5 euros 99 mon salaud. Moins cher que ton paquet de clopes. Et c’est garantit sans substances cancérigènes.
Alkpote est productif. Depuis l’Empereur contre-attaque, l’aigle de Carthage n’a pas cessé de planer sur le rap français. Quelques mois seulement après l’excellent Neochrome Hall Star, il est déjà de retour, avec un projet sans grandes prétentions : Mazter Chefs Muzik volume 1. Seize titres, inédits pour la plupart, et quatre instrus. Parfait pour continuer à occuper le terrain avant l’été.
Monsters (Alkpote, Zekwe, Waybess)
L’entrée en matière est monstrueuse : sur une prod angoissante, Zekwe (présent au total sur 6 pistes) et Waybess viennent prêter main forte à Atef. « Difficile monnaie, difficile life » : la singularité du label est réaffirmée une fois de plus. Les punchlines sont toujours aussi déglinguées, Atef maitrise toujours aussi bien son personnage décalé : « Si c’est Halloween j’mettrai le masque de Nina Roberts ».
Mongoldorak (Alkpote)
Premier extrait de la tape, Mongoldorak est un morceau difficile à appréhender : nombreux sont les auditeurs déstabilisés par le flow ultra-saccadé d’Alkputaindepote. Pourtant, il y a dans Mongoldorak tous les ingrédients du bon classique alkpotien : de la crasserie sexuelle (« j’fourre même des moches, cougars, vieillasses, camionneurs »), des phases complètement hallucinées (« un sachet de weed et un carré de kiri »), et une débilité génialement assumée (« on protège les bonnes sœurs tout comme Woopy Goldberg … salope ! »). Ajoutez à cela une prod hyper lourde signée Zekwe, un refrain entêtant, et vous aurez le morceau le plus écouté de ma playlist récente.
Kubiak frappe (25G, Zekwe)
« On reprend Tupac Back, on remplace par Kubiak frappe ». La recette est simple, le résultat efficace. La rage habituelle de 25G, le rappeur préféré de Fdesouche, à qui l’on reproche souvent son côté « je gueule au micro et tant pis pour tes oreilles » est ici assez contenue pour rendre le morceau agréable à l’écoute, même s’il dénote un peu avec le reste de la galette. Toujours aussi franchouillard, on l’aurait bien vu en feat sur l’album de Seth Gueko.
La France qui se lève tard (Alkpote, Joe Lucazz, Zekwe)
Que ça fait plaisir d’entendre un nouveau couplet de Joe Lucazz, « un Abd al Malik sous alcool ». Dans son style toujours atypique, sa présence est une vraie valeur ajoutée, le genre de guest qui fait gagner énormément de crédibilité à une digitape sans prétentions. Cerise sur le gâteau : Zekwe vient taper un coup de crampon dans la fourmilière de rumeurs qui entoure les raisons de l’incarcération de Joe : « il était bourré, il a touché les seins d’une keuf qui l’a contrôlé ». Lucazzi la légende !
Pas facile (Zekwe, Hayce Lemsi)
Prod festive, flows énergiques, bourrés d’accélérations et de variations bienvenues : une réussite de plus. Hayce Lemsi, pour sa seule apparition sur la tape, fait le taff. Avec un refrain chantonné entrainant, Pas facile est le genre de titre parfait pour s’ambiancer, pieds dans le sable, soleil sur la peau, GHB dans le verre de ta voisine de plage. Après cinq pistes, Mastez Chefs Muzik fait un sans-fautes.
Protège ta nuque (Alkpote)
« Protégez vos petites sœurettes » … non, La Fouine n’a pas été invité sur Mazter Chefs Muzik. Protège ta nuque s’inscrit dans le plus pur style alkpotien : instru sombre et sale et punchlines crasseuses (première phrase du morceau : « maintenant c’est l’heure de la sodomie »). Ce genre de son aurait parfaitement collé à l’ambiance de l’Empereur contre-attaque. Prendre des risques, varier, s’essayer à des nouveaux styles, c’est très bien, mais on apprécie qu’Alk n’oublie pas de revenir de temps en temps à du très classique, et à ce qui a fait ses premiers succès.
Douille pleine (Waybess)
On va pas te mentir : avant Mazter Chefs Muzik, on connaissait pas Waybess. Il se présente ici avec un égotrip très classique. Pas complètement fou, sans pour autant être mauvais ou insipide, le titre est à ranger dans la catégorie « pas grand-chose à en dire ». Ca se laisse écouter, mais ça ne restera pas dans les mémoires.
Prêt à faire feu (Alkpote, Katana)
Même si les apparitions de l’U2F se distillent au compte-goutte, l’équipe est toujours prête à défourailler. Katana-Alkpote, c’est une association qui fonctionne toujours. Encore une grosse saveur, et une fois de plus, on se prend à rêver d’un nouvel album Atef-Serge. Alk, fais pas la sourde oreille, on sait que tu vas lire ça. Cette connexion camerouno-tunisienne est aussi nécessaire pour le rap français que l’association oxygène-azote dans le putain d’air qu’on respire.
Agas (Dinos Punchlinovic)
Bon, Dinos, on a rien contre toi, mais si t’as la prétention de t’appeler Punchlinovic, faut assurer derrière. T’as pas le choix, t’es obligé de balancer des phases de fou dans chacune de tes mesures. Et franchement, c’est pas le cas. Sur trois minutes de son, ok y’a quelques rimes sympas, mais rien d’assommant. En plus t’as pas de chance, tu tombes juste derrière l’U2F, qui balance un nouveau classique, et en plus, tu te tapes la prod la moins intéressante de toute la tape.
H.A.T.F.R (Zekwe, Waybess)
Le même effet que Douille Pleine. Pas mauvais (d’ailleurs Zekwe fait toujours forte impression mic en main), mais loin d’être transcendant. Le genre de son qui ne fait pas de mal, mais qui ne s’avère pas nécessaire, et n’apporte rien de particulier à la galette finale.
Juste à côté Remix (Alkpote, Zekwe, Seth Gueko)
Un remix peu judicieux. Ca reste bon, mais c’est un cran en dessous de l’original, qui était l’un des morceaux les plus réussis de Neochrome Hall Star. Il aurait peut-être été plus intéressant de s’intéresser à une autre track de l’album.
Tour de passe-passe (Alkpote, Katana)
Après quelques pistes en deça des attentes, l’U2F revient mettre les pendules à l’heure. C’est crasseux (« de mauvaise humeur, comme si j’avais des menstruations »), technique, pertinent. Les métaphores sont folles, la prod de Zekwe tabasse, et Katana confirme pour l’énième fois qu’il est vraiment le partenaire idéal pour l’esprit psycho-troublé d’Alkpote. Alk, fais pas la sourde oreille, on sait que tu vas lire ça.
Phuket Finest (Seth Gueko, Jason Voriz)
Phuket, nouvel amour du gueko. Le son, issu de la mixtape gratuite « Manstrr » de Jason Voriz date de décembre 2012. On le connait déjà bien, on se demande s’il apporte vraiment quelque chose à la tape, ou s’il est juste là pour ajouter une piste à la tracklist.
91-93 (Alkpote, Sadek)
Sadek, qui nous offre une magnifique danse du ventre dans le clip de Mongoldorak, est la vraie bonne surprise de Mazter Chefs Muzik. Sur une nouvelle prod très réussie de Zekwe, il apporte une véritable énergie à un son qui s’impose comme l’un des plus réussis de la digitape. On regrette presque de ne l’entendre que sur une seule piste, tant son apport sur ce featuring est visible.
J’suis pire que ça (Sadik Asken)
Sadik Asken ! Le vétéran rappeur- producteur, jamais mieux servi que par lui-même, pose sur une prod de Tony Danza. Forcément, c’est du sur-mesure, et sans poser le morceau de l’année, il nous gratifie d’une prestation de qualité. On aurait aimé le voir participer d’avantage au reste du projet, poser sa patte sur plus de tracks.
Violentissime (Alkpote, Demon One, Selim du 94)
Deux noms ronflants de plus pour venir gonfler la liste des invités. Demon One fait du Demon One, ni plus, ni moins. C’est très bien. Selim du 94 fait du Selim du 94. C’est pas terrible. Finalement, c’est peut-être la piste qui résume le mieux l’ensemble du projet : du bon, du moins bon, sans grosses prétentions, et sans révolutionner le genre, le rendu est propre et efficace.
1954, Nouvelle Écosse, port de Halifax, quai 21. Débarquement du Vulcania MS, paquebot de près de 200 mètres de long reliant la botte italienne au continent nord-américain depuis près de trois décennies. A son bord, Nicolo Rizzuto, né 29 ans plus tôt en Sicile, venu suivre les traces de son père, Vito, assassiné en 1933 à New York, dans des circonstances troubles. A cette époque, Nicolo a déjà trempé, à petite échelle, avec les milieux mafieux, puisqu’il est marié depuis 8 ans à Libertina Manno, fille d’Antonino Manno, patron de la pègre de l’Ouest sicilien. Propriétaire terrien, il loue ses champs à des agriculteurs, et les assure, moyennant contrepartie financière, de sa protection.
Son ambition étant autre que celle de sous-louer ses terres à de vulgaires paysans, Nick veut vivre ce qu’Hollywood finira par appeler le « rêve américain ». Après deux tentatives d’émigration clandestine vers les Etats-Unis, il se rabat donc sur le Canada, et choisit de s’installer à Montréal. Affilié au clan américano-calabrais Cotroni, sorte de sous-traitant de la famille Bonanno, il se fait rapidement un nom dans le monde de la drogue. Ses connexions intactes en Sicile lui permettent d’étendre son influence, et, en montant plusieurs chevaux à la fois, de se construire un réseau véritablement international : Europe-Amérique du Nord-Amérique du Sud.
Nick Rizzuto
Paolo Violi, numéro 2 de la famille Cotroni, ne voit pas les activités de Nick d’un bon œil : il n’apprécie pas de le voir faire cavalier seul, et le soupçonne de gérer ses propres affaires sans en avertir ses supérieurs. Ajoutez à cela la rivalité centenaire entre calabrais et siciliens, et vous aurez tous les éléments d’une véritable poudrière prête à exploser. Manque le détonateur. Ca tombe bien, Vincent Cotroni, numéro 1 du clan, prépare sa succession : il est vieillissant, et commence à être inquiété par la justice. Et évidemment, il choisit Paolo Violi, calabrais comme lui, pour prendre sa place.
La prise de pouvoir
On est alors au milieu des années 70, et la guerre de succession peut démarrer. Plus entreprenants, plus déterminés, mieux armés, les hommes de Rizzuto, parmi lesquels Vito, fils de Nicolo, assassinent tour à tour Violi et ses frères. Surtout, Nick a tout prévu, et est allé se mettre à l’abri au Venezuela en attendant que les choses se calment. Le bénéfice est double : il reste loin des potentielles tentatives d’assassinat sur sa personne, et surtout, il dispose d’un alibi solide face à la justice, qui cherche pendant un temps à lui mettre sur le dos le meurtre de Violi.
Vic Cotroni, n’ayant pas pris partie dans le conflit, et en pleine lutte avec un cancer qui finira par l’achever en 1984, n’est pas inquiété par les menaces siciliennes. Il se retire de lui-même des activités de la famille. Sans l’ombre du clan calabrais, les siciliens ont désormais la voie libre, et peuvent enfin s’investir complètement dans le trafic de drogues. Un business plus que fructueux, puisqu’en quelques années seulement, la famille Rizzuto s’engraisse au point de bientôt régner sur un véritable empire, étendu sur trois continents.
