuuuuurt
Sindy -Je suis retenue contre mon gré, si vous entendez ce message, qui que vous soyez, s’il vous plaît, aidez moi.
La Fouine -Squiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiirt
Fababy -Je suis F A Baby, j’ai la gueule à Droopy. Tu reconnais mon timbre de voix sans être facteur.
La Fouine -Skuuuuurt Skuuuuuuuuurt Skuuuuuuuuuuuurt
Sultan -Soult’One number one, je fais du rap comme Dre mais je suis pas docteur.
La Fouine -Skuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuurt
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Orelsan – si Booba et ses potes c’est Nick Fury et les Avengers, alors on peut dire que toi t’es Loki, avec le côté petite fiotte perfide ça marche bien.
Gringe – ou alors on peut dire que vous êtes des cons, ça marche aussi.
Sultan – et nous on est quoi du coup ?
Orelsan – les Chitauris.
Fababy – c’est quoi ?
Gringe – des aliens hideux qui savent pas parler et meurent tous en un temps record, c’est cohérent
La Fouine – c’est pas mal comme nom « Chitauri », je vais le faire rimer avec clitoris et clip torride, et… attendez, qu’est-ce que vous foutez là déjà ?
Orelsan – moi j’étais sur le dernier capitale du crime
Gringe – et moi je suis son pote cool.
La Fouine – ça répond pas à ma question, Orel-baby
Orelsan – puisqu’aucun d’entre vous ne s’y connaît question comics le blavog m’utilise comme interprète pour introduire un subtil parallèle entre les méchants d’Avengers et Banlieue Sale. Pourtant mon truc c’est les mangas à la base, c’est dire à quel point c’est n’importe quoi.
La Fouine – j’ai rien compris. Par contre j’aime bien la phase de ton pote sur les écolières
Gringe – j’fais l’ours avec des écolières : PEDOBEAR
La Fouine – mais pourquoi personne te fait chier quand tu sors des trucs comme ça ?
Gringe – c’est simple, d’une part vu le nombre de conneries que je débite par morceau personne n’y fait attention…
La Fouine – bah moi aussi, c’est injuste
Gringe – …et d’autre part je suis un rappeur blanc de province. Les gens partent donc du principe que j’ai une sexualité tordue d’entrée de jeu.
La Fouine – vous mesurez pas votre chance.
Orelsan – ouais mais on mesure nos bites, ça compense.
SKYLOPE-LOGO
–>C’est alors que le général Booba Fury éteint l’autoradio de l’hézéliziporteur du shizield.
Booba -C’est insupportable.
Nessbeal -Moi j’ai pas tout détesté.
Booba -Tu fais bien de remettre la question de la sélection naturelle sur le tapis. Je vais vous tester pour savoir si vous méritez !
Grodash -Mériter quoi ?
Booba -De faire partie de l’izinizitiazatizive… Houlà, c’est pas facile à dire ça. De l’izinizitiazatizive Avengerzer !
Tous -Ooooooh !
Nessbeal -Et ça veut dire que tu vas nous signer sur ton label ?
Booba -Ahah ! T’es con !
Gims -AHAHAHAHAHAHAHAH ATTERRIS !
Booba -Il ne faut pas hurler comme ça, y’a que Mala qui a le droit. Tu n’es plus vice directeur du shizield.
Issaka -Et qu’est-ce qu’il fout là, lui ?
Booba -Lui c’est l’ancien vice directeur du Shizield, le désormais rétrogradé au rang d’Agent Maître Gims, il va vous coacher pour essayer d’améliorer vos performances.
Djé -Agent et maître, il est.
Issaka -Si ça veut dire qu’il va nous apprendre à chantonner, sans moi. Je préfère retourner bicrav
Booba -On te retient pas.
Gims -Il se tire ! Lui demande pas pourquoi il est parti sans motif ! Parfois il sent son cœur qui s’endurcit. C’est triste à dire mais plus rien ne l’attriste. Laissez le partir vendre du shiiiiiiit !
Dosseh -Mais pourquoi c’est Gims qui fait ça ? Pourquoi c’est lui que t’as invité sur ta réédition et aucun d’entre nous ? Les anciens hérauts ?
Kennedy -Alors on admet enfin qu’on a des héros ?
Dosseh -Non, « héraut » pas « héros ». C’est du langage un peu soutenu.
Seth -C’est pas moi qui utilise les mots chelous, d’habiutude ?
Djé -Du langage soutenu c’était. Plutôt langage de plouc tu utilises.
Seth -Bien vrai, ma couillasse ! J’aime bien péter dans la casserole, moi ! Zblax !!
Booba -Tu te calmes, vous vous calmez tous. Et si j’ai pris Maître Gims et pas vous, bah figurez vous que c’est parce que c’est pas vous qui pèse, akhi !
Gims -Quand j’ai posé mon refrain j’avais la méga-chiasse, mais je suis resté pro. Alors un peu de dignité, siouplait.
Booba -Vous avez beaucoup à apprendre de lui.
Dosseh – ouais je vois, le côté mec qui a du succès mais qui lâche pas son crew, genre tout le monde croque ensemble, et les solos viennent seulement après, ce genre de trucs ?
Booba – Voilà, si tu remplaces « crew » par « avocat », « tout le monde » par moi et que tu vires la dernière partie, c’est à peu près ça. T’as tout comprizi. Il ne doit en rester qu’un morray.
Nessbeal – mais…
Mala – IZI HIGHLANDER
Booba – voilà, y’en a au moins qui suit, bravo Mala
Mala -IZI CHRISTOPHE LAMBERT
Booba – je retire ce que je viens de dire.
———————————————–
(en attendant la suite, tu devrais cliquer sur l’image ci-dessous, ça t’emmènera vers un endroit merveilleux où tu peux télécharger un bootleg pas piqué des hannetons)
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Teobaldo va vous causer de … Cokein

Cet article provient à l’origine du site Le rap en France.

