Interview : Lance Scott Walker, auteur de « Houston Rap »

Texte : Jean-Pierre Labarthe
Interview : Sinixta Soundz Lord

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H-Town, Hate Town, City of Syrup, Screwston, Hustletown … il existe autant de manières de la nommer qu’il existe de manières de rapper à Houston. Art du emceeing issu des temples périphériques de la culture hip hop, c’est à dire des Fith Ward, Third Ward et South Park, lieux où clubs et strip-clubs ont poussé comme des champignons à partir du moment où le mogul Ray Burnett a décidé de les empiler de la même façon qu’il collectionne les Rolls Royce …
La suite, vous la connaissez mieux que quiconque. C’est l’hégémonie de Rap-A-Lot Records présidé par J-Prince, les K7 grises de DJ Screw, mais pas que … Il est aussi question de DJ Michael Price et DJ Darryl Scott, à la fois deejay’s et fakirs de la « early slow down music » houstonienne. Ces derniers ont lancé le style alors que DJ Screw joue encore de la musique « rapide ». Sauf que Michael Price va être assassiné par un ami proche qu’il est en train de dépouiller lors d’une banale partie de dés … Un boulevard vient soudainement de s’ouvrir pour DJ Screw.
Sans oublier le blafard Vanilla Ice, cocky et arrogant, étrennant sa toute fraîche renommée dans les battles durant lesquelles les MC’s noirs (cf. Willie D) mettent un point d’honneur à lui botter le cul …

C’est une myriade de détails concernant cette pandémie autant rythmée que syrupée que l’on retrouve dans le livre HOUSTON RAP de l’écrivain Lance Scott Walker et du photographe Pete Best, spécialiste en Black Metal scandinave. Sachez qu’il a fallu environ neuf ans de travail aux deux compères pour rassembler photos et témoignages racontant une terre bénie où a prospéré quelques-uns des styles les plus influents du vingt-et-unième siècle. Il s’agit d’une chronologie détaillée retraçant l’évolution de la musique rap depuis ses origines à nos jours où l’on croise la plupart de ses héros : Royal Flush, Ganksta NIP, Bun B de UGK, Z -Ro, Big Mike, K-Rino, Point Blank, Scarface & Willie D des Geto Boys, Lil’ Troy, Paul Wall, Mr 3-2, The Grit Boys … lesquels ont survécu aux Légendes défuntes : DJ Screw, Pimp C et Big Hawk. En plus d’offrir des photos inédites d’une qualité exceptionnelle, le livre propose également les témoignages des dirigeants communautaires, des rappeurs, des deejay’s du début, des producteurs, des hommes d’affaires, des strip-teaseuses, etc, nous offrant un aperçu étonnant et important en ce qui concerne une des facettes culturelles américaines les plus importantes de son histoire.

DJ Darryl Scott
DJ Darryl Scott

Sinixta : Salut Lance Scott Walker. Dites-moi, où êtes-vous né et avez grandi pour exposer de telle manière la culture Hip Hop à Houston ?
Lance Scott Walker : Je suis né et j’ai grandi à Galveston, qui est une île sur la côte du Texas à environ 45 minutes de Houston. J’ai eu ma première exposition concernant le rap à Houston quand j’étais au lycée à la fin des années 1980. Les premiers artistes de Houston que j’ai entendu étaient les premiers Ghetto Boys (avant qu’ils deviennent Geto Boys), Royal Flush et Raheem. J’ai déménagé à Houston en 1992, après que les Geto Boys aient explosé à l’échelle nationale et que le rap de Houston soit devenu beaucoup plus important .

S : Parlez-moi un peu de votre carrière. Quels sont les projets et les livres que vous avez réalisé dans le passé.
LSW : Ces deux livres sont mes premiers. Dans le passé, j’ai écrit pour plusieurs magazines à Houston, y compris le Houston Chronicle, Houston Press, Free Press Houston, 002 Houston, OutSmart … aussi pas mal de choses au niveau national. J’écris donc sur les arts, et surtout sur la musique et les diverses branches issues de cet art.

S : Peter Beste a passé neuf années de votre vie à photographier les rappeurs de Houston, des militants et de nombreux autres artistes. De quelle manière l’avez-vous rencontré ?
LSW : Peter vient du côté Nord de Houston et avait pris l’habitude de prendre des photos des groupes jouant autour de la ville au milieu des années 1990. J’étais dans un groupe, Jessica Six, qu’il était venu voir et c’est ainsi que nous nous sommes rencontrés. Nous sommes amis depuis 1996. Il a commencé le projet Houston Rap comme un unique projet de photos, puis il m’a demandé de le rejoindre pour six mois environ.

