Escobar Macson : loin des pulls à capuche, une sale crapule

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En 1992, Mac n’a que onze printemps. Et quand il pose pour la première fois le pied aux States, c’est d’un revers en pleine face qu’il est accueilli : une claque nommée Snoop ! Avant même Doggystyle, lui et toute l’équipe de Death Row viennent choquer celui qui deviendra Escobar putain de Macson !

Six hivers plus tard, le gosse a bien grandi, et suit les traces de Calvin Cordozar Broadus. Ses premières armes se font au niveau local : le projet Villeta Saga, compilation de rappeurs issus de Villetaneuse, et réunissant notamment Alibi Montana ou Alino, ne voit malheureusement jamais le jour. On prête alors à Escobar une comparaison peu judicieuse avec Oxmo Puccino : si le timbre de voix (pas encore tout à fait mûr) s’en rapproche, le style est radicalement différent. Macson n’est pas encore majeur, mais ses textes sont d’ores et déjà déconseillés à aux mineurs.

Un an plus tard, les choses accélèrent : signature chez Menace Records ! Le chargeur est surchargé, mais une boulette bloque l’automatique : un peu moins de dix-huit mois plus tard, Escobar annonce son départ. « Ça n’allait pas à mon rythme« , expliquera-t-il quelques années plus tard à Rap2k. Le boug est pressé, il a ses projets en tête, et veut les finaliser. Que les horreurs imaginées dans son cerveau puissent enfin se matérialiser, que le massacre à la tronçonneuse devienne massacre de beat.

On est déjà en 2001, et Tony Bamboula décide de s’entourer d’une équipe pour enfin débarquer dans les bacs, déblatérer et mettre des coups de battes. Drive By Firme est le nom que se donne le groupe : trois bougs du 93 (Esco, Rani et Jozahaf -ces deux derniers formant le groupe 3ème Degré-) et un du 77 (Awanza Cocaïne), encadrés par DJ Hamdi (95). Le produit ? Intifada, une mixtape, au sens premier du terme, puisqu’elle sort au format cassette ! La liste des invités donnerait presque mal à la tête : Casey, Movez Lang, Ol Kainry, L’Skadrille, Eloquence, Savant des rimes, AP, Samat … A noter qu’une réédition (format digital) est parue en 2012.

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« Negro, si tu kiffes pas t’écoutes quand même » : on sent le Macson Escobar déjà très affuté. En 2002, Drive-By Firme lance le maxi du groupe 3ème Degré, « Interdit aux batards« . Esco pose un couplet assassin sur le morceau « Mein Kainf » : « Touche mon clan, ça pue les funérailles« , « tout ce que j’ai retenu de la Marseillaise, c’est Aux armes, citoyens« . Rencontrant un certain succès d’estime, il est contacté par K-lybr (ex associé de Bayes chez Menace Records), et signe chez Calibre Records.

Son style est alors déjà bien défini : sec, crapuleux et violent, Escobar est le genre de mec qui découpe le beat à la machette. Sans fioritures ni mise en scène (« loin des pulls à capuche, une sale crapule« ), il débite crûment ses saillis, envoie de la punchline massive sans peur de se salir les mains. Les champs lexicaux prédominants ? La violence, évidemment (« j’me fais une écharpe avec tes boyaux »), la torture et l’amputation (« me montre pas du doigt ou c’est la machette, tu vas jouer du tam-tam avec les coudes »), l’argent sale (avec une prédilection pour les stupéfiants comme source de revenus : »investissements grâce aux sachets d’Amérique Latine« ), la vengeance et la damnation (« si je suis là c’est qu’il n’y a plus de place en enfer »« ). Mais Mac Jerry n’est pas uniquement violence : à l’instar d’un Despo Rutti, son africanisme est revendiqué et interrogateur (« la cause de la première guerre mondiale, c’est parce qu’ils se disputaient l’Afrique« ), et ses coups de têtes sont politiques (« me demande pas l’impossible, comme l’Iran sous une kippa« ) comme historiques (« tu parles de Napoléon en héros, mais quelle histoire mal écrite« ).

Priceless : Youtubeur américain découvrant le clip de Ghetto Guet Apens
Priceless : Youtubeur américain découvrant le clip de Ghetto Guet Apens

2004 est une année-charnière dans la carrière de Tony Bamboula, qui sort de l’ombre suite à sa rencontre avec Lalcko. Le morceau Ghetto Guet Apens se retrouve sur Sang d’Encre Haut Débit, la compilation du 45 scientific, et met une claque monumentale à bon nombre d’auditeurs. « Parfois il faut marcher avec le diable pour accomplir l’oeuvre de Dieu« , « Pourquoi faire les difficiles, à la naissance on vient à poil« , « Tu vas quitter ce monde comme t’es venu : sale, en hurlant, et arraché à la femme que t’aimes » … on pourrait quasiment citer chaque ligne du morceau tellement la punchline lui semble facile. La noirceur d’Escobar commence enfin à rayonner au delà des quartiers dans lesquels Intifada avait tourné.

Cette époque, c’est celle du chant du cygne pour le 45 scientific. Après la très faste période Mauvais Oeil – 45 scientific vol.1 – Temps Mort, l’écurie cherche un nouveau souffle. Sans Booba, mais avec les brillants Lalcko, Hifi, Keydj ou Mekhlouf, on se dit que le label peut survivre. Après un premier album de Hifi passé quasiment inaperçu, c’est donc au tour de Ali, tête d’affiche du 45, de sortir son solo. Escobar y apparait le temps d’un morceau, « L’Impasse« . Évidemment, le contraste avec le pieux Ali est saisissant : « j’ai envie de bé-ger, vite, ramène un sachet« . Une association de contraires qui n’est pas sans rappeler le duo Lunatic, et qui pousserait presque à rêver d’un album commun. Dans la même interview (abcdrduson, juillet 2006), Ali confirme, « il est clair que nous sommes appelés à faire des trucs en commun« , puis tempère, « pour être franc, je ne me vois plus retaper des albums en duo, non« . Difficile d’y voir clair dans les intentions et les projets du label.