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Cokein évolue depuis de nombreuses années sur la scène rap de Grigny, ayant posé quelques sons sur les projets des groupes et des artistes les plus talentueux que compte leur ville de grands baisés de rap venu principalement de la côte ouest et du sud des United States of A. D’ailleurs, ça va surprendre ceux qui l’ont découvert dernièrement mais il y a 10 ans il rappait plutôt dans un délire Bone Thugs avec une voix plus nasillarde, un flow plus rapide et des roulements. Depuis, ça a beaucoup changé. Il parle plus lentement et laisse sa voix rauque résonner sur le peu de morceaux où il a distillé ses couplets ces dernières années.

Ce n’est que récemment qu’il a commencé à travailler le terrain pour une carrière solo en proposant quelques clips au compte-gouttes dont notamment Marche ou crève avec en featuring Alkpote (l’une des figures emblématiques du rap du 91 qu’on ne présente plus) et le bouillant Shoot qui voit Cokein partager le micro avec La Comera, toujours présent pour faire la bande originale d’une bonne émeute réussie. Il est maintenant l’heure pour le Young Coke de transformer l’essai en offrant un long format pour voir si ça tient bien la route au-delà de quelques clips sympas. (Young Coke c’est un jeu de mot avec Jeune Coq, c’est marrant nan ?)

)

Voici donc « CMF volume 1 » What the CMF stands for ? Que veut dire CMF ? Les plus fins limiers d’entre vous ne tarderont pas à comprendre que ce sont les initiales de « Cokein Mother Fucker ! » Le ton est donné. Il prévient dès l’introduction de son album : « Je rappe, c’est pas ce que je fais de mieux, mais je m’ennuie. » Et il le réaffirmera d’ailleurs plus tard dans l’album : « Je prends pas le rap au sérieux, j’en fait car je suis en train de me faire chier. J’ai un talent, on me dit insatisfait, je suis en train de me chercher. » Cokein n’est pas à proprement parler un foudre de guerre au micro, bien qu’il demeure quand même capable de quelques variations de flow. Son truc n’est pas la performance technique, ce n’est pas son but et ça change un peu des autres MCs émergeants qui, bien souvent, mettent le style en avant et tout le reste loin derrière. Ici le grignois scande chacune de ses rimes bien mâchées, vers après vers, en prenant toute la place que lui offre les instrumentaux pour les marquer de sa voix calme (et un peu inquiétante).

Cela dit, Coke ça reste un rappeur de Grigny qui se respecte, c’est à dire que c’est pas un petit rigolo. Ses instrus il sait se les choisir. Ses morceaux il sait se les construire. Ses ambiances il sait les varier, tout en restant sur sa ligne directrice le plus souvent. Le mec sait poser en cabine, faire des backs, des ad libs, etc… Le tout avec un mix à la hauteur. Oui, je sais, vous allez me dire que c’est la base pour un rappeur. Mais généralement, quand on parle de rappeurs peu exposés, les gens pensent direct à des cassos pas pro du tout. Mais ici t’es à Grigny. Même le plus cassos des cassos a un minimum d’exigence requise sur la qualité du son qu’il sort.

Et celui qui est venu chercher les billets verts, jaunes, rouges et violets compte bien le faire avec un projet solide et sérieux où il livre différents aspects de sa personnalité, n’hésitant pas à mettre à nu comme il le dit lui-même, mais avec des lunettes de soleil, c’est aussi ça la pudeur. Instinct 2 vérité fait partie de ces moments-là. Sur une mélodie apaisante, Coke semble déballer un flot de pensées en vrac tantôt nostalgiques, tantôt revanchardes, le rappeur grignois semble avoir accouché de ce texte en une fois sans vraiment y revenir après. Et au détour d’une phrase on comprend pourquoi, ce texte ayant été écrit en une occasion particulière, son auteur ne voulait peut être pas y retoucher. Le titre du morceau prend tout son sens. Seul le refrain de Mossda semble avoir été rajouté ensuite.

)

D’ailleurs c’est un autre aspect sympa des rappeurs de Grigny. Dans leurs projets ils invitent souvent leurs potes, ça donne un aspect convivial réunion d’anciens élèves autour d’un barbecue de merguez. Parfois on retrouve un mec en feat qu’on n’avait pas entendu depuis quelques temps mais qu’on aime bien et ça fait plaisir de le réentendre. Ou d’entendre des gens que t’as entendu sur leur premier morceau studio quand ils étaient encore mineur évoluer au fil des ans. Cela dit, il y a aussi quelques feats extra grignois et même extra essonniens dans cet album avec MAS et Sultan mais en même temps, ils sont surtout là pour des refrains parce que niveau MCing y avait tout ce qu’il fallait sur place, exception faite pour le troisième invité à nous venir d’une autre ville : Alpha 5.20. Et même si ça n’a rien d’étonnant vu que le Ghetto Fabulous Gang a toujours connecté avec la scène locale et qu’ils jouent toujours un peu à domicile chez les grignois, avoir un couplet de la Pharmacie de Dakar inédit qu’on a décoffré pour l’occasion, c’est un petit plus. Surtout quand c’est un couplet qui commence direct par un gros égotrip impliquant Memphis et Project Pat. On apprécie. Et pour couronner le tout, il y a aussi Castor « Skinny » Troy de la LMC Click qui, contrairement à ses copains de micros Juicy P et Jack Many, n’avait jamais rappé avec Alpha. On retrouve aussi cet aspect album de famille dont je parlais à propos de la scène rap de Grigny.