« Nick était petit et trapu, mais costaud et surtout très charismatique »
Le Canada tout entier est donc sous l’emprise de Nick et de son fils, débarrassés de toute concurrence. Les ramifications de la pieuvre sicilienne s’étendent du Nord des Etats-Unis au Sud du Venezuela, traversant l’Atlantique pour retrouver ses racines à Palerme, ou connecter avec la French Connexion en Corse et sur la Côte d’Azur. La grande force du clan, c’est son réseau : des accords passés avec les principales organisations criminelles mondiales, lui permettant de trouver des alliés partout, dans tous les domaines : cartels colombiens, mafia irlandaise, Hell’s Angels … Les Rizzuto ont des amis partout, se posent bien souvent en médiateurs des conflits inter-organisationnels, œuvrent dans l’ombre pour la paix des territoires et des rues.
Mais malgré les sommes colossales amassées, et le pouvoir acquis, Nick reste un homme simple. S’il goute avidement au train de vie du millionnaire qu’il est devenu, il continue, jusqu’à la fin de sa vie, à se rendre chaque jour au Ed’s Café, un vieil établissement miteux de Montréal, ou à fréquenter le Tony Sports Bar, quelques rues plus loin, pour y dépenser quelques billets autour d’un bon jeu de cartes. Mais Nick aime également se rappeler aux premiers frissons qui l’ont poussé à intégrer la pègre, et, malgré les centaines de soldats, passeurs, et hommes de main à sa disposition, il retourne régulièrement au charbon. Ainsi, en 1988, personne n’est surpris de le voir pris la main dans le sac : il est arrêté au Venezuela, avec autour de la taille une ceinture bourrée de cocaïne. Après cinq longues années derrière les barreaux , son fils, Vito, surnommé Don Teflon pour son habileté à se défaire des problèmes judiciaires, lui fera obtenir une sortie en liberté conditionnelle, moyennant un extraordinaire pot-de-vin de 800.000 dollars canadiens.
La filiale dépasse la maison-mère
Pendant sa détention, c’est donc Vito qui prend les rênes de l’empire, contribuant à le faire prospérer et grandir, à tel point qu’il finit par surpasser en taille, en puissance et en influence, l’empire de la famille Bonanno. La filiale a dépassé la maison-mère : la famille Rizzuto est désormais considérée comme la Sixième Famille, mondialement implantée, reconnue et respectée. En 1993, lorsque Nicolo revient aux affaires, il ne peut que constater le travail accompli par son fils, nommé « officiellement » président du conseil d’administration du crime organisé. Il décide de se ranger sagement à ses côtés, sans chercher à bouleverser le solide équilibre hiérarchique qui permet au clan d’assurer sa pérennité.
Et pendant plus d’une décennie, aucune guerre interne, aucun conflit, aucune concurrence, ne viendront mettre à mal l’hégémonie des Rizzuto. Preuve de la fortune faramineuse accumulée pendant tant d’années par l’organisation : un investissement de 8 milliards (oui oui, 8 milliards) de dollars est proposé par Nick dans le projet du pont de Messine, censé relier la Sicile à l’Italie.
Pourtant, en 2003, le grand jury fédéral de Brooklyn monte un dossier contre Vito, en l’impliquant notamment pour des meurtres commis au début des années 80. Impliquant plus de 80 personnes (policiers, magistrats, procureurs, traducteurs, secrétaires …), l’enquête, qui a duré 5 ans, coûte aux contribuables près de 35 millions de dollars. Plus impressionnant encore : le coup de filet géant, qui permettra d’arrêter une centaine de membres de l’organisation, mobilise au total 700 policiers. Des dizaines de kilos de drogues diverses sont saisis, mais aussi des millions de dollars en petites coupures. Entre biens, liquidités, et stupéfiants, la collecte est estimée à plus de 200 millions de dollars !
Avant le début du procès, Vito prophétise : « si vous m’enfermez, le sang va couler ». Il est finalement confondu par des témoins repentis, et se voit contraint de passer un accord avec le gouvernement, et de plaider coupable. En 2007, après 4 ans de préventive, il écope donc de dix ans de prison, assortis de trois années de liberté conditionnelle à sa sortie. Mauvaise pioche : le Parrain est envoyé à Florence ADX, l’ « Alcatraz des Rocheuses », une prison de sécurité maximale, à confinement permanent, aux cellules de 2 mètres sur 3, au mobilier en béton moulé, au fenêtres pointant vers le ciel, « empêchant le prisonnier de situer la position de sa cellule dans la prison ». Détecteurs de mouvements, caméras dans les cellules, sport et exercice interdits, aucune rencontre possible avec d’autres prisonniers … Amnesty International considère même Florence ADX comme « violant les standards minimums définis par les Nations unies pour le traitement des prisonniers ».
On imagine alors que l’épopée Rizzuto terminée, d’autant que Nick, le père, désormais octogénaire, passe deux années complètes en détention préventive, dans le cadre d’une enquête liée à la corruption, au racket, et au blanchiment d’argent. Le Cosenza, café convivial où il aimait passer du temps et boire des expressos, était truffé de caméras et de micros, fournissant aux enquêteurs des preuves flagrantes des activités du vieil homme. En plus de cela, il est menacé d’extradition vers l’Italie, puisqu’un un mandat d’arrêt international est lancé à son encontre lorsque son nom est cité dans l’affaire du pont de Messine. «Ce ne sera jamais plus pareil. C’est la seconde fois que la famille Rizzuto est touchée, et sa tête est décimée», affirme à l’époque le spécialiste de la mafia de Toronto, Antonio Nicaso.
La mort de Nick et le retour du Boss
En 2008, lorsque Nicolo sort de prison, il sait la fin proche. A 84 ans, il continue à mener la barque d’une main de fer, reprenant la tête du comité de direction de la mafia et refusant de partager les activités de son clan, affaibli depuis la mise en détention de Vito. La concurrence se fait pressante : la mafia asiatique cherche à contrôler le marché des drogues douces, tandis que des groupuscules venus du Moyen-Orient visent l’hégémonie sur le trafic des drogues dures, grâce à des réseaux préférentiels d’importation. Malgré les mises en garde de la police montréalaise, par le biais d’un agent d’origine italienne, Nick ne lâchera rien. Il sera contraint d’abandonner ses petites habitudes, son Ed’s café miteux, et ses parties de cartes, pour finir terré dans sa luxueuse demeure. Il est abattu par un sniper dans sa cuisine à l’âge de 86 ans. Les principales soupçons se tournent vers un conglomérat de trois familles calabraises, les Papalio, les Luppino et les Musitano, excédés de voir les Rizzuto leur refuser le partage des secteurs criminels les plus lucratifs. Lors de ses funérailles, une boîte noire décorée d’une croix blanche est déposée sur le parvis. C’est un message pour Vito, toujours emprisonné à Florence ADX. Explicitement : « veux-tu que l’on continue, ou abdiques-tu enfin ? ».
Les funérailles de Nicolo Rizzuto, à Notre-Dame-de-la-Défense, Montréal
Et c’est depuis sa cellule de quelques mètres carrés que ce dernier apprend, en plus de la mort de son père, celle de son fils, mais aussi celle de son beau-frère, et de la moitié de ses proches collaborateurs. Entre assassinats et condamnations à des longues peines, le clan semble démantelé. En 2010, André Noel, journaliste de La Presse, écrit même « Le règne des Rizzuto est définitivement terminé ». Et les rues de Montréal ressentent cruellement l’absence de leadership criminel : c’est le début d’une véritable vague de violence, voyant s’affronter les différents clans, ethnies, et groupes criminels. Les trois familles calabraises citées plus haut cherchent des appuis au Québec et à New York. Les asiatiques n’ont pas réussi à s’imposer, pas plus que les groupes du Proche-Orient. Les Bonanno n’ont pas pris position concernant la succession des Rizzuto. En somme : comme Vito l’avait prédit une décennie plus tôt, la capitale québécoise connait son épisode le plus violent depuis plus d’un siècle.
C’est dans ce climat terrible que Vito Rizzuto sort de prison, fin 2012. On le dit affaiblit, on postule sur son retrait des affaires criminelles, d’autant que la Cosa Nostra voit d’un très mauvais œil le fait qu’il soit à l’origine de l’initiation de collaborateurs non-italiens. Pire : tout le monde le donne pour mort si jamais il s’aventurait à poser le pied dans son ancien fief : «si Vito revient à Montréal, il va se faire repasser » confie un enquêteur à la presse.
Et pourtant … après avoir sondé le terrain à Toronto, puis trouvé appui à Montréal auprès de têtes connues, comme Gregory Woolley, premier afro-américain a être accepté dans un club des Hell’s Angels, Vito semble plus que jamais être l’homme de la situation. Les pontes mafieux, révulsés à l’idée de voir les journaux associer chaque semaine leurs noms aux vagues de crimes, cherchent à se tapir, à nouveau, dans l’ombre. A retrouver la discrétion qui fait depuis toujours la force des organisations italo-américaines. « La plus belle ruse du diable est de faire croire qu’il n’existe pas ». Il faut se faire oublier, et c’est précisément ce que Vito sait faire. Mais on ne fait pas d’omelette sans crever des yeux : pendant quelques mois, le sang coule à flots. Le parrain doit montrer qu’il est de retour aux affaires, avec sa main de fer et son artillerie lourde. Et ça fonctionne très bien : à partir de mars 2013, une fois l’effusion d’hémoglobine passée, la ville redevient parfaitement calme, comme du temps de la splendeur des siciliens. Depuis, plusieurs concurrents des Rizzuto ont été assassinés, ou ont décidé par eux-mêmes de quitter la ville, par peur des représailles. Il se murmure que Vito ne se retirera pas tant qu’il ne se considérera pas comme entièrement vengé et lavé de l’affront. Pour sanctionner définitivement son retour dans la place, il s’est entiché d’une apparition publique dans le luxueux club de golf privé Le Blainvillier (5000 dollars la carte de membre), en compagnie de Rocco Sollecito, fidèle associé de Nicolo, du temps où celui-ci était aux affaires. Cette apparition, c’est aussi un joli pied de nez, puisque Le Blainvillier était l’un des lieux de détente préférés de Joe Di Maulo, l’une des premières victimes, au sens propre, du retour de Vito.
Selon les dernières informations, les derniers concurrents calabrais encore en vie attendraient la chute de Vito pour enfin s’assoir sur le trône de la pègre nord-américaine. Après avoir vécu l’enfer à Florence ADX, après avoir mené les deux guerres les plus meurtrières de l’histoire du crime organisé canadien (années 70 puis 2012-2013), après avoir repris le pouvoir alors qu’il était esseulé et au fond du trou, on se demande ce qui pourra venir à bout d’un des plus grands chefs mafieux de l’histoire récente, aujourd’hui âgé de 67 ans. Vito semble plus fort que jamais, apprécié par le crime organisé pour son sérieux et sa discrétion, par les politiciens pour sa faculté à entretenir la paix dans les rues, et par les membres de son club de golf pour son « humour et ses manières de parfait gentleman ».
Captcha est allé à la rencontre du Mc qui a sorti la mixtape qui a retourné le rap game en ce début d’année 2013. Dans un petit café parisien Captcha a interviewé Hyacinthe quelques semaines avant la sortie de Sur la route de l’ammour mixtape qui succède à Des hauts, des bas et des strings son premier EP sorti un an plus tôt. Accompagné de son fidèle producteur Krampf, les futurs ex-rookies nous ont parlé de leurs projets, leurs influences et leur vision du rap. Extraits.
« J’ai pas vraiment de but dans la vie à part devenir meilleur rappeur du monde » – Ne vous inquiétez pas
H : J’ai choisi le nom de Hyacinthe un peu au hasard dans un bouquin, ça m’a plu et je l’ai pris. Y’a pas de raison particulière, j’ai juste trouvé le nom cool.
K : Krampf ca veut dire spasme en allemand et c’est le nom d’un personnage dans un film de Marcel Carné, William Kramp qui était un mec qui tuait des bouchers pour la cause animal. C’est aussi une chanson d’un groupe punk, Ludwig Von 88.