Après une tournée (France + quelques dates à l’étranger) avec les membres du 45 scientific, Escobar pense enfin avoir trouvé le label qui lui permettra de lancer son premier album. Une fois de plus, le coche est manqué. Septembre 2006, Macson quitte donc le navire percé du commandant Geraldo. Deux mois plus tard, Résurrection, street-CD produit par Escobar et mixé par DJ Hamdi, est dans les bacs, sous l’égide du 45. Aucune promo, Esco lui-même n’était pas au courant de cette sortie ! C’est à n’y rien comprendre. D’autant qu’un album est annoncé ! « Du berceau à la tombe » est même visible sur les boutiques en ligne de la Fnac !

« Du berceau à la tombe’, c’est le titre qu’a donné à un de mes morceaux un espèce d’escroc appelé Laurent Geraldo. Ce soit-disant monsieur a voulu sortir derrière mon dos tout ce que j’avais enregistré chez 45 Scientific. Un de ces morceaux s’intitulait ‘Du berceau  la tombe’ et je l’avais fait avec Lalcko… Le mec, il n’est pas allé chercher plus loin. ‘Du berceau à la tombe’ ? Hop, hop, hop, ce sera le titre de l’album… Donc que les choses soient dites : l’album “ Du berceau à la tombe  n’existe pas, c’est virtuel. » (abcdrduson, octobre 2008)

Voila pour l’extra-musicale. Mais qu’en est-il du son ? Résurrection est un projet inégal, fait à 50% de remplissage à base d’interludes, d’extraits de films, et de freestyles radio. Pourtant, si on prend le temps de faire le tri parmi les 27 pistes, il y a de quoi se décrocher deux ou trois chicots. On voyage de 1998 à 2006, et des salves comme Résurrection, De l’argent ou du plomb, Rimes et tragédies, ou encore 3 voyelles et 4 consonnes raisonnent salement dans le crâne, comme un coup d’extincteur en pleine face.

Une fois de plus, Tony Bamboula confirme son véritable talent de punchlineur : « les poches vides, ça sert à rien comme les couilles du Pape » ; « Il faut que je prenne les devants pour pas qu’on me prenne le derrière » ; « Tourne ta langue sept fois avant que je la bouffe » ; « Le crime paie plus que l’intérim » … la liste est longue, très longue. Et si on regrette que le projet ne soit pas un peu plus condensé, on reconnait aux interludes et extraits divers le mérite de donner une cohérence à l’ensemble. De la cohérence dans un street-CD : Escobar fait décidément les choses comme personne.

En 2007, Mac Jerry continue à enfanter de sales rejetons, vaquant de compil en invitation, reprenant Le Crime Paie pour la compilation Têtes Brûlées 3épaulant Seth Gueko sur son street-album Patate de Forain, ou donnant la mesure de la compilation Self Defense (Driver), avec Lino l’année suivante.

Après la résurrection, 2008 est l’année de la Vendetta. Nouveau street-CD, à nouveau très cohérent, malgré un manque flagrant d’inédits. Escoputaindebar travaille son personnage hardcore jusqu’à l’aspect visuel, tronchonne ses instrus et tronçonne avec le clip de l’Introconneuse.

Quelques featurings côtés (notamment Lalcko et Seth Gueko), de nouvelles claques … encore une fois, le projet est solide, mais a le démérite de faire s’impatienter la fan-base grandissante du bonhomme. L’album est attendu, et annoncé pour l’année à venir. Il s’appelera « Esprit de clan« . Dans une interview pour l’abcdrduson parue en janvier 2009, il le présente même comme « quasiment terminé ».

Mauvaise pioche. L’album ne sort pas.

Mais quelle putain de malédiction poursuit Tony Bamboula ?

Comme une mauvaise habitude, c’est donc avec un street-CD qu’on retrouve Escobar Macson. Ou une mixtape, compilation, pré-album … en fait, on ne sait plus trop. « Un best-of » précise le rappeur dans une interview pour Passion Hip-Hop. On se retrouve donc avec huit morceaux déjà connus (Mein Kainf, Lettre anonyme …), agrémentés de 4 inédits (2 solos et 2 feats : Alpha 5.20 et Dosseh), et d’un remix (Fripouilles et billets sales – l’originale provenant de la BO d’African Gangster). On apprécie les inédits, mais on se demande si la carrière du Villetaneusien ne commence pas à sentir le sapin. De mixtape en best-of, on est en 2010, et douze ans après ses premiers pas au micro, le rappeur n’a toujours pas sortit d’album.

Depuis, on continue de le croiser ci et là, au détour d’un featuring, comme sur la compilation « Département 93« , en featuring avec Despo Rutti : Qu’est ce que tu racontes ? Il trouve même le temps de balancer quelques classiques instantanés, comme cette grosse saveur, Esprits Crapuleux, avec Lalcko et Despo (une association fructueuse) :

Faisons une fleur à Escobar, et ne parlons pas de sa participation à Rap Contenders en tant que membre du jury. Parlons plutôt de l’avenir, puisqu’un nouveau projet est dans les startings blocks : Red Business, « pré-album » composé d’une dizaine d’inédits, devrait être disponible très prochainement. Prévu à la base pour la fin d’année 2012, Red Business est surtout un moyen de préparer le terrain en attendant l’album. Dernier Hold-up est quasiment terminé, et il suivra de très près la sortie du pré-album.

Alors bien sûr, ce n’est pas la première fois qu’on nous annonce un album d’Escobar Macson « presque terminé » et « sur le point de sortir ». Mais cette fois, c’est sa propre structure (Makila Mizik) qui gère les bails. On sait le bonhomme déterminé, et une fois les derniers détails juridico-administratifs réglés, rien ne devrait l’empêcher d’envoyer les bastos. On attend ça depuis bien trop longtemps, et on a peu de doutes sur la qualité du produit fini, qu’on imagine déjà violent, efficace et sans concessions : le dernier hold-up parfait.

« J’veux voir des rappeurs à l’hosto »

Black Dave : Bronx Skater devenu Rappeur de Harlem.

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Davon « Black Dave » Willis est né dans le Bronx il y a 21 ans, mais il vit actuellement à Harlem avec sa mère. Skater virtuose du Bronx de sa prime enfance, il est devenu ce rappeur harlémite en devenir à la faveur d’un premier single : « On Tha Map ».