Troy que l’on retrouve par ailleurs sur un autre bon morceau de CMF 1, le membre le moins connu des LMC est en jambe et nous livre deux prestations enthousiasmantes sur son univers coloré qui a de bons arguments pour séduire les fans de Too $hort… ou de Paul Wall pour les plus débiles d’entre vous.

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Venant grossir les rangs des autochtones de la ville du 91 conviés à la fête, on retrouve Ketokrim, frère d’arme et de rimes de Cokein depuis des temps immémoriaux, sur le refrain de Âme de guerrier puis sur Street King en compagnie du groupe Ekinox, qui est un trio de jeunes rappeurs tous terrains qui devraient faire de plus en plus parler d’eux. Comme ils le montrent sur Street King, un morceau efficace disposant d’un refrain aux voix pitchées. En gros la voix du mec est accélérée et surtout rendue très grave un peu comme avec un ballon d’hélium. C’est une astuce que Rohff utilisait souvent à une époque puis ça c’est un peu perdu et là ça réapparaît sur les radars sur CMF pour le plaisir de petits et grands. Et pour finir ce tableau, l’album se referme sur le bien nommé Trip family où Gizo Evoracci (un mec du coin qui rappe avec Snoop Dogg, rien que ça), OzerLanders et Nolege rejoignent leur pote pour un bon petit freestyle de fin, comme le veut la tradition.

Enfin, ce n’est pas vraiment la fin vu qu’il reste un bonus derrière et que c’est tout simplement Shoot avec La Comera qui a été remis pour le plus grand malheur de vos voisins. Et ce n’est pas non plus la fin de mon petit speech, parce que dit comme ça, on dirait qu’il n’y a que les morceaux avec des invités qui valent le coup. Mais pas du tout. Ecoutez juste l’enchaînement Décalé Chinois avec I.D.C. (InDestructible Cokein) et vous verrez bien.

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En définitif, ce Cokein Mother Fucker volume 1 est un long format bien travaillé, d’un rappeur qui est loin d’être un nouveau venu dans le game. Il a su prendre le temps et surtout se donner les moyens d’arriver avec un premier projet abouti qui, toutefois, sans être un album purement hardcore, ne parlera pas facilement aux auditeurs qui ne sont pas portés sur ce genre de musicalité. Cela dit, ce n’est pas peine perdue. Cokein a su rendre son rap accessible en maintenant un bon équilibre où le fond n’empiète pas sur la forme, ni l’inverse. Il faut aimer le genre mais c’est maîtrisé et pas du tout fermé comme galette. Testez par vous-même.

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Interview : Lance Scott Walker, auteur de « Houston Rap »

Texte : Jean-Pierre Labarthe
Interview : Sinixta Soundz Lord

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H-Town, Hate Town, City of Syrup, Screwston, Hustletown … il existe autant de manières de la nommer qu’il existe de manières de rapper à Houston. Art du emceeing issu des temples périphériques de la culture hip hop, c’est à dire des Fith Ward, Third Ward et South Park, lieux où clubs et strip-clubs ont poussé comme des champignons à partir du moment où le mogul Ray Burnett a décidé de les empiler de la même façon qu’il collectionne les Rolls Royce …
La suite, vous la connaissez mieux que quiconque. C’est l’hégémonie de Rap-A-Lot Records présidé par J-Prince, les K7 grises de DJ Screw, mais pas que … Il est aussi question de DJ Michael Price et DJ Darryl Scott, à la fois deejay’s et fakirs de la « early slow down music » houstonienne. Ces derniers ont lancé le style alors que DJ Screw joue encore de la musique « rapide ». Sauf que Michael Price va être assassiné par un ami proche qu’il est en train de dépouiller lors d’une banale partie de dés … Un boulevard vient soudainement de s’ouvrir pour DJ Screw.
Sans oublier le blafard Vanilla Ice, cocky et arrogant, étrennant sa toute fraîche renommée dans les battles durant lesquelles les MC’s noirs (cf. Willie D) mettent un point d’honneur à lui botter le cul …

C’est une myriade de détails concernant cette pandémie autant rythmée que syrupée que l’on retrouve dans le livre HOUSTON RAP de l’écrivain Lance Scott Walker et du photographe Pete Best, spécialiste en Black Metal scandinave. Sachez qu’il a fallu environ neuf ans de travail aux deux compères pour rassembler photos et témoignages racontant une terre bénie où a prospéré quelques-uns des styles les plus influents du vingt-et-unième siècle. Il s’agit d’une chronologie détaillée retraçant l’évolution de la musique rap depuis ses origines à nos jours où l’on croise la plupart de ses héros : Royal Flush, Ganksta NIP, Bun B de UGK, Z -Ro, Big Mike, K-Rino, Point Blank, Scarface & Willie D des Geto Boys, Lil’ Troy, Paul Wall, Mr 3-2, The Grit Boys … lesquels ont survécu aux Légendes défuntes : DJ Screw, Pimp C et Big Hawk. En plus d’offrir des photos inédites d’une qualité exceptionnelle, le livre propose également les témoignages des dirigeants communautaires, des rappeurs, des deejay’s du début, des producteurs, des hommes d’affaires, des strip-teaseuses, etc, nous offrant un aperçu étonnant et important en ce qui concerne une des facettes culturelles américaines les plus importantes de son histoire.

DJ Darryl Scott
DJ Darryl Scott

Sinixta : Salut Lance Scott Walker. Dites-moi, où êtes-vous né et avez grandi pour exposer de telle manière la culture Hip Hop à Houston ?
Lance Scott Walker : Je suis né et j’ai grandi à Galveston, qui est une île sur la côte du Texas à environ 45 minutes de Houston. J’ai eu ma première exposition concernant le rap à Houston quand j’étais au lycée à la fin des années 1980. Les premiers artistes de Houston que j’ai entendu étaient les premiers Ghetto Boys (avant qu’ils deviennent Geto Boys), Royal Flush et Raheem. J’ai déménagé à Houston en 1992, après que les Geto Boys aient explosé à l’échelle nationale et que le rap de Houston soit devenu beaucoup plus important .