S : Vous exposez une véritable culture hip-hop underground quand vous mettez sur la carte les rappeurs militants comme les légendaires Dope-E, K-Rino, Rapper K, Klondike Kat, Point Blank, Ashlei Mayadia, Justice Allah, Murder One, Ganksta NIP qui sont tous membres de South Park Coalition, tous impliqués dans le Hip Hop depuis 1986 mais qui n’ont jamais obtenu la reconnaissance médiatique qu’ils méritent. Sans oublier qu’ils sont aussi membres du New Black Panther Party de Houston et que leurs lyrics sont très corrects.
Il est avéré que les médias de NYC ont oublié ce genre de rappeurs. Surtout que K-Rino est quelque part le Rakim du Sud, une véritable légende vivante … Quel est votre sentiment concernant ce cas précis ?
LSW : Je ne sais pas si je peux nécessairement dire que les médias cachent les artistes les plus conscients, comme ceux que vous avez mentionnées. Les médias sont implicites dans le fait que vous n’avez pas entendu parler de ces artistes autant que ça, mais les maisons de disques ont toutefois une petite responsabilité car elles ne désirent pas commercialiser quelque chose qui fait réfléchir les gens. Elles veulent vendre des « candies ». Les grandes maisons de disques sont dans le business de vente de la musique, aussi elles vont vendre la chose la plus facile à fourguer. Candy rap ou trash rap qui se focalise sur le matérialisme, le sexe, la drogue, la violence – toutes les choses qui donnent une courte élévation, pour ainsi dire, et qui obligeront les gens à en vouloir plus.
Lorsque vous nourrissez l’esprit avec la musique rap qui fait réfléchir les gens, alors ils vont devenir ces consommateurs qui reçoivent plus qu’il ne donnent. Les grandes maisons de disques ne veulent pas de ça, il est plus facile pour elles de commercialiser des « candies ». Vous opérez de la même façon à chaque fois. Vous n’avez pas à changer ou bouleverser le game. Tout cela étant dit, vous n’avez plus qu’à mettre l’autorité ultime dans les mains des fans. Ce sont eux qui choisissent d’acheter les disques « candy » à la place de ceux qui pourraient les faire réfléchir. C’est logique que ces sociétés veulent continuer à vendre des choses que les gens achètent.

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S : Ashley Mayadia et Cl’Che exposent la difficulté d’être une femme dans le monde du Hip Hop, surtout si vous venez du Down South et que vous êtes constamment confronté au cliché du marketing comme Nicky Minaj ou Jacki O … Il est bon d’entendre d’autres voix féminines indépendantes dans le Sud. Cela nous ramène à « Independent Woman » de KB et Lil’ Flea de Street Military.
LSW : Certainement. Je souhaite qu’il y ait beaucoup plus de femmes artistes là-bas. Je souhaite qu’il y en ait beaucoup plus qui fassent partie de l’histoire et que nous pourrions faire figurer dans un livre. Je pense qu’il y en a plus qu’il n’y en a jamais eu, et j’espère que ça continuera de croître. J’espère que lire des choses au sujet des voix de Cl’Che, Mayadia, Dominiquell, Enjoli et Meshah Hawkins dans les livres inspirera d’autres filles à sortir et à faire partie de leurs scènes musicales locales .

S : Vous avez également inclus des photos de Pharoah de Street Military en prison …
LSW : Pharoah était déjà en prison au moment où nous avons commencé le projet, mais nous avons pensé que sa voix était importante dans l’histoire. Aussi, Peter est allé lui rendre visite dans le nord du Texas et je lui ai écrit des lettres – j’ai transcrit une d’entre elles pour Houston Rap-. Sa voix, ainsi que celle de Macc Grace, venant de derrière les murs de la prison sont une partie importante du récit du livre.

S : Bun B possède lui aussi un discours rap très engagé. Vous l’avez également rencontré ?
LSW : Il est un personnage fascinant parce qu’il n’est pas de Houston, mais est tellement identifié à Houston … De plus il est un tel ambassadeur pour la ville. Nous avons eu la chance de le faire participer au projet pour fournir l’introduction de Houston Rap.

S : Comment ça fait de rencontrer des légendes comme Scarface et Willie D ?
LSW : Peter a passé beaucoup plus de temps avec Scarface que moi, mais Willie est l’un de mes sujets de prédilection dans le livre parce qu’il est l’un des rappeurs les plus en vue dans le Sud et pourtant il est totalement accessible et ouvert. Ses histoires sont incroyables. Personne là-bas n’a un point de vue comme Willie, pourtant beaucoup de gens peuvent s’identifier à différentes parties de son histoire.

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S : Votre côté militant apparaît dans les articles que vous écrivez dans les journaux de Houston. Vous avez aussi rencontré le ministre de la Nation of Islam locale, Robert Muhammad, qui dénonce une autre réalité … Aussi, le fait d’avoir fait du syrup un sujet de discussion universel a fait passer sous silence beaucoup d’autres sujets concernant le Hip Hop houstonien.
LSW : En effet, il y a beaucoup plus à parler. Nos livres sont vus à travers le prisme de la musique rap, mais ils sont finalement images et histoires de la vie des gens. Ils sont plein de ces histoires des quartiers dont les rappeurs sont issus. Et quand vous racontez l’histoire d’un quartier, vous voulez avant tout raconter l’histoire de ce qui rend ce quartier unique. En particulier lorsque vous parlez de gangsta rap, il est intéressant de se pencher sur l’environnement qui nourrit ce type de musique, donc nous abordons les problèmes de voisinage, de santé, de criminalité, de drogue, de gentrification, etc. Le ministre Robert Mohammed a été très important, car il a pris une place importante dans la vie de certains des personnages du livre .

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S : K-Rino accuse l’industrie du disque de maintenir les gens dans l’ignorance. Comment c’est passé la rencontre avec K-Rino ?
LSW : K-Rino est l’un des puits de la connaissance les plus profonds à Houston, parce qu’aussi loin qu’il a réalisé des disques, il a été actif plus longtemps que quiconque à Houston. Son premier album est sorti en 1986, donc il précède même les Geto Boys à cet égard, même s’il n’est pas vraiment devenu aussi connu qu’eux. Son expérience en tant que rappeur de Houston est presque sans précédent parce qu’il a vu grandir le rap depuis ses débuts. En plus, vu qu’il a été sobre toute sa vie, sa mémoire au sujet des souvenirs est incroyable, et sa richesse des connaissances sur les sujets dont il parle dans ses chansons est approfondie et réfléchie. Ajouter à cela le fait qu’il a ce flow vicieux, comment ne pas l’aimer ? Il s’agit d’une interview assez incroyable. Je pense que les deux livres traînent beaucoup sur ses propres mots. J’espère que de nouvelles personnes vont le découvrir grâce à ça.