Physiquement poussé à franchir les frontières fortifiées des quartiers historiques de la ville sur sa planche à roulette, son esprit, lui, s’est émancipé depuis qu’A$ap Rocky a donné le ton en ce qui concerne l’influence sudiste sur le rap new yorkais. 2Oui, la tendance se confirme : le ver des champs est dans la Grande Pomme… Surtout que Grandmilly de The Lost Island (NY) a sauté le pas. Pas de géant, mais aussi bandana de soldat et Black Magic pour ce nordiste bon teint qui, en s’affiliant avec le Raider Klan de Spaceghospurrp, a éprouvé l’irrépressible besoin de faire sauter le verrou de la crispation Nord/Sud.
Même s’il a grandi avec Dipset, Roc-A-Fella, The LOX, Terror Squad, Wu Tang, Murder Inc et G-Unit, il y a ce petit vent chaud venu du Sud (UGK et 3-6 Mafia) qui souffle par intermittence dans la tête bien remplie de Black Dave. Petite bourrasque sous un crâne devenue tornade depuis l’ouverture des gigs des Juicy J, OG Ron C et Project Pat qui ont eu lieu il y a quelques mois à Big Apple.

Déjà, son premier effort BLACK DONALD TRUMP (2012) posait les jalons de ce qui allait vite devenir STAY BLACK, petite liste de 14 cuts qui l’a instantanément installé sous les feux des projecteurs. Meech de Flatbush Zombies, D-Stunna, le chicagoan Lil Mouse & d’autres, des obscurs, sont venus étayer ce projet de facture assez classique, finalement séduisant. Son récent clip « Bucket Low (F*ck It Tho) » est l’exemple type de ce que New York peut de temps à autre bâtir en terme de rap actuellement. Boucle screw, flow luciférien made in M-town, paresse emblématique du beat, du coup Black Dave fait bien mieux que coller à l’air du temps, il a du style, de bons lyrics et maitrise remarquablement son sujet.

Sempiternels flics véreux et récent modèle de menottes en plastique emprunté à la culture  SM hantent le Boom twist de Dave. Lequel, agrippé à son glock, profite de « Free BK » pour ressusciter la harangue anti-cop de N.W.A., concept en aucun cas avarié du plus « dangereux » West crew des années 90.
Justement, mis en orbite par le Remix languissant de « Boomin N Zoomin » « Dangerous », explicite et menaçant à souhait, prévient quiconque osera s’aventurer dans la mythique « Danger zone » (Intersection de Lenox Avenue et de 139th West) — quartier de prédilection du fils du diable de Harlem, feu Big L.

La signification de STAY BLACK d’après Black Dave ?
C’est sans conteste « Muthafuck ! My Ennemies », mais aussi « Bitch Nigga Why You Fake » C’est à dire rester vrai envers soi-même, et par conséquent poser ses raps sans accorder la moindre attention aux vilipendes aboyées par la race des aigris, des haineux.
Que dire de plus en ce qui concerne STAY BLACK ? Rien, sinon pari tenu, pari gagné !

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Jean Gab1 – Sur la tombe de ma mère

On va pas te raconter le destin tragique du petit Charles une fois de plus : tu le connais déjà. Il ne se passe pas une interview, une intervention télé, un article, sans que ces pédés de journaleux se sentent obligés de remuer le couteau dans la plaie de l’orphelin Gab1. Sa vie, tu la connais dans les grandes lignes. Le boug en a même fait un album.

Alors passons, et parlons littérature. Le titi parisien est fidèle à lui-même jusque dans la tournure de ses phrases : Audiard aurait pu ghostwritter Sur la tombe de ma mère sans le moindre mal. T’as déjà entendu jacter Gab1 ? Transpose sa prose à l’écrit : grosso-modo, qu’on parle de bouffe, de donjon ou de gazelles, le vocabulaire est fleuri : « La spécialité maison s’appelait la soupe de guerre einthof, bouillon clair, morceaux de gras et de chou. A bouffer, c’était du velours, à chier, de la soie.« 

MC-Jean-Gab1-Booba-La-Fouine

Résultat ? Cette sauce littéraire se dévore comme un bon dialogue Gabin-Ventura. Ça glisse de la première à la dernière lampée, et une fois le plat terminé, on en redemande. Il faut dire qu’au delà du style -qualité première du bouquin-, les péripéties de l’emmerdeur numéro 1 du rap français sont palpitantes. Alors, certes, on ne sait pas si tout s’est réellement passé comme dans le bouquin, si certains passages ne sont pas romancés, si certains détails ne sont pas arrangés. Mais au final, on ne se pose même pas la question. Du petit larcin aux braquages par dizaines, du marron dans les dents aux fusillades en pleine rue, on suit l’ascension d’un mec aux casquettes multiples, tour à tour voleur, receleur, braqueur et proxénète (un métier qui lui déplait au plus haut point et qu’il délaisse très rapidement).

1347131383_mc_jean_gab_1Il y aurait de quoi faire deux ou trois films sur les aventures du Ptit Charles. Si un réalisateur s’attelait à adapter Sur la tombe de ma mère, le résultat pourrait être extraordinaire. Mesrine passerait presque pour un petit délinquant à côté du Gab1 conté ici. Lorsqu’il est emprisonné en Allemagne, il semble même jouir des mêmes privilèges qu’un Ray Liotta dans Goodfellas. Bordel, foutez-moi un Scorsese derrière la caméra, le résultat sera grand, d’autant plus en considérant la prose cinématographique de l’auteur. Pour les dialogues, rien à envier à Audiard : Charles enchaine les punchlines avec encore plus d’aisance qu’un Despo ou un Lino : « Le Rapha était pédé jusqu’à la moëlle mais il valait mieux pas essayer de l’enculer.« . En prison, au sujet d’un passeur : « Si j’avais mis Misha à ma botte, ce n’était pas juste pour la capacité de son cul. » De la punchline qui se retrouve jusqu’aux titres de chapitres : South Side Pussy, Gangsta Reich, ou encore Les vertus de toujours frapper le premier.