S : Parlez-moi un peu de votre carrière. Quels sont les projets et les livres que vous avez réalisé dans le passé.
LSW : Ces deux livres sont mes premiers. Dans le passé, j’ai écrit pour plusieurs magazines à Houston, y compris le Houston Chronicle, Houston Press, Free Press Houston, 002 Houston, OutSmart … aussi pas mal de choses au niveau national. J’écris donc sur les arts, et surtout sur la musique et les diverses branches issues de cet art.

S : Peter Beste a passé neuf années de votre vie à photographier les rappeurs de Houston, des militants et de nombreux autres artistes. De quelle manière l’avez-vous rencontré ?
LSW : Peter vient du côté Nord de Houston et avait pris l’habitude de prendre des photos des groupes jouant autour de la ville au milieu des années 1990. J’étais dans un groupe, Jessica Six, qu’il était venu voir et c’est ainsi que nous nous sommes rencontrés. Nous sommes amis depuis 1996. Il a commencé le projet Houston Rap comme un unique projet de photos, puis il m’a demandé de le rejoindre pour six mois environ.

S : Vous exposez une véritable culture hip-hop underground quand vous mettez sur la carte les rappeurs militants comme les légendaires Dope-E, K-Rino, Rapper K, Klondike Kat, Point Blank, Ashlei Mayadia, Justice Allah, Murder One, Ganksta NIP qui sont tous membres de South Park Coalition, tous impliqués dans le Hip Hop depuis 1986 mais qui n’ont jamais obtenu la reconnaissance médiatique qu’ils méritent. Sans oublier qu’ils sont aussi membres du New Black Panther Party de Houston et que leurs lyrics sont très corrects.
Il est avéré que les médias de NYC ont oublié ce genre de rappeurs. Surtout que K-Rino est quelque part le Rakim du Sud, une véritable légende vivante … Quel est votre sentiment concernant ce cas précis ?
LSW : Je ne sais pas si je peux nécessairement dire que les médias cachent les artistes les plus conscients, comme ceux que vous avez mentionnées. Les médias sont implicites dans le fait que vous n’avez pas entendu parler de ces artistes autant que ça, mais les maisons de disques ont toutefois une petite responsabilité car elles ne désirent pas commercialiser quelque chose qui fait réfléchir les gens. Elles veulent vendre des « candies ». Les grandes maisons de disques sont dans le business de vente de la musique, aussi elles vont vendre la chose la plus facile à fourguer. Candy rap ou trash rap qui se focalise sur le matérialisme, le sexe, la drogue, la violence – toutes les choses qui donnent une courte élévation, pour ainsi dire, et qui obligeront les gens à en vouloir plus.
Lorsque vous nourrissez l’esprit avec la musique rap qui fait réfléchir les gens, alors ils vont devenir ces consommateurs qui reçoivent plus qu’il ne donnent. Les grandes maisons de disques ne veulent pas de ça, il est plus facile pour elles de commercialiser des « candies ». Vous opérez de la même façon à chaque fois. Vous n’avez pas à changer ou bouleverser le game. Tout cela étant dit, vous n’avez plus qu’à mettre l’autorité ultime dans les mains des fans. Ce sont eux qui choisissent d’acheter les disques « candy » à la place de ceux qui pourraient les faire réfléchir. C’est logique que ces sociétés veulent continuer à vendre des choses que les gens achètent.

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S : Ashley Mayadia et Cl’Che exposent la difficulté d’être une femme dans le monde du Hip Hop, surtout si vous venez du Down South et que vous êtes constamment confronté au cliché du marketing comme Nicky Minaj ou Jacki O … Il est bon d’entendre d’autres voix féminines indépendantes dans le Sud. Cela nous ramène à « Independent Woman » de KB et Lil’ Flea de Street Military.
LSW : Certainement. Je souhaite qu’il y ait beaucoup plus de femmes artistes là-bas. Je souhaite qu’il y en ait beaucoup plus qui fassent partie de l’histoire et que nous pourrions faire figurer dans un livre. Je pense qu’il y en a plus qu’il n’y en a jamais eu, et j’espère que ça continuera de croître. J’espère que lire des choses au sujet des voix de Cl’Che, Mayadia, Dominiquell, Enjoli et Meshah Hawkins dans les livres inspirera d’autres filles à sortir et à faire partie de leurs scènes musicales locales .

S : Vous avez également inclus des photos de Pharoah de Street Military en prison …
LSW : Pharoah était déjà en prison au moment où nous avons commencé le projet, mais nous avons pensé que sa voix était importante dans l’histoire. Aussi, Peter est allé lui rendre visite dans le nord du Texas et je lui ai écrit des lettres – j’ai transcrit une d’entre elles pour Houston Rap-. Sa voix, ainsi que celle de Macc Grace, venant de derrière les murs de la prison sont une partie importante du récit du livre.

S : Bun B possède lui aussi un discours rap très engagé. Vous l’avez également rencontré ?
LSW : Il est un personnage fascinant parce qu’il n’est pas de Houston, mais est tellement identifié à Houston … De plus il est un tel ambassadeur pour la ville. Nous avons eu la chance de le faire participer au projet pour fournir l’introduction de Houston Rap.