S : Dites-nous comment était l’ambiance à Houston ? Totalement différente de celle de New York je suppose ? Dites-nous en un peu plus à ce sujet …
LSW : Houston est une grande ville. C’est un truc énorme. Vous pouvez passer une bonne heure dans votre voiture à traverser la ville de bout en bout sans qu’il n’y ait aucun trafic. Cela dit, c’est aussi une ambiance champêtre, de petite ville. Lorsque vous vous trouvez dans les quartiers, on ressent encore plus cette ambiance car chacun d’entre eux à l’apparence de petits villages. Vous devez absolument conduire à Houston parce que la ville est très étendue, de sorte que la circulation des piétons n’est pas la même que dans une ville comme New York, où je vis. En fait, il y a une connexion totalement différente à Houston. De plus, il y fait incroyablement chaud ici ! Tout cela créé une atmosphère absolument différente, et cela se ressent dans la musique.

S : Allez-vous sortir la partie 2 de Houston Rap ? Pouvez-vous parler de ce futur projet ?
LSW : D’abord, Houston Rap Tapes est le deuxième livre. Il s’agit d’un recueil d’entretiens. J’ai effectué des dizaines d’interviews pour Houston Rap, et beaucoup d’entre elles étaient vraiment super, même si j’ai utilisé une seule citation pour le livre.
C’est une façon de permettre aux gens d’entrer dans les conversations que j’ai eu avec les artistes où nous avons discuté de l’Histoire mais aussi des histoires de leurs vies. L’histoire orale de Houston Rap est un excellent moyen de condenser le texte dans un format qui fonctionne intimement avec les photos … mais c’est également le moyen d’avoir une vue sur le mécanisme des conversations que nous avons eu. Quant à Houston Rap Tapes, c’est essentiellement du texte, mais il y a aussi une section de photos en noir et blanc de Peter là-dedans. C’est un peu le contraire de l’autre livre où il y a beaucoup de photos.

S : Quel est votre plan pour l’avenir ?
LSW : J’ai une paire de projets en cours, mais je ne parlerai de rien jusqu’à ce qu’ils commencent à exister. Autant dire que ces deux livres font encore l’objet de mes préoccupations pour l’instant. J’ai fait un voyage au Texas pour la sortie de Houston Rap Tapes afin de faire quelques briefings en espérant faire beaucoup plus de voyages par la suite.

S : D’autres villes seraient-elles susceptibles de vous intéresser pour faire un nouveau livre ? Memphis par exemple ?
LSW : Galveston, Texas ! Rien ne vaut les histoires de par chez soi, vous savez ?

Lance Scott Walker
Lance Scott Walker

Bootleg : Fofo44 – Un 44 tah les Hauts-de-Seine

Fofo44, c’est pas le blaze le plus vendeur du monde, mais dites-vous qu’au début de sa carrière, Fofo s’appellait Junks, donc quelque part, on a échappé au pire.

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Fofo c’est un mec qu’on connait surtout pour ses featurings avec Salif, et c’est d’ailleurs l’un des seuls à ne jamais se faire déclasser par le meilleur rappeur français de tous les temps.

Fofo, c’est aussi un mec qui n’a pas de réelle discographie, puisqu’il n’a jamais réellement été un rappeur. Une apparition par-ci, un feat par-là, et c’est tout. J’ai donc compilé les morceaux disponibles, je vous cache pas qu’il en manque certains (globalement, tout ce qui est antérieur à 2006) parce qu’ils sont tout simplement inexistants sur le net.

Aux dernières nouvelles, Fofo 44 a arrêté le rap.

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Fofo 44 – Un 44 tah les Hauts-de-Seine (bootleg Captcha Mag) by Captchamagazine on Mixcloud

Tracklist :

1. Training Days (solo)
2. Ténébreux Récital (feat. Salif, MC Djems)
3. Pop ce négro (feat Juicy P, Salif, Jack Many)
4. A.B.D.E.R (feat Tenor)
5. Vision Banlieusarde (feat Mc Djems,  Bad-R)
6. Salaire de la peur (feat Sly)
7. Big City du Crime (feat Salif, Exs)
8. 95-92 (feat Aketo)
9. Ne Fais Pas Le Con (feat Tony, Dostan, N’Dal)
10. Bleu Blanc Rouge (feat Salif)
11. Sans Plomb 92 (feat MC Djems)
12. Question de temps (feat Salif)
13. SDB (feat Salif, Exs, et la VF de Tony Montana)

EDIT : lien pour télécharger le mix : FOFO BOOTLEG EMPETROI.mp3

From Russia with Love, épisode 3 : Viktor Ianoukovitch

L'ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch
L’ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch

Il a fait la une de tous les médias ces dernières semaines, tour-à-tour comme interlocuteur de l’Union Européenne, comme allié du président russe Poutine, comme boucher envoyant des bataillons de policiers réprimer toute contestation dans le sang et enfin comme président destitué d’un pays à l’avenir désormais incertain … Mais qui est-il vraiment ? Épopée d’un ancien métallurgiste au passé sulfureux devenu président d’un des pays les plus corrompus au monde.

 

Viktor Fedorovytch Ianoukovitch est né le 9 juillet 1950 dans la ville industrielle de Ienakievo, située dans la région de Donetsk. Son père est lui-même métallurgiste dans l’usine de la ville et sa mère est infirmière. Le jeune Viktor commet ses premiers larcins à l’âge de 15 ans, lorsqu’il entre au collège minier. Il rejoint une bande de jeunes, Pivnovka, et se spécialise dans le vol de chapeaux et de montres (1). Il est arrêté pour la première fois en novembre 1967. Il est accusé de vol et condamné à trois ans de privation de liberté. Il est envoyé dans un camp de redressement pour jeunes délinquants, où il ne purge que 6 mois avant d’être libéré pour bonne conduite. En juin 1970, il est de nouveau condamné, cette fois à deux ans de détention, pour coups et blessures. Au cours de ces années passées derrière les barreaux, Viktor rencontre le chemin d’un personnage qui changera sa destinée, Rinat Akhmetov.