Certains passages sont paradoxalement aussi durs que drôles, la faute à un Gab1 qui semble ne jamais rien prendre au sérieux, aidé par son phrasé légendaire. Les viols en prison ? « Certains avaient de bonnes dents, mais il y en avait toujours un pour leur casser les chicots afin que sa bite puisse entrer. » La perte de l’amour de sa vie ? « La rupture avec Pepito me faisait si mal que je somatisais du tarin toute la journée, j’en avais même attrapé un ulcère aux couilles. » Le boug se permet même de déconner sur sa double-tentative de suicide manquée.

Quand y’en a plus, y’en a encore

Une fois les péripéties de type braquage-prison-bicrave passées, on en redemande. Et Gab1 n’est pas avare en paroles ! La dernière partie du bouquin est consacrée au rap et ses alentours. De Joeystarr et ses consommations de coke à ODB, à qui Gab1 a collé une droite, tout le monde y passe ! Gab1, qui cherche presque à se justifier de s’être lancé dans la musique (par moments, on a l’impression qu’il n’assume pas vraiment d’être devenu rappeur), nous raconte dans un premier temps comment il est entré dans ce monde … en projetant d’enlever puis rançonner les Rita Mitsouko ! Parmi une foule d’anecdotes, on apprend aussi que « 33 comme l’autre » a été le premier morceau écrit de l’album « Ma vie », ou encore que la première version de « J’t’emmerde » durait dix minutes.6db74faf01df1ea24a8d8646d9c0652b7c5e5098.png

Des drames, du rire, des ragots sur les rappeurs, de l’action, des fusillades … il ne manque pas grand-chose à Sur la tombe de ma mère. En plus de nous proposer une biographie riche et rythmée, Gab1 se permet aussi quelques très bonnes réflexions de nature sociale (notamment sur le thème « tout le monde peut s’en sortir, aucune citée n’a de barreaux). Et, cerise sur le gâteau, comme dans toute bonne autobiographie, on en apprend pas mal sur la personnalité de l’emmerdeur numéro 1 du rap-jeu. Notamment sur le fait qu’il soit … un putain d’emmerdeur : « J’ai toujours pensé que si j’arrivais à gâcher la journée de quelqu’un, c’était une journée de gagnée pour moi. Aussi, chaque jour, opiniâtre, je m’y employais.« 

Une faculté innée à emmerder le monde, qui nous réserve quelques passages hilarants : « Un gars du Mozambique, qui ne parlait pas un mot d’allemand, désespérait d’écrire une lettre à sa meuf. N’écoutant que mon bon coeur, je m’improvisai écrivain public. Le frère était à la peine, et moi un sentimental, alors j’écrivis ceci  : « Salut ma chatte, maintenant je te déteste, tu n’étais qu’une grosse blanche avec des yeux bleus, quand je te baisais, je pensais que tu étais un cochon. Ne m’écris plus, je ne veux plus rien savoir de toi. Signé : ton gros zob noir. » »

Gab1, crois-moi, ton bouquin a un seul défaut : il a une fin. On voudrait que ça ne finisse jamais, qu’après le dernier chapitre, il y en ai encore un, ne serait-ce que quelques pages. Un peu comme à la fin d’une bonne série tv, tu payerais cher pour une saison de plus, ou juste un épisode-bonus. On relit les dernières phrases avec une interrogation : franchement, en 2013, après des décennies à mener l’existence que tu nous contes … bah tu dois bien te faire chier.

Allez, faut conclure. Une dernière pour la route : « S’il y a une vie après la mort, je souhaiterais revenir sous la même forme, pour commencer à déconner plus tôt, et buter mon père par précaution.« 

Pour l’acheter : Amazon / Fnac

Pour votre santé, mangez 5 Swag par jour (+ Jeu-Concours)

RENDEZ-VOUS A LA FIN DE L’ARTICLE POUR UN EXTRAORDINAIRE JEU-CONCOURS AVEC UN EXTRAORDINAIRE LOT A GAGNER

Quand Genono me propose d’aller à une soirée/expo sur « Lil B et ses potes » je me préparais à une avalanche de WOOP WOOP SWAG, de freestyle rares et basés, et autres patates dans la figure . Ni une ni deux je ruinais une paire de vans blanche pour faire honneur au Basedgod, mais il était déjà trop tard quand je me suis aperçu que cette soirée à la Favela Chic était plus qu’un regroupement d’hipsters tatoués scandant les vers du Petit Boss en transe.

CARTOON & CEREAL est une soirée organisée par Paul Seul du label Midnight Trouble et Claude Money du collectif Neue. Neue est composés de deux artistes intéressés par la culture rap internet tout comme leurs amis True Chains qu’ils avaient inviter pour l’occasion. En témoignent leurs dessins et photo sur Tumblr. Mais ils quittent aussi leurs feutres pour faire des Mixes. »

C’est donc armé d’herbes médicinales et d’une liqueur à la couleur du ciel que je me suis rendu à cette soirée Cartoon & Cereal.  On arrive donc dans une entrée décorée de dessins, collages et gravures. Armé d’un iPhone d’une génération archaïque aux mégapixels éreintés j’ai réussi à vous prendre quelques photos :

 

Le #GIRLTIME du chef de secte Lil B
Le #GIRLTIME du chef de secte Lil B

Un petit carnet de dessins et collages se place au milieu d’une sorte de fresque d’écolier laissant place au fan des ciseaux à bouts ronds, au drogué qui sniff le pot de colle Cléopâtre (on vous connait !) et au futur tatoueur avec des pyrogravures des tatouages de tes stars préférées Lil B, Riff Raff et Gucci Mane.

AK, Weed et Cornet de glace
AK, Weed et Cornet de glace

Et si t’es pas content tu peux compter tes billets verts avec Z-Ro, ou mater des boules opulents.