S : Comment ça fait de rencontrer des légendes comme Scarface et Willie D ?
LSW : Peter a passé beaucoup plus de temps avec Scarface que moi, mais Willie est l’un de mes sujets de prédilection dans le livre parce qu’il est l’un des rappeurs les plus en vue dans le Sud et pourtant il est totalement accessible et ouvert. Ses histoires sont incroyables. Personne là-bas n’a un point de vue comme Willie, pourtant beaucoup de gens peuvent s’identifier à différentes parties de son histoire.

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S : Votre côté militant apparaît dans les articles que vous écrivez dans les journaux de Houston. Vous avez aussi rencontré le ministre de la Nation of Islam locale, Robert Muhammad, qui dénonce une autre réalité … Aussi, le fait d’avoir fait du syrup un sujet de discussion universel a fait passer sous silence beaucoup d’autres sujets concernant le Hip Hop houstonien.
LSW : En effet, il y a beaucoup plus à parler. Nos livres sont vus à travers le prisme de la musique rap, mais ils sont finalement images et histoires de la vie des gens. Ils sont plein de ces histoires des quartiers dont les rappeurs sont issus. Et quand vous racontez l’histoire d’un quartier, vous voulez avant tout raconter l’histoire de ce qui rend ce quartier unique. En particulier lorsque vous parlez de gangsta rap, il est intéressant de se pencher sur l’environnement qui nourrit ce type de musique, donc nous abordons les problèmes de voisinage, de santé, de criminalité, de drogue, de gentrification, etc. Le ministre Robert Mohammed a été très important, car il a pris une place importante dans la vie de certains des personnages du livre .

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S : K-Rino accuse l’industrie du disque de maintenir les gens dans l’ignorance. Comment c’est passé la rencontre avec K-Rino ?
LSW : K-Rino est l’un des puits de la connaissance les plus profonds à Houston, parce qu’aussi loin qu’il a réalisé des disques, il a été actif plus longtemps que quiconque à Houston. Son premier album est sorti en 1986, donc il précède même les Geto Boys à cet égard, même s’il n’est pas vraiment devenu aussi connu qu’eux. Son expérience en tant que rappeur de Houston est presque sans précédent parce qu’il a vu grandir le rap depuis ses débuts. En plus, vu qu’il a été sobre toute sa vie, sa mémoire au sujet des souvenirs est incroyable, et sa richesse des connaissances sur les sujets dont il parle dans ses chansons est approfondie et réfléchie. Ajouter à cela le fait qu’il a ce flow vicieux, comment ne pas l’aimer ? Il s’agit d’une interview assez incroyable. Je pense que les deux livres traînent beaucoup sur ses propres mots. J’espère que de nouvelles personnes vont le découvrir grâce à ça.

S : Dites-nous comment était l’ambiance à Houston ? Totalement différente de celle de New York je suppose ? Dites-nous en un peu plus à ce sujet …
LSW : Houston est une grande ville. C’est un truc énorme. Vous pouvez passer une bonne heure dans votre voiture à traverser la ville de bout en bout sans qu’il n’y ait aucun trafic. Cela dit, c’est aussi une ambiance champêtre, de petite ville. Lorsque vous vous trouvez dans les quartiers, on ressent encore plus cette ambiance car chacun d’entre eux à l’apparence de petits villages. Vous devez absolument conduire à Houston parce que la ville est très étendue, de sorte que la circulation des piétons n’est pas la même que dans une ville comme New York, où je vis. En fait, il y a une connexion totalement différente à Houston. De plus, il y fait incroyablement chaud ici ! Tout cela créé une atmosphère absolument différente, et cela se ressent dans la musique.

S : Allez-vous sortir la partie 2 de Houston Rap ? Pouvez-vous parler de ce futur projet ?
LSW : D’abord, Houston Rap Tapes est le deuxième livre. Il s’agit d’un recueil d’entretiens. J’ai effectué des dizaines d’interviews pour Houston Rap, et beaucoup d’entre elles étaient vraiment super, même si j’ai utilisé une seule citation pour le livre.
C’est une façon de permettre aux gens d’entrer dans les conversations que j’ai eu avec les artistes où nous avons discuté de l’Histoire mais aussi des histoires de leurs vies. L’histoire orale de Houston Rap est un excellent moyen de condenser le texte dans un format qui fonctionne intimement avec les photos … mais c’est également le moyen d’avoir une vue sur le mécanisme des conversations que nous avons eu. Quant à Houston Rap Tapes, c’est essentiellement du texte, mais il y a aussi une section de photos en noir et blanc de Peter là-dedans. C’est un peu le contraire de l’autre livre où il y a beaucoup de photos.

S : Quel est votre plan pour l’avenir ?
LSW : J’ai une paire de projets en cours, mais je ne parlerai de rien jusqu’à ce qu’ils commencent à exister. Autant dire que ces deux livres font encore l’objet de mes préoccupations pour l’instant. J’ai fait un voyage au Texas pour la sortie de Houston Rap Tapes afin de faire quelques briefings en espérant faire beaucoup plus de voyages par la suite.

S : D’autres villes seraient-elles susceptibles de vous intéresser pour faire un nouveau livre ? Memphis par exemple ?
LSW : Galveston, Texas ! Rien ne vaut les histoires de par chez soi, vous savez ?

Lance Scott Walker
Lance Scott Walker

Bootleg : Fofo44 – Un 44 tah les Hauts-de-Seine

Fofo44, c’est pas le blaze le plus vendeur du monde, mais dites-vous qu’au début de sa carrière, Fofo s’appellait Junks, donc quelque part, on a échappé au pire.

fofo44 captcha mag

Fofo c’est un mec qu’on connait surtout pour ses featurings avec Salif, et c’est d’ailleurs l’un des seuls à ne jamais se faire déclasser par le meilleur rappeur français de tous les temps.