H : J’ai commencé à rapper en CM2 ou en 6e donc ca doit faire 10ans.
K : Moi ca doit faire 6 ans que j’ai commencé.
H : A l’écoute de mes morceaux les gens me donnent souvent plus, mais j’ai l’impression qu’on fait vraiment la musique des gens de notre âge, de la musique actuelle.
K : C’est actuel mais avec plusieurs niveau de tendances, après peut-être que ca parle à un public plus âgé que nous. Je ne pourrais pas classer notre musique dans style précis, je dirais juste que c’est du rap avec des influences très diverses. C’est du rap sur des instrus qui ne sont pas forcément du rap. Pour revenir à Hyacinthe, je dirais que c’est un mec qui a été un gros fan de Nessbeal et Grodash mais qui a compris a un moment qu’il fallait peu- être faire des trucs un peu plus cool, donc il a arrêté d’écouter les compils Néochrome pour se mettre à écouter de la musique de tafioles. Un mec a plutôt bien résumé le truc en disant que c’était un mélange de Kaaris et Kuedo (artiste de Planet Mu, un label de musique électronique), ou plutôt Kaaris qui aurait écouté Kuedo. Aujourd’hui et surtout en France, t’as des mecs super talentueux comme le mec qui rappait dans Lunatic et qui a sorti 0.9 dont j’ai oublié le nom (avant l’interview, Hyacinthe et Krampf avait fait le pari de réussir à faire une interview entière sans prononcer le mot « Booba »), sauf que l’habillage 100% Therapy commence à devenir lassant. Donc nous ce qu’on essaie de faire aussi lourd au niveau du rapping, mais un truc plus ambitieux au niveau de la musique, comme ce qui se fait aux Etats-Unis. Tu prends n’importe quel album de Future, de Rick Ross, même Drake…les trucs les plus mainstream sont super ambitieux musicalement, les instrus sont riches. En France on se dit « c’est bon j’ai un bête de flow, des grosses punchlines, un gros personnage…les instrus on s’en fout ». Genre Booba sur Futur, au lieu d’appeler des rappeurs américains pour lui faire des couplets, il ferait mieux de mettre l’argent sur des bons producteurs américains pour avoir l’habillage à la hauteur.
Hyacinthe, un corps de blanc dans des vêtements de zaïrois
H : Krampf assez fort pour capter toutes les ambiances et arriver à les reproduire. Il travaille un peu comme un architecte dans la construction de ses prods, c’est pas funky. Après je suis pas très doué pour parler de prod …
K : … c’est pour ca que c’est moi qui l’ai choisi pour travailler avec lui et pas l’inverse (rire). On me dit souvent que je fais des trucs super froids sans groove. Je pense que c’est parce que j’ai trop écouté Kraftwerk, je suis un peu allemand, dans ma tête, c’est pas très funky mais c’est ce que je sais faire. Je pense ce qui fait ma force, c’est que je fous des samples cools que pas grand monde est allé chercher, pas forcément des trucs inconnus, parfois c’est des morceaux qui ont des millions de vues sur Youtube, mais que personne n’aura l’idée d’aller sampler. D’ailleurs on pense souvent que je fais que de la composition alors que la majorité de ce que je fais est fait à partir de samples, du coup je me dis que c’est cool ca m’évitera d’avoir des procès (rire).
H : Si je devais me présenter…Je pense que j’suis juste un mec qui a écouté un peu trop de rap hardcore et qui en même temps a le « malheur » d’être un petit blanc. En rap j’aime bien les trucs vener, mais dans ma musique je m’attache toujours à raconter ma vie : « Des hauts, des bas des strings » c’est l’EP d’une rupture, « Sur la route de l’ammour » c’est mon été : je baise de meufs, je bois comme un trou, je vomis partout…j’aurais pu l’appeler « Hyacinthe en vacances ».
K : En fait t’es une sorte d’Orelsan… (rire)
H : je t’encule !
K : Il assume pas mais moi je le pense. D’ailleurs il (Orelsan) vient de poser sur un truc de Gims je crois, Ceci n’est pas un clip. Je respecte le mec. Sur son premier album tu sentais qu’il avait du potentiel. Après il s’est fait coacher par sa D.A pour faire disque d’or sur son deuxième album alors qu’il était au fond du gouffre avec ses histoires de féminisme, franchement c’est fort.
H : Je crois que c’est le mec qui a le mieux réussi à négocier le virage mainstream du rap en France ces derniers temps.
K : C’est du rap pour middle classe de province qui fume du shit et joue à Skyrim. Ou pour des gens qui disent « j’aime pas le rap, mais j’aime bien Orelsan ».
H : C’est un produit hyper bien foutu, tu comprends son rap et ses lyrics facilement, y a des petits jeux de mots…c’est très accessible. Il est représentant d’un groupe social, il fait un truc potable pour « les gens normaux »…
K : …alors que nous en tant que grossistes c’est pas du tout notre univers (Rires) … D’ailleurs en tant qu’habitant du 18e est ce que tu te réclames du mouvement rap du 18e, comment tu t’inscris dans cet héritage ?
H : J’ai pas mal bougé entre paris et la banlieue et je suis dans le 18e que depuis 4-5 ans. Le 18e fait pas vraiment partie de mes influences. Pendant longtemps j’ai été un auditeur un peu basique, j’écoutais des trucs comme Nessbeal ou Salif. Pour le coup j’ai oublié les trucs pourri que j’écoutais à l’époque (rire). Après actuellement j’écoute pas beaucoup de rap français à part des mecs Booba, Grems, Kaaris, Joke, Mala…
K : D’ailleurs Kaaris ca fait bizarre qu’il soit dans l’entourage de Booba quand on sait que le mec trainait avec Truand de la Galère. On peut le voir dans le clip Truand de la Galere feat Kamelancien.
H: Sinon bien sûr j’ai écouté des classiques du rap français comme les albums d’Arsenik, mais je les réécoute plus aujourd’hui. Ils m’ont forcément influencé mais je ne m’en inspire pas quand j’écris. Dans notre style je pense qu’on n’est pas nombreux, à part peut-être Butter Bullet et Orties quand elles taffaient avec eux. Ce genre de rap de blancs schlaggs.
« Je veux gagner le respect en manquant, je parie sur votre manque de morale, je suis un animal rampant » – Ta sœur au casino
H : Mes ambitions dans le rap ? Devenir meilleur rappeur du monde ! Mon plan de carrière c’est de gagner assez d’argent pour m’acheter des bling-bling qui descendent de plus en plus bas. Mais à moyen terme c’est faire des bons projets sans se stresser et de façon carrée.
K : Pour la visibilité c’est un peu compliqué, on a eu pas mal de galères niveau clip. On a eu un truc comme 7 clips avortés. Des mecs qui voulaient monter nos clips à la MJC, des mecs qui ont disparus, des mecs qui finissent à l’hôpital et qui donnent plus de news. Sur le projet pour l’instant on a un clip pour Cheveux rouges/Minuit. Mais c’est bon, il y a pas mal de clip qui vont arriver là.
Crédit photo : Chroniques Automatiques
« Ma musique c’est comme ma vie, j’ai pas de thème et pas de structure » – Minuit
H : On est assez bien organisés Krampf et moi. Il choisit les prods, il a aussi un côté critique sur ce que je fais. Il n’hésite pas à me le dire quand j’ai une phase qui pue la merde, c’est un peu ma caution bon gout. On enregistre tout dans ma chambre, un micro au milieu des tasses de cafés… Sinon pour parler plus précisément du projet, il y a 3 feats, et plusieurs morceaux avec LOAS dont le prochain clip sort bientôt.
K : Le premier E.P c’était en quelques sortes notre carte de visite pour montrer qu’on pouvait travailler de manière carré, pour ensuite pouvoir démarcher des feats ou que les gens viennent vers nous… Aketo par exemple j’ai vu qu’il me suivait sur twitter, je lui ai envoyé quelques prods qu’il a bien aimé. Ensuite je lui ai proposé de poser un 16 sur le projet de Hyacinthe sur une prod de Three Six Mafia, en tant que fan du groupe il pouvait pas refuser (Rires).
H : Cette mixtape c’est l’histoire d’une renaissance ou le récit de mes vacances, alors que le premier projet c’était l’histoire d’une rupture. On est arrivés à la fin de l’été dernier, on savait pas trop quoi faire, on ne savait pas exactement si on devait faire la suite Des hauts des bas des strings, un EP, une tape…En gros Krampf m’a filé 5 à 10 prods, j’ai enregistré des morceaux dont des face B, notamment le remix de Wesh morray, et on s’est dit qu’on verrait bien où ça nous mènerait.
K : Sur ce projet on voit du progrès par rapport au premier : ca rappe mieux, c’est plus maitrisé, mais il y a un peu moins de punchlines. C’est un bon projet divertissant qui montre un peu ce qu’on sait faire en attendant l’album qui sera plus ambitieux, plus novateur et plus personnel. Le prochain projet sera encore plus travaillé. Par exemple on n’aura pas de face B enregistrée en une nuit comme le remix de Wesh morray. D’ailleurs l’histoire de ce remix est assez marrante. Ca faisait un mois ou deux qu’on se disait que dès que le prochain morceau de Booba sortirait on allait le remixer et le sortir. Un soir Hyacinthe m’appelle et me dit qu’un nouveau Booba est sorti. Dans l’heure d’après j’avais écouté le morceau et refait la prod, le lendemain Hyacinthe pose dessus, le soir même je le mixe et le morceau était prêt.
Krampf, l’homme de l’ombre
H : On a été les premiers à avoir fait le remix, et je crois que 90% des remix ont été fait sur la prod de Krampf, comme celui de Ciro par exemple qui était assez bon.
K : Ce remix c’est un petit peu ma fierté de 2012. Comme je ne pouvais pas récupérer l’originale, je l’ai refaite de A à Z. De l’avoir faite en si peu de temps et la voir reprise par autant de monde, j’étais content.
H : Le prochain projet sera moins speed et plus réfléchi avec une vraie direction. Ca sera surement un projet entièrement Krampf/Hyacinthe, et on mettra la barre plus haute.
K : Sans être prétentieux, j’ai l’impression que le premier projet n’a pas vraiment été compris. Soit les gens ont kiffé les prods, soit ils ont kiffé les textes. L’E.P n’a pas toujours été apprécié dans sa globalité et la démarche qu’on a eu, des textes sales sur un habillage sonore ambitieux, n’est pas forcément passée.
H : Notre ambition c’est de viser un public qui n’est pas uniquement underground, notre but c’est pas de se produire dans des caves « parce que nous on est des vrais mecs underground». On aime aussi s’amuser donc on aimerait aussi toucher un public plus mainstream, comme je le dis dans Basket blanches « ce que le futur nous réserve : overdose à 27 ans pour obtenir gain de cause », l’objectif c’est de la drogue, des putes, et le champagne le plus vite possible.
K : On veut toucher tous les gens qui aime bien le rap mais pas uniquement le rap. Toucher n’importe qui s’intéresserait aux nouveautés musicales des années 2010, parce que je trouve que ce qu’on fait est très actuel, ce qu’on produit c’est un peu un amalgame de tout ce qui se fait en ce moment, à la limite on pourrait même dire qu’on produit quelque chose de consensuel.
H : En fait on calcule pas vraiment, on essaie de rester naturels et faire les trucs qu’on aime. Krampf me balance des prods, si j’en ai les capacités je kicke dessus et ca se limite à ca.
K : Le but c’est de faire du bon rap avec un peu d’ambition, et que ca puisse à la fois être chroniqué dans Booska-p ou Rap de Tess et dans n’importe quel autre site qui soit pas forcément rap.