 

Rinat Akhmetov, l'éminence grise de Ianoukovitch
Rinat Akhmetov, l’éminence grise de Ianoukovitch

Aujourd’hui, Rinat Akhmetov est l’homme d’affaires le plus riche d’Ukraine, avec un capital estimé à 15,4 milliards de dollars, et se place dans les 50 premières fortunes individuelles mondiales selon le magasine Forbes (2). Cette fortune, Rinat l’a acquise alors qu’il était connu sous le sobriquet d’Alik Grek. Dans les années 90, Alik Grek dirige un clan de truands tatars de la ville de Donetsk. L’indépendance de l’Ukraine est proclamée en août 1991. En 1992, une guerre entre clans mafieux éclate dans les rues de Donetsk. La moyenne d’homicides de la région de Donetsk passe en 1992 de 50 par an à 6 par semaine…

Rinat Akhmetov, grâce à des méthodes expéditives, prend rapidement le contrôle de la ville et de ses commerces, et maintient le milieu politique sous une pression constante. Lorsqu’il décide de mettre la main sur le club de football du Shakhtar-Donetsk, il place une bombe dans les gradins lors du match du 15 octobre 1995 qui oppose les ukrainiens à Tavryia pour assassiner le président du club Akhat Bragin. Akhat décède, ainsi que de nombreux civils présents dans les gradins. Rinat investit alors dans des équipements coûteux et des joueurs d’envergure internationale avec l’intention du faire du Shakhtar-Donetsk un grand club européen.

Alik désire également investir les instances politiques de l’oblast de Donetsk. Pour cela, il fait appel à Vikto Ianoukovitch, qui est en contact avec les truands de Donetsk depuis ses séjours en prison. Dès 1997, Ianoukovitch devient gouverneur de la région, fort de l’appui de son protecteur. Le président, Léonid Koutchma, a conscience de mettre un truand au pouvoir mais espère réguler par ce moyen la violence déployée par le clan de Rinat (3). L’influence du clan d’Alik Grek sur l’univers politique ukrainien se manifestera non-seulement avec l’ascension de Viktor Ianoukovitch et du Parti des Régions, mais aussi par un soutien à Igor Merkulov, premier dirigeant du Parti Libéral d’Ukraine, qui apportera d’ailleurs son soutien à la candidature de Viktor Ianoukovitch au cours des élections de 2006. Merkulov sera d’ailleurs condamné le 25 août 2006 à Moscou pour une fraude dont le montant s’élèverait a plusieurs dizaines de millions de dollars (10).

 

 

La région de Donetsk, épicentre de la criminalité organisée ukrainienne, est située au Sud-Est du pays
La région de Donetsk, épicentre de la criminalité organisée ukrainienne, est située au Sud-Est du pays

 

Sous l’égide de Ianoukovitch devenu premier ministre en 2002, le clan d’Akhmetov prend une ampleur incroyable. Sur les 54 adjoints attachés au ministre, 47 sont originaires de Donetsk. De nombreux hommes politiques, comme Vassily Djarty, président du conseil des ministres de la République Autonome de Crimée sont issus directement du milieu du crime. Vassily, autrefois connu pour avoir pratiqué le racket armé d’une batte de baseball, a été au cours de sa carrière politique accusé de détournements de fonds et d’avoir organisé un trafic de voitures volées à l’échelle nationale. Sous son influence, la frontière polonaise de l’Ukraine devient assez poreuse pour permettre l’installation d’un passage vers l’Union Européenne de denrées diverses, telles que des produits stupéfiants ou encore des esclaves. Chaque année, près de 100 000 esclaves, dont la moitié de prostituées, transitent par l’Ukraine (1). Ce trafic a été placé sous la tutelle d’un dénommé Manusov, qui y a impliqué des pointures du crime organisé, comme Anatoly Bandura, qui sera abattu en 2005 parce qu’il refusait de verser sa part à Rinat (4).

Toujours grâce à Ianoukovitch, d’autres trafics se sont développés, dont un trafic de médicaments utilisés comme drogues. Ce trafic se déroule grâce à l’appui de Tiatiana Bakhteeva, directrice générale des syndicats cliniques et médicaux de la région de Donetsk devenue députée du Parti des Régions au parlement en décembre 2012 (3, 5). Les médicaments, Tramadol, Promedol et Méthadone, sont distribués à travers le pays, où les addictions se révèlent de plus en plus nombreuses.

Dernier exemple de l’influence néfaste du clan de Donetsk sur le pays, le cas de la région industrielle de Donbass. Les ouvriers métallurgistes et les mineurs de Donbass sont vingt fois moins payés que des ouvriers européens ou américains, trois fois moins que des ouvriers russes, et même moins que des ouvriers chinois ou sud-africains. Les installations sont vétustes et des accidents sont très fréquents, comme le samedi 11 mars 2000 dans la mine de Bakorkovo (6). Chaque année, entre 3 et 7 milliards de grivnas, soit plus de 220 millions d’euros, sont volés sur l’ensemble de la production industrielle de Donbass (3).

On se souvient également de l’affaire des hôtels ukrainiens qui, peu avant le lancement de l’Euro 2012, avaient doublé le prix des chambres, consciemment ou sous la menace de groupes armés qui avaient réquisitionné les établissements hôteliers de force, par exemple l’hôtel Slavoutitch (7).