Cats and stacks
Cats and stacks

 

Bad bitches quelconques
Bad bitches quelconques

Après avoir passé un restaurant qui faisait très cantine, je m’assois près du bar à une table type forêt aux  lueurs violettes afin de siroter mon verre sur les beats du Jeune Chop, en effet la salle est rythmée par nos copains (et copines) de Chiraq. On passe les gros bangers, I Don’t Like, Val Venis, et même un retour au rap français avec Kaaris et son Zoo, sur une transition assez douteuse. Autour de meufs en legging Air Max et autres hipsters à casquette Supreme je secoue frénétiquement mes bras sur du Ocho Cinco ou encore un remix de Clique. Les gens se connaissent, c’est une sorte de microcosme émissaire du rap de l’Illinois en France qui secoue sa tête sur des productions entêtantes créées par des noirs à fines dreads.

Au moment de partir, je passe devant un mur rempli de faciès du Gucci Mane, pour finalement me faire achever par un Guwop chauve et un boulard abstrait.

Bold  Gucci is Best Gucci
Bold Gucci is Best Gucci
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Au final comme me l’avait dit un des organisateurs l’expo était plus un prétexte pour passer un bon moment entre potes qu’un truc bobo sérieux. L’ambiance était bonne et sans prétention, TOLD THAT BITCH GIVE ME HEAD, OCHO CINCO !

BONUS :

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Le concours

A gagner : un exemplaire collector du fanzine photo « genre photo porno vendu sous la ceinture », crée par les organisateurs de la soirée. Exemples de tofs (d’autres sont dispo ici) :

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Modalités du concours : Le vainqueur sera celui qui nous enverra la meilleure photo lol-nazie (exemple ci-dessous). Google images sera votre allié le plus précieux, sont acceptés toutes les photos contenant des chiens avec une moustache de Hitler, des photomontages de Morsay avec une croix gammée, et autres loufoqueries hitlériennes.

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Un magnifique exemple

 Où envoyer vos photos : Soit par mail : admin(at)captchamag(point)net ; Soit via twitter, en mentionnant : @captchamagazine et @st_neue

A vos nazis !

 

 

Captcha se met sur son 31 pour la remise des Gandins du Rap !

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Ne me parlez pas de la dégaine de Lil’ Wayne, encore moins de celle de Soulja Boy… gimmicks vestimentaires d’éternels ados qui se la racontent swaggy sous couvert d’être d’impitoyables hommes d’affaires. Nul doute que le code génétique du rappeur est devenu plus équivoque. Je ne comprendrais jamais un MC qui veuille devenir le Lil’ Wayne d’après l’an 2000. Même s’il parle de drogues ou de fesses, Wayne est devenu une sorte de robot androïde du bling sous Prozac, un gars qui a définitivement laissé le côté homérique du rap au vestiaire… Wacka, quant à lui, avait le potentiel, mais il s’est avéré qu’il était un agneau déguisé en loup.

En fait, il fut un temps où le producteur/rappeur ne simulait pas. Il avançait à découvert, le gilet pare-balles sous le veston, la bible ou le coran sous le bras et voulait à tout prix ressembler à Marlon Brando du Parrain, à Al Pacino de Scarface, à Paulie Cicero des Affranchis…

Se dégageait de lui cette persévérance souvent mortifère à s’élever du bourbier. Se manifestait ce devoir impérieux de rallier coût que coûte cette îlot argenté ou terre promise perdue au beau milieu d’un océan d’arrivisme et de brutalité crasse, qu’il allait falloir traverser à la rame pour entrevoir soleil et palmiers.

2Vu la brièveté promise à sa vie, le rappeur/producteur n’hésitait jamais à crever sa tirelire afin d’achalander à prix d’or son vestibule, bravant du coup des siècles de spoliation, des lunes d’infortune : « Dis moi ce que tu portes sur toi, et je te dirais qui tu es ! » rappait-il alors, voix grave et morgue pleine.

Or, tous savaient pertinemment qu’aucune fille ne s’est jamais plainte de l’infinie douceur de la cravate en soie qui file entre ses cuisses, de la froideur polaire de la Rolex qui cours impatiemment dans le creux de ses reins, encore moins du bout incandescent du Bolivar Gold Medal qui sait, bien mieux que son effluve vaginale, parfumer la jungle luxuriante de son triangle d’or.

« C’est ton Gat que je sens, chéri, ou bien tu es en joie ?» interrogeait-elle, suffoquée par la consistance de son calibre en acier trempé, avant d’entamer une sarabande à trois à laquelle était conviée, lui, elle, mais aussi l’ange Gabriel tatoué sur son dos glabre de MC/producteur tout-puissant.

Bon, j’arrête d’extrapoler. Il est temps de distribuer les Gandins du rap, comme d’autres distribuent les Molières, d’autres les baffes, certains autres, les prospectus etc – Liste non-exhaustive ça va de soit !

GANDIN DU RAPPEUR QUI RAPPE (TOUJOURS) : SCARFACE.

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A le voir ainsi endimanché et titiller son barreau de chaise, il ne fait aucun doute que le boss du Grand Sud, le caïd de Houston, c’est bien Scarface et nul autre. D’autant plus qu’il est celui qui a pavé la route, et qui, micro en main ou pas, leur a tout appris ou presque à ceux qui (depuis) rappent ou le plus souvent, chuintent. Le jour où, épaulé par les deux machiavels nordistes, Jay-Z et P. Diddy, T.I. s’est auto proclamé « King of The South », cézigue s’est écrasé. Il a laissé le pseudo monarque d’Atlanta et son soldat Lil Flip se dérouiller, sachant que la vérité finirait un jour par émerger de la boue. Depuis, T.I. a sorti quelques titres, bon nombre de bluettes, des albums dont tout le monde se fout. Scarface, lui, a toujours répondu présent, sortant des projets indispensables, des classics inaltérables, comme d’autres sortent leur toutou pour le faire pisser, c’est à dire sans trop de vagues, sûr de son fait. Il est à tout jamais le boss de la rime, le big boy du Geto, je vous dit, le Gandin du rappeur qui rappe est pour lui !

GANDIN D’HONNEUR : MASTER P.