« Les artistes faussement modestes me cassent les couilles, change de taf connard si c’est pour nous dire que t’aimes ta mère et que la paix c’est cool » – Ta sœur au casino
K : Mes producteurs français préférés ? Noza, même s’il est belge, qui est un des seuls mecs aujourd’hui qui fait du boom bap très intéressant. Dela de Butter Bullets qui est vraiment très bon. Twinstrack, des mecs de Rennes. Des gars comme Street Fab sont très bons (même s’ils sont belges aussi), mais après ils sont six donc c’est plus facile pour eux.
H : Mes influences ? En rap français il y a tous les mecs que j’ai déjà cités, en rap américain je suis assez client de ce qui se fait actuellement : Meek Mill, 2Chainz…j’aime aussi particulièrement le rap d’Atlanta. Après je sais que ca fait toujours bien quand les rappeurs cite la variété française comme influence, mais comme je le dis dans le son Audrey Pulvar j’écoute pas de Brel, Brassens ou Ferré. S’il y avait un producteur dont j’aimerais avoir les prods ? Mike Will, qui a notamment travaillé sur l’album de Rihanna. Je crois que tout le monde aimerait travailler avec lui. Young Chop aussi j’aimerais.
K : Si je devais faire une prod pour un MC ? Grems qui est mon numéro un en rap français, j’suis un peu une groupie de ce gars. Sinon Booba, Alk-pote, Rim-k. Pour moi Les princes de la ville est le meilleur album de rap français. Je n’ai pas une grosse culture rap, il y a plein de classiques que j’ai pas écoutés, mais cet album c’est mon gros classique. De cette époque à aujourd’hui, je trouve que Rimk a su toujours rester présent, après des fois il a un peu des placements cavalier mais ca passe bien…
H : …les gens critiquent Rimk pour sa technique, mais ce qu’ils oublient c’est que le rap c’est avant tout de la chanson, donc si les mecs ont une voix qui passe bien, tout ce qu’ils vont faire sera toujours un minimum cool. Je sais que la mienne par exemple passe pas auprès de tout le monde, mais ce n’est pas plus mal qu’il y en ait qui kiffent et d’autres qui kiffent pas. Et pour ceux qui se posaient la question, je ne force absolument pas dessus.
« Toujours entre la musique et la prostitution de mon âme [.. .] je mélange les deux ça donne mon rap » – Retour d’émeute piège
H : J’essaie de faire des trucs un peu stylés qui raconte ma vie un peu dégueu : écrire sérieusement sur des choses pas sérieuses…
K : …magnifier le quotidien tu vois ! Tu vois c’est un peu l’héritage du Parnasse…Ah là il kiffe (rire)
H : Non mais mon but c’est pas non plus qu’un mec trouve un double sens à une rime que j’ai écrit bourré. Ce que je kiffe c’est que mon son claque, que les gens remuent la tête et qu’ils viennent aux concerts. Je ne joue pas de rôle quand je rappe, c’est juste que s’il m’arrive un truc marquant dans ma vie il va se retrouver en punchline dans mon rap. On ne trouve pas non plus des histoires de gangsters et de grossistes, c’est juste la tournure qui est parfois trash mais avec le recul ca reste assez banal.
Krampf veut juste dormir, rien à foutre des groupies, il est au dessus de ça.
« Culotte mouillée deviendra tisane de chnek » – Parapluie en peau de serpent
H : Je balance un peu ce qui me passe par la tête sur le coup. Je ne suis pas du genre à me poser 20 minutes devant ma feuille blanche. J’ai mes fichiers word ouverts sur mon pc, et dès que j’ai quelque chose d’intéressant je le note, par contre je passe pas mal de temps à modifier ce que j’ai déjà noté.
K : De mon coté j’ai un peu une démarche de « copieur ». Je vais souvent écouter des sons de tous les genres, et dès qu’il y en a un qui défonce, je me dis qu’il faut que je fasse un truc dans la même couleur. Le souci c’est que je n’y arrive jamais, du coup ca donne tout le temps des choses qui n’ont rien à voir avec le truc qui m’a inspiré au départ. Par exemple j’aimai beaucoup ce que faisai Clams Casino, donc j’ai essayé de faire des choses dans ces ambiances. Je passe parfois des nuits entières à écouter des sons sur Youtube et j’ai des flashs de choses que je pourrais sampler.
H : Je n’écoute pas mes propres sons. En général j’écoute une fois que c’est terminé pour voir ce que ca donne, et peut être six mois après histoire de vérifier que ça tient toujours la route.
K : Moi non plus je n’ai jamais pu écouter ce que je faisais. Je commence à peine à faire des choses que je pourrais mettre dans mon ipod et écouter par plaisir.
« Que ces prédicateurs low cost pénètrent la chair de leur mères, pendant que le pénis de leur père derrière infecte leurs selles » – Benetton music
H : T’as le droit d’avoir des opinions, d’être engagé, militant…mais j’ai horreur des mecs qui écoutent un MC « parce qu’il dit des vrais trucs ».
K : Si tu fais confiance à un rappeur pour dicter les grandes lignes de ta vie t’es un peu dans la merde.
H : Une fois j’ai discuté avec un mec qui me disait que le rap avait changé sa vie, et quand je lui ai demandé ce qu’il écoutait il m’a sorti Kery James. J’avais envie de lui dire lis Le capital de Marx ca te servira un peu plus et tu seras peut-être un peu moins con. Après la frontière elle est fine, ce que fait Keny Arkana je respecte quand même…
K : D’ailleurs elle dit un truc du genre « je ne suis pas une rappeuse engagée, j’suis une contestataire qui fait du rap ». Après t’as aussi adeptes de la théorie du complot qui te sortent que le rap bling-bling américain est une invention de la CIA pour manipuler les classes du ghetto…
H : Je préfère le rap au naturel, le délire de Gucci Mane ou Booba par exemple, où les mecs se contentent juste de te raconter leurs vies. Y a aussi des mecs comme Lino, que j’aime bien, qui arrivent à allier le fond et la forme: une bête de voix, des bêtes de textes sur un bon instru c’est cool aussi. Mais écouter un mec juste pour son message non. Si je veux faire une manif ou m’engager politiquement, je n’ai pas besoin d’écouter un rappeur pour le faire. Surtout que les discours sont souvent au ras du sol.
« Quelques enfants de putain comme Romain Lepère, sept ans que je stocke ma diarrhée dans des pots en attendant […] de tout te déverser dans la gorge » – Ne vous inquiétez pas
H : Des gens ont cru que je parlais de mon père. En fait c’est juste un mec qui m’avait fait un coup de pute au collège et du coup c’était ma petite vengeance, un peu comme pour la Norvégienne que j’ai larguée sur Facebook. Donc Romain Lepère je t’ai pas oublié espèce d’enculé !
« React, what who will, bail two mil’ / Nigga cool still bet I’ll be gone before the news will / Blast fuse and leave purple Frank Matthews / Perhaps you confuse the concept black, cash rules. » AZ the Visualiza (« Desperados » from The Firm: The Album 1997).
Enfant du blues, élevé au grain calorique de la Soul, contemporain de la Funk contagieuse essaimée par James Brown & ses JB’s, Frank Larry Matthews a-t-il assisté de près ou de loin à l’éclosion du hip hop ?
Nul jamais ne saura, car pas la moindre nouvelle de lui depuis sa rocambolesque évasion qui date de 1973. Un bail vous me direz. N’empêche que, héros gravé pour toujours dans la mémoire collective noire, le gangster des années 60/70 ressurgit du passé le temps d’une punchline versée à titre de service rendu à la métaphysique gangsta: « That’s Gangsta » par Shyne (2000), « Fuck Your Mother » de Smoke DZA , « Nature Boy » par T-Shyne (feat. Smoke DZA) (2012) sans oublier l’emphatique « Karate Chop » (2013) dans lequel Future vend nonchalamment de la blanche et se prend pour John Gotti, alors que Casino, lui, en pince pour le seul et unique Frank « Black Caesar » Matthews…
Pour comprendre ces récents et vibrants hommages, replonger dans la vraie vie de Matthews est évidemment nécessaire. En effet, Frank fut plus qu’un gros dealer de drogues, il fut cet imposant César Noir de Brooklyn, c’est à dire un des tout premiers caïds indépendants à challenger la suprématie de La Cosa Nostra. Largement sous-estimé, ce pionnier en business de la drogue aura tout de même inspiré autant d’écrivains du hood que de scénarios articulés autour des kingpins de la Blaxploitation, tout cela, bien avant que les rappeurs en fassent cet original gangster partagé entre efficience froide d’Al Capone et imagerie romanesque de Robin des Bois… Oui, aussi bizarrement que ça puisse paraître, l’obsession pour l’artiche n’était pas une priorité pour Matthews. Cela venait-il du fait qu’il brassait du grisbi à la pelle? Toujours est-il que, personnage complexe, il pouvait sacrifier des sacs entiers remplis de cash à la façon de ces étudiants qui abandonnent leur effets personnels avant de déserter leurs appartements…
Durham, Bed-Stuy … jusqu’à la mafia italo new yorkaise
Originaire de Durham (Caroline du Nord), Franky Matthews est pour ainsi dire une canaille d’une rare précocité. A l’âge de 14 ans c’est bien lui qui forme une bande de jeunes voyous qui vole des poulets dans le quartier noir de la capitale du tabac. Être délinquant de haut vol nécessite une vraie et longue expérience, les arpètes de la cambriole de son acabit se font toujours coffrer et finissent par passer une petite année dans un institut spécialisé pour jeunes délinquants. Libéré, il s’en va bosser dans les numéros de tombola à Philadelphie avant de se faire une nouvelle fois arrêter et virer de la ville en 1963. Obligé de changer de décor, il fait le chemin jusqu’à Bedford-Stuyvesant , quartier de Brooklyn où il bosse en tant que barbier en 1965, il a 21 ans.
Régulièrement, sans les entailler, il rase les couennes endurcies des mobsters italiens qui ont déjà commencé à dévaster Brooklyn en vendant héroïne et cocaïne aux autochtones afro. Si le métier de barbier ajouté au business des numéros lui permettent de bien vivre, les voir se pavaner, costards seyants, poubelles rutilantes et poules de luxe accrochées aux bras, lui agitent les neurones. Il ne lui en faut pas plus pour ranger son coupe-choux et s’engager corps et âme dans le business de la drogue.
Comme papa dans maman, l’ambitieux Frank Matthews parvient à se glisser sans trop de problème dans la filière latino. Son surnom de la rue, « Pee Wee » (jeune gangster), son sérieux dans les affaires et sa réputation de cogneur font qu’il se voit accorder une audience par les Bonnanos et Gambinos, deux des cinq grandes familles italiennes qui contrôlent le crime organisé à New York, et avec lesquelles il n’est jamais facile d’avoir un rendez-vous, encore moins de négocier.
Joseph Massimo, ex-boss de la Bonnano family
Les godfathers ritals n’y vont pas par quatre chemins. Ces derniers lui font vite sentir qu’ils n’ont pas besoin d’un Noir dans la sainte famille, aussi, ils le renvoient à son karma de « hood nigga » qui veut faire trou dans le jeu de la drogue. Pas résigné pour autant, il se lie avec Raymond Marquez alias « Spanish Raymond », maquignon harlémite du racket et du jeu qui lui ouvre les portes de la filière cubaine de la cocaïne via une sommité du traffic: « El Padrino » Rolando Gonzales Nuňez.
En moins d’un an, Franky Matthews s’est débarrassé de la présence encombrante des Black Muslims qui s’obstinent à lui mettre des bâtons dans les roues, et est devenu un des plus gros dealers de New York, exhibant sa réussite à la face de ceux qui l’ont méprisé, désormais assez puissant pour négocier voire en découdre avec d’autres gangsters de son acabit.