L’ ex-premier ministre ukrainien Mykola Azarov a quitté le pays dès l’annonce de sa démission le 28 janvier. Il a aussitôt rejoint Vienne, où sa famille possède des investissements de plusieurs millions d’euros dans divers sociétés-écrans. Le président Ianoukovitch a lui-même eu recours à ce genre de manipulations, en faisant recours à une société nommée « Group-DF » (8). Peu après, le président a lui-même tenté de s’enfuir le 22 février en proposant un pot-de-vin aux responsables de l’aéroport de Donetsk pour laisser décoller son appareil, qui n’était pas en règles (9). Comme on peut le constater, le choix de l’aéroport n’a pas été confié au hasard, le président espérait sans-doute trouver dans cette ville le soutien du clan qu’il a nourri pendant sa présidence …

 

 

(1) Уникальная биография кандидата в Президенты Украины В.Ф.Януковича (Biographie unique du candidat à la présidence d’Ukraine V. F. Ianoukovitch) – Анатолич : http://censor.net.ua/forum/499671/unikalnaya_biografiya_kandidata_v_prezidenty_ukrainy_vfyanukovicha

(2) Forbes – Rinat Akhmetov : http://www.forbes.com/profile/rinat-akhmetov/

(3) Криминальная оккупация (Occupation criminelle) – Alexandre Boïko (2007)

(4) Genshtab – Anatoly Bandura : http://genshtab.info/Бандура,_Анатолий

(5) Бахтеева Татьяна Дмитриевна (Bakhteeva Tatiana Dmitrievna) : http://file.liga.net/person/660-tatyana-bahteeva.html

(6) Les Dernier Mineurs du Donbass – Max Hureau : http://www.regard-est.com

(7) Benjamin Bidder et André Eichhofer – La mafia ukrainienne fait monter les prix des chambres d’hôtels : http://www.courrierinternational.com/article/2012/04/16/la-mafia-ukrainienne-fait-monter-les-prix-des-chambres-d-hotel

(8) France 24 – Ukraine-Autriche : les liaisons dangereuses du clan Ianoukovitch : http://www.france24.com/fr/20140207-ukraine-autriche-paradis-fiscal-ianoukovitch-azarov-blanchiment-clan-famille-klyuev-firtach/

(9) Kim Hullot-Guiot – Où est passé Ianoukovitch, le président fuyard ? : http://www.liberation.fr/monde/2014/02/26/ou-est-passe-ianoukovitch-le-president-fuyard_983155

(10) Businessman Condemned for Attempt on Investments – http://www.kommersant.com/p699949/r_500/Businessman_Condemned_for_Attempt_on_Investments/

 

Autres sources:

 

Fondation Robert Schuman – Election présidentielle en Ukraine, 31 octobre et 14 novembre 2004 : http://www.robert-schuman.eu/fr/oee/0348-election-presidentielle-en-ukraine-31-octobre-et-14-novembre-2004

http://ru.wikipedia.org/wiki/Кушнарёв,_Евгений_Петрович

http://theinsideleft.com/shakhtar-donetsk/

T’as 30 ans et t’es au chômage ? Tu vas aimer La grande aventure Lego.

La grande aventure Lego, c’est avant tout pour toi, si tu passais tes mercredi devant Les chevaliers du Zodiaque, si tu buvais du Tang et si t’as vu les Goonies mille fois. En gros si aujourd’hui tu crames tes Assedic en achetant des magazines et des objets sur le net qui te rappellent ton enfance pour oublier que t’as 30 ans, que t’es au chômage et que, décidément, c’était vraiment mieux quand t’étais un môme sans responsabilité.

Sauf que t’as grandi, que la vie s’est installée, que t’as fini tes études (j’ai pas dit : t’as eu un diplôme, puisque sinon tu dépenserais pas tes Assedic de la manière évoquée ci-dessus). T’as eu une meuf, mais elle comprenait pas qu’au milieu de sa collection Sex & the city, y’avait des jeux de Super Nes auxquels tu jouais plus mais dont tu parlais avec verve et passion lors de tes soirées « Star Wars » avec tes potes. Bien sur, tu prends soin à chaque fois de préciser que tu ne regardes que la trilogie originelle parce que, franchement, Jar Jar Binks est une aberration dans le monde merveilleux de Georges Lucas.

Allez, avoue, si t'avais le choix, tu prendrais celle que tu peux remonter après l'avoir démonté.
Allez, avoue, si t’avais le choix, tu prendrais celle que tu peux remonter après l’avoir démonté.

Du coup, ta meuf en a eu marre, elle s’est dit qu’elle allait pas faire des enfants avec un enfant, ça ferait un peu pédophile d’autant qu’elle a pas la patience d’élever deux gosses alors qu’elle essaie de passer chef de caisse à Cora.

En gros, t’es encore un gosse. Et quand on t’a dit qu’il y allait avoir un film Lego, t’as pensé « jizz in my pants ». En plus dans la bande annonce, il y avait Batman.

BATMAN QUOI.

Ça t’a rappelé comment, le dimanche soir, tu regardais France 3 à 20h20 en attendant que Batman apparaisse sur l’écran. Et je suis d’accord avec toi sur une chose : de tout ce qui s’est fait sur le personnage depuis, le dessin animé Batman des années 90 est ce qu’il reste de meilleur.