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Encore fallait-il que le SON de son No Limit de label rapporte du blé. Bref, qui dit SON dit de la bonne avoine pour bétaillères mais aussi cette imagerie sans laquelle le rap n’est rien. En s’attaquant brutalement au concept, Master P avait déjà tout compris en 1995, les autres, les Cash Money, Maybach Music et consorts n’ont fait qu’appliquer l’implacable recette du tank doré. Le jour où P a échangé sa casquette à l’envers contre un costard, il était devenu l’une des grandes fortunes de son pays. Pas moins. Puis, il s’est comporté comme tous ces parvenus du hip hop des années 90, à négligé de payer ses artistes et producteurs, enfin, de fil en aiguille, encornés par le pugnace Pastor Troy, sa crédibilité et son compte en banque ont fondu comme neige au soleil. Qu’importe. Lorsqu’en Alabama, en Floride en passant par le Tennessee vous évoquez le nom du plus grand producteur de tous les temps, tous à l’unanimité clament le nom de Master P.

Grâce à lui, beaucoup ont appris qu’un label est plus exigeant qu’une fille, qu’il faut le bichonner sans cesse et ne jamais lui tourner le dos…

Gandin d’honneur donc pour Master P !

GANDIN DE POCHE: Mr POOKIE

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Mr Pookie est de Dallas Qui dit dallas dit la ville de JR Ewing, suppôt télévisuel du Bushisme en devenir made in Texas, chef réaliste de l’entreprise pétrolifère qui sévissait dans la série américaine éponyme des 80’s où on n’apercevait jamais aucun Noir, ni le moindre Latino. Rien de neuf sous le soleil sudiste en ce qui concerne le cinéma US. Déjà en 1958, King Creole, long-métrage musical de Michael Curtiz (starring Elvis Presley) déambulait pendant 116 minutes dans les rues et les clubs de la Nouvelle-Orléans, ne montrant jamais ce qu’Hollywood avait décidé de bannir de la pellicule tournée dans une ville composée à 75% d’afro américains.

En ce qui concerne le rap, Mr Pookie avait la dégaine, le flow, son album Tha Rippla (2000), un hit régional en béton Crook For Life, mais n’a jamais confirmé les espoirs fondés en lui… too bad !

Rien que pour ça, je lui décerne le Gandin de poche

GANDIN A PERPETE : BIG LURCH

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Antron Singleton alias Big Lurch a débuté son périple au sein de Cosmic Slop Shop, trio rap qui faisait dans le hippie/crunk hip hop (Da Family 1998) du côté d’Oakland.

En 2002, Big Lurch est incarcéré pour cannibalisme. Les raisons ? Il est accusé d’avoir dévoré certaines parties du corps de sa colocataire après après l’avoir estourbi, acte commis sous l’emprise de la Phencyclidine, drogue qu’il prenait couramment afin de calmer les douleurs persistantes dues à un grave accident de voiture survenu en 2000.

En 2004, le notoire label Black Market décide le soutenir en réalisant It’s All Bad, le dernier dernier projet de Lurch à ce jour. Gadin ou pas Gandin ? Telle était la question que posait la pochette de l’album… Métaphore shakespearienne ambiguë, avec un Big Lurch arborant costard funéraire, chapeau de croque-mitaine et crâne humain de circonstance, qui allait pousser la mère de la victime à intenter un action en justice envers Black Market Records.

Depuis, Big Lurch purge sa sentence à vie dans divers pénitenciers de Californie.

Nul autre que lui mérite le Gandin à Perpète !

GANDIN « PIMP » : PLAYA G

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Gerald Jenkins alias Playa G est de Memphis. Sa dégaine casquette à damiers et bretelles faisait mal en 1996 en couverture de Pimp Shit, opus axé sur la manière de vivre dans la clandestinité du ghetto à Memphis, mais tout autant sur « comment parler aux filles afin de les séduire, sous couvert qu’elles ne vous refusent plus jamais rien ». J’ai pas mal appris en écoutant Pimp Shit, peu sur les filles, soit, mais l’essentiel sur Memphis et sa culture pimp.

A Memphis, le pimp rap n’exprimait rien d’autre que cette filiation avec la funk moite que les maquereaux écoutaient en boucle dans leur rutilantes poubelles pendant les années 70, attendant que leurs poules, le cul chauffé à blanc par les passes successives, ramènent le butin avec en guise de remerciements torgnoles, mais aussi délicatesses.

8Ball & MJG en ont fait leur cheval de bataille, Playa G et DJ Nite en ont fait un seul et unique monument du genre.

J’associe la fille qui pose ici (back & front) à la remise de ce Gandin « Pimp » enlevé d’une courte passe par Playa G.

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GANDIN DE PLATINE A TITRE POSTHUME : PIMP C

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Le jour où Pimp C est mort, c’est à chaudes larmes que l’immensité du Grand Sud a pleuré sa perte. En fait, bouquiner la vie de Pimp C, c’est un peu lire la vie de Jésus, mais noir. La vérité est que Pimp C est biblique ! On peut tourner et retourner sa biographie dans tous les sens, difficile de trouver quelque chose à lui reprocher à feu Chad Butler.

Sens de l’éthique et du devoir, droiture de tous les instants, pourfendeur de la rime riche, brillant porte parole du ghetto à papa, Pimp C véhiculait la poésie terriblement épique des Black ou bien Willie Dynamite, héros « pimp » de la Blaxploitation, devenus icônes rap par atavisme.

Et puis, il y a cette mort subite, cependant parfaite, dans un sommeil plombé par le sirop pourpre… sans jamais avoir baisé les pieds des nordistes qui ont mis des lustres à accepter sa colossale influence.

Bref, Gandin de platine à titre posthume pour C. #RIP

GANDIN DU MEILLEUR ESPOIR : KEVIN GATES

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Kevin Gates est né à la Nouvelle-Orléans, ça aide.. Puis, il a déménagé à Baton-Rouge, ça aide aussi quand tu t’es fixé cet objectif à risques qui est de devenir un rappeur au pays des alligators à la mâchoire sertie d’or!

Très imprégnés par le côté mélodramatique légué par les mentors de la ville (Lil Boosie, Young Bleed, Max Minelli) il y a beaucoup de diversité dans les raps de Gates… Mixtape bâtie autour d’un des personnages les plus violents du Parrain interprété par Lenny Montana, The Luca Brasi Story déroule son gumbo mercenaire, très riche en mélodies, décors variés, vulnérabilité, intégrité, thug lyrics, club banger, avec toujours la rue comme canevas…

« In a rain storm in the blizzard, expressing all of my feelings

Paps never took me serious, Mama never wanna listen,

Stomach hurting, my pockets empty, how dare a nigga wanna tempt me,

In a dark room, all prayed out, ain’t never sat in no Bentley. »

Gandin du Meilleur Espoir pour lui !