C’en est fini de « Pee Wee », rookie ambitieux de Brookyn, c’est désormais le surnommé « Black Caesar » Matthews qui parade dans les principaux clubs de Harlem, barreau de chaise dans la bouche, tout de pimp vêtu avec ce manteau de vison auquel s’accrochent telles des sangsues des marécages, ses différentes maitresses qu’il entretient et loge dans les six appartements qu’il possède à New York.
Seul Noir affilié à la French Connection
S’il est le seul Noir a être connecté avec la mythique French Connection qui lui a fait parvenir 400 kilos d’héroïne pure en provenance de Marseille (France) en janvier 1972, c’est que Matthews a préalablement fait ses preuves. Le brooklinois a mené une opération suffisamment sophistiquée afin d’importer de cette même héroïne en provenance du Venezuela. Saupoudrer de cette blancheur létale coupée à la quinine Bed-Stuy et bien d’autres quartiers noirs d’Atlanta à Boston en passant par Baltimore, ne lui pose aucun problème de conscience, bien au contraire… De toute façon, il est devenu Mr Bigg, celui-là même qui vient d’être ordonné prêtre de la nouvelle Black Mafia qui réunissait en grande pompe le gotha des trafiquants afro américains et hispaniques à Atlanta, l’année précédente.
Les affaires sont prospères. « Black Caesar » Franky engrange plus de 600 000 dollars par jour, si bien que sa fortune est estimée à 60 millions de dollars en ce début des 70’s. Quand il ne réinvestit pas une grande partie du butin dans la drogue, il l’envoie dans divers paradis du blanchiment de l’argent à l’étranger — Les autorités en déduiront qu’il a versé un million de dollars par mois dans ces comptes particuliers.
Devenu un personnage public, Matthews n’est pas insensible à l’image qu’il véhicule. Il aime projeter ce rôle de Robin de Bois noir à la communauté. Sûrement une façon de se rapprocher de son idole, Muhammad Ali qu’il va voir combattre au Madison Square Garden, mais aussi de dissimuler sa frénésie dépensière de nouveau riche – voyages fréquents à Las Vegas où il est accueilli comme un roi du tapis vert, Rolls Royce avec chauffeur, bunny blonde platine du magazine Playboy en tant que maîtresse etc – comme son amour invétéré pour la cocaïne qui accompagne ses petit-déjeuners, repas et encas du soir.
Aussi, c’est un brin revanchard qu’il se fait construire une imposante demeure avec colonnes de marbre sudiste et jardin babylonien à Staten Island, quartier privé, donc exclusivement Blanc, où résident le mobster Big Paul Castellano et la star du baseball US, Three Finger Brown. Cette façon provocatrice de procéder déplait fortement à Castellano. Le fait de voir déambuler ce jeune Noir dans son quartier l’autorise à mal penser. Bref, on est à deux doigts de la déclaration de guerre des clans à New York, alors que partout ailleurs le sang a commencé à couler plus qu’il ne faudrait.
La masure de Matthews à Staten Island
Arrestation, puis, évasion …
Autant la Cosa Nostra a eu du mal à se plier aux lois du marché nouvellement régies par les Noirs et Latinos, autant une guerre en tout point fratricide décime les derniers parvenus. Tout le monde veut sa part de gâteau. Les temps changent. Il y a ce lundi de Pâques 1972, au Club Harlem d’Atlantic City, jour de Résurrection où le dénommé Sam Christian fondateur de la Black Mafia de Philadelphie fait disparaître à jamais Tyrone « Fat Ty » Palmer alias « Mr Millionnaire » Palmer, (gros dealer local adoubé par Matthews) devant pas moins de 800 à 900 personnes. Avant que les gardes du corps de Palmer aient pu dégainer leurs bulldogs, d’autres membres de la Mafia ont blessé 20 personnes et en ont tué 3. Lorsque la police déboule, les témoins se font rares… on les comprend. Trois autres timoniers du drug game de Philly seront bientôt assassinés, illustrant l’envie pressante d’épuration, donc de changement voulu par les gangs locaux, lesquels prennent le contrôle de leur propre ville, s’excluant de façon brutale du cercle tracé par les mafias new yorkaises.
« Black Brothers Inc.» #TheBook
Finalement, les « Narcs » ont mis sur écoute un appartement loué à Matthews. Ils s’attendent à écouter les conversations amoureuses d’un délinquant modeste puisque aucune personne en application de la loi n’a jamais entendu parler de lui jusque-là.
Énorme est leur surprise quand ils découvrent que Matthews ventile des stupéfiants dans pas moins de 21 États. En quelques années, ce diable d’homme issu de la cheville ouvrière noire est parvenu à se hisser au rang des plus gros fournisseurs de la nation US.
Au cours d’un raid dans un laboratoire de drogue, « The Ponderosa », situé à Brooklyn, les enquêteurs découvrent une opération d’emballage de la dope assez colossale (2,5 millions d’enveloppes). Des dizaines de poubelles de 32 gallons sont remplies de poudre coupée avec du mannitol et de la quinine, diluants à la mode à cette époque. Une rame de canoë est utilisée pour remuer le malfaisant mélange.
En cette fin d’année 1972, Franck Matthews et sa nouvelle amie Cheryl Denise Brown sont attendus de pied ferme par les agents fédéraux à l’aéroport de Las Vegas, où ils sont sur le point de s’embarquer sur un vol à destination de Los Angeles pour assister au Super Bowl. Faut savoir que Matthews vient de perdre 170 000 dollars au jeu mais ne manque pas d’humour quand les fédéraux lui mettent le grappin dessus : « Pourquoi avoir mis autant de temps les gars ? » leur glisse-il, narquois.
Accusé de fraude fiscale et de complot pour trafic de l’héroïne et de la cocaïne, il est aussitôt convoyé jusqu’à New York, où on lui promet un long et paisible séjour de 50 piges derrière les barreaux. Qu’importe, il en faut plus pour intimider Matthews et l’empêcher de continue à gérer son organisation de sa cellule. De son côté, son avocat Gino Gallina travaille sur une remise de peine jusqu’à se que l’imprévisible ce produise : S’il débourse quelques 325 000 dollars, Matthews sera relâché mais devra se présenter le 2 juillet 1973 au palais de justice de Brooklyn afin d’être jugé ! Une hérésie pour certains, n’empêche qu’il se retrouve du jour au lendemain libre comme l’air.
En fait, plus jamais personne ne le reverra … « Black Caesar » Matthews, sa fiancée, mais aussi 20 millions de dollars en cash se sont volatilisés au nez et à la barbe d’une justice américaine incrédule !
Pour conclure, reste cette tirade de Denzel Washington portraiturant un autre gangster noir notoire des 70’s, Frank Lucas alias « Superfly », dans American Gangster: « J’entends certains dire que Frank Matthews est mort, mais je sais au fond de moi qu’il est vivant, il vit en Afrique, comme un roi, avec tout l’argent du monde ! »
En cherchant de nouvelles collections de manga plus adultes (seinen, pas hentai), je suis tombé sur une série sympathique qui pourrait être le pendant nippon de Walking Dead. Présentation.
La passion de la rédaction de Captcha pour les zombies n’est plus à démontrer. On vous a chié quand même une multitude d’articles sur le thème et on vous les a présenté sous tous les formats (cinéma, séries, comics, Japanime et même en rap). Mais il y a encore un média qui n’a pas encore été exploité, c’est le manga pur et dur. Celui que tu vas acheter quand tu es un mec bien, ou bien celui que tu récupères en scan parce que ça te fait chier de payer 7 euros pour un volume (je ne parlerai pas de toi petit enculé qui squatte les rayons de la Fnac pour bouquiner sur place comme si t’étais chez ta mère). Il y a quelques semaines, en me promenant dans une Japanexpo, une hôtesse de Kana m’a branché sur une série que je connaissais pas : «I am a Hero». Elle m’a garantit que la série était parfaite pour satisfaire mon envie de sujets matures et morbides, avec quand même une petite précaution : ne te contente pas du premier tome, prends les deux premiers minimum. Et évidemment, c’est un bon conseil, parce qu’on va pas se mentir, le premier volume est ultra poussif, jusqu’au cliffhanger final.
Evolution du récit
Paye ton héros …
En gros, le premier volume nous plante le décor et nous présente le personnage principal en profondeur. Il s’agit ici d’Hideo Suzuki, un mangaka un peu looser (la figure classique des héros du genre). L’intérêt ici est de voir à quel point le perso pue vraiment la loose, un mangaka un peu parano, peureux, avec une copine qui le prend un peu pour de la merde.
La pression monte cependant au fil des pages, avec une présence de plus en plus oppressante de la menace. Cela se fait de manière subtile, les protagonistes n’y prêtent pas du tout attention, mais nous, lecteur avertit, sentons que ça va venir. Ça commence par des news qu’on entend en fond sonore, une femme qui mord son mari. Hop une autre affaire de cannibalisme le lendemain etc … Et une fois que l’invasion est vraiment là, le rythme accélère enfin au fil des volumes suivants.
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Une réalisation et un angle soigné
La version bébé d’un des monstres
Tout d’abord au niveau des graphismes, c’est très propre. On est proche des codes du seinen, avec des personnages plutôt réalistes, idem pour les monstres. Il faut savoir qu’on n’est pas dans du zombie classique, ici, les monstres sont un tout petit peu conscients, prononcent des phrases en boucle, propres à leurs personnalités (exemple un facteur qui cherche à te bouffer en gueulant : «Voila le courrier ! Voila le courrier»).
Les modes de contaminations et la propagation restent par contre classique : un virus d’origine inconnue et une contamination par morsure.
Contrairement à une série comme Walking Dead où le héros découvre le monde après un coma, ici nous avons le déroulement étape par étape du chaos dans lequel se plonge le monde. Cela donne vraiment des doubles pages très belles. Le découpage des planches donne du rythme, et les décors sont très précis et maîtrisés.
Par ailleurs, on à souvent plusieurs doubles pages qui se chevauchent ce avec à chaque fois de petites modifications pour faire monter la pression.
Un exemple de l’envahissement de foule en 3 étapes :
Les thèmes abordés
Comme toute bonne œuvre de zombies pas trop voyeuriste, ce manga nous plonge dans tous les travers de la société japonaise. Une société finalement très individualiste, où on ne fait plus vraiment attention à son entourage. La scène au dessus l’illustre très bien : au milieu de la foule, des gens se font dévorer sans que personne ne semble y faire attention. Des tas de scènes de ce style sont présentes tout au long du récit, rappelant parfois les scènes les plus drôles de Shawn of the dead, qui décrivait les mêmes dérives.
Autre aspect du manga : la manière dont les persos sont tous plus au moins déjà zombies avant l’heure. Ils ne prêtent aucune attention aux détails, bouffent les informations sans les assmiler. Le mode de vie métro-boulot-dodo les a complétement lobotomisé : la ville a beau être à feu est à sang, leurs préoccupations restent terriblement terre à terre. Le héros se demande s’il risque de finir en prison lorsqu’il tue un zombie, d’autres s’interrogent sur leurs assurances par exemple (est ce que je serai remboursé ?). Contrairement à d’autres séries du genre, on peut quand même percevoir une lueur d’espoir dans cette série, avec le premier perso semi-contaminé. Une sorte de mi-zombie, encore à moitié-consciente de ses faits et gestes grâce à son attachement au héros.
Finalement une fois passé le cap du premier volume et de son démarrage poussif, on prend plaisir à suivre l’évolution du manga. Espérons maintenant que la suite soit à la hauteur, et qu’on ne s’éternise pas sur une série trop longue qui risque de faire perdre de l’intérêt au récit. Apparemment le mangaka n’a pas l’habitude de faire de longue série, dixit l’hotesse de Kana.
Si t’aimes les chroniques de films argumentées et objectives, passe ton chemin, je m’en vais déverser un flot de merde.