Alors t’es allé à l’UGC, t’as mis ta carte dans le lecteur CB sauf que, comme t’es a découvert parce que t’as acheté la réplique du sceptre de Gandalf sur Amazon, ton paiement a été refusé. T’as sorti le billet de 20 euros de secours, celui que tu gardes plié en 8 dans ton portefeuille pour la fin de mois, où t’auras nécessairement et impérieusement besoin de :

– clopes
– shit
– bières
– kebab en rentrant de boite complètement bourré

Tu le donnes à la caissière qui te rappelle ta meuf, vu qu’elle est caissière, et tu pénètres dans la salle. Là, tu réalises que 80% du public est composé de jeunes enfants dont l’âge ne dépasse pas 8 ans. Ca tombe bien, tu vas voir que dans le film, les vannes sont écrites pour eux.

Tu t’assois au rang K, place 8 et une voix derrière l’écran t’invite à respecter ton placement pour le confort de tous. M’asseoir à la place P-14 ne va pas empiéter sur le confort de mon voisin, bande d’enculés va.

Le film commence, et force est de constater que c’est beau. C’est animé un peu à l’ancienne, avec des saccades dans les mouvements et tout, mais c’est beau. Et puis dès la 3ème minute, il y a une chanson. Tu comprends – si tu l’avais pas compris avant – que c’est donc un film pour enfant. Pour celui qui sommeille en toi, ou celui qui l’est toujours.

Au fur et à mesure du film, l’univers Lego déroule sous tes yeux, et t’as qu’une envie : aller acheter les bateaux de pirates et les fermes du Far-West au Toys’R’Us en sortant. Les vannes sont écrites pour les gosses. Un personnage tombe ? Ca rit dans la salle. Un personnage se fait mal ? devine ce qui se passe …

Si t'as aimé le film, Captcha Mag t'offre un superbe coloriage à imprimer. C'est tes crayons de couleur qui vont être contents !
Si t’as aimé le film, Captcha Mag t’offre un superbe coloriage à imprimer. C’est tes crayons de couleur qui vont être contents !

Et puis apparaît Batman. Et tu souris. Parce que, au bout de 45 minutes de film, tu commences à te sentir concerné. Et c’est le festival : Superman, Green Lantern, Gandalf, y’a TOUT LE MONDE. Y’a même des persos que t’avais quand t’étais gosse, genre l’astronaute des années 80. Et t’as les yeux mouillés. Parce que si les situations et les vannes sont écrites pour les gosses, les références ont été écrites pour toi, ce trentenaire chômeur qui vibre quand il entend les premières notes du générique de Star Wars. Et t’es heureux parce que d’autres gars, semblables à toi, avec les mêmes références, ont porté à l’écran ton rêve.

Un peu comme si un mec avait tourné du porno avec des meufs qui mangent du poulet frit.

Le film touche à sa fin, t’es heureux d’avoir vu tes héros à l’écran. T’as pas compris les vannes mais c’est peut être normal, vu que les seules qui te font marrer, c’est celles en anglais sur Twitter. Tu regardes Jimmy Fallon, que tu trouves être un génie, et tu te dis que décidément, ses auteurs sont des génies.

Sauf que, quand on te dit la même chose en français, ça te passe à côté du citron.

Tu ressors en te disant qu’il faut que tu le revoies en VO, mais avant, tu vas au Toys’R’Us acheter le vaisseau de Batman que t’as vu dans le film.

Il en reste un dans le rayon. Coup de chatte.

 

Tu vas à la caisse.

 

Paiement refusé.

 

Faut vraiment que tu trouves un job.

Femmes fatales, sexe et Blaxploitation !

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Nous sommes au début des années 70, à vrai dire dans la foulée du mouvement des droits civiques et au beau milieu d’une période de turbulences dans le mouvement radical du Black Panther Party. Il y a quelques temps déjà qu’un nouveau genre de film est apparu, un genre appelé « Blaxploitation », combinaison des mots «Black» et «exploitation», dans lequel acteurs et actrices noirs occupent les écrans des cinémas pour un public Noir ciblé. En raison de la nature des films – milieu urbain, sexualité exacerbée, usage de drogues et d’armes, proxénètes et prostituées – le genre est très critiqué pour exploiter et renforcer les stéréotypes sur les Noirs depuis que le cinéma indépendant afro a succombé face à la rapacité des producteurs hollywoodiens.
Malgré la désapprobation et le fait que Hollywood a supprimé le message politique pour rajouter la caricature, le genre Blaxploitation fournit à cet instant une source non négligeable de valeur culturelle de la communauté noire et de la culture populaire américaine dans son ensemble. Sans exclure le fait que le genre donne l’opportunité aux afro américains d’intégrer une industrie du film US jusqu’alors très hermétique et, chose non négligeable, de faire un maximum d’argent. Un apport culturel notable est aussi en train d’apparaître sous la forme de bandes sonores, grâce aux bandes originales de Sweetback’s Badassss Song, le film « Arty » de Melvin Van Peebles, de Shaft et Cleopatra Jones composées respectivement par Isaac Hayes et J.J. Johnson, ou Superfly (1972) écrite par Curtis Mayfield, film qui glorifie l’histoire d’un trafiquant de drogue de Harlem. Paradoxalement, le message dans la musique de Mayfield n’épouse pas le scénario du film, préférant dénoncer les dangers et conséquences de l’abus de drogues.