Critique ciné : The Hole

Écrire des films d’horreur tout public ? C’est là le défi qu’aura essayé de relever Joe Dante tout au long de sa carrière. C’est une nouvelle fois la contrainte qu’il s’est imposé avec la réalisation de The Hole ; contrainte qu’il lui aura souvent permis de se transcender …

The Hole raconte l’histoire d’une famille monoparentale, composée d’une mère et ses deux fils, emménageant dans une petite ville de banlieue. L’un de ses deux garçons est un enfant, l’autre un ado. Lucas et Dane – les deux fils donc – font rapidement la connaissance de leur voisine, ayant approximativement l’âge du plus âgé, qui flashera d’ailleurs très vite sur elle. La bande découvre un trou sans fond dans la cave des nouveaux arrivants.

On comprend assez vite que ce trou va faire ressortir les plus grandes peurs de ces jeunes. On alterne ensuite les séquences de groupe, dans lesquelles les personnages vont tenter de comprendre ce mystère ; avec des séquences plus axées horreurs dans lesquelles les personnages devront affronter leurs phobies. Le tout est bien mené, les parties aventures sont prenantes, on a nous aussi envie de comprendre ce mystère, malgré des personnages un peu insipides, et pas forcément bien incarnés … Les séquences d’horreur sont aussi bien maîtrisées, grâce à une bonne gestion du montage et de la réalisation.the-hole-still-5

La narration reste assez convenue, et il est vrai qu’on est assez déçu lorsque Dane vient nous expliquer très clairement le principe du film. Toujours difficile d’avaler le fait qu’on nous prend pour des cons incapables de comprendre les enjeux d’un scénario … D’autant plus que l’on saisit assez rapidement quelles sont les peurs de l’adolescente et du jeune garçon. Pour les esprits tordus comme moi, la phobie de l’adolescent semble elle aussi assez évidente : il a peur de la pénétration (quoi de mieux qu’un trou pour symboliser ça ?). Et c’est là que le film surprend !

J’éviterais de vous raconter le dénouement mais le film prend une toute autre tournure, et l’on comprend que The Hole est en fait un film sur le poids des blessures enfantines, et la nécessité de les affronter pour évoluer. Ce fameux dénouement comprend quelques très belles idées visuelles, et d’autres plus moyennes, notamment à cause d’effets spéciaux un peu cheap.

Bon tant pis, il n’y aura pas de cul. Malgré tout, The Hole reste un bon petit divertissement, bien exécuté, avec sa part de surprises. Il est toujours intéressant de voir des réalisateurs jouer avec les contraintes pour le bien de leur œuvre, et on peut dire que sur cet aspect là, Joe Dante est admirable.

Faut-il attendre quelque chose du nouvel album de Seth Gueko ?

A quelques semaines de la sortie de Bad Cowboy (dans les bacs le 6 mai), Seth Gueko en a livré hier un troisième extrait. Décevant à plus d’un titre, Bulldozer est l’occasion de se poser la question : faut-il attendre quelque chose de ce troisième solo du Gueko ? Lire la suite « Faut-il attendre quelque chose du nouvel album de Seth Gueko ? »

Kaaris, l’univers et ma bite

On va pas introduire le bail pendant 107 ans, y’a quelques jours on a reçu le message suivant : « Salut Captcha Magazine, je m’appelle Thibault et je suis étudiant en Lettres à Paris (1). J’ai écrit sur le mode de la dissertation – avec un ton assez « scolaire » et une approche classique – quelques paragraphes sur le rappeur Kaaris. Si vous trouvez l’idée cool,le côté analyse littéraire d’un rappeur, dites le moi et je vous enverrai le texte.« 

Et ouai l’article est pas dégueu, donc on vous le publie tel quel, sans se faire chier avec une quelconque mise en page.

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Sujet 1 : dissertation (4 heures)

Vous discuterez du sujet suivant :

Kaaris, l’oeuvre et l’artiste

L’usage de la calculette est interdit

Dans la peste de Camus, le spectre terrifiant de la maladie apparaît sur scène, au théâtre, et l’image obscène de corps infectés est montré à celles et ceux qui prétendaient y échapper. On retrouve le même procédé dans les chansons de Kaaris, ou la mort joue le premier rôle mais ne se dévoile qu’à la fin de l’acte. Il dit ainsi dans Houdini « fais moi un hug si t’es la veuve d’un CRS« . Le thème principal de la phrase n’est pas la mort du policier mais bien le réconfort, le câlin (hug) fait à celle qui vient de perdre son mari. Le décès est impliqué dans l’affaire, mais n’est pas principal, comme dans la punchline « on fera des youyous pour la mort de ton père si c’est un keuf« . La haine, la compassion et la fête se retrouvent mêlés de manière inattendu.

« Mon esprit ne pense qu’au deuil« 

Un des aspects importants dans le texte du rappeur est aussi la mise en scène, la théâtralité du meurtre. « Continues à glousser, tu pourras griffer ton cercueil« . L’auditeur est ici pris à contre-pied, le déroulement de la pièce est naïf (« glousser« , »griffer« ) mais son dénouement est à la fois tragique et spectaculaire : on assiste à la mise en terre d’une personne vivante. Celui qui écoute devient le témoin,le complice du crime. Kaaris peut aussi jouer avec les registres, en donnant à ses scènes macabres un caractère érotique « la rigidité de ma queue, comme un cadavre après une mort brutale » ou romantique « une rose disparaît, hop ! un flingue apparaît« . On trouve même des métaphores sportives « transversale, but du tur-fu, j’te la mets en pleine tête« . Tout cela peut évoquer les films d’horreurs américains, où on joue avec la tension en ne la faisant éclater qu4au moment ou le spectateur se relâche. Le caractère odieux de certaines scènes se retrouve aussi dans les images que Kaaris propose « résiste on rouvre ta plaie et on vomit sur ta blessure« . L’enfant de Sevran est bien hardcore à outrance.