Je sors du ciné, et fallait que ça sorte. Je fais ça quand j’aime pas un film. Lis ma chronique de Looper ici pour t’en apercevoir. Quand j’aime bien un film, je le regarde, je kiffe, et j’en fais pas un article. Si ca te va pas, j’enfile ton ascendance en brochette.
Mais là … Comment dire … Une collègue m’a traîné au ciné. Première question, première réponse : non je l’ai pas niquée. Deuxième question, deuxième réponse : non je suis pas pédé et je t’emmerde. On peut aller au ciné avec une meuf sans l’espoir de se faire lustrer le manche.
…
Nan en vrai je suis un mytho. Mais c’est pas le propos.
Evil Dead, j’ai jamais vu l’original. J’aime pas les films d’horreur parce que majoritairement ça me fait marrer et si j’ai envie de me marrer, je regarde « Le flic de Beverly Hills 2 ». Donc là on m’a amené voir un film « d’horreur ». Ca commence gentiment, c’est un frère et sa soeur, et la soeur est accro à la coke. Alors le frère, sympa, emmène sa soeur une fois de plus dans la cabane familiale au milieu des bois pour la sevrer. Il n’y vas pas seul bien sûr, il amène sa pote afro-américaine tellement bonne qu’elle pourrait voler avec la patrouille de France. Il amène aussi sa meuf, un genre de blonde qui a en tout et pour tout 16 lignes de texte dans le film. Et un pote hipster qui se dit professeur – surement en 3ème techno à Genneviliers vu la suite des événements. Le gars, je précise, c’est le sosie de Pedro Winter avec des lunettes de vue Ray Ban Aviator. Tasj’veux dire ou t’as pas c’j’veux dire ?
Publicité mensongère
Toute cette bande de joyeux fils de putes drilles compte donc passer un week end sevrage dans les bois, dans une cabane pourrie où même quand il fait beau dehors, y’a pas de lumière dedans. Déjà les connards n’ont jamais vu un film d’horreur. On sait tous très bien que les cabanes dans les bois, c’est LE repaire des connards qui veulent se faire occire. Bah nan, les mecs y vont quand même.
Le prof découvre un vieux grimoire satanique, utilisé dans la scène pré-générique pour désenvouter une jeune vierge par le feu dans la même cabane, dans laquelle le week end doit se dérouler. Tu suis ? C’est bien.
Bien évidemment, la soeur va se retrouver possédée. Première image gore du film : un truc chelou lubrifié à la 15W40 lui rentre dans la chatte. DANS LA CHATTE mon pote. Y’a plus de respect. Je passe bien sûr sur les nombreux clichés : le hipster qui, au lieu de se protéger, tente de déchiffrer le vieux grimoire en faisant des décalcomanies, la pute blonde qui s’arrange pour se retrouver seule alors que tout le monde crève autour d’elle (connasse), la soeur possédée qui attaque tout le monde mais qui arrive quand même à attirer la pute blonde en lui faisant croire qu’elle est redevenue normale … Palme du ridicule : le frère stéréotype du beaugosse au grand coeur qui, alors que tout le monde meurt autour de lui, fabrique un défibrilateur avec deux seringues, une batterie et du gros scotch. Batard va, c’est McGyver le truc ou bien ?
………..
Je te spoile ? C’est bien, remercie moi, je t’économise 11 Euros.
Alors tu l’auras compris, ce film est merdique. Il est juste sauvé du naufrage par des maquillages vraiment très bons, des effets spéciaux de bonne facture et par une réalisation propre quoique manquant cruellement de suspense dans les phases les plus importantes.
Autant te dire que j’ai pris plus de plaisir avec « La vérité si je mens 3 ».
Ce qui, on en conviendra tous, fait de moi un honnête fils de pute.
Dans la vie, tu écoutes des trucs, tu lis des trucs. Parfois après tout le monde. Pour ma part, j’ai découvert Stephen King a 30 ans. Et quelle claque.
Le premier truc qu’on m’a dit quand j’ai dit que j’entamais un bouquin de Stephen King pour la première fois, c’est « ah mais je lisais ça quand j’étais jeune !« . Dans mon esprit, le gars s’est donc instantanément transformé en « club des Cinq » ou « Tomtom et Nana ». Mais jusque là c’était pas plus reluisant : pour moi, Stephen King c’était un genre d’épouvante avec des chiens, des clowns, enfin plein de conneries que j’avais pas envie de lire.
Et puis j’ai lu une info qui parlait de l’adaptation de son dernier roman – 22/11/63 – par personne d’autre que le génial (c’est mon opinion) JJ Abrams. Le pitch du bouquin : Jake Epping est un jeune enseignant d’anglais. Il est plutôt pote avec le patron du « diner » du coin qui lui révèle avoir accès à un « trou » temporel menant à un beau matin de 1958. Toujours à la même heure, peu importe qu’il aille une fois ou mille. Alors au début, Jake fait un tour, découvre un peu et puis Al – le pote – qui est à deux doigts de passer l’arme à gauche, lui explique le plan : puisque la mort de Kennedy a eu des conséquences désastreuses pour le monde (et notamment l’enlisement au Vietnam), Al demande à Jake d’arrêter celui qu’il tient pour seul reponsable : Lee Harvey Oswald.
C’est là où le bouquin devient franchement passionnant : la promesse de prendre part à l’Histoire et s’approcher de celui qui est peut être l’homme le plus détesté et le plus mystérieux de l’Amérique contemporaine. Et de ce point de vue là, le livre tient ses promesses. Bien sûr, Jake débarque en 1958. Il a donc quelques années pour se faire au climat et découvrir les Etats-Unis de l’époque. Et Stephen King se livre à une description des années 60 extrêmement captivante. Le récit, à la première personne, contribue fortement à l’immersion du lecteur. Plus qu’une critique de la société de l’époque à l’aune des valeurs de 2013, c’est une vraie chronique à laquelle se livre King. Qu’il s’agisse de musique, de cinéma, de littérature ou d’éléments de langage propres à l’époque, tout est fait pour plonger le lecteur dans une expérience de lecture unique, totalement addictive. L’action se situant majoritairement dans le Sud des Etats-Unis et au Texas précisément on se rapproche des récits de John Grisham. Ce dernier explore très souvent cette partie du pays et en relate les moeurs, les coutumes, les défauts comme les bon côtés, de manière aussi immersive que King le fait ici. Si Dallas est dépeinte comme une ville nauséabonde (les raisons en sont détaillées en postface), l’amour de King pour les campagnes est profond et sincère, du moins le sent-on ainsi dans le récit. Pourtant King n’élude jamais les mauvais côtés, et n’hésite pas à mettre en avant la solidarité des habitants aussi bien que la rigidité de leurs valeurs morales.
Bien sur, à une époque de luttes pour les droits des noirs aux USA, le récit se fait sans concession et évoque l’attitude d’une grande partie des texans, proche des idées racistes du Général Walker, qu’Oswald tentera d’assassiner. Si King ne cache rien des grands problèmes de l’époque, il nous invite aussi à regarder par le trou de la serrure et c’est l’une des parties les plus jouissives du roman. Puisque Jake est censé stopper Oswald, il est amené à le cotoyer de très près. On assiste ainsi à des scènes de vie plus vraies que nature, des discussions conjugales aux accès de colère de celui qui devient la cible. Avant d’assassiner Kennedy, Oswald a tenté d’assassiner le General Walker mais a échoué dans sa tâche. Et c’est par les yeux de Jake que nous suivons ces évènements en direct puisqu’il assiste à tout en permanence. S’il s’agit avant tout d’un roman, sa précision presque documentaire dans les descriptions des lieux, des personnes est des situations est souvent très troublante. On assiste à une mise en abyme intéressante quand on sait que celui qui est historiquement le chasseur devient la proie sans le savoir. Et dans ce contexte, connaître l’avenir est un atout majeur. Les scènes qui font revivre Oswald ou les autres personnages historiques, les conversations, les attitudes sont si réalistes qu’il est parfois difficile de se dire que c’est une oeuvre de fiction. A plusieurs reprises je me suis supris à penser « Mais oui, ça a dû se passer comme ça ! ». Il faut dire que King avoue s’être longuement documenté sur tous les aspects de la vie de l’époque comme sur les personnages qu’il évoque.
Les paragraphes sont souvent assez courts et bien que le livre se découpe en 6 grandes parties, la lecture est fluide et le rythme soutenu. La suite du livre nous apprend que Jake rédige en réalité lui-même le récit sous forme d’un « compte-rendu » qu’il tient à jour à propos de ses aventures. Car c’est bien d’aventures dont il est question dans le livre. L’une des phrases récurrentes est « le passé ne veut pas être changé ». Et si le passé et doté d’une volonté propre, alors ses actions sont proportionnelles aux changements que Jake veut y apporter. Autrement dit, acheter une bière en 1960 n’a aucune influence sur le sort du héros. Sauver une famille d’un massacre lui pose déjà un certain nombre d’embûches. Sauver un Président déclenche des évènements dont on se demande si le héros en sortira vivant. Le passé est également truffé de coincidences troublantes que Jake attribue à son intervention : qu’il s’agisse de noms de personnes qui se retrouvent à des époques et des lieux différents où des événements qui semblent se répéter, l’Histoire semble connaître ce que le narrateur appelle des « harmonies » dues aux tentatives de changer le cours des choses. Cependant, le livre repose avant tout sur une histoire d’amour, et c’est le vrai point fort du récit. Loin des clichés de l’amour au premier regard, King dépeint ici une relation conforme aux moeurs de l’époque. Jake ne succombe pas au charme d’une love-story prévisible comme on en trouve dans beaucoup de romans à l’eau de rose. Ici, l’amour se confronte aux codes de l’époque, à la retenue, à la souffrance, psychologique et physique, il se développe, se rompt, se répare. Et l’on en vient parfois à oublier le but principal du héros tant on est pris dans le récit de cet amour et de cette vie paisible qui s’installe dans cette campagne texane. Plus que par les mots, c’est par la musique que cette histoire d’amour frappe l’esprit du lecteur. A ce titre, prévoyez d’entamer la lecture sur ce morceau. Vous comprendrez pourquoi au fil des pages. Cette histoire d’amour introduit une notion phare du récit : celle du sacrifice. Si Jake est conscient qu’il engage sa vie dans sa mission, jusqu’où est-il prêt à aller pour la mener à bien, et mesure-t-il tous les sacrifices que son succès impose ?
Au final, c’est un roman dense – 937 pages tout de même – mais il se parcourt comme le récit d’un voyage fantastique, écrit de manière à nous tenir en haleine de page en page. Il a en tout cas été pour moi un vrai voyage, me tenant des soirées entières, provoquant de vraies émotions, m’obligeant parfois à veiller pour poursuivre le récit. Ce dernier est d’ailleurs clairement écrit pour une adaptation à l’écran, dans un style cinématographique très intéressant, notamment concernant les descriptions extrêmement détaillées des différentes scènes et leur organisation dans le récit avec la force du 7ème art. A ce titre, 22/11/63 rejoint dans mon classement personnel l’excellent « Replay » de Ken Grimwood que je ne peux que conseiller à tous ceux que la thématique du voyage dans le temps intéresse. Replay devrait d’ailleurs faire l’objet d’une adaptation de Robert Zemeckis, réalisateur de Retour vers le Futur. « Harmonies » disait Jake ?
Deux jumeaux parisiens, dont vous ne connaissez probablement pas l’existence, ont sorti l’année dernière une mixtape de très bonne facture intitulée «Enregistré Saoul». Sans parler du fait que c’est probablement le meilleur titre de mixtape sur terre, la musique des Clones X est marquée par un univers aussi varié qu’original. Un véritable OVNI dans la paysage du rap français, comme on en voit trop rarement. Si vous aimez la bonne musique, l’alcool fort, les plantes qui encrassent les poumons et autres passe-temps peu recommandables, jetez immédiatement une oreille sur la musique des Clones ici : www.theclonex.com
Clone X n’est pas un nom encore très connu dans le Rap Français : pour ceux qui ne vous connaissent pas, présentez-vous. Votre nom Clone X ça vient d’où ?