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Un cinéma super-macho révélant une femme à la fois fatale et forte.
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Assata Shakur du Black Panther Party

Révélant une nouvelle image de la puissance de l’individualité noire, la Blaxploitation est un cinéma destiné à un jeune public de mâles noirs doté d’un petit budget. Il s’agit donc d’un cinéma couillu, machiste, gorgé de testostérones … du moins jusqu’à l’apparition de Pam Grier. Ancienne miss Colorado venue au cinéma par hasard, Pam Grier se détache illico du rôle rétrograde de la « bitch » ou « hoe », censée refléter la hiérarchie qui existe entre les sexes au sein de la communauté afro, afin de portraiturer la première « femme noire fatale, indépendante et forte » du 7ème Art américain.
Sur l’écran, elle ne recule devant aucun sacrifice pour arriver à ses fins. Créature héroïque à l’énorme potentiel mammaire et à l’érotisme chargé, elle est capable d’actes d’une violence inouïe envers autant les gros bras sexistes du hood que les dignes représentants Blancs d’une société à la fois discriminatoire et corrompue. Tant de caractéristiques attribuées à Angela Davis, Elaine Brown ou Assata Shakur (photo ci-dessous), les figures de proues du Black Panther Party et d’autres mouvements de libération de l’époque qu’on dit être la source d’inspiration pour les personnages féminins de la Blaxploitation.

 

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Projetant le concept de « cinema of vengeance », intrigue quasi immuable du cinéma de Hong-Kong (cf. Shaw Brothers) qui fait autant fureur en Europe qu’au États-Unis, les films  de Jack Hill offrent à Pam Grier ses plus beaux rôles. Elle devient rapidement une icône des salles obscures qui venge sa sœur des dealers noirs dans Coffy (1973), qui émascule (toujours par vengeance) le Blanc dans Foxy Brown (1974) … Mais aussi celle qui organise à grands coups de glaive La Révolution Des Gladiatrices (1974), péplum métaphorique qui pousse Roger Corman à réviser l’affiche du film pour la distribution locale sudiste, métamorphosant la guerrière noire Pam Grier en femme blanche pour échapper au boycott.
En réponse au changement de ton et à l’attitude agressive des hommes noirs engagés dans une lutte effrénée à l’égalité sociale et économique, les mouvements de libération des femmes sont dans l’air du temps. A partir de là, vocations, corps sculpturaux, afro indéfrisable et jolis minois convergent et nombreuses sont les actrices noires qui émergent grâce à la Blaxploitation. Si elles jouent des rôles mineurs dans des films plus ou moins bien appréciés, Sheila Frazier, Carol Speed, Gloria Hendry, Brenda Sykes, Marlene Clark, Teresa Graves, Johnnie Hill, Juanita Brown, Lola Falana, Jeanne Bell, Tamara Dobson et autre Vonetta McGee, pour ne citer qu’elles, sont les vedettes hyper sexualisées de Jet, Ebony ou Playboy Magazine (pour celles qui conviennent aux canons de beauté du moment) avant de devenir les reines éphémères d’un genre cinématographique qui va connaître son apogée entre 1973 et 1975.
Entre temps, les groupes NAACP, Urban League et Southern Christian Leadership Conference se sont unis pour créer la « Coalition Against Blaxploitation » qui sera le principal facteur du déclin du genre Blax, jusqu’à son enterrement définitif célébré en grande pompe par l’économie de l’industrie du cinéma en 1976.

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Jeanne Bell

 

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Tamara Dobson

 

Le cinéma Blax et ses sous-genres : le film érotique & porno.

Autant l’ascétique Église noire a une forte tendance à amputer les corps de ses parties génitales, autant la Blaxploitation n’a aucun mal à enfanter des sous-genres :
Films de guerre, de prison, de kung-fu, péplums, westerns, horreur & fantastique, films de motos etc … mais aussi les films érotiques & pornographiques qui profitent de l’explosion de ce genre pour adultes pour percer. A l’instar du pinku eiga japonais (« cinéma rose » ou roman porno), la désormais Sexploitation s’autorise à peu près tout et n’importe quoi en terme de pratique sexuelle sur grand écran. Car, pseudo-acteurs (-trices) et réalisateurs (-trices) underground sont accrochés à leur rêves de chambard. Surtout depuis le succès phénoménal de Deep Throat, porno chic de 25000 dollars tourné en six jours qui fait fonctionner le tiroir-caisse des cinémas X à plein régime et va tantôt rapporter pas moins de 600 millions de dollars.

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Le premier film érotico-pornographique à bénéficier d’un éclairage « noir » en cette année  1970 est Africanus Sexualis (Black is Beautiful) de Matt Cimber, un réalisateur italo-américain du genre X qui va bientôt réaliser une petite série de classiques Blax : The Black 6 (1974), The Black Gestapo (1975), Lady Cocoa (1975) et surtout The Candy Tangerine Man (1975) qui oscille entre cabotinage pimp de Black Baron, gadgets « jamesbondiens » et fulgurances admirablement trashy – à noter que c’est film le préféré de Samuel L. Jackson.
Par sa représentation positive des Noirs, Africanus Sexualis (Black is Beautiful) obtient une jolie petite résonance dans la communauté afro américaine. Bien évidemment, d’autres réalisateurs vont s’essayer au genre porno Blax.
Particulièrement Herschell Gordon Lewis, le monarque blanc du genre gore qui tourne le mythique Black Love (1972), long-métrage financé par un propriétaire de salon de crème glacée qui désire tenter sa chance dans le domaine lucratif du cinéma sexy. C’est sous le pseudo « RL Smith » que Lewis filme ce qui est plus une « étude d’un des aspects importants de l’expérience noire » qu’un film porno au sens strict du terme. L’auteur ne faisant que survoler le territoire hardcore d’une façon très furtive.

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The Black Bunch alias Jungle Sex alias Super Sisters alias Vicious Virgins (1973) de Henning Schellerup raconte les mésaventures de quatre filles d’un village africain, seules survivantes d’un massacre effectué par des mercenaires, qui ont juré de se venger. Pour cela, elles séduisent des chasseurs de prime qui sont sur les traces du fils enlevé d’un millionnaire et utilisent les seules armes dont elles disposent : leurs corps …  Bref, une poche de diamants a été sciemment introduite dans un script aussi plat qu’une limande et, nihilisme underground oblige, quasiment tout le monde y laisse la peau à la fin.