Fofo, c’est aussi un mec qui n’a pas de réelle discographie, puisqu’il n’a jamais réellement été un rappeur. Une apparition par-ci, un feat par-là, et c’est tout. J’ai donc compilé les morceaux disponibles, je vous cache pas qu’il en manque certains (globalement, tout ce qui est antérieur à 2006) parce qu’ils sont tout simplement inexistants sur le net.

Aux dernières nouvelles, Fofo 44 a arrêté le rap.

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Fofo 44 – Un 44 tah les Hauts-de-Seine (bootleg Captcha Mag) by Captchamagazine on Mixcloud

Tracklist :

1. Training Days (solo)
2. Ténébreux Récital (feat. Salif, MC Djems)
3. Pop ce négro (feat Juicy P, Salif, Jack Many)
4. A.B.D.E.R (feat Tenor)
5. Vision Banlieusarde (feat Mc Djems,  Bad-R)
6. Salaire de la peur (feat Sly)
7. Big City du Crime (feat Salif, Exs)
8. 95-92 (feat Aketo)
9. Ne Fais Pas Le Con (feat Tony, Dostan, N’Dal)
10. Bleu Blanc Rouge (feat Salif)
11. Sans Plomb 92 (feat MC Djems)
12. Question de temps (feat Salif)
13. SDB (feat Salif, Exs, et la VF de Tony Montana)

EDIT : lien pour télécharger le mix : FOFO BOOTLEG EMPETROI.mp3

From Russia with Love, épisode 3 : Viktor Ianoukovitch

L'ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch
L’ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch

Il a fait la une de tous les médias ces dernières semaines, tour-à-tour comme interlocuteur de l’Union Européenne, comme allié du président russe Poutine, comme boucher envoyant des bataillons de policiers réprimer toute contestation dans le sang et enfin comme président destitué d’un pays à l’avenir désormais incertain … Mais qui est-il vraiment ? Épopée d’un ancien métallurgiste au passé sulfureux devenu président d’un des pays les plus corrompus au monde.

 

Viktor Fedorovytch Ianoukovitch est né le 9 juillet 1950 dans la ville industrielle de Ienakievo, située dans la région de Donetsk. Son père est lui-même métallurgiste dans l’usine de la ville et sa mère est infirmière. Le jeune Viktor commet ses premiers larcins à l’âge de 15 ans, lorsqu’il entre au collège minier. Il rejoint une bande de jeunes, Pivnovka, et se spécialise dans le vol de chapeaux et de montres (1). Il est arrêté pour la première fois en novembre 1967. Il est accusé de vol et condamné à trois ans de privation de liberté. Il est envoyé dans un camp de redressement pour jeunes délinquants, où il ne purge que 6 mois avant d’être libéré pour bonne conduite. En juin 1970, il est de nouveau condamné, cette fois à deux ans de détention, pour coups et blessures. Au cours de ces années passées derrière les barreaux, Viktor rencontre le chemin d’un personnage qui changera sa destinée, Rinat Akhmetov.

 

Rinat Akhmetov, l'éminence grise de Ianoukovitch
Rinat Akhmetov, l’éminence grise de Ianoukovitch

Aujourd’hui, Rinat Akhmetov est l’homme d’affaires le plus riche d’Ukraine, avec un capital estimé à 15,4 milliards de dollars, et se place dans les 50 premières fortunes individuelles mondiales selon le magasine Forbes (2). Cette fortune, Rinat l’a acquise alors qu’il était connu sous le sobriquet d’Alik Grek. Dans les années 90, Alik Grek dirige un clan de truands tatars de la ville de Donetsk. L’indépendance de l’Ukraine est proclamée en août 1991. En 1992, une guerre entre clans mafieux éclate dans les rues de Donetsk. La moyenne d’homicides de la région de Donetsk passe en 1992 de 50 par an à 6 par semaine…

Rinat Akhmetov, grâce à des méthodes expéditives, prend rapidement le contrôle de la ville et de ses commerces, et maintient le milieu politique sous une pression constante. Lorsqu’il décide de mettre la main sur le club de football du Shakhtar-Donetsk, il place une bombe dans les gradins lors du match du 15 octobre 1995 qui oppose les ukrainiens à Tavryia pour assassiner le président du club Akhat Bragin. Akhat décède, ainsi que de nombreux civils présents dans les gradins. Rinat investit alors dans des équipements coûteux et des joueurs d’envergure internationale avec l’intention du faire du Shakhtar-Donetsk un grand club européen.

Alik désire également investir les instances politiques de l’oblast de Donetsk. Pour cela, il fait appel à Vikto Ianoukovitch, qui est en contact avec les truands de Donetsk depuis ses séjours en prison. Dès 1997, Ianoukovitch devient gouverneur de la région, fort de l’appui de son protecteur. Le président, Léonid Koutchma, a conscience de mettre un truand au pouvoir mais espère réguler par ce moyen la violence déployée par le clan de Rinat (3). L’influence du clan d’Alik Grek sur l’univers politique ukrainien se manifestera non-seulement avec l’ascension de Viktor Ianoukovitch et du Parti des Régions, mais aussi par un soutien à Igor Merkulov, premier dirigeant du Parti Libéral d’Ukraine, qui apportera d’ailleurs son soutien à la candidature de Viktor Ianoukovitch au cours des élections de 2006. Merkulov sera d’ailleurs condamné le 25 août 2006 à Moscou pour une fraude dont le montant s’élèverait a plusieurs dizaines de millions de dollars (10).