Clone X c’est Koikou et Mooky Da Peace. On est des frères jumeaux originaires de Paris. Plus jeune, on nous donnait des surnoms comme Tic et Tac ou les clones, et comme on a aussi été influencé par les groupes de l’époque Time Bomb, comme Oxmo, Hifi ou les Xmen, ça a donné Clone X. Et même si au début on ne faisait pas grand chose sous ce blaze, ça fait déjà longtemps qu’on nous appelle comme ça.
Depuis quand vous avez commencé à rapper ?
Ça fait longtemps, on a eu plusieurs groupes. On a commencé avec un groupe de potes, il y a 8-9 ans maintenant, c’était l’Akademy. On était nombreux, mais bon, disons que les leaders ont eu quelques problèmes judiciaires… (rires) Du coup c’est tombé à l’eau. Il y avait des mecs qui sont encore là, comme Ju Bandit (Jeune Premier) ou encore NAI (Gadman). C’était à l’époque des baggy jeans. Ensuite on a fait un groupe avec un membre de l’Akademy : Syestar. Les Cénobites Tranquilles, c’était un truc de potos. On a fait plein de morceaux, un bon délire. Le rap c’est ce qu’on préfère faire, ça bouge pas, c’est une vraie passion pour nous ! Ca fait quatre ans environ qu’on se concentre plus sur notre groupe. On a fait deux mixtapes: Clonextape en 2011 et Enregistré Saoul en 2012, et un maxi: Ainsi swag t’il en décembre 2012 avec un clip patate de PMKFA. C’est un bon clip, on est content du résultat.
D’ailleurs à propos du clip Ainsi Swag t’il : la première fois que je l’ai vu c’était sur Fubiz.net, un site qui ne parle absolument pas de rap mais de graphisme au sens large du terme. Quand on voit le clip (et même la cover de votre mixtape ) c’est absolument pas étonnant de le voir classé dans ce genre de rubrique. L’esthétique globalement a l’air d’être une chose importante pour vous, on sent le travail derrière. Le clip par exemple est très atypique, surtout pour un clip de rap français où on voit des copies de Chris Maccari un peu partout. Racontez nous un peu l’histoire de ce clip et votre rencontre avec PMKFA.
PMKFA c’est un artiste suédois, on l’a rencontré par le billet de sa boîte de prod qui est française. On connaissait déjà un peu son travail, il a fait le design de certains vêtements pour des marques comme Sixpack, New Era ou DC Shoes. On l’a rencontré, on a à peu près le même âge, il est sympa, on lui a laissé carte blanche. Le morceau est bien ego trip, on dit juste ce qu’on pense brut en frimant un peu. Dans la vidéo le swag est vu plus comme un état d’esprit que comme un attirail, genre casquette, baskets, lunettes et bling. Il a eu l’idée d’une mise en scène assez spéciale. On porte des armures, on est en featuring avec Mimo Million sur le morceau. Lui il est en samouraï, Mooky est en costume traditionnel Africain et Koikou en arbre !!! C’est du jamais vu ! On espère que les gens vont apprécier la vidéo.
À l’écoute de votre mixtape « Enregistré Saoul », on sent une ambiance assez particulière. Votre musique est vraiment loin de ce qu’on a l’habitude d’écouter : c’est un souhait de votre part de ne pas ressembler à tout le monde ou c’est venu naturellement ?
Merci déjà, ça fait plaisir. On aime bien mélanger les genres, on croit que ça donne plus de richesse au projet. Ça nous amène à faire de bonnes rencontres, on a beaucoup bossé avec un crew de Dj producteurs appelé Booty Call. On écoute beaucoup de rap et la basse est très importante, nos influences sont vraiment larges, rap us ou français, dance hall ou même rock steady. On essaye de faire de la musique qui véhicule des émotions. Prendre conscience de notre époque sans trop se prendre au sérieux, de toute façon c’est de la zik, pas de la politique.
Le thème de l’alcool est aussi assez présent dans vos morceaux, notemment sur les morceaux « Tournée Générale » et « Enregistré Saoul ». D’habitude les rappeurs parlent plus de fumette : les Clones X en studio ça descend des bouteilles ou c’est juste en soirée ?
Oui, on aime faire la fête. A force on a du prendre de mauvaises habitudes, fumer et boire en fait partie, sans faire trop d’excès. C’est justement ce qu’on essai de dire dans nos morceaux : que c’est un mal qui fait du bien. On kiffe se mettre bien mais on sait que ça abrutit les gens tout ça. Dans le track Foutu Foutu on fait l’apologie de la défonce pour mieux dire que c’est de la merde. C’est notre façon de penser et de donner une morale sans dicter la bonne conduite. On aime bien le mouvement punk pour la force des messages. J’espère que ça répond à ta question en tout cas si y a pas de bouteilles, on boit pas (rires).
On vous l’a surement déjà dit, mais je ne peux pas passer à côté : votre musique me fait penser un peu à Noir Fluo par certains aspects, c’est des gars que vous connaissez ?
Ouai c’est des potes, ça nous arrive de se croiser souvent pour rider des fêtes ou des événements. On a même fait plein de sessions studio ensemble, mais on se souvient de rien (rires).
Vous êtes aussi présents sur l’album de Butter Bullets sur une chanson avec Metek justement. Chez Captchamag on a pas mal kiffé leur album Peplum. Le morceau Nirvana est un peu dans le même délire que Poison de Noir Fluo. Vous voir sur ce morceau c’était vraiment une bonne chose, y’aura-t-il encore des connexions Clone X / Noir Fluo / Butter Bullets à l’avenir ?
L’un comme l’autre, ce sont des artistes qu’on apprécie. On a déjà posé des sons qui sont pas encore sortis, que ce soit avec Sidisid ou avec Metek, donc oui c’est fort possible.
Une chose aussi qui marque quand on vous écoute : votre son c’est un truc de Paris, 7-5 je veux dire. Ça sonne pas trop comme un truc de banlieue et même avant d’avoir vu vos clips, on devine cette influence. La plupart des artistes aujourd’hui sont issus des banlieues, vous vous situez comment par rapport à ça (musicalement je veux dire) ?
Ha là tu te trompes. On ne fait pas de rap que pour les mecs et go de Paname, on parle pour ceux qui se reconnaissent en nous, ça pourrait être un mec de province ou une go des Dom Tom. Si quelqu’un passe un bon moment, nous on kiffe. Maintenant ça fait longtemps qu’on habite seul sur Paris donc ça se ressent sûrement. Sinon on a grandi en banlieue, on y va toujours. Notre objectif aujourd’hui c’est de bouger plus en concert dans des salles de province. On est ouvert.
Vous avez fait un morceau qui s’appelle Foutu Foutu qui est un remix de Gucci Gucci de Kreayshawn. C’était osé mais le coté gamin est super assumé et au final le morceau est cool. À part les petites blanches à lunettes, vous écoutez quoi comme Rap US ? Dans certains clips on vous voit souvent avec des grillz. Je ne peux pas m’empêcher de penser que vous kiffez des trucs du sud, des mecs qui viennent d’Atlanta, Houston, etc.
On aime bien Kreyshawn et surtout la sonorité de leurs morceaux, et en rap US on kiffe bien les mecs du sud comme Trae ou d’autres mecs de Houston. On aime aussi le rap de San Francisco avec E40 ou Young L, c’est du lourd tout ça.
Et en rap français en ce moment il y a des mecs qui vous font kiffer ?
On aime bien Kaaris et le nouveau morceau de Tito prince, « Dîner de con ». Sinon on écoute pas que du rap donc on calcule pas toutes les sorties mais ils se passent plein de choses en France dans le rap, il y a plus de diversité dans les genres, ça c’est bien.
A l’avenir c’est quoi vos ambitions hormis de faire des tournées : rester indépendant, signer en major ? Vivre du rap à l’avenir ça vous semble possible ?
On aimerait bien signer avec une major ça c’est sûr, pour pouvoir se faire écouter par le plus grand nombre. Pour le moment on a rien comme proposition donc on met nous-même, mais c’est pas facile pour nous d’avoir de la visibilité même si on soigne notre image. Par exemple tu nous vois pas sur les sites hip hop à part Rapadonf mais bon on espère que ça viendra. Vivre de la musique oui c’est possible, mais pas pour tout le monde. Après ça dépend de ce que tu veux faire en général. A moins d’être un pur produit commercial ça prend du temps de se faire connaître donc il faut avoir les reins solides ou il faut charbonner. Tu taffes à côté, y a plein d’artistes dans ce cas.
Les prochains projets de Clone X c’est quoi ?
On va sortir notre premier maxi Ainsi swag t’il disponible en digital sur toutes les plateformes de téléchargement. Comme on t’a dit avant, on aimerait bien faire plus de dates donc on cherche un booker et on prépare des nouveaux morceaux pour la fin de l’année.
« Quitting while you’re ahead isn’t the same as quitting. » Tirade d’American Gangster (2007).
« I think I’m Big Meech… Larry Hoover, whipping work, halleluiah… » Rick Rozay Ross a allumé en un seul de ses raps plus d’incendies que tous les pyromanes des forêts du Lubéron et du massif du Tanneron en ont déclenché au cours des trente dernières années. Pour sûr, faire son beurre en volant l’identité ou en se réclamant sans le moindre accord des légendaires Freeway Ricky Ross et Larry Hoover doit logiquement déclencher orages et tempêtes juridiques, cependant s’auréoler de la légitimité « thug » acquise de haute lutte par Big Meech Flenory multipliera par mille les inimitiés entre rappeurs. Qu’ils se nomment P. Diddy, Bleu DaVinci, Young Jeezy, Rick Ross, Gucci Mane, voire Henry Lee Clark 3 alias Pookie Loc, tous ont directement ou par la bande subi les turbulences de sillage de la « gangster life » du dit Big Meech et de sa Black Mafia Family. Certains y ont laissé leur peau, quelques uns se sont perdus en route, alors que d’autres se sont salement provoqués à partir du jour où Big Meech a été forcé de laisser vacant son trône de kinpin …
Aucune référence à la drogue dans le Good Book !
Bien qu’élevé dans le respect de la foi, Big Meech Flenory est rapidement devenu la tête de gondole des kingpins de Détroit en ce début des années 90. Il a commencé à vendre de la drogue car il n’a, le confirme-t-il dans une interview, jamais lu le moindre verset concernant les drogues dans la Bible voire les instructions données dans les 10 Commandements. S’il compte subvenir aux nécessités vitales de sa famille qui survit dans un quartier miséreux du southwest de Détroit, il y a ce profond béguin pour les bolides qui le taraude et le pousse à persévérer dans cette voie. Quoi de plus normal, Big Meech est originaire de « Motor City » (alias Detroit), la principale ville de l’État du Michigan où pendant des lustres les Noirs ont sué sang et eau afin d’installer les Blancs au volant de ces rutilantes et inaccessibles « américaines ». Si l’idée de fonder une famille du crime, la Black Mafia Family, lui vient à l’esprit c’est tout simplement parce qu’un homme, Blanc ou Noir, au volant d’une Rolls, Ferrari ou Lamborghini n’est pour ainsi dire jamais interpellé par la police…
Croyez-moi, Big Meech n’a pas attendu d’être majeur et vacciné avant de mettre un peu de beurre dans ses maigres épinards. C’est à partir de la high school que lui et son frelot, Terry « Southwest T » commencent à vendre des paquets de cocaïne à 50 dollars dans les rues coupe-gorge du sud-ouest de la ville. Afin d’être beaucoup plus efficient, le duo agrandit son cercle. Chad « J-Bo » Brown et une poignée d’inflexibles soldats deviennent les cadres de Blowin Money Fast alias Big Meech Family alias Black Mafia Family, puissante organisation en devenir face à laquelle tout le monde s’écrase ou bien trépasse à Détroit.