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10Impossible de sous-estimer Lalieh (1974) de Barron Bercovichy considéré pendant longtemps comme le premier Blax-porn de la courte histoire avant qu’on découvre ceux qui l’ont précédé. Œuvre tutélaire également renommée pour le jazz & groove de la Bande Originale composée, produite et jouée par l’éminent drummer Bernard Purdie.
En 1976, Niva Rushell — actrice qui joue dans la scène d’introduction de Sweetback’s Badassss Song avec un jeune Melvin Van Peebles âgé de 13 ans — écrit et produit Tongue. Le film détone autant par l’originalité d’un script plutôt sophistiqué que par les scènes de cul non simulées. L’histoire tourne autour des problèmes sentimentaux d’un lascar afro-américain du nom d’Al Poe (Rf. à Allan Poe ?) qui vit seul avec une grenouille depuis que sa fiancée s’est évaporée dans la nature. Particularité du gars, il possède non pas un sexe, mais bien une langue d’une vingtaine de centimètres … Besoin d’autres détails pour imaginer le topo ?

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La même année, Hot Summer in The City de Gail Palmer signe la fin de la brève mais trépidante liaison entre Blaxploitation & pornographie.
Qualifié par l’esprit dérangé de Quentin Tarantino comme le meilleur film porno jamais réalisé, le scénario déviant de Hot Summer in The City met en scène un gang de militants noirs payé par des Blancs pour déclencher une émeute raciale. Pour cela ils ont kidnappé une jeune vierge blanche, la violent, lui imposent diverses tâches ménagères et jouent sa possession au poker. Finalement, les gars trouvent un terrain d’entente (le corps de la Playmate de Playboy de l’année : Lisa Baker), lui dévoilant avec sexe et détails la signification de l’expression en vogue des 60’s, cependant sur le déclin : « Black is beautiful » ! Un film fauché assez malsain qui renvoie à plusieurs lectures. Peut être plus fantasmagorique que raciste voire misogyne. A noter que Black Orchid, l’unique personnage féminin de race noire qui s’est immiscée dans le clan et tente de tuer Lisa Baker, est abattue sur le champ par un de ses partenaires afro …

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Les 10 albums rap français qui vont marquer 2014 : Bonus !

Alors d’abord il faut lire l’article complet ici.

Et ça, c’est le bonus, ceux qui ont été coupés au montage :

Sadek – Johnny Niuuum ne meurt jamais

Sadek n’est pas franchement le rappeur français le plus intéressant. Un premier album, pas mauvais, mais plutôt scolaire dans sa conception, quelques apparitions sur des compilations … Sadek sait écrire, sait rapper, mais peine à sortir de ses rails. Pourtant, lorsqu’il se lâche vraiment (91-93 feat Alkpote, Benef feat Zesau), on le sent capable d’aller plus loin et de martyriser le beat avec pas mal d’aisance. Johnny Niuuum ne meurt jamais pourrait être l’album qui lui fera franchir le cap en passant du statut de « peut-être futur bon rappeur » à « rappeur confirmé ».

Joe Lucazz – Album solo
et Buffalo Soldiers – Mixtape

2014 sera-t-elle enfin l’année de Joe « bonhomme de neige » Lucazz ? Après quelques mois passés derrière les barreaux, le boug semble déterminé à avancer dans le monde de la musique, et a annoncé une grande nouvelle pour tout auditeur de rap : l’arrivée prochaine d’un véritable album solo. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, une nouvelle mixtape de Buffalo Soldiers devrait aussi voir le jour cette année. ALLELUIA

Diomay – Le gaucher

On a surtout connu Diomay pour ses collaborations avec les ex-dream-teams Neochrome et IV My People. Mais le boug a aussi et surtout sortit 5 albums entre 2004 et 2010, ainsi que 13 (!!) mixtapes -en solo ou en collaboration- entre 2006 et 2013. Un mec productif (il compte également une cinquantaine de clips), donc, qui va accoucher d’un sixième album studio dans quelques jours (avec notamment Driver parmi la liste des invités).

Youssoupha, Kery James et Médine – La Ligue des fils de putes

Nan je déconne, je préfèrerais encore un nouvel album de Fababy. Au moins tu rigoles en regardant les chiffres de vente.

LIM – Violences Urbaines vol.4

En 1994, LIM a quatorze ans. Il rappe déjà depuis quatre ans, et participe cette année à la tournée des Sages Poètes de la Rue. En 2014, LIM a 34 ans, et n’a pas bougé d’un iota. Même discours fait de rue et de délinquance, même envie de rapper. Entre-temps, il aura mis près d’une vingtaines de CD dans les bacs, participé à une centaine de featurings, et vendu des centaines de milliers d’albums. Prochaine étape : un quatrième volume de sa série de mixtapes Violences Urbaines. Aucune surprise n’est attendue : ce sera du LIM, de Tous Illicites, et qui l’a aimé en 1994, en 1999, en 2004 ou en 2009, l’aimera en 2014.

Moïse the Dude – Vol.2

Après un premier volume salué par la seule critique qui vaille le coup d’être lue, l’homme à la tête de Screw récidive, et nous embarque dans la suite de ses aventures dudesques. Toujours smooth, mais moins désinvolte, le sosie non-officiel de Jeffrey Lebowski devrait une fois de plus prendre un malin plaisir à nous embarquer dans son univers si particulier, à mi-chemin entre Gainsbourg et Doc Gynéco. 7 pistes produites par Monkey Green, The Grissom, Pernini9000 et Joachim De Lux, disponibles fin mars/début avril sur la page bandcamp du boug.