 

 

La région de Donetsk, épicentre de la criminalité organisée ukrainienne, est située au Sud-Est du pays
La région de Donetsk, épicentre de la criminalité organisée ukrainienne, est située au Sud-Est du pays

 

Sous l’égide de Ianoukovitch devenu premier ministre en 2002, le clan d’Akhmetov prend une ampleur incroyable. Sur les 54 adjoints attachés au ministre, 47 sont originaires de Donetsk. De nombreux hommes politiques, comme Vassily Djarty, président du conseil des ministres de la République Autonome de Crimée sont issus directement du milieu du crime. Vassily, autrefois connu pour avoir pratiqué le racket armé d’une batte de baseball, a été au cours de sa carrière politique accusé de détournements de fonds et d’avoir organisé un trafic de voitures volées à l’échelle nationale. Sous son influence, la frontière polonaise de l’Ukraine devient assez poreuse pour permettre l’installation d’un passage vers l’Union Européenne de denrées diverses, telles que des produits stupéfiants ou encore des esclaves. Chaque année, près de 100 000 esclaves, dont la moitié de prostituées, transitent par l’Ukraine (1). Ce trafic a été placé sous la tutelle d’un dénommé Manusov, qui y a impliqué des pointures du crime organisé, comme Anatoly Bandura, qui sera abattu en 2005 parce qu’il refusait de verser sa part à Rinat (4).

Toujours grâce à Ianoukovitch, d’autres trafics se sont développés, dont un trafic de médicaments utilisés comme drogues. Ce trafic se déroule grâce à l’appui de Tiatiana Bakhteeva, directrice générale des syndicats cliniques et médicaux de la région de Donetsk devenue députée du Parti des Régions au parlement en décembre 2012 (3, 5). Les médicaments, Tramadol, Promedol et Méthadone, sont distribués à travers le pays, où les addictions se révèlent de plus en plus nombreuses.

Dernier exemple de l’influence néfaste du clan de Donetsk sur le pays, le cas de la région industrielle de Donbass. Les ouvriers métallurgistes et les mineurs de Donbass sont vingt fois moins payés que des ouvriers européens ou américains, trois fois moins que des ouvriers russes, et même moins que des ouvriers chinois ou sud-africains. Les installations sont vétustes et des accidents sont très fréquents, comme le samedi 11 mars 2000 dans la mine de Bakorkovo (6). Chaque année, entre 3 et 7 milliards de grivnas, soit plus de 220 millions d’euros, sont volés sur l’ensemble de la production industrielle de Donbass (3).

On se souvient également de l’affaire des hôtels ukrainiens qui, peu avant le lancement de l’Euro 2012, avaient doublé le prix des chambres, consciemment ou sous la menace de groupes armés qui avaient réquisitionné les établissements hôteliers de force, par exemple l’hôtel Slavoutitch (7).

L’ ex-premier ministre ukrainien Mykola Azarov a quitté le pays dès l’annonce de sa démission le 28 janvier. Il a aussitôt rejoint Vienne, où sa famille possède des investissements de plusieurs millions d’euros dans divers sociétés-écrans. Le président Ianoukovitch a lui-même eu recours à ce genre de manipulations, en faisant recours à une société nommée « Group-DF » (8). Peu après, le président a lui-même tenté de s’enfuir le 22 février en proposant un pot-de-vin aux responsables de l’aéroport de Donetsk pour laisser décoller son appareil, qui n’était pas en règles (9). Comme on peut le constater, le choix de l’aéroport n’a pas été confié au hasard, le président espérait sans-doute trouver dans cette ville le soutien du clan qu’il a nourri pendant sa présidence …

 

 

(1) Уникальная биография кандидата в Президенты Украины В.Ф.Януковича (Biographie unique du candidat à la présidence d’Ukraine V. F. Ianoukovitch) – Анатолич : http://censor.net.ua/forum/499671/unikalnaya_biografiya_kandidata_v_prezidenty_ukrainy_vfyanukovicha

(2) Forbes – Rinat Akhmetov : http://www.forbes.com/profile/rinat-akhmetov/

(3) Криминальная оккупация (Occupation criminelle) – Alexandre Boïko (2007)

(4) Genshtab – Anatoly Bandura : http://genshtab.info/Бандура,_Анатолий

(5) Бахтеева Татьяна Дмитриевна (Bakhteeva Tatiana Dmitrievna) : http://file.liga.net/person/660-tatyana-bahteeva.html

(6) Les Dernier Mineurs du Donbass – Max Hureau : http://www.regard-est.com

(7) Benjamin Bidder et André Eichhofer – La mafia ukrainienne fait monter les prix des chambres d’hôtels : http://www.courrierinternational.com/article/2012/04/16/la-mafia-ukrainienne-fait-monter-les-prix-des-chambres-d-hotel

(8) France 24 – Ukraine-Autriche : les liaisons dangereuses du clan Ianoukovitch : http://www.france24.com/fr/20140207-ukraine-autriche-paradis-fiscal-ianoukovitch-azarov-blanchiment-clan-famille-klyuev-firtach/

(9) Kim Hullot-Guiot – Où est passé Ianoukovitch, le président fuyard ? : http://www.liberation.fr/monde/2014/02/26/ou-est-passe-ianoukovitch-le-president-fuyard_983155

(10) Businessman Condemned for Attempt on Investments – http://www.kommersant.com/p699949/r_500/Businessman_Condemned_for_Attempt_on_Investments/

 

Autres sources:

 

Fondation Robert Schuman – Election présidentielle en Ukraine, 31 octobre et 14 novembre 2004 : http://www.robert-schuman.eu/fr/oee/0348-election-presidentielle-en-ukraine-31-octobre-et-14-novembre-2004

http://ru.wikipedia.org/wiki/Кушнарёв,_Евгений_Петрович

http://theinsideleft.com/shakhtar-donetsk/

T’as 30 ans et t’es au chômage ? Tu vas aimer La grande aventure Lego.