Ascension fulgurante & Hip Hop.
Les années 90 ont confirmé les ambitions régionales de la BMF. Au fil des ans, l’organisation s’est émancipée, et c’est à partir de l’année 2000 que des choses d’une ampleur nationale vont se mettre en route. C’est de leur QG de Los Angelès approvisionné par les cartels mexicains, mais aussi du centre de distribution enraciné à Atlanta, que les 500 membres de la BMF ventilent grâce à des moyens techniques assez ingénieux des centaines de kilos de cocaïne à travers la plupart des États américains – Alabama, Californie, Floride, Géorgie, Kentucky, Massachusetts, Michigan, Missouri, Caroline du Nord, Ohio, Tennessee et Texas.
Pourtant, en 2001, un différent s’immisce entre les deux frères Flenory. La vie dispendieuse et tape à l’œil de Big Meech, celui-ci a commencé à mettre des grosses billes dans le hip hop mais aussi à blanchir l’argent sale du business de la coke dans les bijoux grâce au souverain du bling new yorkais Jacob « The Jeweler » Arabo, a principalement le don d’énerver Terry. La flambe, ce n’est pas son truc à « Southwest T », notre homme préfère la discrétion aux feux de la rampe qui t’éblouissent et t’empêchent de distinguer un cogne d’un banal marchand d’artichauts. L’avenir lui donnera raison. Bref, sa décision est prise, et il s’en va faire sa petite vie de gros fournisseur à L.A., pendant que Meech s’affiche sans complexe – attitude de parrain, hommes de main, bijoux et fourrure pimp en vison – dans les night clubs les plus huppés d’ATL.
Ça tombe plutôt bien. Le monde hétéroclite et branché de la nuit, et donc celui du rap, aiment frayer avec les personnalités de l’acabit de Big Meech. Il est un de ceux qui peut ouvrir les portes closes et qu’on aime sucer, sinon courtiser. En fait, les hémisphères Nord et Sud de la nation hip hop ont trouvé à Atlanta un nouveau lieu de villégiature, plus exactement, un endroit où la fête bat son plein et où, mis en orbite par l’impressionnante puissance de feu des radios locales, le futur du rap s’annonce plus que prospère.
Big Meech n’a rien à envier à P. Diddy ou à Cash Money en ce qui concerne ce panel d’extravagances qui a le don de vous hisser au rang de Roi du bling, de Prince de la nuit. La coke déflore tant de vierges narines, l’argent coule à flot, et Meech se permet d’arriver en hélicoptère à quelques parties VIP éperdument débridées qui ont lieu en ville. Pourtant, le jour où Anthony « Wolf » Jones [lequel « Wolf » Jones a assassiné Jakes Robles, ami et confident de Suge Knight, à Atlanta en 1995] et Lamont Girby, « honnêtes et loyaux » porte-flingues de P. Diddy, sont assassinés sur le parking d’un nightclub d’Atlanta en 2003, nombreux sont ceux qui s’empressent de féliciter les membres de la Black Mafia Family. Tout ce tintouin de gangsters fait un peu désordre et créé un froid polaire entre Meech et Diddy qui, jusque là, s’entendaient comme larrons en foire.
Toujours en 2003, Big Meech et sa Black Mafia Family fondent BMF Entertainment Inc et apparaissent dans différents magazines hip hop – The Raw Report DVD-Magazine, S.M.A.C.K., The Come Up – qui posent leur loupe binoculaire sur le CD/DVD « WORLD IS BMF’S » du rappeur surestimé mais adoubé, Bleu DaVinci. Pléthores de rappeurs font désormais parti du cercle des intimes de Big Meech – Young Jeezy, Fabolous etc …
En guise d’adage ou d’avertissement, c’est selon les choix, on peut lire la tirade plein d’à-propos de Meech sur la pochette de « WORLD IS BMF’S » : « Let no man separate what we create … » Bref, le conte de fée s’éternise pour Big Meech, son label est expressément nommé The Source Best Independent Rap Label par le magazine éponyme en 2005.
Young Jeezy, délation en masse et fin de règne.
La même année, Gucci Mane, MC encore indépendant, invite Jeezy sur « So Icey ». Young Jeezy n’est pas le premier venu dans le jeu du rap, de plus, il a un allié de poids en la personne de Big Meech devenu ce redoutable mécène hip hop qu’il flatte avec emphase sur certains de ses titres. Or, c’est le titre « Stay Strapped » qui va accélérer les choses, et de la pire des façons. Ici, Young Jeezy ne flatte pas Big Meech, il profite d’une punchline pour engager une rançon de 10 000 dollars à celui qui lui ramènera la chaîne de Gucci Mane.
Un soir de mai 2005, alléché par l’offre de Jeezy, l’aspirant rappeur Lee Clark 3 alias Pookie Loc tente le coup tordu. Il s’introduit chez Manne afin de dérober le Graal. Seulement, le rappeur d’East Atlanta est armé et riposte à l’agression. Pookie Loc est sérieusement blessé et meurt d’avoir surestimé son « potentiel thug ».
Diddy & Young Jeezy
Du côté de la BMF, les choses ont commencé à tourner au vinaigre. Déjà, le 11 avril 2004, suite à des fuites, le gros fournisseur Jabari Hayes est appréhendé à Phelps County (Missouri) alors qu’il conduit un somptueux camping car dans lequel sont dissimulés 95 kilos de cocaïne et 570 grammes de marijuana.
En septembre de la même année, Omari McCree, autre gros requin de la BMF, est balancé par un ami d’enfance parvenu au rang de demi-sel du drug game, Decarlo Hoskins. Le mois suivant, en novembre, c’est le frelot, Jeffery Leahr McCree qui est intercepté au volant d’une Porshe Cayenne Turbo sur la I-75 à Atlanta . A ses côtés est assise sa jolie fiancée … Sur le siège arrière repose en toute quiétude un paquetage contenant 10 kilos de cocaïne.
Les deux frangins ont pas mal balancé sur l’organisation, du coup, on les relâche ensemble, le même jour … Cependant, les autorités attendent un nouveau faux-pas de leur part pour enfoncer définitivement le clou. Celui-ci se présente le 8 juin 2005. Omari est a nouveau appréhendé. Il signe une clause de confidentialité et commence à décrire son rôle au sein de la BMF. Finalement, il cite Big Meech comme la source de la cocaïne qu’il distribue, mais aussi Chad « J-Bo » Brown en tant que bras armé de Meech.
Les témoignages reçus racontent que l’organisation possède plusieurs résidences ultra-modernes destinées à réceptionner la drogue à Atlanta. On a le droit de rester dubitatif devant la dimension poétique de leurs blazes : « The Gate », « The Horse Ranch », « Space Mountain » alias « Bugsy Siegel » (en référence à ce seul type de palace que le notoire gangster aimait habiter) et « The Elevator ». Environ tous les 10 jours, des limousines, le plus souvent en provenance de l’aéroport, trimbalent 100 à 150 kilos de cocaïne rangés dans des compartiment secrets.
Planques destinées à cacher argent et drogue dans des limousines Hummer de la BMF
Quant aux acheteurs, il sont préalablement prévenus et n’ont plus qu’à débarquer afin de verser leur dû et recevoir les quantités de cocaïne requises. Des sacs prévus à cet effet leur permettent de vérifier s’ils ont acquis le nombre correct de kilos. Les caches des véhicules, expressément remplies de cash, s’en iront bientôt payer rubis sur l’ongle la source mexicaine. Telle une banale entreprise, la BMF possède ses propres manutentionnaires. Quelques-uns comptent les biftons, les regroupent en énormes liasses, pendant que d’autres pilent ou emballent les kilos de cocaïne pour les clients.
Durant toute la durée des investigations, les FBI, DEA et ATF agissent de concert mais ont du mal à mettre la main sur l’argent des transactions. Ils ne savent pas encore qu’un habile système hydraulique les empêche d’accéder au magot. En août 2008, les agents fédéraux perquisitionnent à nouveau une limousine Hummer de la BMF et finissent par trouver les planques bourrées jusqu’à la gueule de 875 000 dollars en cash ainsi que sept semi automatiques flambants neufs.
Incarcérés depuis 2007, c’est en septembre 2008 que Demetrius « Big Meech » Flenory et son frère Terry sont inculpés et condamnés à une sentence de 30 ans de prison pour avoir ventilé pas moins de 270 millions de dollars de cocaïne à travers la nation US. Des 41 accusés qui ont été inculpés au même titre que les deux frangins Flenory, 32 d’entre eux ont plaidé coupables.
Enfin, le joaillier des rappeurs et acteurs notoires, Yakov Arabov alias Jacob « The Jeweler » Arabo, reconnait avoir falsifié des documents fédéraux relatifs à la location de bijoux en vue d’un tournage. Arrêté et accusé de blanchiment d’argent suite à la relation ambigüe qu’il a entretenu avec la BMF, il est finalement emmuré pendant deux ans et demi et contraint à rembourser 2 millions de dollars au Gouvernement US en 2008.
A-t-il enfoncé Big Meech et la BMF lors de cet épisode juridique puis carcéral ? Nul, hormis les autorités Fédérales, ne saura jamais, par contre d’autres que lui, et pas des moindres, s’en sont chargés. Ci-joint la liste non-exhaustive des informateurs qui ont précipité la chute des frères fondeurs de la Black Mafia Family :
William « Doc » Marshall, Blue DaVinci, Daniel Corral, Decarlo Hoskins, Harold Wilcox, Benjamin Johnson, Charles Parson, Ralph « Ralphie » Simms, Eric Bivens, Marc Whaley, Arnold Boyd, ainsi que le super producteur Damon Thomas.
Yakov Arabov alias Jacob « The Jeweler » Arabo
Les rumeurs sur internet concernant l’implication de Young Jeezy ont débuté le jour où Bleu DaVinci, Jody Breeze, Eldorado Red et Roccett ont accusé le King of Trap d’avoir lui aussi bavé sur Big Meech … Suite à cette embardée délatrice, Roccett a été viré du label.
La paranoïa trop longtemps contenue éclate comme une bulle de savon. Elle laisse place à une avalanche d’aveux parfaitement calculés. S’étant lui aussi mis à table, Fleming « Ill » Daniels, autre timonier de la BMF chargé à la fois des meurtres et de la distribution, a raconté que Jeezy a reçu plusieurs kilos de coke en provenance de la BMF. Arrêté à Los Angelès après deux ans de folle cavale, le désigné comptable et démarcheur financier de l’organisation, Ralph « Ralphie » Simms, a tout de suite demandé une réduction de sentence en échange de la pure vérité : autant dire, la sienne !
« Space Mountain » alias « Bugsy Siegel »
S’il avoue avoir réduit en poudre des centaines de blocs de blanche afin de les insérer dans les planques des « limos » Hummer, Ralph Simms raconte au juge que les prénommés « J-Bo » Brown et Martez « Tito » Byrth lui ont demandé de préparer l’équipement approprié (voiture + dope) pour deux habitués. Sur sa lancée, sa langue ne fourche pas quand il précise que ces deux habitués venaient fréquemment à « Space Mountain » pour récupérer les chargements. Quand le juge lui demande l’identité des deux habitués, il répond instantanément :
– William « Doc » Marshall de la BMF et aussi Jeezy.
– « Young Jeezy » le rappeur ? reclame le juge.
– Oui ! retorque Simms.
#BMF #The Rise and Fall of Big Meech and the Black Mafia Family #2013