Kaaris se fait appeler « le légiste » et c’est un bon résumé de l’artiste, la mort et la médecine sont en effet deux thèmes prédominants dans son oeuvre. Ainsi, l’introspection prend chez lui la forme d’un diagnostic « j’arrête pas d’te tirer dessus, j’sais pas ! J’ai peut-être Gi-Gille de la Tourette« , « contre-nature et ce qui m’touche, je suis la haine en cellules souches« . Il se perçoit comme une erreur dans une opération chirurgicale « ne supporte plus la république, comme un putain de mauvais greffon » et le patient se transforme parfois en docteur « une autopsie pour savoir pourquoi ils rappent aussi mal« . Témoigne également de cette obsession les nombreuses réferences à l’accouchement « la street et moi c’est fait ça y est, elle est enceinte de mon CD » ou encore  « les lances roquettes sont venus mettre bas« . Kaaris va même jusqu’à décrire de manière assez cru sa propre naissance sur le titre Le légiste. La force de ce style « médical » réside dans l’impression étrange qu’il laisse à l’auditeur : Kaaris se permet d’être sanglant tout en restant froid et distancié. Le rappeur-légiste-sage-femme ne fait qu’un constat, laissant au public l’interprétation et les sentiments. Celui qui écoute pour La première fois en ressortira troublé, nauséeux. C’est en quelque sorte la science mise au service de l’imagerie rap, comme dans cette exceptionnel punchline « selon le CNRS, l’univers est en expansion comme ma bite« . Ou comment confronter dans une même phrase la réthorique scientifique et un thème trivial, ma bite, dans le plus pur style ego trip. L’artiste reprend donc les codes de la culture Boobasienne, à savoir la bandicité, l’argent, la violence, tout en transcendant le genre.

Kaaris, penseur nietzchéen
Kaaris, penseur nietzchéen

Maintenant que nous avons défini le style et les obsessions de Kaaris, nous pouvons nous avancer sur une vision plus globale du rappeur de Sevran. Là, deux choix s’offrent à nous  : Kaaris le prophète et Kaaris l’animal.

« Les singes viennent de sortir du Zoo, armés comme à l’époque du Clos« . Dans les textes de l’auteur, comme dans les fables de la Fontaine, l’allégorie animalière occupe une place importante. On y retrouve les représentations classiques, comme le poulet pour symboliser le corps policier « Le comissaire court dans tout les sens, comme un putain de poulet sans tête« , « j’aime quand le poulet hurle, bah ça relève le goût de la sauce« . Kaaris reprend également à son compte la métaphore raciste du noir grimé en singe dans le titre Zoo. L’animal se sent « traqué, mais pas domestiqué« . Le Zoo, ou l’aquarium (« gros poissons séchés ») représente dans l’imagerie kaarisienne l’endroit ou les hommes retournent à leur état primaire de bêtes sauvages « Bi-turbo 500 chevaux avec un âne au volant » comme les enfants dans le roman de Golding Sa majesté des mouches.

Prendre la street en levrette pour faire attention au bébé
Prendre la street en levrette pour faire attention au bébé

Mais la bête peut aussi se faire Dieu. Kaaris compare ainsi sa barbe à celle des saints sur le titre Ejaculation Faciale, il se fait même prêcheur sur  Hôte Funeste  » Dis toi que chaque balle sort du silencieux par la volonté de Dieu« . Ce qui est étonnant, c’est que la théologie croise parfois la désacralisation  « la terre se réchauffe jusqu’au dégel, l’auréole est sous les aisselles » ou la provocation « l’Afrique c’est un milliard de Jesus sur des croix« . Quoi qu’il en soit Kaaris a ses fidèles « une pour mes pratiquants, l’autre pour mes trafiquants, j’aurai sûrement plus d’ennemis que le Vatican n’a d’habitants« . Le vocabulaire religieux permet à la fois de contraster avec un phrasé cru propre à l’auteur et d’explorer des thèmes comme le péché ou le pardon.

De la racine de la racine à la sève à la sève

De la terre de la terre, aux étoiles aux étoiles

De la vie de la vie, à la mort à la mort !

Kaaris, apporte nous ta lumière !

 

Les 1001 punchlines de Booba

Bon alors déjà je remercie la fonction publique de me laisser autant de temps libre au bureau pour écrire ce genre d’article.

Rien d’alambiqué dans le principe : il s’agit tout simplement d’un recensement toutes les punchlines de Booba, classées par thème. Histoire d’égayer un peu le délire, on a cherché des gens pour illustrer quelques punchlines, mais ces fils de putes d’illustrateurs veulent pas taffer gratuit. Du coup t’auras droit à quelques montages foireux que j’ai bricolé sur Paint, c’est assez honteux mais c’est mieux que rien.

Vas-y on démarre :

1. Police et justice

2. Femmes

3. Voitures et code de la route

4. Unkut et style vestimentaire

5. Drogue

6. Animaleries

7. Négritude et esclavagisme

8. Bites et couilles (+ Corps)

9. Films / Séries / Jeux vidéos

10. Exotisme et voyage (+ La France)

11. La mort (+ Brams)

12. La concurrence et le rap-jeu (+ les médias rap)

13. Gansterisme

14. Armes

15. Banlieue

16. Argent facile

17. Cuisine

18. Izi Life (+ Célébrité)

19. Bijouterie

20. Médecine, handicap et psychiatrie

21. Trône

22. Naissance et paternité

23. Politique / Histoire / Engagement social

24. La prison

25. Éducation et école

26. The Wire (Sur écoute)

27. Musique et références

28. Religion

29. Inclassés

BLACK MICMACS : 4 beefs du Dirty south !

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Je confirme : la beef, la vraie, est devenue une denrée rare. Quelque part, personne ne s’en plaindra vu les dégâts intimes mais aussi collatéraux qu’elle a souvent occasionné. En général, c’est le consensus qui a pris le pas sur l’effort permanent des labels pour développer une stratégie de l’embrouille instinctivement ancrée dans la texture acrimonieuse du rap de genre. Lire la suite « BLACK MICMACS : 4 beefs du Dirty south ! »