La grande aventure Lego, c’est avant tout pour toi, si tu passais tes mercredi devant Les chevaliers du Zodiaque, si tu buvais du Tang et si t’as vu les Goonies mille fois. En gros si aujourd’hui tu crames tes Assedic en achetant des magazines et des objets sur le net qui te rappellent ton enfance pour oublier que t’as 30 ans, que t’es au chômage et que, décidément, c’était vraiment mieux quand t’étais un môme sans responsabilité.

Sauf que t’as grandi, que la vie s’est installée, que t’as fini tes études (j’ai pas dit : t’as eu un diplôme, puisque sinon tu dépenserais pas tes Assedic de la manière évoquée ci-dessus). T’as eu une meuf, mais elle comprenait pas qu’au milieu de sa collection Sex & the city, y’avait des jeux de Super Nes auxquels tu jouais plus mais dont tu parlais avec verve et passion lors de tes soirées « Star Wars » avec tes potes. Bien sur, tu prends soin à chaque fois de préciser que tu ne regardes que la trilogie originelle parce que, franchement, Jar Jar Binks est une aberration dans le monde merveilleux de Georges Lucas.

Allez, avoue, si t'avais le choix, tu prendrais celle que tu peux remonter après l'avoir démonté.
Allez, avoue, si t’avais le choix, tu prendrais celle que tu peux remonter après l’avoir démonté.

Du coup, ta meuf en a eu marre, elle s’est dit qu’elle allait pas faire des enfants avec un enfant, ça ferait un peu pédophile d’autant qu’elle a pas la patience d’élever deux gosses alors qu’elle essaie de passer chef de caisse à Cora.

En gros, t’es encore un gosse. Et quand on t’a dit qu’il y allait avoir un film Lego, t’as pensé « jizz in my pants ». En plus dans la bande annonce, il y avait Batman.

BATMAN QUOI.

Ça t’a rappelé comment, le dimanche soir, tu regardais France 3 à 20h20 en attendant que Batman apparaisse sur l’écran. Et je suis d’accord avec toi sur une chose : de tout ce qui s’est fait sur le personnage depuis, le dessin animé Batman des années 90 est ce qu’il reste de meilleur.

Alors t’es allé à l’UGC, t’as mis ta carte dans le lecteur CB sauf que, comme t’es a découvert parce que t’as acheté la réplique du sceptre de Gandalf sur Amazon, ton paiement a été refusé. T’as sorti le billet de 20 euros de secours, celui que tu gardes plié en 8 dans ton portefeuille pour la fin de mois, où t’auras nécessairement et impérieusement besoin de :

– clopes
– shit
– bières
– kebab en rentrant de boite complètement bourré

Tu le donnes à la caissière qui te rappelle ta meuf, vu qu’elle est caissière, et tu pénètres dans la salle. Là, tu réalises que 80% du public est composé de jeunes enfants dont l’âge ne dépasse pas 8 ans. Ca tombe bien, tu vas voir que dans le film, les vannes sont écrites pour eux.

Tu t’assois au rang K, place 8 et une voix derrière l’écran t’invite à respecter ton placement pour le confort de tous. M’asseoir à la place P-14 ne va pas empiéter sur le confort de mon voisin, bande d’enculés va.

Le film commence, et force est de constater que c’est beau. C’est animé un peu à l’ancienne, avec des saccades dans les mouvements et tout, mais c’est beau. Et puis dès la 3ème minute, il y a une chanson. Tu comprends – si tu l’avais pas compris avant – que c’est donc un film pour enfant. Pour celui qui sommeille en toi, ou celui qui l’est toujours.

Au fur et à mesure du film, l’univers Lego déroule sous tes yeux, et t’as qu’une envie : aller acheter les bateaux de pirates et les fermes du Far-West au Toys’R’Us en sortant. Les vannes sont écrites pour les gosses. Un personnage tombe ? Ca rit dans la salle. Un personnage se fait mal ? devine ce qui se passe …

Si t'as aimé le film, Captcha Mag t'offre un superbe coloriage à imprimer. C'est tes crayons de couleur qui vont être contents !
Si t’as aimé le film, Captcha Mag t’offre un superbe coloriage à imprimer. C’est tes crayons de couleur qui vont être contents !

Et puis apparaît Batman. Et tu souris. Parce que, au bout de 45 minutes de film, tu commences à te sentir concerné. Et c’est le festival : Superman, Green Lantern, Gandalf, y’a TOUT LE MONDE. Y’a même des persos que t’avais quand t’étais gosse, genre l’astronaute des années 80. Et t’as les yeux mouillés. Parce que si les situations et les vannes sont écrites pour les gosses, les références ont été écrites pour toi, ce trentenaire chômeur qui vibre quand il entend les premières notes du générique de Star Wars. Et t’es heureux parce que d’autres gars, semblables à toi, avec les mêmes références, ont porté à l’écran ton rêve.

Un peu comme si un mec avait tourné du porno avec des meufs qui mangent du poulet frit.

Le film touche à sa fin, t’es heureux d’avoir vu tes héros à l’écran. T’as pas compris les vannes mais c’est peut être normal, vu que les seules qui te font marrer, c’est celles en anglais sur Twitter. Tu regardes Jimmy Fallon, que tu trouves être un génie, et tu te dis que décidément, ses auteurs sont des génies.

Sauf que, quand on te dit la même chose en français, ça te passe à côté du citron.

Tu ressors en te disant qu’il faut que tu le revoies en VO, mais avant, tu vas au Toys’R’Us acheter le vaisseau de Batman que t’as vu dans le film.

Il en reste un dans le rayon. Coup de chatte.

 

Tu vas à la caisse.

 

Paiement refusé.

 

Faut vraiment que tu trouves un job.